Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 20 septembre 2011

Real education : comment ramener l’Education Nationale à la réalité (4/5)



La dernière des quatre « vérités simples » exposées par Charles Murray est que le futur d’une nation moderne, comme la France ou les Etats-Unis, dépend de la manière dont elle éduque ses fils et ses filles les plus doués intellectuellement.
Cette vérité n’est pas plus agréable à entendre que les trois précédentes pour nos sensibilités démocratiques, et peut-être même encore moins. Nous n’aimons pas à penser qu’il existerait une élite naturelle. Nous n’aimons pas à penser que nous serions dirigés par des gens qui nous seraient supérieurs. Et nous avons bien du mal à croire que le QI ou les diplômes universitaires seraient un titre à gouverner. Un gouvernement d’énarques ne semble pas la chose la plus désirable du monde.
Sur ce dernier point Charles Murray donne raison au sens commun, et il reprend à son compte le mot de William F. Buckley selon lequel il préférerait vivre dans une société gouvernée par les 2000 premiers noms tirés de l’annuaire téléphonique de Boston, que dans une société gouvernée par les 2000 membres du corps enseignant de la faculté de Harvard.
Le grand public n’a pas entièrement tort de se méfier des « cranes d’œuf » dès lors qu’il s’agit de gouverner, et il a parfaitement raison d’estimer que la probité, le sens pratique, le courage moral sont des qualités aussi importantes que l’intelligence pour s’acquitter de ces fonctions.
Malheureusement, ce que le grand public perçoit moins bien, c’est que les hommes politiques, élus par le grand public, ne forment qu’une petite partie de l’élite dirigeante d’un pays. Inévitablement nos démocraties libérales sont dirigées, pour une part très importante, par des gens que nous n’avons pas choisi. Ce sont les dirigeants des grandes entreprises, les juges, les hauts fonctionnaires, les patrons de la presse écrite et télévisée, les propriétaires des studios de cinéma, etc. Ces gens forment objectivement l’élite de la nation, parce qu’ils sont ceux qui se sont hissés au sommet de leurs professions et qu’ils ont une influence tout à fait disproportionnée par rapport à leur nombre sur la politique, l’économie, la culture du pays.
L’existence d’une telle élite est absolument inévitable, de même qu’il est inévitable qu’elle tienne, en grande partie, entre ses mains la destinée du pays. La seule question pratique qui se pose est donc : comment faire en sorte que les membres de cette élite soient bien préparés pour affronter les responsabilités qui seront les leurs ?
Pour cela, l’université - au sens large - est le lieu décisif.
Les membres de l’élite partagent en effet une caractéristique commune : ils se situent tous, ou presque, en haut de l’échelle du QI. Ce qui signifie qu’ils passent presque tous par les bancs de l’université. Aux Etats-Unis par exemple, 90% de ceux dont le potentiel scolaire se situe dans le dernier 10ème de la courbe (les 10% les plus doués) rentrent au College et presque 80% en ressortent avec un B.A ou un B.S. Malheureusement cette formation universitaire n’offre aujourd’hui à peu près aucune garantie que ceux qui l’ont reçu auront développé les qualités nécessaires pour assumer leurs responsabilités futures vis-à-vis de la société dans son ensemble.
Les établissements d’enseignement supérieur actuels ont - à quelques honorables exceptions près - vidé de sa substance la notion d’éducation libérale - « démocratisation » oblige - et les années qu’y passent les étudiants semblent plus destinées à prolonger leur adolescence qu’à favoriser leur maturation intellectuelle et morale. Pire, dans les départements de sciences humaines, bien trop souvent, les étudiants apprennent à mépriser la grande tradition politique et intellectuelle de leur pays et à dédaigner l’opinion commune en matière de moralité, ce qui non seulement achève de les séparer du reste de la population mais aussi, parfois, les tourne franchement contre elle.
Pour tenter de remédier à ce déplorable état de fait, Charles Murray trace les grandes lignes d’un retour à une véritable éducation libérale pour nos jeunes gens les plus doués, une éducation libérale qui se donnerait pour but de les rendre non pas plus savants ou plus sophistiqués, mais plus sages.
Celle-ci serait structurée autour de quatre objectifs principaux :
1) Faire acquérir aux étudiants une excellente maitrise du langage, non seulement car cela est nécessaire pour communiquer, mais aussi car cela est indispensable pour pouvoir penser de manière précise et rigoureuse. Concrètement, cela signifie insistance sur l’orthographe, la grammaire, la syntaxe, l’étude minutieuse des grandes œuvres des siècles passés. Que cela soit devenu hautement nécessaire, un seul chiffre suffira à l’attester : aux Etats-Unis, en 1967, 1 étudiants sur 120 obtenait un score supérieur à 700 à la partie verbale du SAT. En 1993, ce nombre était de 1 sur 313 (le test a été restructuré après cette date, ce qui rend de fait les comparaisons impossibles).
Nous n’avons pas de tels tests standardisés en France, mais n’importe quel universitaire ayant un peu d’expérience sait à quoi s’en tenir sur les capacités d’expression verbale et écrite des étudiants qui rentrent aujourd’hui dans l’enseignement supérieur. C’est ainsi que de plus en plus d’universités jugent désormais nécessaire d’offrir à leurs étudiants de première année des modules de « remise à niveau » en orthographe, grammaire et conjugaison. Autrement dit, de tenter d’apprendre à écrire un français passable à ceux qui sont censés entamer des études supérieures.
2) Faire acquérir aux étudiants les outils analytiques indispensables pour traiter des questions de politique publique, c’est à dire notamment leur donner une solide formation - sans pour autant en faire des spécialistes - en matière de statistiques, car un très grand nombre de décisions politiques dépendent aujourd’hui de ce que nous disent les statistiques. Apprendre à les lire, à les évaluer, connaitre leurs limites, devient donc une partie du bagage indispensable de « l’honnête homme ». 
3) Revenir à l’étude rigoureuse des grands classiques de la philosophie et de la littérature occidentale, pour apprendre aux étudiants ce que c’est que penser sérieusement à propos du bien commun, de la vertu, du bonheur ; pour leur apprendre qu’il est possible d’examiner rationnellement ces grandes questions si importantes et que toutes les réponses qui y sont apportées ne se valent pas.
4) Leur apprendre l’humilité, c’est à dire d’abord, dans le cas de ces jeunes gens intellectuellement doués, leur faire toucher du doigt la limite de leur intelligence. Charles Murray cite à ce propos le mot d’un conseiller du président Lyndon Johnson : « personne ne devrait être autorisé à travailler dans l’aile Ouest de la Maison Blanche [là ou se trouve le bureau du Président et ceux de ses conseillers] sans avoir déjà subi un échec majeur dans son existence. » Lorsque vos responsabilités sont grandes, lorsque vous occupez une position d’influence, il importe au plus haut point que vous ayez expérimenté de première main les limites de vos talents. Non seulement pour pouvoir sympathiser plus facilement avec tous ceux qui n’ont pas, apparemment, réussi aussi bien que vous, mais aussi pour avoir développé la modestie nécessaire quant à votre capacité à prévoir les conséquences de vos décisions et à en maîtriser les effets.

