Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 18 décembre 2013

Ne légalisons pas les drogues





La légalisation de la production, de la vente et de la consommation de drogue est dans l’air du temps, et les tentatives de nos actuels gouvernants d’ouvrir des « salles de shoot » n’est qu’une manifestation parmi d’autre de ce mouvement de fond. Nous comprenons de moins en moins ce qui pouvait sembler évident il y a encore quelque générations : que l’homme est ainsi fait qu’il a besoin d’une certaine forme de contrainte rationnelle pour bien vivre, et que la loi n’existe pas seulement pour nous empêcher de nous agresser mutuellement mais aussi pour nous aider à modérer et à canaliser certains de nos appétits, certaines de nos passions. Cette compréhension traditionnelle de la nature humaine est attaquée aussi bien par la « gauche », par ceux qui à la fois affectent de mépriser la « morale bourgeoise » et ne rêvent que de réglementer et contraindre tout ce qui touche à l’activité économique et à l’expression des opinions, que par la « droite », par certains « libéraux » qui posent comme un axiome fondamental le fait que tout, ou quasiment tout, devrait être permis aux adultes consentants.
Et c’est ainsi que, progressivement, les partisans de la prohibition semblent perdre du terrain dans la bataille des idées.
Pourtant la légalisation des drogues fait sans doute partie de ces mesures qui, une fois prises, sont à peu près impossibles à défaire, quand bien même nous aurions des remords. Aussi serions-nous bien avisés d’y réfléchir à plus d’une fois avant de franchir un tel pas. Ce texte de Théodore Dalrymple me semble pouvoir grandement nous y aider, ce pourquoi je l’ai traduit et vous le propose aujourd’hui. Sous une forme non systématique, il me parait en effet assez bien faire le tour de la question. Mais je vous laisse en juger par vous-même.
Bonne lecture !


