Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 27 septembre 2011

Real education : comment ramener l’Education Nationale à la réalité (5/5)



Dans la dernière partie de Real Education, Charles Murray examine quelles mesures pratiques il serait possible de prendre pour améliorer le système scolaire en fonction du diagnostic élaboré dans les quatre premiers chapitres.
La condition première du changement est de renverser les priorités actuelles de l’école. Depuis une bonne quarantaine d’années nos établissements d’enseignement primaire et secondaire ont été structurés en fonction de cet objectif quasi unique : augmenter significativement les performances des élèves ayant le plus faible potentiel scolaire. Cet objectif est illusoire et devrait être abandonné.
Concrètement, ce changement de priorité devrait se traduire par les mesures suivantes.
1) Evaluer le potentiel scolaire de chaque enfant à son entrée à l’école, avec des réévaluations régulières pour éviter les erreurs de diagnostic et identifier d’éventuelles variations. Le but ne serait évidemment pas de classer les enfants dans des catégories scolaires gravées dans le marbre, mais de permettre à leurs enseignants de répondre de manière plus individualisée à leurs besoins.
2) Restaurer l’ordre dans les écoles où cet ordre a disparu. Pour cela les recettes sont fort simples et connues depuis toujours mais ont pratiquement cessé d’être appliquées, pour tout un ensemble de mauvaises raisons. Ces recettes peuvent se résumer de la manière suivante : les élèves perturbateurs ou violents seront exclus de leur école et devront chercher un autre établissement par leurs propres moyens.
Proposer une telle chose fait en général pousser les hauts cris aux belles âmes imbues de romantisme éducatif, au motif que cela reviendrait à « mettre dans la rue » un grand nombre d’adolescents. Il est vrai que, dans un premier temps, rétablir les mesures qui étaient en vigueur il n’y a pas si longtemps se traduirait par une vague d’expulsion et qu’un certain nombre d’élèves parmi les plus difficiles se retrouveraient sans établissement pour les accueillir. Mais, selon toute vraisemblance, ce nombre décroîtrait très vite : aujourd’hui bien des élèves sont perturbateurs ou violents parce qu’ils ont parfaitement compris qu’ils ne risquaient rien, ou si peu, à l’être. Par ailleurs, même si ce nombre devait rester important, le prix à payer ne serait pas particulièrement élevé : les adolescents exclus de leur établissement scolaire n’y apprenaient de toutes façons rien, dans la plupart des cas, avant d’en être exclus. Et le fait d’être scolarisés ne les gardait pas non plus « en dehors de la rue » : le genre d’activités répréhensibles qui est sous-entendu dans l’expression « la rue » a rarement lieu entre 9h et 17h, pendant le temps scolaire. En fait, dans la plupart des cas, les adolescents que l’on craint de « mettre dans la rue » y sont déjà, à toutes fins utiles.
Enfin, il faut ajouter qu’il y a quelque chose de moralement indéfendable dans le fait d’ordonner l’école autour de ses pires éléments. Ceux qui ne veulent apprendre ne devraient pas être autorisés à saccager l’avenir de ceux qui essayent d’apprendre. Or c’est pourtant ce que nous les laissons faire actuellement.
3) Recentrer l’enseignement sur les fondamentaux de la lecture, de l’écriture et du calcul, en remettant l’accent sur les exercices de mémorisation, sur la répétition, sur l’acquisition des outils linguistiques et mathématiques de base. Aucun effort particulier ne serait nécessaire pour mettre au point ces nouveaux programmes : ceux-ci existaient déjà, pour l’essentiel, il y a une cinquantaine d’années.
4) Laisser les élèves doués aller aussi vite qu’ils peuvent. Cela signifie bien sûr à terme créer des parcours différents pour ces écoliers, ce qui est la condition pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes, dans un environnement qui les stimule au lieu de les freiner comme aujourd’hui.
L’objection immédiatement opposée à une telle proposition est que mettre à part les meilleurs éléments revient à « stigmatiser » tous les autres et à les « dévaloriser » à leurs propres yeux.
Cette objection méconnait la réalité de la vie scolaire : les adultes n’ont tout simplement pas la possibilité de cacher aux enfants leurs différences de capacités intellectuelles. Ceux-ci savent très vite à quoi s’en tenir sur les uns et les autres. Dans une classe qui mélange des écoliers de potentiels scolaires très inégaux, ces différences sont mises en valeur par la mixité, et non pas dissimulées. Si l’instituteur ou le professeur interroge également tous les élèves, ceux-ci sauront bientôt qui répond habituellement et qui n’y arrive pas. Si l’instituteur ou le professeur n’interroge que les meilleurs élèves, pour ne pas embarrasser les autres, tout le monde saura très vite pourquoi certains ne sont jamais interrogés. Dans tous les cas de figure possible les moins bons éléments seront « stigmatisés », d’une manière ou d’une autre, c’est à dire que leurs déficiences seront connues de leurs camarades.
