Ralliez-vous à mon panache bleu

vendredi 26 août 2016

Burkini : ne pas se voiler la face





Ce que je pense de l’interdiction du burkini (puisque vous mourrez d’envie de le savoir) ?
Je pense que c’est une assez mauvaise idée qui mérite néanmoins d’être soutenue. Cela demande évidemment quelques explications.

C’est une assez mauvaise idée parce que cette mesure est nécessairement hypocrite et qu’elle ne peut atteindre le but réel (mais inavouable) qui est le sien. Qu’est-ce dans le fond que le burkini ? C’est un défi lancé à la nation française. Cette tenue, tout comme la burka, expose aux yeux de tous l’incapacité ou bien le refus délibéré de s’intégrer à la nation française, à cette nation particulière « de marque chrétienne », pour reprendre l’expression de Pierre Manent, et dans laquelle un commerce très libre entre les sexes et une certaine galanterie font partie des mœurs depuis des temps immémoriaux. Ou, pour le dire plus simplement, le burkini est une tentative d’imposer les mœurs musulmanes à une nation à qui elles ont toujours été étrangères, pire, dont les mœurs propres sont à l’opposé des mœurs musulmanes.

Que cette apparition des burkinis sur nos plages soit une offensive délibérément planifiée et coordonnée ou bien qu’elle réponde simplement au désir de certains musulmans de vivre pleinement les mœurs qui sont les leurs en tant que musulmans importe peu, en l’occurrence. Le burkini, tout comme la burka, ont pour nous, en France, en 2016, une signification objective qui est indépendante des motivations subjectives de celles qui les portent.

L’interdiction du burkini est donc en réalité une tentative de s’opposer à la progression des mœurs musulmanes au sein de la société française. Mais il s’agit là d’un combat qui ne peut être gagné à coup de lois ou d’arrêtés municipaux. La loi, en démocratie, n’a qu’une portée limitée et se doit de respecter une certaine sphère privée. Elle est donc essentiellement impuissante à contrecarrer la progression des mœurs musulmanes. La loi démocratique peut interdire certains comportements objectivement identifiables dans l’espace public, elle ne peut pas empêcher une communauté nombreuse, soudée et sûr de son bon droit de perpétuer les coutumes et les habitudes de vie qui lui sont propres, au sein des familles, des associations multiples, et plus généralement dans tout lieu où cette communauté se sentira suffisamment forte pour faire pression de manière informelle sur ceux qui ne respecteraient pas ces coutumes et ces habitudes. Interdire le burkini, ou la burka ne contribuera pas d’un iota à « l’émancipation » des femmes musulmanes, selon la conception que nous avons de « l’émancipation » et ne retardera que fort peu, et peut être pas du tout, la progression des mœurs musulmanes dans notre société. 

Puisque le législateur ne peut pas interdire les mœurs musulmanes en tant que telles, il doit se limiter à en interdire certaines manifestations, et il ne peut guère le faire que pour deux motifs avouables : pour des raisons d’ordre public ou pour des raisons de « laïcité » (les guillemets sont ici de rigueur comme nous le verrons). Mais ces deux raisons sont mauvaises.

Il n’est pas possible, d’une part, de prétendre sérieusement que le burkini menacerait en tant que tel l’ordre public. Il est possible de soutenir que, dans le contexte très particulier d’une France sous la menace constante d’attentats islamistes et déjà durement frappée dans sa chair, le burkini peut être interprété par certains comme une provocation et serait ainsi susceptible de provoquer des troubles à l’ordre public. C’est, en gros, en tenant un tel raisonnement que les tribunaux administratifs ont jusqu’ici validé les arrêtés municipaux interdisant les burkinis. Mais il est impossible de donner un caractère permanent à cette interdiction à moins de reconnaitre que c’est la présence de l’islam en France qui est, par elle-même, source de troubles à l’ordre public. Ce qui est sans doute vrai mais ce qu’aucun homme politique responsable ne pourra jamais dire, car la conséquence en serait que l’islam devrait être interdit en France. Aucun homme politique responsable ne rejouera la révocation de l’édit de Nantes avec les musulmans de France, pour des raisons tellement évidentes qu’il n’est pas nécessaire de les exposer plus avant.
Il n’est d’autre part possible de prétendre que le burkini serait contraire à la laïcité qu’en donnant à cette notion un sens extrêmement extensif, qu’elle n’a jamais eu jusqu’alors. Comme l’écrit Pierre Manent dans Situation de la France, « Ce que l’on entend aujourd’hui sous ce mot, c’est une société religieusement neutre, dans laquelle la plus grande diversité d’opinions et de mœurs religieuses s’épanouirait librement, chaque sociétaire pratiquant librement les mœurs de son choix et « reconnaissant » les mœurs différentes des autres sociétaires. » Mais une telle interprétation de la laïcité serait proprement despotique car elle reviendrait en pratique à interdire la religion comme pratique collective, c’est-à-dire à interdire toutes les religions existantes. Pour essayer d’empêcher la progression des mœurs musulmanes nous ferions disparaitre la liberté religieuse purement et simplement, ce qui semble à peu près aussi pertinent que de se suicider pour arrêter la progression de la gangrène dans un membre. Toutefois, la réalité est plutôt que cette interprétation extensive et potentiellement despotique de la laïcité restera lettre morte, car l’Etat français est désormais tout à fait dépourvu de la force morale qui serait nécessaire pour la faire appliquer.

