Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 20 mars 2013

Human Accomplishment (6/8) : Le déclin de l'Occident?




Il semble donc avéré que les grandes réalisations artistiques et scientifiques de l’humanité ont été jusqu’à maintenant essentiellement le fait d’une petite partie de l’humanité : les hommes européens, avec, depuis la fin du 18ème siècle, une légère contribution de leurs cousins nord-américains. En bref, les proverbiaux dead white males.  Mais la concentration des talents est encore plus remarquable que cela car, en Europe même, quelques nations et, à l’intérieur de ces nations, quelques régions peu nombreuses, ont été le théâtre d’une créativité artistique et scientifique bien plus intense qu’ailleurs. Si nous regardons la nationalité des personnalités importantes recensées dans Human Accomplishment (les règles utilisées pour déterminer la nationalité de chacun sont expliquées dans les annexes du livres), nous constatons que quatre nations en Europe devancent de très loin toutes les autres en terme de créativité :


Mais parler en termes de nations peut être quelque peu trompeur, car les frontières nationales ont beaucoup varié sur la période considérée. En fait, au début de cette période, aucune nation européenne n’existait vraiment et certaines d’entre elles, comme l’Allemagne ou l’Italie, ne se sont unifiées que très tardivement. Il peut donc sembler préférable, pour visualiser la répartition géographique des talents, de tracer sur la carte du continent européen un polygone englobant 80% des endroits dans lesquels sont nés et ont grandi les personnalités importantes. Ce qui donne ceci : 

  
Et une répartition détaillée pour la période 1600-1950 donne ceci : 



Si nous regardons enfin le cas des Etats-Unis nous constatons une concentration du même genre :

  
L’histoire de l’excellence humaine, telle que la présente Human Accomplishment, semble être l’histoire d’un progrès continu et spectaculaire depuis le 15ème siècle. Toutefois cette présentation optimiste est trompeuse car elle ne tient pas compte d’un fait capital : l’augmentation tout aussi spectaculaire de la population mondiale depuis le 15ème siècle.
Or si la population augmente, ne peut-on penser que, toutes choses égales par ailleurs, le « stock » des talents augmente de manière à peu près proportionnelle ? Si par exemple, 1% d’une population donnée a la capacité de devenir un jour une « personnalité importante » des arts ou des sciences, un doublement de cette population ne produira-t-il pas un doublement du nombre des grands talents artistiques et scientifiques ? En ce cas, il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’augmentation de la population et augmentation du nombre des grandes réalisations marchent main dans la main.
La relation entre population totale et grandes réalisations ne sera pas nécessairement linéaire, car la taille de la population n’est qu’un des très nombreux éléments susceptible d’affecter la production scientifique et artistique. Il se pourrait donc que l’augmentation de la population d’une nation ou d’un continent n’ait aucun effet perceptible sur sa « production », si par ailleurs d’autres facteurs viennent entraver cette dernière. Le « stock » de talents aura augmenté mais il ne sera pas utilisé.
Cependant, dans la mesure où disposer d’un « stock » important est un avantage indéniable, il semble nécessaire de prendre en compte la taille de la population pour se faire une idée plus juste de l’évolution dans le temps de l’excellence humaine.
Pour cela, Charles Murray calcule plusieurs taux. D’une part un « taux brut de réalisation » (unweighted accomplishment rate), qui est simplement le nombre de personnalités par dix millions d’habitants. D’autre part un « taux pondéré de réalisation » (weighted accomplishment rate), qui consiste à additionner les indices d’excellence des personnalités importantes et à se servir du chiffre obtenu comme numérateur à la place du nombre de personnalités. Si, par exemple, la France a 54 personnalités importantes entre 1850 et 1870 et que la somme des indices d’excellence de ces personnalités se monte à 697 et que sa population totale est de 35,7 millions d’habitants, alors son taux pondéré d’accomplissement sur cette période sera de 195,2 (697 divisé par 3,57). Enfin, pour les sciences, un « taux d’événements » (events rate), c’est à dire de grandes découvertes. Pour reprendre l’exemple de la France, si 40 grandes découvertes ont eu lieu en France pendant la période 1850-1870, son « taux d’événements » sera de 11,2.
Bien entendu, il convient de garder à l’esprit que ces calculs ne sont que des estimations assez grossières, qui ne gardent leur sens que parce qu’elles sont réalisées sur une très longue durée et sur des grands nombres. Ce qui importe n’est pas le niveau absolu de ces taux mais leur variation dans le temps. C’est cette variation qui a une valeur informative.
Cela étant dit, que constatons-nous ?
En dehors de l’Occident, le rapport entre population et réalisations est à peu près nul. En revanche, pour l’Occident, tenir compte du nombre d’habitants change singulièrement les résultats.










