Ralliez-vous à mon panache bleu

dimanche 12 juin 2022

Demain l'apocalypse climatique ?

 


« L'homme a déjà modifié le climat de la planète. Les températures augmentent, le niveau de la mer monte, les glaciers disparaissent, et les vagues de chaleur, les tempêtes, les sécheresses, les inondations et les incendies de forêt sont un fléau de plus en plus grave de par le monde. Les émissions de gaz à effet de serre sont à l'origine de tous ces phénomènes. Et si elles ne sont pas éliminées rapidement par des changements radicaux de nos modes de vie et de consommation, la science nous dit que la Terre est condamnée. »

Ce paragraphe pourrait avoir été écrit ou prononcé par à peu près n’importe quel homme politique occidental, à peu près n’importe quel journaliste, à peu près n’importe quel « expert » fréquemment sollicité par les médias, et même sans doute par à peu près n’importe quel citoyen ayant fait des études supérieures et âgé de moins d’une quarantaine d’années. Ce paragraphe exprime en substance l’opinion occidentale moyenne concernant le « changement climatique » : celle qui fait autorité aussi bien dans les cercles de pouvoir que parmi les gens aspirant à la respectabilité, celle que l’on enseigne aux enfants à l’école et dont il est périlleux de s’écarter.

Le « consensus » porte sur cinq propositions :

1)    La terre se réchauffe, et se réchauffe rapidement.

2)   L’homme est le principal responsable de ce réchauffement, notamment à cause de la combustion des hydrocarbures.

3)      Ce réchauffement va avoir et a déjà commencé à avoir des conséquences dramatiques.

4)      Nous devons agir immédiatement pour limiter le plus possible ce réchauffement.

5)    La meilleure, et même la seule manière responsable d’agir est de diminuer drastiquement nos émissions de CO2, c’est-à-dire notamment de ne plus consommer d’hydrocarbures dans un futur proche.

Ce quasi-consensus politique et social est censé traduire un consensus scientifique : concernant la réalité du changement climatique, ses causes, ses effets et comment nous devons y faire face, La Science serait catégorique, définitive. Par conséquent, toute personne s’écartant de ces propositions serait soit un idiot, soit un ignorant, soit un malfaisant. Fermez le ban.

Pourtant, ceux qui s’intéressent sérieusement à la question savent que, de temps à autre et depuis longtemps, des voix discordantes font brièvement surface dans la conversation civique, avant d’être emportées par les vagues déferlantes du « consensus ». Contrairement à ce que les tenants dudit « consensus » tentent de faire croire, ces voix ne sont pas nécessairement celles d’incompétents, d’ignorants ou de scientifiques ayant vendu leur âme à l’industrie pétrolière. Et ceux qui ont eu la curiosité et la patience d’écouter les indications données par ces voix – par exemple en faisant l’effort de lire réellement les fameux rapports d’évaluation du GIEC, au lieu de se contenter du rapport de synthèse ou du « résumé à l’usage des décideurs politiques » comme le font l’écrasante majorité de ceux qui s’expriment publiquement sur le sujet - ont pu découvrir que le tableau dressé par la science (celle qui se contente modestement d’un petit « s », conformément à sa nature sceptique et zététique) était, en effet, passablement différent du tableau apocalyptique dressé par La Science que vénèrent les tenants du « consensus ».

L’une de ces voix est celle de Steven Koonin. Koonin est un scientifique de formation, aux états de service impeccables, ancien vice-président de l’université de Caltech (California Institute of Technology) et qui fut durant deux ans sous-secrétaire d’état chargé de la science dans l’administration Obama. Koonin ne peut sérieusement être accusé ni d’être incompétent, ni d’être ignorant, ni d’être un abominable suppôt de Donald Trump. Pourtant, selon lui, ce que nous savons réellement concernant le changement climatique – à la différence de ce que nous croyons savoir - peut se résumer ainsi :

