Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 14 janvier 2015

Hommes/femmes - Retour vers le nouvel âge paléolithique (2/2)





Les maitres PUA s’appuient, consciemment ou non, sur les principes de la psychologie évolutionniste, qui utilise la théorie darwinienne pour expliquer des traits et des comportements humains. Robert Wright présenta au public cultivé la psychologie évolutionniste dans son livre publié en 1994, The Moral Animal : Why We Are The Way We Are. Il résuma ce que les biologistes avaient pu observer sur le terrain : parmi les animaux – et tout spécialement parmi ceux qui sont les plus proches de nous, les grands singes – les mâles se battent souvent entre eux pour les femelles et ainsi le mâle le plus dominant, ou « alpha », a accès aux femelles les plus désirables, et peut-être même à toutes les femelles. Mais c’est en définitive la femelle de l’espèce qui choisit quel membre du groupe elle considérera comme le mâle alpha. « Les femelles sont difficiles chez toutes les espèces de grands singes », écrit Wright. Il notait également que, par exemple, la femelle gorille sera fidèle – sera contrainte à être fidèle en fait – à un seul mâle dominant, mais elle le quittera volontairement pour un mâle rival si celui-ci lui démontre sa dominance supérieure en se battant avec son partenaire. C’est parce que, comme le supposait Darwin, l’évolution n’est pas seulement une histoire de survie du plus apte mais aussi de reproduction du plus apte, de « gènes égoïstes » pour reprendre les termes du néo-Darwinien Richard Dawkins. Guidés par un désir instinctif d’avoir des descendants, les primates mâles pourchassent les femelles fertiles afin de se reproduire, tandis que les primates femelles choisissent des mâles forts, en fonction des caractéristiques favorisant la survie destinées à être transmises aux jeunes.
Les psychologues évolutionnistes comme David Buss dans The Evolution of Desire (1994) et Geoffrey Miller dans The Mating Mind (2000) ont élaboré à partir de ces théories, en arguant que le cerveau humain lui-même, capable de conscience, de raisonnement, de création artistique, a évolué comme un instrument destiné à permettre aux mâles en compétition pour les femelles de la horde d’impressionner celles-ci. Le nouveau livre de Dennis Dutton, The Art Instinct, présente à peu près le même argument. Les psychologues évolutionnistes supposent que les mêmes pulsions physiques et psychologiques prévalent parmi les êtres humains actuels : les hommes, désireux de se reproduire, sont naturellement polygames, tandis que les femmes sont naturellement monogames – mais seulement jusqu’à ce que se présente un homme qu’elles perçoivent comme ayant un statut plus élevé que leur partenaire actuel. L’hypergamie – se marier au-dessus de sa condition, ou, en l’absence de normes contraignantes liant sexualité et mariage, s’accoupler au-dessus de sa condition – est une description plus précise des inclinations naturelles des femmes. La monogamie durable – un conjoint pour une personne à un certain moment – est peut-être l’état le plus désirable pour assurer son bonheur personnel, accumuler de la propriété, et élever des enfants, mais c’est un artefact de la civilisation, la civilisation occidentale en particulier. Aux yeux de nombre de psychologues évolutionnistes, la monogamie durable n’est naturelle ni pour les hommes ni pour les femmes.
Tout ceci est à l’évidence pure spéculation, même si cela est présenté de manière imaginative et soutenu par des observations anthropologiques faites sur les actuelles sociétés de chasseurs-cueilleurs. Qui plus est, il y a dans les arguments de la psychologie évolutionniste une troublante circularité du type la poule et l’œuf : comment les femelles hominidés auraient-elles pu comprendre que les mâles cherchaient à les impressionner si leurs propres cerveaux n’étaient pas suffisamment évolués pour apprécier cet effort ? Vous ne pouvez pas amener un gorille à reconnaître Mozart ou une peinture rupestre. Il est également facile de se tordre de rire en lisant une interview que Mystery a donnée au magazine Salon, en 2007, et dans laquelle il affirmait que le fait qu’une femme se gratte le dos de la main lorsqu’un homme lui parle est « un indicateur d’intérêt » parce que « cette zone de la main démange lorsqu’une fille est attirée par un homme, ça vient des singes, vous savez – ca signifie : épouille-moi. » Cependant, la psychologie évolutionniste offre une explication persuasive pour nombre de choses que nous sommes censés attribuer à la culture : que les natures des hommes et des femmes sont fondamentalement différentes et que, avec tout le respect dû à Naomi Wolf et au mouvement des cougars, les femmes ne deviennent pas plus sexy au fur et à mesure qu’elles vieillissent, en tout cas pas au jugement de l’homme qui se tient sur le tabouret de bar à côté d’elles. La jeunesse et la beauté sont des indicateurs de fertilité. Comme l’a écrit Mystery dans son livre, il est peut-être sexiste de le dire tout haut, mais les femmes sont bien conscientes que « leur valeur sociale repose largement sur leur apparence », sinon elles ne passeraient pas autant de temps à tonifier leurs muscles et à ajuster leur maquillage.


