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samedi 16 juin 2018

Carnage et culture : de la supériorité militaire de l'Occident




Selon le célèbre jugement d’Aristote dans La Poétique, la poésie est chose « plus philosophique et plus noble que l’histoire. » Il est en est ainsi car, dit-il, « la poésie dit, plutôt le général, l'histoire le particulier. Le général, c'est telle ou telle chose qu'il arrive à tel ou tel de dire ou de faire, conformément à la vraisemblance ou à la nécessité : c'est le but visé par la poésie, même si par la suite elle attribue des noms aux personnages. Le particulier, c'est ce qu'a fait Alcibiade, ou ce qui lui est arrivé. »
Pour le dire autrement, le particulier en tant que particulier est dépourvu d’intérêt. Nous ne pouvons nous intéresser sérieusement à ce qu’a fait Alcibiade, ou à ce qui lui est arrivé, plus de 2400 ans après qu’il l’ait fait, que parce que nous pensons que ce qu’a fait Alcibiade contient un enseignement intemporel, parce que cela nous dévoile quelque chose de la nature humaine, de la nature de la politique, ou une autre chose semblable. A travers les événements singuliers de la vie d’Alcibiade, nous recherchons implicitement le général, l’universel. Un historien qui serait strictement un historien, qui se contenterait de collecter les faits du passé, serait à peu près semblable à un collectionneur de paquets de cigarettes, et son activité susciterait autant d’intérêt. Pire, à la différence du collectionneur de paquets de cigarettes, l’historien au sens strict ne pourrait même pas commencer sa collection, car comment choisir parmi l’immensité infinie des évènements passés ? Comment découper les « faits » dans l’océan sans fond de l’histoire humaine ? Le simple fait de relater l’un plutôt que l’autre suppose un principe de choix, et ce principe repose nécessairement sur une idée générale de ce qu’est la vie humaine et de ce qui vaut la peine d’être connu ; autrement dit tout choix présuppose que le fait particulier qui est choisi contient, comme le dit Thucydide, le saint patron des historiens, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, « un trésor pour tous les temps ».
Bref, l’histoire au sens strict est impossible. Seule peut exister l’histoire « poétique », c’est-à-dire l’histoire qui vise le général à travers le particulier, la différence principale entre le poète et l’historien étant que le premier invente les évènements et les personnages, alors que le second ne parle que de ce qui s’est réellement passé.
Ceci étant bien compris, on pourra alors distinguer deux sortes d’historiens. Ceux qui savent que leur activité de collecte et de narration des évènements du passé vise ultimement à quelque vérité générale, et ceux qui l’ignorent ou qui essayent de le cacher pour se conformer à l’idée qu’ils se font de ce qu’est le travail d’un historien. Les premiers pourront faire des livres d’histoire passionnants et qui pourront éventuellement être « un trésor pour tous les temps », tandis que les seconds tendront à se réfugier derrière des murailles de faits insignifiants et à produire des livres qu’aucune personne qui n’y est pas contrainte pour des raisons professionnelles ne pourrait avoir envie de lire.
L’historien américain Victor Davis Hanson appartient très clairement à la première catégorie. Sa spécialité est l’histoire militaire, mais il ne se cache pas de rechercher à travers l’histoire des conflits passés quelque enseignement général, quelques vérités universelles. Victor Davis Hanson s’est tout particulièrement intéressé à la Grèce antique. Il a, par conséquent, lu et étudié les grands auteurs de l’antiquité grecque et latine, de Homer à Tacite en passant par Aristote et Plutarque. Il est, pourrait-on dire, un classiciste par goût et par formation, et ceci explique sans doute largement cela.
Son classicisme parait aussi l’avoir immunisé contre le politiquement correct qui sévit dans les universités américaines, ce qui en fait un historien doublement recommandable.
Dans Carnage and culture, Victor Davis Hanson cherche ainsi une réponse à une question très politiquement incorrecte : comment expliquer la supériorité militaire de l’Occident ?