La constatation essentielle est que l’augmentation spectaculaire des grandes réalisations artistiques et scientifiques depuis le 15ème siècle tend à disparaitre dès lors que l’on tient compte de la population. Et la seconde constatation est que, à l’exception notable de la médecine, les différents taux ont décliné depuis le 19ème siècle. Autrement dit, du point de vue de ses grandes réalisations artistiques et scientifiques, l’Occident semble en déclin depuis un certain temps déjà.
Ce déclin est plus ou moins marqué selon les disciplines, moins perceptible dans les sciences, plus net dans les arts, mais incontestable, si du moins nous devons en croire les graphiques. Il convient par ailleurs de noter que ces graphiques sous-estiment très vraisemblablement le déclin, et ce pour deux raisons. D’une part, il est bien connu que le passé récent tend à recevoir plus d’attention qu’il n’en mérite par rapport à un passé plus ancien, même de la part des spécialistes. Ce biais ne peut pas être quantifié pour la période qui nous intéresse, mais il parait prudent de penser qu’il affecte au moins un peu les inventaires de Human Accomplishment pour les 19ème et 20ème siècle. Ce qui signifie que le nombre de personnalités importantes et de grandes découvertes est probablement surestimé à partir du 19ème siècle.
La deuxième raison est la population occidentale a connu une transformation qualitative remarquable à partir du 19ème siècle.
Nous pouvons en effet supposer que, à chaque génération dans une population donnée, le nombre des individus ayant le potentiel pour se distinguer dans les sciences et les arts est toujours à peu près le même. Encore faut-il que ce potentiel puisse se réaliser, c’est-à-dire que les individus en question aient les moyens intellectuels et économiques de poursuivre leur vocation. Or nous pouvons être sûrs que, pendant très longtemps, l’écrasante majorité de ces individus de grand talent n’ont pas pu réaliser leur potentiel. Si 90% de la population d’un pays vit de l’agriculture à un niveau proche de la simple subsistance, sans accès à une instruction qui soit plus qu’élémentaire, avec un horizon limité aux villages les plus proches, il est à peu près certain que presque 90% des génies potentiels ne seront rien d’autre que des agriculteurs toute leur vie, tout comme leurs parents l’ont été.
Cela signifie que, si nous voulons estimer correctement le « taux de réalisation » d’une population, nous devons utiliser comme dénominateur non pas la population totale mais la fraction de cette population ayant une chance raisonnable de réaliser son potentiel. Cette fraction, que Charles Murray nomme « population de facto », sera celle qui aura une chance raisonnable d’accéder à l’instruction, qui ne sera pas entravée par des barrières légales ou sociales, comme les juifs ou les femmes, qui vivra à proximité d’un centre urbain, dont les parents seront suffisamment riches pour que leurs enfants n’aient pas à travailler très tôt pour gagner leur vie, etc. Dans cette perspective, si nous voulons par exemple estimer le « taux de réalisation » de la Toscane au 16ème siècle, nous ne devons pas diviser le nombre de personnalités importantes par la population totale, mais seulement par la population des aristocrates ou des riches bourgeois vivant à Florence, à Sienne, et dans quelques autres villes de la région, soit une petite fraction de la population totale.
Or nous savons que, à partir de la fin du 18ème siècle, la « population de facto » a augmenté plus vite que la population totale dans la plupart des pays européens. Il n’est pas possible de savoir précisément de combien cette « population de facto » a augmenté, mais il est possible de s’en faire une idée grossière si nous la définissons simplement comme la population urbaine ayant accès aux rudiments de l’instruction.
Le graphique ci-dessous donne une idée de ce à quoi aboutirait une estimation plus réaliste du « taux de réalisation » de l’Occident (Europe+Etats-Unis et Canada) entre 1400 et 1900 en se basant sur la seule population de facto. Le déclin de ce « taux de réalisation » est impressionnant.


35 commentaires:

  1. Bonjour Aristide,

    ON note que ce qui est appelé the European Core chez Murray est quasiment la région qui a concentré toutes les guerres un peu importantes, les guerres napoléoniennes, les 2 guerres mondiales....etc...comme si les gouvernants d'alors savaient que contrôler cette région donnerait un avantage compétitif quasi définitif, c'est aussi peu ou prou ce qu'on appelle la banane bleue ou européenne, la part de Lothaire dans la division de l'Empire de charlemagne...bref on sent vraiment que cette région est un verrou mondial, presque the RING du seigneur des anneaux...

    Sur le graphique des US, ce serait bien de voir l'évolution d'après 1950 avec Boeing, Microsoft et toute la Silicon Valley, le déplacement de l'espace atlantique vers l'espace pacifique....j'aimerai savoir si la région the european core reste pertinent aujourd'hui...j'ai ma petite idée...les populations sont toujours créatives mais trop entravées par l'État et l'UE pour produire...

    HS: pas mal ce qui se passe à Chypre en ce moment et avec l'UE...ce serait assez cocasse un sauvetage de l'économie chypriote par les Russes

    Bien à vous

    Cherea

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    1. Le fait est que ce polygone ne concentrait pas seulement les talents artistiques et scientifiques mais aussi l'essentiel des richesses européennes si mes souvenirs sont bons. C'étaient les régions les plus dynamiques à tous points de vue. Et effectivement il y a une forte ressemblance avec la Lotharingie.
      La terre du milieu...

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    2. C'est surtout la forte concentration de cours princières : Paris, Londres, puis toutes les cours des princes d'Eglise et des princes laïcs allemands. Fort stimulateur de production littéraire, artistique mais aussi scientifiques...

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    3. Toutafé.
      C'est d'ailleurs particulièrement frappant dans le cas de la France : Paris et le désert français.

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  2. Je dois admettre, sur le coup, qu'aprés avoir lu les papiers sur ce livre jusqu'à maintenant, je n'ai qu'une seule critique à apporter : Murray est vraiment trop centré sur un certain gout du monde anglophone. Je suis d'accord pour la majorité de ce qu'il dit, notamment sur les maths et les sciences dures, mais sur la philosophie et la littérature, on voit un gout trés anglo centré. Je dois admettre me poser une seule question : est ce que il a bien réparti les sources universitaires sur la littéture et la philosophie à travers tout le monde.
    En regardant la musique, qui est une de mes spécialités, par exemple, il y a une chose qui m'a choqué : Y A PAS VIVALDI NI TCHAIKOVSKY, mais on a des parfaits inconnus à la majorité des connaisseurs continentaux (Weber, que seul les allemands (eux pas sur) et les anglais et les mec de Radio classique écoutent, - Gluck, qui a certes de la chance, mais n'es à la fin que secondaire). On remarque également un surreprésentation des romantiques, gout assez anglais dois-je admettre. Encore je suis d'accord sur Wagner, qui est à mon avis assez sous-évalué par le public, mais encore il manque des auteurs qui bien la valeur des trois derniers ( et largement plus), comme Hasse ou Prokofiev, ou encore un autre auteur dont on parle énormement dans les milieux académiques, Rimsky-Korsakoff. De meme façon, mettre Bethoven tout en haut est bien une angliade en pur style, car en Europe continentale, c'est clairement Mozart qui domine, notamment dans les pays germaniques et latins hors France. Encore que je comprend Bach 3eme (plus difficile à appréhender, et un coté trop métaphysique pour certains), Beethoven en prémier, ça m'étonne.
    Je dois dire que c'est assez similaire pour la philosophie. Mettre Hegel aprés Descartes , c'est bien gentil, mais il y a infinimment pour de litérature en Europe sur Hegel que sur le premier. Et mettre Kant en premier, ça ma juste donné les frissons : c'est super américain. En Europe, je dirais que Platon est bien bien bien bien plus utilisé, lu et commenté, voir ça en est ridicule . Et il y a Plotin mais pas Kierkegaard, inconnu outre manche mais autrement plus lu par ici ! Meme chose pour Fichte, trés au gout anglosaxon. Et pour Rousseau, dont on rit quasiment partout sauf en France et au US, je trouve qu'il est bien bien placé.
    Pour la littérature, ça en devient trop évident.

