Daniel Hannan est un membre du
parti conservateur britannique et député européen depuis 1999. Hannan a atteint
une certaine célébrité pour son attaque dévastatrice contre Gordon Brown, en
mars 2009, au sein de ce même Parlement (un discours vu par plus de trois
millions de personnes sur Youtube à ce jour), mais il est surtout, avec le
truculent Nigel Farage, l’une des voix les plus importantes de ce que ses détracteurs
appellent l’euroscepticisme - et que ses partisans devraient plutôt appeler
l’euroréalisme - au sein des instances européennes.
Dans la mesure où la
Grande-Bretagne est, jusqu’à maintenant, le seul grand pays européen dans
lequel l’euroscepticisme représente une véritable force politique (aussi bien au
sein du parti conservateur qu’avec le UKIP - UK independence party - né en 1993 à la suite de la ratification du
traité de Maastricht), cela signifie que Hannan est devenu une voix qui compte dans
son pays. Et dans la mesure où la Grande-Bretagne pourrait bien se diriger, dans
un futur pas très éloigné, vers un référendum sur son appartenance à l’Union Européenne
- un référendum dont Hannan est l’inlassable avocat au sein du parti
conservateur - cela signifie que Daniel Hannan a quelques chances de devenir,
dans un futur proche, un homme politique européen de premier plan.
Que cette prévision se réalise ou
pas, Daniel Hannan mériterait en tout cas d’obtenir la plus large audience pour
son dernier livre, A doomed marriage : Britain and Europe, un court essai dans lequel l’auteur met
en exergue, avec verve et clarté, les déficiences irrémédiables du
« projet européen » et appelle ses concitoyens à reprendre leur
indépendance. Bien que ce livre ait manifestement été écrit dans l’optique de
persuader les électeurs britanniques de se prononcer pour la sortie de l’Union
Européenne, les arguments avancés par Daniel Hannan devraient intéresser les
vrais amis de la liberté partout en Europe et persuader tous les gens de bonne
foi du caractère non seulement défectueux mais nuisible de l’intégration
européenne ; si seulement l’évidence même de ce qu’il s’agit de démontrer
ne faisait pas naitre un certain scepticisme quant à l’efficacité de
l’argumentation en ce domaine.
Comme l’écrivait Montesquieu dans
un autre contexte : « Quand il s’agit de prouver des choses si
claires, on est sûr de ne pas convaincre. »
Il est devenu courant, dans les
milieux que l’on qualifiera de libéraux et conservateurs, de comparer l’Union
Européenne à l’URSS. Cette comparaison est bien entendu délibérément offensante
et les partisans de l’Union Européenne ont tôt fait de pointer que celle-ci n’a
ni police secrète, ni goulag, et que ses critiques peuvent s’exprimer
publiquement sans avoir à craindre d’être internés dans un asile psychiatrique.
Ce qui est exact, mais dénué de pertinence. Comme la plupart des comparaisons,
celle entre l’UE et l’URSS ne prétend nullement que les deux termes comparés
sont identiques, juste qu’ils sont semblables sur quelques points importants.
Et, en l’occurrence, l’UE offre bien aujourd’hui une sinistre ressemblance avec
la défunte patrie du socialisme, à savoir le fossé grandissant entre le
discours officiel et la réalité. L’Union Européenne vit dans le monde du
mensonge, des formules creuses, et des slogans répétés en boucle par une vaste
caste d’apparatchiks qui n’y croient sans doute plus eux-mêmes qu’à moitié,
mais qui tolèreront pas que qui que ce soit puisse dire que l’empereur est nu.
Officiellement, la construction
européenne a amené la paix, la démocratie et la prospérité aux pays européens.
Elle est un modèle pour les autres régions du monde et montre aux peuples de la
terre comment dépasser leurs antagonismes pour marcher main dans la main vers
un avenir radieux fait de commerce, de coopération et de tolérance.
Tout cela est faux, et si
évidemment faux qu’il n’est nullement besoin d’un long examen et de
connaissances approfondies pour s’en rendre compte. Examinons rapidement chacun
de ces points pour nous en convaincre.
