Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 13 septembre 2011

Real education : comment ramener l’Education Nationale à la réalité (3/5)



La troisième « vérité simple » présentée par Charles Murray découle très logiquement des deux précédentes : trop de gens vont au College.
Ici le lecteur non américain aura besoin de transposer quelque peu ce que dit Murray, car le système du College est propre aux Etats-Unis. Schématiquement, le College est une institution d’enseignement supérieur dans laquelle la scolarité dure normalement quatre ans et aboutit à un bachelor’s degree, en science (B.S : Bachelor of Science), ou dans les humanités (B.A : Bachelor of Arts). Il s’agit donc de l’enseignement supérieur dont la visée n’est pas directement professionnelle, qui ne prépare pas les étudiants à un métier particulier mais qui est censé leur donner une solide « éducation libérale » (liberal education), c’est-à-dire, à peu près, une solide culture générale. Si donc nous voulons adapter les propos de Murray à la France, nous dirions à peu près : trop de gens vont à l’université (en mettant ici de côté le cas spécifiquement français des « grandes écoles »).
L’un des aspects les plus dommageables du romantisme éducatif est l’idée que tout le monde devrait accéder à l’enseignement supérieur : 80% d’une classe d’âge au baccalauréat !

Si aller à l’université ne signifie pas seulement y entrer et en ressortir avec n’importe quelle peau d’âne dans n’importe quelle discipline, mais signifie être capable de supporter les exigences d’un véritable enseignement universitaire - mettons, pour la France, le type d’enseignement qui était dispensé jusque dans les années 1960 - alors très peu de jeunes gens semblent objectivement capables d’aller à l’université.
En se basant sur les résultats du SAT et les exigences d’un large échantillon de Colleges, Charles Murray présente en détail, dans les notes de son livre, trois méthodes différentes permettant de calculer approximativement la proportion des jeunes gens de 17 ans susceptibles de satisfaire aux exigences d’un véritable enseignement universitaire. Les résultats obtenus vont de 9 à 12% et Murray estime que le bon chiffre doit se situer aux alentours de 10%, ce qui représente un chiffre plus de trois fois inférieur au nombre de jeunes Américains qui rentrent chaque année au College.
Comment ? diront les défenseurs de la « démocratisation » de l’enseignement, faudrait-il se contenter d’envoyer 10% des jeunes de 17 ans à l’université ? Faudrait-il diminuer par plus de trois le nombre de ceux qui y rentrent chaque année ?
A cette question, Charles Murray répondrait en substance : non, il faut le diminuer encore plus. Que environ 10% des jeunes gens de 17 ans aient les capacités intellectuelles nécessaires pour aller à l’université ne signifie pas que tous devraient y aller. En fait, un grand nombre de ceux qui seraient théoriquement capables de rentrer au College pour y recevoir une « éducation libérale » ne devraient pas y aller, tout simplement parce que leurs centres d’intérêt sont ailleurs et qu’ils ne tireront donc pas profit de ces années d’études généralistes.
Charles Murray suggère de regarder les quatre années du College de la même manière que nous regardons les années d’apprentissage pour devenir chef cuisinier : une période de formation très exigeante dans laquelle il est impossible de réussir sans une forte motivation. Il n’est pas plus raisonnable de pousser nos enfants à rentrer au College (à l’université) s’ils n’en ont pas spécialement envie, que de les pousser à apprendre à émincer parfaitement les carottes en julienne si cuisiner ne les intéresse pas.
A la perspective de diminuer drastiquement le nombre de ceux qui vont à l’université, deux objections contradictoires sont communément opposées.
La première objection est que l’université n’a pas essentiellement une vocation utilitaire. Qu’elle ne sert pas d’abord à former les jeunes gens à leurs futurs métiers, mais à « former des citoyens ». Une démocratie, pour bien fonctionner, a besoin de citoyens instruits et cultivés. Il faut donc envoyer le plus possible de nos enfants à l’université.
A cela, Murray répond qu’il est vrai que le plus de jeunes gens possible devraient recevoir les rudiments d’une éducation libérale, mais que le bon endroit pour ce faire n’est pas l’université mais l’enseignement secondaire. Cela suppose bien sûr que l’éducation libérale en question - la culture générale - retrouve son sens originel. Qu’elle ne consiste plus en l’enseignement des dernières théories universitaires à la mode et en l’inculcation d’un relativisme vulgaire sous le nom pompeux « d’esprit critique », mais qu’elle soit l’enseignement de l’histoire et de la géographie nationale, qu’elle donne aux élèves une certaine familiarité avec les grandes réalisations intellectuelles et artistiques de leur pays, et de l’Occident en général. Cela suppose qu’elle consiste avant tout à apprendre aux élèves des faits, des dates, des lieux, à transmettre la mémoire des grands hommes et des grands évènements. Bref, tout ce que l’enseignement secondaire a largement cessé de faire depuis quelques décennies, au nom d’une prétendue « démocratisation » et de « l’ouverture à la diversité ».
La seconde objection est qu’aujourd’hui, dans le contexte d’une économie hautement complexe et mondialisée, avoir un diplôme universitaire est devenu un passeport presque indispensable pour avoir un emploi.
Et de fait, les statistiques montrent incontestablement que les titulaires d’un B.A (une licence ou un master) ont en moyenne des revenus plus élevés que ceux qui n’ont pas de diplômes universitaires.
Cependant, ces statistiques globales sont trompeuses pour un adolescent qui s’apprête à décider dans quelle voie il va s’orienter. La bonne question à se poser n’est pas : « est-ce que ceux qui ont un diplôme universitaire ont en moyenne des revenus plus élevés que ceux qui n’en ont pas ? », mais : « est-ce que moi, avec mes capacités, je gagnerais plus en ayant un diplôme universitaire ou en faisant une formation de type professionnel ? » Un cadre gagne en moyenne plus qu’un électricien, mais un bon électricien gagne plus qu’un cadre médiocre. Un adolescent avec un potentiel scolaire légèrement au-dessus de la moyenne peut parvenir à devenir cadre, mais selon toute vraisemblance il ne sera jamais qu’un cadre subalterne, parce qu’il sera en concurrence avec de plus doués que lui une fois rentré sur le marché du travail. En revanche, s’il possède une bonne habilité manuelle, il pourra espérer devenir un très bon électricien, ou un très bon artisan en général.
Non seulement il gagnera plus en tant qu’artisan mais son emploi sera plus sûr. Les emplois d’artisans ne sont pas délocalisés - à la différence des emplois de bureau - et les bons artisans ne manquent presque jamais de travail. Dans une société riche, comme les Etats-Unis ou la France, la demande pour le travail manuel non qualifié diminue, mais la demande pour le travail manuel très qualifié tend à augmenter à proportion de la richesse : les gens aisés peuvent se permettre d’acheter les produits de haute qualité des artisans spécialisés ou peuvent recourir à leurs services, et ils le font de plus en plus.
Enfin notre adolescent, ou plutôt les adultes qui le conseillent, devraient considérer la satisfaction intrinsèque qu’il y a à être bon dans ce que l’on fait, et à savoir que l’on est bon dans ce que l’on fait ; et à l’inverse l’insatisfaction chronique qui accompagne presque toujours le fait d’être médiocre dans sa profession, et de savoir que l’on est médiocre.
La conclusion s’impose d’elle-même : même d’un simple point de vue utilitaire, aller à l’université n’est une bonne idée que pour peu de jeunes gens. Pour tous ceux qui n’ont pas un fort potentiel scolaire, suivre dès le secondaire une formation de type professionnel ne devrait pas être considéré comme une « voie de garage » ou un second choix, mais comme le choix le plus rationnel : celui qui leur promet à la fois les revenus et la satisfaction la plus élevée une fois parvenus à l’âge adulte.

