Ralliez-vous à mon panache bleu

samedi 2 juin 2018

Quand Harry devint Sally




Que faites vous lorsque vous n’avez pas le temps d’écrire le compte-rendu d’un livre ? Vous traduisez le compte-rendu qu’un autre a déjà publié. Cela vous demande moins de temps et vous avez l’impression d’avoir fait tout de même un petit quelque chose.
Voici donc le compte-rendu de When Harry became Sally, un livre consacré à la question des personnes dites « transgenres », paru dans la dernière livraison de l’excellente Claremont Review of Books.
Comme le dit très bien l’auteur de ce compte-rendu, dans un monde normal, ce livre, et beaucoup d’autres du même genre, n’auraient jamais dû être écrit. De la même manière, dans un monde normal ce billet de blog, et beaucoup d’autres du même genre n’auraient jamais dû être écrit.
Mais aujourd’hui les aliénés ont pris le contrôle de l’asile et menacent d’enfermer les gens sains d’esprit.
Il est donc hélas nécessaire que ce genre de livre et ce genre de billets de blog soient écrits, et il est indiqué de les lire, car il faut bien se défendre lorsque l’on est attaqué. Et ne croyez pas que l’absurdité des prétentions des assaillants soient une garantie qu’ils vont échouer. Ou plutôt : ils échoueront nécessairement sur le long terme, mais en attendant que de dégâts ils auront commis, que de vies ils auront brisées. Mieux vaut qu’ils échouent plus tôt que plus tard.

***

« Lorsque la grande oraison funèbre de notre société d’illusions aura été écrite – comme cela arrivera certainement, parce que la nature humaine ne change pas, et que les réalités biologiques, de même que la pesanteur ou les phases de la lune, ne sont pas affectées par ce que nous pouvons dire à leur sujet – il demeurera une grande quantité d’ouvrages produits par des hommes et des femmes à l’esprit solide qui n’auraient jamais dû être écrits. Parmi ceux-ci, les ouvrages portant sur la différence des sexes figureront en bonne place car, au lieu d’employer les moyens scientifiques et culturels puissants dont nous disposons pour admirer les beautés de l’un et l’autre sexe, le féminin et le masculin, nous devons défendre l’idée même qu’il existe des sexes. Nous devons dans le même temps défendre notre esprit, et celui de nos enfants, contre l’affirmation incohérente selon laquelle, en dépit du fait que le masculin et le féminin sont censés être des constructions arbitraires inventées par « la société » dans une intention mauvaise, il est possible pour une personne d’être un homme né dans un corps de femme, ou vice-versa, et, qui plus est, il possible pour un enfant d’avoir conscience dès trois ans de cette mystérieuse incohérence entre le corps et l’esprit. C’est à peu près comme de dire que Napoléon n’existe pas, que vous êtes Napoléon et que vous saviez que vous étiez Napoléon peu après le moment où vous avez cessé de porter des couches.

Ryan Anderson a écrit l’un de ces livres. When Harry became Sally : responding to the transgender moment (Lorsque Harry devint Sally : répondre au moment transgenre) est méticuleusement documenté, impitoyablement logique, attentif aux besoins et à la confusion des personnes qui désireraient – ou qui croient qu’elles désireraient – appartenir à l’autre sexe, et plein des affirmations ahurissantes des activistes et d’histoires de gens trompés par des médecins bien trop prompts à prescrire des traitements et à mutiler. Pourtant le livre est plein d’espoir, parce qu’en réalité le château transgenre est bâti sur du sable, et seule la coercion sociale imposée d’en haut peut empêcher les gens ordinaires de le remarquer et de déclarer ce qui est évident. C’est un livre brillant écrit en des temps sombres.

Je me concentrerai sur quatre erreurs qu’Anderson, qui est chercheur à la Heritage Foundation et le fondateur du magazine en ligne Public Discourse, dépiste et dont, avec fermeté et modération, il démontre le caractère creux, illogique, et totalement incompatible avec à la fois la recherche en biologie et l’expérience ordinaire.