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    1. Point de vue "anglo-centré" ? Je saurais dire. En revanche, si comme j'ai compris, Le classement des compositeurs – par exemple – est basé non pas sur le goût des mélomanes, mais sur l'importance de l'influence qu'ont eu ces compositeurs, notamment sur leurs successeurs, d'un point de vue musicologique, alors ce que vous mentionnez comme des aberrations ne me semblent pas en être.

      Mozart est sublime, j'en conviens très volontiers, mais Beethoven a fait évolué la forme symphonique d'une manière beaucoup plus radicale et il fut révéré par des légions de compositeurs qui se sont engouffrés dans son sillage.

      Ceci vaut également pour Gluck et Weber : compositeurs majeurs en leur temps quoique relativement mineurs de notre point de vue, mais qui ont éminemment influencé leurs contemporains et successeurs.

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    2. Je pense que la seule façon de répondre à votre question (« est ce que il a bien réparti les sources universitaires sur la littérature et la philosophie à travers tout le monde ») serait d’acheter le livre et d’examiner en détail les sources qu’il a utilisées.
      En n’oubliant pas que, si beaucoup de sources sont en anglais cela ne signifie pas nécessairement qu’elles soient « anglo-saxonnes », car il s’agit souvent d’encyclopédies rédigées par des spécialistes du monde entier.
      Que d’autre part, en ce qui concerne la littérature, comme je l’ai indiqué, « Charles Murray a choisi d’établir ses mesures en se basant exclusivement sur des sources écrites dans une langue qui n’est pas celle de l’auteur examiné » précisément pour essayer d’éviter le problème du « chauvinisme ».
      Que les classements n’ont qu’une valeur relative. Dans la plupart des cas les rangs des uns et des autres pourraient bouger facilement de plusieurs places sans scandale aucun. Savoir, par exemple, qui de Mozart ou de Beethoven est réellement premier n’a pas grand sens puisque leurs scores sont si serrés.
      Que la question n’est pas de savoir qui le grand public préfère, qui est le plus joué ou le plus lu aujourd’hui, mais de savoir qui les spécialistes jugent comme étant le plus important.
      Qu’enfin dans ce jugement, la prime est clairement donnée à l’innovation, à ceux qui introduisent des ruptures, à ceux qui révolutionnent leur discipline. Par exemple il me semblerait ridicule de dire que Picasso est meilleur peintre que Rembrandt, et personnellement je donnerais tous les Picasso pour le moindre petit Rembrandt, mais je dois reconnaitre, au vue de leurs influences respectives, que Picasso est sans doute plus important que Rembrandt.
      Ce que je regrette, mais là n’est pas la question.

      En ce qui concerne la musique, Jika vous a répondu convenablement me semble-t-il (pour info Vivaldi a un score de 15 Tchaikovsky un score de 20).
      Pour la philosophie, j’ai moi-même émis quelques réserves sur ce classement, mais je ne vois pas le biais anglo-saxon dont vous parlez.
      Tout d’abord Kant n’est pas premier mais troisième, derrière Platon et Aristote. Et l’importance de Kant me semble absolument incontestable : le kantisme sous ses diverses formes est l’un des courants majeurs de la philosophie occidentale depuis deux siècles.
      Je ne sais pas s’il y a plus de littérature en Europe sur Hegel que sur Descartes (et plus quand ? Aujourd’hui ? Depuis 10, 20, 30 ans ?) mais que Descartes soit devant Hegel me semble tout à fait justifié (sachant que seuls cinq points les séparent). Descartes est l’un des pères de la science moderne et son influence a été colossale. Bien supérieure à celle de Hegel à mon avis.
      Enfin je ne vois pas ce qui vous fait dire que l’on « rit » de Rousseau partout ailleurs qu’en France et aux Etats-Unis, mais si c’était le cas on aurait bien tort. Rousseau est immense par lui-même, je le soutiendrai contre vents et marées, mais en plus son influence a été prodigieuse. Sans Rousseau pas de Kant, et plus généralement pas d’idéalisme allemand. Et sans Rousseau pas de romantisme, ni musical ni littéraire.