Pour achever de nous convaincre que trop de jeunes gens vont au College, Charles Murray nous demande enfin de considérer l’effet délétère produit sur la société dans son ensemble par le fait de chercher à envoyer toujours plus de monde dans l’enseignement supérieur.
D’une part, la conséquence inévitable de cette pression des pouvoirs publics est de stigmatiser ceux qui ne parviennent pas à obtenir un diplôme universitaire. Plus le nombre de diplômés s’accroit et plus ceux qui n’ont pas de diplômes sont soupçonnés d’être des idiots ou des paresseux. Le besoin d’avoir un diplôme universitaire pour trouver du travail se transforme ainsi en prophétie auto-réalisatrice : un nombre croissant d’employeurs ne se donnent même plus la peine de regarder les candidatures de ceux qui ne peuvent pas se prévaloir d’un tel diplôme, non pas parce qu’il serait réellement nécessaire d’avoir fait des études supérieures pour occuper l’emploi en question, mais parce que les non diplômés sont considérés a priori comme appartenant au fond du panier en termes d’intelligence et d’aptitude au travail.
D’autre part, l’afflux dans l’enseignement supérieur de jeunes gens n’ayant pas la capacité ou la motivation nécessaire pour faire des études universitaires oblige petit à petit les universités à diminuer leurs exigences. La charge de travail demandée devient moins lourde, les examens plus faciles, les options dont la seule fonction est de permettre aux étudiants de gagner des points se multiplient, et ainsi de suite. En bref, la « démocratisation » de l’enseignement supérieur produit exactement les mêmes effets que la « démocratisation » de l’enseignement primaire et secondaire : les exigences s’alignent sur les capacités des étudiants les plus médiocres, sans pour autant rendre la vie plus facile à ces étudiants, qui trainent leur ennui pendant de longues années à suivre des cours qui ne les intéressent pas et à essayer de faire des exercices pour lesquels ils n’ont ni talent ni appétence.
Gâchis, frustration, déception, ressentiment, et ce à tous les niveaux, telle est la vérité effective de cette volonté inconsidérée d’amener toujours plus de jeunes gens dans l’enseignement supérieur.

34 commentaires:

  1. Ça veut dire quoi "trop de gens vont au 'college'" ?
    L'inflation scolaire dénoncée par Murray n'est effective que pour une raison : la baisse du coût d'opportunité. En subventionnant les écoles, en particulier pour les pauvres (qui comme on le sait tendent à avoir des capacités intellectuelles plus limitées que la moyenne), rendent l'école plus accessible aux faibles revenus.
    Vous me direz peut-être que c'est dû aussi à l'éternelle obsession des parents qui poussent leurs enfants à poursuivre plus loin leurs études, pour rester dans la "norme". Mais je persiste à croire que cette attitude n'est qu'un effet secondaire de la démocratisation de l'enseignement. C'est parce que l'université est devenue accessible que les parents sont obsédés par le diplôme. Pour ne pas s'écarter de la "norme" que le gouvernement a lui-même créée.

    "parce que les non diplômés sont considérés a priori comme appartenant au fond du panier en termes d’intelligence et d’aptitude au travail"

    Je l'avais remarqué aussi. Et c'est précisément l'une des raisons pour laquelle je suis plutôt favorable aux tests de QI pour les nécessités des entretiens d'embauche. Mais on sait que ça n'arrivera jamais.
    En revanche, je doute que la spirale négative amorcée par l'accessibilité de l'enseignement soit aussi prononcée que cela. Si l'enseignement réduit ses exigences, alors les faibles QI diplômés vont diminuer la valeur du diplôme, qui seront moins demandés, et qui fatalement rapporteront moins de revenus. Pourtant, la prime au diplôme reste très forte. Ce n'est pas nier qu'il y a une baisse de valeur du diplôme, mais plutôt que ses effets néfastes se manifestent encore assez doucement.

    Gottfredson a écrit un article intéressant sur l'influence du facteur g sur le travail. Je n'ai plus le papier en question, je le posterai ici si je le retrouve. Mais je me souviens qu'elle disait que ceux qui ont de bonnes compétences intellectuelles sont ceux là mêmes qui sont aptes à s'adapter à des situations nouvelles. Dans un boulot, généralement, il y a toujours des tâches routinières, et avec l'habitude, on devient plus habile. Mais parfois, on devra faire face à des tâches nouvelles, et si on a pas le facteur g suffisant, on est maladroit, peu productif, incapable de s'adapter à toutes les situations. C'est exactement ce à quoi on est en droit de s'attendre. Le facteur g étant, pour rappel, ce qu'on nomme l'intelligence générale.

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  2. ça y est, je crois que j'ai trouvé le document. Par contre, je suis pas certain que le titre soit exactement le même, mais après avoir parcouru quelques lignes, ma mémoire semble se rafraichir.
    http://www.udel.edu/educ/gottfredson/reprints/health.pdf

    Ce passage, par exemple :
    "Recall that Arvey’s (1986) dominant “Judgment and Reasoning” factor among job demands correlated most highly with the ability to “deal with unexpected situations” (.75), “learn and recall job-related information” (.71), “reason and make judgments” (.69), “identify problem situations quickly” (.69), “react swiftly when unexpected problems occur” (.67), and “apply common sense to solve problems” (.66). These are precisely the skills that the accident prevention process calls upon most. Moreover, we also saw that accidents occur more frequently in situations that tax these abilities most heavily—complex, non-routine, and ambiguous."

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  3. Bien sûr que trop de monde va à l'université ! Si vous savez le nombre d'étudiants qui assistent à mes cours, font un master 2 de ceci, qui ne leur donne rien en terme de boulot, font un autre truc, puis encore un autre...

    L'université meurt aussi des milliers d'étudiants poussés à faire des études longues par leurs parents hantés par la peur du "déclassement social".

    Sur la question du pognon, j'ai envie de dire, ça dépend, ça dépasse. Mon mari a fait un double Bac + 5 en droit, il prétend aujourd'hui à des salaires bien plus élevés (trois fois plus, en règle générale) que ses connaissances qui n'ont qu'un BTS en poche et qui prétendent à des boulots du même domaine.
    Je suis pour ma part en train de terminer mon doctorat, je suis titulaire de l'agrégation d'histoire, je suis passée par une grande école, et pourtant en tant que professeur, même dans le supérieur, je resterai largement moins payée que mon mari.
    Mais j'aurai un boulot stable, des horaires fixes, des tas de vacances pour notre famille. Mes études ne me rendront pas riche, ça c'est bien évident, mais elles me permettront de ne pas galérer comme beaucoup de femmes dans le monde du travail.

    Je persiste à penser qu'il faut revenir sur l'obligation de "terminer le cycle" - en gros, un gamin même de plus de 16 ans qui emmerde tout le monde au lycée, on ne peut pas l'expédier vers les contrées riantes de la voie pro, il faut impérativement le faire asseoir dans une classe de lycée, même s'il s'emmerde, même s'il emmerde les autres, même si ça ne sert à rien. Cela c'est débile, mais rien à faire, les parents d'élèves ne veulent pas en entendre parler, les gouvernements non plus, partant du principe qu'un gosse au lycée ou à la fac, c'est toujours un chômeur de moins à indemniser.

    Soupiiiiirs.

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  4. Il semble clair qu'il y a une bulle universitaire mondiale. Une partie du "printemps arabe" vient de là : des gens qui sont allés à l'université (les fameux "Tunisiens éduqués", par exemple), et qui sont frustrés parce qu'ils n'obtiennent pas, à la sortie, l'emploi qu'ils en espéraient.

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  5. "Ça veut dire quoi "trop de gens vont au 'college'" ?"

    Ca veut dire trop de gens par rapport à ceux dont on peut raisonnablement penser qu'ils ont les capacités intellectuelles nécessaires pour suivre l'enseignement qui y est dispensé.
    C'est le sens des estimations présentées par Murray dans son livre mais que je ne peux pas reproduire ici.

    "C'est parce que l'université est devenue accessible que les parents sont obsédés par le diplôme."
    C'est vrai (vous voulez dire financièrement accessible je suppose). Mais c'est aussi parce que les pouvoirs publics, les enseignants, les médias, bref à peu près tout le monde leur répète sans cesse qu'il est nécessaire d'être diplômé du supérieur pour s'en sortir sur le marché du travail.
    Comment voudriez-vous qu'ils ne finissent pas par le croire?
    D'autant plus que les statistiques semblent effectivement aller dans ce sens - mais pour de mauvaises raisons.