J’ai déjà abordé cette question de la laïcité plus en détails dans mon compte-rendu de Situation de la France et j’y renvoie donc les lecteurs qui voudraient approfondir le sujet. Disons simplement, à titre de conclusion provisoire, que vouloir interdire le burkini (ou même la burka) au nom de la laïcité ne pourra que faire long feu et aura en même temps pour conséquence de renforcer une conception fausse et nuisible de ladite laïcité, qui nous éloigne d’une solution réaliste aux problèmes très graves dont nous souffrons.

On le voit, les arrêtés interdisant le burkini ne peuvent guère être que des combats de retardement, dans le meilleur des cas, et dont les succès modestes et provisoires risquent de se payer cher.

Pourtant, ces arrêtés, tout maladroits qu’ils soient, sont du moins une réaction à un problème bien réel et face auquel les pouvoirs publics restent tétanisés depuis maintenant au moins une vingtaine d’années. Le problème est celui de la progression continue des mœurs musulmanes et la croissance d’une communauté forte de plusieurs millions d’individus qui, loin de s’intégrer à la nation française, semble au contraire s’en éloigner de plus en plus jusqu’à menacer l’intégrité de la nation elle-même. Le problème est que la deuxième, la troisième, voire la quatrième génération d’immigrés d’afro-maghrébins parait, à bien des égards, beaucoup moins bien intégrée que la première. Les arrêtés anti-burkini ont du moins l’immense mérite de reconnaitre officiellement, bien qu’implicitement, qu’il y a un problème de cette sorte. Et reconnaitre l’existence d’un problème est le préalable indispensable à toute solution de celui-ci.

Une réaction appropriée et efficace serait bien sûr infiniment préférable, mais une réaction peu appropriée et inefficace nous oblige du moins à réfléchir et tourne la conversation civique du côté de cette question existentielle que nous préfèrerions ignorer, à cause de sa gravité même. Il n’est pas interdit d’espérer qu’une solution plus appropriée pourra en sortir.

Les arrêtés municipaux contre le burkini sont une reconnaissance implicite du fait que les mœurs musulmanes sont incompatibles avec les mœurs françaises, et l’affirmation, implicite elle aussi, que c’est aux premières de se conformer aux secondes, et pas l’inverse. Ou, pour le dire autrement, l’interdiction du burkini est un rappel maladroit mais bienvenu du devoir qu’ont les immigrés de s’intégrer à leur pays d’accueil, c’est-à-dire de se conformer non seulement à ses lois mais aussi à ses mœurs, à sa culture, à tout ce qui fait la singularité d’une nation. Ce rappel est bienvenu car depuis trop longtemps la notion d’assimilation a été abandonnée par les pouvoirs publics au profit du multiculturalisme et des « accommodements raisonnables » qui ne disent pas leur nom. De ce fait, les nouveaux-venus ne se sentent plus obligés de s’assimiler à la nation qui les accueille, et, très normalement, s’assimilent donc de moins en moins.