La psychologie évolutionniste apporte également un appui à une vérité unanimement niée : les femmes recherchent avidement les hommes dominants. Et il semble que lorsque l’on interdit aux hommes de dominer d’une manière socialement bénéfique – en tant que maris et en tant que pères par exemple – les femmes vont rechercher les hommes assertifs, sûrs d’eux-mêmes, dont les manifestations de virilité ne sont pas aussi bénéfiques socialement. Cette variante sexuelle du jeu de la taupe est jouée régulièrement de nos jours au sein d’une culture qui, depuis les livres d’écoles pour enfants, en passant par les films et la télévision, présente comme des oppresseurs et ridiculise comme des empotés tous les représentants du sexe mâle.
Il est de plus en plus courant pour les femmes d’exposer les fautes supposées de leurs maris à la fois devant leurs amis et le grand public. Il existe aujourd’hui un blog tout entier dédié à cet exercice – intitulé « Mon mari est ennuyeux » – sur lequel des épouses anonymes et leurs invités postent des photos des nullards qu’elles ont épousé et critiquent librement la barbe de leurs époux, leurs habitudes nocturnes, leurs questions irritantes et leurs poses ridicules sur les photos. La journaliste Hanna Rosin de Slate a appelé son mari « a kitchen bitch » parce que celui-ci avait osé faire le diner en utilisant une recette qu’elle voulait essayer elle-même. Sandra Tsing Loh de The Atlantic, ayant décidé de divorcer parce qu’elle trouvait son mari moins romantique que son amant adultère, a détaillé les défauts sexuels et personnels des époux de ses amies – par écrit. La chroniqueuse du New-York-Times Judith Warner a écrit l’année dernière a propos d’une amie qui lui avait confié qu’elle aimerait être Michèle Obama, mariée avec le Président plutôt qu’avec son propre époux, qu’elle était « tentée d’étrangler ». Et ce ne sont pas là des féministes enragées.
D’une manière qui n’est pas surprenante, étant donné que le terme de « chef de famille » ne peut plus être prononcé dans les foyers égalitaires actuels, nombre de femmes satisfont leurs désirs de mâle dominant en se jetant dans les bras de mauvais garçons, ou pire encore. Le jour même, le 17 mars 2005, ou Scott Peterson – condamné à mort en Californie pour avoir tué sa femme et son fils à naitre et pour avoir jeté leurs restes dans la baie de San Francisco – est entré dans le couloir de la mort à San Quentin, il a reçu trois douzaines de coups de téléphone de femmes éprises de lui, y compris une jeune fille de dix-huit ans qui voulait devenir sa seconde épouse. Selon un article paru en avril dans People, Peterson continue, presque cinq ans après, à être inondé de lettres d’admiratrices, nombre de ces lettres enflammées contenant des chèques pour payer ses dépenses à l’intérieur de la prison. Tout cela est parfaitement banal dans le couloir de la mort où la règle est : plus le tueur est célèbre, plus il reçoit de courrier et de demandes en mariage. Le tueur qui, à San Quentin, reçoit le plus de courrier de fans est Richard Allen Davis qui, en 1993, a kidnappé chez elle à Petaluma, Californie, la jeune Polly Klaas, âgée de douze ans, à la pointe du couteau, puis l’a tué et enterré dans une fosse creusée à cet effet.
L’engouement pour les tueurs est une conduite extrême et rare (bien que sans doute moins rare qu’on ne l’imagine – l’été dernier une jeune fille de Virginie âgée de seize ans s’est amourachée par internet d’un jeune homme de vingt ans, fan d’horrocore, et qui se faisait appeler « Syko Sam ». Syko Sam attend actuellement de passer en jugement : il aurait battu à mort la fille, ses parents et le meilleur ami de celle-ci). Mais on peut raisonnablement prévoir un chaos social imminent lorsque le sentiment qui prédomine chez les femmes est  l’insatisfaction, soit modérée soit intense, vis-à-vis des monsieur-tout-le-monde – les mâles beta fiables et travailleurs – qu’elles ont déjà épousé ou bien que, dans une époque antérieure aux révolutions sexuelles et féministes, elles auraient projeter d’épouser parce que chasser le mâle alpha dans les bars n’était pas une option respectable pour une femme de la classe moyenne.
Les femmes se déclarent traditionnellement moins satisfaites de leur mariage que leurs époux, mais si l’on en croit le dernier rapport du National Marriage Project, leur mécontentement va croissant : moins de 60% des épouses se déclarent « très heureuses » de leur mariage contre plus de 66% en 1973. (La satisfaction maritale des hommes aussi a diminué, de 70 à 63%.)  « Les femmes prennent l’initiative du divorce dans les deux-tiers des cas », m’a expliqué W. Bradford Wilcox, un professeur associé de sociologie à l’Université de Virginie et le directeur du National Marriage Project.

Avec le divorce sans faute depuis les années 1960, cela peut être un divorce sans aucune raison. Les raisons pour lesquelles les épouses divorcent de leurs maris peuvent être légitimes ou illégitimes – adultère et mauvais traitements ou manque d’intimité, le fait de s’être éloigné l’un de l’autre ou bien d’avoir trouvé quelqu’un de plus excitant. Et parce qu’il s’agit d’un divorce sans faute même lorsqu’il pourrait effectivement y avoir une faute, le conjoint abandonné est souvent traité de manière injuste lorsqu’il s’agit de diviser les revenus et les biens, ainsi qu’en ce qui concerne la garde des enfants.