La construction européenne, c’est
la paix. Nul dogme n’est davantage chéri ni davantage répété que celui-ci par
les partisans de cette construction. Ainsi Angela Merkel devant le Bundestag,
en Octobre 2011 : « Personne ne devrait croire qu’un autre
demi-siècle de paix en Europe est inévitable - ce n’est pas le cas. Aussi je le
répète : si l’Euro s’effondre, c’est l’Europe qui s’effondre. Cela ne doit
pas arriver. » Ou encore la commissaire européenne Margot Wallström, en
visite dans la ville tchèque de Terezin, qui était le site d'un camp de
concentration nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, peu avant les
référendums sur le Traité Constitutionnel Européen en 2005 : « Ils
(les opposants au Traité Constitutionnel Européen) veulent que l'Union
Européenne retourne à la vieille méthode purement intergouvernementale. Je dis
à ces gens de venir à Terezin pour voir où mène cette vieille méthode. »
Et l’on se retiendra d’évoquer le « prix Nobel de la paix » attribué
en 2012 à l’Union Européenne par un comité Nobel qui n’en finit pas de
descendre les degrés du ridicule et de l’abjection, afin de ne pas encourir le
reproche de tirer sur un corbillard.
Il est pourtant aisé de remarquer
que, historiquement, la construction européenne n’est pas la cause de la paix sur la continent
européen, mais la conséquence de la
paix. La paix produite par la défaite de l’Allemagne, puis maintenue pendant la
guerre froide par la présence des armées américaines et soviétiques. Loin
d’être productrice de paix, la construction européenne a plutôt été
consommatrice de paix, en ce sens que les pays d’Europe de l’Ouest ont
largement profité de la protection militaire dispensée par les Etats-Unis pour
diminuer leur propre effort de défense et pour consacrer leur argent et leur
énergie à leurs projets d’unification.
Les mêmes remarques pourraient
être faites au sujet de la réconciliation franco-allemande. Officiellement
portée au crédit de la construction européenne, cette réconciliation est en
réalité ce qui a permis à ladite
construction de démarrer ; et ce qui a rendu la réconciliation possible
est tout simplement le fait que l’Allemagne, militairement écrasée, déshonorée,
divisée et désarmée, avait enfin cessé de représenter un danger pour
l’équilibre de l’Europe.
Entre eux et nous, une seule chose : l'Union Européenne
Ce qui rend l’affirmation « l’Europe c’est la paix » encore plus incroyable et devrait achever de la discréditer est que ceux qui la soutiennent lui donnent en général la forme suivante : « la seule chose qui garantit la paix sur le continent, c’est la poursuite de l’intégration européenne. » Autrement dit, seule la marche vers le fédéralisme européen nous sauve de retomber dans les horreurs des deux guerres mondiales.
Comment réagirions-nous si
quelque venait nous déclarer, avec le plus grand sérieux : « Il est
absolument indispensable de conserver l’Euro, sans quoi les Allemands
recommenceront à envahir la Pologne » ; ou bien : « Il faut
absolument que ce nouveau traité européen rentre en application, sans quoi les
juifs seront renvoyés dans des camps d’extermination » ?
Sans aucun doute nous
conseillerions à notre interlocuteur de prendre du repos et d’éviter à l’avenir
les romans de science-fiction, dont on ne dira jamais assez les effets
délétères qu’ils peuvent avoir sur les esprits crédules et impressionnables. Et
cependant c’est, en substance, très exactement ce que disent régulièrement les
plus hauts responsables européens.
Ce qui sauve néanmoins du
ridicule ce genre d’affirmations et leur donne un léger vernis de crédibilité, c’est
l’appel au passé récent des peuples européens. L’argument, plus ou moins
explicite, prend à peu près cette forme : le nationalisme, c’est la
guerre, comme l’ont prouvé les deux guerres mondiales. Or la construction
européenne c’est le dépassement des sentiments nationaux, par conséquent la
construction européenne c’est la paix.
Il est effectivement
incontestable que les revendications territoriales peuvent conduire à la
guerre, et que les nations peuvent parfois avoir l’orgueil bien chatouilleux,
avec tous les risques de conflit que cela comporte. Cependant il est tout aussi
peu contestable que les hommes n’ont pas attendu l’apparition des Etats-nations
pour se faire la guerre et, au vingtième siècle même, le fascisme et le
communisme ont fait bien plus de victimes que les guerres
« nationales ». La triste réalité est que, depuis qu’ils sont sur la
terre, les hommes se sont fait la guerre à toutes les époques et sous toutes
les latitudes, pour des motifs allant du plus sérieux au plus futile. Par
conséquent, l’idée qu’ériger au dessus des gouvernements nationaux une
bureaucratie transnationale permettrait de bannir définitivement la guerre du
continent européen devrait, au minimum, susciter notre incrédulité.