Ne légalisons pas les drogues


Extrait de Our culture, what’s left of it, par Théodore Dalrymple


Il y a une progression dans l’esprit des hommes : tout d’abord ce qui était impensable devient pensable, puis ensuite cela devient un dogme dont la vérité semble tellement évidente que plus personne ne se rappelle que l’on ait pu penser différemment. C’est très exactement ce qui est en train d’arriver avec l’idée de légaliser les drogues : elle a atteint le stade où des millions de personnes réfléchies conviennent que le fait de permettre aux gens de prendre ce qu’ils veulent est la solution évidente, est en fait la seule solution, aux problèmes sociaux qui naissent de la consommation des drogues.
Le désir qu’a l’être humain d’absorber des substances psychotropes est aussi vieux que la société elle-même – tout comme le sont les tentatives de réguler leur consommation. Si l’intoxication sous une forme ou sous une autre est inévitable, il en va de même pour les restrictions coutumières ou légales apportées à cette intoxication. Mais aucune société avant la notre n’a eu à faire face à une grande facilité d’accéder à toutes sortes de substances psychotropes, combinée avec une population jalouse de son droit à rechercher le plaisir comme elle l’entend.
Les arguments en faveur de la légalisation de l’usage de tous les narcotiques et de toutes les drogues stimulantes sont de deux ordres : philosophique et pragmatique. Ni l’un ni l’autre ne sont négligeables mais tous deux, me semble-t-il, sont erronés et tous deux passent à côté de l’essentiel.
L’argument philosophique consiste à dire que, dans une société libre, il devrait être permis aux adultes de faire ce qu’ils ont envie, à la condition qu’ils soient prêts à assumer les conséquences de leur choix et qu’ils ne causent pas de dommage direct aux autres. Le Locus classicus de cette position est le fameux essai de John Stuart Mill, De la liberté : « Le seul but dans lequel le pouvoir peut être justement exercé sur n’importe quel membre de la communauté, sans son consentement, est d’empêcher les dommages causés à autrui », écrit Mill, « son propre bien, qu’il soit physique ou moral, n’est pas une justification suffisante. » Cet individualisme radical ne reconnaît pas à la société la moindre légitimité pour façonner, déterminer ou imposer un code moral : en bref, nous n’avons rien d’autre en commun que notre accord contractuel de ne pas interférer les uns avec les autres dans notre quête personnelle du plaisir.
En pratique, bien entendu, il est excessivement difficile de faire en sorte que les individus assument toutes les conséquences de leurs propres actions – comme cela doit être le cas, si nous voulons que le grand principe de Mill puisse servir comme guide philosophique à l’action politique. L’addiction à, ou l’usage régulier de, la plupart des drogues actuellement prohibées ne peut pas affecter seulement la personne qui les prend – et pas son conjoint, ses enfants, ses voisins, ou ses employeurs. Aucun homme, à l’exception peut-être d’un ermite, n’est une île, par conséquent il est pratiquement impossible d’appliquer le principe de Mill à quelque action humaine que ce soit, a fortiori au fait de s’injecter de l’héroïne ou de fumer du crack. Un tel principe est pratiquement inutile pour déterminer ce qui devrait ou ne devrait pas être permis.
Peut-être ne devrions-nous pas être trop dur avec le principe de Mill : il n’est pas évident que qui que ce soit en ait jamais trouvé un meilleur. Mais c’est précisément là le point important. Les affaires humaines ne peuvent pas être réglées par le recours à une règle infaillible, susceptible d’être exprimée en quelques mots, et dont la simple application permettrait de trancher toutes les questions, y compris celle de savoir si les drogues devraient être librement accessibles à toute la population adulte. Le fondamentalisme philosophique n’est pas plus aimable que sa variante religieuse ; parce que les exigences de la vie humaine sont nombreuses, et souvent en conflit les unes avec les autres, le fait qu’une politique soit philosophiquement incohérente – comme le fait de permettre la consommation d’alcool tout en interdisant celle de cocaïne – n’est pas un argument suffisant contre cette politique. Nous accordons tous de la valeur à la liberté, et nous accordons tous de la valeur à l’ordre ; parfois nous sacrifions la liberté pour l’ordre, et parfois l’ordre pour la liberté. Mais une fois qu’une prohibition a été levée, il est difficile de la rétablir, même lorsque la nouvelle liberté se révèle avoir été mal pensée et socialement désastreuse.
Même Mill a finit par voir les limites de son principe en tant que guide pour la politique, et par rejeter l’idée que tous les plaisirs sont d’une égale importance pour l’existence humaine. Il est préférable, disait-il, d’être un Socrate mécontent qu’un imbécile satisfait. Mill reconnaissait que certains buts sont intrinsèquement plus dignes d’être poursuivis que d’autres.
Puisqu’il en est ainsi, toutes les libertés ne se valent pas, pas plus que toutes les limites posées à la liberté ; certaines sont sérieuses, d’autres triviales. La liberté que nous chérissons – ou que nous devrions chérir – n’est pas simplement celle de satisfaire nos appétits, quels qu’ils soient. Nous ne sommes pas des Harold Skimpole[1], protestant bruyamment que « même les papillons sont libres ». Nous ne sommes pas des enfants qui s’irritent contre les contraintes juste parce qu’elles sont des contraintes. Et nous comprenons même l’apparent paradoxe que certaines limites à nos libertés ont pour effet de nous rendre globalement plus libres. L’homme le plus libre n’est pas celui qui suit servilement ses appétits et ses désirs tout au long de sa vie – comme l’ont découvert à leurs dépends bien trop de mes patients.
Nous sommes prêts à accepter des limites à nos libertés pour de nombreuses raisons, et pas seulement pour des questions d’ordre public. Prenons un cas hypothétique extrême : nous prohibons à juste titre les exhibitions publiques de nécrophilie, en dépit du fait que, selon le principe de Mill, elles devraient être autorisées. Un cadavre n’a pas d’intérêts qui pourraient être lésés et ne peut pas subir de dommages, parce que ce n’est plus une personne ; et aucun spectateur ne subit de dommage s’il a donné son accord pour assister à une telle exhibition.
Notre résolution de ne pas tolérer de telles exhibitions ne serait pas altérée si nous découvrions que des millions de gens désiraient y assister, ou même si nous découvrions que des millions de gens y assistaient déjà illégalement. Notre refus n’est pas basé sur des considérations pragmatiques ou bien sur le nombre, il est basé sur le caractère amoral de ces exhibitions en tant que telles. Le fait que cette interdiction représente une véritable restriction de notre liberté n’entre pas en ligne de compte.
On pourrait soutenir que la liberté de choisir parmi une variété de produits stupéfiants est une liberté bien plus importante, et que des millions de gens se sont procurés des plaisirs innocents en prenant des stimulants et des narcotiques. Mais la consommation de drogue a pour effet de réduire la liberté des hommes, en restreignant leurs centres d’intérêt. Elle diminue leur capacité à poursuivre des buts humains plus importants, tel qu’élever une famille et remplir ses obligations civiques. Très souvent elle diminue leur capacité à occuper un emploi rémunérateur et elle alimente le parasitisme. Qui plus est, bien loin d’élargir la conscience, la plupart des drogues la limitent sévèrement. L’une des caractéristiques les plus frappantes des consommateurs de drogue est leur égocentrisme intense et fastidieux ; et leurs voyages intérieurs sont en général des incursions dans des espaces vides. Prendre de la drogue est la manière paresseuse de poursuivre le bonheur et la sagesse, et le raccourci se révèle la plus infranchissable des impasses. Nous perdons remarquablement peu en n’ayant pas la permission de prendre des drogues.
L’idée que la liberté est simplement la capacité à agir en fonction de nos caprices est incontestablement très superficielle et peut à peine commencer à rendre compte des complexités de la vie humaine ; un homme dont l’appétit est la loi ne nous apparaît pas comme libéré, mais comme asservi. Et lorsqu’une liberté aussi étroitement conçue devient l’aune à laquelle sont jugées les politiques publiques, la dissolution de la société doit obligatoirement s’ensuivre. Aucune culture ne peut survivre longtemps en faisant du nombrilisme publiquement approuvé son bien le plus élevé : il en résultera inévitablement un égoïsme radical, dans lequel n’importe quelle limite posée à notre conduite personnelle sera perçue comme une atteinte à nos droits fondamentaux. La distinction entre ce qui est important et ce qui est trivial, entre la liberté de critiquer les idées reçues et la liberté de prendre du LSD, est précisément de celles qui maintiennent les sociétés hors de la barbarie.
Par conséquent, la légalisation des drogues ne peut pas être justifiée sur la base d’un principe philosophique. Mais si l’argument pragmatique en faveur de la légalisation était suffisamment fort, il pourrait l’emporter sur d’autres objections. C’est principalement sur cet argument que les partisans de la légalisation font reposer leur plaidoyer.
L’argument est que l’immense majorité des maux causés à la société par la consommation des drogues actuellement illicites n’est pas le résultat de leurs propriétés pharmacologiques, mais de leur prohibition et de l’activité criminelle subséquente que toute prohibition fait toujours apparaître. Nous comprenons facilement qu’une demande fait invariablement apparaître une offre pour la satisfaire ; et lorsque la demande est très répandue, la répression est inutile. En fait, elle est même nuisible car, en faisant augmenter le prix de la marchandise en question, elle augmente les profits des intermédiaires, ce qui leur donne une motivation encore plus puissante pour stimuler davantage la demande. Les vastes profits que l’on peut retirer de la cocaïne et de l’héroïne – qui, si elles n’étaient pas prohibées, seraient bon marché, et aisément accessibles même aux plus pauvres dans des sociétés d’abondance - exercent un effet profondément corrupteur sur les producteurs, les distributeurs, les consommateurs, et sur ceux qui sont chargés d’appliquer la loi. De plus, il est bien connu que l’illégalité par elle-même a de l’attraction pour les jeunes gens déjà enclins à la marginalité. Même une grande partie des effets néfastes pour la santé des drogues illicites peut être attribuée à leur caractère illégal : par exemple, les fluctuations de la pureté de l’héroïne que l’on peut acheter dans la rue sont responsables de bon nombre des morts par overdose. Si la vente et la consommation de telles drogues devenaient légales, les consommateurs sauraient quelles quantités ils prennent et ainsi éviteraient les overdoses.
Par ailleurs, dans la mesure où la société permet déjà l’usage de certaines substances psychotropes connues pour être à la fois addictives et nuisibles, comme l’alcool et la nicotine, en en interdisant d’autres elle apparaît comme hypocrite, arbitraire, et dictatoriale. Son hypocrisie, ainsi que son incapacité patente à faire respecter ses interdictions, engendre inévitablement un moindre respect pour la loi en général. Et c’est ainsi que tout finit par s’effondrer.
Il va de soi, par conséquent, que tous ces problèmes seraient résolus d’un seul coup si chacun était autorisé à fumer, à avaler ou à s’injecter ce qu’il veut. La corruption de la police, le dévoiement d’enfants de onze, douze ans, dans des activités illégales, la possibilité de gagner tellement d’argent en vendant de la drogue que le fait de travailler légalement semble vain et stupide en comparaison, et les guerres de territoire qui rendent les quartiers pauvres si violents et dangereux, tout cela disparaitrait immédiatement si la consommation de drogue était dépénalisée et si sa production était régulée de la même manière que l’est celle de l’alcool.
Mais une certaine modestie est sûrement de mise face à un futur qui, par définition, ne peut pas être connu. C’est pour cela que la prudence est une vertu politique : ce qui semble nécessairement devoir se produire ne se produit pas toujours en pratique. Comme le disait Goethe, toutes les théories sont grises (y compris les théories monétaristes ou libre-échangistes), mais vert et florissant est l’arbre d’or de la vie. Si les drogues étaient légalisées, je subodore que l’arbre d’or de la vie pourrait nous réserver quelques surprises déplaisantes.