« La terre s'est réchauffée au cours du siècle dernier, en partie à cause de phénomènes naturels et en partie en réponse à l'influence croissante exercée par l'homme. Ces influences humaines (surtout l'accumulation de CO2 provenant de la combustion de combustibles fossiles) exercent un effet physiquement faible sur le système complexe du climat. Malheureusement, nos observations et notre compréhension limitées sont insuffisantes pour quantifier utilement la façon dont le climat réagira aux influences humaines ou comment il varie naturellement. Cependant, même si les influences humaines ont presque quintuplé depuis 1950 et que le globe s'est modestement réchauffé, la plupart des phénomènes météorologiques graves restent dans les limites de la variabilité passible. Les anticipations des événements climatiques et météorologiques futurs reposent sur des modèles manifestement inadaptés à cet objectif. »

Koonin explique et justifie longuement les affirmations contenues dans ce paragraphe dans son dernier livre, intitulé Unsettled (« Pas définitif ») et sous-titré, de manière plus explicite : « Ce que nous dit la science du climat, ce qu’elle ne dit pas, et pourquoi c’est important. » Unsettled est un livre que devrait avoir lu toute personne prétendant avoir un avis sur le changement climatique, c’est-à-dire, en fait, aujourd’hui, à peu près tout citoyen occidental. Clair, mesuré, didactique, avec beaucoup de données et de graphiques, souvent tirés des rapports d’évaluation du GIEC (AR – Assessment Report – le dernier publié étant AR6, sixième du genre, donc), Unsettled permettra au profane de ne plus se laisser impressionner – et, en vérité, souvent terroriser – par les arguments d’autorité tirés de La Science et d’aborder les questions politiques liées au changement climatique avec toute le prudence et la nuance qu’elles méritent, mais qu’elles reçoivent si rarement. Il devrait donc être férocement contesté et attaqué.

Comme ce livre n’a malheureusement à peu près aucune chance d’être traduit un jour en français, je vous en propose un compte-rendu un peu étoffé (mais nullement exhaustif), accompagné de quelques graphiques tirés du livre.

LE RÉCHAUFFEMENT

Commençons par la question du réchauffement.

Il est incontestable que l’atmosphère terrestre se réchauffe depuis bientôt un siècle et demi. Pour parle de manière plus précise, entre 1880 et 2019, l'anomalie de la température moyenne à la surface du globe a augmenté d’un degré Celsius (les « anomalies » mesurent de combien la variable observée - dans ce cas, la température - à un endroit donné s'écarte de la valeur de base (moyenne) à cet endroit. Parler en termes d’anomalies rend les comparaisons spatiales et temporelles plus aisées). C’est ce que montre le graphique 1.1.

Il faut immédiatement ajouter plusieurs choses à cette observation fondamentale pour qu’elle ne soit pas trompeuse.

D’une part, la température à la surface de la terre a considérablement varié au cours de son histoire. La température moyenne, pas plus que le climat en général, n’est quelque chose d’immuable. Par exemple, depuis 20 000 ans, la terre s’est réchauffée d’environ 5°C. C’est le graphique 1.8.


D’autre part, l’augmentation de la température moyenne depuis 1880 n’a pas été uniforme. En examinant plus attentivement le graphique 1.1 on voit bien notamment qu’il y a eu, en gros, trois périodes. Une période de réchauffement assez rapide entre 1910 et 1940, puis un léger refroidissement entre 1940 et 1980, et enfin une nouvelle augmentation assez rapide depuis 1980. Or, l’influence exercée par l’homme sur le climat via les émissions de gaz à effet de serre est restée faible jusque vers 1950 (ces émissions étaient alors le quart de ce qu’elles sont aujourd’hui). La première période de réchauffement (1910-1940) a donc eu lieu sans qu’il soit possible de l’attribuer à l’activité humaine. Et la période de léger refroidissement (1940-1980) a eu lieu en dépit d’une augmentation rapide des émissions de gaz à effet de serre. Il existe donc des facteurs naturels de variation du climat, indépendants de l’action de l’homme, et dès lors la question essentielle n’est pas de savoir si la terre s’est réchauffée depuis 150 ans (la réponse est oui, sans équivoque) mais de savoir dans quelle mesure ce réchauffement peut être attribué à l’activité humaine.