La première est que le sexe serait « assigné », de manière pour ainsi dire arbitraire, comme s’il était possible de mettre à l’hôpital un bracelet bleu ou rose aux nouveau-nés selon l’humeur du moment. Reliée à cette erreur est l’idée que le sexe serait une réalité superficielle, qu’il consisterait juste en quelques organes situés en dessous de la ceinture. Mais c’est le contraire qui est vrai : le sexe est le moyen par lequel les espèces sexuées assurent leur survie :

« Le sexe en tant que statut – mâle ou femelle – découle de la reconnaissance du fait qu’un corps est organisé de manière à avoir la capacité de s’engager dans des actes sexuels. Le sexe n’est pas simplement identifié sur la base de cette organisation, le sexe n’est un concept cohérent que sur la base de cette organisation. La différence conceptuelle fondamentale entre un mâle et une femelle est l’organisation de l’organisme pour la reproduction sexuelle. »

Les sexes sont faits l’un pour l’autre, dans leur fonction collaborative unique, qui est de mettre au monde de nouveaux êtres humains. Il n’existe pas de troisième sexe – pas même les ecclésiastiques, selon la plaisanterie de George Bernard Shaw. Il n’y a pas de « spectre » de la sexualité (Anderson traite des cas excessivement rares dans lesquels un défaut génétique a pour conséquence qu’une personne a un sexe latent ou ambigu ; dire qu’il s’agit là simplement de variations normales revient à peu près à dire que l’espèce humaine n’est pas essentiellement bipède parce que certaines personnes naissent avec une seule jambe, ou pas du tout). « Et ce n’est vraiment pas controversé », écrit Anderson.

« Le sexe est compris de cette façon pour toutes les espèces. Personne ne trouve particulièrement difficile – et encore moins controversé – d’identifier les mâles et les femelles chez les bovins ou chez les chiens. Les agriculteurs et les éleveurs se reposent sur cette distinction facile pour gagner leur vie. »

Seul l’être humain peut avoir un intérêt à travestir la réalité.

Mais, même si c’est le cas, ces distinctions ne sont-elles pas triviales ? Si elles étaient triviales on pourrait demander : pourquoi est-il nécessaire de recourir à ces amputations, à ces prothèses, à cette chirurgie esthétique, à ces stérilisations, à ces injections d’hormones ? Mais ces distinctions ne sont pas triviales. Comme le montre Anderson, en s’appuyant sur ce que nous apprennent la génétique, la physiologie et la neurologie, nous sommes des êtres sexués jusqu’au fond de nos cellules, et depuis les instructions inscrites dans le zygote jusque dans chacun de nos organes, y compris le cerveau. Il est impératif que les médecins et les psychiatres sachent cela. Le métabolisme normal d’un homme n’est pas celui d’une femme. Les os d’une femme ne sont pas les mêmes que ceux d’un homme. Les maladies touchent les deux sexes à des taux différents et de manières différentes et c’est pourquoi, comme le relève Anderson, les chercheurs en médecine doivent désormais présenter les résultats de leurs travaux séparément pour chaque sexe. Les chirurgiens le savent également : le cœur d’une femme est plus petit que celui d’un homme et présente un éventail de problèmes qui lui sont propres. Les féministes se sont longtemps plaintes que ce soient les hommes, et non les femmes, qui soient considérés comme les patients type en matière de médecine.  Mais désormais on nous demande de croire qu’un peu de chirurgie esthétique ou bien l’injection d’hormones artificielles pourraient magiquement opérer une transformation complète et fondamentale.

Ce qui m’amène à la seconde erreur dénoncée par Anderson, l’idée que le « sexe » et le « genre » seraient indépendants l’un de l’autre. Les féministes prétendent depuis longtemps que le « sexe » est biologique alors que le « genre » est social, et puisqu’il est social, il est une simple convention ; même si désormais, comme le rapporte Anderson, en citant Judith Butler, certains prétendent que le sexe lui-même est une construction sociale tandis que le genre, la manière dont vous vous percevez vous-même, est fondamental et immuable. Ce qui est de la pure folie. Essayez d’appliquer cette théorie à n’importe lequel de vos systèmes corporels autre que le sexe ; essayez de prétendre que votre estomac, votre foie, vos reins, vos intestins, et tout le système d’organes qui sert à convertir la nourriture en énergie et en nutriments est une construction sociale mais que votre goût pour les œufs pochés est fixe, inné, et absolu.