Pensons-nous vraiment qu’il soit possible de changer la nature humaine à coup
de règlements et de directives européennes ?
La paix est un grand bien, mais
les causes qui la produisent ne sont pas toujours fort désirables ni fort
honorables. La paix peut aussi être celle des cachots ou des cimetières. Les
grands malades et les agonisants sont en général très calmes. Les peuples
européens doivent-ils réellement la paix dont ils jouissent depuis plus d’un
demi-siècle à leurs vertus, ou bien à leur épuisement et à une certaine forme
de pessimisme : le pessimisme de celui qui doute de ses propres forces et
préfère s’en remettre à d’autres du soin de diriger son existence plutôt que de
s’exposer aux périls de la liberté ?
Dans la mesure où la construction
européenne entretient ce pessimisme, puisque ses partisans ne cessent d’arguer
que, livrés à eux-mêmes, les peuples européens retomberaient dans les pires
excès, il est effectivement possible de dire que, d’une certaine façon, l’Union
Européenne c’est la paix, mais uniquement à la manière dont il est possible de
dire qu’un état dépressif rend placide ceux qui en sont affectés.
En réalité, selon le mot de
Chesterton, voir dans l’attachement à la nation la cause unique ou même
principale de la guerre est à peu près aussi pertinent que de condamner l’amour
sous prétexte que parfois certains tuent par amour. Le patriotisme, comme toute
chose humaine, a ses excès, mais il est aussi ce qui nous fait dépasser notre
égoïsme individuel, ce qui nous fait obéir spontanément à des lois que pourtant
nous désapprouvons, parce qu’elles sont les lois de notre pays, ce qui nous
fait consentir à ce qu’une partie de nos biens servent à aider des inconnus,
parce qu’ils sont nos compatriotes, etc. En bref, il est la source de grands
biens qu’il serait stupide de rejeter au motif qu’ils ne sont pas suffisamment
purs ou pas suffisamment universels.
La guerre n’est pas essentiellement
liée à la nation, il s’agit là d’une évidence à la fois historique et
philosophique. Par contre la démocratie moderne, elle, est objectivement liée à
la forme nationale, et n’a jamais existé sans elle. En dissolvant les nations
du vieux continent, la construction européenne ne nous délivrera pas plus de la
guerre que de la maladie ou de la mort, en revanche elle semble en très bonne
voie de nous délivrer du fardeau de la liberté politique.
Même les europhiles les plus
fervents reconnaissent que l’Union Européenne souffre de ce qu’il est convenu
d’appeler pudiquement « un déficit démocratique ». Comme le rapporte
Daniel Hannan, une plaisanterie court depuis longtemps déjà dans les couloirs de
Bruxelles : si l’Union Européenne était un Etat désirant adhérer à
elle-même, elle serait rejetée au motif qu’elle est insuffisamment
démocratique. Mais cette plaisanterie minimise grandement l’ampleur du problème :
l’Union Européenne ne souffre pas d’un quelconque « déficit démocratique »,
elle a aujourd’hui développé une très solide tradition antidémocratique qui est en accord avec sa nature
profonde.
Dès le départ, la méthode Monnet,
celle de l’intégration par petits pas successifs en commençant par le domaine
économique, avait pour but de contourner l’obstacle du consentement populaire,
et le système institutionnel mis en place par le traité de Rome visait
clairement à donner un rôle moteur à un corps de technocrates émancipé des
contraintes de l’opinion publique. De ce point de vue le dessein des pères
fondateurs a été pleinement réalisé. Il est désormais bien entendu, au sein des
institutions et de l’administration européenne, que le désaccord des
populations concernées ne saurait en aucun cas arrêter la construction
européenne. Il est donc préférable de ne jamais consulter les peuples
directement et si, par malheur, l’un d’eux était tout de même appelé à se
prononcer et s’avisait de voter « non » à une quelconque
« avancée européenne », il sera toujours possible de passer outre
d’une manière ou d’une autre. Lorsque les Danois, en 1992, et les Irlandais, en
2001 et 2008, refusèrent un traité européen, ils se virent signifier sans
ménagements qu’il leur fallait recommencer - jusqu’à obtenir le bon résultat.
