Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 14 juin 2011

The bell curve (7/7) - Chapitres 21-22 : La nouvelle lutte des classes (intellectuelles)





Les deux derniers chapitres de The bell curve essayent d’évaluer la signification pour l’avenir des tendances mises au jour dans les chapitres précédents, et plus particulièrement de la formation d’une élite cognitive de plus en plus isolée du reste de la population.
Pour une part la constitution de cette élite cognitive doit être considérée comme un succès de la méritocratie : peu à peu les individus les plus brillants intellectuellement ont été repérés et sélectionnés dans toutes les couches de la société, et la plupart se sont vu offrir des carrières en rapport avec leurs capacités. Il n’y a donc pas lieu de déplorer la concentration des intelligences, qui de toutes façons semble inévitable, hors d’atteinte de toutes les mesures que pourrait prendre un gouvernement démocratique, aux pouvoirs limités.
Le problème essentiel vient du fait que l’intelligence n’est qu’une partie des qualités humaines, et qu’elle n’est notamment pas identique à la sagesse ou au savoir. Ainsi, comme le rappellent Herrnstein et Murray, l’élite cognitive actuelle se caractérise au moins autant par ce qu’elle ignore, et par ce qu’elle méprise, que par ses capacités intellectuelles. Ce que l’élite cognitive ignore, pour l’essentiel, c’est la manière dont vivent les gens ordinaires. Ce qu’elle méprise, ce sont leurs goûts et leurs opinions. Une anecdote rapportée par les auteurs illustre parfaitement ces deux points : à l’annonce du fait que Richard Nixon venait de remporter très largement l’élection présidentielle de 1972, une certaine critique cinématographique du New-Yorker se serait exclamée, éperdue : « Nixon ne peut pas avoir gagné ; aucune personne que je connais n’a voté pour lui ». Pour ceux à qui cet exemple ne parlerait pas, il suffira sans doute de remplacer Richard Nixon par George W. Bush pour mieux comprendre de quoi il est question.