    "En revanche, je doute que la spirale négative amorcée par l'accessibilité de l'enseignement soit aussi prononcée que cela."
    Ce que je peux vous dire c'est que, à l'université, cette spirale négative est une réalité depuis des années.
    Chaque année le niveau scolaire réel de ceux qui y rentrent est plus catastrophique. Bien des étudiants de première année savent à peine écrire le français. Passé le sujet-verbe-complèment il n'y a plus personne. Et encore : sujet-verbe-complément avec des fautes d'orthographes.
    Peut-être les entreprises ne perçoivent-elles pas encore bien cet état de fait, je ne sais pas.
    On peut remarquer toutefois que certaines d'entre elles font désormais passer des tests d'orthographe à leurs candidats, ce qui est nouveau.
    Il est vrai aussi que, en France, un nombre considérable d'étudiants abandonnent dès la première année et donc ne sont jamais diplômés.
    Néanmoins, en dépit de cet "écrémage", il est inévitable que la médiocrité remonte peu à peu. Et elle le fait.

    Sinon d'accord avec vous sur l'influence du facteur g au travail. Murray et Herrnstein expliquent aussi cela très bien dans The bell curve.

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  6. "Ce que je peux vous dire c'est que, à l'université, cette spirale négative est une réalité depuis des années."

    Oui, mais ça n'explique pas pourquoi ça ne se voit pas sur les salaires des hauts diplômés, qui, logiquement auraient du baisser. Si l'intelligence est un facteur de productivité, alors pourquoi la prime au diplôme reste si élevée ? Réponse : les employeurs ne perçoivent pas encore les effets secondaires de la dévaluation des diplômes sur la productivité au travail, ou très peu, pour le moment. Vous le savez comme moi : un diplôme ne rend pas intelligent. On l'obtient parce qu'on est intelligent. Au lieu de dire que les diplômés sont moins productifs que ce à quoi ils s'attendaient, les employeurs se plaignent souvent que les diplômés sortent d'université sans expérience.
    Dernière possibilité : les diplômés à faible QI ne trouvent pas de travail, ce qui peut expliquer pourquoi les employeurs ne perçoivent pas le déclin de dévaluation de diplôme sur les performances cognitives. Je n'ai pas d'études ou de chiffres qui permettent de le confirmer, là, maintenant, mais je suis prêt à parier que c'est effectivement le cas. Les gens à faible QI sont plus susceptibles d'être au chômage que les forts QI, indépendamment du statut social.

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  7. Je rajoute à mon message précédent.
    1) Si la dévaluation des diplômes est une réalité
    2) Si le déclin de performance au travail des diplômés est une réalité
    3) Si les employeurs ne perçoivent pas ce signal

    Alors la conséquence est que l'augmentation des diplômes s'accompagne toute chose égale, d'une hausse du chômage pour les diplômés. Je vais essayer de chercher tout ça, mais je n'ai pas le souvenir, à priori, que les diplômés sont plus susceptibles d'être au chômage qu'ils l'étaient autrefois.

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  8. Artémise :

    "Je persiste à penser qu'il faut revenir sur l'obligation de "terminer le cycle" - en gros, un gamin même de plus de 16 ans qui emmerde tout le monde au lycée, on ne peut pas l'expédier vers les contrées riantes de la voie pro, il faut impérativement le faire asseoir dans une classe de lycée, même s'il s'emmerde, même s'il emmerde les autres, même si ça ne sert à rien."

    Oui, c'est tout à fait ça. Et le pire, c'est le côté prophétie auto-réalisatrice de la chose : dès lors que vous faites en sorte que le plus de monde possible suive le cycle général, ceux qui iront en cycle pro seront presque toujours les plus mauvais éléments, les moins intelligents et les moins disciplinés. Du coup les filières pro deviennent des poubelles et personne ne veut y aller.
    Et ainsi de suite.

    Robert :

    "Il semble clair qu'il y a une bulle universitaire mondiale."

    C'est très possible effectivement. Reste à savoir quand elle va éclater, et en causant quels dégâts.

    Meng-Hu :

    Je n'ai pas de réponse à votre question. La seule chose dont je sois sûr, positivement sûr, c'est le déclin du niveau moyen des étudiants.
    Aux Etats-Unis c'est assez clair puisqu'il existe le SAT, même si ce test a été opportunément recalibré en 1993, ce qui rend les comparaisons avec les années qui précèdent impossibles.
    En France nous n'avons pas la même chose, mais à peu près tous les universitaires s'en plaignent, à mots couverts, et il y a certains signes qui ne trompent pas. Je reviendrais là dessus.
    Pour trouver la réponse à votre question il serait sûrement nécessaire d'avoir des statistiques fines, et pas seulement par niveau de diplôme.
    Les employeurs savent très bien faire la différence en fonction de la provenance du diplôme, par exemple.
    Ils se pourrait du coup que les statistiques sur le taux de chômage des diplômés soient aussi trompeuses que les fameuses statistiques qui nous disent que les femmes gagnent moins que les hommes pour un même travail.
    C'est une hypothèse.

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  9. Sur le niveau moyen des étudiants, je vous appuie fortement : je commence à voir, en histoire, des gamins arriver au niveau master sans savoir lire les chiffres romains (qui sont théoriquement vus, ce qui m'a été confirmé par une amie instit, en CP ou en CE1).
    Que s'est-il passé ? Il s'est passé que les gosses se foutent totalement d'apprendre et de retenir ce qu'ils font, encouragés par les parents qui "ne voient pas l'intérêt", le soir, de vérifier si la leçon est sue. "Mais vous comprenez, madame, mon gamin est fatigué, moi aussi, je ne vais pas prendre une heure pour le faire travailler"
    Euh, genre, c'est ton gamin, non ?

    En fac, c'est pareil : on aboutit en particulier dans les filières littéraires (celles que je connais le mieux) où la plupart ont un niveau très faible et qui est intimement persuadé que malgré tout ils atteindront le saint Graal - le statut d'enseignant chercheur, ou un super poste payé plusieurs milliers d'euros par mois.
    Tout mon job consiste, une bonne partie de l'année, à leur expliquer que non, seuls les quelques têtes seront enseignants chercheurs (et encore, pas tous) et que 90% de l'amphi dépassera rarement les 2000 euros par mois.
    Evidemment, ils tombent de l'armoire (étape 1) puis votent pour des délégués trostkystes qui réclament plus de justice et plus de poste et plus de sous (étape 2) et enfin, ils manifestent (étape 3).
    Ensuite, finalement, ils font un autre master, une autre licence, un autre diplôme, hantent les couloirs des établissements, obsédés par l'idée que seule la fac peut leur obtenir, miraculeusement, le poste en or. "Vous comprenez, madame, je fais des études, moi, j'veux pas être standardiste".
    Impossible de leur faire piger que si, vu leur capacité à rendre une dissertation correcte à l'heure, vu leur capacité à être à l'heure en cours, ils peuvent difficilement prétendre à autre chose.
    La plupart sont absolument certains que la mention Bac + 5 sur leur CV suffit. Je passe mon temps à leur expliquer que non, toutes les facs ne se valent pas, que les employeurs ne les recruteront pas miraculeusement comme ça...

    Rien n'y fait.

    Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils ne veulent pas travailler. Ni à l'usine (on peut le comprendre du reste), ni à la fac, ni ailleurs. La plupart attendent - et papamaman trop heureux d'avoir le gamin à la fac continuent de payer comme des cons.

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  10. L'adolescence quasi éternelle est sans doute l'une des pires inventions de ces cinquante dernières années.
    Et hélas, aujourd'hui, l'université contribue grandement à propager ce fléau.

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  11. Sauf que Tanguy, il est quand même diplômé de Chinois, docteur je crois ! Et il bosse grâce à son diplôme de Chinois (je ne sais plus ce qu'il fait d'ailleurs, il n'est pas prof de Chinois à l'université ?)
    Et finalement il épouse sa petite Chinoise et vit là-bas, très heureux. Il va même avoir un ptit.
    Je ne me souviens plus s'il est standardiste, en Chine.

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  12. Dans la vraie vie, la question à se poser serait me semble-t-il : Tanguy l'éternel adolescent fera-t-il un bon mari?