Le première chose à faire pour trouver la réponse est de ne pas se réfugier derrière l’arbre pour éviter de voir la forêt.
Oui, dans leurs confrontations avec des armées non occidentales, au cours des millénaires, les armées occidentales ont connu quelques défaites spectaculaires : Cannes, Carrhes, Little Big Horn, Isandhlwana, Dien-Bien-Phu, etc. Mais ces défaites, qui souvent furent suivies de victoires décisives contre les mêmes adversaires, ne peuvent pas cacher que, lorsqu’une armée occidentale rencontre une armée non occidentale, l’histoire nous apprend qu’il est sage de parier que la première va l’emporter. Presque toutes les défaites occidentales eurent lieu loin du sol de la mère patrie, et face à des adversaires utilisant en tout ou partie des armes produites par l’Occident. Comme l’écrit Victor Davis Hanson, « il n’existe pratiquement pas d’exemples d’armées non occidentales ayant vaincu une armée européenne en Europe avec des armes non-européennes. » Il est d’ailleurs significatif que les armées non occidentales aient peu à peu adopté l’armement et les tactiques occidentales, et non pas l’inverse.
Par conséquent, aujourd’hui comme hier et sans doute comme demain, « l’histoire du dynamisme militaire de par le monde est ultimement une enquête sur les prouesses des armes occidentales ».
La supériorité des armées occidentales sur les armées non occidentales est un fait historique avéré au-delà du moindre doute raisonnable, et seule la peur des implications dérangeantes de ce fait peut nous empêcher de le reconnaitre.
Car si nous admettons la supériorité militaire de l’Occident au cours des millénaires, il faudra bien trouver une ou des explications à ce fait massif, et il est à peu près évident que, de la supériorité militaire, nous serons conduits à admettre des supériorités d’un autre ordre, qui, de proche en proche, pourraient nous amener à devoir reconnaitre la supériorité pure et simple de la civilisation occidentale. Horribile dictu !
Victor Davis Hanson n’est pas effrayé par une conclusion de ce genre, et il ne se cache pas derrière son petit doigt. Sa conclusion est effectivement que la supériorité militaire de l’Occident s’explique en définitive par une série de facteurs « culturels » (d’où le titre de son livre) qui forment « le noyau de la civilisation occidentale ».
Il a souvent été remarqué, comme pour minimiser la signification de cette supériorité, que, dans leurs confrontations avec les armées non-occidentales, les Occidentaux ont la plupart du temps bénéficié d’un armement de meilleure qualité. Que l’on songe par exemple aux soldats Aztèques face aux conquistadors de Cortès, aux Zoulous face aux tuniques rouges britanniques, ou aux Gaulois face aux légions romaines (Gaulois qui culturellement n’étaient pas occidentaux, puisque, pour Victor Davis Hanson, l’Occident se défini comme « la culture de l’antiquité classique qui a émergé en Grèce et à Rome » puis s’est ensuite répandue sur le sol européen, avant de bourgeonner en dehors de l’Europe après la Renaissance). Mais cette supériorité technique, bien réelle, doit elle-même être expliquée. Elle n’est pas un élément qui pourrait être détaché du reste de la civilisation occidentale. En atteste le fait que, même lorsque les armées non-occidentales ont adopté l’armement occidental, cela n’a pas suffit à leur assurer la parité sur le long terme avec les armées occidentales.
Les Zoulous et les tribus indiennes d’Amérique du Nord, par exemple, ont très vite disposé d’armes à feu. Mais ils n’ont jamais pu apprendre à s’en servir avec la même efficacité que les soldats anglais ou américains qui leur faisaient face. Sans même parler de leur incapacité à fabriquer eux-mêmes ces armes. Au moment de la bataille de Lépante, la flotte chrétienne était technologiquement supérieure à celle des Ottomans, en dépit du fait que les ressources de l’empire étaient, théoriquement, bien supérieures à celle des ses adversaires et que le Sultan faisait appel à des spécialistes occidentaux pour construire et équiper sa flotte. En 1942, au moment de la bataille de Midway, la flotte japonaise, entièrement construite selon les standards occidentaux, était qualitativement supérieure à la flotte. Mais à peine deux ans plus tard, en 1944, la situation était entièrement inversée. Les Japonais en 1944 utilisaient peu ou prou le même matériel qu’en 1942, alors que les Américains avaient entre temps développé tout un ensemble d’armes nouvelles, et de qualité bien supérieure au matériel japonais.
Comme l’écrit Victor Davis Hanson, « la manière occidentale de faire la guerre n’est pas seulement fondée sur la supériorité technologique, mais sur tout un ensemble d’institutions politiques, sociales, culturelles qui produisent des avantages militaires qui vont bien au-delà du fait de posséder des armes sophistiquées. La supériorité technologique ne peut pas être simplement importée ; sous peine de devenir immédiatement statique, et par conséquent obsolète, il est nécessaire d’adopter également la libre pensée, la méthode scientifique, la recherche sans limite et la production capitaliste qui l’accompagnent. »
Par ailleurs, comme nous le verrons, la supériorité technologique est peu de choses sans l’organisation et la discipline. Des armes sophistiquées demandent en général une organisation militaire sophistiquée pour pouvoir tirer parti de leur potentiel meurtrier, organisation militaire qui dépend elle-même d’une organisation sociale et politique adéquate.

***

Victor Davis Hanson met en lumière neuf éléments de cette « culture » occidentale qui, selon lui, a assuré la supériorité pérenne des armes occidentales, à travers neuf batailles particulièrement significatives. La liberté (Salamine – 480 avant J.C), la recherche d’un choc décisif au cours duquel anéantir l’adversaire (Gaugamèles – 331 avant J.C), une armée de citoyens soldats (Cannes – 216 avant J.C), l’infanterie lourde (Poitiers - 732), la technologie (Tenochtitlàn – 1520-1521), le libre marché (Lepante - 1571), la discipline (Rorke’s drift - 1879), l’individualisme (Midway - 1942), l’auto-critique (l’offensive du Têt - 1968).
Chaque bataille est utilisée pour mettre en avant un élément particulier, mais dans chacune d’entre elles se retrouvent en fait à peu près tous les facteurs explicatifs mis en avant par Victor Davis Hanson.
Si l’on voulait synthétiser de manière à peu près fidèle les facteurs qui expliquent supériorité martiale de l’Occident selon Victor Davis Hanson, on pourrait dire que seuls les peuples occidentaux connaissent la liberté ordonnée - la liberté rationnelle, selon l’expression des auteurs de la Constitution des Etats-Unis - tandis que les peuples non occidentaux vivent sous le régime, soit de la liberté désordonnée, celle de la horde ou de la tribu, soit du despotisme.
Nul n’ignore que la démocratie moderne – la démocratie dite libérale – est une invention occidentale, et que les notions même de démocratie et de république nous viennent de l’antiquité gréco-romaine. Mais même durant le temps très long où l’Europe a vécu sous des régimes de types monarchique, on peut soutenir que les sujets de ces monarchies jouissaient, en règle générale, d’un degré et d’un type de liberté qui étaient inconnus des autres peuples de la terre.
Mais que signifie, d’un point de vue militaire, la liberté ordonnée, et quels avantages procure-t-elle ? Cela signifie un juste équilibre entre la discipline et l’initiative individuelle, entre la perpétuation des traditions et l’innovation, entre le courage et la prudence, ou en tout cas un meilleur équilibre que celui prévalant chez les peuples non occidentaux. Plus généralement cela signifie que les armées composées d’hommes libres – ou, pour parler plus prudemment, les armées composées d’hommes jouissant d’un certain degré de liberté politique – sont, sur le long terme, meilleures que celles composées d’hommes qui ignorent la liberté politique.
Essayons d’illustrer cette proposition en reprenant quelques-uns des exemples donnés par Victor Davis Hanson.



