Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 13 février 2013

Human Accomplishment - De la supériorité de l'Occident et autres choses du même genre (1/8)




 Dans Human Accomplishment - the pursuit of excellence in the arts and sciences 800 B.C to 1950, Charles Murray s’assigne une tache apparemment titanesque : mesurer l’excellence humaine dans le domaine des arts et de la science et ce sur une période de presque trois mille ans. Ce qui signifie à la fois identifier toutes les grandes réalisations sur toute la surface du globe, dans ces deux domaines, mais aussi classer ces réalisations et leurs auteurs les uns par rapport aux autres : quel est le plus grand de tous les musiciens ayant vécu entre 800 avant J.C et 1950 ? Quel est le plus grand philosophe ? Quel est le plus grand mathématicien ? etc. Mais aussi : quelles sont les régions du monde qui ont abrité le plus de grands esprits ? qui ont vu naitre le plus de grandes découvertes ou de grandes réalisations ? etc.
Charles Murray n’est sans doute pas sans reproches, mais il est assurément sans peur, car les conclusions auxquelles il parvient ne sont rien moins qu’une déclaration de guerre à certains des dogmes intellectuels les mieux établis de notre époque, même si Murray est un homme trop posé pour le dire ainsi. Qu’on en juge : il affirme que l’excellence humaine existe, qu’elle n’est pas une vue de l’esprit ou une affaire de goût personnel. Il affirme que cette excellence peut se mesurer, suffisamment en tout cas pour identifier de manière objective les plus grands noms dans une discipline donnée. Il affirme, preuves à l’appui que, en matière d’excellence scientifique et artistique, le continent européen écrase le reste du monde et que, à l’intérieur de ce continent, les hommes blancs forment l’écrasante majorité - pour ne pas dire la quasi totalité - des grands scientifiques et des grands artistes. Enfin, Charles Murray conclut, prudemment mais néanmoins fermement, que le monde occidental est en déclin du point de vue de ses productions scientifiques et artistiques.
Une seule de ces thèses suffirait, à raison, pour effrayer un universitaire ordinaire : trop compliqué, trop risqué pour qui tient à sa carrière et à sa réputation ; mais les soutenir toutes ensemble dénote une audace intellectuelle et un courage personnel que l’on ne peut qu’admirer, même si l’on ne partage pas dans le détail toutes les conclusions auxquelles parvient Charles Murray.

Human accomplishment comprend quatre parties.
La première, A sense of accomplishment, vise à donner au lecteur certaines notions au sujet de tout ce que l’espèce humaine avait déjà accompli avant l’an -800 - qui est la date choisie par Murray pour commencer son analyse - mais aussi à rappeler que, derrière les tableaux, les listes et les graphiques, se trouvent des êtres humains et des histoires proprement extraordinaires et qui méritent bien de susciter notre émerveillement. Il s’agit en somme de donner un sens concret au terme « grandeur humaine ».
La seconde partie a pour titre Identifying the people and the events that matter (« identifier les personnes et les événements importants »), et son titre est suffisamment explicite pour qu’il ne soit pas nécessaire d’expliquer davantage ce qu’elle contient.
La troisième partie, Patterns and trajectories, se focalise sur la répartition géographique et temporelle de l’excellence humaine. Elle est certainement la plus polémique, en ce qu’elle conclut à la supériorité incontestable de l’Occident sur toutes les autres civilisations en termes de réalisations scientifiques et artistiques.
La quatrième partie enfin, On the origins and decline of accomplishment, essaye de discerner les causes de ces grandes réalisations : qu’est-ce qui pourrait expliquer que certaines époques et certaines régions du monde se révèlent particulièrement fertiles en grandes œuvres d’art et en découvertes scientifiques ? Ou, pour le dire autrement, pourquoi l’Europe occidentale surclasse-t-elle toutes les autres parties du globe sur la période considérée, et pourquoi sa « productivité » semble-elle sur le déclin ?
Human accomplishment comprend en outre cinq longues annexes dans lesquelles Charles Murray donne tous les détails de ses calculs.
Ce qui suit se concentrera sur les parties deux et trois, qui sont le cœur de l’ouvrage. La première partie ne sera pas traitée et la quatrième ne le sera que partiellement. Il conviendra en outre de garder à l’esprit que, de la même manière que Charles Murray réserve aux annexes de son livre la plupart des questions techniques, ce qui suit portera essentiellement sur les conclusions de Murray et que les questions de méthode ne seront évoquées que de manière relativement brève. Les lecteurs qui désireraient plus de détails sur ces questions techniques sont bien évidemment invités à se reporter au livre lui-même.