 
Il est vrai bien sûr, mais aussi trivial, que l’actuelle prohibition des drogues est la cause de la criminalité liée à leur distribution. De la même manière, c’est l’illégalité du vol de voiture qui crée les voleurs de voiture. En fait, la cause ultime de toute criminalité, c’est la loi. A ma connaissance personne n’a jamais suggéré que nous devrions en conséquence supprimer la loi. Par ailleurs, l’impossibilité de gagner la « guerre » contre le vol, le cambriolage, le vol à main armée ou la fraude n’a jamais été utilisée comme un argument pour supprimer ces catégories de crimes. Et aussi longtemps que la demande pour les biens matériels sera supérieure à l’offre, des gens seront tentés de commettre des crimes contre ceux qui possèdent ces biens. Ceci, à mon avis, n’est pas un argument contre la propriété privée ni en faveur de la propriété collective de tous les biens. En revanche, cela laisse penser que nous aurons besoin d’une force de police pour encore longtemps.
En tous les cas, il y a des raisons de douter que le taux de criminalité baisserait aussi fortement que le suggèrent les partisans de la légalisation des drogues. Amsterdam, où l’accès aux drogues est relativement aisé, est parmi les villes les plus violentes et les plus sordides d’Europe. La motivation qui se trouve derrière le crime – devenir riche, ou en tout cas plus riche, rapidement et sans trop d’efforts – a peu de chances de disparaître une fois que les drogues seront aisément accessibles à tous ceux qui en veulent. Et il se pourrait que l’approbation officielle de comportements antisociaux – la levée officielle de certains tabous - engendre encore plus de comportements antisociaux, comme l’indique la théorie de « la vitre brisée ».
Ayant rencontré un grand nombre de trafiquants de drogue en prison, je doute qu’ils retourneraient à une vie respectable si le principal article de leur commerce venait à être légalisé. Bien loin de montrer un désir d’être réinsérés dans le monde du travail normal, ils expriment un profond mépris pour celui-ci et considèrent comme des poltrons et des idiots ceux qui acceptent d’échanger un honnête travail contre un honnête salaire. Une vie de crimes a ses charmes pour beaucoup d’entre eux qui, sans cela, mèneraient une existence prosaïque. Aussi longtemps qu’existera la possibilité d’un racket lucratif ou bien d’un trafic illégal, de tels gens s’en saisiront et la développeront. Par conséquent, dans la mesure où même ceux qui sont pour la légalisation des drogues hésiteraient à permettre aux enfants de s’en procurer, la dépénalisation pourrait bien avoir pour effet d’amener les trafiquants à tourner leur attention vers des enfants de plus en plus jeunes, des enfants qui – dans l’atmosphère permissive qui prévaut même aujourd’hui – ont déjà été attirés vers la sous-culture de la drogue dans des proportions alarmantes.
Ceux qui ne vendent pas de drogues mais commettent des crimes pour financer leur propre consommation sont, bien sûr, beaucoup plus nombreux que les trafiquants à grande échelle. Et il est vrai que lorsque ceux qui se droguent aux opiacés, par exemple, rentrent dans un programme de traitement, qui comprend souvent la fourniture de doses de méthadone, la fréquence avec laquelle ils commettent des crimes baisse significativement. Le centre de traitement de la toxicomanie dans mon hôpital revendique une réduction de 80% des condamnations pénales parmi les héroïnomanes dès lors qu’ils ont été stabilisés à la méthadone.
C’est impressionnant, mais il n’est pas certain que ces résultats devraient être généralisés. Tout d’abord les patients sont auto-sélectionnés : ils ont un certain désir de changer, sinon ils ne se présenteraient pas au centre de traitement en premier lieu. Seule une minorité des toxicomanes se présentent, par conséquent il n’est pas prudent de conclure que, si d’autres toxicomanes recevaient de la méthadone, leur activité criminelle diminuerait de manière similaire.
Deuxièmement, une baisse du nombre de condamnations n’est pas nécessairement identique à une diminution du nombre des actes délictueux. Si la méthadone permet à un toxicomane de mener une vie plus stable, il se pourrait qu’il devienne un criminel plus efficace, plus difficile à attraper. De plus, dans notre ville, lorsque la police attrape un toxicomane, elle est moins susceptible de le poursuivre s’il peut prouver qu’il suit quoi que ce soit qui ressemble, même de loin, à un traitement psychiatrique. Elle le renvoie directement chez son médecin. Avoir eu une fois une consultation psychiatrique est un alibi universel pour un voleur ou un cambrioleur ; l        a police, qui ne veut pas remplir les quarante formulaires qui sont aujourd’hui nécessaires en Angleterre pour accuser quelqu’un de quoi que ce soit, considère un seul contact avec un psychiatre comme suffisant pour rendre à jamais légalement irresponsable n’importe qui.
Troisièmement, le taux d’activité criminelle parmi les toxicomanes qui reçoivent de la méthadone de la clinique, bien que réduit, reste très élevé. Le directeur adjoint de la clinique estime que le nombre d’actes criminels commis en moyenne par un de ses patients est de 50 par an, contre 250 avant qu’il ne reçoive un traitement. Il est fort possible que la différence soit bien moindre en réalité, car les patients ont intérêt à exagérer cette différence, afin de s’assurer qu’ils continueront à recevoir de la méthadone. Mais il est clair que les personnes dépendantes aux opiacés qui reçoivent leur drogue de manière gratuite et légale continuent à commettre un grand nombre de délits. Dans les cliniques pénitentiaires que je visite, je vois de nombreux prisonniers qui étaient sous méthadone lorsqu’ils ont commis le crime pour lequel ils ont été incarcérés.
Pourquoi les toxicomanes qui reçoivent gratuitement leur drogue continuent-ils à commettre des délits ? Certains toxicomanes, bien sûr, continuent à prendre d’autres drogues que celles qui leur sont prescrites et doivent financer cette consommation. Aussi longtemps qu’existera quelque restriction que ce soit régulant la consommation des drogues, de nombreux toxicomanes chercheront à s’en procurer illégalement, même s’ils en reçoivent de manière légale. Qui plus est, les drogues elles-mêmes exercent un effet durable sur la capacité d’une personne à gagner sa vie et, loin d’étendre ses horizons et son répertoire mental, les limitent sévèrement. Elles sapent la volonté ou la capacité d’un toxicomane à faire des projets à long terme. Si les drogues sont le centre de l’existence d’un toxicomane, elles ne sont pas tout ce dont il a besoin pour vivre et beaucoup de toxicomanes, par conséquent, continuent à se procurer ce dont ils ont besoin en plus par des moyens criminels.
Pour que la légalisation des drogues ait l’effet positif que l’on nous promet sur le taux de criminalité, il faudrait que de telles drogues soient à la fois bon marché et aisément disponibles. Les partisans de la légalisation présupposent qu’il existe une limite naturelle pour la demande de drogues de ce genre, et que si leur consommation était légalisée la demande n’augmenterait pas substantiellement. Ces personnes psychologiquement instables qui prennent aujourd’hui des drogues continueraient à le faire, débarrassées de la nécessité de commettre des délits, tandis que les gens psychologiquement plus stables (comme vous et moi et nos enfants) ne seraient pas incités à en prendre par leur caractère légal et bon marché. Mais, il est à peine besoin de le dire, le prix et la disponibilité exercent un effet puissant sur la consommation : plus l’alcool devient bon marché, par exemple, et plus il est consommé, tout au moins dans de larges limites.
J’ai une expérience personnelle de cet effet. J’ai travaillé autrefois comme médecin dans un projet du gouvernement britannique d’aide au développement pour l’Afrique. Nous construisions une route à travers une savane lointaine. Le contrat stipulait que l’entreprise de construction pouvait importer du Royaume-Uni des boissons alcoolisées, totalement exonérées d’impôt. L’entreprise revendait ces boissons, à prix coutant, à ses employés britanniques, dans la monnaie locale et au taux de change officiel, qui était à peu près un sixième de celui du marché noir. Une bouteille d’un litre de gin coûtait ainsi moins d’un dollar et pouvait être revendue sur le marché libre pour presque dix dollars. Il était par conséquent théoriquement possible de rester ivre mort pendant des années pour une dépense initiale de moins d’un dollar.