Lorsque les Français et les Néerlandais rejetèrent le « Traité
Constitutionnel Européen», en 2005, le résultat du vote fut simplement contourné,
après avoir observé un court délai de décence.
Pour sauver les apparences, y
compris vis-à-vis d’eux-mêmes, les eurocrates ont développé une version
européenne de ce que Engels appelait la « fausse conscience » :
si seulement les peuples européens n’étaient pas manipulés par des médias à la
solde de milliardaires eurosceptiques, si seulement ils n’étaient pas soumis
aux sirènes démagogiques des nationalistes, si seulement il pouvait y avoir un
débat informé et dépassionné sur la question européenne, alors sûrement,
sûrement, ils verraient que l’approfondissement de l’intégration est dans leur
intérêt. Mais en attendant que cela soit le cas, il appartient à ceux qui voient
clair - c’est-à-dire aux partisans de cette intégration - de prendre les
« bonnes » décisions, même si cela va à l’encontre des souhaits
exprimés par les populations.
Ce qui signifie non seulement que
les eurocrates estiment acceptable que les institutions communautaires fonctionnent
de manière non démocratique, mais aussi qu’ils sont prêts à subvertir l’ordre
constitutionnel à l’intérieur des Etats-membres s’ils le jugent nécessaire.
Daniel Hannan rappelle ainsi que,
lorsque le président de la République tchèque, Vaclav Klaus, eu déclaré son
intention de ne pas signer le traité de Lisbonne, il fut menacé par une
procédure d’impeachment qui finit par
le faire plier. Au nom de l’intégration européenne, il est donc permis
d’utiliser l’impeachment non plus pour
les cas de manquements caractérisés aux devoirs de sa charge ou de malhonnêteté
flagrante, mais simplement pour se débarrasser d’un opposant politique. Le
précédent a été posé, pour la République Tchèque mais aussi, implicitement,
pour tous les pays de l’Union.
En novembre 2011, deux chefs de
gouvernement, George Papandreou en Grèce et Silvio Berlusconi en Italie, furent
déposés sous la pression de Bruxelles et au nom du sauvetage de l’Euro.
L’erreur fatale de Papandreou avait été d’annoncer que les Grecs seraient
consultés par référendum sur le plan d’austérité imposé par les autorités
européennes en contrepartie de l’aide financière accordée à la Grèce. L’erreur
qui scella définitivement le sort d’un Berlusconi déjà considérablement
affaibli fut de déclarer publiquement que « depuis l’introduction de
l’Euro, la plupart des Italiens se sont appauvris. »
Quelques jours plus tard tous
deux avaient quitté leurs fonctions.
A leur place s’installèrent des
technocrates européens : Lucas Papademos, un ancien vice-président de la
Banque Centrale Européenne, et Mario Monti, un ancien Commissaire Européen. Ni
l’un ni l’autre n’avaient jamais détenu un mandat électif de leur vie, et Mario
Monti composa même son gouvernement uniquement avec des technocrates, sans aucun
élu. Théoriquement à la tête de gouvernements « d’union nationale »,
l’un et l’autre ne doivent leurs places qu’au soutien de Bruxelles et, comme le
dit Daniel Hannan, leur mission tout à fait officielle est de mettre en œuvre
des programmes que leurs peuples rejetteraient certainement lors d’élections
générales. Pour « sauver l’Euro ».
Il est vrai que les plus idéalistes des europhiles espèrent sincèrement que toutes ces entorses à la liberté politique la plus élémentaire ne sont que provisoires et qu’un jour pas trop éloigné une véritable démocratie européenne pourra remplacer les démocraties nationales.
Le problème est que les seules
propositions concrètes avancées pour progresser dans cette direction ont montré,
de manière répétée, leur totale inadéquation avec la réalité.
Ainsi, depuis que le diagnostic
du « déficit démocratique » a été posé, le principal remède a
toujours consisté à augmenter les pouvoirs du Parlement Européen. Le
raisonnement est le suivant : puisque le Parlement est le seul organe
européen qui soit élu par l’ensemble des citoyens européens, si l’on augmente
ses prérogatives, les citoyens européens se sentiront davantage maîtres de leur
destin, l’intérêt pour les élections augmentera, des partis politiques
pan-européens émergeront, et peu à peu la démocratie européenne deviendra une
réalité. Et c’est ainsi que, depuis une trentaine d’années, le Parlement est
l’institution européenne qui a le plus augmenté ses pouvoirs. Pourtant, durant
cette même période, le taux d’abstention aux élections européennes n’a cessé de
progresser, passant de 38% en 1979 à 57% en 2009.