***

Peut-on mesurer l’excellence ? A cette question, le plus probable est que notre réponse spontanée soit « non », à supposer même que nous ne nous contentions pas de hausser les épaules. Ce scepticisme n’est pas nécessairement de mauvais aloi, s’il nous préserve contre la tentation de croire que tous les aspects de la vie humaine pourraient être quantifiés, mais peut-être n’est-il pas entièrement justifié sur cette question précise.
Après tout, les mêmes qui répondraient spontanément par la négative n’auraient sans doute guère de mal à donner une liste de noms si on leur demandait quels ont été les plus grands scientifiques ou les plus grands artistes (occidentaux) depuis l’an 800 avant J.C (c’est à dire, schématiquement, depuis le moment où les documents écrits et les documents archéologiques commencent à être suffisamment précis et convergents pour que nous puissions dater les grandes découvertes et les grandes réalisations). Quels ont été les plus grands scientifiques ? Oh, sûrement Newton, Galilée, Einstein... Quels ont été les plus grands musiciens ? Oh, assurément Mozart, Beethoven, Bach...
Bien entendu tous ne citeraient pas les mêmes noms et tous ne les classeraient pas dans le même ordre, mais ce qui importe est que spontanément nous distinguons, dans une catégorie donnée, des personnalités qui ont été plus importantes que d’autres. Autrement dit, nous admettons l’existence d’une hiérarchie, même si nous serions sans doute bien en peine d’énoncer précisément les critères qui la fondent. Personne, à moins de vouloir à toute force soutenir une thèse paradoxale, ne mettra sur le même plan celui qui a découvert la loi de la gravitation universelle et celui qui inventé le fil à couper le beurre, personne ne soutiendra sérieusement qu’André Comte-Sponville est un philosophe aussi important que Platon (à supposer même que Comte-Sponville soit un philosophe), etc.
Nous reconnaissons donc a minima que nous sommes capables de distinguer une montagne d’une taupinière. Dès lors, ne serait-il pas possible d’être plus précis et, parmi les hauts sommets, d’essayer aussi de distinguer ceux qui s’élèvent au-dessus des autres ?