Vouloir freiner les meilleurs écoliers sous prétexte de ne pas blesser l’amour-propre de leurs camarades moins doués est à la fois inutile, et cruel pour ceux que l’on tire ainsi en arrière.
Mais, dira-t-on encore, laisser entre eux les élèves les moins doués – conséquence nécessaire de laisser chacun aller à son rythme - ne va-t-il pas les tirer vers le bas ? Ne feraient-ils pas plus de progrès s’ils étaient dans un environnement plus stimulant, c'est-à-dire mélangés avec de plus doués qu’eux ?
Cette objection a une apparence de bon sens car aujourd’hui les classes où se trouvent concentrés les plus mauvais écoliers sont aussi, presque toujours, les classes dans lesquelles il est pratiquement impossible d’apprendre et d’enseigner. 
Mais cela n’est vrai que parce que nous avons renoncé à employer les moyens qui permettraient de faire régner l’ordre et le calme dans les salles de cours. Par conséquent, inévitablement, les classes établies sur la base du niveau scolaire mélangent ceux qui ont des difficultés à apprendre et ceux qui ne veulent pas apprendre, et qui sont bien décidés à empêcher les autres de le faire. Dans de telles conditions il est vrai qu’il est préférable pour un enfant ayant un faible potentiel scolaire, mais discipliné et travailleur, de se retrouver avec de meilleurs que lui, car cela signifie qu’il sera dans un environnement plus propice au travail.
Dès lors que les éléments violents et perturbateurs auront été exclus de l’école, ou ramenés, à la raison par la crainte de l’être, ce bénéfice de la mixité disparaitra. Or c’est là le seul vrai bénéfice qu’elle peut procurer. L’intelligence ne s’acquiert pas par imprégnation, et faire asseoir huit heures par jour un écolier médiocre à côté d’un écolier doué n’augmentera jamais d’un iota le potentiel scolaire du premier. Au contraire, l’humiliation quasi quotidienne qu’entraine la mixité pour les moins doués risque bien de les décourager et de leur faire prendre en grippe l’école, et l’apprentissage en général.
5) Apprendre à tous ceux qui n’ont pas le potentiel pour faire des études supérieures comment gagner leur vie.
Ceux qui sont destinés, du fait de leur faible potentiel scolaire, à entrer rapidement sur le marché du travail, représentent au bas mot les deux tiers des élèves (le dernier tiers comprenant ceux qui ont le goût et les capacités pour rentrer au College/à l’université, et ceux à qui conviendront mieux des études supérieures à visée directement professionnelle). Un système scolaire authentiquement démocratique devrait se préoccuper de ce qui serait vraiment bon pour ceux qui constituent l’immense majorité des élèves. Au lieu de cela, l’Education Nationale semble s’ingénier à leur rendre la vie aussi difficile que possible, en les poussant à rester dans une voie qui ne peut rien leur apporter et en refusant le type de mesures qui leur seraient bénéfiques.
Apprendre à un élève médiocre ou moyen comment gagner sa vie signifie essentiellement deux choses : lui donner une qualification monnayable sur le marché du travail, et lui inculquer les comportements nécessaires pour trouver et garder un emploi. Pour l’essentiel, l’école ne fait aujourd’hui ni l’un ni l’autre.
Tous les employeurs du monde recherchent des candidats qui se montreront fiables, ponctuels, capables de s’intégrer sans heurt à une équipe, et désireux de travailler dur. L’école pourrait grandement aider à acquérir ces comportements, mais cela supposerait de se montrer strict sur la tenue, la ponctualité et les devoirs, de sanctionner sans faiblesse les manquements à la discipline et les absences, bref cela supposerait de faire à peu près l’inverse de ce qui se passe actuellement dans les établissements et les classes où se trouvent concentrés les élèves à faible potentiel.
Tous les employeurs recherchent aussi des candidats ayant des qualifications en rapport avec l’emploi à exercer. De ce point de vue, aux Etats-Unis comme en France, l’enseignement technique laisse souvent à désirer. Le manque de ressources est parfois en cause, mais le principal problème auquel doit faire face cet enseignement est le caractère de dépotoir qu’il revêt trop souvent aujourd’hui. Parce que tous les acteurs du système scolaire cherchent à faire rester dans l’enseignement général, et à pousser vers le supérieur, le plus d’élèves possible, ceux qui se dirigent vers l’enseignement technique sont presque toujours les plus déficients intellectuellement et les moins disciplinés. 
Tant que cet état de fait perdurera, un diplôme de l’enseignement technique continuera, la plupart du temps, à agir comme un signal d’alarme pour les employeurs, et à les détourner des candidats issus de cet enseignement. Les employeurs continueront aussi à se désintéresser de l’enseignement technique, alors qu’il serait vital qu’ils s’en rapprochent pour que les formations dispensées correspondent à la demande du marché du travail.
En définitive, la première condition pour redonner à l’enseignement technique la place qui devrait être la sienne est aussi la plus difficile : l’abandon du romantisme éducatif selon lequel tous les enfants naissent fondamentalement égaux du point de vue de leur potentiel scolaire.