La bataille de Cannes est un exemple particulièrement frappant car elle est une défaite retentissante des légions romaines. Près de 50 000 tués en une seule après-midi, soit environ 200 hommes par minute, ce qui, comme le note Victor Davis Hanson, représente une véritable prouesse physique étant donné l’armement disponible à l’époque. La victoire d’Hannibal fut d’autant plus remarquable que son armée était inférieure en nombre et moins bien équipée que les légions romaines. Mais cette victoire, comme ses victoires précédentes à Trasimène ou Trébie, ne changea rien à l’issue de la guerre. En moins d’une année les Romains avaient compensé leurs pertes, tandis qu’Hannibal voyait ses effectifs fondre inexorablement. Victoires tactiques brillantes, et défaite stratégique inéluctable, telle semblait être le destin du Carthaginois.
La différence essentielle entre l’armée de Rome et l’armée d’Hannibal, et celle qui décida finalement de la victoire, selon l’historien américain, était que la première était une armée de citoyens soldats, tandis que la seconde était composée principalement de mercenaires. Or des institutions libres permettent de recruter dans l’armée la plus grande partie de la population masculine, et non pas seulement les nobles ou les gens fortunés, et d’autre part cette armée aura une cohésion plus forte et pourra être maintenue plus longtemps en campagne qu’une armée de mercenaires, un rassemblement tribal, ou une armée d’esclaves.
« Dans l’antiquité », écrit Victor Davis Hanson, « les autres peuples (ni Grecs ni Romains) ont toujours pu mobiliser d’énormes masses de guerriers – Gaulois, Espagnols, Perses, Africains, et d’autres – mais en aucune manière ces rassemblements tribaux ou ces armées de mercenaires ne constituaient une nation en armes. (…) elles demeuraient fondamentalement des armées d’un jour – des rassemblements ad hoc et migratoires, dont les conditions de service dépendaient exclusivement de la paye, du pillage, et du magnétisme et du talent d’un chef ou d’un régime particulier. Lorsque de telles armées étaient gorgées de butin, elles refluaient ; lorsqu’elles étaient vaincues elles se dispersaient ; et lorsqu’elles étaient victorieuses, elles n’étaient souvent efficaces que le temps d’une autre victoire, et pas plus. »
On peut ajouter, comme le fait Victor Davis Hanson en s’appuyant sur le jugement de nombre d’auteurs de l’antiquité, que le courage du citoyen-soldat est en définitive supérieur, ou en tout cas plus solide et durable que celui des autres types de soldat. Aristote remarquait ainsi dans l’Ethique à Nicomaque que le courage civique est celui qui ressemble le plus au courage proprement dit : « le citoyen, en effet, parait supporter les dangers à cause des pénalités provenant de la loi, des reproches ou des honneurs. Et pour cette raison, les peuples les plus courageux sont apparemment ceux chez lesquels les lâches sont voués au mépris, et les braves à l’estime publique. » Le citoyen-soldat ne se bat pas pour le butin, ni pour sa gloire individuelle, mais par sens de l’honneur, par crainte du blâme, par sentiment de solidarité avec ses frères d’armes qui sont aussi ses concitoyens, par fidélité envers des institutions et pas seulement envers des chefs. Et il le fait volontairement, en participant aux décisions qui conduisent la nation à prendre les armes, ou du moins en ayant le sentiment d’avoir eu son mot à dire sur ces décisions. Dans une campagne prolongée cet ensemble de motifs s’avère plus solides que tous les autres.
Dans son histoire de la seconde guerre punique, Polybe attribuait ainsi le mérite principal de la victoire des Romains à l’excellence de leurs institutions :
« Cependant le sénat ne négligea aucune des mesures qu'il était possible de prendre : il s'empressa de relever le courage du peuple, de fortifier la ville ; enfin il adopta les conseils les plus fermes et les plus efficaces, comme la suite le fit bien voir. En effet, voilà les Romains éprouvés par de cruelles défaites, dépossédés de leur gloire militaire, et bientôt, grâce à la force particulière de leur gouvernement, à la sagesse de leurs résolutions, non-seulement ils recouvrèrent la puissance en Italie par leurs victoires sur Carthage, mais encore, peu après, ils devinrent maîtres de l'univers. »