 Reprenons donc la question. Pourquoi estimons-nous que tel ou tel figure parmi « les plus grands » de sa discipline ? La réponse semblerait être, la plupart du temps, que nous nous fions à sa réputation. Nous citons Newton ou Platon parce que « tout le monde » parle d’eux lorsqu’il est question de science ou de philosophie. Autrement dit, nos listes des « plus grands » semblent être des listes des plus renommés. Dès lors la question est : la renommée est-elle identique à l’excellence ? Ici la réponse semble devoir être un peu différente pour ce qui concerne les sciences de la nature (au sens actuel du terme) d’une part et, d’autre part, la philosophie et les arts.
Les sciences modernes de la nature (physique, chimie, biologie, etc.) reposent en effet sur une méthode particulière qui donne à leurs praticiens une très grande communauté de vue concernant l’objet de leurs recherches et les critères de réussite de ces recherches. Cela est vrai également pour les disciplines qui sont directement connectées à ces sciences, comme les mathématiques ou la médecine. Autrement dit, les scientifiques n’ont pas beaucoup de mal à parvenir à un consensus concernant la validité et l’importance d’une découverte. Par conséquent ils n’ont pas non plus trop de mal à établir une hiérarchie parmi les auteurs de ces découvertes. A toutes fins utiles, pour les sciences, la renommée est essentiellement identique à l’excellence.
La question est plus délicate pour les autres disciplines, et notamment pour les arts. Ici il nous faut bien distinguer (en suivant Hume) le sentiment et le jugement. Si je dis que je préfère Rembrandt à Picasso, je donne mon sentiment et ce sentiment est nécessairement vrai, mais ce n’est qu’un sentiment, une expression de mon goût personnel. En revanche, si j’affirme que Rembrandt est un plus grand peintre, qu’il a atteint un plus haut niveau d’excellence que Picasso, j’émets un jugement qui se veut objectif, indépendant de mes préférences personnelles. Est-il possible d’émettre un tel jugement en matière artistique ? Chercher un fondement rationnel à mon jugement semble devoir nous entraîner vers des disputes sans fin au sujet de la nature du beau, du vrai, du bien et autres choses du même genre. Mais il existe peut-être une manière de contourner ces obstacles redoutables si nous acceptons les propositions suivantes.
Tout d’abord, les individus ont des niveaux de savoir différents dans n’importe quel domaine. Ensuite, l’appréciation que nous avons de telle ou telle chose, de tel ou tel événement, varie en fonction de notre degré de savoir dans le domaine concerné. De deux spectateurs d’un match de rugby, celui qui en connait les règles et qui a déjà vu beaucoup de matchs est capable de percevoir et d’apprécier des choses que n’est pas capable de voir et d’apprécier celui qui n’y connait rien. Peut-être tous les deux prennent-ils autant de plaisir à regarder le match, mais cela n’est pas la question. La capacité de jugement du connaisseur est objectivement plus grande que celle de l’ignorant. L’expertise change la qualité de l’expérience et introduit un élément de rationalité dans le jugement. Si nous acceptons ces observations - et il semble difficile de nier leur vérité - nous avons, semble-t-il, les matériaux de base pour mesurer l’excellence de manière indirecte.
Il est possible d’identifier les experts dans un domaine particulier, par conséquent si nous parvenons à mesurer l’importance qu’un grand nombre d’experts accordent à tel ou tel personnage ou tel ou tel événement, nous mesurons indirectement l’importance de cet événement ou l’excellence de ce personnage.
La logique de l’argument est que, dans l’ensemble, la raison pour laquelle ceux qui connaissent bien un sujet donné parlent plus longuement et plus en détails de A que de B est que A est meilleur que B, meilleur en ce sens qu’il atteint un plus haut degré d’excellence dans le domaine concerné.
Bien évidemment, tous les experts ne sont pas d’accord entre eux, les disputes peuvent même parfois être féroces, bien entendu les experts peuvent céder à la mode ou à leurs goûts personnels, bien sûr certains experts sont en réalité des imposteurs, mais il existe un moyen simple de se protéger contre de tels problèmes : le nombre et la durée. Ce que nous cherchons à observer, c’est le consensus qui se dégage parmi un grand nombre d’experts et sur une longue période de temps. Et de fait, si nous croisons le jugement d’un grand nombre d’experts sur un sujet donné, nous nous apercevons rapidement que les opinions émises par ces experts ne sont pas distribuées au hasard mais qu’elles tendent à graviter autour de certains points. Pour prendre un exemple très simple, les experts en musique peuvent différer sur leur appréciation de Mozart et sur son rang par rapport à d’autres compositeurs, mais tous s’accordent sur le fait qu’il a été l’un des plus grands musiciens (occidentaux) de tous les temps.