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  13. que dire des recteurs censés orienter les eleves?
    je connaissais un directeur de lycee et classe prepa dans un grand college parisien. Quand les parents venaient le voir pour l'avenir de leur rejeton, après avoir discuté avec l'élève en question, il n'hésitait pas à leur dire que leur fille devrait s'inscrire à une école de couture (eux qui revaient d'un math spe...), ou que leur fils devrait s'orienter vers un concours administratif, ou une formation d'artisan. He bien, les gens faisaient à chaque fois ce qu'il leur conseillait et venait le remercier. Parfois les parents ont des grandes idees pour leur gosse sans se soucier de leurs veritables capacités.
    Quant au QI si cher à meng hu, je crois que c'est vraiment une erreur de croire qu'un haut QI reussit mieux qu'un faible. Chacun a un domaine de réussite propre en dehors du QI.
    J'ai un frere qui n'a pas le bac, mais est exceptionnel dans la vente: il a monté sa boite, apres avoir ete recrute par des boites prestigieuses, et gagne plus que tres bien sa vie. A contrario, un autre gars qui avait 126 de QI, le surdoué du primaire, traine d'interim en formations inutiles.
    non, les gosses ne doivent pas aller jusqu'au bac a tout prix mais etre orientés, et je pense meme que des eleves apparemment nuls dans une classe, pourraient reussir en etudes intellectuelles si la classe etait plus homogene. En effet, c'est une connerie de penser que les bac pro soit pour les cons, la encore on rabaisse le niveau des artisans et on a des abrutis de plombiers qui vous montent le chiotte a l'envers ou ne respectent pas les pentes...ou des maçons qui savent pas lire un plan et vous oriente la maison n'importe comment!

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  14. Chez les employeurs aussi la médiocrité "remonte" et de plus en plus de recruteurs signent sur la provenance du diplôme et non plus sur les compétences et qualités du candidat. Or, depuis une dizaine d'années, on lit des CV et des lettres de diplômés IEP Paris contenant de simples fautes d'accord ; des lettres écrites sur word pourtant, lues et relues avant envoi.

    Mais il en va des entreprises comme de chacun d'entre nous, le niveau baisse, partout. Et les recruteurs réac s'entendent répondre, en interne : "ah, mais quand même, elle a fait sciences po Paris, c'est si grave que ça si elle confond empathique* et emphatique ? Vraiment, t'exagères tout, et pis quoi, tout le monde peut se tromper sur l'accord d'avoir avec le participe passé".

    J'en arrive à me demander si le prestige du diplôme n'est pas une garantie pour les flemmards crétinisés qui ne cherchent même plus à évaluer les motivations et le niveau d'aspiration des candidats qu'ils ont à embaucher.

    A propos des professeurs d'université qui critiqueraient à mots couverts l'illettrisme des étudiants, ça va au-delà de ça. Un mien oncle, soixante-huitard affirmé, schizophrène bien compensé et professeur de mathématiques à Jussieu a jeté l'éponge parce que, je cite : "j'en ai marre de faire de l'alphabétisation et de la discipline en TD". Quelle ironie...

    * Un de leurs profs a dû leur expliquer le concept d'empathie appliqué au management, ou un de leurs coachs en recherche d'emploi, et ça ne manque jamais, les apprentis pervers narcissiques confondent toujours avec leur inclination à l'emphase.

    Indépendamment de ces remarques, vos articles me sont une source de jouvence en ce qu'ils me donnent toujours envie de me replonger dans des textes que j'ai souvent négligés pendant mes études (le niveau baisse, cqfd), merci.

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  15. Mais de rien Dom, tout le plaisir est pour moi, ou presque.

    "J'en arrive à me demander si le prestige du diplôme n'est pas une garantie pour les flemmards crétinisés qui ne cherchent même plus à évaluer les motivations et le niveau d'aspiration des candidats qu'ils ont à embaucher."

    Incontestablement, beaucoup de recruteurs se servent du diplôme comme d'une sorte de substitut à un test de QI : s'il/elle est diplômé de telle école, c'est qu'il/elle doit être intelligent.
    Ce n'est pas complètement irrationnel mais c'est effectivement une attitude paresseuse. L'intelligence ne fait pas tout.
    Et votre exemple sur emphatique/empathique montre bien pourquoi les réacs comme nous ont raison de se désoler de l'illettrisme grandissant des jeunes générations : on ne peut pas penser précisément si l'on n'a pas à sa disposition une langue précise.
    Une expression confuse, à l'écrit ou à l'oral, est presque toujours le signe, en même temps que la cause, d'une pensée confuse.

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  16. "L'intelligence ne fait pas tout."

    Non, mais presque. L'intelligence ne détermine pas le comportement, mais sauf à supposer que les gens intelligents sont plus instables (ce qui n'est pas prouvé), il n 'y a pas de raison de croire qu'autre chose que l'intelligence détermine la productivité. Vous me direz, il faut étudier, être rigoureux, être concentré, être ordonné... mais toutes ces caractéristiques sont possédées par les gens à fort QI, non ceux à faible QI, qui tendent à l'inverse à être désordonnés, peu studieux, etc.
    Par ailleurs, les gens à fort QI lisent plus que ceux qui ont un faible QI. Ça aussi, ça a été prouvé, et contrairement à un préjugé largement répandu, ce n'est pas parce qu'on lit plus qu'on est intelligent. Et non, c'est l'inverse. La lecture et l'apprentissage ne stimule pas le facteur g. C'est le facteur g qui stimule la lecture et l'apprentissage. Rien de tout ceci n'est le fruit du hasard. Si vous n'avez toujours pas lu le papier de Gottfredson, certes long, je vous le recommande. L'intelligence détermine beaucoup plus de choses dans la vie qu'on veut bien le croire : la fréquence des accidents, la longévité, la maladie, les relations, la confiance, etc. Ce n'est pas une croyance. C'est la réalité.

    Donc, non, ce n'est ni irrationnel ni paresseux de la part des employés de croire que le diplôme est une garantie d'intelligence. Je ferais pareil à leur place.

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  17. Meng Hu, si le diplôme est dévalué, s'il ne reflète donc le potentiel intellectuel des individus, pourquoi continuer de lui faire confiance ?

    Par ailleurs, ce que vous dites de l'intelligence est certes très juste globalement, mais vous négligez un facteur très important pour prédire le comportement au travail (et la réussite et donc l'épanouissement), c'est le niveau d'aspiration, souvent nommé à tort "motivation", mot-valise qui ne signifie plus rien. Un niveau d'aspiration élevé peut jouer un rôle d'amplification spectaculaire de l'intelligence, de même qu'un niveau d'aspiration faible bousillera le potentiel d'un individu.

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  18. Meng Hu :

    Vous dites : « L'intelligence ne détermine pas le comportement »

    Puis vous dites : « L'intelligence détermine beaucoup plus de choses dans la vie qu'on veut bien le croire »

    Je crois que la principale source de notre désaccord est là : vous avez tendance à passer de la corrélation au déterminisme en ce qui concerne le QI.
    Je vous suis sur la corrélation, pas sur le déterminisme.
    Ou si vous préférez, le QI est sans doute la condition nécessaire d’un certain nombre de qualités et de comportements, il n’en est pas la condition suffisante.
    Les gens intelligents sont potentiellement les plus productifs mais ils le sont seulement potentiellement. Il y a d’autres qualités que l’intelligence des salariés qui sont importantes pour un employeur et il ne suffit pas d’être intelligent pour posséder ces qualités.

    Comme autres qualités vous parlez « d’être rigoureux, être concentré, être ordonné » mais ces qualités sont pratiquement identiques au QI, il est donc tout à fait normal que leur corrélation avec le QI soit extrêmement forte, pour ne pas dire plus.
    Je pensais à bien autre chose.
    Par exemple : n’est-il pas possible d’être intelligent et en même temps psycho-rigide, incapable de s’intégrer à une équipe ? N’est-il pas possible d’être intelligent et malhonnête ? N’est-il pas possible d’être intelligent et sournois, manipulateur ? N’est-il pas possible d’être intelligent et en même temps profondément paresseux ? N’est-il pas possible d’être intelligent et lâche ? N’est-il pas possible d’être intelligent et dépourvu de curiosité et d’ouverture d’esprit ? N’est-il pas possible d’être intelligent et totalement dépourvu de motivation pour effectuer certains travaux ? etc.
    Il me semble que si.
    Par conséquent je maintiens que se fier au prestige du diplôme n’est pas entièrement irrationnel - puisque le diplôme dit bien quelque chose de l’intelligence de celui qui le possède - mais que s’en tenir là est une attitude paresseuse, ou bien une forme d’aveuglement intellectuel. L’intelligence n’est pas la somme de toutes les qualités humaines, loin de là.