Comment tous ces changements pourraient-ils survenir ?
Charles Murray ne pense qu’il soit raisonnable d’attendre qu’un vaste système éducatif, centralisé, mette un jour en œuvre les mesures qu’il a proposées, et il parait difficile de lui donner tort. Toutes ces mesures sont, pour une raison ou pour une autre, politiquement trop sensibles pour pouvoir être appliquées nationalement, par une décision issue du sommet.
Tout espoir n’est pas pour autant perdu car chacune d’entre elles est susceptible de trouver des soutiens auprès des enseignants, auprès de parents, auprès des élèves même. La clef est alors de permettre à ceux qui seraient prêts à changer le fonctionnement de l’école de le faire, à leur niveau, et sans exiger que tout le monde marche du même pas.
Augmenter la liberté de choix en matière scolaire parait la seule manière, à terme, de ramener nos écoles à la réalité.
De ce point de vue, la situation des Etats-Unis est incontestablement plus prometteuse que celle de la France, car les traditions d’autonomie locale y sont fortes et les citoyens américains sont encore largement imprégnés de cette idée, exprimée sous forme de boutade par le Président Reagan, que « les mots les plus dangereux de la langue anglaise sont : je suis ici de la part du gouvernement et je viens pour vous aider ». Tout le contraire, donc, de la France.
Mais même en France le changement est inévitable. L’Education Nationale meurt de son gigantisme, l’Etat meurt de son endettement : même si personne ne désirait le changement, celui-ci finirait néanmoins par se produire, d’une manière ou d’une autre. Il n’est pas possible de tricher éternellement avec la réalité. L’écroulement annoncé suscite légitimement des inquiétudes, mais il pourrait aussi être porteur d’espoir s’il était l’occasion de rebâtir notre école sur des bases plus saines.
L’une des conditions pour qu’il en soit un jour ainsi est de dire la vérité, inlassablement.

20 commentaires:

  1. Superbe ensemble de textes, une fois de plus. Assez largement déprimant, même s'il se clôt sur une perspective ouverte, un vague espoir.

    Quel sera le thème du prochain “cycle” ?

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  2. Il est vrai que lorsque vous avez des enfants d'âge scolaire aujourd'hui il y a de quoi être déprimé.
    Mais la tempête arrive. Il faut faire son possible pour que ce qui en sorte soit meilleur que ce qui s'écroule.
    Sinon le prochain cycle portera sur "The closing of the muslim mind", un livre pour mieux comprendre la religion qu'il nous importe tant de connaitre, désormais.
    Et avant, un petit papier sur la question de la bataille des idées.
    Voilà, vous savez tout.

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  3. Alléchant programme !

