Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 9 septembre 2015

Les faux-semblants du mariage gay



 
Dans les démocraties occidentales, le mariage gay progresse, de manière apparemment irrésistible pour le moment. Ainsi, dans un arrêt Obergefell v. Hodges rendu le 26 juin dernier, la Cour Suprême des Etats-Unis a considéré que la Constitution des Etats-Unis garantissait un droit à se marier avec une personne du même sexe que soi. Face à cette avancée qui semble inexorable la tentation est grande de baisser les bras et de passer à autre chose. De fait, en France comme aux Etats-Unis, le grand public semble assez disposé à accepter cette transformation de la loi qu’il n’a pas appelée de ses vœux, en partie par lassitude, en partie par une forme de sollicitude envers les homosexuels : ils s’aiment ? Eh bien, laissons-les se marier si cela leur fait plaisir. Après tout, où est le mal ?
Ce que le grand public ne comprend pas – et comment le pourrait-il si personne ne le lui explique ? – c’est que la légalisation du mariage gay ne signifie nullement la fin des revendications homosexuelles. Il n’en est que le début. Et ces revendications n’épargneront personne. Ce qui est en jeu avec le mariage gay, ce n’est pas seulement l’institution du mariage – ce qui serait déjà beaucoup – mais la liberté individuelle elle-même. Comme je l’écrivais dans un récent article : les revendications du mouvement homosexuel sont, par nature, despotiques. Nous n’avons donc pas d’autres choix que de continuer à lutter contre le mariage homosexuel et contre ces revendications. Pas le choix car il faut être deux pour faire la paix, et les activistes homosexuels ne sont pas décidés à laisser en paix ceux qui sont en désaccord avec eux.
Il faut par conséquent argumenter sans trêve, malgré la lassitude des auditeurs, et apporter notre petite contribution  personnelle à la défense de la famille et de la liberté. C’est donc sans craindre de vous lasser que je vous propose la traduction d’un article américain paru juste avant que ne soit rendu l’arrêt Obergefell. Les futures et inévitables batailles liées aux revendications homosexuelles y sont clairement exposées. Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus.
Bonne lecture.


Jonathan V. Last, « You will be assimilated », The weekly Standard, june 20, 2015

Vous vous rappelez peut-être de Brendan Eich. Le co-fondateur et président de Mozilla qui fut renvoyé de sa compagnie en 2014 lorsque l’on découvrit que, six ans plus tôt, il avait fait un don de 1000 dollars en faveur de la campagne pour la proposition 8, en Californie. Cette initiative référendaire, qui limitait le mariage à un homme et une femme, a recueilli un plus grand pourcentage de voix en Californie que Barack Obama dans tout le pays en 2012. Aucun de ceux qui connaissaient Eich ne l’a accusé de mal traiter ses collaborateurs homosexuels – selon les dires de tous, il était aimable et généreux avec tous ses collègues. Pourtant, avoir apporté un modeste soutien financier à une initiative référendaire parfaitement légale et qui a recueilli une majorité de voix a été jugé une action suffisamment terrible pour priver Eich de son gagne-pain. Ce qui est déjà une chose.
Une toute autre est la manière dont Eich a été traité depuis. Par exemple, un an après que Eich ait été renvoyé, Hampton Catlin, un programmeur de la Silicone Valley qui fut l’un des premiers à demander la démission de Eich, provoqua celui-ci sur Twitter.

- Cela fait plusieurs semaines que j’ai reçu quelques messages de haine relatifs à Brendan Eich. Comment ça va de ton côté, Brendan ?
- Tu as demandé à ce que je sois « totalement évincé des activités quotidiennes de Mozilla » et tu as eu ce que tu voulais. Je suis toujours sans travail. Et toi ?
- Marié et content de pouvoir vivre aux USA ! Nous travaillons ensemble sur des logiciels Open Source ! Comme un couple gay marié, amoureux et heureux !

