Les actes de guerre commis à
Paris et en Seine Saint Denis il y a trois jours produiront-ils un changement
significatif dans nos dispositions matérielles morales et
intellectuelles ? On peut en douter. Les actes de guerre commis au début
de l’année à Paris, Montrouge et Vincennes – certes moins meurtriers – n’avaient
rien changé, passé le stade de la première émotion. Dans les pays européens
ayant subi des actes de guerre semblables aux nôtres, comme l’Espagne ou le
Royaume-Uni, on ne détecte pas davantage de changements notables, même s’il est
toujours délicat de juger ce qui se passe dans un pays étranger – il est déjà
si difficile de parvenir à un jugement équilibré sur l’état de son propre pays…
D’un point de vue matériel, il
est peu que nous puissions faire immédiatement. Notre armée a été saignée à
blanc par les réductions d’effectif et les restrictions budgétaires depuis
trente ans, et même si – chose bien improbable – nos gouvernants se décidaient
à faire de grands efforts financiers pour inverser la tendance, on ne fait pas
sortir de terre des régiments ni du matériel de guerre moderne. Notre armée
restera sous-dimensionnée et sous-équipée pour longtemps encore, dans le
meilleur des cas.
Le renseignement ne pourra pas
non plus accroitre significativement ses moyens avant longtemps. Car le nerf de
ce genre de guerre c’est le renseignement humain, et des agents et des
analystes compétents ne se trouvent pas en claquant des doigts. Des années de
formation sont nécessaires. Là aussi dans le meilleur des cas.
La police et la justice sont
sensiblement dans le même cas, et par ailleurs la France a, depuis des années,
désarmée face aux criminels de droit commun presque aussi systématiquement que
face à un possible ennemi extérieur. Il manque actuellement une bonne vingtaine
de milliers de places de prison simplement pour que les peines prononcées
chaque année soient exécutées. Par ailleurs les règles européennes sont
devenues telles qu’il est désormais à peine exagéré de dire que, en prison, les
gardiens sont soumis à une discipline plus exigeante que les prisonniers. Quant
à la peine de mort, mais vous n’y pensez pas mon bon monsieur. Notre
Constitution l’interdit désormais en toute circonstance de sorte que, si Hitler
revenait parmi nous, nous permettrions à celui qui est pourtant officiellement
le maitre-étalon du crime, l’incarnation du mal absolu, de finir paisiblement
ses jours dans une cellule confortable, aux frais du contribuable.
Les terroristes n’auront donc pas
beaucoup plus à craindre demain qu’hier ou aujourd’hui, et ce pendant un temps
assez long, dans le meilleur des cas. Ce n’est pas comme si nous pouvions
employer contre eux des ressources que nous aurions gardé en réserve
jusqu’alors. Il n’y a pas de ressources en réserve.
Mais l’essentiel n’est pas là.
Notre paralysie, notre incapacité
apparente à dépasser les pitoyables « Je suis Charlie », est d’origine
intellectuelle, pas matérielle. Nous ne savons pas quoi faire parce que nous ne
savons pas quoi penser. Tous les militaires, tous les policiers, tous les juges
du monde nous serons de peu d’utilité tant que nous n’aurons pas atteint une
compréhension stable et vraie de notre situation. Mais hélas les obstacles à
cette compréhension sont particulièrement puissants, et il est à craindre que
les attentats d’il y a deux jours ne les aient pas amoindris. Au contraire
peut-être : la noirceur de la situation peut devenir une raison
supplémentaire de se voiler la face. La vie serait trop insupportablement
angoissante si nous regardions la réalité droit dans les yeux.
Dans le fond, la question qui se
pose à nous est des plus simples : voulons-nous que la France continue à
exister ? Pas la République et ses fameuses valeurs, pas la civilisation
européenne qui rendraient les Européens tous frères, non, la France en tant que
cette nation là et pas une autre. Voulons-nous que cette communauté humaine
singulière que pendant des siècles on a appelé la France continue son
existence, ou sommes-nous disposés à la laisser disparaitre et à laisser ses
composantes se disperser comme des grains de poussière ?
Si nous répondons positivement à
cette question, alors nous devons admettre qu’il n’est pas pour nous de questions
plus urgentes que celle de notre rapport à ce qu’on appelle la construction
européenne et celle de notre rapport aux quelques cinq millions de musulmans
qui vivent désormais parmi nous et dont nous avons fait d’un très grand nombre
nos compatriotes.
Et nous devons regarder en face
le fait que l’Union Européenne est irréformable, que jamais elle ne pourra être
autre chose qu’un despotisme bureaucratique plus ou moins doux et plus ou moins
éclairé, de même que nous devons regarder en face le fait que les musulmans qui
vivent chez nous ne se dissoudront pas dans ce qui reste de nation, qu’ils
resteront à échéance prévisible un groupe compact ayant ses propres mœurs, ses
propres croyances, bref qu’ils ne cesseront pas d’être musulmans, c’est-à-dire
membres d’une société distincte de la plus grande société que nous appelons
encore le peuple français.
Les données du problème sont
simples à poser. Elles sont déjà beaucoup plus difficiles à accepter. Et il est
encore bien plus difficile d’y apporter une réponse adéquate. Mais nous n’avons
pas le choix, nous sommes embarqués. La dislocation définitive de la nation
française est au bout du chemin si nous répondons mal ou si, pire encore, nous
refusons de voir le problème. Une fois encore la bataille décisive sera
spirituelle et intellectuelle.

J'ai un peu la crainte que la conséquence des attentats en général ne soit de nous faire supporter tout ce qui ne veut pas spécifiquement notre mort immédiate. Dorénavant sont considérés comme modérés tous ceux qui ne soutiennent pas Daesh !
RépondreSupprimerUn espoir cependant : la fermeture de mosquées "radicales" (si elle a bien lieu )sera probablement considérée comme de l' islamophobie d'état ..ce qui pourrait conduire à des affrontements plus susceptibles de réveiller nos concitoyens.
J'avoue ne pas bien voir ce que la fermeture de certaines mosquées pourraient changer, et de toute façon nous n'allons pas manquer d'affrontements dans les temps qui viennent, malheureusement.
SupprimerCe qui est absolument certain, c'est que ce n'est pas avec la clique au pouvoir que les choses peuvent s'arranger. Le plus grand drame de la France, dans cette période troublée et aux enjeux gigantesques est d'avoir mis aux manettes entre les mains (au mieux) d'incapables ou, de façon plus réaliste, de traîtres à ce qui a fait la grandeur de notre Patrie, et non d'un véritable homme d'Etat, digne du passé de la France et digne d'orienter notre avenir. Marine, peut-être ? Mais vite, SVP.
RépondreSupprimerTrès beau diagnostic Aristide.
RépondreSupprimerEffectivement la paralysie intellectuelle de nombre de nos contemporains trouve son origine dans cette incapacité à envisager l' idée comme disait Aron que l' histoire fût tragique .
Homo festivus n' est pas prêt encore à accepter cette citation de Renan selon laquelle "il se peut que la vérité soit triste".
Heureusement, cette engeance ne se reproduit guère. Mais il est bien tard...
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