Peut-être pour cette raison, ou peut-être parce le sexe hors mariage est désormais si accessible que plus personne n’a à se soucier d’acheter avant de consommer, le pourcentage de gens mariés parmi les 35-44 ans a décliné précipitamment dans les quarante dernières années : de 88% des hommes et 87% des femmes en 1960 à 66% des hommes et 67% des femmes en 2005. Dans la mesure où les premiers mariages après 45 ans – lorsque les femmes ont cessé d’être fertiles - sont statistiquement rares, presque tous ceux qui seront un jour mariés le sont déjà à cet âge. Le pourcentage des enfants qui grandissent dans des familles où le père est absent – un facteur de risque très important pour un certain nombre de pathologies sociales – a augmenté constamment : de 9% de l’ensemble des foyers avec enfants en 1960 à 26% aujourd’hui. La bonne nouvelle est que ces tendances négatives n’affectent pas autant les femmes diplômées du supérieur (college educated). La mauvaise nouvelle est que ces femmes, qui ont tendance à se marier tardivement, ont beaucoup moins d’enfants. En 2004 selon les chiffres fournis par le Bureau du Recensement, 24% des femmes âgées de 40 à 44 ans et titulaires d’un BA sont sans enfants, contre 10% des femmes sorties du lycée sans diplôme. Le mariage est lentement en train de devenir la chasse gardée de l’élite, qui le paye par une fertilité sévèrement réduite.
Dans The mating mind, Geoffrey Miller écrivait :

Nos ancêtres connaissaient vraisemblablement leur première expérience sexuelle peu de temps après avoir atteint la maturité sexuelle. Ils passaient par une série de relations de durée variable durant le cours de leur vie. Certaines relations ne duraient sans doute pas plus de quelques jours… Au Pléistocène les mères avaient probablement des compagnons. Mais il se pourrait que le compagnon de chaque femme n’ait été le père d’aucun de ses enfants… Les mâles pourraient avoir donné de la nourriture aux femelles et à leurs rejetons et pourraient les avoir défendu contre les autres hommes, mais… les anthropologistes considèrent maintenant une bonne part de cette attitude plus comme une manière de faire sa cour que comme un investissement paternel.

C’est là une assez bonne description de la vie sexuelle contemporaine au sein du prolétariat urbain et du quart-monde de l’Amérique rurale. Enlevez la progéniture, bloquée par la contraception et l’avortement aisément disponible, et c’est également une assez bonne description du monde actuel des célibataires prolongés. Autrement dit, nous avons rencontré l’Age de Pierre : nous y sommes[1].
La vie au Nouveau Paléolithique peut être dure pour les femmes, dont beaucoup font la fête jusqu’à trente ans, avant de paniquer. « Elles sont au sommet de leur beauté au début de la vingtaine – elles sont somptueuses – mais les jeunes hommes de leur âge n’ont pas si belle allure, aussi elles se disent : « pourquoi voudrais-je me marier ? » », remarque Kay Hymowitz, une collaboratrice du City Journal qui écrit un livre sur la crise actuelle du célibat. « Puis elles arrivent à 28, 29 ans, leur fertilité décline et elles ne sont plus si somptueuses. Mais les hommes de leur âge commencent à gagner de l’argent, leur apparence s’améliore, ils ont plus confiance en eux-mêmes, et ils attirent aussi les filles de 23 ans. »
Certains affirment cependant que les principales victimes du chaos sexuel actuel sont en réalité les mâles beta : ceux qui travaillent dur, qui se conduisent bien, et qui cherchent en vain des épouses potentielles parmi les hordes de jeunes femmes obnubilées par les mâles alpha. C’est le message sous-jacent de ce qui est certainement le plus adroitement écrit, et aussi le plus sombre, des sites web de la communauté de la séduction, le blog Roissy in DC[2]