C’est anecdotique, bien sûr. Mais révélateur. Parce que cela montre que le mouvement en faveur du mariage homosexuel recherche bien davantage que la liberté de pouvoir se marier. Il est aussi très intéressé par le fait de punir ceux qui s’opposent à lui. Mais les ambitions du mouvement vont même au-delà de ça. Il cherche à modifier les notions légales de liberté de paroles et de liberté d’association, les protections constitutionnelles dont bénéficie la liberté religieuse, et les normes culturelles concernant la famille. Et la plupart des Américains réalisent tout juste que ce sont ces institutions sociales qui sont en train d’être renégociées de force.
Les partisans du mariage homosexuel considèrent cette cascade de changement comme nécessaire pour protéger le progrès contre les éléments rétrogrades de la société. Les gens moins engagés dans la cause du mariage homosexuel pourraient considérer cela comme une tromperie sur la marchandise. Et ils auraient raison. Mais ce n’est pas une nouveauté. Pratiquer la tromperie a été le modus operandi du mouvement pour les droits des homosexuels, peut-être pas depuis ses débuts, mais depuis fort longtemps.

Cela commence au niveau des faits les plus élémentaires : combien d’Américains sont gays ? Depuis des décennies, les activistes gays ont seriné qu’une personne sur dix est homosexuelle. Cette statistique était démentie par tous les faits mais elle était nécessaire pour donner à la cause un air d’urgence et d’universalité. Le grand public a si bien gobé ce bobard que, en 2012, Gallup fit un sondage dans lequel il était demandé aux gens quel était, selon eux, le pourcentage d’homosexuels dans la population du pays. Les réponses furent étonnantes. Les femmes et les jeunes adultes étaient les plus crédules, disant, en moyenne, qu’ils pensaient que 30% de la population était gay. L’Américain moyen pensait que 24% - un quart – de la population était gay. Seuls 4% des sondés ont répondu qu’ils pensaient que moins de 5% de la population était homosexuel.
Mais même 5% se révèle exagéré. La meilleure étude actuellement disponible sur les préférences sexuelles des Américains est une étude de 2014 effectuée par le Centre pour le Contrôle des Maladies sur un échantillon monstre de 34 557 adultes. Selon les résultats de cette enquête, 96,6% des Américains se définissaient comme hétérosexuels, 1,6% comme gay ou lesbienne, et 0,7% comme bisexuels. Le pourcentage de gays et lesbiennes n’est pas beaucoup plus élevé que le pourcentage de ceux qui refusent de répondre à la question (1,1%).
Ensuite, il y a la question des causes de l’homosexualité. L’idée que l’orientation sexuelle n’est pas un choix mais qu’elle est génétiquement déterminée a été importante pour l’argumentaire en faveur du mariage homosexuel. Mais maintenant que le mariage homosexuel est devenu une réalité, certains activistes admettent que cette idée n’est peut-être pas exactement vraie. Par exemple, dans le magazine d’avang-garde N+1, Alexander Borinsky a affirmé que la sexualité est une caractéristique qui doit être activement construite par le moi. Il proposait un argument philosophique, bien à l’abri depuis une position désormais dominante, celle du mariage gay. D’autre étaient moins philosophiques et plus pratiques. Voici par exemple comment l’écrivain et danseur Brandon Ambrosino s’attaquait au sujet en janvier 2014 dans The New Republic :

« Il est temps pour la communauté LGTB d’abandonner l’argument de la prédisposition génétique qui a servi à gagner le grand public aux revendications homosexuelles…
Depuis des décennies maintenant cela a été un des arguments les plus puissants de l’arsenal LGTB : le fait que nous étions « nés ainsi »… Cependant, aussi persuasif que soient ces arguments, il se peut qu’ils aient perdu leur utilité. Maintenant que la plupart des Américains sont en faveur du mariage gay, il est temps de proposer une argumentation dans laquelle la génétique ne compte pas. L’argument génétique nous a mis dans une impasse. »

Il est toujours légèrement déconcertant de voir un mouvement se réclamant des idéaux de vérité, de liberté et d’égalité, commencer à admettre ouvertement que ses arguments sont de simples « outils » choisis pour leur « utilité ». Mais c’est là où en est le mouvement homosexuel aujourd’hui. Rappelez-vous lorsque les partisans du mariage gay se moquaient de ceux qui suggéraient que créer un droit à se marier entre personnes de même sexe pourrait affaiblir l’institution du mariage elle-même : comment mon mariage homosexuel pourrait-il affecter votre mariage hétérosexuel ? Ces arguments ont perdu leur utilité eux aussi. Voici ce qu’écrivait l’activiste homosexuel Jay Michaelson l’année dernière dans The Daily Beast :

