Ralliez-vous à mon panache bleu

jeudi 22 septembre 2016

Les Noirs et la police aux Etats-Unis : le mythe et la réalité





La presse française rapporte, avec une certaine délectation mauvaise, encore un nouveau cas d’émeutes raciales aux Etats-Unis après la mort d’un homme noir, Keith Lamon Scott, abattu par la police en Caroline du Nord.

Que le policier qui a abattu Scott soit lui-même noir et que la police locale affirme que la victime était armée et menaçante ne change strictement rien à la conviction des émeutiers, et des médias français, que la police américaine (ou plutôt devrait-on dire les polices américaines, car la police aux Etats-Unis est essentiellement une affaire locale) est essentiellement raciste et se livre à une véritable chasse aux hommes noirs, en toute impunité.

Bien évidemment les mauvais policiers existent, de même que ce que l’on appelle les bavures. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps et un, ou même plusieurs, homicides policiers injustifiés ne suffisent aucunement à prouver que les forces de police américaines sont racistes ou que le plus grand danger que courent les hommes noirs américains aujourd’hui serait de rentrer en contact avec la police.

Examinons donc le phénomène dans son ensemble.

Le Washington Post tient le décompte des personnes tuées par la police aux Etats-Unis à partir de diverses sources d’information, officielles et officieuses.


En 2015 ce seraient 990 personnes qui auraient été tuées par la police. Les Blancs entraient dans ce décompte pour 494 victimes (50%), les Noirs pour 258 (26%) et les Hispaniques pour 172 (17%).

Les Noirs représentent environ 13% de la population américaine et les Blancs 62% (laissons les Hispaniques de côté).

Les Noirs sont donc surreprésentés parmi les personnes tuées par la police et les Blancs sous-représenté, par rapport à leur proportion dans la population totale.

Le problème est que les Noirs sont aussi très fortement surreprésentés parmi les délinquants et les criminels, et les Blancs fortement sous-représentés.

Juste quelques chiffres.

A New-York City, les Noirs sont, grosso modo, responsables de plus de 75% des fusillades annuelles, selon les déclarations des victimes et témoins de ces fusillades, alors qu’ils ne représentent que 23% de la population. Ils commettent 70% de tous les vols. Par contraste, les Blancs sont responsables de moins de 2% de toutes les fusillades et 4% de tous les vols, bien qu’ils représentent 34% de la population de la ville. En 2009, dans les 75 juridictions les plus vastes au niveau des comtés américains, les Noirs représentaient 62% des accusés pour vol, 61% des contrevenants à la législation sur les armes à feu, 57% des personnes accusées de meurtre, et 50% des cas de contrefaçon. Ils représentaient également 53% de tous les accusés pour trafic de drogue au niveau des Etats, en 2009, les Blancs 22%, tandis que dans les cas de possession de drogue les Noirs représentaient 39% des accusés et les Blancs 34%.

Pour nous en tenir à la question des rencontres mortelles entre les Noirs et la police, de 2005 à 2014, 40% des assassins de policiers étaient noirs…

Une catégorie attire particulièrement l’attention des médias : celle des personnes désarmées tués par la police. En 2015 il y en aurait eu 93 (toujours selon le Post) dont 36 hommes noirs (et deux femmes) et 31 hommes blancs (et une femme).

Ce sont ces hommes noirs désarmés et néanmoins tués par la police qui aliment en premier lieu les accusations de racisme et de « chasse à l’homme. »

Pourtant, si nous acceptons sans discuter les classifications du Washington Post il est facile de constater que le taux de policiers tués en service est 45 fois supérieur à celui des hommes noirs désarmés tués par la police en 2015. Et les risques pour un policier d’être tué par un agresseur noir sont 18,5 fois supérieurs au risque que court un Noir désarmé d’être tué par un policier.

En vérité, les policiers ont bien plus à craindre des Noirs que les Noirs des policiers.