Anderson affirme, avec raison, que notre vie sociale est l’expression de notre être biologique : nous sommes, biologiquement, le genre de créatures qui forment le genre de sociétés que nous formons : « Les êtres humains sont des êtres de nature et de culture, mais une culture saine ne cherche pas à effacer notre nature en tant qu’êtres corporels et sexués. Elle défend l’intégrité des personnes, en partie en cultivant les manifestations des différences sexuelles qui correspondent aux faits biologiques. Elle encourage les expressions genrées qui révèlent et communiquent la réalité de notre nature sexuée. »

Nous ne pouvons croire qu’il en va autrement qu’en adoptant ce qu’Anderson appelle « un nouveau gnosticisme ». C’est-à-dire la croyance que le « moi véritable » est une sorte de fantôme, qui flotte peut-être un mètre au-dessus de votre tête et cinquante centimètres sur la droite, et qui utilise le corps comme un simple instrument pour satisfaire ses désirs. « Mais si une âme a une perception interne de quelque chose, c’est du corps et par le corps. Les âmes ne sont pas radicalement séparées des corps ; elles sont le principe qui les informe, qui les organise, et qui fonde leurs capacités élémentaires. » Je ne peux pas savoir ce que c’est que d’être une chauve-souris, explique Anderson en faisant référence au philosophe Thomas Nagel, parce que je ne suis pas une chauve-souris. Je suis un homme, et par conséquent je ne peux pas savoir ce que c’est que d’être une femme.  Ce que désire réellement Bruce Jenner c’est que les autres le perçoivent comme une femme ; il se sent en décalage par rapport à la réalité de son corps, et il demande que les autres éprouvent le même sentiment que lui. Il n’existe pas davantage de preuves que les personnes « transgenres » auraient, en tant que groupe, des cerveaux différents de ceux des personnes de leur propre sexe :

« Il n’existe aucune étude sur le cerveau concluant à un « pouvoir prédictif » de l’une ou l’autre des différences biologiques examinées, et cette absence de pouvoir prédictif est une sérieuse faiblesse pour une théorie scientifique. Il n’existe donc aucune preuve en faveur des affirmations relayées par certains médias populaires selon lesquelles des différences biologiques situées dans le cerveau détermineraient l’identité de genre. »

Par conséquent, pour en venir à la troisième erreur, il n’existe aucune raison de penser qu’un enfant puisse savoir quel est son genre « véritable ». Anderson pose cette question sous une forme ou une autre, encore et encore : « Sur quel autre sujet les affirmations d’un enfant de deux ans sont-elles considérées comme « pas moins valides » que celles d’un adulte ou d’un enfant plus âgé ? » Lorsque nous examinons ce que veut dire un enfant lorsqu’il prétend qu’il ou elle est « réellement » de l’autre sexe, nous découvrons soit que l’enfant interprète les choses en fonction d’une compréhension superficielle, inexpérimentée, de ce que sont les deux sexes, soit qu’il répond à l’action des adultes – parfois aux mauvais traitements de la part des adultes. Autrement dit, l’idée qu’un enfant se fait de l’autre sexe est, pour le coup, « socialement construite » et tend à être superficielle et pleine d’erreurs.

Quelque fois un garçon, comme le montre Anderson, a un « niveau d’activité » inhabituellement bas, du fait de son métabolisme, de son environnement, de son tempérament, et cela peut le conduire à éviter les bousculades. Il pourra alors, pour un temps, préférer jouer avec les filles. Cela ne devrait pas inquiéter. C’est en fait dépourvu de signification, à moins que les autres n’insistent pour que cela en ait une : ses pairs, en le maltraitant, nos nouveaux et monstrueux apprentis sorciers, qui font pire et lui disent qu’il est peut-être « réellement » une fille. Personne ne lui explique qu’il est en train de passer par un stade, et qu’il finira très probablement par aimer le football en grandissant. Comme le montre Anderson, de 80 à 95% des enfants souffrant d’une sérieuse dysphorie de genre guérissent en grandissant : leur esprit et leur corps se mettent à l’unisson.

