Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 11 juin 2014

Une alternative sérieuse à la peine de mort ?




L’actuel débat sur la réforme pénale devrait être une bonne occasion pour nos élus, et pour nous-mêmes, citoyens éclairés, de réfléchir sérieusement à la question du châtiment qui, quoi qu’en pensent Madame Taubira et les membres du Syndicat de la Magistrature, est nécessairement au cœur de tout système judiciaire. Bien entendu nos élus n’en feront rien mais cela ne nous interdit pas à nous, citoyens éclairés, de le faire.
J’avais, il y a quelques mois, publié un plaidoyer pour la peine de mort. Je ne retire rien de ce que j’ai écrit à cette occasion. Mais il me semble intéressant d’y ajouter maintenant un petit codicille, sous la forme de ce court article paru en 2012 dans le City Journal – que vous devez maintenant commencer à connaître si vous me lisez régulièrement. L’auteur, Robert Blecker, présente un argument en faveur d’une forme d’emprisonnement à perpétuité qui, dans une certaine mesure, pourrait remplacer la peine de mort. Du point de vue d’un partisan de la peine de mort, comme moi, cette peine alternative ne serait pas entièrement satisfaisante, mais elle serait déjà bonne à prendre, ne serait-ce que parce qu’elle nous contraindrait à réintroduire franchement, sans faux-semblant, la notion de châtiment dans notre code pénal. Et puis, comme le suggère l’auteur, elle pourrait constituer un terrain d’entente avec ceux qui, tout en reconnaissant le caractère en principe juste de la peine capitale, ne parviennent pas à surmonter leur répugnance à infliger la mort à un être humain.
Une dernière chose : Robert Blecker a écrit tout un livre sur le sujet, dont je vous ferais peut-être un jour le compte-rendu. Si vous êtes sages.
Bonne lecture.


Par Robert Blecker, City Journal, Autumn 2012

Ces dernières années, un certain nombre d’Etats américains - New York, New Jersey, New Mexico, Illinois, et, en 2012, le Connecticut – ont aboli la peine de mort, la remplaçant par la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle (life without parole - LWOP) et mettant ainsi un terme au débat législatif au sujet du châtiment approprié pour les crimes les plus graves. Cependant, la disparition de la mort en tant que châtiment dans ces Etats devrait ouvrir un nouveau débat concernant le châtiment à vie. En quoi devrait-il consister, au-delà de la perte de la liberté ? Que devrait être la vie quotidienne des pires criminels ?

En vingt-cinq ans, passés à faire des recherches pour mes travaux, j’ai passé des milliers d’heures dans des prisons de haute sécurité, dans sept Etats. Ce que j’y ai vu m’a consterné. Des individus reconnus coupables de meurtre jouant au softball, au volleyball, au ping-pong. Des hommes pervers, qui avaient violé et tué des enfants, regardant des soap-opéras sur des téléviseurs couleurs. Des tueurs en série qui avaient torturé leurs victimes grignotant des confiseries qu’ils avaient « achetés » au magasin de la prison.

Telle qu’elle est administrée aujourd’hui, la prison à vie déconnecte totalement le crime du châtiment. Lorsque j’ai commencé à visiter des prisons, en 1986, je supposais que le législateur et les services correctionnels désiraient que les crimes graves aient pour conséquence des châtiments sévères. Mais il s’est avéré que, à l’intérieur de la prison, châtier n’est le travail de personne. Consultez les ordres de mission des services correctionnels : dans aucun vous ne trouverez ne serait-ce que mentionné le terme de punition. Sauf pour des questions de sécurité, chaque prisonnier – qu’il soit un assassin ou un voleur de voiture – rentre avec un dossier vierge. Tous les officiers pénitentiaires parlent d’une même voix : « ce qu’un gars a fait à l’extérieur ne me regarde pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est la manière dont il se comporte ici. » Lee Mann, un directeur adjoint à l’Oklahoma State Penitentiary, a le mieux résumé l’immoralité aveugle de la vie en prison : « Nous voulons leur rendre la vie aussi facile que possible, parce que notre vie est plus facile lorsque la leur est facile. »