« Les modérés et les libéraux (liberals) ont affirmé que le mariage homosexuel n’était pas grand-chose : c’est toujours le même amour, après tout, et les gays veulent simplement vivre comme tout le monde. Mais plus à droite et plus à gauche les choses deviennent beaucoup plus intéressantes. Et si le mariage gay allait réellement changer l’institution du mariage, en transformant les conceptions liées à la monogamie et à l’intimité ?
Il y a une part de vérité dans l’argument des conservateurs que le mariage gay ne se contente pas d’étendre le mariage, mais le transforme. Selon une enquête menée en 2013, environ la moitié des mariages homosexuels observés n’étaient pas strictement monogames (il est vrai que l’enquête a été faite à San Francisco).
Ce fait est bien connu au sein de la communauté gay – en fait, nous supposons même que la vérité est plus proche des trois-quarts. Mais il est très intéressant de voir la manière dont mes amis hétéros y ont réagi. Certains avaient l’impression d’avoir été roulés dans la farine : ils se battaient pour l’égalité du mariage, pas pour une redéfinition du mariage. D’autres étaient carrément envieux, comme si les gays avaient conclu un meilleur arrangement, un arrangement qui ne marcherait pas pour les couples hétéros. Que se passerait-il si la non-monogamie gay commençait à s’étendre aux hétéros ? Les mariages ouverts des années 70, les parties fines, et peut-être d’autres « arrangements » datant de cette même époque deviendraient-ils plus fréquent ? L’absence de monogamie est-elle une de ces choses que les mariages gays peuvent apprendre aux mariages hétéros, en même temps qu’à partager les tâches ménagères de manière égalitaire et à assortir les serviettes de bain ?
(…)
Les radicaux font remarquer que le mouvement de libération homosexuel dans les années 1970 était, comme son nom l’indique, un mouvement de libération. Il s’agissait d’être libre, de se rebeller, de remettre en question l’autorité. « 2-4-6-8, détruisons l’Eglise et détruisons l’Etat » criait les gens. »

Hannah Roisin, de Slate, partage ce diagnostic, et suggère que le mariage gay ne va pas seulement changer le mariage « normal », mais qu’elle va l’améliorer :

« Le vilain petit secret du mariage gay : la plupart des couples gays ne sont pas monogames. Nous en sommes venus à accepter récemment, en partie grâce à l’excellent article de Liza Mundy dans The Atlantic, et en partie parce que nous avons désespérément besoin de quelque chose qui rende le mariage hétérosexuel à nouveau attractif, que le mariage gay a quelque chose à nous apprendre, que les couples gays fournissent un modèle pour des mariages plus égalitaires et moins encombrés par les rôles sexués traditionnels qui plombent le mariage de nos jours. »

Bien évidemment, au sein du mouvement en faveur du mariage homosexuel, tout le monde ne désire pas aider le mariage traditionnel à évoluer vers quelque chose de mieux. Certains veulent le détruire purement et simplement. De nouveau dans The New Republic, par exemple, une lesbienne mariée a raconté comment elle s’est efforcée d’utiliser le sperme de son propre frère pour féconder son épouse. Pourquoi aurait-elle cherché à faire une telle chose ? Parce que « la partie queer en moi adorait la manière dont cela déstabilisait les gens. Déraciner les conventions, mélanger les catégories, réorganiser et réaffecter les liens du sang était un pur fantasme subversif. » Ceci n’est pas exactement, contrairement à ce qu’Andrew Sullivan avait promis autrefois, une vision « virtuellement normale » du mariage.