De ce fait également, le Français de souche ordinaire, selon l’expression consacrée, n’ose plus dire ce qu’il a pourtant toujours au fond du cœur : « On est chez nous. Ce n’est pas à nous de nous adapter. C’est à eux de changer », ni agir en ce sens. Ce sentiment parfaitement légitime qui ne peut plus s’exprimer nourri la rancœur et la colère des autochtones, tant vis-à-vis de leurs représentants politiques, qui sont de plus en plus perçus comme des traitres à leur patrie, que vis-à-vis des nouveaux arrivants, qui sont de plus en plus perçus comme des envahisseurs. Il nourrit également la méfiance et la rancœur des nouveaux arrivants, qui savent parfaitement que ce que les autochtones ont au fond du cœur est en général l’exact inverse de ce qu’ils se sentent tenus d’exprimer en public, et qui ainsi ne voient qu’hypocrisie ou lâcheté derrière les odes à la tolérance et au « vivre-ensemble ». Le « on est chez nous », tranquille et ferme des autochtones, loin d’être l’expression de préjugés xénophobes est au contraire la condition première de toute assimilation réussie pour les nouveaux-venus. 

L’interdiction du burkini signale à tous que le vent est en train de tourner et que les pouvoirs publics cautionnent à nouveau, même timidement, le « on est chez nous ». Ce qui est en soi une très bonne chose et devrait encourager l’homme de la rue à davantage exprimer ce sentiment légitime et nécessaire.

Mais quelle serait une réaction appropriée à la progression des mœurs musulmanes et à la fragmentation définitive qui menace la nation française ?

Là encore, je renvoie à mon compte-rendu de Situation de la France pour un examen détaillé de cette question. Pour le dire en très peu de mots, les éléments essentiels seraient une restauration sans faiblesse de la loi et de l’ordre, notamment dans les quartiers dits « sensibles », qui sont réellement, la plupart du temps, des quartiers afro-maghrébins. Un regain de la vie politique nationale, inenvisageable sans une sortie de l’Union Européenne. Obtenir des musulmans vivant en France qu’ils rompent tous liens d’allégeance et de dépendance avec des puissances étrangères. Et pour la France elle-même rompre également tous ces liens de dépendance. Quant à ce qui concerne l’habillement, le compromis le meilleur me semble le suivant : les individus devraient être libres, légalement, de se vêtir comme ils l’entendent, dans les limites bien entendu de la décence (limites aujourd’hui très larges) et de l’ordre public, entendu de manière stricte. Mais ils devraient également être libres de « discriminer » comme bon leur semble dans leur vie quotidienne. C’est-à-dire libres d’embaucher qui ils veulent selon les critères de leur choix, libres de signer un bail avec qui ils veulent selon les critères de leur choix, libres de monter des associations dans lesquelles ils accueilleraient qui ils veulent selon les critères de leur choix, et ainsi de suite, sans qu’ils aient à se justifier ni que les pouvoirs publics n’aient à leur demander de comptes, pourvu seulement qu’ils n’insultent pas ouvertement ceux dont ils ne veulent pas.

Je reste sur ce point du même avis qu’il y a cinq ans, lorsque j’avais écris le texte suivant

Les employeurs devraient donc être tout à fait libres de refuser les femmes ou les hommes portant des vêtements islamiques, par exemple. Les possesseurs de plage privées tout à fait libres de refuser l’accès à des femmes en burkini. Et ainsi de suite. Bref, la loi, nécessairement grossière et peu efficace en ces matières, devrait être remplacée par les sanctions informelles de la désapprobation ouverte et de l’ostracisme social, ce qui est la seule vraie manière d’influencer durablement les mœurs. Le rôle de la loi est alors simplement de ne pas contrecarrer ces mécanismes naturels de régulation sociale. 

L’interdiction du burkini est une mauvaise réponse à un vrai problème, qui vaut cependant mieux que l’inaction ou le déni. Souhaitons simplement qu’elle soit le premier pas en direction d’une réponse plus pertinente et soit promptement remplacée par autre chose.

7 commentaires:

  1. À coup sûr le meilleur article que j'ai pu lire sur ce sujet assez consternant. Cela dit, la concurrence n'était guère rude…

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    1. Pas de commentaires anonymes, c'est marqué en toutes lettres et en gros.

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  3. La solution proposée est tentante, mais elle arrive trop tard. L'invasion est maintenant à un tel niveau que rien n'empêcherait la privatisation de plages, piscines etc par des muzz, avec interdiction d'accès aux blancs, aux maillots deux-pièces etc etc. On l'a bien vu avec cette tentative de privatisation temporaire d'une piscine marseillaise par une association de quartier muzz et avec cette déclaration d'un entrepreneur muzz de payer les PV anti-burkini. Cette révocation de l'édit de Nantes contemporaine que vous évoquez est désormais la seule solution. Comme d'habitude, plus on attend pour apporter une solution à un problème, plus cette solution doit être radicale. C'est le prix des atermoiements.

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