    (Croyez-le ou non, mais votre vérificateur de mots m'enjoint de taper SHOATINE…)

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  4. Je plaide totalement non coupable!!
    Vous êtes sûr que ce n'était pas CHOCOLATINE ?

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  5. Savez-vous que des méthodes existaient pour apporter une solution au problème évoqué :
    il suffit en effet de recourir à une méthode archaïque dite examen d'entrée en sixième.

    Evidemment, le progrès exige des passerelles pour permettre aux enfants "retardés" (ce n'est pas un qualificatif méprisant !) de rejoindre le peloton un peu plus tard.

    Mais, je fais ici l'hypothèse que notre système éducatif vise le développement de nos enfants plutôt que l'égalitarisme comme but ultime
    (TOUS NULS MAIS EGALEMENT)

    Pour la sélection professionnelle, je propose la dictée, c'est un excellent discriminant.
    Et pas stigmatisant (enfin ...)

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  6. Je souscris très largement à ce billet, à quelques nuances près : Murray (ou vous-même) paraît considérer que le "potentiel scolaire" d'un élève s'apprécie en bloc, et que l'on pourrait facilement classer les élèves sur une échelle allant de 0 à 10. Or la réalité est à l'évidence beaucoup plus complexe, les aptitudes évaluées à l'école étant nombreuses et diversifiées, et les types d'intelligence (et d'inintelligence) étant heureusement infinis. Que faire d'un élève déjà éloquent à sept ans mais infoutu de poser une opération ? d'un autre, grand dévoreur de livres et à ce titre tête bien pleine, mais immature et bordélique ? d'un troisième, casseur précoce d'énigmes mathématiques mais suant la grosse goutte sur n'importe quel texte narratif ? Etc, etc. Le corrélat de cette constatation paraît évident : en plus d'une prise en compte réelle du mérite intellectuel, il faut à l'évidence une diversification des cursus (selon moi, dès la quatrième et en maintenant un tronc commun destiné à s'amincir au fil des ans).

    Pour la même raison, la proportion que vous donnez d'un tiers d'élèves destinés à suivre des études longues me semble sujet à caution. La société n'a pas seulement besoin de manutentionnaires et de caissières d'un côté, de chirurgiens et d'archivistes-paléographes de l'autre ; entre ces deux pôles, de très nombreuses professions requièrent de la part de ceux qui prétendent les exercer des études jamais inférieures en durée à deux ans et pouvant aller jusqu'à cinq, où ils seront invités à approfondir la principale de leurs capacités. C'est notamment le cas de la quasi-totalité des métiers de service, que chacun de nous sollicite dix fois par jour.

    Pour vous montrer que nous sommes d'accord sur l'essentiel, je me permets de vous renvoyer vers quelques-uns de mes propres billets :
    http://devine.over-blog.fr/article-leila-contre-hamza-61564894.html
    http://aucollege.over-blog.fr/article-20444968.html
    http://aucollege.over-blog.fr/article-13404085.html

    Merci en tout cas pour cet (ces) article(s) et merci aussi à Didier Goux de m'avoir fait découvrir ce blog.

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  7. Lumineux, Aristide ! Merci de nous avoir fait découvrir cet ouvrage.

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  8. René :

    "Savez-vous que des méthodes existaient pour apporter une solution au problème évoqué :
    il suffit en effet de recourir à une méthode archaïque dite examen d'entrée en sixième."

    Mais oui, bien sûr. C'est aussi cela qui est un peu décourageant : l'impression de devoir redémontrer l'évidence.
    Malheureusement on ne peut pas s'en dispenser.

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  9. n grand merci à Aristide pour cet exposé, qui me permettra d'argumenter rationnellement et d'exprimer clairement des choses que je ressentais déjà mais de manière un peu confuse et instinctive.
    A Ali Devine, je ne suis décidément pas convaincu par cet argument souvent ressassé selon lequel la réalité serait "complexe", les aptitudes et les types d'intelligence "divers", etc. Je pense qu'il ne s'agit que d'un voile pudique pour cacher cette réalité qu'on ne saurait voir, et qui est celle de l'inégalité naturelle. Pour ma part, si j'en juge d'après le parcours scolaire de mes 7 enfants, et de ceux de mon entourage, je n'ai jamais vu d'élève brillant en maths être un cancre en Français ou l'inverse. Le cas doit être plutôt exceptionnel, si même il existe. En revanche, que nos goûts nous portent à approfondir une matière plutôt qu'une autre, cela est compréhensible; mais c'est une affaire de goûts, pas de capacités.