Pour les partisans de la rétribution – ceux qui croient que le châtiment devrait être adapté au crime et que les criminels devraient être traités comme ils le méritent – ce qui se rapproche le plus de la peine de mort n’est pas la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle telle qu’elle est administrée habituellement aujourd’hui, mais une forme particulière d’emprisonnement à vie, que j’appelle la « ségrégation punitive permanente » (SPP – PPS en anglais). Une peine de SPP serait aussi déplaisante que le permet la Constitution. Les condamnés à une SPP ne mangeraient rien d’autre que du nutraloaf (une sorte de galette dépourvue de goût, complète d’un point de vue nutritionnel) et ne pourraient pas cantiner. Les visites seraient limitées au strict minimum constitutionnel, et aucune n’inclurait de contacts physiques ; c'est-à-dire que ces meurtriers pervers ne toucheraient plus jamais un autre être humain. Pour satisfaire leur droit constitutionnel à faire de l’exercice physique, ils travailleraient tous les jours mais ne pourraient jamais se distraire. Ils n’auraient certainement pas accès à la télévision ou à internet. Des photographies de leurs victimes orneraient leur cellule, hors de portée mais bien visibles. Les gardiens en charge des prisonniers en SPP auraient connaissance des crimes ayant provoqué ce châtiment. La société ne tolérerait pas de sadisme ou de brutalité de la part des gardiens, mais il n’y aurait pas davantage de convivialité.

Nous réserverions cette condition lugubre et sans espoir uniquement pour les pires d’entre les pires criminels : les tueurs à gages, les assassins de masse, ceux ayant violé et tué des enfants. Vous ne seriez condamné à une SPP que si vous l’avez réellement mérité par la cruauté de votre comportement – par votre perversité ou votre insensibilité meurtrière. Autrement dit, la SPP ne devrait jamais devenir une peine infligée par défaut et sans discernement, comme l’est aujourd’hui la plupart du temps la perpétuité.

Notre but avec la SPP ne serait pas de réhabiliter mais de punir, purement et simplement. Nous, les partisans de la rétribution, recherchons une justice basée presque exclusivement sur la culpabilité du criminel, en ignorant les coûts et les avantages futurs du châtiment. Nous croyons que la société devrait délibérément infliger des châtiments sévères aux criminels parce que ceux-ci le méritent – et seulement dans la mesure où ils le méritent.

Pourtant, il est concevable que la SPP puisse avoir des avantages en plus de son caractère approprié. Le sens commun et la nature humaine laissent penser, par exemple, que la SPP pourrait avoir un effet dissuasif plus grand sur les criminels que la prison à vie telle qu’elle existe aujourd’hui. Les Etats qui infligent la perpétuité ordinaire donnent un motif au criminel pour tuer ses victimes et ne pas laisser de témoins derrière lui ; nous pourrions peut-être dissuader ces tueurs impitoyables en les menaçant d’un SPP.

Certains des Etats ayant récemment aboli la peine capitale ont, de fait, accomplis quelques petits pas en direction de la SPP. Le New-Jersey exige que les condamnés à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle accomplissent toute leur peine dans des prisons de haute sécurité, où les conditions de vie sont comparativement déplaisantes. Le législateur du Connecticut exige que les condamnés à la perpétuité accomplissent toute leur peine dans une aile séparée de la prison, spécialement conçue à cet effet, et dans les mêmes conditions que la ségrégation punitive : aucune visite impliquant un contact physique, pas plus de deux heures par jour hors de la cellule.

Sous la bannière de la SPP, les partisans de l’abolition de la peine de mort qui savent que certains criminels méritent de mourir mais craignent les erreurs judiciaires pourraient faire cause commune avec ceux qui acceptent avec réticence la peine de mort mais sont également tourmentés par la question de l’erreur judiciaire ou de la discrimination raciale. Cela ne me satisferait pas, mais la ségrégation punitive permanente pourrait, ironiquement, accélérer la disparition de la peine de mort.