Répondre à cette question est déjà beaucoup plus compliqué que de simplement mesurer les variations de la température à la surface de la terre (une opération loin d’être simple, pourtant).

Il est certain que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a augmenté depuis 150 ans et que cette augmentation est due presque exclusivement à l’activité humaine. C’est le graphique 3.2. Par ailleurs, le CO2 est un gaz à effet de serre (c’est-à-dire qu’il retient une partie du rayonnement infrarouge émis par la terre) et il persiste très longtemps dans l’atmosphère, pendant des siècles. Cependant, cela n’autorise pas à affirmer, comme on peut le trouver par exemple sur un site du gouvernement français censé expliquer ce que sont les gaz à effet de serre : « L’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère se traduit par une hausse de sa température. » Cette équation simple serait vraie si et seulement si toutes choses étaient égales par ailleurs. Mais le climat est une chose si complexe qu’il est extrêmement difficile d’être sûr que « toutes choses sont égales par ailleurs », et donc d’affirmer que l’activité humaine est la cause principale du réchauffement observé.

Il serait d’autant plus téméraire d’affirmer que le réchauffement qui s’est produit depuis 150 ans est attribuable essentiellement à l’homme que certaines activités humaines augmentent l’albedo de la terre (c’est-à-dire sa capacité à réfléchir le rayonnement solaire), et donc contribuent à la refroidir. Par exemple les aérosols, produits notamment par la combustion du charbon, ou bien la déforestation ont un tel effet réfrigérant.

La graphique 2.4 illustre l'ensemble des influences humaines et naturelles sur le climat (que l’on appelle des « forçages »). Le graphique montre également à quel point nous sommes dans l’incertitude quant à l’ampleur de ces forçages. Alors que les effets du CO2 et des autres gaz à effet de serre sont connus à 20 % près, l'incertitude quant à l'influence refroidissante des aérosols d'origine humaine est beaucoup plus grande, ce qui rend le forçage total d'origine humaine incertain à 50 %. En d'autres termes, le mieux que l'on puisse dire est que l'influence humaine nette actuelle se situe très probablement entre 1,1 et 3,3 W/m2 (Watts par mètre carré). Sachant que l’énergie solaire absorbée par la terre est en moyenne de 239 W/m2.

Les influences humaines correspondent donc à environ 1% de l’énergie qui circule dans le système climatique. Comme l’explique Koonin : « Pour les mesurer utilement, ainsi que leurs effets, nous devons observer et comprendre les grands blocs du système climatique (les 99 % restants) avec une précision supérieure à 1 %. Les petites influences naturelles doivent également être comprises avec la même précision, et nous devons être sûrs qu'elles sont toutes prises en compte. Il s'agit d'un défi énorme dans un système pour lequel nous disposons d'un nombre limité d'observations pendant un temps limité, et au sujet duquel nos incertitudes sont encore grandes. »

Ce dont nous sommes sûrs, c’est que les influences humaines sur le climat se sont accrues ces dernières décennies et vont continuer à s’accroitre, à moins que l’humanité retourne collectivement à l’ère préindustrielle. Au-delà commence le domaine de la spéculation.  

LES MODÈLES CLIMATIQUES

Essayer de réduire cette incertitude est le rôle des fameux « modèles climatiques ». Ces modèles sont des programmes informatiques qui tentent de simuler l’évolution du climat. C’est sur les prédictions recrachées par ces modèles que se fondent l’essentiel des discours, et des actions, publiques concernant « l’urgence climatique ». « Les modèles du GIEC nous disent que, si la concentration de CO2 dans l’atmosphère augmente dans telle proportion, la température moyenne s’élèvera de tant, avec telles et telles conséquences catastrophiques. » : voilà à peu près ce que l’on peut entendre régulièrement dans les médias et dans la bouche des décideurs politiques.

Malheureusement, modéliser le climat de la terre et prédire son évolution de manière suffisamment précise et assurée pour justifier des actions publiques de grande ampleur est une tâche horriblement complexe, que nous sommes encore très loin de savoir réaliser. Il ne saurait être question d’exposer ici l’ensemble des difficultés auxquelles se heurtent les modélisateurs, mais quelques notions basiques peuvent aider à comprendre l’ampleur herculéenne du défi.