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  10. Cher Anonyme,
    Etant père de famille ET enseignant depuis sept ans, je peux attester de ce que la diversité des intelligences est une réalité. Du reste chacun d'entre nous n'a qu'à s'examiner pour saisir cela dans l'évidence. Je suis normalien et agrégé, mais vous ne me ferez pas comprendre le plus simple des circuits électriques.

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  11. Ali Devine:

    Merci pour votre appréciation. Je n'ai pas eu le temps de lire vos billets, mais je le ferais.
    Toutefois, à vous lire, je ne suis pas sûr que vous ayez pris connaissance des quatre articles qui précèdent celui-ci.
    Vous devriez, notamment les deux premiers. Cela vous permettra de comprendre pourquoi je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous sur la question de la "multiplicité" des intelligences.
    Malheureusement les différentes aptitudes intellectuelles sont fortement corrélées entre elles, ce qui fait que les gens qui sont au dessus de la moyenne dans un domaine le sont aussi, le plus souvent, dans les autres domaines.
    L'expérience que vous évoquez - et qui dans une certaine mesure est aussi la mienne - à savoir être un littéraire peu doué pour les sciences, est trompeuse. Nous nous comparons à nos condisciples qui étaient doués en mathématiques, c'est à dire à une toute petite fraction de la population. Ce pourquoi nous avons l'impression d'être mauvais en science.
    Mais si nous comparions nos performances en la matière avec celles de la moyenne de la population, nous découvririons presque à coup sûr que nous sommes au dessus de cette moyenne.
    Je parle de manière générale bien sûr. Il est possible que vous soyez effectivement en dessous de la moyenne en mathématiques. Mais si c'est le cas vous êtes une rareté statistique.

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  12. Non, c'est vrai, je n'ai pas encore lu vos quatre billets précédents. Mais je vais le faire.

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  13. Très intéressante série de billets, auxquels je souscris très largement. Etant moi même enseignant/chercheur dans le supérieur (grande école) mais ayant eu la (mal?)chance de sévir dans quelques universités parisiennes auparavant, je vous suis totalement sur le fait que les "intelligence diverses" sont une forme de cache misère. Et les quelques exemples que l'on peut trouver ça et là sont à la fois des exceptions et souvent autre chose que ce que l'on croit à première vue.

    En réalité les individus les plus doués en général ont tendance à sur-investir le domaine qui leur semble le plus intéressant (ou le plus populaire) et à donc sembler "moins bons" dans les autres. Mais ayant un doctorat en mathématiques je pense ne pas être totalement sous-doué pour les sciences mathématiques, alors que jusqu'au bac j'ai été "moins bon" dans ce domaine qu'en français (ou surtout qu'en physique, qui était mon plaisir). Un de mes condisciples du lycée, major à Ulm en lettres modernes et premier prix du concours général en philo, était réputé un cancre en français jusqu'à la seconde : il pensait que c'était "mauvais genre" d'être bon dans ce domaine et que seules les sciences valaient quelque chose. Bien qu'ayant fini en khagne, il aurait pu, avec quelques efforts, réussir (peut-être un peu moins, mais suffisament) en taupe, ou en prépa HEC, voir dans n'importe quelle fac.

    J'ai vu souvent chez mes étudiants (surtout à la fac) une forme d'auto-condamnation "je ne suis pas bon en maths" qui venait surtout du fait qu'ils n'avaient jamais eu de bons profs et qu'ils avaient suivi la mode "les maths c'est dur". C'est commode et ça permet d'être paresseux à peu de frais, et tout le monde marche. Comme mon grand père aimait à le dire, avant la spé, on ne fait pas de maths, on applique les maths... et tout individu raisonablement intelligent peut le faire, même le plus litéraire, ça ne requière nul talent spécifique. Après, d'accord, ça se corse...

    Enfin, la liberté de choix est bien sûr la clé du sauvetage de nos systèmes éducatifs. Liberté dans les deux camps, bien sûr... les parent doivent pouvoir choisir leur écoles, et les écoles leurs élèves. Un encadrement minimal par l'état, notament via l'organisation d'examens nationaux et la détermination des connaissances à maîtriser pour ceux-ci serait suffisant. Une volonté redistributrice ou de soutien à l'éducation pourrait prendre la forme d'un chèque scolaire.