Ce résultat entièrement contraire
à la théorie n’est pas difficile à comprendre.
Dans n’importe quel pays de l’Union, les électeurs peuvent
raisonnablement espérer changer la politique de leur gouvernement s’ils portent
au pouvoir un nouveau parti. Mais aujourd’hui aucun de ces mêmes électeurs
européens ne sait comment modifier la politique suivie au niveau européen. Non
seulement parce que personne ne sait comment modifier les orientations d’un
organe non élu comme la
Commission, sans même parler de la CJUE, mais aussi parce les
élections au Parlement ne sont que l’addition de 27 élections nationales (et
demain peut-être davantage). Chaque citoyen d’un pays membre sait, ou au moins
sent intuitivement, que le résultat final dépend non seulement de la
conversation civique qui a lieu dans son pays, et qu’il a déjà bien du mal à
suivre ordinairement, mais surtout des conversations civiques qui se déroulent
dans 26 autres pays, et dont il ignore nécessairement à peu près tout. Le
résultat d’une élection au Parlement européen est donc, inévitablement,
imprévisible et incompréhensible pour tous les citoyens de l’Union.
En voulant représenter 27 peuples différents, le Parlement
Européen n’en représente en réalité aucun.
Favoriser l’apprentissage de l’anglais par tous les
citoyens de l’Union, comme cela est parfois suggéré, ne saurait à l’évidence
constituer une solution. D’une part parce que la vie politique de chaque pays
continuera de se dérouler dans la langue nationale, mais aussi parce que
connaître le contexte politique d’un pays suppose bien plus que d’en comprendre
la langue. Comprendre ce contexte suppose de connaître les institutions de ce
pays, son histoire, les forces politiques, et d’une manière générale d’en
suivre la conversation civique au quotidien. Cela est déjà difficile pour un
seul pays, et bien sûr absolument impossible pour 27.
Loin d’être un effet de la
paresse du grand public, l’abstention croissante aux élections européennes
traduit simplement la perception, confuse mais exacte, que le Parlement
européen ne représente véritablement personne.
Il va sans dire que la même
objection s’appliquerait à n’importe quelle autre élection européenne, telle
que l’élection du Président du Conseil Européen ou du Président de la
Commission, comme cela est parfois proposé.
Le rêve d’une démocratie
européenne restera à jamais un rêve, ce qui ne tirerait guère à conséquence si,
pour poursuivre ce rêve, nous n’avions pas abandonné peu à peu notre liberté
politique. Au nom de « l’idéal européen », nous nous sommes soumis à
une forme inédite de despotisme administratif, dont nous pouvions initialement
espérer qu’il serait bienveillant mais dont le caractère despotique devient
chaque jour plus évident que le caractère bienveillant.




ce qui est dingue, c'est que personne dans le débat politique français n'ose parler de sortir de l'UE. Personnellement, quand ej débats de cela, on me regarde comme un fou, ensuite il faut utiliser les bons mots, c'est à dire parler d'Union Européenne et non d'Europe. Quand on confond , sciemment ou non, Europe ou Union Européenne, je demande naîvement si la Suisse, les balkans...ne sont pas en Europe, on me dit oui. Ensuite, j'explique que ce n'est pas compliqué de sortir de l'UE et que le monde ne va pas s'arrêter de tourner pour autant. Je leur explique qu'ils ont peur de sortir de l'UE comme la pute a peur de sortir de la protection de son mac...(ça fait son effet cette formule...). Ensuite, on me dit "OK, on est sorti de l'UE" et maintenant "Quoi?, on est des nains, on ne fera rien..." Je répète qu'on est une grosse économie et qu'aucune entreprise ne peut se passer d'un marché comme la France", ensuite je demande si la Corée du Sud, l'Australie, SIngapore, le Qatar sont des nains? économiques, politiques...là, ils se détendent un peu et là je les tue en leur expliquant qu'il faut simplement avoir les mêmes relations avec l?Espagne ou l'Allemagne qu'on avait avant la sortie de l'UE mais sur une base bilatérale, bien sûr on sort de toutes les conventions à la con. En gros, on s'en fout de toute la partie Europe Centrale...les pays Baltes...et qu'on peut ensuite nouer des partenariats forts avec les pays qui ont des relais de croissance comme le brésil, inde, Mexique...