A la différence de ses confrères, Roissy ne vend pas de livres ou de « camp d’entrainement » et son site ne présente aucune publicité. Il blogue aussi de manière anonyme, ou du moins il essaye (de soi-disant photographies de Roissy circulant sur internet montrent un homme grand et mal rasé, âgé d’une bonne trentaine d’année, avec des yeux bleus perçants, et une belle apparence, bien que quelque peu dissolue). Le pseudonyme « Roissy » provient du château qui servait de cadre aux orgies sadomasochistes dans Histoire d’O, le classique pornographique français des années 1960, qui mettait en scène une belle jeune femme ne pouvant se lasser d’être violée et fouettée par des hommes dominateurs. Roissy affirme qu’il n’est pas un fétichiste SM mais qu’il a choisi ce pseudonyme parce que « les filles aiment le pouvoir ». Son blog mêle analyse darwinienne, commentaires hilarants et abrasifs sur le paysage érotique actuel (l’un de ses billets tournait en ridicule le psychiatre qui avait diagnostiqué les ébats de Tiger Wood avec un bataillon de jeunes femmes déjantées et pleines d’illusions, qui toutes croyaient qu’elles seraient la prochaine madame Wood, comme un signe que celui-ci avait « besoin d’aide ») ; des comptes-rendus très explicites (vous êtes prévenus) de la vie de dragueur de Roissy dans les quartiers pleins de célibataires au nord-ouest de Washington ; des rubriques telles que « Petite amie ou coup d’un soir ? » (girlfriend or fling ?) dans lesquelles les lecteurs sont invités à regarder des photos de femmes et à décider si l’une d’entre elles vaut un second rendez-vous ; et le pressentiment d’un effondrement social imminent, à mesure que la famille se désagrège et que les mâles beta ont de moins en moins accès aux femmes.
Son billet pour le dernier anniversaire du D-Day était titré « Aujourd’hui et Maintenant » et consistait en deux photographies montrant la manière dont la perception féminine de ce qui constitue un mâle alpha a changé : d’une part un robuste GI marqué par les batailles, aux alentours de 1944, et ayant l’air d’avoir tout juste escaladé les falaises de la pointe du Hoc, et d’autre part un Mystery particulièrement efféminé, « faisant le paon » durant son émission télévisée, avec eyeliner, barbichette et lunettes perchées sur le haut de son crâne. Le blog de Roissy est une exposition impitoyable de ce que la nature féminine peut avoir de pire : la cupidité, le narcissisme, le nombrilisme, l’égoïsme, la superficialité, la stupidité, l’appétit sexuel brut aussi puissant que celui de n’importe quel homme.
Les billets délibérément outrageants de Roissy provoquent la controverse. Dans un article sur George Sodini, l’homme qui a ouvert le feu dans une salle de gym près de Pittsburgh en août dernier, tuant trois femmes avant de retourner son arme contre lui-même, Roissy soutenait que Sodini, dont le journal intime a révélé qu’il n’avait pas eu de rapports sexuels depuis vingt ans au moment du drame, était simplement un mâle béta frustré, empêché d’accéder aux femmes par la révolution sexuelle/féministe et que « tout était justifié » pour échapper à « l’enterrement vivant » du célibat. Autrement dit, Sodini était une malheureuse victime de la révolution sexuelle.
Plus tôt cette année, Roissy s’est querellé en ligne avec Conor Friedersdorf, un contributeur régulier du blog d’Andrew Sullivan, à propos du « neg », une tactique des artistes de la drague qui consiste à plaisanter une femme particulièrement attractive à propos de son physique au lieu de la complimenter, dans l’idée qu’elle reçoit déjà probablement tellement de compliments qu’elle n’y est plus sensible. Il s’agit d’une version modernisée du précepte donné par Lord Chesterfield à son fils, et selon lequel « une beauté décidée et consciente d’elle-même regarde tous les tributs payés à sa beauté seulement comme un dû, mais veut briller et être considérée du côté de son entendement. » Friedersdorf, cependant, déclara que le but de cette tactique était de « réduire la confiance en elle-même de la femme, ou pire de jouer sur ses angoisses, en sachant que certaines femmes réagissent à cette technique en ayant un rapport sexuel ou en pratiquant un accouplement express comme mécanisme de défense. » Roissy répondit en se moquant du nom de Friedersdorf.
Si Roissy a quelque chose qui ressemble à un mentor, c’est F. Roger Devlin. Formé à la philosophie politique – il a un doctorat de l’université de Tulane – Devlin n’a pas de poste universitaire et son œuvre, en dehors d’un livre tiré de sa thèse sur Alexandre Kojève, consiste en une série d’essais et de comptes-rendus concernant les relations entre les sexes pour The Occidental Quarterly, une revue paléoconservatrice dont les autres contributeurs ont tendance à se focaliser de manière obsessionnelle sur la question de savoir à quelle race appartient quel groupe ethnique. La nature douteuse de la publication mise à part, Devlin use adroitement des théories de la psychologie évolutionniste pour soutenir que la révolution sexuelle avait essentiellement pour but de ressusciter pour les femelles humaines l’hypergamie des primates, de permettre aux femmes d’essayer d’attirer l’attention des mâles alpha de leur choix et de s’accoupler avec eux au lieu de rester chastes jusqu’à leur mariage précoce avec un mâle béta respectable et travailleur (seules les plus belles des jeunes femmes avaient une chance d’accrocher un mâle alpha dans les temps anciens).
« La révolution sexuelle en Amérique fut une tentative de la part des femmes de réaliser leur propre utopie (hypergamique), pas celle des hommes, » écrit Devlin. Les mâles béta deviennent superflus, jusqu’à ce que les femmes nouvellement libérées commencent à rétropédaler après des années passées dans les harems des mâles alpha qui refusent de « s’engager », qu’elles abaissent leurs critères de sélection et « se posent ». Durant ce processus, la monogamie en tant qu’institution sociale stable et pilier la civilisation est brisée. « La monogamie est une forme d’optimisation sexuelle », ainsi que me l’a dit Devlin, « elle permet à toutes les personnes qui désirent se marier de le faire. En régime monogamique, 90% des hommes trouvent une partenaire au moins une fois dans leur vie. » Cela n’est plus nécessairement le cas de nos jours, alors que prédomine une combinaison chaotique de polygamie pour les alphas chanceux, d’hypergamie à des degrés variables pour les femmes en fonction de leur sex-appeal et, en théorie du moins, d’un grand nombre de mâles béta sans aucune partenaire – tout comme dans les troupes de babouins. Le but des méthodes de drague de type Mystery est de donner de meilleures chances de succès à ces mâles béta. 