 
D’autres changements sont en préparation. Vous vous rappelez lorsque ceux qui prédisaient que le mariage gay conduirait à la polygamie étaient tournés en ridicules comme des simplets et des beaufs ? Eh bien maintenant il s’avère que la polygamie est juste la prochaine étape. « Légalisez la polygamie ! », proclamait un titre en Une de Slate. « Et maintenant, au tour de la polygamie » exhortait… The Economist ? Eh oui, déjà en 2013 :

« L’effervescence à propos des arguments échangés devant la Cour Suprême au sujet du mariage gay est probablement retombée jusqu’à ce que la Cour prenne une décision. Et avec une majorité de sénateurs qui lui sont désormais favorables, il semble bien que, soit par une action judiciaire, soit par une action législative, le mariage gay soit en passe d’être accepté partout en Amérique assez rapidement. Par conséquent, cela semble être le bon moment pour ceux qui soutiennent le mariage gay, alors que peu de personnes font attention et que cela ne peut pas faire grand mal, d’admettre qu’il existe quelques arguments en sa faveur dont ils ont toujours pensé qu’ils étaient mauvais…
Pour beaucoup de conservateurs, l’un des présupposés que le mariage gay remet en question est celui du couple : pourquoi seulement deux personnes, alors ? Si le mariage n’est plus entre un homme et une femme, alors pourquoi pas entre un homme et deux femmes, et ainsi de suite. En général, les partisans du mariage homosexuel se contentent de tourner cette question en ridicule. Je ne pense pas que cela soit une question ridicule. « Pourquoi ne pouvez-vous pas épouser votre chien, alors ? » est une question ridicule : le mariage, dans notre société, est entre des adultes consentants… Mais « pourquoi seulement deux ? » n’est pas une question ridicule. Il est relativement facile de montrer que empiriquement le mariage gay ne conduit pas à une pression pour légaliser la polygamie ; cela ne s’est produit nulle part où le mariage gay est légal. Mais c’est autre chose d’expliquer pourquoi le fait d’ouvrir les frontières du mariage tel qu’il existait au 20ème siècle ne devrait pas soulever la possibilité de légaliser la polygamie. Pourquoi ne pourrait-il pas être légal pour plus de deux adultes consentants de se  marier entre eux ? »