Il est certes toujours possible de dire que la cohérence globale des jugements des experts ne reflète pas l’excellence réelle des œuvres ou des artistes, qu’elle reflète simplement un sentiment commun à la communauté des experts, une sorte de préjugé collectif, mais en ce cas la balle est dans le camp de celui qui fait une telle affirmation. Il devra expliquer de manière cohérente pourquoi l’expertise, qui est clairement possible dans certains domaines de l’activité humaine, ne l’est pas dans d’autres et pourquoi le jugement que nous portons sur les œuvres d’art serait nécessairement subjectif. Il devra aussi montrer que son comportement est cohérent avec ses théories, et s’abstenir lui-même soigneusement de juger et de hiérarchiser les artistes et leurs œuvres. La tache ne sera pas aisée, pour dire le moins. En attendant qu’elle soit éventuellement menée à bien, se contenter de dire : « on ne peut pas juger », ne sera pas considéré comme une réponse suffisante.
Si donc nous acceptons l’idée que la renommée parmi les connaisseurs peut être une bonne mesure indirecte de l’excellence, comment procéder concrètement pour mesurer cette renommée ?
Pour y parvenir, Charles Murray a divisé les sciences et les arts en douze domaines qu’il appelle des « inventaires » : littérature, arts visuels (peinture et sculpture), musique, astronomie, biologie, chimie, sciences de la terre, physique, mathématiques, médecine, technologie, philosophie.
Les huit inventaires relatifs aux sciences sont divisés en inventaires relatifs aux personnes (les plus grands scientifiques) et en inventaires relatifs aux évènements (les plus grandes découvertes). Chaque inventaire couvre le monde entier.
Pour les arts et la philosophie seuls des inventaires relatifs aux personnes existent, les inventaires relatifs aux évènements s’avérant impossibles à établir, pour des raisons techniques. Par ailleurs, en matière d’arts et de philosophie, les inventaires sont différenciés par aires géographiques, les sources d’expertise disponibles ne permettant pas des comparaisons mondiales comme pour les matières scientifiques. Aux termes de considérations qu’il n’importe pas de détailler ici, Charles Murray a choisi de diviser la philosophie en inventaires pour la Chine, l’Inde et l’Occident. La littérature en inventaires pour le monde Arabe, la Chine, l’Inde, le Japon, et l’Occident. Les arts visuels en inventaires pour la Chine, le Japon, et l’Occident. Pour la musique seul l’Occident est pris en compte, ce qui s’explique par le fait que les compositeurs des autres parties du monde sont le plus souvent restés anonymes (pour une raison semblable les arts visuels chinois ne comprennent que la peinture, car les sculpteurs chinois ont rarement signé leurs œuvres, et l’Inde ne figure pas dans les arts visuels puisque ses peintres et ses sculpteurs sont presque tous restés anonymes).
Bien que Charles Murray n’attire pas l’attention sur ce fait, les lecteurs un tant soit peu attentifs ne pourront pas ne pas remarquer que certaines régions du monde ne figurent dans aucun inventaire. La raison n’en est pas difficile à comprendre.
Pour chaque inventaire, un certain nombre d’ouvrages faisant autorité sont réunis et comparés de manière à en tirer deux types de mesures. D’une part les « personnalités importantes » (significant figures) et d’autre part un « indice d’excellence » (index score). Une personnalité importante est simplement une personnalité qui est mentionnée par au moins 50% des sources faisant autorité pour un inventaire donné. Si le musicien X est mentionné dans au moins 50% des encyclopédies ou des histoires de la musique utilisées pour l’inventaire « musique », il est considéré comme un musicien important.
L’indice d’excellence compare entre elles les personnalités importantes : le musicien X est-il plus important dans l’histoire de la musique que le musicien Y, tous deux étant des musiciens « importants » mentionnés dans au moins 50% des sources consultées ? Pour établir cet indice on se basera par exemple sur le nombre de fois où le musicien X est mentionné dans chaque source, la longueur des articles qui lui sont consacrés, etc. Les détails varient pour chaque inventaire.