Dans une série d’interviews, Devlin refusa de décliner son propre statut marital, ou son absence de statut. Néanmoins, dans un email qui m’était adressé et qui concernait la réticence de nombreuses jeunes femmes actuelles, carriéristes et croqueuses d’hommes, à apprendre, mettons, à cuisiner une tarte aux pommes pour faire plaisir à leurs maris, il écrivit : « ma propre expérience en matière de tartes se limite à l’achat de pâtisseries industrielles au supermarché. » Cela laisse penser soit à une absence de vie de couple, soit à une vie de couple déplaisante, ce qui à son tour pourrait expliquer pourquoi les écrits de Devlin à propos du féminisme et de la révolution sexuelle passent fréquemment d’un politiquement incorrect rafraichissant à des propos d’une agressivité perturbante.
Devlin vise peut-être juste lorsqu’il écrit : « La révolution sexuelle féminine, telle qu’elle était représentée par Helen Gurley Brown de Cosmopolitan, revenait à conseiller aux femmes de suivre leurs pires instincts » ou encore « la sagesse populaire en tous les lieux et en tous les temps a toujours considéré l’attirance sexuelle comme une base inadéquate pour le mariage. » Cependant, son compte-rendu du livre de Wendy Shalit, paru en 2007, Girls Gone Mild: Young Rebels Reclaim Self-Respect and Find It's Not Bad to Be Good, était une exécution sans pitié d’un auteur qui était de son côté, du moins en ce qu’elle exhortait les autres femmes à faire montre de davantage de retenue en matière de sexualité et à choisir leurs compagnons sur d’autres critères qu’une apparence de mâle alpha.
Devlin prenait Shalit à partie parce qu’elle sous-entendait que les jeunes femmes sont essentiellement les proies innocentes de prédateurs masculins, qui ont tiré partie de la révolution sexuelle pour « faire pression » sur elles afin qu’elles abandonnent leur vertu et que, afin de retrouver leur « estime d’elles-mêmes », elles devraient se réserver pour un homme qui « prouve son mérite. » Devlin affirmait, peut-être à juste titre, que la position de Shalit ne faisait que reprendre, en l’inversant dans un sens socialement conservateur, le cliché féministe standard au sujet des femmes qui seraient les victimes passives de méchants hommes qui les « utiliseraient », et qu’elle se montrait ainsi aveugle à la complicité bien trop fréquente des femmes dans ces histoires de séduction que déplorent aussi bien les féministes que les conservateurs. Girls gone mild, destiné à l’évidence à un jeune lectorat et écrit sur le ton optimiste d’un magazine féminin, pouvait apparaître comme simpliste et ayant une vision excessivement romantique des femmes comme de petites fleurs fragiles. Cependant, Devlin était si désireux de ne faire aucun quartier à Shalit - et si impatient d’imputer aux femmes toute la responsabilité pour le chaos sexuel actuel – qu’il alla jusqu’à déclarer « les hommes n’ont pas à prouver leur mérite à qui que ce soit. » Vraiment ? A qui que ce soit ?
Le mot misogynie vient ici à l’esprit (indulgence pour les hommes, pas pour les femmes). Cependant ses écrits – et ceux de nombre de bloggeurs de la manosphère qui ont repris ses théories – peuvent aussi être lus comme des cris du cœur[3]. Derrière les bravades transparait, de la part de nombreux hommes, une rage profonde et compréhensible suscitée par le fait d’avoir à vivre au milieu des décombres sexuels et familiaux du nouvel âge paléolithique.
Un bloggeur de Washington D.C se faisant appeler Roosh (vous pouvez vous abonner à sa newsletter : « 7 trucs pour des premiers rendez-vous incroyables », « Comment tomber les filles dans les cafés », etc.) a publié au mois de novembre un article qu’il avait intitulé « les femmes célibataires qui ont délibérément des enfants commettent un crime contre l’humanité. » C’était essentiellement une complainte à propos de l’enfance de Roosh lui-même, sans père à la maison :

« Mes parents ont divorcé lorsque j’avais huit ans, et pendant les douze années suivantes ou à peu près j’ai rendu visite à mon père deux nuits par semaine. Aussi, lorsque je suis sorti du College, j’étais un homme seulement à 30%... Malheureusement beaucoup de types qui ont été élevés par leurs pères pourraient aussi bien être orphelins – leurs pères leur ont appris que dalle – parfois parce que eux-mêmes ne savaient pas exactement comment être un homme. Tout ça parce que la société occidentale n’exige pas des hommes qu’ils se comportent comme des hommes. »