Pourquoi, en effet ? En février 2014, The Atlantic a publié un portrait très flatteur de Diana Adams, une avocate « polyamoureuse » de Brooklyn qui s’est spécialisée dans la légalisation des familles « non traditionnelles », ce qui, en pratique, signifie un grand nombre d’arrangements polygames. Et elle ne se contente pas d’aider des adultes consentants qui font cela pour le plaisir : Adams a dit à The Atlantic qu’elle était particulièrement enthousiaste au sujet des possibilités d’avoir des familles de trois parents en ce qui concerne l’éducation des enfants. Vous aviez peut être omis de lire cette clause rédigée en petits caractères dans la littérature consacrée au mariage homosexuel.
Mais si vous aviez pris la peine de lire les passages en petits caractères, vous l’auriez vu. Changer le mariage jusqu’à le rendre méconnaissable est depuis longtemps un but avoué de l’organisation Beyond Marriage (« au-delà du mariage »), qui rassemble plusieurs centaines d’avocats, de professeurs de droit et de militants du mariage homosexuel. Ils affirment que le mariage homosexuel est seulement la première étape vers la redéfinition de la famille elle-même. Ultimement, ils veulent obtenir la protection de la loi pour tout un tas d’autres relations, y compris, comme ils l’écrivent avec délicatesse, pour « les couples queer qui décident de créer et d’élever ensemble un enfant avec une autre personne queer, ou un couple queer, au sein de deux foyers » ainsi que pour «  les foyers engagés et aimant dans lesquels il y a plus d’un partenaire conjugal. » Ce groupe n’est pas un rassemblement d’excentriques : il comprend des professeurs de Georgetown, de Harvard, Emory, Columbia, et Yale. Le projet Beyond Marriage bénéficie aujourd’hui d’au moins autant de soutien de la part des élites que le mouvement en faveur du mariage homosexuel au début des années 1990.
Et avant que nous ne passions à autre chose, juste un mot à propos du caractère ridicule de la question : « Pourquoi ne pouvez-vous pas épouser votre chien ? » Les juristes ne se sont pas encore saisis de la question (bien que la loi permette désormais aux chiens de recevoir des héritages et des fonds en fiducie). Mais la culture a un temps d’avance. En novembre 2014 le magazine New-York a publié avec un parfait sérieux une interview d’un homme, absolument dépourvue d’ironie et intitulée : « Qu’est-ce que cela fait de sortir avec un cheval. » En janvier, New-York a publié une interview semblable, cette fois avec une jeune femme, intitulée « Qu’est-ce que cela fait de sortir avec son père. »
Ce qui est une manière très longue de dire que, quel que soit le jugement de la Cour Suprême dans l’affaire Obergefell v. Hodges dans les semaines qui viennent, la campagne en faveur du mariage homosexuel est loin d’être finie. Elle n’a même pas encore atteint le point où elle pourrait consolider ses gains. Elle est plutôt encore dans une phase d’expansion agressive. La prochaine étape, ce sont les droits des transgenres – avant même Caitlyn Jenner, il était rare que se passe une semaine sans que le New-York Times ou le Washington Post ne mettent en première page une histoire de transgenre – et les amours multiples. Ensuite, la pression pour faire plier les organisations religieuses – écoles, œuvres caritatives, organisations para-ecclésiales – s’intensifiera. D’ors et déjà, les organismes caritatifs catholiques ont dû cesser de proposer des services d’adoption et de placement en familles d’accueil dans des endroits comme l’Illinois, le Massachusetts, et le District de Columbia, parce que ces organismes refusent de confier des enfants à des foyers composés de personnes de même sexe. (De manière très révélatrice, cette exclusion des organisations catholiques n’a pas été considérée comme une conséquence regrettable du mouvement en faveur du mariage gay, mais comme une victoire pour celui-ci. Le but n’est nullement de laisser chacun vivre comme il l’entend.) Puis viendra le grand combat pour briser les églises elles-mêmes. Et si vous pensez que le mouvement pour le mariage de même sexe s’abstiendra de contraindre les églises à célébrer des mariages gays, c’est que vous n’avez pas été suffisamment attentif.
Après que Brendan Eich ait été licencié, un collectif de défenseurs soit disant « modérés »  du mariage gay publia une déclaration déplorant la tournure jacobine que le mouvement était en train de prendre. Elle était intitulée : « Liberté de se marier, liberté d’exprimer ses désaccords : pourquoi nous avons besoin des deux. » Cela partait d’un bon sentiment.
L’un des signataires était le journaliste Jonathan Rauch, qui prit en plus la peine d’écrire son propre article pour défendre les nouveaux objecteurs de conscience. Le titre en était : « S’opposer au mariage gay ne fait pas de vous un crypto-raciste. » Pourtant cette défense de la liberté de conscience était aussi inquiétante que tout ce qui peut provenir de la frange la plus radicale du mouvement.
Rauch commençait par reconnaitre deux autres tactiques de diversion employées par les partisans du mariage gay. En vérité, disait-il, comparer la résistance au mariage gay à un soutien aux lois qui interdisaient les mariages interraciaux est déplacé, en dépit de ce que les défenseurs du mariage gay ont pu dire depuis presque vingt ans (la première utilisation de ce parallèle que j’ai pu trouver était le fait d’Andrew Sullivan dans The New Republic, en mai 1996.)
Puis Rauch se tournait vers la question de savoir si la création du mariage homosexuel était simplement une extension allant de soi d’une liberté individuelle, ou bien quelque chose de beaucoup plus radical :

« Pratiquement toutes les sociétés humaines, y compris la nôtre jusqu’à avant-hier, tenaient pour évident que combiner les deux sexes faisait partie de l’essence même du mariage. En fait la simple notion de mariage homosexuel semblait à la plupart des gens une contradiction dans les termes…
En revanche le mariage n’a pas toujours été associé au racisme. Bien au contraire. Depuis des millénaires les gens se sont mariés hors de leur groupe racial (et ethnique, tribal, ou religieux), souvent tout à fait délibérément afin de cimenter des alliances familiales ou politiques. Assurément, des limitations racistes ont été imposées au mariage en bien des lieux et en bien des temps, mais comme quelque chose d’extérieur. Chacun comprenait que des gens de différentes races pouvaient en principe se marier. C’est même la raison pour laquelle les racistes voulaient l’empêcher, de la même manière qu’ils voulaient arrêter le mélange des races dans les écoles. A la fois dans leur intention et dans leur application, les lois prohibant les mariages interraciaux avaient en vue la race, pas le mariage.
Pourquoi cette distinction devrait-elle nous importer aujourd’hui, si ces deux types de discrimination sont illégitimes ? Parce que demander aux gens d’abandonner la compréhension traditionnelle du mariage telle qu’elle est inscrite dans l’histoire est beaucoup demander. Vous ne pouvez pas espérer qu’une tradition sociale et morale qui n’a jamais été remise en question pendant des milliers d’années soit abandonnée du jour au lendemain. »