31 commentaires:

  1. Héneaurme entreprise, d'un intérêt fondamental pour nous occidentaux de notre triste époque !
    Et quel billet ! Merci Aristide !
    Cela me rappelle une anecdote sans intérêt mais juste en guise de témoignage, parce que pas mal hors-sujet mais ça parle de l'art :
    quand j'étais en terminale, jeune et belle, on m'a donné un exposé à faire (enfin, j'ai choisi le thème entre plusieurs proposés : qu'est-ce que le Beau ?" . Et bien, vous me croirez si vous voulez, mais je me suis échinée à montrer que les masques mortuaires aztèques et les statues africaines fabriquées en Chine (mais ça, je ne le savais pas à l'époque), étaient aussi beaux (belles selon la nouvelle grammaire) que les statues de Phidias ou de Michel-Ange. Et que les visages mélanésiens étaient aussi beaux et attirants que les visages polynésiens :-)
    Et oui, comme quoi rien n'est jamais perdu, avec les jeunes cons.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah ah, à moi aussi, ça aurait pu arriver. Et pourtant, voyez où nous en sommes vous et moi...

      Supprimer
  2. Vous êtes de retour ! Noël ! Noël !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais voyons, Mat, nous sommes en février.

      Supprimer
  3. J'attends la suite avec moult intérêt, mais à mon sens, j'ai l'impression que ça part de façon bancale : en effet, la méthode du comptage des apparitions dans les encyclopédies ne me paraît pas forcément efficiente. Après tout, les encyclopédies en question, sont-elles vraiment objectives dans leur composition ?

    En outre, ça me paraît un peu revenir à se demander si c'est le rhinocéros ou l'éléphant le plus fort. Mais après tout, pourquoi pas. J'attends la suite, donc !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un peu de patience, chère Artémise, le billet de la semaine prochaine portera aussi sur les questions méthodologiques, vous y trouverez peut-être quelques éléments de réponse.
      Mais une remarque néanmoins sur la question de « l’objectivité » : comme je l’ai dit, les deux grands moyens de se prémunir contre les biais de tel ou tel, c’est le nombre et la durée. Croiser un grand nombre de sources et ne s’intéresser qu’à ce qui est relativement ancien, pour éviter les effets de mode. Ce n’est sans doute pas parfait mais c’est le mieux que nous ayons dans bien des domaines. Et lorsque l’on procède ainsi, on s’aperçoit qu’en réalité la plupart des experts s’accordent, au moins sur les grandes lignes – ce qui laisse penser que leur jugement n’est pas simplement subjectif.
      Evidemment, à ce stade, vous pouvez toujours attaquer la notion même d’objectivité, et affirmer qu’une telle chose n’existe pas. Mais en cas, comme je l’ai dit, la charge de la preuve vous revient. A vous de prouver, sans vous contredire, que l’objectivité est impossible. Attention, ça risque d’être difficile.

      Et quand à savoir si le rhinocéros est plus fort que l’éléphant, je ne vois là aucune impossibilité, pourvu simplement que vous précisiez ce que vous entendez par « plus fort ». Qui saute plus loin ? Qui peut porter de plus lourde charge ? Qui a le plus de puissance musculaire ? etc. Toutes ces choses peuvent se mesurer, pourvu que vous vous en donniez les moyens. (j’ai bien compris que votre remarque était métaphorique. Mais comme vous le voyez ma réponse l’est aussi)

      Supprimer
  4. Bien votre ski l'ami Aristide,

    sur le fond, j'ai toujours un problème avec les constructions d'indicateurs des chercheurs américains en général. Tout mettre en équation,construire des échelles qui ne riment parfois à rien... virer toute subjectivité...et puis le problème des experts, qui est objectivement expert...tous les experts vous expliquent comment c'est bien l'UE, voyez le souci...
    Et puis le problème de la longueur, il y a une prime aux Anciens...rembrandt aura toujours 300 ans d'avance sur Picasso. Mozart sur Hendrix...et puis si on veut corriger ce travers, on prendra les derniers ouvrages de référence sortis, mais ceux-ci seront toujours tributaires de la mode du moment, et mettront l'accent sur les derniers arrivés plutôt que sur les anciens (je ne sais pas si cela est très clair sinon j'ai dû rater un truc dans la méthodologie de Murray....).