La République fut ensuite remplacée par l’empire, l’empire par une multitude royaumes et de principautés, mais le sens de la liberté politique ne fut jamais entièrement perdu en Europe, pas plus que la science héritée des grecques. Une tradition tout à la fois rationaliste et civique persista, tradition inconnue ailleurs dans le monde.
C’est cette tradition qui, selon Victor Davis Hanson, explique en définitive pourquoi les Européens finirent par dominer tous les continents, progressivement, à partir de la Renaissance. Leurs capacités militaires devenues très supérieures à celles de tous les autres peuples de la terre étaient l’un des fruits de la liberté ordonnée propre à l’Europe.
Dans aucune autre occasion, peut-être, cette supériorité ne fut aussi éclatante que durant la conquête du Mexique par Cortés.
Depuis cette extraordinaire épopée, les historiens n’ont pas cessé d’essayer de comprendre comment une poignée d’Espagnols, à des milliers de kilomètres de chez eux, avaient pu abattre en l’espace de deux ans le plus puissant empire du continent américain.
Bien des raisons ont été avancées, depuis les qualités personnelles de Cortés jusqu’aux superstitions des Aztèques en passant par les maladies apportées d’Europe par les Espagnols. Mais toutes les raisons conjoncturelles, aussi valides soient-elles, palissent derrière une raison fondamentale : Cortés et ses conquistadors ont vaincu les Aztèques parce qu’ils maitrisaient infiniment mieux l’art de la guerre que ceux-ci ; et ils maitrisaient mieux l’art de la guerre car ils étaient les héritiers d’une très longue tradition rationaliste et civique.
L’armement des Espagnols, il est vrai, était très supérieur à celui des Aztèques : armes et armures en acier, mousquets, arbalètes, canons, chevaux. Mais il faut expliquer pourquoi les Aztèques ont été incapables de développer des armes de ce genre, alors qu’ils disposaient de toutes les ressources nécessaires pour le faire ; il faut expliquer pourquoi ils ignoraient l’usage de la roue, et par conséquent toutes les machines de guerre faisant appel au principe de la roue ; et ainsi de suite. Les Espagnols n’ont pas seulement apporté avec eux des armes inconnues des Aztèques, ils ont également fait preuve, tout au long de la campagne, d’une inventivité sans faille pour résoudre les problèmes imprévus qui se posaient à eux. Une inventivité dont leurs adversaires étaient dépourvus.

Après la désastreuse retraite de la Noche Triste, au cours de laquelle les Espagnols et leurs alliés furent pratiquement anéantis, Cortés décida de prendre d’assaut Tenochtitlan, la capitale de l’empire, pour abattre définitivement ses ennemis. Tenochtitlan étant une île, il fut décidé de monter un blocus naval, et pour ce faire les Espagnols construisirent treize brigantins, des embarcations à voile et à rames d’un faible tirant d’eau, à l’aide des matériaux récupérés sur les navires qui les avait amenés au Mexique. Les brigantins furent transportés en pièces détachés, sur des centaines de kilomètres, puis remontés et lancés sur le lac Texcoco pour couper les approvisionnements de Tenochtitlan. Selon Victor Davis Hanson, les brigantins furent le facteur décisif qui décida de la victoire des Espagnols. Le plus remarquable est que ces bateaux improvisés avec des matériaux de fortune se révélèrent bien plus ingénieusement construits que n’importe quelle embarcation conçue par les Aztèques durant toute la durée de leur civilisation : « un tour de force rendu possible seulement grâce à un usage systématique de la science et de la raison omniprésent en Occident depuis deux mille ans ».
« La supériorité technologique occidentale », écrit Victor Davis Hanson, « n’est pas seulement le résultat de la renaissance militaire du 16ème siècle ou un accident de l’histoire, et encore moins la conséquence des ressources naturelles, mais elle découle d’une méthode de recherche séculaire, d’une mentalité particulière qui remonte aux Grecs, et pas avant. »
Cet usage de la raison va de pair avec un sens de la liberté individuelle réglée, un équilibre délicat entre la fierté ombrageuse de l’individu sûr de ses droits et l’obéissance à la loi, inconnu lui aussi des sujets de l’empire Aztèque. La liberté de penser, de chercher, de proposer des solutions nouvelles, sont inextricablement liées avec la liberté politique et les mœurs qui l’accompagnent.
« Pratiquement tous les éléments de la tradition martiale occidentale jouèrent leur rôle pour assurer la victoire des Espagnols, triomphant des problèmes d’infériorité numérique, de logistique, et d’une géographie inconnue. Les centaines de milliers de pages de procès, d’enquêtes officielles et d’actes judiciaires qui furent écrites après la conquête attestent que chaque conquistador possédait un sens aigu de sa liberté et de ses droits : un sens à la fois civique et militaire de la part d’individus possédant des droits et des privilèges auxquels ni Cortés ni la couronne d’Espagne ne pouvaient porter atteinte de manière arbitraire. »
Les peuples méso-américains, que cela soit dans l’empire Aztèque ou dans l’empire du Pérou, vivaient eux depuis des temps immémoriaux sous une forme ou une autre de despotisme théocratique. Ils ignoraient la liberté politique aussi bien que l’usage systématique de la raison, et c’est en définitive ce qui causa leur perte face à une poignée de conquistadors pourvu des armes intellectuelles forgées par l’Occident durant deux millénaires.
Victor Davis Hanson conclu au sujet de la conquête du Mexique : « Le courage sur le champ de bataille est une caractéristique humaine. Mais la capacité à produire en masse des armes susceptibles de neutraliser ce courage est un phénomène culturel. Cortés, comme Alexandre le grand, Jules César, Don Juan d’Autriche, ou d’autres capitaines occidentaux, ont souvent annihilé sans pitié des adversaires numériquement supérieurs non pas parce que leurs propres soldats étaient nécessairement meilleurs, mais parce que leur tradition de libre recherche, de rationalisme et de science l’était assurément. »