***

Murray et Herrnstein ne s’attardent pas sur les raisons susceptibles d’expliquer l’état d’esprit actuel de l’élite cognitive - et qui n’est pas du tout propre aux Etats-Unis - mais il n’est pas trop difficile de reconstituer ce qui a pu se passer. Le malheur a voulu que, au moment où l’Université commençait à attirer massivement sur ses bancs les jeunes gens les plus doués de chaque génération, le contenu de ce qui y était enseigné était en train de changer drastiquement. Dans les départements de sciences humaines, les idées politiques progressistes, appuyées sur la philosophie historiciste, chassaient progressivement l’enseignement classique, articulé autour des grandes œuvres de la tradition occidentale et respectueux de la notion de nature humaine. L’effet global de ces changements fut d’éduquer les jeunes générations d’étudiants dans le mépris des traditions politiques et intellectuelles de leur pays et dans le dédain de l’opinion commune. Tous ne succombèrent évidemment pas la tentation, mais comment ces très jeunes gens auraient-ils pu éviter de se laisser séduire en très grand nombre par un enseignement qui flattait leur vanité et leur ambition ? L’intelligence, en effet, a son revers : elle vous rend plus réceptif aux idées abstraites - même lorsque celles-ci sont sans rapport avec la réalité - et tend à vous faire aimer la complexité pour elle-même, particulièrement lorsque cette complexité vous permet de vous distinguer du vulgaire.
Alors que les hommes ordinaires tendent à aimer les idées claires et distinctes - ou tout au moins stables et aisément compréhensibles - en matière de politique et de morale, le progressisme affirme le caractère essentiellement changeant de toutes les normes et de toutes les croyances, et donne donc a ses adeptes le délicieux plaisir de se sentir au dessus de l’opinion commune. En outre, le progressisme a cette particularité, très aimable du point de vue des intellectuels, d’attribuer un rôle politique essentiel à ceux qui sont capables de discerner les signes de l’avenir, la direction dans laquelle la société « progresse », et de hâter ce progrès par leurs écrits, par leurs actions et leurs interventions publiques.
A plus de deux siècles de distance, notre élite cognitive exhibe, dans son ensemble, les mêmes défauts que ceux que Rousseau attribuaient aux « philosophes » de son temps : « Ils sourient dédaigneusement à ces vieux mots de Patrie et de Religion, et consacrent leurs talents et leur philosophie à détruire et avilir tout ce qu’il y a de sacré parmi les hommes. Non qu’au fond ils haïssent ni la vertu ni nos dogmes ; c’est de l’opinion publique qu’ils sont ennemis ; et pour les ramener aux pieds des autels, il suffirait de les reléguer parmi les athées. O fureur de se distinguer, que ne pouvez-vous point ? »
Murray et Herrnstein pensent que cette séparation, à la fois physique et intellectuelle, entre l’élite cognitive, qui tient les leviers de commande du gouvernement et de la plupart des institutions, et le reste de la population, pourrait aboutir à ce qu’ils appellent « un Etat tutélaire » (a custodial state). Cet Etat tutélaire, tel qu’ils le décrivent, serait un mélange d’Etat providence très étendu et d’Etat policier, le tout destiné à assister les nouvelles classes dangereuses tout en les gardant à bonne distance ; des classes dangereuses qui se caractériseraient moins par leur pauvreté que par leurs faibles capacités cognitives et par tous les problèmes qui en découlent. L’Etat tutélaire serait, selon les termes des auteurs, une sorte de réserve indienne hig-tech et relativement confortable, destinée à isoler et garder une partie substantielle de la population, de manière à ce que les catégories les plus favorisées - intellectuellement et financièrement - puissent continuer à mener leur vie habituelle sans avoir à se soucier des nouveaux sauvages (p 526).
Ces prévisions de Murray et Herrnstein rappelleront aux lecteurs familiers de Tocqueville les analyses de celui-ci sur le « despotisme doux » qui menacerait les démocraties modernes, des analyses dans lesquelles Tocqueville envisage la constitution d’un « pouvoir immense et tutélaire » qui prendrait en charge le moindre aspect de la vie des hommes démocratiques. Toutefois, les lecteurs pourront aussi trouver que Murray et Herrnstein ne sont pas entièrement convaincants sur ce point, et que les tendances qu’ils décrivent dans leur livre font davantage penser à d’autres analyses de Tocqueville, celles de l’Ancien Régime et la Révolution.
La partie de notre élite cognitive qui tient les universités et les médias n’est pas sans rappeler - à quelques honorables exceptions près - les littérateurs du 18ème siècle, qui se mêlaient d’autant plus ardemment de questions politiques qu’ils n’avaient aucune expérience de la vie politique réelle ; tandis que la partie de l’élite cognitive qui gouverne et administre rappelle de plus en plus ces nobles qui prêtaient l’oreille aux littérateurs et absorbait leurs idées, sans se rendre compte que ces idées portaient en germe une révolution terrible dont ils seraient les premières victimes. Lorsque, à force d’ébranlements souterrains, cette révolution se déclara enfin, la noblesse, qui avait depuis longtemps déserté le campagne et perdu tout contact avec ce peuple qu’elle était censé diriger, découvrit soudain la réalité de sa condition : elle n’était qu’une poignée d’hommes, pourvue de privilèges mais dépourvue de ce qui seul permet la perpétuation des privilèges : la capacité à susciter la confiance et la loyauté parmi vos sujets.