    Bien amicalement cher Aristide,

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cherea, je vous fais la même réponse qu’à Artémise : les considérations méthodologiques ne sont pas terminées.
      Mais là aussi quelques remarques.
      Je comprends votre scepticisme concernant la possibilité de tout mesurer. Mais ce que j’ai appris en fréquentant, entre autres, Charles Murray, c’est qu’il existe beaucoup plus de choses qui sont susceptibles d’être mesurées que je ne le croyais initialement. Ce qui ne veut pas dire que je crois que tout puisse être mis sous forme de statistiques, bien évidemment.
      En ce qui concerne le problème de l’expertise. Qui est expert ? Ceux qui s’y connaissent. Et comment savoir ceux qui s’y connaissent ? En travaillant vous-même la matière ou bien en faisant confiance à ceux qui vous semblent s’y connaître. Il n’y a pas d’autres moyens dans la plupart des cas.
      Comment devient-on médecin ? En étant évalué par ceux qui s’y connaissent en médecine.
      Comment devient-on historien ? En produisant des travaux évalués par ceux qui s’y connaissent en histoire.
      Comment devient-on ingénieur ou statisticien ? Même réponse.
      Cela n’a rien de mystérieux ni de circulaire. Je suis sûr que vous avez fait vous-même cette expérience dans plus d’un domaine : plus vous vous plongez dans une matière et plus vous devenez capable de juger, objectivement, ceux qui prétendent y connaître quelque chose.
      Ensuite interviennent le grand nombre, pour essayer de dégager les points d’accord entre les experts, et l’ancienneté, pour éviter les effets de mode et travailler autant que possible dans le silence des passions.
      Ce qui effectivement donne une « prime aux anciens ». Ou plus exactement, Murray ne prétend pas juger ce qui est contemporain, car nous n’avons pas le recul nécessaire.
      Cela signifie qu’il est possible théoriquement que quelques génies nous échappent. Possible mais très peu probable. En tout cas sur ce point il n’y a pas de remède.

      Supprimer
  5. N'y a-t-il pas un risque à évaluer une civilisation à l'aide d'outils qu'elle produit (encyclopédies, experts) et à rejeter (mais comment faire autrement ?) ceux dont le nom n'est pas passé à la postérité ? Un sculpteur anonyme (qui aurait par exemple sculpté certaines statues de Chartres ou le sourire de Reims) ne pourrait-il pas être supérieur à un adulé moderne ?

    Ces questions se posent surtout en matière d'art. Pour ce qui est des sciences, il est plus facile de décider en fonction de critères précis et objectifs.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Jacques, même réponse qu’aux deux précédents.
      Par ailleurs : effectivement, l’anonymat est une limite à ce type de classement. Mais en même temps, quelle probabilité existe-t-il qu’un artiste vraiment génial reste absolument anonyme ? S’il produit plusieurs œuvres sans laisser de nom, il sera néanmoins connu comme « le maître de ceci ou cela ». Et s’il ne produit qu’une seule œuvre (mettons l’ange au sourire), mérite-t-il vraiment d’être classé parmi les plus grands ?
      Comme vous le verrez, Murray ratisse large, et il est peu probable que beaucoup d’artistes significatifs aient pu être oubliés.
      Et pour en finir avec la question de l’anonymat, vous savez ce que disait Alphonse Allais : les œuvres attribuées à Shakespeare ont été écrites par un inconnu, qui d’ailleurs s’appelait Shakespeare.

      Supprimer
    2. Les bâtisseurs de cathédrales n'ont pas laissé leurs noms à la postérité. Et pourtant !
      Mais les oeuvres collectives sont des cas particuliers.

      Supprimer
    3. Oui, tout à fait. D'ailleurs l'architecture en tant que telle n'est pas prise en compte par Murray, notamment pour cette raison.

      Supprimer
  6. Heureusement, la période concernée s'arrête en 1950 ce qui évite d'alimenter d'infinies (et "nauséabondes" )polémiques. Il serait d'ailleurs extrêmement intéressant d'actualiser un telle classification et d'en étudier les éventuelles différences.
    Je ne me prononcerai pas sur la méthodologie sans avoir connaissance de la suite.
    Mais c'est passionnant, merci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Murray s'arrête en 1950 surtout pour éviter les effets de mode. Quant à actualiser cette classification, ce sera plutôt utile dans un siècle ou deux. 60 ans sont peu de chose par rapport à la période considérée.