    Vous dites vous même que les tests de QI mesurent simplement la vitesse à laquelle travaille notre cerveau, dès lors il me semble que vous devriez parvenir aux mêmes conclusions que moi : la question n’est pas seulement de savoir si notre cerveau travaille vite mais ce sur quoi il travaille. « Garbage in, garbage out » comme disent les informaticiens.
    Le QI n’est qu’un potentiel, qui peut être développé ou pas, qui peut être utilisé bien ou mal. J’ajoute pour finir que les gens intelligents ne sont pas seulement ceux qui peuvent développer les plus grandes qualités, ils sont aussi ceux qui peuvent développer les plus grands défauts. Précisément parce qu’ils sont intelligents. L’intelligence n’est pas seulement créatrice, elle peut aussi être destructrice.

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  19. dom,
    "c'est le niveau d'aspiration, souvent nommé à tort "motivation", mot-valise qui ne signifie plus rien."

    Comme je le disais dans mon post précédent, c'est supposer que les plus intelligents sont moins motivés. Rien ne permet de supposer que c'est généralement le cas. Voir le facteur g.

    Aristide,
    "Les gens intelligents sont potentiellement les plus productifs mais ils le sont seulement potentiellement."

    Comme je le disais dans mon post précédent, supposer que les gens intelligents n'ont qu'un avantage potentiel, et non réel, si l'on vous suit correctement, c'est supposer (et à tort) que les gens intelligents n'ont aucun moyen de maximiser leur potentiel. Ou pour dire les choses autrement, les gens intellectuellement limités atteignent leur limite potentielle plus facilement que ne le sont les gens intelligents. Sauf que vous ne cherchez pas à le prouver, juste à le "supposer".
    A l'école, on sait que ce n'est pas le cas, puisque les gens à fort QI réussissent le mieux. C'est donc une performance réelle, et non potentielle. En entreprise, et comme l'explique parfaitement Gottfredson, le facteur g permet de s'adapter à toutes les situations nouvelles. Vous savez que l'intelligence est héréditaire, non ? L'intelligence est également corrélée au niveau d'éducation, non ? S'ils sont correctement éduqués, aucune raison que l'enfant ne devienne pas un homme accompli, sauf en cas d'expérience personnelle très singulière. Mais c'est l'exception plutôt que la règle.

    "N’est-il pas possible d’être intelligent et malhonnête ?"

    Si, mais l'évidence montre que ce n'est pas généralement le cas. Pire, ce qui ont des problèmes de comportement sont plutôt les gens à faible intelligence. Ou alors ce serait raisonner comme Sonia, l'argument fallacieux qui consiste à dire "ma femme est plus grande que moi, donc les femmes ne sont pas plus petites que les hommes". Je raisonne toujours à travers la "moyenne". En général, les gens intelligents sont rigoureux et ordonnés. Ils lisent plus, se cultivent plus. Voilà mon idée.

    "N’est-il pas possible d’être intelligent et dépourvu de curiosité et d’ouverture d’esprit ?"

    McCrae a mené des études sur l'openness to experience. C'est un facteur qui influe énormément sur la capacité d'innovation de l'individu, en mesurant son ouverture à l'expérience, et aux idées nouvelles. Ce n'est pas un facteur qui influe sur la productivité en soi, mais étant donné qu'il a un impact considérable sur la capacité d'innovation, on peut supposer qu'il a un effet positif sur le salaire. Certains seraient tentés d'associer innovation et productivité. Pourquoi pas. Mais je préfère distinguer les deux.
    Les asiatiques, dans ses études, montrent qu'ils ont, et de très loin, un "openness to experience" mille fois inférieur aux blancs, ce qui corrobore l'idée que les jaunes n'innovent pas beaucoup. Ne savent pas, ou ne veulent pas, je ne sais pas. Les blancs sont parmi les plus élevés, les noirs ont une ouverture à l'expérience inférieur aux blancs, mais largement supérieur aux jaunes. Même lorsqu'un chinois né, et vivant par exemple au Canada, est plus "ouvert" qu'un chinois de Hong Kong, mais reste encore très largement moins ouvert qu'un blanc. Influence génétique ? Peut-être.
    Néanmoins, s'il existe énormément de variations "entre races", mon raisonnement se restreint "au sein d'un groupe ethnique". Peut-être qu'il existe beaucoup de variations "dans" un groupe ethnique, mais je n'ai rien lu de la sorte.

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  20. (suite)

    "L’intelligence n’est pas la somme de toutes les qualités humaines, loin de là."

    Le point clé est qu'elle a une forte tendance à attirer toutes ces qualités humaines. Encore une fois, je parle en termes de probabilité. Et oui, le QI mesure essentiellement la vitesse à laquelle travaille le cerveau (mais pas uniquement). Simplement, c'est cette qualité qui entraine par la suite, toutes les autres. Parce que vous apprenez plus vite, vous parvenez à capturer toutes les autres qualités alentour.
    En outre, s'il existe d'autres qualités que l'intelligence, mon idée se borne à dire que ces qualités ne sont rien sans l'intelligence. Vous pouvez avoir de la volonté, de la hargne, mais si vous êtes intellectuellement déficient, c'est inutile. De l'autre côté, les gens intelligents n'ont pas, généralement un déficit mental ou un trouble du comportement, ou quoi qui s'y rapproche.

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  21. « Comme je le disais dans mon post précédent, supposer que les gens intelligents n'ont qu'un avantage potentiel, et non réel, si l'on vous suit correctement, c'est supposer (et à tort) que les gens intelligents n'ont aucun moyen de maximiser leur potentiel. »

    Mais non, pas du tout. Pourquoi voudriez-vous qu’il en soit ainsi ?
    Un potentiel est quelque chose de très réel. Simplement un potentiel doit être actualisé et, dans la plupart des cas, cette actualisation n’est pas automatique. Carl Lewis est né avec le potentiel nécessaire pour devenir l’un des plus grands athlètes de tous les temps. Mais s’il ne s’était pas entrainé très dur il ne serait jamais devenu l’un des plus grands athlètes de tous les temps. Il serait resté celui qui, dans la cour de l’école, courrait plus vite que les autres, et c’est tout.
    Il en va exactement de même pour l’intelligence. Les enfants intelligents se repèrent très vite. Ils ont du potentiel. Mais s’il ne se mettent pas sérieusement au travail leur intelligence restera largement inexploitée. Ils seront bien moins que ce qu’ils auraient pu être.
    Comme le dit - à peu près - le proverbe, un idiot qui marche va plus loin qu’un intellectuel qui reste assis. Et le fait que l’intellectuel pourrait très facilement dépasser l’idiot ne change rien à l’affaire. Encore faut-il qu’il se mette en marche. Cela dépend essentiellement de lui, mais ce n’est pas automatique.

    « S'ils sont correctement éduqués, aucune raison que l'enfant ne devienne pas un homme accompli, sauf en cas d'expérience personnelle très singulière. »

    Là je vous trouve très optimiste, ou alors vous avez une définition très restreinte de ce qu’est un « homme accompli ». Il me semble, moi, qu’il est bien difficile de devenir un « homme accompli ». Ce qui m’amène au second point :

    « Pire, ce qui ont des problèmes de comportement sont plutôt les gens à faible intelligence »

    C’est vrai, mais la malhonnêteté ne se réduit pas à ce que vous appelez des « problèmes de comportement » c’est à dire, je suppose, l’impulsivité, la violence, l’addiction, etc. Il existe aussi une malhonnêteté intelligente et policée, qui peut rester ignorée très longtemps, suffisamment longtemps pour causer beaucoup de dégâts. C’est la malhonnêteté d’un Madoff ou d’un Kerviel par exemple. Il existe aussi une malhonnêteté intelligente qui ne tombe pas sous le coup de la loi mais qui n’en est pas moins très nuisible au quotidien, comme s’attribuer les mérites des travaux d’autrui, propager des rumeurs malveillantes, privilégier systématiquement les décisions qui vous avantagent, au détriment du bien commun, etc.
    Ce sans parler de tous les autres défauts qui sont parfaitement compatibles avec l’intelligence.