Cellule dans une prison de haute sécurité (Supermax)

26 commentaires:

  1. Pour la greluche guyanaise , ce genre de logement serait trop dur pour ses enfants chéris de criminels donc la peine de mort sera toujours le moyen le moins cruel.

    De toute façon en fin de vie ces assassins hyper-actifs finissent pas coûter trop en soins à l'état , donc la peine de mort est plus économique.

    Mais on va encore dire que je suis méchant.

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    1. Taubira n'est pas la solution. On ne le dira jamais assez.

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  2. Mouais... Un peu mollasson à mon gout comme peine. Mais Ca me donne une idée pour mon billet du jour!

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    1. Non, mais ça c'est la première étape. Une fois que c'est bien accepté on sort les catapultes, les koalas en rut et le gros sel.

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  3. Très intéressant mais il faudrait déjà revenir sur le fait qu'en France la perpétuité dont nous rebattent systématiquement les oreilles les magistrats et les journalistes n'existe absolument pas! Il faudrait déjà donc revenir à l'idée d'une peine de prison permanente et là on est mal barré. Ce qui a le vent en poupe, c'est la liberté pour tous à n'importe quel prix (c'est à dire avec quelques victimes supplémentaires et c'est là que nos hommes politiques éclairés parlent toujours de "fatalité" et du risque 0-qui-n'existe-pas.)
    Sinon, vous pouvez aussi lire le livre du Secrétaire général de l'IPJ Xavier Bébin, son premier livre en fait, intitulé "Pourquoi punir".

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    1. Oui bien sûr. En France la durée moyenne d'une peine de perpétuité est de vingt ans. C'est une plaisanterie très cruelle pour les victimes.

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  4. Au fond, vous avez raison la peine de mort est bien plus douce.
    En particulier vivre sans télévision quand on a connu ce "contact avec autrui" depuis sa jeunesse ...
    Les "galettes sans goût", c'est moins grave, car l'habitude est déjà prise.
    Personnellement, j'éviterai de tuer (quoique je n'en ai pas le désir) car passer le restant de mes jours sans le triptyque quotidien Roquefort, Pain et Bordeaux ne parait une torture absolue.

    Amicalement.

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    1. Bordeaux blanc, j'espère ? Boire du rouge avec du roquefort est criminel et mériterait une bonne SPP !

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    2. En fait je me demande si forcer les criminels à regarder certaines émissions télévisées ne serait pas pire que de les priver de petit écran...
      En tout cas il me semble que je trouverais ça bien plus pénible.

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    3. Didier, je confesse que le blanc peut se consommer avec du Roquefort.
      Mais interdire les goûts différents, non ! Personnellement, je suis rouge jusqu'au bout !
      Aristide, tous les individus ont leurs habitudes; c'est cette privation qui est pénible.

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  5. Je trouve cet article un peu étonnant. Pour moi cela s'apparente clairement à de la torture, la peine de mort me paraît bien plus humaine que ce que vous proposez là. De toute façon de telles conditions conduiraient n'importe qui au suicide.

    Ces propositions ne font rien avancer, elles ne font que décrédibiliser une réflexion pourtant nécessaire sur le châtiment.

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    1. En fait il y a quelque chose qui s'apparente à une vie de moine dans ce régime ascétique et solitaire, (nourriture réduite et sans goût, pas de contact ou très peu, travail tous les jours, pas de distraction "habituelle") sauf que là ce ne serait pas de leur propre volonté mais contraints et forcés. Je ne vois pas ce qui s'assimile à de la torture là-dedans, honnêtement. ça me paraît plutôt et équilibré, surtout pour des criminels aux pulsions perverses.

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    2. "plutôt sain et équilibré"

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    3. Je crois qu’il ne faut pas employer le mot torture à la légère, comme nous avons hélas trop tendance à le faire aujourd’hui. Toute forme de douleur n’est pas de la torture, sinon ce terme ne signifie plus rien. Il me semble que nous pouvons nous accorder sur le fait que ce mot de « torture » désigne une douleur physique très intense, qui le plus souvent entraine la mort à brève échéance si elle est prolongée. En ce cas il est clair que de telles conditions d’enfermement ne sont pas de la torture.