Les modèles informatiques commencent par recouvrir l'atmosphère terrestre d'une grille tridimensionnelle, généralement composée de dix à vingt couches empilées au-dessus d'une grille de surface composée de carrés de 100 km de côté. Il y a une grille différente pour la surface de la terre et pour les océans, au total environ un million de carrés tridimensionnels pour la terre et cent millions pour les océans. Une fois la grille en place, les modèles informatiques utilisent les lois fondamentales de la physique pour calculer comment l'air, l'eau et l'énergie présents dans chaque carré à un moment donné se déplacent vers les cases voisines de la grille à un moment légèrement ultérieur. Et l’opération est répétée des millions de fois.

Le principe est très simple mais, pour que la simulation ait un sens, il faut déjà connaitre les conditions initiales du système avec suffisamment de précision, c’est-à-dire les données atmosphériques pertinentes pour chaque carré – humidité, température, vent, etc. Or, même à l’heure actuelle, avec tous nos systèmes sophistiqués d’observation, nous ne disposons pas de ces informations. Par ailleurs, les modèles traitent chaque carré tridimensionnel comme une unité : la température, l’humidité, etc. sont censées être uniformes dans chacun d’eux. Or, dans la réalité, cela n'est pas le cas et beaucoup de phénomènes climatiques importants se déroulent à une échelle inférieure à celle des carrées. Nous pourrions bien sûr réduire la taille des carrées, mais cela se traduirait par une augmentation inacceptable du temps de calcul. A titre d’exemple, une simulation avec des carrés de 100km de côté met à peu près deux mois à être complétée ; avec des carrés de 10km de côté elle demanderait plus d’un siècle. Ou alors nous aurions besoin d’avoir des supercalculateurs mille fois plus puissants que ceux actuellement disponibles pour qu’elle prenne toujours deux mois.

Bref, les modèles climatiques, malgré leur sophistication et l’énorme puissance de calcul qu’ils exigent, restent très grossiers comparés à la réalité qu’ils sont censés décrire. Les rapports du GIEC présentent les moyennes des résultats de nombreux modèles élaborés par des équipes de recherche un peu partout dans le monde. Mais ces résultats « moyens » cachent le fait que, au niveau de précision requis pour mesurer l’effet des activités humaines sur le climat, ces modèles parviennent à des résultats qui non seulement diffèrent considérablement les uns des autres mais qui diffèrent aussi des observations empiriques. Et, qui pis est, plus les modèles gagnent en sophistication, plus ces divergences s’accroissent. Comme l’écrit Steven Koonin : « Le fait que l'écart entre leurs résultats s'accroît est une preuve qui vaut n’importe quelle autre que la science est loin d'être catégorique. »

Un signe frappant de l’inadéquation des modèles climatiques est leur incapacité à reproduire correctement le passé. Lorsque les modélisateurs font tourner leurs modèles en prenant, par exemple, pour point de départ l’année 1900, les résultats qu’ils obtiennent ne correspondent pas à ce que nous savons de l’évolution du climat depuis cette date. Le graphique 4.5 permet de visualiser cette divergence entre la dernière génération de modèles (CMIP6) et la réalité. Mais comment pouvons-nous nous fier pour prédire l’avenir à des modèles qui sont incapables de reconstruire correctement le passé ? La réponse est évidemment que, à l’heure actuelle et sans doute pour encore longtemps, nous ne devrions pas nous y fier. Il est vraisemblable que la température moyenne de la terre va continuer à s’élever dans les décennies à venir. De combien, à quelle vitesse et avec quelles conséquences, personne ne le sait.


DEMAIN L’APOCALYPSE ?

Examinons maintenant l’affirmation si souvent répétée selon laquelle on observerait un accroissement des phénomènes climatiques « extrêmes » – tempêtes, canicules, sécheresses, inondations, etc., ce qui est censé être à la fois une conséquence du changement climatique induit par l’homme et un avant-goût de l’apocalypse climatique qui nous attend si nous ne nous amendons pas très vite.