Par ailleurs, lorsque l’on examine de plus près la catégorie des « victimes noires désarmées », comme l’ont fait plusieurs journalistes américains, on découvre que nombre de cas sont beaucoup plus ambigus qu’il n’y parait. Bien souvent, la victime noire « désarmée » a été abattue par l’agent de police avec lequel elle se battait, voire dont elle essayait de prendre l’arme de service. Dans toute bagarre entre un suspect et un agent de police une arme est nécessairement impliquée, celle que porte le policier, et elle est au premier qui mettra la main dessus. Cela rend toute confrontation physique entre un policier et un suspect beaucoup plus dangereuse pour les deux protagonistes qu’une bagarre « ordinaire » entre deux civils désarmés.

En réalité, les cas de victimes noires authentiquement désarmées et non menaçante tuées intentionnellement par la police sont une rareté statistique, bien qu’évidemment déplorable.

Et en tout état de cause, les 258 Noirs tués par la police en 2015 sont bien peu de choses comparés aux quelques 6000 Noirs tués par d’autres Noirs annuellement aux Etats-Unis.

Le mouvement de protestation contre le prétendu racisme policier aux Etats-Unis a pris le nom de Black Lives Matter (« Les vies noires comptent »). Pourtant, en encourageant les émeutes et la résistance à la police, ce mouvement met doublement en danger la vie des Noirs américains. Il la met en danger d’une part en accroissant la probabilité que les Noirs suspectés par la police résistent à celle-ci lors de leur arrestation et finissent ainsi par provoquer une riposte mortelle des policiers. Il la met en danger, surtout, en incitant la police à céder le terrain aux délinquants pour éviter le risque d’une confrontation mortelle qui déclencherait un nouveau cycle d’émeutes et une nouvelle campagne médiatique stigmatisant le « racisme » éhonté des forces de l’ordre. Un peu partout aux Etats-Unis les polices, sous la pression de Black Lives Matter, renoncent aux méthodes proactives qui avaient permis de faire baisser la criminalité de près de 50% ces 25 dernières années. Elles se contentent désormais de répondre aux appels d’urgence, une fois que les agressions, les vols, les viols ou les meurtres ont eu lieu. Une fois qu’il est déjà trop tard.

Or, de même que les Noirs sont surreprésentés parmi les délinquants, les Noirs sont surreprésentés parmi les victimes de la délinquance. Dans les années à venir, on peut en être certain, beaucoup de vies noires seront fauchées à cause de Black Lives Matter.

20 commentaires:

  1. Imparable. Mais c'est tellement plus confortable et valorisant, de ce côté-ci de l'Atlantique, de hurler au racisme de la police…

    (Quant à moi, je suis gravement perturbé : j'avais pris l'habitude de venir vous lire le mercredi matin, alors si vous vous mettez à publier n'importe quel jour, j'm'esscuze mais c'est l'anarchie qui menace.)

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    1. Ahaha ! En effet Didier, je l'avoue, je ne respecte désormais plus aucune règle concernant ce blog. Je publie sans aucune périodicité, n'importe quel jour, et sur n'importe quel sujet. C'est la chienlit assumée.

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  2. Tout à fait exact, et déjà bien connu de ceux qui s'en soucient (ce qui n'est pas le cas du Washington Post, organe délibéré de propagande progressiste). Il y a de plus en plus d'américains affichant un "all lives matter", et de réactions favorables aux défilés policiers. J'étais à la Nouvelle Orléans il y a quelques semaines, lorsqu'un noir a délibérément tué des policiers blancs à Dallas, après des échauffourées à Bâton-Rouge... La police a affiché les photos de ses morts (noirs et blancs) dans la rue. La population les soutenait clairement.

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    1. Ce que les médias (américains ou français) se gardent bien de dire, c'est que les habitants honnêtes des quartiers noirs, qui sont bien sûr la très grande majorité, ne veulent pas moins de police mais plus. Ils savent bien, eux, qui ils ont le plus à craindre.