Oh mon Dieu ! Donc, en fait, nous sommes bien en train d’opérer une complète redéfinition d’un des piliers de la civilisation humaine sur la base d’un mouvement qui n’existait pas encore avant-hier. Eh bien, il est bon que cela soit dit franchement, n’est-ce pas ? Après tout, mieux vaut tard que jamais.
Et pourtant, même après avoir reconnu ce fait, Rauch ne parvient pas à admettre ce qui en est pourtant le corollaire évident : que ce changement – comme tous les changements – pourrait avoir des conséquences profondes et inattendues, dont certaines pourraient être merveilleuses, et d’autres beaucoup moins merveilleuses. Parce que s’il parvenait à cette conclusion, cela impliquerait qu’il serait prudent d’étudier les résultats de ce nouvel ordre des choses avec circonspection. Et la persécution du sociologue Mark Regnerus montre qu’une telle circonspection n’est absolument pas à l’ordre du jour.
Mais qu’importe tout cela. Après avoir admis l’existence de cette tactique de diversion ultime, civilisationnelle, Rauch se tourne finalement vers la question de la liberté religieuse :

« Dire que l’opposition la plus féroce au mariage homosexuel a une base religieuse est un truisme… Il faut porter au discrédit des trois religions abrahamiques que celles-ci condamnent l’amour homosexuel et que toutes les trois ont des théologies qui considèrent le mariage comme intrinsèquement hétérosexuel. Vous pouvez me croire, personne ne regrette cela davantage que moi. L’homophobie fondée sur la religion est tout aussi nocive que l’homophobie séculière, et souvent pire… Mais les défenseurs des droits des homosexuels ne peuvent pas faire comme si l’idéologie anti-gay n’avait pas des racines religieuses profondes et anciennes.
Le Premier Amendement accorde une protection spéciale aux croyances et aux expressions religieuses. Cela ne signifie pas, bien entendu, que les homophobes chrétiens peuvent discriminer à leur gré pourvu qu’ils s’appuient sur la Bible. Cela signifie simplement que, au moins pendant un certain temps, les cours de justice et les législatures trouveront des compromis entre les droits des homosexuels et la liberté religieuse, chose qu’elles n’avaient pas à faire avec le mouvement des droits civiques concernant les Noirs. Cela rend le mariage gay plus compliqué – légalement, socialement, et même éthiquement – que le mariage interracial. Et cela signifie que les partisans du mariage gay se heurteront à un mur constitutionnel si nous essayons de condamner nos opposants à une perdition totale et immédiate. » [les italiques ne sont pas dans l’original]