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  22. « En général, les gens intelligents sont rigoureux et ordonnés. Ils lisent plus, se cultivent plus. Voilà mon idée. »

    Sur le premier point nous sommes d’accord. Comme je l’ai dit, « intelligent » et « rigoureux et ordonné » sont largement synonymes. En revanche le second point est plus délicat.
    Vous n’avez pas relevé ce que j’ai dit sur « garbage in, garbage out ». C’est pourtant une question essentielle.
    N’est-il pas vrai qu’il est souvent préférable d’être ignorant que de croire à tort que l’on sait ? N’est-il pas vrai qu’il est souvent préférable d’être borné et routinier que de s’enticher de mauvaises idées ?
    La question n’est pas seulement de savoir si l’on lit, mais ce que l’on lit. Si l’on est cultivé, mais en quoi consiste cette « culture ».
    Les gens intelligents apprennent plus et plus vite, c’est évident, mais du coup ils sont aussi sujets à commettre des erreurs beaucoup plus graves. Leur intelligence les expose aussi à absorber tout un tas de théories erronées qui glisseraient sur des gens moins intelligents comme l’eau sur les plumes d’un canard.
    Ce sont les gens intelligents qui mènent le monde, mais ce sont aussi eux qui peuvent le détruire, ou à tout le moins le faire très mal tourner.
    Actuellement, en Occident, ne sont-ce pas les élites intellectuelles qui sont en train de détruire nos nations, notre civilisation ? Ne sont-ce pas ces élites qui propagent un relativisme délétère ? Qui dénigrent la famille, le patriotisme ? Qui favorisent une immigration largement inassimilable ? N’est-ce pas eux qui ont implanté l’islam en Europe, avec toutes les conséquences qui en découlent ?
    Ce qui m’amène à ma dernière remarque.

    « Le point clé est qu'elle a une forte tendance à attirer toutes ces qualités humaines. »
    « c'est cette qualité qui entraine par la suite, toutes les autres »

    Le problème est dans « attirer » et « entrainer ». C’est ce qui nous oppose depuis le début.
    La plupart des qualités autres que l’intelligence ne vont - sans doute - pas sans l’intelligence, mais l’intelligence ne va pas TOUJOURS avec elles. Seuls les gens intelligents peuvent - sans doute - développer les autres qualités humaines, mais cela ne signifie pas que TOUS les gens intelligents développeront ces qualités.
    Je maintiens donc que l’intelligence n’est pas la somme de toutes les qualités humaines, et qu’il ne faut jamais l’oublier.
    Et puisque les gens intelligents sont aussi, potentiellement, les gens les plus nuisibles il me semble imprudent de s’en tenir à constater que les qualités humaines sont en général associées avec l’intelligence, en disant : « contentons-nous de chercher les gens intelligents, et le reste suivra ».
    Cela est vrai pour un employeur, et plus encore pour un pays.
    Dans l’un et l’autre cas il faut, autant que possible, rechercher dans le groupe des gens intelligents ceux qui ont EN PLUS d’autres qualités importantes. Et surtout il faut faire en sorte que les jeunes gens les plus doués puissent développer ces qualités. Ce qui n’est pas automatique. Pas automatique du tout.

    C’est le sujet des derniers chapitres de The bell curve, et ce sera aussi le sujet de mon prochain papier.

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  23. Aristide,
    Votre comparaison avec le domaine sportif ne tient pas. La différence avec l'intelligence, c'est que celle-ci pousse l'individu à s'exercer davantage. N'oubliez pas ce que j'ai dit dans mon post précédent. Les gens intelligents passent beaucoup plus de temps à lire. La causalité va dans ce sens : intelligence > culture, lecture. Et non l'inverse.
    Je ne pense pas que vous avez compris mon point. Rien ne prouve que le potentiel des personnes intelligentes soit moins "actualisé" que les déficients intellectuels, c'est même l'inverse. L'évidence montre que l'environnement est une composante du facteur génétique. Si vous êtes intelligent, vous allez prendre de bonnes décisions, pour vous construire un environnement propice au développement intellectuel. C'est un cercle vertueux. Si vous êtes "bête", vous prendrez les mauvaises décisions, et construirez un environnement peu propice au développement intellectuel. C'est un cercle vicieux.

    Je disais par homme "accompli" un homme "capable" càd quelqu'un qui sait se débrouiller par lui-même, et savoir s'adapter aux situations dites nouvelles (gottfredson sur le facteur g).

    "la malhonnêteté ne se réduit pas à ce que vous appelez des « problèmes de comportement » c’est à dire, je suppose, l’impulsivité, la violence, l’addiction, etc."

    L'impulsivité et la violence, partiellement déterminées par le QI, que vous savez déjà, mais également par la testostérone. Un détail important que j'ai trouvé. La testostérone amplifie les mauvais côtés d'un faible QI, et les bons côtés d'un fort QI. Je n'ai pas lu énormément à ce sujet, mais de mémoire, c'est dit qu'un fort QI + testostérone vous pousse à prendre plus d'initiatives. Peut-être que vous serez plus ouvert, extraverti. En revanche, un faible QI + testostérone pousse à prendre encore plus de mauvaises décisions, et l'impulsivité, alliée à la faible intelligence vous empêche de retarder la gratification, vous pousse à prendre des décisions sur la base d'une vision à court terme, et jamais (ou presque) à long terme. J'ai lu des études où l'on trouve que les noirs sont particulièrement addictifs, notamment aux friandises, et que le fait de manger beaucoup de friandises jeunes accroit les risques de devenir criminel à l'âge adulte (vers la 30-taine). C'est aussi le résultat trouvé par les tests de marshmallow. Les noirs sont nul doute incapables d'attendre la deuxième guimauve. Quand on leur propose de manger toute de suite la barre chocolatée, ou d'attendre une semaine pour en avoir une deux fois plus grosse, les noirs choisissent la 1ère solution.

    "C’est la malhonnêteté d’un Madoff ou d’un Kerviel par exemple."

    Je dirais plutôt que Kerviel et Madoff étaient des boucs émissaires, un maillon de la chaine. C'est de l'économie, donc assez pointue, mais pour faire court, c'est le système monétaire qui est vicié, à la base. Puis, ce sont des cas isolés, pas représentatif du tout. Encore une fois, je parle en termes de probabilité. Il est vraiment étrange vous teniez de tels propos. Votre revue sur Bell Curve, ne disait-il pas que les gens à fort QI sont moins criminels, et ce, à tous les niveaux ? Les cas isolés ne nous intéressent pas. Ce qui importe est la probabilité. Je "sais" que vous le savez. Sur quel pas dois-je danser ? Ça, en revanche, je l'ignore.

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  24. "N’est-il pas vrai qu’il est souvent préférable d’être ignorant que de croire à tort que l’on sait ? N’est-il pas vrai qu’il est souvent préférable d’être borné et routinier que de s’enticher de mauvaises idées ?"

    Dans un post précédent, je disais que les gens à faible QI ont plus de maladie, plus d'accidents (de voiture notamment), de mort par le feu (de maison), de noyade, sur un passage piéton. Tout ceci est davantage caractéristique d'une personne peu prévoyante, mais plutôt quelqu'un d'assez téméraire, impulsive.
    Anecdote comme ça, j'ai lu un jour que les gens intelligents écoutaient souvent Mozart... c'est pas le genre de choses, j'imagine, que ferait quelqu'un à faible QI.

    "Les gens intelligents apprennent plus et plus vite, c’est évident, mais du coup ils sont aussi sujets à commettre des erreurs beaucoup plus graves."

    Vous parlez ici de la portée de l'accident. Mais ce n'est pas de ça dont je parle. Je parlais des fréquences des accidents. Et cette fréquence concerne plutôt les gens intellectuellement limités, non l'inverse.

    "Actuellement, en Occident, ne sont-ce pas les élites intellectuelles qui sont en train de détruire nos nations, notre civilisation ?"

    C'est un autre débat. Ce qui arrive à l'Occident n'est pas délibéré. Tout a changé depuis la seconde guerre mondiale, l'holocauste etc. Depuis ce jour, on a décidé que les races n'existaient pas, que nous étions tous pareils. Boas a gagné ce jour là. Et le darwinisme fut enterré. C'est le traumatisme de la 2nd guerre qui nous a mené là où nous sommes actuellement. Rien de plus.

    "mais l’intelligence ne va pas TOUJOURS avec elles"

    Non, mais la probabilité est forte. Donc "toujours" est hors de propos.