    Franz

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  14. Franz
    "Comme mon grand père aimait à le dire, avant la spé, on ne fait pas de maths, on applique les maths... et tout individu raisonablement intelligent peut le faire, même le plus litéraire, ça ne requière nul talent spécifique. Après, d'accord, ça se corse..."

    Ce n'est pas mon avis. Du temps de votre grand-père, cette affirmation était sans doute vraie. Mais elle ne l'est plus aujourd'hui.
    Comme j'ai eu l'occasion de le dire dans un précédent commentaire, on demande aux élèves de faire des "découvertes mathématiques", de redécouvrir le monde, à partir de la 5ème.
    Nous sommes toujours dans l'idéologie du "savoir faire" sommé de remplacé le "savoir".
    Vous avez raison lorsque vous refusez de voir des champs différents d'application de l'intelligence. Il n'y a aucune raison logique pour qu'un enfant littéraire ne comprenne aux Maths et aux sciences.
    Les méthodes utilisées (et bien sûr les professeurs qui acceptent de les appliquer) sont à mettre en accusation lorsque ces différences de réussite sont par trop importantes.

    Merci à Aristide pour cette suite si intéressante.

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  15. @Carine,
    Encore une chose qui n'aide pas cette "redécouverte"... Parce qu'encadrés par des enseignants qui maîtrisent la matière (et ce n'est hélas plus le cas de près de 80% des profs de collège lycée), ce genre d'approche pourrait, parfois, être profitable (en accompagnement d'un apprentissage de connaissances)... Mais quand l'enseignant ne comprend pas réellement d'où vient et à quoi sert ce qu'il enseigne et qu'il doit le faire "redécouvrir", c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres qui claquent!!

    Mais là encore, ceux qui sont "doués" arrivent à s'en sortir... Moins bien surement que s'ils avaient eu droit à de vrais cours. Mais ils s'en sortent. Ceux qui n'ont pas les même moyens, autrefois sortaient du système en en sachant peu, mais en le sachant bien (lire, écrire, compter... ). Puis ils apprenaient un métier dont ils pouvaient être fiers. Aujourd'hui, ils sortent du système bien tard (bac à 20 ans, quatre ou cinq ans à trainer en licence, sans l'avoir... ) et en ne sachant rien d'utile, mais pleins d'une prétention à l'intellectualisme idiote, méprisant les métiers où ils pourraient être bons, voulant tous être cadres/chefs/patrons sans en avoir les moyens. Résultat, des hordes de fonctionnaires (le seul endroit où un diplôme inutile, obtenu à grand peine, puisse valoir embauche) inefficaces, incapables de faire le peu qu'on leur demande, mais malheureux car se croyant capable de bien mieux. Et les vraiment manuels sont dévalorisés par la même, alors que les meilleurs perdent leur temps à attendre ce gros du troupeau...
    Même à mon époque c'était déjà un peu le cas (je n'ai jamais rien foutu à l'école avant la prépa, et même là je n'ai pas été à fond... Dieu sait combien plus j'aurais pu apprendre, savoir, avec un système moins homogénéisant!). Quel gâchi, pour tous les niveaux de compétence scolaire, fondé principalement sur ce "romantisme scolaire" qui veut que tout le monde puisse y arriver (j'en parlais récemment avec une collègue, et elle était convaincue que "tout le monde peut faire un doctorat, faut juste de la volonté!")


    Franz

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  16. "j'en parlais récemment avec une collègue, et elle était convaincue que "tout le monde peut faire un doctorat, faut juste de la volonté!"

    Je sais bien que de nos jours des gens intelligents peuvent dire ce genre de choses, et même en être persuadés, mais en même temps j'en reste toujours un peu estomaqué.
    Un tel aveuglement qui n'est pas le résultat d'un manque de capacités intellectuelles, ça reste fascinant.
    Ca rappelle un peu ces intellectuels parisiens qui admiraient la Révolution culturelle et revenaient ravis de leur voyage en Chine : "ce président Mao, quel homme formidable!".