Le petit détail, ici, c’est que même lorsqu’il essaye de défendre les opposants au mariage gay, Rauch ne peut s’empêcher de qualifier la conception traditionnelle du mariage « d’homophobe » - un épithète qui ne traduit rien d’autre que le sentiment de supériorité morale de celui qui parle. La conviction que le mariage est une institution hétérosexuelle n’est pas davantage basée sur une « phobie » que le principe de l’égalité devant la loi n’est basé sur le racisme, bien qu’il constitue un obstacle sur la voie de la discrimination positive. La défense du mariage traditionnel a de nombreuses racines, y compris le respect pour la loi naturelle et le jugement prudent selon lequel toute limite deviendra impossible à défendre dès lors que la définition fondamentale du mariage est altérée. Si Jonathan Rauch ne peut comprendre cela sans avoir recours à des slogans, alors c’est folie que d’espérer mieux de la part de Twitter. Ce qui explique pourquoi toute dispute au sujet du mariage gay se finit par une chasse à Brendan Eich.
Mais le point important – le point le plus important – est contenu dans les mots « au moins pendant un certain temps » et « immédiate ». Rauch n’est pas une sorte de radical qui essayerait de détruire les conventions et d’abattre toutes les frontières en épousant un cheval ou bien en créant un bébé à partir des ovules de sa sœur. Il présente le plaidoyer le plus restreint qui existe en faveur du mariage gay, et il le fait à l’aide d’arguments persuasifs et de bonne foi basés sur l’égalité : il est aussi sérieux et large d’esprit que n’importe quel partisan du mariage homosexuel aux Etats-Unis. Et, de son propre aveu, les partisans sérieux et large d’esprit du mariage homosexuel ne tolèreront la liberté religieuse que pendant un temps.
On peut penser que ce n’est pas exactement ce que les Américains avaient à l’esprit lorsqu’ils ont accepté le mariage gay.


Après que la Cour Suprême ait rendu sa décision dans l’affaire Obergefell, nous pourrons commencer à discerner les contours de ce nouvel ordre dessiné par les cours de justice, les lobbys, le gouvernement, l’élite commerciale, et les combattants anonymes pour la justice sociale. (Pour un aperçu stupéfiant des connexions entre ces différents acteurs, penchez-vous sur le cas Les bons gâteaux de Melissa, cette pâtisserie de l’Oregon qui s’est vu infligé une amende de 135 000 dollars pour avoir refusé de faire un gâteau de mariage pour des lesbiennes. Vous vous souvenez peut-être que, après que l’amende ait été prononcée, des fonds avaient été collectés via le site de crowdfunding GoFundMe afin d’aider les pâtissiers à la payer – jusqu’à ce que des activistes homosexuels fassent pression avec succès sur GoFundMe pour qu’il supprime la page. Eh bien, des documents révélés le 1er juin montrent des responsables officiels de l’Agence pour le Travail et l’Industrie de l’Oregon, la même agence gouvernementale qui avait infligé l’amende, en train de communiquer par mails, par SMS, lors de réunions, et aussi lors de l’octroi de subventions, avec le groupe d’activistes gays qui poursuivait la pâtisserie.)
Si un droit constitutionnel à épouser une personne de même sexe que soi est créé, alors le gouvernement passera à l’étape suivante, comme l’a laissé entendre l’avocat général Donald Verrilli lors des échanges oraux devant la Cour. Interrogé par le juge Samuel Alito sur le point de savoir si un droit nouveau à contracter un mariage gay obligerait les écoles religieuses à l’accepter sous peine de perdre leurs exemptions fiscales, Verrilli a répondu :
« Vous savez, je – je ne pense pas que je puisse répondre à cela sans avoir plus de précisions sur ce dossier, mais la question se posera certainement. Je – je ne le nie pas. Je ne le nie pas, juge Alito. Cela – cela sera une question qui se posera. »
Et pas seulement les universités confessionnelles, mais aussi les écoles primaires et secondaires, et les organisations charitables para-ecclésiales également. Ce qui s’explique par le fait que le mouvement en faveur du mariage gay veut éviter ce qu’il considère comme étant l’héritage politique de l’arrêt Roe v. Wade.
Comme l’explique Ryan Anderson de The Heritage Foundation dans son livre à paraitre, The future of marriage and religious freedom (« le futur du mariage et la liberté religieuse ») :

« Depuis Roe v. Wade, notre loi a accordé un droit à avorter. Et cependant, pour l’essentiel, les citoyens qui s’opposent à l’avortement ne sont pas traités comme s’ils étaient « anti-femmes » ou « anti-santé ». De tels qualificatifs sont juste des insultes utilisées par des extrémistes. Même ceux qui sont en désaccord avec la position pro-vie la respectent et reconnaissent qu’elle a une place légitime dans le débat public. Et – et ceci est crucial – c’est à cause de ce respect que les leaders du mouvement pro-choix respectent en général la liberté religieuse et la liberté de conscience de leurs concitoyens pro-vie. Jusqu’à ce que la loi Obamacare contraigne les compagnies d’assurance à rembourser l’avortement, au moins, il existait un large consensus sur le fait que les citoyens pro-vie ne devaient pas être contraints par le gouvernement à être complices de ce qu’ils considèrent comme un mal. Les contribuables pro-vie, par exemple, n’ont pas été contraints de financer les avortements volontaires, et les docteurs pro-vie n’ont pas été contraints de les pratiquer. »