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  25. Au sujet de l'impulsivité, qui a plus à voir avec les faiblement intellectuels, et puisque vous me parlez de la portée relativement plus grande d'une erreur provenant d'une personne intelligente, il faut comprendre que si tout ceci aurait à voir avec le facteur g, toute chose égale, ça signifie que cette personne est bcp plus à même de corriger ses propres erreurs, alors que les déficients intellectuels, ne le peuvent pas, ou difficilement, et ont donc tendance à continuer à perpétuer leurs erreurs.

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  26. Meng Hu, je ne suppose pas du tout que les plus intelligents sont les moins motivés, je ne fais que constater que l'intelligence est + ou - opérationnelle selon le degré d'aspiration de chacun. Il est évident qu'un type brillant et très ambitieux exploitera au maximum son potentiel.

    Fondamentalement l'intelligence est sa seule vertu. Les valeurs morales relèvent d'un autre registre. Lorsqu'Aristide parle de Madoff ou Kerviel, il décrit ce que les psychiatres nomment "les psychopathes à succès" (Robert Hare) ou pervers narcissiques (clinique française), profils attirés par le pouvoir et les avantages qu'il procure, dont l'intelligence est très supérieure à la moyenne et qui sont pourtant dénués de toute morale. C'est une espèce qui prospère également beaucoup en politique ces derniers temps.

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  27. Comme dans de précédentes discussions il me semble que nous ne nous comprenons pas, et par conséquent que nous tournons en rond.
    Plutôt que de revenir sur chacun des points, ce qui je crois ne servirait pas à grand chose, je vais essayer de préciser autant qu’il m’est possible ce qui, à mon avis, nous sépare.

    Tout d’abord : de mon point de vue, vous vous appuyez sur une compréhension beaucoup trop simple de l’âme humaine - ou de l’esprit humain, ou de la nature humaine, ou de l’être humain, comme vous voudrez, les termes importent peu ici.
    Je vous l’avait déjà dit à propos de la question de l’esclavage. Ici, par exemple, il me semble que vous appréhendez de manière beaucoup trop formelle la notion « d’accomplissement » humain.
    Je déduis de ce que vous écrivez que pour vous être « accompli » consiste essentiellement à savoir « s’adapter aux situations nouvelles ».
    Mais un psychopathe ou un tyran peuvent fort bien savoir s’adapter aux situations nouvelles. Je ne les considère pas pour autant comme des hommes « accomplis ». Staline et Mao, par exemple, étaient certainement des gens qui savaient se débrouiller par eux-mêmes et s’adapter, leur carrière le prouve amplement. A l’inverse, Caton n’a pas voulu « s’adapter » à la situation nouvelle créée par la chute de la république. Dois-je donc le considérer comme un idiot, ou comme moins « accompli » que ceux que j’ai cité précédemment ?
    De la même manière pour vous se développer intellectuellement veut dire essentiellement, me semble-t-il, beaucoup lire, accumuler des connaissances, exercer sa logique. Vous ne tenez donc pas compte de ce sur quoi j’insiste depuis le début de cette discussion, à savoir la qualité de ce que vous lisez et de ce que vous apprenez. « Garbage in, garbage out ».
    Je résume ces deux considérations : pour moi l’être humain n’a pas seulement besoin d’être intelligent (au sens du QI), il a aussi besoin d’être vertueux (moral si vous voulez) et d’être sage. L’intelligence est sans doute un prérequis pour devenir vertueux et sage, mais l’intelligence n’est pas du tout identique à la vertu ou à la sagesse. Etre un humain accompli est une tache très compliquée et l’intelligence ne suffit pas pour y parvenir.
    On peut très bien être intelligent et par ailleurs mauvais par beaucoup d’aspects.

    Secondement : de mon point de vue toujours, vous vous concentrez trop sur ce qui est mesurable, sur ce qui peut être mis en statistique. Vous négligez les considérations qualitatives que j’introduis, ou vous les récuser quand vous dites par exemple : « Les cas isolés ne nous intéressent pas. Ce qui importe est la probabilité. »
    Mais qu’est ce qui nous permet d’affirmer que seule la probabilité importe ? Il me semble moi que cela dépend des sujets. Parfois ce sont les cas isolés ou les petits nombres qui sont importants et intéressants et les probabilités qui risquent de se révéler trompeuses.
    Je ne néglige pas les statistiques, il me semble l’avoir suffisamment prouvé. Elles sont un instrument de connaissance précieux. Mais elles ne nous permettent d’appréhender qu’une partie de la réalité. S’en tenir à ce qui est mesurable et à ce qui est fréquent revient à rechercher ses clefs uniquement sous le réverbère, sous prétexte que là au moins il y a de la lumière pour chercher.
    Donc, pour répondre à votre interrogation implicite, je ne renie absolument rien de ce que j’ai écrit sur The bell curve, simplement ce que j’essaye de dire depuis le début est que la question de la malhonnêteté déborde de beaucoup ce que nous apprennent les statistiques de la délinquance.

    Ces considérations n’ont évidemment pas pour but de vous persuader que j’ai raison et que mon approche est supérieure à la votre, juste de clore cette discussion de manière constructive et, peut-être, d’éviter quelques malentendus à l’avenir.

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  28. Sincèrement Aristide, je crois que c'est vous qui ne tenez pas compte de ce que je dis. Vous détournez le regard sur ce que je pointe. J'estime que j'ai été très clair.

    "Vous ne tenez donc pas compte de ce sur quoi j’insiste depuis le début de cette discussion, à savoir la qualité de ce que vous lisez et de ce que vous apprenez. « Garbage in, garbage out »."

    Par exemple, cette phrase, je l'ai déjà traitée. Sauf que vous n'en avez pas tenu compte. Elle est là la différence. Relisez bien ceci :

    "Rien ne prouve que le potentiel des personnes intelligentes soit moins "actualisé" que les déficients intellectuels, c'est même l'inverse. L'évidence montre que l'environnement est une composante du facteur génétique. Si vous êtes intelligent, vous allez prendre de bonnes décisions, pour vous construire un environnement propice au développement intellectuel. C'est un cercle vertueux. Si vous êtes "bête", vous prendrez les mauvaises décisions, et construirez un environnement peu propice au développement intellectuel. C'est un cercle vicieux."

    Je suppose que je n'ai pas besoin de vous expliquer ce que signifie une "bonne décision" et une "mauvaise" : ceux qui sont le plus susceptible de lire des âneries, ce sont les gens intellectuellement limités. Les gens intelligents auraient davantage la capacité à distinguer le bon du mauvais, ce qui sous-entend que les gens à faible QI sont les plus influençables, et ceux qui prennent le moins de recul sur les choses, puisque leur intellect est limité. Ce n'est pas un hasard si les gens à faible QI divorcent le plus : ils ne savent pas choisir leurs époux(se). Ils ne savent même pas distinguer ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Gottfredson a cité bon nombre d'études qui montrent que les gens à faible QI consomment des médicaments dangereux pour leur santé, qu'ils refusent de faire des soins de prévention même quand cela est gratuit. Comme en atteste les disparités dans la fréquence des accidents et maladie, les faibles QI ont bien peu de prévoyance, pour eux, et pour leurs proches.
    Il a été longtemps prouvé que les gens instables ont tendance à avoir un faible QI. Les fauteurs de troubles impliquent davantage les faiblement intelligents que l'inverse, pourquoi croyez vous que l'intelligence est inversement corrélée à la criminalité ? Cela suffit à exclure définitivement l'hypothèse qui veut que leurs lectures étaient fréquemment peu saines, en les poussant au crime. Vous pouvez toujours feinter en disant "oui mais Kerviel", que ça n'en fait pas une généralité. C'est plus proche de l'exception que de la règle. Les gens intelligents se conforment davantage aux normes.

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  29. Votre discours dans l'ensemble ne semble pas tenir compte de mon dernier message qui était que la faculté à comprendre et à voir ses erreurs est sans doute liée à l'intelligence : "si tout ceci aurait à voir avec le facteur g, toute chose égale, ça signifie que cette personne est bcp plus à même de corriger ses propres erreurs, alors que les déficients intellectuels, ne le peuvent pas, ou difficilement, et ont donc tendance à continuer à perpétuer leurs erreurs."
    Les gens intelligents donc, indépendamment de la gravité et la portée de leur erreur, devraient : 1) en faire moins 2) les corriger plus facilement.

    Mais le plus troublant est ceci : "Parfois ce sont les cas isolés ou les petits nombres qui sont importants et intéressants et les probabilités qui risquent de se révéler trompeuses."