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  3. Je suis toujours atterrée par la façon dont les médias américains, dans leur immense majorité, mettent de l'huile sur le feu dans ce genre d'affaires, faisant de grands titres pour dénoncer les " bavures" ( uniquement lorsque ce sont des noirs qui sont tués) et ne donnant qu'à regret et très discrètement toutes les informations qui iraient dans le sens de la police.
    Le président Obama a lui même fait fort avec sa fameuse formule " Si j'avais un fils il ressemblerait à Trayvon Martin" ! On dirait qu'élites et médias ne cherchent qu'à renforcer le mécontentement noir.
    Les USA sont sans doute le pays où un noir a le plus d’opportunités au monde...et pourtant on dirait que c'est aux USA qu'ils sont le plus mécontents. A se demander si moins il y a de discriminations réelles pour expliquer les faibles performances de la communauté noire plus ils sont aigris et pleins de rancœur. Il ne reste bientôt comme seule explication à leurs difficultés à rattraper leur retard que la simple présence des blancs ( sans compter les "micro-agressions"!!!!! ).
    Tout ceci est bien inquiétant.

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    1. L'attitude des médias et de nombre d'hommes politiques est en effet totalement irresponsable. Depuis que les émeutes et la protestation anti-policière ont commencé voici deux ans il y a eu une hausse sensible de la criminalité dans les grandes villes américaines. Les policiers s'abstiennent d'intervenir dans de plus en plus de cas, de peur d'être accusés de racisme et de déclencher de nouvelles émeutes si l'intervention tourne mal. Combien de vies perdues à cause de ces boutefeux irresponsables?

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  4. Moi qui pensais que cette maladie sociétale était spécifiquement européenne, que les américains étaient plus pragmatiques, me voilà déçu!
    Bravo pour cet article clair et édifiant.

    Alfred

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  5. Les américains sont des européens qui ont changé de continent, les langues et les mentalités restent trop similaires pour que le politiquement correct ne transpire pas d'un continent à l'autre. Je ne suis d'ailleurs pas sûr que le politicaly correct soit uniquement invention européenne exportée outre-atlantique.
    Un peu comme avec l'islam (si on veut faire une comparaison facile), les civilisations ont la vie dure, et le mimétisme ne s'arrête pas aux frontières.
    Merci pour cet excellent papier.

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    1. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, le politiquement correct sévit donc des deux côtés de l'Atlantique.
      Merci du compliment.

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  6. "En vérité, les policiers ont bien plus à craindre des Noirs que les Noirs des policiers."
    Je ne vois pas ce qui vous permet de dire cela.
    41 millions de noirs, 50 policiers abattus
    800 000 policiers, 36 noirs désarmés abattus
    donc 1 policier abattu pour 800 000 noirs, et 1 noir abattu pour 22 000 policiers.
    Conclusion : ce sont les noirs qui ont plus à craindre des policiers, pas les policiers des noirs.

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    1. Votre calcul est dépourvu de sens.
      19 millions d’hommes noirs (il s’agit bien d’hommes, lisez mon article), 36 victimes « désarmées » de la police (catégorie elle-même très suspecte, lisez mon article). 628 000 policiers à plein temps (chiffres du FBI), 52 policiers tués en service. Sur ces 52 policiers, 21 tués par des Noirs (en appliquant les pourcentages historiques). Calculez les taux de mortalité respectifs.
      Par ailleurs l’argument sous-jacent me semblait tout à fait évident, mais puisqu’il faut vous (re)mettre les points sur les i…
      Toutes les accusations de racisme proférées au sujet de la police ou du système pénal en général se fondent sur la constatation suivante : les Noirs sont surreprésentés, par rapport à leur proportion dans la population générale, parmi les personnes tuées par la police, parmi les prisonniers, etc.
      Mais un tel critère est totalement dépourvu de pertinence. La seule chose qui compte, c’est la part des Noirs dans la population délinquante. Et là on s’aperçoit qu’ils ne sont pas du tout « surreprésentés » parmi les victimes de la police ou les prisonniers. Au contraire. Par exemple lorsque l’on constate que 40% des tueurs de policiers sont noirs, plutôt que de dire (comme le fait Black Lives Matter) que les Noirs sont surreprésentés parmi les victimes de la police (26% en 2015 alors que leur part dans la population générale est de 13%) il faudrait plutôt dire que les Noirs sont tués par la police à un taux bien inférieur à ce que la menace qu’ils représentent pour les policiers permettrait de prédire. C’est ça la réalité.
      On pourrait ajouter que si on compare le nombre de Noirs et de Blancs tués annuellement avec le nombre de ces morts qui résultent de l’action de la police, on découvre que les Blancs sont bien davantage victimes de la police que les Noirs, avec respectivement 12% et 4% des homicides attribuables aux forces de l’ordre. Et pourtant, imaginerait-on les médias prendre fait et cause pour un mouvement qui s’intitulerait White Lives Matter ?
      Mais en fait, comme d’habitude, je pense que ça aiderait si vous lisiez attentivement ce que j’écris.