RépondreSupprimerMais je crois que la principale raison du refus du débat, c'est la peur...
En tout cas, éclairant et impeccable comme d'habitude Aristide.
Oui, la peur. Pour une part c'est la conséquence du manque de confiance en nous-mêmes que j'évoque dans le texte. Mais ça a pris un caractère presque superstitieux. Il ne faut jamais parler de quitter l'UE, ça offenserait les dieux du cosmopolitisme qui déclencheraient un cataclysme, quelque chose comme les sept plaies d'Egypte et les deux guerres mondiales réunies. En fait on ne sait pas bien quoi ni pourquoi, mais ce dont on est sûr c'est que ce serait terrible.
SupprimerC'est un phénomène d'hypnose collective assez étrange.
Vous devriez vous procurer A doomed mariage, c'est sweet, short, and to the point, et ça vous aiderait à éparpiller vos contradicteurs eurobéats façon puzzle.
Passionnant. Comme d'habitude : Merci Aristide.
SupprimerC'est assez communiste cette façon de dire qu'on est tout à fait désolé de ne pas pouvoir être parfaitement démocrate, mais que c'est provisoire, qu'on attend simplement que le peuple soit enfin assez éduqué pour choisir volontairement ce qu'on lui impose.
Les dictateurs de droite ont le mérite de ne pas chercher à faire croire qu'ils sont bons, enfin il me semble.
@Cherea : j'adore vos arguments....je vais les utiliser à Noël (dont le "mac") et j'en ris d'avance.
Mais c'est vrai ça. Lorsque nous aurons enfin établi le 4ème Reich au moins on ne prétendra pas que c'est pour le bien du peuple.
SupprimerAlberoni ferait aujourd'hui un excellent journaliste pour sa hauteur de vue, et un parfait conseiller politique pour la bise sur le cul, et donc un expert dont la franchise et l'humilité déchireraient la petite lucarne.
RépondreSupprimerC'est bien vu, mais ne croyez-vous pas que ce commentaire serait plus compréhensible s'il était au grenier?
SupprimerOups ! erreur d'aiguillage!
RépondreSupprimerIl est rassurant de constater qu'il existe encore des personnes lucides foulant le sol de la Perfide Albion.
RépondreSupprimerJe vais reprendre un peu de "haggis" en leur honneur, en attendant la seconde partie de cet article.
Signé : un observateur neutre hors-UERSS
Ah, la panse de brebis farcie...
Supprimerhttp://www.youtube.com/watch?v=1aMm3RkQaFE
"l’Union Européenne [...] n’a ni police secrète, ni goulag, et ses critiques [n'ont pas] à craindre d’être internés dans un asile psychiatrique."
RépondreSupprimer- une police secrète, pourquoi faire, les esprits sont très tôt formatés;
- un goulag, c'est par trop grossier alors que ...
- l'asile psychiatrique fonctionne au mieux : tous les déviants sont "soignés" de diverses manières; demandez à Zemmour par exemple.
En un mot l'UE est en gros progrès sur l'URSS : elle a même défini des lois pour empêcher de penser (Cf. Orwell), lois mémorielles, lois sur le droit à penser (« L’anti-racisme sera la communisme du 21e siècle » Alain Finkielkraut).
Cher Aristide, ce billet est le premier où je vous sens tout à fait militant !
Continuez, c'est ainsi qu'on vous aime.
Oh, militant, c'est un bien grand mot. Disons simplement que j'essaye de défendre ce qui me parait vrai, with firmness in the right as God gives us to see the right comme disait l'autre.
SupprimerL'Europe a fini de sceller l'idéal à la Française.
RépondreSupprimerA savoir qu'un Français, en 2012, ne vit pas pour lui ni pour sa famille, mais vit pour la communauté.
Il n'y a plus de vie personnelle qui tienne, mais une vie pour l'invisible, l'autre, celui qu'on doit accueillir
avec le sourire, car la grande Solidarité est en marche. La France étant l'infirmière du monde, l'Europe contrôlant
la France sur la manière dont elle soigne la misère, il serait absurde d'imaginer un tel débat en France.