 
Bien sûr, la nécessité d’aller travailler limitait quelque peu la consommation d’alcool des employés. Néanmoins, l’ivrognerie parmi eux dépassait de loin tout ce que j’ai pu voir, aussi bien à l’époque que depuis cette période. J’ai découvert à cette occasion que, lorsque l’alcool est pratiquement gratuit, un cinquième des ouvriers britanniques du bâtiment vont régulièrement se coucher tellement ivres qu’ils sont incontinents à la fois fécaux et urinaires. Je me rappelle d’un homme qui parvenait très rarement jusqu’à son lit le soir ; il s’écroulait endormi dans les toilettes, où nous le retrouvions habituellement le lendemain matin. La moitié des hommes tremblaient le matin et avaient recours au poil du chien[2] pour calmer les tremblements de leurs mains avant de conduire leurs bulldozers et autres engins de chantier (qu’ils endommageaient régulièrement, causant ainsi d’énormes frais pour le contribuable britannique). La gueule de bois était universelle. Les hommes étaient soit saouls soit en train de dessaouler pendant des mois d’affilés.
Bien sûr, les ouvriers du bâtiment sont notoirement sujets à boire sans modération, mais dans ces circonstances même des buveurs autrefois modérés devenaient alcooliques et finissaient par souffrir de delirium tremens. Cette consommation excessive d’alcool n’était pas causée par l’isolement de la savane africaine : non seulement l’entreprise mettait des équipements sportifs à la disposition de ses employés, mais il existait là-bas beaucoup d’autres manières de s’occuper. D’autres groupes de travailleurs que j’allais visiter dans la savane, et qui ne disposaient pas de la même possibilité d’importer des boissons alcoolisées mais devaient les acheter à des prix normaux, étaient loin d’être aussi imbibés. Et lorsque l’entreprise demandait à ses employés ce qu’elle pourrait faire pour améliorer leurs conditions de vie, ils demandaient unanimement une nouvelle réduction du prix de l’alcool, parce que c’était la seule chose qui leur venait à l’esprit.
La conclusion était inévitable : une population à risques avait réagi au prix très bas de l’alcool, et à l’absence de tout autre véritable frein à sa consommation, en en buvant des quantités destructrices. La santé de nombreux hommes en avait souffert, de même que leur capacité à travailler ; et ils s’étaient acquis localement une mauvaise réputation bien méritée pour leur conduite répréhensible, violente et antisociale.
Il serait par conséquent parfaitement possible que la demande pour les drogues, y compris les opiacés, se mette à augmenter très fortement si leurs prix devaient venir à baisser et leurs disponibilités à s’accroitre. Et s’il est vrai que la consommation de ces drogues prédispose par elle-même à la délinquance (comme le suggère les données de notre clinique), il serait également possible que l’effet sur le taux de criminalité de cette augmentation de la consommation annule complètement la baisse qui résulterait de la légalisation. Nous aurions au total tout autant de crimes qu’auparavant, mais beaucoup plus de toxicomanes.
La position intermédiaire sur la légalisation des drogues, qui est par exemple celle d’Ethan Nadelmann, directeur du Lindesmith Center, un institut de recherche sur les politiques en matière de drogue, sponsorisé par le financier George Soros, n’est absolument pas une réponse au problème de la criminalité liée à la drogue. Cette position est que les toxicomanes devraient pouvoir se procurer facilement leurs opiacés auprès des médecins, soit gratuitement soit en payant, et qu’ils devraient les recevoir dans des salles de shoot, telles qu’il en existe maintenant à Zurich. Mais regardez simplement Liverpool, où 2000 personnes, pour une population de 600 000, reçoivent officiellement de la méthadone : cette cité autrefois fière et prospère est toujours la capitale mondiale des cambriolages liés à la drogue, selon la police et des chercheurs indépendants.
Bien sûr, beaucoup de toxicomanes de Liverpool ne reçoivent pas encore de méthadone, parce que les cliniques sont en nombre insuffisant pour faire face à la demande. Peut-être que si la ville dépensait plus d’argent en cliniques, le nombre de drogués pris en charge pourrait être multiplié par cinq, ou par dix. Mais cela résoudrait-il le problème des cambriolages à Liverpool ? Non, parce que les profits qu’il est possible de faire en vendant des produits opiacés illicites continueraient d’être importants ; par conséquent les dealers s’efforceraient d’élargir leur marché à des segments de la population jusqu’alors relativement peu touchés, afin de préserver leurs profits. Ces nouveaux drogués continueraient à cambrioler afin de financer leur addiction. Encore plus de cliniques, distribuant encore plus de méthadone seraient donc nécessaires. En réalité, la Grande-Bretagne, qui a eu depuis 1928 une approche plutôt libérale en matière de prescription d’opiacés aux toxicomanes (j’ai moi-même prescrit de l’héroïne à des toxicomanes), a connu, depuis les années 1960, une énorme augmentation de l’addiction aux opiacés et de tous les maux qui lui sont associés, en dépit de cette politique libérale. Quelques centaines sont devenues plus d’une centaine de millier.
Au cœur de la position de Nadelmann, il y a donc une dérobade. Fournir légalement et largement de la drogue à des gens qui sont déjà toxicomanes ne réduira pas le bénéfice économique que les dealers peuvent retirer du fait de vendre agressivement ces drogues, tout au moins tant que la dernière personne susceptible de se droguer ne sera pas devenue toxicomane et en train de suivre un traitement. Tant qu’il existera des toxicomanes qui auront besoin de recourir au marché noir pour se fournir en drogues, il existera de la criminalité liée à la drogue. Nadelmann présuppose que le nombre de drogués potentiels ne grimpera pas en flèche avec une législation beaucoup plus libérale. Je ne parviens pas à partager un tel optimisme Panglossien.
Le problème de réduire le nombre de crimes commis par les toxicomanes pris un par un n’est absolument pas identique au problème de réduire le nombre de crimes commis par les toxicomanes dans leur ensemble. Je peux illustrer ce que je veux dire par une analogie : on prétend souvent que la prison ne fonctionne pas, parce que nombre de prisonniers sont des récidivistes qui, par définition, n’ont pas été dissuadés par leur dernier séjour en prison de poursuivre leurs méfaits. Mais existe-t-il une personne sensée pour croire que l’abolition pure et simple des prisons ne réduirait pas le nombre de gens qui respectent les lois ? Le taux de meurtres à New-York et celui de conduite en état d’ivresse en Grande-Bretagne n’ont pas été réduits par une vague soudaine d’amour de l’humanité, mais par la menace effective de la punition. Une institution telle que la prison peut fonctionner pour la société même si elle ne fonctionne pas pour un individu.
Cependant, la situation pourrait être bien pire que ce que j’ai suggéré jusqu’à maintenant si nous légalisions la consommation d’autres drogues que les opiacés. Pour l’instant je n’ai considéré que les opiacés, qui exercent en général un effet tranquillisant. Si ceux qui sont dépendants aux opiacés commettent des crimes même lorsqu’ils reçoivent gratuitement leur drogue, c’est parce qu’ils sont incapables de subvenir à leurs autres besoins par d’autres moyens ; mais il existe, malheureusement, des drogues dont la consommation conduit directement à la violence à cause de leurs propriétés psychopharmacologiques, et pas seulement à cause de la délinquance liée à leur distribution. Les drogues stimulantes, comme la cocaïne sous forme de crack, provoquent de la paranoïa, augmentent l’agressivité et alimentent la violence. Une bonne part de cette violence a lieu au sein du foyer, comme pourraient en témoigner les proches des usagers du crack. C’est un phénomène que je connais par expérience directe, du fait de travailler aux urgences et dans les services de notre hôpital. Seul quelqu’un qui n’a jamais été agressé par des toxicomanes rendus psychotiques par leur drogue pourrait considérer avec équanimité la perspective d’une diffusion encore plus grande de l’usage des substances stimulantes.
Et personne ne devrait sous-estimer la possibilité que l’usage des drogues stimulantes se répande beaucoup plus largement, et devienne beaucoup plus général, qu’il ne l’est maintenant, si les restrictions concernant leur consommation étaient assouplies. L’importation du khat, un stimulant bénin, est légale en Grande-Bretagne, et une grande partie des réfugiés somaliens qui vivent ici consacrent toute leur existence à mâcher les feuilles qui contiennent ce stimulant, ce qui les maintient dans une pauvreté bien plus grande que ce qu’ils pourraient connaître sans cela. La raison pour laquelle l’habitude de consommer du khat ne s’est pas répandue dans le reste de la population est qu’il est nécessaire de mâcher toute la journée des feuilles abominablement amères pour obtenir un effet pharmacologique plutôt faible en comparaison. Cependant, le point important est que, une fois que l’usage d’une substance stimulante est devenu culturellement acceptable et normal, il peut facilement devenir si général qu’il exerce des effets sociaux dévastateurs. Et le genre de stimulants qui sont disponibles dans les métropoles occidentales – la cocaïne, le crack, les amphétamines – sont beaucoup plus attractifs que le khat.