Dans le dernier chapitre, Murray et Herrnstein suggèrent quelques pistes pour essayer d’adapter nos sociétés à la réalité des inégalités intellectuelles. Pour une part leurs recommandations sont d’ordre théorique : il s’agirait de retrouver une conception plus raisonnable de l’égalité. Ils rappellent ainsi, à très juste titre, que les Fondateurs de la démocratie américaine, aussi bien que les philosophes qui les avaient inspirés, considéraient que l’égalité des droits naturels était parfaitement compatible avec de très grandes inégalités factuelles entre les êtres humains. Etre de sincères partisans de la démocratie ne les empêchaient nullement d’affirmer qu’il existe toujours une sorte d’aristocratie naturelle au sein de la société, une aristocratie constituée des meilleurs du point de vue de l’intellect et du caractère. Murray et Herrnstein suggèrent donc en réalité une profonde réforme intellectuelle de l’Université et un retour aux humanités classique, et plus spécifiquement à l’enseignement d’une philosophie politique digne de ce nom. Il est à peine besoin de dire que les Etats-Unis ne sont absolument pas le seul pays qui aurait un urgent besoin de fournir à ses jeunes gens les plus doués une nourriture intellectuelle plus saine et nourrissante que celle qui leur est dispensée aujourd’hui.
Pour une autre part, leurs recommandations sont d’ordre pratique et peuvent se résumer par deux mots : liberté et simplicité.
Il s’agirait de restaurer les libertés locales, de manière à ce que le plus possible d’activités sociales soient accomplies au niveau de la municipalité, ou même du voisinage immédiat, et non plus comme aujourd’hui par l’Etat et ses dépendances. C’est en effet lorsque les citoyens organisent eux-mêmes leur vie commune, dans ses aspects les plus concrets, que les individus les moins doués intellectuellement peuvent trouver leur place et faire preuve de leur utilité sociale : une paire de bras ne se refuse pas pour rebâtir l’école de la commune, même si l’on ne confierait pas au cerveau qui dirige ces bras le soin de dessiner les plans. Ces suggestions de Murray et Herrnstein rappelleront là aussi celles de Tocqueville concernant les libertés locales, dans De la démocratie en Amérique.
Par ailleurs, les auteurs de The bell curve, recommandent au législateur de simplifier au maximum les règles juridiques qui encadrent la vie en société. Ces lois, qui sont nécessairement conçues par l’élite cognitive, doivent être conçues en gardant bien à l’esprit qu’elles devront s’appliquer à des individus beaucoup moins intelligents que leurs concepteurs. Les règles doivent être aisément compréhensibles par l’homme de la rue, sous peine de produire de considérables effets pervers. Murray et Herrnstein s’attardent particulièrement sur trois domaines : l’activité économique, la criminalité, le mariage.
Dans le domaine économique, le fait d’encadrer toutes les activités par une multitude de règles censées garantir la protection du consommateur, le développement durable, l’égalité entre les sexes, et une multitude d’autres choses encore, a pour effet d’empêcher les individus intellectuellement limités mais courageux et entreprenants de gagner leur vie par leurs propres efforts. Travailler dur pour monter son petit commerce ne leur fait pas peur, mais sauter par dessus les obstacles bureaucratiques déposés tout le long du chemin est souvent au dessus de leurs forces.
En matière de criminalité, la complication des règles et le développement des arcanes judiciaires a pour résultat de brouiller la frontière entre le crime et l’honnêteté et de distendre le lien entre le crime et la punition. L’élite cognitive n’aime rien tant qu’à mettre en lumière la complexité des décisions morales - tout au moins lorsqu’il s’agit de certaines décisions. Mais cette sophistication a des effets désastreux à l’autre bout de l’échelle cognitive. Comme l’écrivent les auteurs : « Des gens d’une intelligence limitée peuvent mener une vie honnête dans une société qui fonctionne sur la base du principe : « Tu ne voleras point ». Il leur est beaucoup plus difficile de mener une vie honnête dans une société qui fonctionne sur la base du principe : « Tu ne voleras point, à moins qu’il n’y ait une bonne raison à cela ».
Dans  le domaine de la famille, la quasi disparition des privilèges attachés au mariage a eu pour effet de diminuer l’attractivité du mariage, particulièrement pour les individus les moins dotés intellectuellement. Même sans les privilèges financiers et familiaux traditionnellement associés au mariage il existe sans doute de bonnes raisons de se marier, et ensuite de rester fidèle à ses vœux matrimoniaux, malgré les conflits et les tentations qui ne peuvent pas manquer de survenir. Mais pour parvenir à cette conclusion une certaine intelligence est nécessaire, la capacité à apprécier des biens intangibles et à anticiper les conséquences lointaines de ses actes. Il n’est donc pas étonnant que, durant les quarante dernières années, l’institution familiale se soit effondrée principalement dans les catégories les plus populaires de la société. La loi, conçue par et pour les élites cognitives, et plus souvent qu’on ne croit avec de bonnes intentions, détruit peu à peu la vie des petites gens.
Enfin les auteurs recommandent instamment que le gouvernement cesse de subventionner les naissances parmi les jeunes femmes pauvres, qui se situent pour la plupart à l’extrémité inférieure de l’échelle du QI, comme il le fait actuellement par le biais du welfare-state.

***

Murray et Herrnstein préconisent donc de revenir à une conception largement conservatrice du rôle du gouvernement et de la loi : un gouvernement limité, intervenant le moins possible dans la vie quotidienne des citoyens, des lois simples, peu nombreuses - autant du moins que le permet la complexité de nos sociétés - et qui soutiennent la moralité ordinaire au lieu de la miner, volontairement ou involontairement.
On peut douter que l’actuelle élite cognitive, à laquelle s’adresse ce livre, trouve les conseils de Murray et Herrnstein fort à son goût, mais ce ne sera pas faute de lui avoir présenté des arguments intelligents et étayés.

13 commentaires:

  1. Eh bien, il ne vous reste plus qu'à créé un nouveau document dans lequel vous nous remettrez tous ces chapitres passionnants à la suite et dans le bon ordre ! En tout cas, encore une fois, grand merci pour cette découverte.

    (Le stade suivant, c'est la traduction ?)

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  2. "Le stade suivant, c'est la traduction ?"