Se préoccuper du sort des plus doués pourrait sembler inutile, ou même immoral, puisque ces jeunes gens intellectuellement au-dessus du lot sont aussi, pour la plupart, issus de milieux économiquement aisés et ont passé leur enfance dans des environnements privilégiés par rapport au reste de la population. Pour cette raison, nos hommes politiques se penchent rarement sur cette question, et en tout cas évitent de l’évoquer publiquement pour ne pas susciter le mécontentement du Français (ou de l’Américain) moyen. Mais il s’agit d’une double erreur : se préoccuper de la manière dont sera instruite et éduquée la future élite de la nation est de l’intérêt de tous, et se soucier des jeunes gens les meilleurs ne signifie pas leur rendre la vie plus facile. Bien au contraire.

7 commentaires:

  1. Si l'on accepte l'idée que l'environnement soit prédisposé à une influence génétique (Qi, facteur g...) dont elle est la composante, on peut toujours supposer qu'améliorer l'environnement puisse accroitre les bons effets d'un fort QI (connaissance, intégrité...).
    Sauf que pour espérer améliorer l'environnement, quelque soit le moyen utilisé (ici, une réforme de l'éducation), il faut pouvoir s'en donner les moyens. Et cela passe forcément par "g". On en revient donc au même problème. Tout semble converger vers un même "point". Une même "origine".

    Anecdote sans importance : Charles Murray croit en Dieu.

    RépondreSupprimer
  2. On en revient en fait au systeme feodal...on est eduqué pour une mission, qui reste finalement cantonnée dans des cases sociales. Comme quoi, le modernisme ne fut qu'une longue régression, ou du moins des experiences dont on fait les frais.
    La theorie de Murray risque donc de rester bien enfermée dans son livre!

    RépondreSupprimer
  3. Sonia : j'avoue ne pas bien comprendre le sens de votre remarque.

    RépondreSupprimer
  4. L'arrogance, l'immaturité et l'irresponsabilité morbide des dirigeants occidentaux est sans doute fortement corrélée avec ce qui est rapporté dans la citation du point 3 : « personne ne devrait être autorisé à travailler dans l’aile Ouest de la Maison Blanche [là ou se trouve le bureau du Président et ceux de ses conseillers] sans avoir déjà subi un échec majeur dans son existence. »

    La formidable durée de la période de paix qui suit la 2ème guerre mondiale (du jamais vu dans l'histoire européenne il me semble) associée à une spectaculaire augmentation de niveau de vie jamais vue dans l'histoire des hommes implique mécaniquement que les grandes catastrophes au sein des familles sont bien moins nombreuses qu'autrefois.