      Elles sont très pénibles, bien sûr. Mais c’est le but. Il s’agit d’un châtiment, un châtiment réservé aux pires criminels, et un châtiment est toujours douloureux. C’est précisément en cela que cette proposition me semble intéressante. Elle nous force à confronter ce fait que les pires criminels méritent de souffrir pour ce qu’ils ont fait. Exactement de la même manière que la peine de mort. Alors qu’avec la perpétuité actuelle, qui n’est jamais qu’une peine de prison un peu plus longue que les autres, la notion de châtiment disparaît.

      Vous dites qu’une telle peine est pire que la mort. Je me souviens d’avoir eu une telle discussion lors que j’ai publié mon plaidoyer sur la peine de mort. Je me permets de vous y renvoyer. La discussion se trouve sous le premier billet. Je crois que même dans de telles conditions, un tel châtiment peut objectivement être considéré comme inférieur à la peine de mort. Au surplus de telles conditions d’enfermement ne nous semblent si insupportables que parce que la prison aujourd’hui s’est beaucoup adoucie.
      Comme le rappelle La Crevette, de telles conditions de vie rappellent celles des moines, dans les ordres les plus rigoureux certes, mais elles étaient aussi à peu de choses près celles de bien des prisonniers à vie il n’y a pas si longtemps.

      Quant à ceux qui diront qu’un tel châtiment est excessif, je leur demanderais alors quelle peine méritent selon eux les pires criminels. La prison à perpétuité ? Soit, mais dans quelles conditions ? La seule perte de la liberté constitue-t-elle une peine suffisante ? Si c’est le cas on pourrait imaginer que cette perpétuité se passe dans le plus grand confort. Et pourquoi pas, si la seule peine doit être la privation de liberté ? Je doute que qui que ce soit puisse soutenir longtemps un tel argument. Il faudra alors avouer que la seule perte de liberté n’est pas assez douloureuse. Et en ce cas nous revenons au point de départ. Pourquoi pas une peine de SPP ? Ou placez-vous le curseur et pourquoi ?
      Personnellement, je suis partisan de la peine de mort. J’ai suffisamment expliqué pourquoi. Et pour moi un tel châtiment ne serait qu’un substitut imparfait à la mort. Mais je serais prêt à l’envisager, précisément parce qu’il s’agit d’un authentique châtiment.

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    4. Aristide et la Crevette, certains moines d'ordre rigoureux comme les trappistes font de l'excellente bière voire les chartreux et leur liqueur éponyme.

      Je doute que les taulards assassins puissent faire de même, employons donc leur savoir -faire en les faisant combattre dans la gladiature et pas de bâton de libération.

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    5. Cher Grandpas, éponyme signifie “qui donne son nom à…”. Or, je doute que ce soit la liqueur qui ait donné son nom à ses producteurs : je pencherais plutôt pour l'inverse. Par conséquent, ici, homonyme aurait suffi…

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    6. Que je sache on ne devient pas moine comme punition après avoir commis un crime. De plus lorsque l'on est moine l'on ne se retrouve pas entouré toute la journée de "photos de ses propres victimes" pour se souvenir de son crime. Les moines ne sont pas contraints à n'avoir aucun contact avec d'autres êtres humains. Et quand bien même certains émettraient un tel souhait, c'est là leur choix personnel.

      Après je dois reconnaître avoir toujours eu du mal avec certains aspects de l'ascétisme catholique traditionnel notamment le fait de s'infliger volontairement des douleurs physiques (port du cilice notamment) pour se sanctifier. Que je sache le Christ a été battu et crucifié, mais il n'a pas décidé de se fouetter et de se crucifier lui-même. Donc souffrir pour le Christ oui, être maso pour le Christ je ne comprends pas trop.