La Cour Suprême pensait qu’elle mettait un point final à la question de l’avortement par son arrêt Roe. Au lieu de cela, un mouvement politique et culturel est né autour de l’opposition à l’avortement, et depuis quarante ans le débat au sujet de l’avortement a continué devant les cours, les assemblées législative,s et lors des élections.
Ce qui explique que le mouvement pour le mariage homosexuel veuille faire de l’arrêt Obergefell quelque chose qui ressemble davantage à Brown v. Board of education qu’à Roe v. Wade. Comme l’explique Anderson, ce mouvement veut cataloguer une fois pour toutes les défenseurs du mariage traditionnel comme des fanatiques qui ne doivent pas être autorisés à exposer leurs arguments dans l’espace public. Ils veulent répandre du sel sur la terre après l’arrêt Obergefell et s’assurer qu’aucun mouvement en faveur du mariage traditionnel ne pourra jamais se développer. Dans le même esprit, les activistes gays font pression sur les entreprises pour qu’elles se prononcent publiquement contre les lois qui protègent la liberté religieuse, comme cela est arrivé dans l’Indiana ce printemps. Et les entreprises, à leur tour, font pression sur les cabinets d’avocat qui travaillent pour elles pour que leurs membres cessent de travailler bénévolement dans des affaires portant sur la liberté religieuse.
Cette détermination qui anime les partisans du mariage gay est, d’une certaine façon, une manière de reconnaitre qu’ils utilisent des tactiques de diversion pour avancer leur cause : ils comprennent qu’ils ne sont pas parvenus à convaincre la société de la justesse de la révolution à laquelle ils travaillent.

3 commentaires:

  1. Ne vous inquiétez pas trop de cette question : avec ce qui est en train de tomber sur le paletot de l'Europe depuis quelques semaines, le mariage gay sera bientôt encore moins qu'un épiphénomène...

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  2. En effet, une pneumonie tue plus promptement qu'un cancer. Mais il est néanmoins nécessaire de soigner les deux, si l'on veut survivre.

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    1. hélas l'européen ressemble beaucoup a un condamné a mort qui n'espère plus etre gracié ou encore guéri de son mal De plus je commence a virer complotiste puisque plus ça va plus je commence a penser que pratiquement tout ce qui nous arrive sur le coin de la gueule a été minutieusement voulu, préparé et mis en œuvre par une accumulation de forces politico-religieuso-économique qui nous dépasse Tout va trop vite et uniquement dans le mauvais sens (le bon sens pour le système) La chute du mur, le 11 septembre les désastres des interventions américaine la néo diabolisation de la russie avec Poutine dans le role de Goldstein (marine version française) la refondation d'un nouvel axe du mal(e) pékin moscou, le ralentissement économique mondiale, l'explosion de l'immigration en provenance des pays du sud...Tout ce qui peut et doit nous mener vers une nouvelle guerre mondiale ou encore vers la mutliplication de conflits ethniques religieux ou politique est en train de se mettre en place avec une brusque accélération ces derniers temps (l'arrivée des migrants et la propagande de plus en plus brutale et grossière des médias et du système) Si tout cela n'a pas été voulu et fait dans un but bien précis c'est tres bien imité (les conflits et les tensions ethnico religieuses profitent a une "surclasse" anglo saxonne et arabo-musulmane-les pays du golfe- qui continue de s'enrichir et de jouir pendant que le reste du monde va dans le mur, de nombreux témoignages de journaux étrangers de services secrets russes confirment ce que beaucoup de monde se doute sans oser se l'avouer daech les services secrets américains et les pays du golfe sont de mèche dans la destruction de l'occident et la balkanisation du monde, ex les américains ne montreraient pas un grand empressement a bombarder les lieux ou nichent daesh les passeurs seraient financés par de l'argent américain)

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