Cette affirmation pourrait fournir une parfaite illustration à l’adage de Locke, selon lequel pour la plupart des gens la répétition tient lieu d’argument, car les données météorologiques dont nous disposons, et qui remontent pour certaines à plus d’un siècle, ne montrent aucun changement significatif concernant la plupart des phénomènes « extrêmes ».

Les tempêtes par exemple (que l’on appelle cyclones, typhons, ou ouragans en fonction de l’endroit où elles se produisent). Les zones de basse pression qui deviennent des ouragans résultent de l'évaporation de l'eau à partir d'une surface de mer chaude ; cette eau libère ensuite de la chaleur en se condensant dans l'atmosphère. On pourrait donc s'attendre à une augmentation constante de l'activité des ouragans à mesure que la surface de la mer se réchauffe. Cependant, jusqu’à maintenant, les observations disponibles ne viennent pas corroborer cette hypothèse. Il est vrai que les dégâts causés par les ouragans, eux, augmentent, mais cela s’explique par l’augmentation de la population et l’augmentation des constructions sur les littoraux, pas par l’augmentation du nombre ou de la violence des ouragans.

Le cas des Etats-Unis illustre bien cela. Ce pays est celui qui compte le plus grand nombre annuel de tornades. Ces tourbillons de vents extrêmement violents et qui peuvent être particulièrement destructeurs se produisent le plus fréquemment au printemps, le long d'une bande appelée "tornado alley" qui s'étend du nord du Texas jusqu'au Dakota du sud. Elles sont très bien répertoriées, et classées sur une échelle dite Échelle de Fujita Améliorée, qui va de EF0 pour les plus faibles à EF5 pour les tornades les plus fortes. Or, ce que montrent les observations aux Etats-Unis c’est que, depuis les années 1950, le nombre de tornades supérieures ou égales à EF1 n’a guère changé mais que le nombre de tornades supérieures ou égales à EF3 a diminué. C’est le graphique 6.6.

De même en ce qui concerne les inondations ou les canicules, rien ne permet d’affirmer que ces évènements extrêmes soient globalement plus fréquents ou plus sévères aujourd’hui, en dépit de ce que l’on peut entendre régulièrement dans les médias. Il existe parfois des tendances régionales, mais sans qu’il soit possible de distinguer ce qui pourrait être attribué à l’activité humaine et ce qui relève de la variabilité naturelle de ces phénomènes. A titre d’exemple, le graphique 7.11 montre ce qu’il en est pour la Californie.

Et qu’en est-il des épisodes de canicule, que l’on nous annonce plus sévères et plus fréquents à mesure que la température moyenne de l’atmosphère s’élève ? Bien que le rapport entre les canicules et le réchauffement climatique semble évident, le climat est une chose trop complexe pour que la causalité puisse être aussi directe. Aux États-Unis, par exemple, qui disposent de données météorologiques très complètes et très précises sur une longue durée, les records de basses températures sont effectivement devenus moins fréquents, mais au moins jusqu'en 2018 les records de températures élevées quotidiennes n'étaient pas plus fréquents qu'il y a un siècle. C’est le graphique 5.5. C’est la diminution du nombre de jours très froids dans l’année, et non l’augmentation du nombre de jours très chauds, qui fait que nous entendons régulièrement : l’année 20… a été la plus chaude depuis trente ans, ou quarante ans, etc. Un climat qui se réchauffe ne signifie pas nécessairement un climat qui devient plus torride, cela peut aussi être un climat qui devient plus doux, et c’est plutôt ce qui s’est produit jusqu'à maintenant.

Et l’élévation du niveau des mers ? N’est-ce pas un fait avéré et le changement climatique ne va-t-il pas avoir pour conséquence l’engloutissement progressif de vastes terres habitées, ainsi que la multiplication dramatique des « réfugiés climatiques » chassés de chez eux par la montée des eaux ?

Le raisonnement est simple : qui dit réchauffement climatique dit fonte des grands glaciers et qui dit fonte des grands glaciers dit élévation du niveau des océans. Mais, une fois encore, le raisonnement est trop simple. Ce dont nous sommes raisonnablement sûrs, c’est qu’en effet le niveau des océans s’élève… depuis près de 20 000 ans. C’est le graphique 8.2. 