 
En affirmant que c’est la prohibition, et non pas les drogues elles-mêmes, qui est le problème, Nadelmann et beaucoup d’autres - y compris des policiers - ont déclaré que « la guerre contre la drogue est perdue ». Mais demander une réponse par oui ou non à la question « la guerre contre la drogue est-elle en train d’être gagné ? » est comme demander une réponse par oui ou non à la question « avez-vous cessé de battre votre femme ? » Jamais une métaphore sans imagination et fondamentalement stupide n’a exercé un effet plus néfaste sur la réflexion.
Demandons-nous si la médecine est en train de gagner la guerre contre la mort. La réponse est non, à l’évidence, elle n’est pas en train de gagner ; la règle fondamentale de l’existence humaine demeure, malheureusement, un homme, une mort. Et ce en dépit du fait que 14% du PIB des Etats-Unis (pour ne rien dire des efforts des autres pays) est consacré au combat contre la mort. Y-a-t-il jamais eu de guerre perdue à plus grands frais ? Abolissons par conséquent les facultés de médecine, les hôpitaux et les ministères de la santé. Si chaque homme doit mourir, le moment où il mourra n’est pas très important.
Si la guerre contre la drogue est perdue, alors il en va de même de la guerre contre le vol, les excès de vitesse, l’inceste, la fraude, le viol, le meurtre, les incendies criminels et le stationnement illégal. Peu de guerres de ce genre sont gagnables, si ce n’est aucune. Que chacun par conséquent fasse tout ce qui lui plait.
Même l’argument des partisans de la légalisation, selon lequel permettre d’acheter et de consommer des drogues aussi librement que le suggère Milton Friedman aura pour résultat de diminuer l’intervention du gouvernement et autre pouvoirs publics dans nos vies, ne tient pas. Bien au contraire, si l’usage des narcotiques et des stimulants devait devenir pratiquement universel, comme cela est parfaitement possible, le nombre de situations dans lesquelles des contrôles obligatoires devraient être effectués sur les gens, pour des raisons de sécurité publique, augmenterait énormément. Les pharmacies, les banques, les écoles, les hôpitaux – en fait, toutes les organisations qui ont à faire au public – pourraient se sentir obligées de contrôler régulièrement et de manière aléatoire la consommation de drogue de leurs employés. L’usage général de telles drogues accroitrait l’intérêt à agir d’innombrables agences, publiques et privées, pour intervenir dans nos existences ; et la liberté de vivre sans ingérence de la part d’autrui, bien loin d’avoir augmenté, aurait dramatiquement rétréci.
La situation actuelle est mauvaise, incontestablement ; mais il est peu de situations si mauvaises qui ne puissent être rendues encore pire par une décision politique erronée.
L’extrême élégance intellectuelle de la proposition de légaliser la distribution et la consommation des drogues, vantée comme étant la solution à tant de problèmes à la fois (le SIDA, le crime, la surpopulation carcérale, et même l’attrait des drogues pour les jeunes gens irréfléchis) devrait faire naitre le scepticisme. Les problèmes sociaux ne sont en général pas ainsi. Les analogies avec l’époque de la Prohibition, qui sont souvent faites par ceux qui voudraient légaliser les drogues, sont fausses et inexactes : c’est une chose de tenter de bannir une substance qui a été utilisée de manière habituelle depuis des siècles par au moins les neuf dixièmes de la population adulte, et c’en est une bien différente de continuer à interdire des substances qui ne sont toujours pas d’un usage habituel, afin d’essayer de faire en sorte qu’elles ne deviennent jamais d’un usage habituel. Assurément, nous avons déjà descendu bien assez de pentes glissantes ces trente dernières années pour que nous n’ayons pas besoin d’en rechercher de nouvelles le long desquelles dégringoler.