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    2. Vous n'avez manifestement pas compris mon calcul.
      Vous prétendez que les noirs sont plus dangereux que les policiers, je fais donc un calcul de dangerosité, c'est à dire du nombre de mort engendré par un individu soit policier soit noir, ce calcul prouve que les policiers sont plus dangereux pour les noirs que les noirs pour les policiers.
      Pour la suite je n'ai rien à dire puisque ce n'est pas le sujet de mon commentaire.

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    3. A ce stade, je ne peux plus rien pour vous.

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  7. La thèse d'Aristide ne vaut, me semble t'il que considérant les rapports noirs/policiers lors d'une interpellation policière, et non pas absolument parlant comme vous le faites, dsl. Je crois que c'est ce qu'Aristide voulait dire.

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  8. Je ne sais pas. Les chiffres ne sont pas donnés dans le billet. Il est fait mention de taux et de risque mais les chiffres permettant d'arriver à ces calculs ne sont pas donnés. Pourtant comparer deux taux et deux risques implique de savoir si les situations sont comparables.
    Par exemple, le risque d'être tué par un agresseur n'a rien à voir avec le risque de se faire abattre par un policier alors qu'on est désarmé, les deux situations ne sont tout simplement pas comparables, et ce qui peut être compréhensible dans un cas, ne l'est plus dans l'autre.
    On peut comprendre qu'un policier risque sa vie en étant confronté à la violence des agresseurs, mais qu'un individu désarmé risque aussi sa vie face à un policier me parait contre-nature.
    Ce serait comme répondre à une victime d'une bavure policière :" ne vous plaignez pas, les policiers sont plus en danger que vous !"
    C'est non seulement dénué de la moindre compassion, mais parfaitement stupide.

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    1. Vous raisonnez comme si les policiers devraient être des sortes de machines dépourvues d’émotion, capable d’analyser froidement n’importe quelle situation, y compris lorsque leur propre vie est en jeu, d’y réagir de manière toujours appropriée et proportionnée, et de maitriser n’importe quel suspect sans lui faire de mal. Bien évidemment ce n’est pas le cas. Si professionnels que soient les policiers, toute intervention de la police comporte nécessairement un risque, comme toute intervention du médecin. Parce que les policiers sont armés et parce qu’ils savent que toute intervention est a priori risquée pour eux. Donc il y aura toujours des gens tués par erreur par la police. De la même manière qu’il y aura toujours des gens tués involontairement par les médecins.
      La question est de savoir si ces quelques erreurs permettent d’affirmer que la police américaine serait raciste. Et la réponse est non.

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    2. Ce n'est pas le sujet de mon commentaire.
      La phrase de votre billet que je cite est factuellement fausse.
      Si vous prenez un noir au hasard, la probabilité qu'il tue un policier est inférieure à celle qu'un policier pris au hasard tue un noir.
      Donc non seulement cette phrase est fausse, mais en plus elle me semble hors de propos.

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    3. la plupart des noirs victimes de mort violente le sont par d'autres noirs lors des guerres de gang, guerres menées pour le controle du territoire et des "trafics" que ce controle permet, surtout celui de la drogue Le fric n'a pas de couleur Notorious BIG, Tupak, Proof et le miraculé 50 cent ont été victimes de leurs "frères" et pas du KKK ou de l'amicale des flics fachos Le mélange entre le barbarisme africain (ou musulman) et l'ultra capitalisme moderne fait des ravages des deux cotés de l'atlantique (les pays africains étant encore loin d'avoir une économie aussi moderne que les pays les plus developpés au monde)

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  9. Le mythe du flic raciste : quatre études de cette année montrent que si les policiers sont biaisées, c'est en faveur des noirs: http://www.wsj.com/articles/the-myth-of-the-racist-cop-1477261025

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