    Quitte à me faire réprimander, je vais vous dire ce que je pense. Je crois que vous vous savez coincé et que vous essayez simplement de trouver une échappatoire, n'importe laquelle. L'importance étant que vous ne lâchez pas le morceau, ou pour dire les choses autrement : "gagner" la bataille.

    Bref. Les cas isolés ne sont pas importants. Vous le savez. Tout le monde le sait. La probabilité dessine une règle. Vous avez deux sociétés. Dans la première, les criminels ne sont jamais que des cas isolés. Dans la seconde, l'honnête homme n'est jamais qu'un cas isolé. La différence est tout simplement énorme. Les exceptions, et les cas isolés n'existent que pour confirmer la règle. Quelle règle choisissez vous ? Là est la question. Les cas isolés ne sont alors que des curiosités. Les chiffres disent "elles existent mais sans plus". C'est la magie des chiffres. Me reprocher de m'attacher aux statistiques est curieux. Les statistiques ne mentent jamais. Ce sont des faits. Et quand les faits changent, je change d'avis. Et ce que les statistiques peuvent englober révèlent aussi ce qu'elles ne peuvent pas englober, fatalement. Non, les statistiques ne "figent" pas les choses.
    Elles nous révèlent même qu'elles ne peuvent parfois rien dire. Si les jaunes ont 10 fois plus de chances d'être assassinés par un noir qu'un blanc d'être assassinés par un noir, mais que la probabilité pour un blanc d'être assassiné par un noir est 0,00000000001% alors la première statistique ne veut rien dire.

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  30. "alors la première statistique ne veut rien dire"

    et c'est pour ça qu'elle veut tout dire, me dois-je de rajouter.

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  31. Meng-Hu :

    Tout ce que vous écrivez me confirme dans mon diagnostic initial. Nous employons les mêmes mots mais nous ne leur donnons pas le même sens. Nous ne nous comprenons pas.

    J’insiste depuis le début de nos échanges sur la différence qui existe entre l’intelligence et la sagesse et la clairvoyance. Vous me répétez que « Si vous êtes intelligent, vous allez prendre de bonnes décisions, pour vous construire un environnement propice au développement intellectuel. », c’est à dire que vous niez implicitement cette différence. Nous ne nous comprenons pas.

    J’insiste depuis le début de nos échanges pour dire que l’intelligence peut par elle-même être une source d’erreurs et d’aveuglement. C’est le sens du « garbage in, garbage out ». Vous me répétez « ceux qui sont le plus susceptible de lire des âneries, ce sont les gens intellectuellement limités » et que « Les gens intelligents auraient davantage la capacité à distinguer le bon du mauvais », la preuve ils ont moins d’accidents, ils divorcent moins, etc. ou encore que « la faculté à comprendre et à voir ses erreurs est sans doute liée à l'intelligence ». Nous ne parlons pas de la même chose.
    Nous ne nous comprenons pas.
    Puis-je suggérer la lecture de « l’Opium des intellectuels », de Raymond Aron ?

    Je répète, sous une forme ou sous une autre, que la question de la malhonnêteté déborde de beaucoup ce que peuvent nous apprendre les statistiques de la délinquance qui, par construction, ne s’intéressent qu’à certains comportements. Vous me répondez en parlant de « criminalité », de « crime » et de « normes ». Nous ne nous comprenons pas.

    Je dis que les statistiques sont un instrument précieux mais que, par construction, elles ne nous permettent pas d’appréhender la totalité de la réalité. Vous me répondez que « les statistiques ne mentent jamais. Ce sont des faits ». Vous parlez même de « la magie des chiffres ». C’est à dire que vous me confirmez dans l’idée que vous surestimer la valeur cognitive des statistiques.
    J’insiste sur la nécessité de prendre en compte, parfois, ce qui tombe en dehors du cercle tracé par les statistiques. Vous me répondez «ce que les statistiques peuvent englober révèlent aussi ce qu'elles ne peuvent pas englober, fatalement. », c’est à dire qu’elles nous permettent de distinguer entre ce qui est statistiquement significatif et ce qui ne l’est pas (le « 0,00000000001% ») et que nous pouvons donc tranquillement ignorer. Vous restez à l’intérieur du cercle tracé par les statistiques.
    Nous ne nous comprenons pas.

    Concluons. J’apprécie vos interventions, mais à ce stade poursuivre la discussion serait manifestement inutile. Ce sera donc mon dernier message.

    Encore une chose pourtant. Vous dites : « Je crois que vous vous savez coincé et que vous essayez simplement de trouver une échappatoire, n'importe laquelle. L'importance étant que vous ne lâchez pas le morceau, ou pour dire les choses autrement : "gagner" la bataille. »
    Vous suggérez donc que je sais, au fond de moi, que j’ai tort mais que je refuse de l’avouer, par amour-propre.
    Bien entendu j’ai une toute autre interprétation de mon attitude et de la votre. Mais qu’importe. L’hypothèse n’est pas invraisemblable. Acceptons la donc pour les besoins de la discussion.
    Je suppose que vous me tenez pour quelqu’un d’assez intelligent, sinon vous n’auriez pas perdu tout ce temps à essayer de me convaincre. Mais si mon intelligence, loin de me faire reconnaitre mon erreur, ne me sert qu’à inventer des sophismes pour ne pas « lâcher le morceau », comme vous le pensez, cela ne va-t-il pas dans le sens de ce que je dis depuis le début, à savoir qu’il existe une différence capitale entre l’intelligence et la sagesse et la clairvoyance, et que l’intelligence peut parfois être une cause d’aveuglement ?

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  32. Aristide,
    Je ne nie aucunement les différences entre environnement et intelligence. Je dis que ces deux variables tendent infailliblement à se fondre l'une dans l'autre. Mais que la causalité est intelligence -> environnement.

    J'ai bien compris garbage in, garbage out. Et je réponds parfaitement à votre question. Vous dites qu'être intelligent ne rend pas moins violent, moins dangereux, que tout dépend ce qu'on lit. Je dis que les chiffres disent tout le contraire, que ceux qui ont une faible intelligence prenant de mauvaises décisions, se nuisent à eux-mêmes et à leurs proches. Ce sont des faits : on ne peut pas les déformer.
    Donc vous esquivez l'évidence, pour me sortir alors : "les chiffres figent les choses, vous êtes figé" pour ne pas avoir à admettre que votre 1ère affirmation qui veut que "les gens intelligents ne sont pas moins violents que les gens moins intelligents" est erronée. Au lieu de ça, vous préférez dire que je suis quelqu'un de figé dans les statistiques alors qu'elles n'étaient là que pour appuyer mon hypothèse. Une théorie sans les faits n'est rien, et inversement, mais dès que je fais intervenir une statistique, vous détournez mon point en affirmant que je suis figé. Même sans les statistiques, mon point est difficilement réfutable. Parce qu'il est bien connu que l'intelligence embellit l'environnement, ce qui signifie que de cet environnement, l'on va pouvoir s'épanouir, et de la "bonne manière".
    Dire que c'est un erreur de se focaliser sur les probabilités c'est omettre ceci : les exceptions existent, mais sont "sans conséquences". Elles existent, mais restent à l'état de curiosité. Elles existent, certes. So what ? Qu'est-ce que ça change ?
    Vous dites vouloir prendre en compte "ce qui tombe en dehors du cercle tracé par les statistiques" mais vous ne définissez pas ce que c'est, si bien qu'on est dans l'incapacité de comprendre ce que vous dites.

    L'amour-propre ne veut pas dire que vous vous refusez à comprendre. Quand je dis que les gens intelligents comprennent plus facilement leurs erreurs, ce n'est pas dans le genre de discussions que nous sommes en train de mener, où chacun tend à ne pas vouloir perdre la face. Comme des personnes qui ne disent pas ce qu'ils pensent parce qu'ils ne veulent pas "perdre face à quelqu'un". On accepte de reconnaître une erreur, intérieurement, mais l'on a tendance à éviter de vouloir l'extérioriser (honte ? gêne ?). Aucun rapport avec la malhonnêteté.

    "Puis-je suggérer la lecture de « l’Opium des intellectuels », de Raymond Aron ?"
    Je dois pouvoir le trouver dans la bibliothèque de ma ville. Pas de problème.

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