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    3. Je vais répondre à tous deux:
      Concernant la musique .
      Vivaldi : Vivaldi n'était pas seulement ultra connu à son époque, mais il était également fortement apprécié et copié à l'époque. Il faut se rappeler que si l'on regarde à posteriori, on pourrait dire que Italiens et Allemands se sont partagés à peu prés équitablement la musique avant le romanticisme et aprés celui ci (la musique romantique étant un phénoméne quasiment que français et rénan), à l'époque en europe domine le style italien. Non seulement les opéras s'écrivent seulement en italien dans tout le monde catholique, c'est à dire grosso modo la région ou on fait de la musique (hors Bach - qui fit des messes en latin, donc catholiques à la fin de sa vie-, Haendel - qui n'avaitpas grand intéret pour la réligion et vécu le gros de sa vie en Europe Occidentale Catholique avant d'aller à Londres, qui n'était pas la plus réformée des villes - , je ne connais pas beaucoup de grands compositeur protestants ou reformés), mais les italiens ont une influence considérable : Bach étudie et apprend la composition sur les concerts de Vivaldi , Mozart apprend chez Porpora et les Padre Jésuites de Milan et en tire sa fusion du style Nord Italien et Bas-Alémanique, Haendel passe plusieurs mois à Rome et écrit le Dixit Dominus, une de ses oeuvres majeures - et les deux composent de nombreuses passions, oeuvres typiques de la liturgie catholiques, interdites en pays reformé (mais pas luthérien, j'en convient). ( Voir également ici, sur cet article franchement polémique http://www.critique-musicale.com/bachfr.htm, que bien Bach a bien appris à composer en étudiant Vivaldi)
      Dire que Vivaldi, en tant non seulement que l'italien le plus à la mode, mais également le maitre de toute l'école vénitienne, n'a pas eu d'influence est un peu un mensonge. Innovation ? Et le passage (avec Scarlatti Jr) de la musique tardo-renaissance à celle barooque, c'est rien? Désolé, mais soit Weber que Gluck (bien que j'apprécie bien le dernier), n'ont ni le talent, ni la composition, ni l'organisation structurelle qu'ont les compositions vivaldiennes.
      J'insiste sur le fait que ces données suivent beaucoup un gouttrés anglo-saxon.
      Tchaikovsky et Rimsky-Korsakoff : si on prend en compte l'idée que l'important est l'innovation et l'importance sur les compositeurs postérieurs, je veux bien sortir Tchaikovski, qui est bien un tardif romantique, mais à ce point la question se pose également pour Brams. Rimsky Korsakov est le pére de la musique russe , celui qui a terminée le gros des oeuvres inachevées du club des cinq. Vous dites que c'est rien? Pour Hegel je reviendrais plus tard.

      Bien à vous
      ABCD

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    4. Ce que vous dites est intéressant, mais attention toutefois à ne pas surinterpréter.
      Que Vivaldi ne soit pas dans le "top 20" ne signifie pas qu'il n'a "pas eu d'influence", juste que, dans les sources utilisées par Murray, il est jugé comme un peu moins important que ceux qui le précèdent dans le classement.
      Avec un score de 15 il n'en est pas moins dans le "top 50" des plus grands compositeurs occidentaux de tous les temps ce qui, étant donné le nombre de très grand musiciens qui sont nés sur le sol européen, est déjà remarquable.
      Même remarque pour Tchaikovski ou Rimsky-Korsakoff.
      En ce qui concerne la musique, sept sources sur les dix-sept utilisées pour établir les inventaires ne sont pas en anglais, et parmi les sources en anglais plusieurs sont des encyclopédies écrites par des spécialistes de tous pays.
      Par ailleurs chaque inventaire a bien entendu été testé pour vérifier sa fiabilité statistique. Le coefficient pour l'inventaire de la musique occidentale est de 0,97 (le maximum étant 1). C'est le plus élevé de tous les inventaires.
      Tous les détails se trouvent dans les annexes du livre.

      PS : je ne sais pas pourquoi mais je retrouve toujours vos messages dans mes spams, ce qui explique qu'ils soient publiés avec retard. Désolé.

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    5. Ce que vous dites sur l'indice (j'ai du mal lire le prémier post consacrée au livre de Murray) est intéréssant, certes, mais il dénote quand meme un point que je suspectait , la majorité des sources étant anglaise. C'est la bonne vieille cassure entre le monde anglosaxon et la philosophie d'origine sceptique et la culture continentale (hors Paris, ville colonie de la pensée anglosaxonne) et la philosophie épistémologique .
      Pour Hegel : Que Hegel ait moins de valeur de Kant ou Descartes, permettez moi que ce soit encore à prouver.
      Hegel, avant tout, constitue non seulement une joinction entre la philosophie moderne, qu'on nomme justement post hégélienne, et la philosophie classique qui avait en gros pour sujet la connaissance. Hegel casse en effet tout ce qui est précédent à lui en réintroduisant Aristote dans le débat et surtout en inventant le role de l'histoire, en plus que la méthodologie philosophique. On compte parmi ses disciples Gabler, qui est grosso modo celui qui a défini la théologie protéstante durant les 2/3 du XIXeme, mais également les cognitivistes postérieurs comme Husserl. Mais ce qui est important dans Hegel, c'est que la majorité des philosophes jusqu'à la fin du siécle se définissent en fait selon le critére Hégélien ou (et surtout) antihégélien. Ainsi, Schoppenhauer, Feueuerbach et Kierkegaard sont des anti-hégéliens, critiquant à droite et à gauche la philosophie de l'allemand, et se définissant par rapport à lui, l'école des Jeunes Hégeliens donne lieu à la naissance du marxiste et du communisme avec Engels et Bakukine (un peu moins Marx), Nietsche réfute et construit une anti-philosophie hégélienne, totalement dérationalisée, les hégéliens de droite donnent lieu à une scholastique qui durera jusqu'à la prémiére guerre mondiale (l'hégélianisme scholastique devant en gros la philosophie officielle de la Prusse). Vous permettrez, dans l'histoire hors philosophie je peux bien donner une valeur similaire à Hegel et Descartes (encore que, il y a Bacon avant lui) , mais dans l'histoire de la philosophie la valeur de Hegel, dans un sens négatif ou positif, est bien supérieur. J'écris au sujet un livre, d'ailleurs, si vous voulez savoir.