La liberté politique tend à engendrer certaines mœurs – ce que Tocqueville appelait « les habitudes du cœur » - mœurs qui sont en même temps le soutien indispensable de cette liberté : un certain esprit d’indépendance, l’habitude d’user de sa raison pour déterminer par soi-même ce qui est bien ou mal – ce que Tocqueville, encore lui, appelait la méthode philosophique des Américains – le refus de se soumettre aveuglément à un prince ou à une hiérarchie, l’habitude de discuter des questions publiques, la conscience de son rang et de ses droits, etc.
Bien que nous ayons tendance à identifier la liberté politique avec la démocratie, nous ne devons pas commettre l’erreur de croire que cette sorte de liberté paradoxale, faite d’indépendance et d’obéissance spontanée, n’existe que dans ce type de régime.
Dans l’Ancien Régime et la Révolution, Tocqueville expliquait : « Quelque soumis que fussent les hommes de l'Ancien Régime aux volontés du roi, il y avait une sorte d'obéissance qui leur était inconnue : ils ne savaient pas ce que c'était que se plier sous un pouvoir illégitime ou contesté, qu'on honore peu, que souvent on méprise, mais qu'on subit volontiers parce qu'il sert ou peut nuire. Cette forme dégradante de la servitude leur fut toujours étrangère. Le roi leur inspirait des sentiments qu'aucun des princes les plus absolus qui ont paru depuis dans le monde n'a pu faire naître, et qui sont même devenus pour nous presque incompréhensibles, tant la Révolution en a extirpé de nos coeurs jusqu'à la racine. Ils avaient pour lui tout à la fois la tendresse qu'on a pour un père et le respect qu'on ne doit qu'à Dieu. En se soumettant à ses commandements les plus arbitraires, ils cédaient moins encore à la contrainte qu'à l'amour, et il leur arrivait souvent ainsi de conserver leur âme très libre jusque dans la plus extrême dépendance. »
Et Montesquieu écrivait dans l’Esprit des lois : « Il n'y a rien dans la monarchie que les lois, la religion et l'honneur prescrivent tant que l'obéissance aux volontés du prince : mais cet honneur nous dicte que le prince ne doit jamais nous prescrire une action qui nous déshonore, parce qu'elle nous rendrait incapables de le servir. Crillon refusa d'assassiner le duc de Guise, mais il offrit à Henri III de se battre contre lui. Après la Saint-Barthélemy, Charles IX ayant écrit à tous les gouverneurs de faire massacrer les huguenots, le vicomte d'Orte, qui commandait dans Bayonne, écrivit au roi : « Sire, je n'ai trouvé parmi les habitants et les gens de guerre que de bons citoyens, de braves soldats, et pas un bourreau ; ainsi, eux et moi, supplions Votre Majesté d'employer nos bras et nos vies à choses faisables. » Ce grand et généreux courage regardait une lâcheté comme une chose impossible. »

Aussi, nous devons nous garder de confondre les monarchies ou les principautés occidentales avec les monarchies orientales. Dans les premières la plupart des sujets ne participaient certes pas à la direction des affaires publiques, mais ils ne connaissaient pas l’obéissance servile qui était la règle dans les secondes. Et cette différence se faisait sentir sur le champ de bataille. Les soldats de Xerxès ou de Darius, par exemple, étaient des esclaves qui obéissaient sans murmurer, et nul, pas même les généraux, ne pouvait discuter les décisions du souverain sans risquer de perdre la vie. Alexandre le grand se prétendait descendant de Zeus et son père, Philippe de Macédoine, avait anéanti la liberté des cités grecques, mais il régnait dans son entourage une liberté de paroles inconnue à la cour du Grand Roi. Cela signifie que de véritables délibérations pouvaient avoir lieu avant la bataille, et que les généraux ou les officiers savaient qu’ils ne risquaient pas d’être exécutés pour avoir fait preuve d’initiative individuelle, pourvu que cette initiative soit raisonnablement justifiée.
Des armées ainsi conduites se révèlent, si ce n’est à chaque bataille, du moins sur le long terme, supérieures à des armées dans lesquelles la peur ou la superstition font régner une obéissance aveugle.


