Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 25 octobre 2011

The closing of the muslim mind : le suicide intellectuel de l'islam (2/4)



La doctrine Ash’arite peut, selon Robert Reilly, se comprendre schématiquement comme une tentative de défendre l’omnipotence divine face aux limites que le Mu’tazilisme semble imposer à la puissance divine. Si Dieu est raison, il a, si l’on peut dire les choses ainsi, une certaine nature, par conséquent il est limité par cette nature. Dieu ne peut pas agir contre sa propre nature, il ne peut rien faire qui soit déraisonnable, qui soit contraire aux exigences de la raison. Ainsi, par exemple, Dieu ne peut pas tromper ses créatures. Il doit tenir ses promesses. Plus généralement, Dieu est juste, c’est à dire qu’Il est soumis aux exigences de sa propre justice. Il ne peut pas torturer l’innocent ou exiger l’impossible de ses créatures simplement parce qu’Il est Dieu.
Les Ash’arites rejettent toutes ces limites à la puissance divine. Dieu est omnipotent, par conséquent il n’est limité par rien, il n’est tenu par rien, même pas par sa propre nature. Pour les Ash’arites, Allah n’a pas de nature, Allah est pure volonté : Il est ce qu’Il veut, Il fait ce qu’Il veut, Il ordonne ce qu’Il veut, et sa volonté le définit entièrement. Dieu n’est pas prévisible, Dieu n’est pas juste, Dieu n’est pas rationnel, contrairement à ce qu’affirment les Mu’tazilites. Ainsi Allah pourrait parfaitement punir l’innocent ou manquer à ses propres promesses s’Il le voulait.
A partir de cette défense intransigeante de l’omnipotence divine, les Ash’arites élaborent ce que Robert Reilly appelle « une métaphysique de la volonté », c’est à dire qu’ils déduisent toutes les caractéristiques de la création qui découlent logiquement du fait qu’Allah est pure volonté.
Si l’univers a été crée par un Dieu omnipotent, qui ne se défini par rien d’autre que par sa propre volonté, à quoi doit ressembler cet univers ?
La première conséquence est que ce que les philosophes appellent « nature » n’existe pas. Il n’existe pas d’ordre naturel des choses, pas d’autonomie de la création par rapport à la volonté divine. Ce que nous appelons « les lois de la nature », ou « les lois de la physique », comme par exemple la loi de la gravité, ne sont rien d’autre que le produit de la volonté divine, qui pourrait changer à chaque instant. Rien dans l’univers ne se produit indépendamment de la volonté de Dieu. Cela signifie que chaque événement « naturel » n’est rien d’autre que le produit d’un acte particulier de la volonté divine. Cette pierre tombe uniquement parce qu’Allah a voulu qu’elle tombe à cet instant. Ce corps flotte sur l’eau uniquement parce qu’Allah a voulu qu’il flotte et continue à le vouloir. Mais rien ne nous permet d’affirmer que ce corps continuera à flotter l’instant d’après, car rien ne nous permet d’affirmer qu’Allah continuera à vouloir qu’il flotte.
On pourrait dire que pour les Ash’arites tout événement naturel est un miracle, si cette intervention permanente de Dieu ne rendait pas caduque la notion même de miracle. Un miracle est une suspension temporaire de l’ordre naturel des choses, mais puisqu’il n’existe pas d’ordre naturel des choses il n’existe pas non plus à proprement parler de miracles. Tout ce qui est naturel est miraculeux et tout les miracles sont naturels.
Dans de telles conditions, rechercher une explication rationnelle pour les événements naturels - ou ce qui nous apparait tel - devient inutile, pire cela devient une forme d’impiété. Puisque l’univers n’existe à chaque instant dans toutes ses composantes que par la seule volonté de Dieu, l’univers est inconnaissable. La notion même de causalité devient inintelligible : n’importe quel effet peut être le produit de n’importe quelle cause ; aucun effet ne découle nécessairement d’aucune cause.