      PS. Quel vilain spammeur que je suis. Néanmoins, tiens, vous m'avez donné l'envie d'ouvrir un blog. Je vais voir ce que je peux faire.

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    6. N’oubliez pas ce que je vous ai signalé : rédigé en anglais n’est pas synonyme d’anglo-saxon.
      L’anglais est la langue internationale depuis un bon bout de temps, notamment pour les productions « universitaires ». On ne peut donc rien déduire a priori du fait qu’un ouvrage est rédigé en anglais, du moins il me semble.

      En ce qui concerne Hegel, entendons nous bien. Hegel est un géant de la philosophie, et il est classé cinquième, juste derrière Descartes. C’est bien dire qu’il est reconnu pour ce qu’il est. Ensuite, qu’il mérite d’être quatrième ou troisième plutôt que cinquième, nous pourrions en discuter très longtemps. Personnellement, qu’il soit derrière Kant et Descartes me semble normal, mais là n’est pas vraiment la question (je que je trouve inapproprié en revanche ce sont les places de Rousseau et de Nietzsche - vous voyez, chacun a son grief).
      Rappelons l’objet de notre débat : Murray a-t-il un point de vue anglo-centré (et même « très » anglo centré selon vous) ? Voilà ce que vous affirmez, et voilà ce que je conteste.
      Tout ce que vous dites est légitime mais ne prouve nullement que Murray ait été partial envers les productions anglo-saxonnes. Cela prouve juste que vous n’êtes pas entièrement d’accord avec les résultats auxquels il parvient. Mais c’est tout à fait normal.
      Qu’il y ait des débats, parfois vifs, entre les spécialistes est inévitable, que tous n’aient pas la même appréciation également. Mais ce que les inventaires permettent de visualiser c’est en quelque sorte l’opinion « moyenne » des experts sur un sujet. Comme toute « moyenne » celle-ci risque de ne correspondre exactement au jugement de personne. Mais encore une fois c’est bien normal et ne prouve pas une quelconque partialité.
      En fait, comme je l’ai dit plus haut, la seule manière de prouver véritablement une éventuelle partialité de Murray serait de refaire le même travail que lui en parvenant à des résultats sensiblement différents.
      En ce qui me concerne, dans mes domaines de compétence (dont la philosophie fait partie) je ne suis ni choqué ni surpris des résultats auxquels il parvient.

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  3. Ainsi notre siècle, en dépit de son effervescence technique, connaîtrait une panne d'inspiration ? Et je suppose, ou plutôt, j'espère, que nous en découvrirons les causes dans une semaine…

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    1. Disons plutôt quelques pistes de réflexion, dans les deux derniers billets.

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    2. J'attends cela avec impatience.

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  4. Cretinus Alpestris21 mars 2013 à 23:11

    Et quel pays se trouve au centre de ce fameux polygone, hmmm ?

    Emment(h)al powââââ !

    Tout se tient, tout est lié, comme un fil dentaire abandonné dans un caquelon de fondue !

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    1. Peut-être, mais quel pays est second par le nombre de personnalités importantes, juste derrière ces enfoirés de Rosbeef (ce qui prouve bien le biais anglo-saxon de Murray)?
      Flotte petit drapeau!
      Et la Suisse? Oups! attendez que je sorte ma loupe.

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  5. J'ajoute quand même ma petite objection, qui rejoindra peut-être, peu ou prou, celle d'ABCD. Ce qui me chagrine, c'est cette manière de réfléchir en "génies", qui est finalement très "XIXe siècle", si l'on veut. Ainsi dans le cas de l'histoire des arts, plus personne ne réfléchit vraiment en termes de "grands génies", top 20, qui c'est qui a la plus longue ou la plus influente (liste d'oeuvres, bien sûr ! Qu'alliez-vous imaginer ?). Or l'histoire des arts réfléchira aujourd'hui davantage en terme de groupes, de milieux, bref se détachera peut-être davantage de l'individu pour se concentrer sur le terreau qui donne naissance à de nouvelles productions artistiques.

    Je pense notamment, par exemple, à ce qui se fait autour de l'histoire de la musique : les historiens s'intéressent de plus en plus aux manécanteries, aux écoles de chant autour des cathédrales, aux choeurs laïques et ecclésiastiques féminins et masculins. Au même moment, les maisons de disques sortent régulièrement des CD de musique qu'on pourrait trouver mineure, genre musique des jésuites en Amérique du Sud au XVIIe s, petits maîtres des écoles provençales, airs composés par des princes et princesses des cours royales, etc.
    A ce titre, d'ailleurs, il me paraît notamment intéressant de s'intéresser à l'exemple de Marie Curie : peut-être pas génie du siècle, mais faisant partie de ce terreau indispensable à l'avancée de la science.

    Evidemment, il ne s'agit pas de couper toutes les têtes qui dépassent en négligeant l'aspect proprement génial de certains artistes et scientifiques. Mais Murray me semble un peu trop exclusif en ne réfléchissant qu'en termes de grands hommes (et de grandes femmes car il faut respecter la parité).

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    1. Oui, peut-être Murray est-il un peu trop exclusif dans son attention aux grands hommes. Cela pourrait se discuter. Mais dans le contexte intellectuel contemporain cet « excès », si excès il y a, me parait tout à fait salutaire, car il faut nous soutenir par le bord où nous penchons.
      Je m’explique.
      Je n’ignore pas ce que vous dites sur les tendances actuelles des historiens, et pas seulement en histoire de l’art. On s’intéresse beaucoup moins au grands hommes et aux grands évènements (que d’ailleurs on n’évoque plus guère qu’avec des guillemets) et beaucoup plus aux « milieux », aux « mentalités », etc.
      Cette tendance n’est pas nouvelle et, si je ne nie pas qu’elle ait pu produire des travaux de qualité, je la crois globalement mauvaise. Pas seulement pour les historiens, mais pour la société toute entière.
      Plutôt que de vous expliquer cela longuement et maladroitement, je vais laisser Tocqueville parler à ma place.