Inversement, mais finalement pour les mêmes raisons, les armées occidentales se caractérisent, depuis le temps des phalanges grecques et des légions romaines, par une sorte de discipline rationnelle qui est aussi éloignée du désordre fougueux de la horde que de l’uniformité silencieuse des armées despotiques.
On pourrait dire, de manière synthétique, que les armées occidentales sont composées de soldats et non de guerriers. L’accent est mis non sur la valeur individuelle, mais sur l’efficacité collective.
« La discipline telle qu’elle a émergé en Europe est la tentative d’institutionnaliser un type particulier de courage par l’entrainement et la répétition, qui se manifeste dans le fait tenir sa place dans la formation. Cette obsession occidentale de l’exercice en rangs serrés est basée sur le fait que, si tous les hommes sont enclins à s’enfuir lorsque la situation devient désespérée, l’entrainement et les convictions sont susceptibles d’altérer ce comportement. La clef n’est pas de faire de chaque homme un héros mais de créer des hommes qui, dans l’ensemble, sont plus courageux que leurs alliés non entrainés lorsqu’il s’agit de résister à une charge de l’ennemi, et qui, au plus fort de la bataille, obéissent aux ordres de leurs supérieurs de protéger les hommes à leurs côtés. Leur obéissance va à un système civique intemporel et persistant, non pas à une tribu, une famille, ou aux amis du moment. »
C’est cette discipline patiemment développée et systématisée qui a permis aux légions romaines d’écraser les peuples du nord, physiquement bien supérieurs aux petits Italiens. C’est elle qui a permis aux conquistadors de résister à des armées aztèques cent fois supérieures en nombre. C’est elle qui a permis aux fantassins de Charles Martel de vaincre les cavaliers d’Abd el-Rahman à Poitiers. C’est elle qui a permis à 150 soldats anglais de tenir en respect puis de mettre en déroute une armée de 4000 zoulous à Rorke’s drift.
Pris individuellement, ni les Romains, ni les Francs, ni les Espagnols, ni les Anglais n’étaient plus courageux que leurs adversaires. La supériorité de leur armement ne suffit pas non plus à elle seule à expliquer la victoire des soldats occidentaux, car cette supériorité ne peut s’exprimer qu’à la condition que chaque homme respecte scrupuleusement les ordres et la formation. Le fantassin lourdement équipé qui constituait l’ossature des légions romaines ou de l’armée franque était une proie facile dès lors qu’il était isolé. Son équipement même le rendait vulnérable face à des adversaires plus légers et plus mobiles. En revanche, dès lors qu’il se présentait en formation serrée et qu’il pouvait manœuvrer en corps, il était pratiquement invincible.
Les mousquets des Espagnols ou les fusils Martini-Henry des soldats britanniques étaient certes des armes plus efficaces que les arcs ou les sagaies de leurs adversaires. Mais ces armes à un coup étaient lourdes, longues à recharger et d’une précision douteuse. Leur efficacité résidait essentiellement dans leur utilisation collective. Ce sont les salves bien coordonnées des Espagnols et des Anglais qui les rendaient redoutables pour leurs ennemis, pas les qualités de tireur de chaque soldat pris individuellement.
Victor Davis Hanson explique : « En un sens abstrait, les soldats qui se battent comme un seul homme – qui tirent en salves, qui chargent en groupe et en suivant les ordres, qui se retirent lorsqu’on leur ordonne, qui ne poursuivent pas l’ennemi précipitamment, prématurément, ou pour trop longtemps – l’emportent sur leurs adversaires. »

***

Dans le livre VII de La politique, Aristote remarquait : « Les peuples qui habitent les climats froids, même dans l'Europe, sont en général pleins de courage. Mais ils sont certainement inférieurs en intelligence et en industrie ; aussi conservent-ils leur liberté ; mais ils sont politiquement indisciplinables, et n'ont jamais pu conquérir leurs voisins. En Asie, au contraire, les peuples ont plus d'intelligence, d'aptitude pour les arts ; mais ils manquent de cœur, et ils restent sous le joug d'un esclavage perpétuel. La race grecque, qui topographiquement est intermédiaire, réunit toutes les qualités des deux autres. Elle possède à la fois l'intelligence et le courage. Elle sait en même temps garder son indépendance et former de très bons gouvernements, capable, si elle était réunie eu un seul État, de conquérir l'univers. »
Victor Davis Hanson connait très vraisemblablement ce passage de La politique, bien qu’il n’en fasse pas mention. Il est incontestable en tout cas que son livre vient corroborer de manière frappante l’observation d’Aristote.
Aristote parait lier les qualités morales des peuples à la géographie, anticipant ainsi les développements de Montesquieu, dans l’Esprit des lois, sur les rapports entre le climat et les mœurs. Une lecture complète de La politique indiquerait sans doute que, pour Aristote, la relation n’est pas si directe qu’elle peut sembler l’être dans ce court passage du livre VII. Mais quoi qu’il en soit, Victor Davis Hanson est très clair sur le fait que, selon lui, la supériorité militaire de l’Occident n’est pas une question de race ou de climat, mais uniquement de facteurs qu’il appelle « culturels ».
En vérité, cependant, à la lecture de son livre, il serait plus juste de dire que ces facteurs sont essentiellement politiques.
Victor Davis Hanson cite ainsi, en l’approuvant, l’historien américain Harry Turney-High qui écrivait, dans Primitive wars :
 « L’invention décisive est celle de l’Etat, c’est-à-dire du contrôle social civil à la différence de celui basé sur la parenté. Le gouvernement civil est la ligne de fracture, le seuil, l’horizon qui sépare ce qui est civilisé de ce qui ne l’est pas. Seul l’Etat peut lever de vastes armées. Lui seul peut former et discipliner les hommes pour en faire des soldats plutôt que des guerriers. Seul le gouvernement peut ordonner, et non pas simplement demander, et lui seul peut punir ceux qui ne sont pas d’humeur à se battre aujourd’hui… le guerrier primitif ne pouvait pas s’appuyer sur un gouvernement structuré, organisé. Il était réticent à se soumettre à la discipline, et il était incapable ou bien supportait impatiemment d’obéir à des ordres précis. Il ne découvrait que les principes tactiques inhérents à la chasse… il était trop focalisé sur le combat à venir pour planifier des campagnes plutôt que des batailles. »
La suprématie militaire de l’Occident est la conséquence de la supériorité de son organisation politique. Ou plutôt la conséquence du fait que lui seul a découvert la politique, au plein sens du terme.