Les commentaires sous cet article débordaient de rage et de tristesse : « Mon père a été largement absent de mon éducation – il était un carnet de chèque, pas une présence. » « Mon père était un alpha et, à cause de ses infidélités, mes parents ont divorcé lorsque j’avais cinq ans. Je n’ai plus jamais revu mon père après cela. » D’une manière qui n’est pas surprenante, la « communauté de la séduction », tout au moins telle qu’elle se manifeste dans les commentaires des blogs consacrés à ce thème, penche fortement du côté des pères divorcés encore furieux à l’égard de leurs ex-femmes ainsi que des jeunes hommes rendus cyniques vis-à-vis du sexe opposé parce leurs pères étaient absents ou bien intimidés par le féminisme, ou encore parce qu’ils ont connues des expériences malheureuses avec des jeunes femmes qui ne les ont pas jugés suffisamment enthousiasmants.
Roissy écrit souvent à propos d’une « apocalypse » qui approcherait, un effondrement total de la civilisation dû un arrêt progressif de sa matrice reproductive (une perspective merveilleuse pour un sensualiste comme lui, mais catastrophique pour tous les autres). Jusqu’à maintenant le mariage en tant qu’institution est encore raisonnablement intact - mais essentiellement  pour les catégories instruites de la population, qui sont démographiquement déclinantes. La décision de stopper l’avancée du Nouveau Paléolithique revient en définitive aux femmes, car c’est au sexe féminin qu’est dévolu le choix du partenaire, de même que faire advenir la révolution sexuelle hypergamique a été le fait des femmes. Quelles sont les chances que cela arrive ? « On a appris aux femmes depuis si longtemps que ce qu’elles font sexuellement n’a aucune importance » m’a dit lors d’une interview téléphonique l’un des commentateurs réguliers de Roissy, un historien d’Ottawa qui répond au pseudonyme de Alias Clio. « Je ne crois pas que (la permissivité sexuelle féminine) ait été bonne pour les femmes, mais c’est ce qu’elles ont choisi. Et il est toujours difficile pour les femmes de voir plus loin que le niveau personnel. »
Roissy lui-même, bien que sans doute le plus cynique de tous les blogueurs de la communauté de la séduction, est en réalité un moraliste honteux qui se languit des temps plus guindés où les femmes s’habillaient avec modestie (la rubrique « Petite amie ou coup d’un soir » porte entièrement sur le genre d’habillement et de comportement qui marquent une femme comme « à baiser et à jeter »), s’abstenaient de jurer comme des charretiers, évitaient de finir dans le lit des hommes (à l’exception du sien !), et d’une manière générale se conduisaient comme il convient à des épouses et à des mères (bien qu’il affirme n’avoir lui-même aucune intention de se marier).
« La meilleure manière de faire pour qu’un homme vous propose le mariage, c’est de rester vierge, » écrit Roissy dans l’un de ses articles. Comme archétype de tout ce qui s’est détraqué dans la structure familiale monogamique sur laquelle reposait la prospérité de l’Occident, Roissy a choisit de mettre en avant une de ses commentatrices régulières, une jeune femme de 28 ans, ancienne danseuse de bar qui se fait appeler Lady Raine et qui, sur sa page Myspace, a publié des photos d’elle-même dans des tenues révélant son postérieur et ses tatouages à côté d’une photo de son fils de 6 ans, qu’elle a conçu hors mariage avec un bon-à-rien alcoolique. En plus du fait de reposter les photos sur son blog, Roissy a raillé Lady Raine comme « mère célibataire », et lui a affirmé que son fils, dont le seul contact avec des hommes adultes semblait être ses innombrables boyfriends, deviendrait probablement en grandissant soit gay soit sociopathe. (En représailles, Lady Raine a dévoilé l’identité de Roissy en mettant sur son propre blog le nom et le lieu de travail de celui-ci – bien que Roissy m’ait soutenu dans un email que tout cela n’était qu’une « expérience » en matière « d’emprunt d’identité. »)
Tout le but de la révolution sexuelle et féministe était de faire disparaître le deux poids deux mesures en matière de sexualité qui était censé empêcher l’ultime libération des femmes. Ces deux révolutions jumelles ont fait disparaître bien davantage, mais le deux poids deux mesures est réapparu sous une forme plus dure, plus cruelle : semant le chaos dans la vie des mâles béta, mais aussi des femelles béta qui, comme l’indique le taux de mariage déclinant, ont du mal à trouver et à garder un partenaire stable dans un marché sexuel saturé par les offres de court terme. Les belles femelles alpha se portent bien – pendant quelques années, jusqu’à ce que les compétitrices plus jeunes arrivent sur le marché. Mais aucune femme, qu’elle soit alpha ou béta, ne semble pouvoir échapper à la préférence atavique des hommes, aussi bien alpha que béta, pour les épouses virginales et bien élevées (ladylike) (L’explication darwinienne pour cela est que ces caractéristiques sont des indicateurs de fidélité conjugale, ce qui assure aux hommes que les enfants que portent leurs épouses sont aussi les leurs). Et tous les aspects du Nouveau Paléolithique découragent la modération sexuelle qui s’imposait autrefois aux deux sexes et qui constituait un fondement solide aussi bien pour la famille que pour la civilisation.
Une semaine après que Courtney A. ait publié son histoire à propos de son aventure d’un soir avec Tucker Max, celui-ci a publié une réponse étonnement gentille et courtoise, qui incidemment expliquait aussi clairement ce que les jeunes femmes devraient faire.

Courtney, je sais que tu as seulement 21 ans, et ceci explique sans doute beaucoup de choses, mais bébé, s’il te plait, essaye de comprendre : nous récoltons tous ce que nous avons semé… je suis sûr qu’il existe tout un tas de gars qui seront gentils et doux avec toi au lit, et qui feront vraiment attention à tes désirs, mais le gars avec lequel tu vas b -  pour relever un défi n’en fait probablement pas partie… Je lui ai dit que je voulais un jour me poser et avoir des enfants. C’est vrai. Peut-être pas tout de suite, mais dans un futur suffisamment proche pour que j’y pense maintenant. Evidemment, voyager dans tout le pays et b – er toutes les étudiantes qui se jettent à mon cou n’aide probablement pas.

Non. Probablement pas.