De plus, un prof de sciences-po, qui intervient sur LCP, qui a le titre de..."Spécialiste du PS", a déclaré que Hollande a été traumatisé par le référendum de 2004, qui a opposé pro et contre. Du coup, la question ne sera jamais remise sur le tapis dans l'espace public car il a fait de la peine à Hollande. Donc la France va continuer à faire du socialisme, de l'Arc en ciel,
mais ne règlera pas les problèmes de fond.
Au sujet du spécialiste du PS, qui enseigne à Sc Po, je me suis demandé si c'était le contribuable qui le rémunérait, dans quel cas ce serait une honte. Comme si il était nécessaire de faire penser dans un sens les futurs gens de pouvoir, au sujet du socialisme. Comme un gardien qui s'assure que la doctrine socialiste bénéficie de la meilleure publicité dans un des organes du pouvoir. Je trouve ça honteux qu'il y ait des "Spécialistes du PS" dans un endroit comme sc. Po. Même si on sait cette école à gauche. Je trouve ça honteux. J'ai peur qu'on en prenne pour 10 ans.
Oh, qu'il y ait des profs spécialistes du PS c'est dans l'ordre des choses, il y a des universitaires spécialistes de tous les partis politiques en fait, et puis il ne faut pas toujours se fier aux titres des intervenants à la télé, ce sont souvent les journalistes qui les donnent.
SupprimerEn revanche ce qui me révolte c'est ce qu'est devenue Science-po sous l'ère Descoings. Quand on pense en plus à quel point le "grand homme" s'est sucré au passage...
J'ai eu vent de quelques pratiques qui m'ont pas mal révolté. Paraît-il qu'il donnait du fric et des cartes bleues à certains étudiants, comme ça, sans contre partie. Ce Mr Descoings, à qui certains attribuent une révolution pour Sciences Po (cota de jeunes des banlieues) se serait comme vous dîtes, "sucré" plus qu'il n'en fallait.
SupprimerN'est-ce pas là le coeur du socialisme. Si j'aide les gens, alors j'ai le droit de m'accorder des petits privilèges.
C'est à dire que si vous pensez "bien", vous avez le droit de vous enrichir. De plus en plus le mythe du socialo qui se désintéresse de l'argent est un leurre. Les naïfs les prennent pour des humanistes, des Ghandi, alors que ce sont des politiques comme les autres. Ils ont les mêmes défauts que les autres: l'amour de l'argent et l'ambition.
A cause de ça j'ai jamais réussi à prendre leur gentillesse au sérieux.
Very friendly Aristide.
Cher Aristide
RépondreSupprimerConnaissez vous l'UPR, et son programme de sortie de l'euro, de l'OTAN, et de l'UE ?
Un petit parti, encore, très sérieux, et au développement exponentiel (et dont vous aurez deviné que je suis adhérent). Je vous invite, avec tous vos lecteurs à vous régaler des conférences que donne son président, François Asselineau, sur la nature réelle et l'histoire cachée de la "construction européenne". Commencez donc par celle-ci : l'Europe, une dictature qui se met en place - http://www.u-p-r.fr/videos/conferences-en-ligne/europe-dictature
Non je ne connais pas. Je regarderai, merci.
SupprimerBonjour Olaf, j'ai regardé un peu, pas tout, donc je vais peut-être me tromper dans mon commentaire. J'ai l'impression qu'il rejoint la ligne de Dupont Aignan, je me demandais si ils ne devraient pas s'associer pour faire un grand parti. J'ai beaucoup aimé la scène d'arts martiaux où tout le monde s'assoit à la fin, et se transforment en petites étoiles. D'ailleurs ça n'a pas loupé, le public s'est bien marré en voyant la chute.
SupprimerJe pense que l'Europe va fonctionner à coups de propagande pour faire passer ses idées d'un monde qui s'aime, un monde fraternel dans lequel les différentes cultures s'entendraient à merveille, un nouveau monde dans lequel le mot "identité" et "racines" sera banni des écoles.
Ce nouveau monde qui arrive me fait peur, car il risquerait de nous faire réélire la gauche en 2017. Je vous raconte pas le drame.
Cordialement.
Je manque de temps en ce moment pour développer, mais je n'ai pas pu écouter au-delà de 45'-1h, ca devenait vraiment trop ridicule (cfr le délire sur les "affinités des Français" (et autres) selon Facebook...). Dommage...
SupprimerComme d'habitude, c'est le top cher Aristide. On va commencer à faire des complexes quant au sujet, l'Europe c'est bien celle de Dunkerque à Tamanrasset.
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