Mais maintenant que le monde entier s’est, en quelque sorte, mis à l’école de l’Occident, cette suprématie militaire va-t-elle prendre fin ?
Il est d’autant plus tentant d’adopter cette hypothèse que, par bien des aspects, l’Occident est en déclin, relatif et absolu. Economiquement, démographiquement, son poids relatif a largement diminué depuis la seconde guerre mondiale, et les démocraties occidentales sont toutes, à des degrés divers, en proies à de graves difficultés internes, d’ordre morale et politique. Par certains aspects ces régimes apparaissent désormais comme décadents.
Pourtant, d’un point de vue militaire, rien ne parait encore indiquer que l’Occident soit sur le point de perdre sa prééminence.  L’exemple d’Israël face aux pays arabe, ou bien la guerre du golfe en 1991, ont rappelé qu’il ne suffisait pas d’équiper et de former ses armées à l’occidentale pour acquérir l’efficacité militaire occidentale. Les Etats-Unis ont certes perdu la guerre du Vietnam, en ce sens qu’ils ont fini par se résigner à la chute de leur allié sud-vietnamien. Mais ils n’ont pas été vaincus militairement, et la guerre n’a été perdue sur le terrain politique que parce que l’armée américaine devait se conformer à des règles d’engagement qui rendaient toute victoire pratiquement impossible. Si toute sa puissance de feu avait pu être déployée, aucun spécialiste ne doute sérieusement que la guerre aurait été finie en un ou deux ans, tout au plus.
Aujourd’hui l’Occident se bat, un peu partout sur la planète, contre des groupes armés ou des Etats se réclamant de l’islam. Cette guerre ne sera pas perdue militairement. Si « Rome » doit à nouveau s’effondrer face aux hordes barbares, ce ne sera pas parce que ses légions auront été vaincues sur le champ de bataille. Ce sera parce que les nations occidentales auront perdu le désir de se perpétuer, parce qu’elles auront perdu confiance en la justesse de leur cause et qu’elles auront laissé les germes de dissolution actuellement à l’œuvre en leur sein se développer jusqu’au stade terminal. La destruction viendra de l’intérieur. Mais même au cas où le combat prendrait finalement la forme d’une guerre civile, nous pourrions tirer quelque réconfort du fait que nous sommes les héritiers d’une tradition militaire qui, depuis deux millénaires et demi, s’est presque constamment montrée supérieure à toutes les autres. Et, reprenant pour nous les vers de Pétrarque cités par Machiavel à la fin du Prince, nous pourrions dire à notre tour, en manière d’espérance : « Vaillance contre fureur/Prendra les armes ; et le combat sera bref/Car l'antique valeur/Dans les coeurs occidentaux n'est pas encor’ morte. »

11 commentaires:

  1. Fort intéressante recension. Merci !

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  2. Très intéressant, en effet!
    Merci!

    pulcino

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  5. La lecture de cette recension me laisse particulièrement sceptique.
    La thèse que "les américains" sont les plus forts car moralement supérieur est un poncif de perdant.
    C'est quand même extraordinaire qu'un américain dont la culture militaire de son pays est largement décriée et dont l'armée n'a quasiment gagné aucune guerre puisse nous sortir un truc de genre. L’orgueil rend aveugle.
    Pour exemple, la phrase ridicule "Si toute sa puissance de feu [des USA] avait pu être déployée, aucun spécialiste ne doute sérieusement que la guerre [du VietNam] aurait été finie en un ou deux ans, tout au plus ="
    Moshe Dayan, le général israélien, avait prévu la défaite américaine en 1966, justement à cause de l’utilisation de toute la puissance de feu (sauf la bombe nucléaire), comme but et non comme moyen
    http://koide9enisrael.blogspot.com/2017/02/quand-moshe-dayan-etait-correspondant.html
    parce justement, les américains ont déployé toute leur puissance de feu (sauf la bombe nucléaire). Les américains pensent qu'ils ont gagné (et on le voit largement dans leurs films) quand ils ont déversé le plus de bombes (genre opération Rolling Thunder), qu'ils ont le plus mitraillé, sans se soucier aucunement de l'efficacité. Mashé Dayan fut effaré de voir des officiers américains se vanter du nombre d'obus tirés dans la journée, plus qu'Israel dans toute sa dernière guerre.
    On pourrait reprendre tous les arguments et les retourner : souligner la fragilité du moral américain (Little big Horn avec ces quoi ? 200-300 victimes. Une bataille, que dis je une escarmouche, qui ne serait même pas mentionnée dans un livre d’histoire français) , son sens moral défaillant (https://www.les-crises.fr/jour-4-les-demons-du-passe-obsedent-les-veterans-de-la-tiger-force-par-michael-d-sallah-et-mitch-weiss/), sa sclérose (voir le film « la chute du faucon noir » où les conducteurs en somalie doivent demander au QG basé au US la permission de tourner le volant, ou l’ironie de Churchill devant l’arrogance des US : « Les Américains trouvent toujours la bonne solution à un problème, après avoir épuisé toutes les autres… »)

    Bref, l’exacte antithèse de ce bouquin. Surtout ne comptez pas sur les USA pour nous défendre

    Les Grands Arbres Bleus

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  6. D'abord VDH ne parle pas des Etats-Unis, mais de l'Occident dont les Etats-Unis ne sont qu'une partie. Ensuite il ne dit en aucun cas que la supériorité militaire est équivalente à une supériorité morale. Il rappelle au contraire à de nombreuses reprises que les deux ne sont pas liées. Enfin, oui, pendant la guerre du Vietnam l'armée américaine s'est battue avec un bras lié dans le dos à cause des règles d'engagement qui lui étaient imposées par le pouvoir politique, puisqu'il était par exemple acquis que l'on n'irait pas poursuivre l'ennemi jusque dans ses sanctuaires. Un peu comme si, au moment du débarquement en juin 44, il avait été décidé que jamais on n'entrerait en Allemagne.
    Votre commentaire me laisse particulièrement sceptique quant au fait que vous ayez lu sérieusement mon compte-rendu.

