Ralliez-vous à mon panache bleu

lundi 16 novembre 2015

Et maintenant ?





Les actes de guerre commis à Paris et en Seine Saint Denis il y a trois jours produiront-ils un changement significatif dans nos dispositions matérielles morales et intellectuelles ? On peut en douter. Les actes de guerre commis au début de l’année à Paris, Montrouge et Vincennes – certes moins meurtriers – n’avaient rien changé, passé le stade de la première émotion. Dans les pays européens ayant subi des actes de guerre semblables aux nôtres, comme l’Espagne ou le Royaume-Uni, on ne détecte pas davantage de changements notables, même s’il est toujours délicat de juger ce qui se passe dans un pays étranger – il est déjà si difficile de parvenir à un jugement équilibré sur l’état de son propre pays…
D’un point de vue matériel, il est peu que nous puissions faire immédiatement. Notre armée a été saignée à blanc par les réductions d’effectif et les restrictions budgétaires depuis trente ans, et même si – chose bien improbable – nos gouvernants se décidaient à faire de grands efforts financiers pour inverser la tendance, on ne fait pas sortir de terre des régiments ni du matériel de guerre moderne. Notre armée restera sous-dimensionnée et sous-équipée pour longtemps encore, dans le meilleur des cas.
Le renseignement ne pourra pas non plus accroitre significativement ses moyens avant longtemps. Car le nerf de ce genre de guerre c’est le renseignement humain, et des agents et des analystes compétents ne se trouvent pas en claquant des doigts. Des années de formation sont nécessaires. Là aussi dans le meilleur des cas.
La police et la justice sont sensiblement dans le même cas, et par ailleurs la France a, depuis des années, désarmée face aux criminels de droit commun presque aussi systématiquement que face à un possible ennemi extérieur. Il manque actuellement une bonne vingtaine de milliers de places de prison simplement pour que les peines prononcées chaque année soient exécutées. Par ailleurs les règles européennes sont devenues telles qu’il est désormais à peine exagéré de dire que, en prison, les gardiens sont soumis à une discipline plus exigeante que les prisonniers. Quant à la peine de mort, mais vous n’y pensez pas mon bon monsieur. Notre Constitution l’interdit désormais en toute circonstance de sorte que, si Hitler revenait parmi nous, nous permettrions à celui qui est pourtant officiellement le maitre-étalon du crime, l’incarnation du mal absolu, de finir paisiblement ses jours dans une cellule confortable, aux frais du contribuable.
Les terroristes n’auront donc pas beaucoup plus à craindre demain qu’hier ou aujourd’hui, et ce pendant un temps assez long, dans le meilleur des cas. Ce n’est pas comme si nous pouvions employer contre eux des ressources que nous aurions gardé en réserve jusqu’alors. Il n’y a pas de ressources en réserve.
Mais l’essentiel n’est pas là.
Notre paralysie, notre incapacité apparente à dépasser les pitoyables « Je suis Charlie », est d’origine intellectuelle, pas matérielle. Nous ne savons pas quoi faire parce que nous ne savons pas quoi penser. Tous les militaires, tous les policiers, tous les juges du monde nous serons de peu d’utilité tant que nous n’aurons pas atteint une compréhension stable et vraie de notre situation. Mais hélas les obstacles à cette compréhension sont particulièrement puissants, et il est à craindre que les attentats d’il y a deux jours ne les aient pas amoindris. Au contraire peut-être : la noirceur de la situation peut devenir une raison supplémentaire de se voiler la face. La vie serait trop insupportablement angoissante si nous regardions la réalité droit dans les yeux.
Dans le fond, la question qui se pose à nous est des plus simples : voulons-nous que la France continue à exister ? Pas la République et ses fameuses valeurs, pas la civilisation européenne qui rendraient les Européens tous frères, non, la France en tant que cette nation là et pas une autre. Voulons-nous que cette communauté humaine singulière que pendant des siècles on a appelé la France continue son existence, ou sommes-nous disposés à la laisser disparaitre et à laisser ses composantes se disperser comme des grains de poussière ?
Si nous répondons positivement à cette question, alors nous devons admettre qu’il n’est pas pour nous de questions plus urgentes que celle de notre rapport à ce qu’on appelle la construction européenne et celle de notre rapport aux quelques cinq millions de musulmans qui vivent désormais parmi nous et dont nous avons fait d’un très grand nombre nos compatriotes.
Et nous devons regarder en face le fait que l’Union Européenne est irréformable, que jamais elle ne pourra être autre chose qu’un despotisme bureaucratique plus ou moins doux et plus ou moins éclairé, de même que nous devons regarder en face le fait que les musulmans qui vivent chez nous ne se dissoudront pas dans ce qui reste de nation, qu’ils resteront à échéance prévisible un groupe compact ayant ses propres mœurs, ses propres croyances, bref qu’ils ne cesseront pas d’être musulmans, c’est-à-dire membres d’une société distincte de la plus grande société que nous appelons encore le peuple français.
Les données du problème sont simples à poser. Elles sont déjà beaucoup plus difficiles à accepter. Et il est encore bien plus difficile d’y apporter une réponse adéquate. Mais nous n’avons pas le choix, nous sommes embarqués. La dislocation définitive de la nation française est au bout du chemin si nous répondons mal ou si, pire encore, nous refusons de voir le problème. Une fois encore la bataille décisive sera spirituelle et intellectuelle.

6 commentaires:

  1. de même que nous devons regarder en face le fait que les musulmans qui vivent chez nous ne se dissoudront pas dans ce qui reste de nation, qu’ils resteront à échéance prévisible un groupe compact ayant ses propres mœurs, ses propres croyances, bref qu’ils ne cesseront pas d’être musulmans, c’est-à-dire membres d’une société distincte de la plus grande société que nous appelons encore le peuple français.

    D'autant que nous ne sommes pas vraiment aidés.

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  2. J'ai un peu la crainte que la conséquence des attentats en général ne soit de nous faire supporter tout ce qui ne veut pas spécifiquement notre mort immédiate. Dorénavant sont considérés comme modérés tous ceux qui ne soutiennent pas Daesh !
    Un espoir cependant : la fermeture de mosquées "radicales" (si elle a bien lieu )sera probablement considérée comme de l' islamophobie d'état ..ce qui pourrait conduire à des affrontements plus susceptibles de réveiller nos concitoyens.

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    1. J'avoue ne pas bien voir ce que la fermeture de certaines mosquées pourraient changer, et de toute façon nous n'allons pas manquer d'affrontements dans les temps qui viennent, malheureusement.

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  3. Ce qui est absolument certain, c'est que ce n'est pas avec la clique au pouvoir que les choses peuvent s'arranger. Le plus grand drame de la France, dans cette période troublée et aux enjeux gigantesques est d'avoir mis aux manettes entre les mains (au mieux) d'incapables ou, de façon plus réaliste, de traîtres à ce qui a fait la grandeur de notre Patrie, et non d'un véritable homme d'Etat, digne du passé de la France et digne d'orienter notre avenir. Marine, peut-être ? Mais vite, SVP.

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  4. Très beau diagnostic Aristide.

    Effectivement la paralysie intellectuelle de nombre de nos contemporains trouve son origine dans cette incapacité à envisager l' idée comme disait Aron que l' histoire fût tragique .

    Homo festivus n' est pas prêt encore à accepter cette citation de Renan selon laquelle "il se peut que la vérité soit triste".

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    1. Heureusement, cette engeance ne se reproduit guère. Mais il est bien tard...

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