      « Les historiens qui écrivent dans les siècles aristocratiques font dépendre d’ordinaire tous les évènements de la volonté particulière et de l’humeur de certains hommes, et ils attachent volontiers aux moindres accidents les révolutions les plus importantes. (…) Les historiens qui vivent dans les siècles démocratiques montrent des tendances toutes contraires. La plupart d’entre eux n’attribuent presque aucune influence à l’individu sur la destinée de l’espèce, ni aux citoyens sur le sort du peuple. Mais, en retour, ils donnent de grandes causes générales à tous les petits faits particuliers. (...)
      Il semble, en lisant les historiens des âges aristocratiques et particulièrement ceux de l’antiquité, que, pour devenir maître de son sort et pour gouverner ses semblables, l’homme n’a qu’à savoir se dompter lui-même. On dirait, en parcourant les histoires écrites de notre temps, que l’homme ne peut rien, ni sur lui, ni autour de lui. Les historiens de l’Antiquité enseignaient à commander, ceux de nos jours n’apprennent guère qu’à obéir. Dans leurs écrits, l’auteur paraît souvent grand, mais l’humanité est toujours petite.
      Si cette doctrine de la fatalité, qui a tant d’attraits pour ceux qui écrivent l’histoire dans les temps démocratiques, passant des écrivains à leurs lecteurs, pénétrait ainsi la masse entière des citoyens et s’emparait de l’esprit public, on peut prévoir qu’elle paralyserait bientôt le mouvement des sociétés nouvelles et réduirait les chrétiens en Turcs.
      Je dirais de plus qu’une pareille doctrine est particulièrement dangereuse à l’époque où nous sommes ; nos contemporains ne sont que trop enclins à douter du libre arbitre, parce que chacun d’eux se sent borné de tous côtés par sa faiblesse, mais ils accordent encore volontiers de la force et de l’indépendance aux hommes réunis en corps social. Il faut se garder d’obscurcir cette idée, car il s’agit de relever les âmes et non d’achever de les abattre. »

      En bref, dans des temps démocratiques, ou toute supériorité est suspecte, nous sommes toujours en danger d’oublier la véritable grandeur humaine, et la distance immense qui sépare certains hommes de tous les autres.
      Un livre comme celui de Murray vient très utilement nous la rappeler, d’une manière qui est adaptée aux préjugés de notre époque. Et si cela doit être au prix de l’oubli de certaines subtilités ou d’une certaine simplification de la réalité, eh bien soit. Je crois qu’il est à la fois plus utile et plus conforme à la vérité d’errer du côté de l’excès d’attention aux grands hommes que du côté du défaut d’attention.
      Et puis, entre nous soit dit, personne n’a envie d’imiter un « milieu social » ou une « évolution des mentalités », alors que devenir la prochaine Marie Curie ou le prochain Einstein, ça, ça fait rêver, et ce rêve poussera sans doute certains à se dépasser et à développer des qualités qui, sans cela, serait restée dormantes.

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    2. Il me semble que la vision de Tocqueville est très juste concernant les "arts" (en n'y incluant pas la philosophie) pour lesquelles on a toujours un biais pour le particulier (grands hommes, âges aristocratiques) ou le général (tendances, âges vulgaires, heu... démocratiques), les deux dimensions étant sans doute également importantes, et les grands hommes des manifestations "idéales" d'idées présentes en partie ailleurs (mais qu'ils transcendent souvent).

      Pour les sciences, au contraires, il n'en n'est rien. Et c'est d'ailleurs à l'aune de l'impact réel des individus qu'on peut réellement juger. Comme je le disait dans les commentaires du billet précédent, Noether ou Curie ont fait beaucoup, permis à d'autres de grandir encore etc. mais n'ont pas fait avancer seules leurs sciences d'un pas que d'autre n'auraient pu faire faire...

      Sur les mathématiques, justement, il y aurait beaucoup à redire sur le graph montrant un sommet au XVII/XVIIIe. Un biais simple l'explique, je pense: dans les "encyclopédies" ou autres, on parle surtout des résultats importants et "faciles à vulgariser". Or les mathématiques depuis la fin du XIXe sont en explosion, ont progressé infiniment... Mais sont devenues pour l'essentiel inaccessibles. Plus inaccessibles encore que peut l'être la mécanique quantique. Les cardinaux transfinis... le calcul stochastique... les groupes finis... Dur à expliquer. Certains restent là parce que sans eux et leurs résultats "ésotériques" la physique aurait bloqué, mais ça reste moins facile à présenter.

      Autre cause du biais, les 3 guerres. Le cœur des mathématiques, c'est la France, suivie par l'Allemagne et l'Angleterre (avec un peu la Suisse et les US). Or la France depuis cette "explosion" à commencé par 3 guerres qui ont pris beaucoup de mathématiciens, appelés à combattre (hé oui, en maths on est jeune quand on est important) à s'impliquer dans l'effort de guerre coté industrie, etc. Ce qui fait que les fruits réels de l'explosion dont je parlais sont surtout visibles après 1950.