[1] Personnage du roman Bleak House, de Dickens.
[2] Allusion au proverbe : « le poil du chien qui t’as mordu te guérira ».

31 commentaires:

  1. Un grand Merci à vous pour cette traduction : ce texte, qui mériterait une large diffusion, est limpide, et exprime très exactement tout ce que j'ai souvent du mal à formuler face aux "élégances intellectuelles" des partisans de la dépénalisation, lors des débats d'après-dîner : je sens que je vais quasiment en apprendre des passages par coeur !
    Merci également de me faire connaître ceThéodore Dalrymphe, grâce à vos billets : je suis allée faire un tour sur Wikipedia, et cela donne vraiment envie de le lire tant ce qu'il semble écrire correspond à ce que je pense et ce à quoi je crois (à part le fait qu'il soit athée, tant il me semble que, justement, la charité et l'espérance chrétiennes peuvent apporter une réponse à tant de délabrement..!)... je n'ai malheureusement pas l'impression qu'il soit traduit ailleurs que chez vous... je crois que je vais tenter l'aventure en anglais, j'espère que ce n'est pas trop difficile à lire !
    Merci encore, et joyeux Noël !
    Béatrice

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    1. Mais de rien Béatrice. Et non, je ne crois pas que Dalrymple soit traduit en Français, malheureusement.

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  2. C'est pas la dépénalisation, mais bien la légalisation. Il suffit de toutes ces considérations, le simple retrait des drogues comme manne première des mafias suffit comme raison pour les légaliser, mais il y a une dimension, celle des usagers qui sont ostracisés de tout temps alors qu'ils ne font que satisfaire des instincts humains, ceux de s'enivrer avec ce qu'on veut et que la nature à a offrir. Mon droit à disposer de mon corps ne vous permet pas de m'en empêcher, ce serait liberticide. Merci d'en tenir compte.
    Raphaël Boniton

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    1. Et merci de bien vouloir lire attentivement Dalrymple avant de le critiquer.

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    2. " Mon droit à disposer de mon corps. "

      Mais bon sang de bois, vous n'en avez pas marre de sortir cette vieille connerie gauchiste à tout bout de champ ? Vous êtes votre corps puisque votre âme (ou ce que vous voudrez, l'appellation n'a ici aucun intérêt) et votre corps sont indissociables. De fait vous êtes votre corps. Vouloir appliquer une catégorie juridique comme le droit de propriété au corps humain n’est rien d’autre qu’un non-sens juridique par confusion du sujet de droits et du droit lui-même.

      D'ailleurs les libéraux qui ressassent cette coquecigrue sont des ânes qui visiblement ont oublié que parmi les droits naturels qui sont attachés à l'homme, la triade principale est la vie, la liberté, la propriété. Si la vie est citée en premier et regardée comme le droit le plus précieux de tous, c'est tout simplement parce que tous les autres procèdent de celui-ci. En ne cessant de seriner ce genre d'âneries ils prouvent, si besoin en était besoin, que ce sont avant des progressistes et des crétins.

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    3. Raphaël Boniton2 janvier 2014 à 23:57

      Et vous n'en avez vous pas marre de ce dualisme gauche droite duquel je ne me sens pas concerné puisque je suis politiquement émancipé et totalement abstentionniste... Donc pour le gauchisme on repassera. Non je parle bien de mon droit fondamental à faire ce dont je suppose non nuisible pour la société. Plutôt même bénéfique pour cette dernière, tout du moins celle qui m'entoure. Je ne parle pas de celle qui croit être victime de mes agissements, mes agissements ne les concernant jamais, si chacun reste au coin de son âtre et ne fait chier personne, alors les vaches resteront bien gardées, si le voisin vient coller son pif aviné dans mes oignons, là ça chie et ça a toujours été comme ça. Les considérations spirituelles appartenant à chacun, laissez moi donc dans l'illusion de ne pas faire un avec mon corps si ça me fait plaisir, je n'irai pas cracher dans votre soupe. Le droit de propriété est totalement hors de propos. Je suis moi et je dispose de moi, ça ne va pas plus loin.
      Votre dernier discours étant hors sujet, je ne vois pas bien ce qu'il vient foutre ici si vous m'en excusez l'expression.
      Bonne soirée.

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    4. @aristide j'ai effectivement d'abord placé un commentaire, ce qui est mon droit, lu ensuite toute cette traduction qui m'a grandement intéressé, lui ai laissé le temps de bien mariner, et suis revenu pour répondre a vos amis les commentateurs qui sont bien énervés contre moi, tant mieux ça me donne du grain à moudre. En tous cas, merci également pour cette trad. Ça mange pas de pain de dire merci. Même si manifestement on est pas trop d'accord, on est pas obligé de s'entretuer en se le disant...

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  3. Une dernière chose :

    "la loi n’existe pas seulement pour nous empêcher de nous agresser mutuellement mais aussi pour nous aider à modérer et à canaliser certains de nos appétits, certaines de nos passions"

    Non, heureusement que non, mais certains hommes essayent tout de même, et imposent des lois iniques à cause de considérations puritaines, l'idée d'un monde sans drogues par exemple, utopique...
    Chacun est, à partir du moment où il est en âge de se soustraire à l'autorité parentale, responsable de ce qu'il s'inflige, de ce qu'il s'administre. Le jour où ma consommation de cannabis sera un danger pour la liberté d'autrui, alors j'arrêterai. Le fait est que c'est la loi qui est ici un danger pour mes libertés. Nous sommes tous responsables de nos actes, hormis les quelques rares dont l'esprit est carrément abîmé. Jamais une loi ne pourra obliger qui que ce soit à ne pas prendre ce qu'il désire.
    R. Boniton

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  4. Puisque la loi ne semble déjà pas vous empêcher de vous droguer, de quoi vous plaignez vous ? Vous voulez un statut officiel ? Vous déclarer auprès de la sécu ?