En ce qui concerne le dernier siècle, la montée des eaux semble plus rapide depuis quelques décennies. Pour les trois dernières décennies, la moyenne a été de plus 3mm par an, ce qui est supérieur à la moyenne depuis 1880, qui est de 1,8mm par an. C’est le graphique 8.3. Cependant, ces moyennes cachent des variations décennales importantes, par ailleurs les valeurs absolues restent faibles et ne présagent nullement d’une catastrophe, et enfin nous ne savons pas ce qui est attribuable à l’activité humaine dans cette élévation du niveau des mers. Comme le résume Koonin :  « Il y a peu de doute qu'en contribuant au réchauffement, nous avons contribué à l'élévation du niveau de la mer, mais il existe peu de preuves que cette contribution a été ou sera significative, et encore moins désastreuse. »


On le voit, les prophéties d’apocalypse climatique relèvent plus de la science-fiction que la science. Jusqu’à maintenant, rien ne nous permet d’affirmer que les conséquences du changement climatique seront catastrophiques. Bien plus, les travaux du GIEC eux-mêmes parviennent à la conclusion que l’impact économique global du changement climatique devrait être négligeable, à toutes fins utiles. Les estimations sont de l’ordre de -3% d’ici 2100 pour une élévation de température de 3°C. C’est à dire que le taux de croissance de l’économie mondiale sera inférieur de 3% à ce qu’il aurait dû être en l’absence de réchauffement, soit -0,04% chaque année. Avec un taux de croissance attendu de 2% par an, cela signifie donc que le taux de croissance annuel de l’économie mondiale serait de seulement… 1,96% si la température moyenne augmente de 3°C.

Bien sûr, ces prévisions économiques sont encore plus incertaines que les prévisions climatiques et devraient être accueillies avec encore plus de scepticisme. Mais le point important est que ce sont les prévisions du GIEC lui-même, le GIEC qui est censé être la voix de la Science selon les prophètes de l’apocalypse climatique. Si même le GIEC nous dit que le réchauffement climatique ne devrait pas avoir, pour l’humanité prise dans son ensemble, de conséquences économiques discernables, nous sommes sans doute fondés à estimer que « l’urgence climatique » est très surestimée.

QUE FAIRE ?

Est-ce à dire pour autant que nous devrions faire comme si de rien n’était ? Après tout, le réchauffement depuis plus d’un siècle est incontestable, de même que l’accumulation rapide des gaz à effet de serre dus à l’activité humaine, et s’il est faux d’affirmer que la seconde est la cause essentielle du premier, il serait imprudent de considérer que l’homme n’est pour rien dans ce réchauffement, de même qu’il serait imprudent de ne pas envisager que les conséquences pourraient devenir réellement déplaisantes si la température continue à s’élever.

Il ne semble donc pas déraisonnable d’essayer de faire quelque chose. Mais quoi ? Jusqu’à maintenant, la réponse pratiquement unique a été : diminuer les émissions de gaz à effet de serre. C’est l’objectif essentiel fixé par tous les « accords climatiques internationaux », à commencer par le dernier d’entre eux, l’accord de Paris, conclu en 2015. Le but final de l’accord est de maintenir l'augmentation de la température moyenne de la planète bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels (critère en lui-même passablement ambigu, mais passons). Le moyen choisit pour cela est d’atteindre la « neutralité carbone » pour le milieu du siècle. Cela signifie en pratique que les émissions de CO2 devraient totalement cesser d’ici 2050 (en laissant de côté la possibilité de retirer du CO2 de l’atmosphère, qui pour le moment n’apparait guère réaliste). Et pour que les émissions de CO2 tombent à zéro, l’humanité devrait totalement cesser d’utiliser des hydrocarbures d’ici trente ou quarante ans.