    Oh certes non, vous surestimez ma dévotion au bien commun. Ce serait beaucoup trop de travail, sans compter le fait d'avoir l'autorisation des auteurs, de trouver un éditeur, etc. Bref il faudra vous contenter du compte-rendu, je le crains.

    Mais puisque vous parlez avec raison de republier le tout dans le bon ordre, j'en profite pour lancer un appel aux lecteurs plus calés que moi en matière de bloging : serait-il possible de mettre les sept parties dans le bon ordre, les unes à la suite des autres? Car si je fais un document unique (et nouveau) les commentaires n'y figureront pas, or certains me semblent contenir des précisions intéressantes.

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  3. C'est très possible : il suffit de changer les dates de parution. Lorsque vous êtes dans votre fenêtre de travail ("modifiez le message"), vous cliquez juste en dessous sur "options". Là, vous modifiez dates et heures à votre convenance, puis vous republiez.

    Dans votre cas, vous pouvez par exemple choisir la date d'aujourd'hui pour tous vos chapitres, puis 14:30 pour le chapitre finale, 14:35 pour l'avant dernier, 14:40 pour l'antépénultième, etc. Ainsi, le chapitre I se retrouvera en tête et le chapitre final en queue.

    Et si vous ne réutilisez pas le libellé qui leur est commun, tous vos lecteurs pourront facilement retrouver ces textes.

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  4. J'entends dire de droite à gauche que la décrépitude qui envahit l'enseignement scolaire depuis ces dernières décennies aurait été amorcée avec la révolution de mai 1968. Notamment, la lecture, l'étude des textes et l'orientation ultra-complexe qu'aurait pris la littérature rendrait plus difficile pour les minorités ethnique l'apprentissage de la langue. Certains disent que c'est un facteur de violence : les jeunes, au lieu de s'exprimer avec les mots, s'expriment avec leurs poings. Le fait que les "barrières" entre profs et élèves ont été pulvérisées auraient aggravé les choses, disent certains; pour d'autres, ce serait l'inverse.

    Je n'ai pas creusé le sujet, et je ne m'avancerais pas trop pour le moment. Je trouve néanmoins que c'est une perspective intéressante.

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  5. Merci Aristide pour cette brillante série de compte-rendus.

    "Alors que les hommes ordinaires tendent à aimer les idées claires et distinctes - ou tout au moins stables et aisément compréhensibles - en matière de politique et de morale, le progressisme affirme le caractère essentiellement changeant de toutes les normes et de toutes les croyances, et donne donc à ses adeptes le délicieux plaisir de se sentir au-dessus de l'opinion commune."

    On notera d'ailleurs avec délice que le phénomène inverse semble en train de se produire, l'élite cognitive en formation trouvant aujourd'hui son plaisir de se sentir au-dessus de l'opinion commune dans un retour à cette clarté et cette simplicité méprisées par des décennies de propagande progressiste. On n'en perçoit jusqu'ici que les prémices, mais je crois de plus en plus fermement à cette tendance, et d'autant plus à mesure que la génération précédente, vieillissante, se heurte aux limites des conceptions éthérées dans lesquelles elle se complaît. Les récentes saillies de BHL ou de JFK en sont des témoignages criards et pathétiques (pour s'autoriser un effet de style à bon compte comme eux :-).

    Pour le reste, leur défense du principe de subsidiarité et de la simplification des règles pour les rendre accessibles au plus grand nombre est frappée au sceau du bon sens. Au final, toute leur démonstration valide au travers de l'étude du QI ce que de plus en plus de gens comprennent (et que les véritables libéraux défendent depuis un siècle et demi au moins, j'ai envie de dire), hors de l'atmosphère "élitocrate" de l'intelligentsia actuelle. C'est encore plus perceptible outre-Atlantique, mais il se produit un frémissement. "Les gens" comprennent de mieux en mieux comment le système fonctionne. Ils comprennent de mieux en mieux qu'ils pourraient vivre plus librement et plus simplement. Et plus ils manifestent cette capacité de compréhension, plus l'élite actuelle en fait des tonnes pour consolider sa position.

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  6. Didier : Merci pour le tuyau.

    M.H : c'est une histoire longue et compliquée que je ne saurais raconter en quelques lignes. Juste quelques remarques, un peu en vrac.