      Supprimer
  7. Cretinus Alpestris14 février 2013 à 19:49

    Mais ?

    Mais ! Mais ! Mais ! Mais !

    Tout cela est abominablement discriminatatatatoire !

    Il est certain que l'ouvrage de Murray ne sera jamais traduit en français.

    RépondreSupprimer
  8. C'est absolument passionnant.
    Je ne crois pas pouvoir attendre votre série de billets, cher Aristide, pour connaître la suite...je viens donc de commander cet ouvrage, d'occasion, pour la modique somme de 2,29 euros (et oui !).
    Je ne vous remercierai jamais assez pour votre blog qui non seulement est remarquable mais permet à ceux qui comme moi ne connaissent pas grand chose de découvrir des auteurs formidables.

    ps: pauvre Comte Sponville....je l'aimais beaucoup autrefois...il faudrait que je le relise avec mes nouveaux yeux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais c'est très bien. Je ne le dirais jamais assez : mon but est d'amener mes lecteurs vers les ouvrages que je leur présente, et surtout pas de les dispenser de les lire. Donc achetez-le, offrez-le, faites le acheter, dites partout qu'il est formidable et, effectivement, presque donné en occasion.
      Que ça ne vous empêche pas pour autant de lire mes billets qui, comme vous le constaterez, ne sont pas simplement un résumé de ce que dit Murray. Je vous ai à l'oeil :-)

      PS : Je n'ai rien contre Comte-Sponville, il s'agit juste de ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Des professeurs de philosophie, il y en a beaucoup, des philosophes il y en a quelque-uns par siècle, tout au plus.

      Supprimer
    2. Oh, mais il n'est pas question pour moi de ne pas lire les articles au prétexte que j'aurai le livre qui vous les inspire.
      Je sais que vous allez comme d'habitude en extraire la substantifique moelle, puis nous l'apprêter, en relever le goût, comme un chef ( c'est la spécialité de "riz de veau" à la Aristide en quelque sorte ;) )

      Supprimer
    3. Ah oui, j'oubliais : je ne suis pas seulement châtelain, je suis aussi patron d'un petit restaurant gastronomique^^.

      Supprimer
    4. "Je ne le dirais jamais assez : mon but est d'amener mes lecteurs vers les ouvrages que je leur présente, et surtout pas de les dispenser de les lire."

      Ah, vous aussi ?

      Un soir que nous avions un peu bu, comme nous discutions des moyens de faire lire des ouvrages aux gens, Didier Goux m'a dit sincèrement : "vous n'y arriverez pas".

      C'est libérateur. On s'en veut beaucoup moins de n'y point parvenir quand on a compris que c'était grillé d'avance.

      Supprimer
    5. Je ne partage pas ce pessimisme.
      Evidemment, si votre but est que beaucoup de gens lisent les ouvrages dont vous parlez, et vous le fassent savoir, vous pouvez affirmer que c’est grillé d’avance. Mais si votre but est, plus modestement, que quelques-uns de vos lecteurs lisent les livres que vous mentionnez, alors je ne vois pas ce qui autorise une telle affirmation.
      Qu’une recommandation ou une recension puisse nous amener à lire un livre, c’est l’évidence même. Nous l’avons certainement tous expérimenté personnellement. Pourquoi ne pourrait-il pas en aller de même pour d’autres ?
      Ce qui peut éventuellement nous tromper, et nous amener à conclure que tout effort est vain, c’est que la plupart de ceux que vous aurez convaincu ne vous le dirons pas, de la même manière que la plupart des lecteurs de blog ne commentent pas. La persuasion est un travail souterrain, qui produit ses fruits de manière imprévisible, et le plus souvent sans que nous le sachions. Mais que la persuasion soit possible, il est impossible de le nier.
      Donc il faut simplement semer du mieux que nous pouvons, en sachant que le reste ne nous appartient pas et que si le grain lève nous ne le saurons probablement jamais.
      On pourrait juger que c’est un travail particulièrement ingrat, mais l’effort que nous aurons fait pour essayer de persuader porte en lui-même sa récompense il me semble.