Parfois il suffit juste d’un parent qui montre au garçon – le cas est bien plus fréquent chez les garçons que chez les filles – que sa nature de petit garçon se manifeste de tout un tas de manière, et qu’il est donc réellement un garçon après tout. Le garçon qui ne supporte pas le football a tout lu sur la seconde guerre mondiale. Le garçon qu’ennuie les récits de guerre aime dessiner des cartes des Etats-Unis. Le garçon qui ne sait pas dessiner aime passer ses après-midis à bricoler des machines. Le garçon qui ne s’intéresse pas aux machines se promène dans les bois avec son chien, en quête de nouvelles choses à découvrir. J’ai parlé avec un jeune homme qui ne s’intéressait absolument pas aux sports et à ce qu’il considérait comme typiquement masculin mais qui, dans son maintien, sa manière de parler, la façon plutôt décidée dont il abordait les autres, était masculin jusqu’au bout des ongles : il fut cependant surpris, et satisfait, lorsque je le lui ai dit, et lorsque je lui ai dit que cela était évident.

Cela m’amène à mon dernier point. Aucune violence faite à la réalité pour des motifs politiques ne peut être inoffensive, et Anderson montre le mal qui est engendré de beaucoup de manière et à beaucoup de niveaux.  Nous sommes en présence de ce que n’importe qui ayant tout son bon sens appellerait, et devrait appeler, de la maltraitance envers les enfants, et à une échelle colossale. Nous sommes en présence d’une entreprise de coercition des gens ordinaires, qui se laisse voir de manière évidente dans la répression de la parole. Nous avons à faire à une négligence délibérée de la sécurité des femmes et des jeunes filles dans les vestiaires et les sanitaires, et à la disparition des équipes sportives réservées aux femmes. Nous avons à faire à la perpétuation d’une grave maladie mentale : car le fait que j’ai l’impression d’être « réellement » une fille n’est pas différent de l’impression qu’a une fille mince d’être « réellement » grosse, ou de celle d’une jolie femme d’être « réellement » hideuse, ou de n’importe quelle autre pensée ou obsession qui ne s’accorde pas avec la réalité. Si la santé mentale consiste en l’adequatio mentis ad rem, alors la vogue du transgenre n’est rien d’autre qu’une tentative de faire se conformer la réalité à l’imagination de quelqu’un, et puisque la réalité est ce qui résiste à notre imagination, il s’agit d’une tentative sans fin. Rien ne sera jamais suffisant.

Lorsqu’il s’agit de dire la vérité, Anderson ne cède pas un pouce de terrain. Lorsque nous avons à faire à des individus, il nous rappelle d’être toujours charitable, et de chercher à comprendre ce qui peut expliquer l’illusion. Je terminerai par une observation qui est implicite dans ce livre magnifique et honnête. S’il existe des garçons qui souhaiteraient être des filles, et des filles qui souhaiteraient être des garçons, cela est dû moins à une réalité qu’ils connaitraient qu’à une réalité qu’ils ont appris à haïr. De nos jours les hommes et les femmes ont très peu de choses aimables à dire sur le sexe opposé, et nous ne devrions pas attribuer leur acrimonie à la seule ingratitude. Le fait est que les hommes et les femmes ont toujours disposé d’une multitude de moyens pour se rendre mutuellement malheureux, tout particulièrement depuis la révolution sexuelle. Les mauvais comportements sont devenus la norme. Nous devons par conséquent nous attendre à ce que, dans un futur proche, davantage de jeunes gens, et non pas moins, répondent de manière irrationnelle et destructrice au désamour, à la suspicion, au ressentiment, et au mépris qui dominent aujourd’hui les rapports entre les sexes. Puisse le livre de Ryan Anderson nous aider à sortir de cette auto-destruction. »

Anthony Esolen, Claremont Review of books, spring 2018

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