    Mai 1968, en France, n'est que le sommet visible de l'iceberg. Les universités avaient commencé à dégénérer intellectuellement bien avant. On pourrait même dire que la révolte étudiante est une conséquence de cette perte de substance intellectuelle.
    De l'université, la dégénérescence est très vite descendue dans le secondaire. Parce que l'université forme les professeurs du secondaire, et parce les mêmes exigences de "démocratisation" se sont appliquées au supérieur et au secondaire.
    Aujourd'hui, ce qui gangrène l'enseignement secondaire est essentiellement 1) Le fait qu'il soit devenu quasiment impossible de sanctionner sérieusement les perturbateurs 2) Le fait que beaucoup de professeurs ne croient plus eux-mêmes à la hiérarchie du savoir, et donc à la légitimité de la discipline et de l'exigence. Le relativisme sociologique plus ou moins inspiré par Bourdieu a fait des ravages. 3) La massification de l'enseignement, qui signifie l'arrivé massive d'élèves à faible potentiel intellectuel. Or ce sont d'une part ces élèves qui sont les plus potentiellement impulsifs, violents, perturbateurs. D'autre part ces élèves passent de nombreuses années au collège et au lycée à s'ennuyer et à être humiliés quasi quotidiennement par leur inaptitude à réussir. Il n'est pas étonnant qu'un certain nombre d'entre eux se vengent sur leurs camarades plus doués et sur leurs professeurs.
    Si vous ajoutez à cela l'immigration massive, qui renforce la cause numéro trois et rajoute immensément aux difficultés de l'enseignement, vous commencez à comprendre l'état dans lequel se trouve l'école.
    Par un juste retour des choses, le secondaire fournit maintenant à l'université d'immenses contingents de bacheliers qui savent à peine lire et écrire mais qui, avec leur diplôme en poche, peuvent exiger de l'université qu'elle les accepte. Et les professeurs du supérieurs s'arrachent eux aussi les cheveux.

    Toutes ces considérations sont assez décousues, je le crains, et écrites très rapidement. Mais je reviendrais sans doute la dessus. Il y a un très bon livre de Murray sur la question de l'éducation dont je ferais peut-être un compte-rendu.

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  7. Merci Aristide pour l'explication détaillée. Je suis globalement assez d'accord. Encore une fois, je n'ai pas fini de creuser le sujet. J'y reviendrais peut-être quand j'aurais plus d'éléments.
    Enfin, je pense qu'en acceptant les inégalités (l'idée que les auteurs essaient de faire passer), on règlera une bonne partie du problème. Les hommes ne naissent pas égaux en terme d'habileté. Le comprendre est déjà un soulagement. Mais tant qu'on s'y refuse...

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  8. Mandos :

    Merci pour votre appréciation, et puissiez vous avoir raison quant à la tournure que prennent les évènements !

    M.H : effectivement, accepter les inégalités - et notamment les inégalités intellectuelles - est la clef à beaucoup de nos maux. Evidemment c'est fort difficile, puisque nous vivons en démocratie et que la pente naturelle de la démocratie est de ne voir que de l'égalité partout (les autres régimes ont leurs maux spécifiques bien entendu).

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  9. Merci Aristide pour ce magnifique travail de synthèse.
    Comme pour illustrer votre article, j 'ai entendu ces jours ci un spécialiste expliquer que de nombreux étudiants n 'ayant aucune base leur permettant d 'aborder l 'enseignement supérieur....et bien il faudrait apprendre ces bases à la fac. L'objectif d 'approcher 100% de bacheliers dans une classe d 'âge nécessite quelques accommodements.


    sinon, je n 'étais pas si bête, avec mon (fameux) théorème du gauchiste :
    " une des astuces du gauchiste, son tour de bonneteau renouvelé au quotidien, exploité jusqu’à l’absurde, une sorte de théorème :
    Si quelque chose saute aux yeux de n’importe quel couillon, alors celui qui souhaite se différencier des couillons se DOIT de voir autre chose que ce que les autres voient cqfd."

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  10. Merci du compliment.

    Ce spécialiste a parfaitement raison. Le doctorat pour tous me semble une perspective raisonnable, digne d'une société évoluée et démocratique comme la notre. En fait je crois que l'aboutissement logique la "démocratisation" de l'enseignement a été très bien décrit par Flaubert dans L'éducation sentimentale : attribuons les diplômes au suffrage universel.

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  11. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  12. Je me permets de revenir sur l'exemple, que j'ai trouvé très parlant, de la critique cinématographique du New-Yorker se serait exclamée, éperdue : « Nixon ne peut pas avoir gagné; aucune personne que je connais n’a voté pour lui ».

    Puisse-t-elle aussi s’exclamer, en 2012 : « Obama ne peut pas avoir perdu ! ...toutes les personnes que je connais ont voté pour lui ».

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  13. Ce serait souhaitable effectivement. Quant à savoir si cela se réalisera, c'est un peu trop tôt pour le dire.

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