    Amusant tous ces partisans de la légalisation qui nous expliquent qu'il faut légaliser puisque déjà tout le monde se drogue et que l'interdiction n'empêche rien. Si vous pouvez déjà tous vous droguer tranquillement pourquoi vouloir absolument légaliser et ainsi inciter le reste de la population à se droguer également ?

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    1. Puisque la loi ne m'empêche pas de me droguer, je me plains de ce qu'elle tente de le faire en dépensant ce qui est censé rendre service à la société : votre fric de merde. Ici il est clair que ça ne lui rend pas service de me faire la guerre puisqu'en humain lambda je m'adapte a ces débilités, j'ai appris à détourner des logiques utopiques. Et comme je suis un simple exemple, dont le point commun est de faire tout ce que je vous décrit, mais issu d'une multitude d'exemples similaires, ça fait beaucoup de votre fric dépensé pour vous débarrasser de moi, sauf que je suis toujours là à vous narguer et à vous faire parler pour ne rien dire...
      Personnellement je ne souhaite pas légaliser, non ça servirait à des amoureux du pognon, mais il semble que c'est tout de même une avancé de confort puisque de cette légalisation, je pourrai tirer un avantage : une pureté du produit que je n'ai pas aujourd'hui puisque le shit que mes "copains" les dealers des cités me vendent est toujours coupé, ou tout du moins un contrôle plus poussé de ce que je consomme, tout du moins dans un premier temps, quand le cannabis ne sera pas encore aux mains de la big6... Je suis là et je parle, et on me répond, mais on m'agresse systématiquement, et alors? Buck Danny ? Que t'ai-je fait pour que tu fleure tant la haine à mon égard? Ai-je réveillé de vieilles pulsions ou attirances chez toi?
      Quant à l'incitation, mais mon pauvre ami, alors en fait tout le monde va se comporter comme toi, et quand il essaira de fabriquer un putain de besoin inutile, il incitera les gens a en consommer... Mais ça c'est ton modèle mon pote, dans le mien chacun est responsable de ce qu'il consomme, on parle pas d'incitation. C'est le summum de l'assistanat ça...

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  5. Merci pour la traduction de cette tribune, remarquablement claire et bien argumentée (à mon sens). Il est toujours rafraîchissant, en cette époque de sophismes et de permissivité, de lire des gens qui parviennent à garder la tête claire, et à ajouter de solides repères à leur bon sens.
    Léo

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  6. Cher Aristide
    Ce texte est admirable et vous faites oeuvre humaniste (ou humanitaire ?) en nous le faisant partager tout traduit. Merci à vous pour ce travail et ce temps offerts.

    "...toutes les libertés ne se valent pas, pas plus que toutes les limites posées à la liberté ; certaines sont sérieuses, d’autres triviales." A méditer...

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    1. Mais de rien la mouette. Et, par avance, joyeux Noël à vous.

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  7. "Le jour où ma consommation de cannabis sera un danger pour la liberté d'autrui, alors j'arrêterai".

    Je ne suis pas spécialiste et je n'ai jamais pris de cannabis.
    Mais il me semble que le cannabis a un effet euphorisant (je me trompe ?), sinon a quoi cela vous servirait-il d'en prendre ?
    Cet effet supposé euphorisant est dangereux pour autrui autant que pour vous, sur la voie publique par exemple. L'appréciation d'un danger peut en être affectée, et vous courez un danger, en plus d'en faire courir à autrui.

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    1. Bien évidemment. Mélanger alcool et cannabis augmente par 15 les risques d'accident mortel, pour soi et les autres. En recherchant dans les faits divers on trouverait nombre de cas ou des chauffards sous l'emprise du cannabis ont fauché des piétons.
      Et de toute façon faire de "la liberté d'autrui" le seul critère de jugement me parait très contestable.

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    2. Très bon Noël à vous et vos proches, Aristide !
      Fermez bien la porte du manoir et remontez le pont levis.
      Bonnes fêtes à tous vos lecteurs.

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    3. Le pont levis est fermé et le château bien approvisionnée. Les barbares resteront aux portes.
      Très bonnes fêtes, et à l'année prochaine.

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    4. Le cannabis n'a pas d'effet euphorisant sur moi, tout au plus une sensation agréable quand je le fume, "au moment où"... Il me permet par exemple de m'aider à l'inspiration en me permettant, me plaçant dans un état relativement calme, de voir les choses autrement, et de les transcrire par écrit lorsque je rédige des fictions par exemple, mais aussi me donne ce type d'aide à l'inspiration lors de rédaction de commentaires. Certaines personnes ressentent certains effets que d'autres ne ressentent jamais.

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    5. "il me semble que le cannabis a un effet euphorisant (je me trompe ?), sinon a quoi cela vous servirait-il d'en prendre ?"
      Vous semblez avoir une image bien stéréotypée de l'usager de drogues, chacun utilise des drogues pour ses raisons et l'euphorie est une d'entre elles, pas la majoritaire... Sortez un peu de vos carcans établis par 44 ans de joug de la loi de 1970, et imbibez vous de pragmatisme, enfin c'est un simple conseil (hélas, empreint de tout le cannabis que je me suis envoyé depuis des années non stop) ;)

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    6. Pas mal l'argument de la conduite, de toute façon j'ai pas le permis alors c'est un peu rapé... Vous êtes de très mauvaise foi tous. Ça m'étonne pas vu la gueule du site!

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  8. il est amusant cet intervenant , ce Rapahaël Boniton, laissez moi me droguer au nom de ma liberté, donc au nom de ma liberté je demande le droit pulvériser façon puzzle les idiots qui me pourrissent la vie.

    Sinon très belle traduction , bravo pour vos efforts.

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    1. Merci Grandpas. Très bon Noël à vous et votre famille.

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    2. Non seulement je ne vous demande rien, mais j'exige que vous me foutiez le paix! Et je continuerai à exiger du pragmatisme de la part de sceptiques comme vous...

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  9. Il est amusant de voir des pseudos tenter de discréditer mes discours construits, par une ligne pleine de fautes de ponctuation... Bien essayé ;)
    Surtout quand un avertissement prévient que "LES COMMENTAIRES ANONYMES SERONT SUPPRIMES SANS AUTRE FORME DE PROCES"... Moi je signe, j'assume! C'est manifestement pas le cas de tout le monde, alors si vous vous exprimez en votre nom, allez jusqu'au bout!