Mais puisque l’univers est inconnaissable, il est impossible pour l’homme de connaitre le bien et le mal par l’usage de sa raison, et c’est là la seconde conséquence. Les seules bornes du bien et du mal sont les commandements divins. Certaines choses sont halal (permises) et d’autres sont haram (interdites) simplement parce que Dieu en a décidé ainsi et pour aucune autre raison. Et ce qui est halal aujourd’hui pourrait être haram demain, ou inversement, sans davantage de raison. 
Ainsi, par exemple, il est inutile, et même impie, de chercher à expliquer l’interdiction de boire du vin par le fait que l’ivresse serait mauvaise pour l’homme, c’est à dire de donner une explication rationnelle à cette interdiction. Le vin est interdit parce que Dieu l’a interdit, et rien d’autre. Accepter sans chercher à savoir, sans expliquer pourquoi (« bila kayfa »), devient la marque de la piété.
Il en découle que la bonne attitude pour un croyant, face à une situation donnée, ne consiste pas à se demander quel serait le bon comportement, mais à se demander ce que Mahomet ou bien ses compagnons ont pu dire ou faire dans la même situation. Dès lors la question cruciale devient celle de l’authenticité des textes coraniques et des témoignages touchant aux paroles et aux actions du Prophète (hadiths). Et l’authenticité d’un hadith ne peut être établie que sur une base généalogique, en remontant toute la chaine de transmission et en évaluant la crédibilité de tous les témoins impliqués. Le caractère éventuellement ridicule, ou absurde, ou choquant de tel ou tel hadith ne rentre absolument pas en ligne de compte.
Robert Reilly rapporte ainsi, à titre d’exemple, la manière dont Ayman al-Zawahiri justifiait l’usage de tel hadith par Ben Laden : « Nous l’avons entendu de Harun bin Ma’ruf, citant Abu Wahab, qui rapportait les paroles d’Arum bin al-Harith, citant Abu Ali Tamamah bin Shafi disant qu’il avait entendu Uqbah bin Amir dire : « j’ai entendu le Prophète proclamer... » ».
Cela explique l’absolue domination de la jurisprudence islamique (fiq) au sein des universités du monde musulman - universités qui n’ont en général que le nom de commun avec les universités du monde occidental - et l’importance de la mémorisation dans l’éducation musulmane. Apprendre par cœur les sourates du coran - le coran étant censé être le verbe divin lui-même, tous les musulmans de par le monde sont obligés de le réciter en arabe, même lorsqu’ils ne comprennent pas l’arabe -  et les hadiths est la première obligation de tout bon musulman et même, en un sens, la seule puisqu’il n’existe à proprement parler rien à connaitre en dehors de la volonté divine.
Cela signifie aussi que la liberté de conscience n’a pas sa place dans la religion musulmane (ou tout au moins dans sa version sunnite, marquée par la théologie Ash’arite). Le fondement de la liberté de conscience est l’idée que l’homme est capable de discerner la vérité morale par l’usage de sa raison et que tous les hommes sont dotés de cette capacité. Mais l’école Ash’arite nie qu’un tel fondement existe. En fait, cette forme d’islam ne reconnait aucune possibilité de rejeter la religion musulmane : puisque la raison humaine est radicalement impuissante, il ne peut exister aucune bonne raison de refuser de suivre la voie du Prophète. Et la mort est la punition réservée aux apostats.
La troisième grande conséquence est la disparition du libre-arbitre. Puisque Dieu est omnipotent, l’homme ne peut pas être libre : si l’homme était la cause de ses propres actions, comment Dieu pourrait-il être omnipotent ? De la même manière que Dieu seul est responsable à chaque instant de tous les évènements « naturels », il est également responsable de chacune des actions des êtres humains. La théologie Ash’arite est donc une doctrine de la prédestination : tout ce que nous faisons, en bien ou en mal, a été voulu par Allah lui-même et par conséquent ne pouvait pas ne pas arriver. Au sens strict, l’homme n’est pas responsable de ses actes - ce qui n’empêche nullement que Dieu puisse lui en demander des comptes. 
Comme le souligne fort justement Robert Reilly, l’expression « incha’Allah » (si Dieu le veut) par laquelle les musulmans concluent souvent leurs phrases n’est pas qu’une formule de politesse, c’est avant tout une doctrine théologique.