      Quoiqu'il en soit le terme de torture ne saurait se limiter à la simple douleur physique, une torture peut être d'ordre psychologique, ce qui serait clairement le cas ici puisque c'est le but affiché, faire vivre quelqu'un dans des conditions qui enlèvent tout espoir et doivent le désespérer complètement. Personnellement je suis contre toute forme de torture (sauf éventuellement dans un but pragmatique comme obtenir des informations vitales).

      La seule raison qui doit faire échapper quelqu'un à la peine de mort et justifierait selon moi un emprisonnement à vie, est de permettre au criminel en question de trouver la rédemption. Ce n'est pas dans de telles conditions que cela pourrait être le cas. Votre texte parle expressément d'enlever au criminel en question tout espoir. Cela me semble contraire à la charité chrétienne quand bien même il s'agit d'un monstre.

      Le méchant doit être ôté de la Terre et non pas enfermé et torturé. La prison n'a de sens selon moi que si elle n'est pas définitive. Si elle doit être définitive la mort me paraît plus adaptée. Cela a l'avantage d'éliminer définitivement le mal et aussi au passage de coûter moins cher à la société.

      De toute façon je ne pense pas que des criminels placés dans de telles conditions survivent très longtemps, le suicide serait bien souvent la conséquence rapide d'une détention pareille. Là encore encourager quelqu'un au suicide, quand bien même il s'agit de la pire ordure, me paraît totalement contraire au message du Christ.

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    7. Je répète tout d'abord que la comparaison avec les moines est juste une comparaison et que la différence fondamentale tient dans le fait que les moines ont choisi leur mode de vie ascétique alors que les criminels pervers le subissent. Je l'ai déjà dit mais peut-être ne l'avez vous pas vu.
      Mais je maintiens que cette comparaison est intéressante à plusieurs titres. Vous dites : "La seule raison qui doit faire échapper quelqu'un à la peine de mort et justifierait selon moi un emprisonnement à vie, est de permettre au criminel en question de trouver la rédemption"
      Justement, il me semble que le mode de vie ascétique proposé en prison est un excellent moyen de "réduire" les pulsions perverses de ces criminels en plus de leur donner de vrais moyens de s'amender personnellement. M'est avis que c'est donc une voie royale pour une "rédemption" (catholique ou pas).

      D'autre part, Aristide vous dites que vous seriez prêt à envisager cet authentique châtiment (la peine de prison telle décrite ci-dessus) à la place de la peine de mort : je suis assez d'accord avec vous. Il me semble qu'actuellement, la peine de mort est réclamée par beaucoup simplement parce qu'aucune alternative valable n'est proposée pour ces criminels endurcis. Si ce n'est la prison avec la libération à un moment donné!! Je dirais que dans ces conditions insupportables, la peine de mort tient quasiment de la légitime défense ou du devoir moral pour protéger les futures victimes.

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    8. Nous sommes en désaccord je crois sur le fait que de telles conditions soient favorable à ce que le détenu puisse s'amender. Ce qui est valable pour des moines, qui sont pour moi plus proche de l'extraterrestre que de l'humain, n'est pas forcément valable pour le reste des hommes, encore moins à mon avis pour de tels criminels.

      Pour la deuxième partie de votre réponse, je serais moi complètement hostile à ce type de peine, j'y préfère largement la peine de mort. Si on veut enfermer quelqu'un à vie et le mettre dans des conditions telles qu'il soit comme mort, autant le tuer et éviter ces raffinements de cruauté néo-puritains.

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    9. Je crois au contraire de vous qu’il n’est pas possible d’étendre la notion de torture à la souffrance psychologique sans tomber dans le subjectivisme le plus absolu, et sans finalement dissoudre cette notion de torture.