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  10. Sur ce je vais pas m'attarder en terrain ennemi, puisque l'on m'a ostracisé comme étant "le drogué" (pas comme si la plupart d'entre vous étaient a la drogue dure la pire qui soit, l'alcool, moi je ne bois plus depuis deux ans, votre cirrhose s'en tord de joie en lisant ça. Non mais je fume comme un pompier et je vous emmerde bien! Alors maintenant allez-y assassinez-moi, je le verrai pas, puisque je reviendrai jamais ici. J'ai argumenté, on m'a répondu, j'ai contre argumenté face a des personnes qui pensaient que je reviendrait pas, j'en ai fini, je tire ma révérence. Merci à vous. ++

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    2. Pas de messages anonymes, c'est bien précisé.

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  11. Bien que ce long article soit très bien argumenté, il n'en contient pas moins nombre de préjugés et affirmations non prouvées. Mais ce qui me paraît important de dire, c'est que si on ne peut être certain que la légalisation réduise la criminalité, ce qui est assez hardi à affirmer (exemple de la prohibition), l'auteur ne peut pas non plus prouver que la légalisation n'aurait aucun effets positif, ni sur la criminalité, ni sur d'autres plans.
    L'auteur est de parti-pris: n'aime pas la drogue et les drogués, et il a de bonnes raisons. Mais ce faisant il met toutes les drogues et tous les consommateurs dans le même panier, avec une grosse étiquette intitulée "la drogue c'est le mal". Merci pour tous les peuples traditionnels comme les indiens d'Amérique du Sud, qui consomment depuis des lustres des plantes psychotropes, pardon, des "drogues", et n'en deviennent pas pour autant des loques junkies, ni des peuples vivant dans la décadence et le chaos social, bien au contraire.
    Enfin, légaliser n'est pas libéraliser: c'est donner un cadre légal précis, où l'état contrôle la drogue, depuis celui qui la produit à celui qui a l'autorisation de la consommer, ce qui n'a pas grand chose à voir avec la possibilité d'un déferlement de produits stupéfiants dans votre supermarché. Le reste est affaire d'éducation, comme on le fait sans y réfléchir pour l'alcool. Alcool pour lequel on a, par comparaison, une indulgence injustifiable au vu des ravages que cause l'alcoolisme dans la société.
    Entre parenthèses, l'état est déjà pourvoyeur de drogue, en permettant la distribution de méthadone qui ne guérissent pas, maintiennent les toxicomanes dans la dépendance, et enrichissent au passage les labos alors que des alternatives existent. Mais pas politiquement crédibles, puisqu'elles sont à chercher auprès des... guérisseurs d'Amérique du sud ou d'Afrique.
    En conclusion, je crois comme vous que ceux qui décident un jour d'user de leur liberté pour consommer des drogues dures sont de sombres imbéciles, mais que ceux pour qui "la drogue c'est le mal" sont des ignorants un tantinet intégriste.

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    1. Commençons par le commencement.

      Vous dites : « L'auteur est de parti-pris: n'aime pas la drogue et les drogués, et il a de bonnes raisons. » Dire que l’auteur serait de parti-pris signifie qu’il aurait atteint sa conclusion avant même toute réflexion. Je ne vois pas ce qui vous permet d’affirmer cela, surtout si, comme vous le reconnaissez par ailleurs « il a de bonnes raisons », et qu’il les expose longuement dans son article. Ce sont ces raisons qu’il importe d’examiner, pour le reste, ses éventuelles motivations secrètes ne sont et ne seront jamais connues que de lui seul, tout comme les vôtres.

      Ensuite : « l'auteur ne peut pas non plus prouver que la légalisation n'aurait aucun effets positif, ni sur la criminalité, ni sur d'autres plans. »
      Mais c’est méconnaitre que la charge de la preuve repose nécessairement du côté des partisans de la légalisation. Personne ne peut sérieusement nier que la consommation de drogue peut avoir des effets négatifs, pour dire les choses de manière modérée, exactement comme la consommation d’alcool. Or légaliser revient par définition à rendre l’accès aux drogues plus facile. Il est donc logique de penser que cela augmentera leur consommation et leurs effets nocifs : plus d’une mauvaise chose ne peut, a priori, produire que plus de mal. A moins précisément qu’on ne parvienne à prouver le contraire. C’est aux partisans de la légalisation de prouver que celle-ci aura des effets positifs, et il suffit aux partisans de la prohibition de montrer que ces arguments ne sont pas convaincants, exactement ce que fait Dalrymple.
      Et à ce propos vous dites « légaliser n'est pas libéraliser ». Je crois que si l’on veut progresser dans ce genre de débat il est bon de ne pas jouer avec les mots : en l’occurrence « légaliser » veut bien dire lever certains des obstacles légaux à la production, la vente et la consommation de drogue. C’est donc une forme de libéralisation. Bien entendu la plupart des partisans de la légalisation ne sont que pour une légalisation partielle (il n’en est pas à ma connaissance qui prônent la liberté pour les enfants de se procurer de la drogue). Mais précisément, Dalrymple montre qu’une telle légalisation partielle n’aurait vraisemblablement pas les effets positifs qu’on en attend.

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    2. Enfin, si je vous comprends bien, votre principale objection est qu’il existe des « peuples traditionnels » qui « consomment depuis des lustres des plantes psychotropes, pardon, des "drogues", et n'en deviennent pas pour autant des loques junkies, ni des peuples vivant dans la décadence et le chaos social, bien au contraire. »
      Evidemment, si les partisans de la prohibition affirmaient que ces peuples vivent « dans la décadence et le chaos social » il serait bien plus aisé de les réfuter. Mais personne ne présente un argument aussi extrême. Dalrymple par exemple fait allusion à ces « peuples traditionnels » à travers l’exemple des Somaliens, et il se contente d’affirmer que leur consommation de khat « les maintient dans une pauvreté bien plus grande que ce qu’ils pourraient connaître sans cela ». Cela me parait beaucoup plus difficile à contester.
      L’effet des drogues est de nous faire perdre le contact avec la réalité – un peu, beaucoup, par l’abrutissement, les hallucinations, ou la surexcitation, peu importe – c’est pour cela qu’on les prend, parce qu’elles nous ouvrent à des « paradis artificiels ». Par conséquent je ne vois pas comment on pourrait contester que la prise régulière de drogue « a pour effet de réduire la liberté des hommes, en restreignant leurs centres d’intérêt. Elle diminue leur capacité à poursuivre des buts humains plus importants, tel qu’élever une famille et remplir ses obligations civiques. Très souvent elle diminue leur capacité à occuper un emploi rémunérateur et elle alimente le parasitisme », comme l’écrit Dalrymple. Et lorsque la prise de drogue devient « culturelle », c’est-à-dire communément acceptée et pratiquée au sein d’une population, l’effet doit bien être de maintenir ces populations dans la pauvreté et le sous-développement.
      Donc les « peuples traditionnels » ne me paraissent pas un argument en faveur de la légalisation des drogues, bien au contraire.

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