15 commentaires:

  1. Bigre, ça fait froid dans le dos. La catholicisme a ses exigences, mais rien qui s'approche de la prison mentale que vous nous décrivez. Terrifiant ! Je n'aimerais être musulman pour rien au monde.

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  2. En jouant un peu sur les mots, on peut dire que la nature de Dieu est au coeur de la différence qui existe entre les chrétiens (ou juifs/chrétiens) et les musulmans. Le Dieu chrétien est amour ("Deus caritas est", 1 Jn 4, 16) et son verbe est λόγος (parole et raison), tandis que le Dieu musulman est volonté, dont découle son verbe. Je me comprends.

    Au demeurant, je me demande comment les Ash'arites se sont vus obligés d'en venir à de telles extrémités pour conserver la toute-puissance divine alors que ce n'est pas le cas des chrétiens et des juifs.

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  3. C'est vrai, Mat, moi non plus. Mais je crois qu'il est nécessaire de reconnaitre que ce sacrifice de la raison a aussi sa séduction, pour ceux qui en sont capables. Etre délivré du doute sur ce qu'il nous importe le plus de savoir est une forme de repos auquel l'esprit humain peut aspirer. Sans cela, je crois, on ne comprend pas le succès rencontré par l'islam. Un succès hélas incontestable.

    Hohenfels :

    "on peut dire que la nature de Dieu est au coeur de la différence qui existe entre les chrétiens (ou juifs/chrétiens) et les musulmans"

    Il me semble, effectivement. Plus largement, n'est-ce pas toujours la manière dont les religions répondent à cette question fondamentale qui les différencient les unes des autres?
    Concernant l'omnipotence divine je n'ai pas vraiment de réponse à votre question. Mais reconnaissons que cette notion n'est pas sans poser problème aussi pour les juifs et les chrétiens.
    Disons que le judaïsme et le christianisme acceptent ce problème et vivent avec ce mystère (si l'on se place du point de vue de la foi), alors que l'islam tente de supprimer le problème en penchant entièrement du côté de l'omnipotence divine.

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  4. Là, on est au coeur de leur foi ou plutôt de leur acceptation de leur dieu tout volonté.
    Mais comment peut-on expliquer le sort fait à ceux qui ne croient pas ?
    Après tout, s'ils ne croient pas, c'est que Allah n'a pas voulu qu'ils croient, ou plutôt parce qu'il a voulu qu'ils ne croient pas.
    Alors punir des incroyants, c'est rejeter la volonté de Allah, non ?
    Ou bien Allah est cynique, injuste de faire punir ceux dont il n'a pas voulu qu'ils croient. A moins que les faire souffrir et leur ôter la vie ne soit pas les punir.

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  5. "Ou bien Allah est cynique, injuste de faire punir ceux dont il n'a pas voulu qu'ils croient."

    On ne juge pas Allah. Il fait ce qu'il veut. Et c'est lui, dans le coran, qui exige la conversion ou la mort. Il a voulu que certains ne croient pas, il veut que ceux qui croient les fassent croire.
    Logique de dingues. L'islam est particulièrement bien adapté aux débiles mentaux. Et c'est justement en Afrique qu'il s'étend le plus vite.

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  6. Tout ce qui arrive est la volonté d'Allah ... Les mécréants le sont par la volonté d'Allah, il faut les châtier car c'est la volonté d'Allah. Certains mourront, d'autres se convertiront, c'est la volonté d'Allah.