      Ou, pour le dire autrement, il y a beaucoup moins de variations physiques que de variations psychiques entre les hommes. Telle situation provoquera chez certain un sentiment de honte ou de déshonneur qui pourra le pousser au suicide, tandis que tel autre y sera absolument insensible. Il est bien connu que les tourments de la conscience n’affectent pas également tous les hommes, pour dire le moins.
      A l’inverse, personne ne pourra sérieusement prétendre que se faire arracher les ongles ou passer les parties génitales au chalumeau pourrait être indifférent à certains.
      Je maintiens donc que, au sens strict, de telles conditions d’enfermement ne sont pas de la torture. Elles sont pénibles, et faites pour l’être, mais elles ne sont pas une torture.
      Et il me semble que la comparaison avec la vie monastique avait simplement pour but de mettre en lumière cela : il ne s’agit pas de torture, à moins de prétendre, contre toute raison, que les moines chartreux, par exemple, se torturent volontairement pendant des décennies (je ne sache pas que leur espérance de vie soit particulièrement abrégée par leur mode de vie).

      En ce qui concerne la rédemption individuelle, bien qu’elle soit évidemment très souhaitable, il me semble qu’elle ne peut pas et ne doit pas être la préoccupation du législateur. L’idée de « rédimer » les prisonniers est précisément ce qui a suscité la création des pénitenciers modernes, qui ont été des échecs complets. Le plus que nous pouvons attendre de la prison, c’est qu’elle punisse, qu’elle dissuade, et qu’elle retranche de la société, pas qu’elle transforme les hommes. Non pas que cela n’arrive jamais mais, pas plus aujourd’hui qu’hier nous ne savons comment provoquer ce genre de transformation chez un grand nombre d’hommes, et sans doute est-ce mieux ainsi.
      Donc effectivement une peine de prison à vie n’est pas destinée à permettre au criminel de se rédimer. Ce qui ne signifie pas qu’il ne puisse pas connaître la rédemption. L’espoir qu’il s’agit de lui ôter est celui de sortir et d’améliorer ses conditions de vie. La rédemption, c’est autre chose. C’est une affaire intérieure, qui reste toujours possible. Mais ce n’est pas l’objet du châtiment.

      Comme je l’ai dit, je pense que face à certains crimes seule la peine de mort est pleinement appropriée. Mais ce que propose ce texte est, comme je l’ai dit aussi, un défi à ceux qui refusent la peine de mort par principe.
      Vous refusez d’infliger la mort même aux pires criminels ? Soit, voici un châtiment qui est un authentique châtiment et qui devrait faire taire vos scrupules au sujet des erreurs judiciaires, etc. (je crois avoir montré dans mon article sur la peine de mort que cette question de l’erreur judiciaire ne peut pas être décisive, qu’elle est rationnellement inopérante, mais c’est un argument émotionnellement puissant, donc pour les besoins de la discussion acceptons le). Acceptez-vous qu’il soit infligé aux pires criminels ?
      Si l’on refuse aussi bien la peine de mort que la SPP, cela ne peut guère être que parce qu’on rejette la notion même de châtiment, l’idée que les méchants méritent de souffrir pour ce qu’ils ont fait. Ce qui expose à des conséquences qui, à mon avis, sont publiquement indéfendables.
      Bref, il s’agit avec cette proposition de forcer chacun à jouer carte sur tables.

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    10. Ce n'est pas parce que la notion de torture psychologique est subjective que l'on peut en conclure qu'elle est inexistante. Cet argument n'est pas très convaincant, il ne fait que dire que les uns et les autres souffriront différemment mais pas qu'ils ne souffriront pas. A un certain degré la souffrance physique aussi sera ressentie avec plus ou moins d'intensité selon les individus, même si vous avez raison elle est forcément plus objective.

      Prétendre que les moines se torturent volontairement n'est pas si absurde que cela du moins pour certains d'entre eux (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cilice ou encore l'autoflagellation encore pratiquée de nos jours).

      Pour conclure mon propos, ce qui me perturbe surtout dans ce type de peine, plus que les conditions proposées, c'est que ces conditions s'accompagnent d'un caractère définitif. A vrai dire de telles conditions me choqueraient moins pour des peines non perpétuelles, car bien que difficiles, elles laissent au détenu un espoir, celui de sortir un jour. Dans ce cadre là une peine aussi dure, en plus d'être un authentique châtiment, trouve une justification dans ce qu'elle aura marquée durement le détenu et peut lui passer l'envie de retourner en prison.