[1] Cette phrase est une référence à une formule célèbre d’un comic strip américain très populaire, dessiné par Walt Kelly, Pogo : « We have met the enemy and he is us ». Formule qui est elle-même un clin d’œil à un mot fameux prononcé durant la guerre anglo-américaine de 1812 "We have met the enemy and they are ours"…
[2] DC : District of Columbia. Le blog a depuis changé d’adresse et de nom. Il peut être trouvé ici : https://heartiste.wordpress.com/

[3] En français dans le texte.

8 commentaires:

  1. J'ai bien envie de me faire moine.

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    1. Allons, allons, il doit encore bien exister des mariages heureux... quelque part... en cherchant bien...

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    2. en dehors du monde occidental sans aucun doute

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  2. J'ai attendu de lire les deux textes pour écrire des idioties comme d'habitude.Je ne pense pas être un mâle alfa mais plutôt un bêta qui est devenu chasseur de dame, ma môman aurait dit "un coureur de jupon";

    Mon premier mariage fut une catastrophe , la dame était fort agréable (ses soeurs aussi) mais j’étais toujours en mode " hunter-killer"; la dame prit ses valises pour le second, je ne sais si c'est un mariage heureux mais pour l'instant il tient le choc, certainement plus grâce à mon épouse qu' à ma petite personne;

    Pour terminer quand on est ni beau, ni laid et certainement pas riche donc normal comme tout mâle beta, on fait de tout bois, c'est à dire on saute surtout ce qui porte culotte en s'imposant des limites(age,poids,taille).Je sais que l'on doit primer la qualité sur la quantité mais on doit être aussi réaliste quand on ne ressembla pas à Brad ou à Goerges.

    Je suis à peu prés certain que c'est en draguant que l'on devient un drogué de la drague même si l'on ne ressemble à rien, cette remarque n'engage que moi.

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  3. Bonjour Aristide,

    Finalement, quelles sont selon vous les causes du délabrement moral et affectif que dépeignent d’une façon presque célinienne vos trois dernières traductions ? Pourquoi cette hausse tendancielle des comportements médiocres ou pathétiques ? Dans les commentaires du billet « Ce que veulent les hommes », vous écrivez que « le féminisme n'est pas seul en cause dans cette affaire ». Qu’est-ce à dire ? Car je ne vous vois pas vraiment reprendre à votre compte les thèses de Michel Clouscard sur l’émergence de nouveaux marchés du désir comme solution des contradictions du capitalisme… Et rien dans ces trois textes n’orientaient sur la piste d’une responsabilité d’un l’État-Providence nivelleur et déresponsabilisateur, que vous aimez ordinairement pourfendre. Avouez qu’on serait perdu à moins.

    Plus généralement, cette Kulturkritik a-t-elle un sens ? Croyez-vous que les rapports humains étaient meilleurs en 1960 ou en 1920 ? Les phénomènes qui vous préoccupent ne sont-ils pas fondamentalement transhistoriques (cf les diatribes de Platon sur la frivolité de la jeunesse) ? S’ils ne le sont pas, que faudrait-il faire pour y remédier ? Que serait une éducation sentimentale alternative ?

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    1. Vous posez beaucoup de questions en quelques lignes, et il m’en faudrait bien davantage pour vous répondre, or je n’ai plus guère le temps de le faire.
      Je vais donc essayer vous résumer sommairement ce que je pense au sujet des relations hommes/femmes.
      Je pense que le féminisme nihiliste, le féminisme beauvoirien, a fait énormément de mal aux femmes et aux hommes, et bien sûr par conséquent aux enfants. Mais il n’est pas le seul.
      Le féminisme lui-même n’est finalement qu’une émanation de la passion pour l’égalité qui anime nos sociétés démocratiques (ou du moins c’est à cette passion qu’il doit son succès fulgurant), cette passion pour l’égalité qui nous pousse à nier toutes les différences naturelles entre les êtres humains, au premier rang desquelles la différence des sexes.
      Mais il y a aussi l’invention de la pilule contraceptive – les contraceptifs modernes en général – qui a induit un bouleversement sans précédent en permettant, pour la première fois, de séparer à volonté et de manière fiable, sexualité et parentalité. La « libération sexuelle », avec toutes ses conséquences, est impensable sans cela.
      Il y a aussi les évolutions économiques et le travail des femmes qui ont évidemment considérablement changées la donne au sein des couples et de la famille.
      La baisse, voire la disparition des sentiments religieux aussi, joue son rôle.
      Et on pourrait effectivement parler de l’Etat-providence, qui permet l’existence des « familles monoparentales » et donc pousse à leur apparition, et ainsi de suite.
      Bref il existe à mon sens tout un tas de facteurs qui ont convergé pour donner le chaos actuel.
      Je parle de chaos, car ce qui me parait prédominant c’est justement cela : l’absence d’ordre. Chacun est laissé à lui-même pour essayer de s’orienter et de faire sens de différences naturelles entre les sexes qui sont censées ne pas exister.
      Certains y arrivent à peu près, beaucoup n’y arrivent pas vraiment, et même ceux qui y arrivent peuvent être victimes à tout instant du chaos dans lequel ils vivent.
      Vous me demandez si sur ce point c’était mieux avant. A quoi je réponds oui, sans hésiter. Je pense par exemple que, mettons, dans la France des années 20, ou même encore 60, les rapports hommes/femmes reposaient sur des bases plus saines.
      Ca n’avait rien d’idéal, bien sûr. Il n’y a jamais rien d’idéal en la matière. Mais il me semble que c’était globalement plus satisfaisant, que les mœurs et les règles de vie étaient mieux adaptées à la réalité si vous voulez.
      Quant à ce qu’il faudrait faire, je dirais d’abord avoir les idées claires. Retrouver quelques vérités simples. Je m’y emploie à mon petit niveau. C’est le préalable indispensable. Et pour ce qui est d’une éducation sentimentale alternative, je laisse ce soin à d’autres. Tous les matériaux sont déjà là, connus depuis longtemps. Il faut juste les réagencer un peu pour les adapter aux conditions actuelles.