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  7. Je voudrais tout d’abord vous dire combien j’apprécie votre blog, et que je regrette le temps où j’attendais le mercredi pour avoir votre article hebdomadaire.
    Néanmoins, la thèse rapportée de cet auteur par vos soins me laisse plus que sceptique. N’ayant pas les détails de la démonstration, je ne peux que me raccrocher à ce que votre article en rapporte

    Les Grands Arbres Bleus

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  8. D'abord VDH ne parle pas des Etats-Unis, mais de l'Occident dont les Etats-Unis ne sont qu'une partie.
    Certes, dans votre résumé, on parle de l’Occident (qu’il faudrait d’ailleurs définir, la Russie en fait-elle partie ?), et comme les USA font partis de l’Occident, ce qui est vrai pour l’Occident, est vrai pour les USA. Par ailleurs, depuis 150 ans a minima, les USA sont un très très gros bout de l’Occident tant sur le plan économique que culturel (voyez les livres de Jules Vernes ou le retentissement de Tocqueville). Beaucoup, et c’est aussi la tonalité de ce blog, estiment, certes avec des nuances, que les USA sont ou ont été la quintessence de l’Occident.
    En particulier, pour vous, et vous le dite encore dans cet article, c’est le « libéralisme », la « liberté ordonnée », la « liberté politique » qui définit l’Occident. Et les USA, et on le voit tant dans leur discours institutionnel que leur film, se figure être les champions de la « démocratie », de la « liberté ».

    Les Grands Arbres Bleus

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  9. Ensuite il ne dit en aucun cas que la supériorité militaire est équivalente à une supériorité morale. Il rappelle au contraire à de nombreuses reprises que les deux ne sont pas liées.

    C’est dit explicitement dans votre article, les aspects « politico-culturels », « moraux » de l’Occident (liberté politique) impliquent la supériorité martiale de l’Occident, et aussi sa supériorité tout court.

    C’est la thèse que ce livre soutien tel que vous le rapportez
    Alors vous dites que la supériorité martiale n’implique pas la supériorité morale, par contre vous dites explicitement l’inverse : la supériorité morale, politico-culturelle implique la supériorité martiale de l’Occident.

    Enfin, je ne vois pas où dans votre article il serait rappelé à de nombreuses reprises que ce n’est pas lié.

    Les Grands Arbres Bleus

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  10. Enfin, oui, pendant la guerre du Vietnam l'armée américaine s'est battue avec un bras lié dans le dos à cause des règles d'engagement qui lui étaient imposées par le pouvoir politique.

    Non, le nord-Vietnam soutenu par les sino-russes, ont écrasé le sud-Vietnam soutenu par les occidentaux.

    Certes, les américains n’avaient pas le droit d’aller au nord, mais les sino-russes n’avaient pas le droit d’aller au sud. Ca ne les a pas empêché d’aller « secrètement » au Cambodge (3 millions de tonnes de bombes secrètes).

    Et puis le témoignage Moshe Dayan n’est pas le seul. Dès le début, beaucoup ont été sceptiques sur les chances des USA de vaincre le vietminh

    Quant à la puissance de feu "bridée", les USA ont très durement bombardé le nord-Vietnam, ainsi que le Cambodge par millions de tonnes de bombe, soit plus que pendant toute la 2nd guerre mondiale.

    Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, regardez la guerre de Corée, à l’apogée de sa puissance, les USA ont été incapables de vaincre la Chine, pays sous-développé. ( https://lavoiedelepee.blogspot.com/2012/08/se-transformer-temps-lexemple-de-la.html )

    Et là votre argument ne tient pas, les USA avaient les mains entièrement libres (sauf l’atomique).

    Sans en tirer les conséquence 15 ans plus tard au Vietnam, ils ont rasé la Corée du nord par des bombardements aussi massifs qu’inutiles https://www.les-crises.fr/voila-pourquoi-la-coree-du-nord-deteste-autant-les-etats-unis/ ) et sans résultat probant, ont envisagé publiquement de larguer plusieurs dizaines de bombes nucléaires (https://www.herodote.net/25_juin_1950-evenement-19500625.php )

    Bref, les USA, la quintessence de l’Occident, épris de liberté ordonné, sont de bien mauvais soldats.

    Ils nous le prouvent quasiment systématiquement depuis plus d’un siècle maintenant. Ils n’ont quasiment aucune des qualités militaires que vous citez. (Sclérose tant doctrinale que culturel, fragilité morale lié à leur individualisme n’acceptant pas de mourir pour autre chose de plus grand, idolâtrie du technologisme cf. le F35 pour éviter les morts, etc.)

    Les Grands Arbres Bleus

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