      Je suis d'accord avec vous pour le reste, la prison ne peut pas avoir comme but de transformer les individus, d'ailleurs elle n'y parvient pas, et n'y parviendra jamais. Le gros problème contemporain se situe d'ailleurs là, aujourd'hui tout le monde pense que la prison ne peut se justifier que si elle permet d'éviter la récidive et réinsérer les délinquants et criminels, or ce n'est pas son but premier et de plus c'est impossible.

      Comme vous je pense que la fonction d'une prison est de punir et de protéger la société, là où nous divergeons peut-être un peu c'est que je suis plus souple sur la dureté de la punition à infliger, mais je n'en conteste pas le principe.

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    11. Je vois qu’effectivement nous sommes d’accords sur l’essentiel.
      J’ajouterai néanmoins encore un mot sur la question de la « torture ». C’est précisément parce que, comme vous je suis opposé à la torture (sauf éventuellement, comme vous le dites, dans certains cas exceptionnels) que je crois qu’il est important de donner une acception précise à ce terme.

      Et je maintiens donc que le terme « torture psychologique » ne peut être qu’une métaphore. Ce n’est pas que, face à une même situation morale « les uns et les autres souffriront différemment », c’est réellement que certains ne souffriront pas du tout tandis que d’autres seront poussés à se donner la mort. Or ce qui est si variable d’un individu à l’autre ne peut servir à définir des pratiques qui devraient être prohibées. Imaginez sinon à quelles absurdités nous aboutirons : nous serions obligés de prohiber ce qui est « ressenti » comme insupportable par n’importe qui, genre, je ne sais pas, se voir agiter une banane ou une tranche de porc sous le nez (exemples pris au hasard…). Ou plus sérieusement nous serions obligés d’interdire toute forme de pression psychologique de la part de la police au prétexte que ce serait de la « torture ».

      Quant aux moines, je ne parlais pas de la flagellation, qui effectivement peut s’apparenter à de la torture mais qui dure nécessairement peu longtemps, mais de leurs conditions de vie au quotidien. Et je maintiens que ces conditions de vie ne sont pas une forme de torture.

      Enfin, pour conclure, les conditions de vie que préconise l’auteur pour les pires criminels (il faut le répéter : les pires) sont à peu près identiques à ce qu’elles étaient dans les pénitenciers américains au début du 19ème siècle, l’instruction religieuse en moins.

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  6. Merci Monsieur Goux pour cette mise au point.

    Au sujet de mettre des photographies des victimes dans la cellule des assassins ne serait pas contre productif, certain de ces criminels ayant tendance a garder un souvenir de leurs victimes.

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    1. Effectivement, on peut se poser cette question. Je crois surtout que, dans l'esprit de l'auteur, il s'agit de faire en sorte que le criminel ne puisse jamais oublier pourquoi il est là.

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  7. Robert Marchenoir14 juin 2014 à 02:19

    "Des hommes pervers, qui avaient violé et tué des enfants, regardant des soap-opéras sur des téléviseurs couleurs."

    Il y aurait donc des téléviseurs en noir et blanc aux Etats-Unis. Ce pays est décidément bien arriéré.

    Ca me rappelle les anti-capitalistes déplorant que les gens achètent des "écrans plats". Il n'y a plus d'écrans cubiques, hé, banane. Y en aurait-il, que la vertu ne se mesure pas à l'épaisseur du téléviseur. Si t'as un gros téléviseur bien épais t'es un mec bien, tandis que si t'as un téléviseur plat, t'es un gros con. Et ce sont les mêmes qui prétendent fustiger le "matérialisme"...

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    1. Ah-ah ! Figurez-vous que je me suis posé la question en traduisant cette phrase (et la traduction est correcte, je peux vous l'assurer). Mais je crois que cela s'explique par le fait que l'auteur a commencé à visiter des prisons au milieu des années 1980, et qu'a cette époque cela avait encore un sens de parler de "téléviseurs couleurs".

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