    De là l'attitude logique à adopter envers l'Islam :
    - soit convaincre le musulman d'user de sa raison, le convertir à la rationalité - Charles de Foucauld disait que le seul moyen d'une relation juste et tempérée avec ses voisins musulmans, c'était leur conversion au catholicisme.
    - soit la force : si le musulman ne peut vaincre le mécréant, c'est la volonté d'Allah. Il se soumettra.

    Les musulmans viennent de nous donner leur mode d'emploi.

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  7. Carine :

    Je crois que Pakounta et Olaf vous ont bien répondu et je n'ai pas grand chose à ajouter.
    Dire Allah est cynique ou Allah est injuste revient à le soumettre à des critères qui sont extérieurs à sa volonté. C'est nier sa toute puissance.
    Sa volonté ne peut pas être jugée car c'est Sa volonté qui est le critère ultime de justice.
    Il y a un merveilleux petit dialogue de Platon qui s'appelle l'Eutyphron et qui traite d'un sujet semblable. Eutyphron est, en quelque sorte, un musulman avant l'heure.

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  8. On peut dire de leur "religion" comme de certaines personnes, qu'elle ne gagne pas à être connue : plus on en apprend plus on est sidéré.

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  9. "Dieu est Dieu, nom de Dieu!" (Péguy ?)

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  10. J'attends toujours un billet médiocre de votre part avec la toujours la même et invariable déception à la clef. Cela devient indécent. :)

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  11. NB. L'expression "Inch'Allah" suit toujours une notion de futur, d'après, d'avenir etc... (il n' y a pas de futur en arabe). Le problème c'est le "toujours"

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  12. Merci Snake, c'est bien aimable. Mais je suis bien sûr de parvenir un jour à combler votre attente.

    Boutros : merci pour cette précision linguistique, mais à quoi faites vous allusion?

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  13. Pour en revenir au premier texte, je pense que si la doctrine Ash’arite a predominé sur les Mu’tazilites, c'est tout simplement que la deuxieme se rapprochait dangeureusement du christianisme et à force d'honneteté intellectuelle (recherche da la coherence entre la raison et la Foi) s'y serait assimilee. Or, ce que vous ne dites pas, c'est qu'a l'origine, Mahomet avait reçu une education chretienne qu'il a refusée deliberement par confort. Sa religion, batie avec des bribes de judaisme et de christianisme, ne devait servir que ses interets et sa soif de toute-puissance. Il etait evident que confrontées à la philosophie grecque, les origines chretiennes ressurgiraient et pourraient finir par predominer sur la pensée erronée qui est une insulte à l'intelligence.
    Pour garder un certain pouvoir, surtout politique, il importait donc d'y meler un pouvoir religieux d'où l'acharnement des Ash’arites à utiliser des moyens de repressions fortes contre l'honneteté intelectuelle.

    Tout ceci n'est pas different du communisme, de la democratie actuelle et du matraquage mediatique etc... c'est pourquoi, je ne pense pas qu'il faille plus craindre l'islam que nos dirigeants, mais le combat se trouve au-dedans de nous et de notre conversion.
    Oh, je sais que j'emmerde tout le monde, ici et ailleurs, mais tant que l'on n'aura pas compris qu'en refusant la recherche de la Verité, on agit comme des Ash'arites, qu'en refusant la spiritualité de l'etre humain et donc la necessité d'une vie religieuse, on se suicide intellectuellement.
    Les Europeens ont demissioné de leur culture religieuse catholique, ils se sont ainsi abrutis de materialisme, vidés de spiritualité et laissent donc la route large pour la pensée islamique qui s'accroche fort bien sur des esprits faibles, troublés, écrasés de dictats anti-catholiques.

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  14. @ Boutros

    1°) "Dieu est Dieu, nom de Dieu !" est le titre d'un bouquin de Maurice Clavel.

    2°) Pas de futur en arabe ?... Et la construction sa + inaccompli ?...

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