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    3. Dans ce passage Tocqueville pense à l'évidence à l'histoire politique, la "vraie" histoire, à la différence de toutes les sortes de socio-histoire dont on nous abreuve aujourd'hui, mais il me semble que sa remarque peut être étendue à beaucoup de domaines.
      En fait, curieusement, il me semble que l'histoire politique est celle où l'explication par le "milieu" peut se révéler la plus pertinente. Je veux dire par là que les grands hommes politiques doivent sans cesse tenir compte du "matériau" sur lequel ils agissent et qu'ils ne peuvent pas changer à un instant T. En ce sens ils sont assez strictement limités par les circonstances.
      Ce qui malgré tout ne change rien au fait que c'est avant tout le petit nombre ou les individus exceptionnels qui sont décisifs.
      En revanche, dans l'histoire des sciences ou des arts, je crois qu'un examen attentif de ce qu'on appelle le "milieu" révèlerait toujours qu'il s'agit en fait d'une collection d'individus hors du commun.
      Si vous prenez le cas de Newton, par exemple, il est évident qu'il n'a pas découvert un beau matin la loi de la gravitation universelle. Ce sont des années de travail intense et de réflexion alimentée par les travaux de tout un tas d'autres gens. Pour autant ce "milieu" qui le nourrit intellectuellement n'a rien d'une force impersonnelle, il s'agit d'autres mathématiciens et astronomes de génie. Et il n'enlève rien au caractère décisif et unique de ses propres découvertes.

      En ce qui concerne les mathématiques, je ne saurais juger. Peut-être avez-vous raison et peut-être les découvertes du siècle dernier n'ont elles pas encore été appréciées à leur juste valeur. Seul le temps nous le dira, mais il n'est pas sûr que nous soyons là pour le voir, évidemment.

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    4. Je conçois bien l'objection, Aristide. D'ailleurs j'ai bien précisé que je ne souhaitais pas "couper des têtes", mais plutôt comprendre où, comment, pourquoi, certains génies naissaient (et pas ailleurs, pas d'autres, pas autrement).
      Si je prends par exemple l'histoire du ballet, pourquoi y a-t-il une tradition de ballets russes, et pas de ballets espagnols par exemple ? Qu'est-ce qui s'est passé dans le milieu de la création au XIXe siècle ?
      Pour l'exemple de la peinture : qu'est-ce qui se passe à Rome, quand le Caravage y débarque à la fin du XVIe siècle ? Comment ce type peint-il, pourquoi fait-il comme ceci et non comme cela ? Pourquoi certains font, pendant ce temps, des tableautins qu'ils recopient à l'envi pour décorer les maisons bourgeoises (pour s'assurer un revenu) ? Pourquoi y a-t-il des chefs d'oeuvres de peinture dans les églises parisiennes, et d'immondes croûtes tartignolles avec des angelots aux proportions ratées mais qu'on retrouve partout dans toute la France ?
      Il me semble intéressant, justement, d'étudier ce milieu, pour comprendre comment l'influence des génies infuse un peu partout. C'est très exactement ce que fait Ginzburg, dans Le Fromage et les Vers : comment un meunier frioulan a-t-il pu entendre parler des théories athéistes savantes de son temps ? Par les "petits maîtres", tâcherons vulgarisateurs.

      Sans l'étude du milieu, on ne peut comprendre l'influence des génies. Pas plus que vous ne comprendrez pourquoi le prince de Condé a gagné Rocroy ou que l'espoir est revenu en 1709 à Malplaquet après une série de cuisantes défaites militaires pour la France : il y a les généraux, il y a aussi une armée derrière. Un génie militaire, tout seul, ne va pas bien loin...

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    5. Il me semble que vous parlez là de plusieurs choses passablement différentes et qui auraient besoin d’être examinées séparément.
      J’y vois au moins deux choses.
      D’une part votre première question : « comprendre où, comment, pourquoi, certains génies naissaient (et pas ailleurs, pas d'autres, pas autrement). »
      De cela nous aurons l’occasion de reparler lors des deux prochains billets, puisque ce sera un peu leur sujet.
      D’autre part « comprendre comment l'influence des génies infuse un peu partout. » Sur ce point, on peut évidemment essayer de retracer les multiples canaux par lesquels une pensée originale se diffuse et devient, pour ainsi dire, un lieu commun. Il me semble que la description la plus concise et la plus générale du processus se trouve encore à la fin du Leviathan (Review and conclusion § 16).
      Mais dans un cas comme dans l’autre je serais réticent à parler de « milieu » car j’y vois un raccourci intellectuel trompeur, et dangereux. S’il s’agit de dire qu’aucun homme n’est une île, que même les génies ont besoin de certaines conditions pour s’épanouir et que les grandes découvertes ne naissent (presque) jamais toute armées du cerveau d’un seul homme, je suis d’accord. Si en revanche il s’agit de concevoir le « milieu » comme un sorte de force impersonnelle qui entraine chaque homme sans qu’il en ait conscience ni n’y puisse rien, je suis en désaccord. En bref, je trace la frontière à l’historicisme, auxquels les historiens ne sont que trop enclins, mais ils ne sont pas les seuls.

      Quand à votre dernière remarque sur les questions militaires, je suis assez d’accord, mais elle me semble d’un ordre entièrement différent, comme je l’ai indiqué plus haut.

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    6. En effet, il ne s'agit pas de revenir à l'histoire sociale triomphante de Labrousse et consorts (qui ont leurs qualités, évidemment, en particulier le travail phénoménal de recherche de sources), prisonnière des considérations économiques et qui écrasaient les individus sous la détermination des structures et de la classe sociale.
      La micro-histoire, justement, s'attache à ces tout petits milieux, et tente d'éviter cet écrasement, en donnant la primauté aux individus ou aux touts petits groupes (familles, villages, etc). Elle met aussi en valeur les mobilités, la possibilité de sortir d'un milieu par le haut (ou par le bas, d'ailleurs), les trajectoires individuelles confrontées à la collectivité.
      La méthode d'ailleurs n'est pas nouvelle : "X et son temps" est un titre largement utilisé depuis belle lurette.

      Etudier aussi un milieu, c'est aussi renouveler les choses : sinon, on serait condamnés à écrire et réécrire l'histoire de Louis XIV et de Blaise Pascal, ç'en serait déprimant, non ?

      (et moi, je les aime bien, mes petits nobles normands)

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    7. Ah évidemment, s'il s'agit de sauver les historiens de la déprime :-)
      J'en déduis donc que vous travaillez sur les hobereaux normands. Quel siècle?