    L'augmentation de la qualité de la vie, ainsi que cette paix prolongée engendrent une raréfaction des drames familiaux et donc une bien plus grande difficulté à limiter le narcissisme des individus ce qui rend bien plus difficile la naissance de cette nécessaire humilité dont il est ici question.

    Paradoxalement on pourrait aller jusqu'à dire que c'est la forte augmentation de la qualité de la vie ces dernières décénnies qui a engendré notre actuelle rapide dégringolade de cette même qualité de la vie.

    RépondreSupprimer
  5. Effectivement, ça pourrait être une partie de l'explication.
    C'est un problème bien connu, et sans doute insoluble : une longue période de paix et de prospérité a tendance à engendrer l'indolence, la complaisance, et finalement la décadence.
    Dans l'Occident contemporain cette tendance naturelle est sans doute accentuée par l'existence de l'Etat-providence, qui vise justement à nous protéger autant que possible contre tous les risques de l'existence et à assurer à tous un certain niveau de revenu en toutes circonstances.
    En même temps il n'y a pas de fatalité : on peut toujours remonter la pente...à condition de n'être pas trop bas.

    RépondreSupprimer
  6. "une longue période de paix et de prospérité a tendance à engendrer l'indolence, la complaisance, et finalement la décadence."

    Si Les 68ards de ma famille ne m'ont pas raconté de bêtises, les quelques mois qui ont précédé les "événements de mai-Juin" étaient marqués par les impatiences pleines de mépris des gauchistes de la LCR de l'époque (dont les dirigeants sont devenus sénateurs et députés européens) qui trouvaient que la classe ouvrière (qui n'était pas encore devenue "les gens") mettait bien du temps à se lever contre cette aisance gagnée par son travail.
    "Ils sont avachis devant leur télé ou dans leur bagnole et partent à la campagne le week-end ! Comment voulez-vous qu'ils fassent la révolution !" disaient à peu près ces futurs "dirigeants".
    Tout le mal venait de là:
    l'aisance pépère que connaissait la classe laborieuse: des prix normaux, pas de crise pétrolière, un ptit pavillon de banlieue, une école qui enseignait encore la lecture et l'écriture, des soins médicaux remboursés par une sécu et des mutuelles accessibles, des médecins, des hôpitaux, des maternités, des commerces de proximité et quelques supermarchés.

    Fallait surtout pas que ça dure, cette "opulence" pour le peuple !
    Donc on a fait monter la chienlit, on a eu la crise pétrolière, Giscard a inventé le regroupement familial pour les immigrés. Dans la foulée, on a mis un règne socialiste et tout s'est déglingué.
    On a inventé une religion de l'Autre, on a inventé le racisme anti-enropéen, on a installé le racisme comme péché originel de l'homme blanc, on a installé une culpabilisation de tout et la nécessité de payer pour nos prétendues fautes. Et on est en train de procéder à un remplacement de population, avec des gens qui nous crachent dessus.
    Et on nous concocte un bel effondrement financier dans les prochaines semaines.

    Enfin, on est malheureux ! Ouf, ça n'avait que trop duré.
    On la tient notre catastrophe cyclique… Accrochons-nous, ça va tanguer.

    RépondreSupprimer
  7. "Tout le mal venait de là:
    l'aisance pépère que connaissait la classe laborieuse"

    Ce que vous dites me rappelle un excellent dessin de Reiser. Il faudra que je pense à le mettre au "grenier" un de ces jours.
    Mais oui, je crois que c'était une attitude assez répandue dans une certaine gauche.
    D'ailleurs pendant longtemps la gauche "révolutionnaire" a été plutôt méfiante vis-à-vis de l'Etat-providence. Ce n'était pas encore considéré comme un "acquis social" mais plutôt comme une ruse de la bourgeoisie pour empêcher le prolétariat de se révolter.
    En gros : Faut que le peuple soit malheureux, c'est pour son bien.

    Sinon, pour ce qui concerne l'indolence et la complaisance je pensais plutôt à ce genre de choses : croire que la paix peut être éternelle et que nous pouvons ne pas avoir d'ennemis - et donc que nous pouvons nous dispenser de faire des sacrifices pour notre défense; croire que la prospérité est un dû, une sorte de droit naturel - et donc oublier que la prospérité dépend de notre travail et notre inventivité, qu'elle se gagne à la force du poignet; croire que la laïcité est une formule magique, que nous avons résolu de manière définitive la question théologico-politique - et donc ne pas se méfier de l'arrivée sur notre sol d'une certaine religion de paix et d'amour.
    Etc.
    C'est un peu comme le sportif qui vient de remporter le titre de champion du monde après beaucoup d'efforts : la tentation est forte de se relâcher, et du coup de laisser vos concurrents vous passer devant.
    C'est humain. Mais pour les nations les conséquences en sont autrement plus graves.

    RépondreSupprimer

LES COMMENTAIRES ANONYMES SERONT SUPPRIMES SANS AUTRE FORME DE PROCES, ALORS FAITES L'EFFORT DE PRENDRE UN PSEUDONYME OU DE SIGNER VOTRE MESSAGE. MERCI.