      Supprimer
    6. Un jour, il faudra tout de même penser à nous canoniser.

      Supprimer
    7. Ce serait la moindre des choses. Mais en attendant ce moment, je n'aurais rien contre le fait que l'on m'érige un statue et que d'accortes lectrices court-vêtues se pendent à mon cou.

      Supprimer
    8. On aura noté, je pense, la contradiction : d'un côté je dis à Mat qu'il ne parviendra pas à faire lire les œuvres qu'il aime, et de l'autre je continue moi-même à écrire des billets sur les livres et les écrivains que j'aime…

      (À part ça, je trouve que la suite se fait attendre !)

      Supprimer
    9. C'est très mal de votre part de décourager Mat, qui n'en a probablement pas besoin. Pour vous faire pardonner vous lui offrirez une caisse de Gewurzt vendanges tardives la prochaine fois que vous le verrez.
      Quand à mon jour de publication, vous savez bien que c'est le mercredi. Pour que les enfants puissent utilement s'occuper lorsqu'ils ne sont pas à l'école.

      Supprimer
    10. Pour le Gerwurtz, ça va être trop juste vu que sa prochaine visite est prévue samedi. Mais pour la suivante ça devrait l'faire…

      Sinon, vivement demain, donc.

      Supprimer
  9. Ces écrits me rappellent les ouvrages de Victor Davis Hanson sur le modèle occidental de la guerre et sur la supériorité des armées européennes sur celles du reste du monde même quand les premières sont fortement éloignées de leurs bases comme lors de la conquête des Amériques par les espagnols .

    J'ai remarqué que Charles Murray n'évoquait pas les civilisations précolombiennes, serait ce volontaire?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous avez raison, et c'est assez logique : la supériorité scientifique, technique, intellectuelle de l'Occident se traduit en supériorité militaire.
      Il y aussi, à mon avis, un autre domaine dans lequel l'Occident s'est montré supérieur au reste du monde : le domaine politique. Ce qui a bien sûr des conséquences militaires et peut tout autant contribuer à expliquer la supériorité des armées occidentales.

      Concernant les civilisations précolombiennes, elles ne sont pas les seules qui ne figurent pas dans le livre. Murray ne s'en explique pas directement, mais les raisons ne sont pas difficiles à comprendre : elles n'ont pas laissé de réalisation artistiques et scientifiques qui puissent rivaliser avec celles des civilisations qui figurent dans le livre.

      Supprimer
  10. Charles Murray a dit -800, 1950 : ne jouez pas à faire du mal à Comte-Sponville.
    En fait, je comprends et partage votre point de vue.

    De fait, la tâche est démesurée.
    Nous savons maintenant que ce qu'on appelle la "claque" au théâtre a existé de tout temps.
    Des auteurs ou artistes nous sont connus exagérément du fait de supporteurs dithyrambiques peu objectifs.
    Il existe en particulier, des peintres athéniens du Vème (Parrhasios et Zeuxis) qui nous sont connus par des anecdotes alors que rien ne subsiste de leurs "immortelles créations".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui c'est vrai, nombre d'oeuvres, notamment de l'antiquité, ne nous sont pas parvenues. Du coup nous ne pouvons pas savoir ce qu'elles valaient. Peut-être étaient-elles encore meilleures que les chefs-d'oeuvres qui sont arrivés jusqu'à nous.
      De la même manière bien des manuscrits antiques ont été perdus, partiellement ou en totalité, et ne nous sont connus que par les catalogues des bibliothèques. Là aussi, peut-être est-ce, par exemple, la moindre partie de l'oeuvre d'Aristote dont nous disposons. Comment savoir?

      Supprimer

LES COMMENTAIRES ANONYMES SERONT SUPPRIMES SANS AUTRE FORME DE PROCES, ALORS FAITES L'EFFORT DE PRENDRE UN PSEUDONYME OU DE SIGNER VOTRE MESSAGE. MERCI.