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    8. aha, non, en fait, j'ai des petits nobles normands dans mon corpus, mais ce n'est pas le coeur de ma thèse :)
      secret défense !

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  6. Au fait, Aristide, je me suis lancé dans la lecture des pièces historiques de Shakespeare. ça faisait longtemps que j'y pensais sans le faire, mais vous avez été l'élément déclencheur. Merci.

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    1. Eh bien, vous voyez que parfois on parvient à faire lire les gens :-)
      Vous avez de la chance d'avoir encore à découvrir Shakespeare.

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    2. Oui, c'est pas mal du tout. Bien sûr, il aurait mieux utilisé son talent en empruntant les thèmes de ses pièces à nos chansons de geste, surtout celles du cycle des barons révoltés qui lui auraient sans doute convenu, mais nul n'est parfait.

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    3. Oh, Mat, je vous trouve un peu dur sur le coup. Le Richard III vaut amplement le détour ! Un petit extrait(le fameux monologue de l'acte 1)0
      :
      Now is the winter of our discontent
      Made glorious summer by this sun of York;
      And all the clouds that lour'd upon our house
      In the deep bosom of the ocean buried.
      Now are our brows bound with victorious wreaths;
      Our bruised arms hung up for monuments;
      Our stern alarums chang'd to merry meetings,
      Our dreadful marches to delightful measures.
      Grim-visag'd war hath smooth'd his wrinkled front;
      And now,--instead of mounting barbed steeds
      To fright the souls of fearful adversaries,--
      He capers nimbly in a lady's chamber
      To the lascivious pleasing of a lute.
      But I,--that am not shap'd for sportive tricks,
      Nor made to court an amorous looking-glass;
      I, that am rudely stamp'd, and want love's majesty
      To strut before a wanton ambling nymph;
      I, that am curtail'd of this fair proportion,
      Cheated of feature by dissembling nature,
      Deform'd, unfinish'd, sent before my time
      Into this breathing world scarce half made up,
      And that so lamely and unfashionable
      That dogs bark at me as I halt by them;--
      Why, I, in this weak piping time of peace,
      Have no delight to pass away the time,
      Unless to spy my shadow in the sun,
      And descant on mine own deformity:
      And therefore,--since I cannot prove a lover,
      To entertain these fair well-spoken days,--
      I am determined to prove a villain,
      And hate the idle pleasures of these days.
      Plots have I laid, inductions dangerous,
      By drunken prophecies, libels, and dreams,
      To set my brother Clarence and the king
      In deadly hate the one against the other:
      And if King Edward be as true and just
      As I am subtle, false, and treacherous,
      This day should Clarence closely be mew'd up,--
      About a prophecy which says that G
      Of Edward's heirs the murderer shall be.
      Dive, thoughts, down to my soul:--here Clarence comes.

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    4. Ah mais non, je ne suis pas dur. D'abord, parce que c'est une boutade. Ensuite, parce qu'en dehors des chansons de geste, il n'y a pas grand-chose qui m'intéresse en ce bas monde, donc dire que Shakespeare eût été digne d'écrire à leur sujet est, venant de moi, un compliment. Enfin, ce n'est pas une supposition complètement absurde, car Shakespeare a emprunté plusieurs des sujets de ses pièces, et pas des moindres, à des légendes médiévales que je connais par leurs sources. Et honnêtement, le traitement qu'il fait subir à ces sources est tout à son honneur : il a vraiment changé le plomb en or.

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    5. C'est évident Mat. D'ailleurs Shakespeare eut été bien meilleur s'il eut été Français. Mais il est tellement bon que, tout Anglais qu'il soit, il aurait presque mérité de l'être.

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    6. Et ainsi, il n'aurait pas eu à boire de la bière toute sa vie. Pauvre homme, c'est inhumain.

      Dites, je crois qu'on a perdu ABCD, plus haut. Aurait-il atterri dans vos spams ? C'est là que j'ai dû le repêcher, chez moi.

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    7. Mat,

      Il y a de l'excellente bière même chez les anglais comme il existe de vin infâme enfin les anglais font du vin dans le Kent,le Sussex et le Surrey.

      Juste pour embêter Aristide avec ma passion dévorante de la bagnole, ces dernières furent au début du XX siècle d'essence européenne, Ford n’inventa que la production à la chaîne car pour le reste les découvertes furent découvertes par des européens comme le diésel par un certain Rudolf Diesel et si la la guerre de 1870 n'avait pas eu lieu, il aurait pu être français.

      Pour le moteur électrique aussi, un certain Jenatzy et sa "Jamais contente" qui atteignit les 100 km/h, 105,85 pour être exact.

      Les autres inventions sur les moyens de locomotions étaient eux aussi dus aux travaux d'européens, Clément Ader et Son Avion bien avant les frères Wrigth.

      Je n’évoque même pas le Train qui fit sa première apparition en Angleterre , c'est pour cela que les nôtres circulent à gauche.

      Quant à l'invention de la poudre, il y a un immense débat entre les partisans d'une découverte chinoise et ceux d'un moine .

      Dans inventaire de mort, seul le feu *grégeois échappe aux occidentaux il était l'arme secrète des byzantins et encore ces derniers étaient plus des grecs que des orientaux.

      * La formule du feu grégeois a été perdue aux fils des siècles, c'était napalm avant l'heure, il fut redécouvert par un joaillier grenoblois par hasard, Louis XIV préféra ne pas l'utiliser à la guerre.

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    8. Le problème de la bière anglaise, c'est qu'ils la boivent chaude.
      Astérix est formel sur ce point.

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    9. Je dois être un peu anglais car je n'aime pas boire la bière glacée sauf peut être certaines Lagers , je reconnais que je ne suis pas un fan d' Astèrix même si j'en ai lu beaucoup.

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