    Ceci étant dit, vu la tournure prise par les événements, il se peut que votre collègue finisse par avoir raison, au moins pour ce qui concerne les humanités : tout comme le bac aujourd'hui, le doctorat finira par être distribué "à l'ancienneté". Il suffira juste de se montrer persévérant.
    Le doctorat pour tous n'est-il pas un droit fondamental de l'être humain?

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  17. ça, le coup des intelligences diverses...

    étant passée par une filière littéraire, j'ai été entourée de "littéraires" qui revendiquaient leur nullité en maths, et fiers de ramasser des notes pourries au bac en fin de première... quand on sait ce qu'on demande en maths en première (savoir faire une règle de trois). Pour moi ça a toujours été la preuve non de leur côté "littéraire" mais de leur profonde bêtise, de leur paresse intellectuelle et de leur inculture.

    Evidemment je suis aujourd'hui une bille en physique quantique, vu que j'ai fait par la suite des études d'histoire. Je ne peux que constater que ces "littéraires", eux, n'ont finalement pas fait spécialement d'étincelles dans leurs études alors qu'ils affirmaient qu'ils délaissaient les sciences "inutiles" pour eux, pour "mieux se concentrer" sur les matières littéraires.

    Dix ans plus tard, agrégée et passée par une grande école (pas normale), j'enseigne à la fac où je ne peux que constater que la paresse intellectuelle fait encore plus de ravages. Le drame étant ces gosses qui se lancent dans des masters qu'ils finissent par ne pas valider faute de savoir rédiger un mémoire correctement ("oui mais madame moi je suis plutôt tourné vers l'oralité alors l'écrit...")

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  18. Pour revenir un peu sur cette théorie des intelligences multiples, il me semble que les subtests de QI sont assez corrélés entre eux ce qui fait que le plus souvent il y a une homogénéité soit des bonnes capacités soit de leurs faiblesses. Mais, cette corrélation n'étant pas totale , il arrive que l'intelligence soit moins homogène et qu'un individu généralement "doué" présente une certaine déficience dans un domaine, défaut qu'il compensera éventuellement par des stratégies d'autant plus efficaces que cette faiblesse sera limitée à un domaine.
    Je pense ce faisant à certaines capacités comme la mémoire de travail ou le repérage dans l'espace qui peuvent faire défaut me semble t-il à des gens qui sont loin d'être des imbéciles mais les gêner en calcul mental ou en géométrie.
    Je comparerais cela aux capacités physiques : quand elles sont bonnes, on est bon en sport et on est souvent bon dans tous les sports....mais une personne en fauteuil roulant peut faire des performances au javelot et un individu maladroit au pingpong peut courir très vite.

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  19. Il est évident que nous avons à peu près tous des points forts et des points faibles d'un point de vue intellectuel, des domaines dans lesquels nous nous sentons plus à l'aise et où nous progressons plus facilement.
    Cependant, statistiquement, les différentes formes d'intelligence - si l'on veut appeler cela ainsi - sont très étroitement corrélées (entre +0,7 et +0,9). Les capacités spatiales, logico-mathématiques et linguistiques varient ensemble.
    Un individu qui obtiendrait des très bons scores dans l'un de ces trois domaines et de mauvais scores dans un autre serait un cas vraiment à part.

    Mais sans doute notre confusion vient-elle de ce que nous n'avons pas une conception réaliste de ce que signifie "être en dessous de la moyenne" dans l'une de ces capacités.
    Nous nous comparons, sans le savoir, avec des gens qui sont très, très au dessus de la moyenne, et comme nous n'arrivons pas à faire aussi bien qu'eux nous en déduisons que nous sommes médiocres dans le domaine concerné (mettons, par exemple, les maths).
    Mais c'est une erreur de perspective.

    Sinon, Dixie, je vois très bien à quoi vous faites allusion lorsque vous parlez des gens qui, tout en étant intelligents, ont des problèmes de repérage dans l'espace. C'est très commun dans une certaine partie de la population^^
    http://www.dailymail.co.uk/news/article-2041741/Sexist-stereotypes-Statistics-prove-women-worse-parking.html?ITO=1490

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  20. Vous "voyez bien à quoi je fais allusion"....exactement ! (et bien, quoi, je suis assez maligne pour savoir éviter d'avoir à faire un créneau et puis c'est tout ).

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