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  4. J’ai lu plusieurs essais de Devlin. J’ai un peu parcouru le blog de Roissy. J’ai réfléchi. Voici ce que j’en ai conclu.

    Cette idée selon laquelle le chaos sexuel dans lequel a plongé l’occident serait un retour au paléolithique, ne me convainc pas du tout. L’explication de la sexualité contemporaine par la psychologie évolutive me paraît extrêmement faible. Voici pourquoi en quelque mots.

    En gros, on nous dit que nous sommes des singes et que nos désirs et comportements sexuels sont déterminés par des instincts qui nous poussent à nous reproduire avec le « meilleur » partenaire. Pendant des millénaires une pression sociale et des institutions auraient entravé la libre expression de ces instincts, mais, à présent que cette pression a disparu et que ces institutions sont par terre, nos instincts auraient repris le dessus.

    Si l’on s’arme de cette théorie pour essayer de comprendre l’ordre sexuel de ce début de XXIe siècle, on constate tout d’abord la présence d’une grosse zone d’ombre : l’homosexualité. Elle est incompréhensible dans le cadre de cette théorie à base de darwinisme et d’evopsy.

    C’est loin d’être la seule faiblesse de l’explication évolutionniste. A l’heure de la contraception de masse, de la pilule, de la capote, de l’avortement, je ne sais pas exactement quel est le pourcentage de rapports sexuels qui sont stériles (rendus tels, délibérément, par les participants), mais il doit être de l’ordre de 99,9%. Dans ces conditions, essayer de nous faire croire que les comportements sexuels de nos contemporains ont quelque chose à voir avec la reproduction, c’est nous prendre pour des abrutis. Or c’est bien cela que tente de nous faire avaler les tenants de l’evopsy. Alors comme ça la femelle se laisserait traîner par les cheveux par le mâle alpha jusque dans sa caverne, parce qu’elle est impuissante à résister aux instincts qui lui ordonnent de se faire engrosser par sa semence de qualité « supérieure ». Pourtant cinq minute après, notre femelle redevient une femme du XXIe siècle, parfaitement maitresse de ses pulsions, lorsqu’elle insiste pour qu’un préservatif soit utilisé, ou lorsqu’elle se demande si elle a bien pris sa pilule du jour, ou si elle a bien une pilule du lendemain dans la table de nuit. Et si par malheur, les gènes supérieurs, qu’elle a tant convoité (au point de se laisser trainer par les cheveux…), venaient à se retrouver dans son utérus sous la forme d’un enfant, elle se dirige tout droit vers un avortoir, afin de s’en débarrasser au plus vite. Bizarre...
    Non, je crois qu’il faut s’y faire, les activités « sexuelles » humaines, n’ont, aujourd’hui, aucun rapport avec la reproduction. Et tout est fait pour qu’elles n’en aient aucun.

    (comme je suis limité à 4096 caractères, je poste la suite dans un autre commentaire)

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  5. (suite de mon commentaire)

    Expliquer les comportements sexuels modernes par la psychologie évolutionniste, c’est ne tenir aucun compte des faits. A l’heure où, soit disant, nous redevenons des primates du paléolithique, mû exclusivement par les lois de la sélection naturelles qui nous commandent de copuler un maximum, nous constatons que la « sexualité » des gens implique de plus en plus des pratiques buccales et anales. C’est quand même bizarre, plus nous sommes libres de nous comporter comme les grands singes que nous sommes sensés êtres, en répandant nos gènes dès qu’une occasion se présente, plus nous semblons portés sur des pratiques par nature stériles. Est-ce un problème de vue qui nous conduit à mettre nos pénis partout sauf là où il pourrait en résulter la conception d’un enfant, où est-ce un déficit de savoir anatomique qui nous fait prendre un anus pour un vagin ?

    Pour ma part, je propose une explication diamétralement opposée des désirs et des comportements sexuels contemporains. Je pense que loin d’être une résurgence de schéma sexuels primitifs, ce que nous observons en ce moment dans le domaine de la « sexualité », est spécifique à notre époque. Plus précisément, c’est l’aboutissement d’un long processus historique caractérisé par le rejet progressif de Dieu, la montée en puissance d’une prétention à la divinité personnelle et une quête de transcendance tournée vers les hommes, conçus comme des dieux. Autrement dit, selon moi, le chaos sexuel qui se déroule sous nos yeux, ne relève pas du biologique, mais bien du métaphysique. La théorie que je défends a l’avantage d’expliquer aisément l’homosexualité, l’obstruction quasi systématique qui est faite à la fécondité des rapports sexuels, et la place de plus en plus centrale que semble jouer le trou de balle dans les rapports hétérosexuels.

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