Mais quelle est la probabilité que l’humanité cesse, dans un délai si court, d’utiliser des hydrocarbures ? Les hydrocarbures ne sont pas utilisés sans raison : ils sont, encore à l’heure actuelle, la source d’énergie la plus concentrée et la plus souple d’utilisation dont nous disposions, or la demande d’énergie est destinée à s’accroitre considérablement dans les décennies à venir, pour des raisons démographiques et économiques. La population devrait dépasser les neuf milliards d’êtres humains d’ici 2050, et cette augmentation se produira presque exclusivement dans les pays dits en voie de développement, c’est-à-dire des pays qui aspirent ardemment, et légitimement, à élever substantiellement leur niveau de vie. La demande mondiale d’énergie devrait croitre de plus de 50% d’ici le milieu du siècle, alors même que les hydrocarbures fournissent aujourd’hui environ 80% de l’énergie que nous consommons. C’est ce que montre le graphique 12.2.

Il devrait donc être immédiatement apparent que la neutralité carbone est un objectif totalement chimérique. Le but fixé par l’accord de Paris est une impossibilité pratique et ne sera JAMAIS atteint, pour des raisons tellement évidentes qu’il ne devrait pas être nécessaire de les énumérer.

Nous pourrons sans doute diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, au prix de grands efforts, et nous avons déjà commencé à le faire, mais, étant donné que le CO2 une fois émis ne disparait que très lentement, il est pratiquement certain que sa concentration atmosphérique va continuer à augmenter, et sans doute pour très longtemps encore. La contribution humaine au réchauffement climatique ne va pas disparaitre, elle va même augmenter à échéance prévisible.

Quelles autres possibilités avons-nous ?

Nous pourrions envisager la géo-ingénierie, c’est-à-dire de corriger les effets de nos émissions de gaz à effet de serre, par exemple en augmentant l’albedo de la terre (refroidissement) ou bien en retirant du CO2 de l’atmosphère. Contentons-nous de dire que, bien que théoriquement possibles, ces solutions paraissent à l’heure actuelle aussi peu envisageables en pratique que la neutralité carbone.

Dès lors, une seule possibilité parait s’offrir à nous : l’adaptation. Nous devrons nous adapter à un changement climatique qui va se poursuivre. Cette perspective ne devrait pas nous effrayer outre mesure. D’une part nous avons vu que rien n’indique que ce changement sera le bouleversement que l’on nous prédit. D’autre part, l’être humain s’est déjà adapté à quantité de conditions plus exigeantes que celles que nous laisse entrevoir l’actuel modification du climat. L’homme vit dans les montagnes aussi bien que dans les déserts, sous les tropiques aussi bien que près des pôles, il vit depuis des temps immémoriaux dans des régions soumises à de terribles tremblements de terre, à des pluies diluviennes, à des inondations gigantesques, à des sécheresses épouvantables, et presque partout il a réussi non seulement à survivre mais à prospérer. L’homme s’adaptera à l’actuel changement climatique, comme il s’est adapté à ceux qui ont précédé, il possède pour cela des ressources immenses, matérielles et intellectuelles. L’humanité a vu bien pire.

En vérité, nous devrions savoir que le pire ennemi de l’homme n’a jamais été la nature, mais l’homme lui-même. Depuis qu’il est présent sur la terre, l’homme a exterminé et tourmenté ses semblables avec une férocité et une efficacité qui surpasse de très loin tous les maux que la nature peut nous infliger. Ce que Steven Koonin ne dit pas, mais que son livre laisse entrevoir, c’est que nous avons bien plus à craindre de nos réactions au changement climatique que de ce changement lui-même. Dans les pays occidentaux, la cause de « l’urgence climatique » a pris des proportions fantastiques et tient désormais du fanatisme religieux ; un fanatisme qui semble avoir gagné tous les peuples et tous les gouvernements et qui les pousse à prendre des décisions de plus en plus irrationnelles et de plus en plus autoritaires. La liberté, la science et la prospérité sont des biens précieux, mais fragiles, et que nous allons peut-être détruire sous l’emprise de peurs largement imaginaires. « S’il y a des peuples qui se laissent arracher des mains la lumière, il y en a d’autres qui l’étouffent eux-mêmes sous leurs pieds », écrivait Tocqueville dans De la démocratie en Amérique. Voilà ce qui devrait nous inquiéter très sérieusement aujourd’hui.