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mercredi 1 mai 2013

Immigration et République (2/2)



 
Une fois bien établi que, selon les principes républicains, chaque peuple a le droit imprescriptible de décider si, quand et comment il admettra des étrangers, il reste à déterminer en fonction de quelles considérations ce droit devra être exercé.
Il existe bien entendu une multitude de considérations circonstancielles qui peuvent justifier qu’un peuple exerce son droit à refuser les nouveaux-venus. Les considérations économiques, par exemple, peuvent être parfaitement légitimes et nulle communauté politique n’a le devoir de mettre en danger sa prospérité pour essayer de soulager la misère du monde. Mais le principe fondamental qui devrait toujours guider une politique migratoire démocratique est le suivant : le gouvernement républicain existe pour assurer à ses citoyens les « bienfaits de la liberté », par conséquent le premier devoir de ce gouvernement est d’écarter et de combattre tout ce qui pourrait mettre en péril cette « liberté rationnelle », selon l’expression du Fédéraliste.
Soit, mais quel rapport avec l’immigration ?
Le rapport est le suivant. Pour subsister, le gouvernement républicain ne requiert pas seulement des institutions et des lois d’une certaine sorte, il requiert aussi des citoyens présentant certaines qualités particulières.
Contrairement à une croyance assez répandue dans certains milieux intellectuels, la démocratie libérale ne repose pas sur une conception particulièrement « pessimiste » de l’être humain, ni ne prétend remplacer les qualités humaines par une machinerie institutionnelle destinée à faire émerger le bien commun du seul jeu des égoïsmes individuels. Certes, les Constitutions démocratiques modernes, avec leurs systèmes de checks and balances, visent à « opposer l’ambition à l’ambition », selon les mots du Fédéraliste, ou à faire en sorte que « par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », selon l’expression célèbre de Montesquieu. Mais ceci n’est pas le fin mot de l’histoire.
Le même Publius, qui explique que la Constitution des Etats-Unis est destinée à « suppléer par l’opposition et la rivalité des intérêts au défaut de sentiments meilleurs », écrit dans le numéro 55 du Fédéraliste : « De même que l’humanité nous offre un degré de dépravation qui nécessite, jusqu’à un certain point, la circonspection et la défiance, de même on trouve dans la nature humaine des qualités qui méritent, dans une certaine mesure, l’estime et la confiance. Le gouvernement républicain suppose plus qu’aucune autre forme l’existence de ces qualités. Si les tableaux, faits par la défiance politique de quelques-uns, retraçaient fidèlement le caractère humain, il faudrait en conclure qu’il n’y a point assez de vertus parmi les hommes pour le self-government ; et que les chaînes du despotisme peuvent seules les empêcher de se détruire et de se dévorer les uns les autres. »
Autrement dit, la démocratie libérale est un régime qui ne peut convenir qu’à un peuple d’un certain type, possédant, dans son ensemble, certaines convictions, certaines mœurs, certaines qualités de caractère.
Quelles sont ces qualités de caractère - ce que l’on appelait autrefois des vertus ?
Elles peuvent être regroupées en deux grandes catégories : la modération et la combativité. Un peuple ne peut se gouverner lui-même, être libre au sens politique du terme, que s’il se compose d’individus capables de se gouverner eux-mêmes au quotidien, c’est-à-dire de maitriser et d’ordonner leurs passions, d’être tempérants, frugaux, travailleurs, honnêtes, bienveillants envers leurs concitoyens, respectueux de la loi et des institutions, bref modérés au sens noble du terme. Mais ils doivent aussi avoir au fond de leur cœur un profond amour de la liberté, une fierté républicaine qui, comme les signataires de la Déclaration D’indépendance, les poussera au besoin à engager « nos vies, nos fortunes et notre bien le plus sacré, l'honneur » au service de la cause du self-government.
Ce mélange de douceur et de fierté ombrageuse, d’obéissance spontanée à la loi et de vigilance sourcilleuse vis-à-vis de ce qui pourrait menacer votre liberté, est évidemment difficile à obtenir et difficile à conserver. Il est bien des manières de passer la juste mesure et il est par conséquent inévitable que bien des peuples ne présentent pas les qualités nécessaires pour se gouverner eux-mêmes.
Les implications pour la politique migratoire sont évidentes : puisque le caractère des citoyens a une telle importance pour la préservation du gouvernement républicain, il est du devoir des autorités publiques de ne laisser s’installer dans le pays que les étrangers dont l’on peut raisonnablement penser qu’ils présentent les qualités requises pour participer un jour au gouvernement républicain. Et il va sans dire qu’à ces considérations qualitatives pourront être ajoutées des considérations quantitatives sur le nombre de migrants qu’il convient de laisser rentrer.
Mais, dira-t-on immédiatement, comment porter un tel jugement sur les qualités de ceux qui se présentent à nos portes ? Qui donc est capable de lire dans les secrets du cœur humain ?
La réponse est bien sûr : personne. Et cependant il est absolument indispensable que les autorités publiques portent un tel jugement, il est de leur devoir imprescriptible d’essayer de discriminer parmi les migrants qui veulent franchir les frontières du pays.
Elles devront donc pour ce faire recourir à des catégories générales, comme la race, la nationalité ou la religion. Très exactement ce qu’on fait les Etats-Unis tout au long de leur histoire et jusqu’à une date très récente.

 
Lorsque les autorités américaines utilisaient des catégories générales, comme la nationalité, pour décider qui serait autorisé à rentrer sur le territoire des Etats-Unis, elles ne le faisaient pas dans l’idée que tous les membres de la nation en question étaient aptes ou inaptes à devenir un jour citoyens de la république américaine. Elles ne pensaient évidemment pas que, par exemple, tous les Hollandais étaient vertueux et tous les Chinois vicieux. Mais elles avaient recours à ces catégories grossières parce que les caractéristiques partagées par un grand nombre d’individus de telle ou telle nationalité ou de telle ou telle origine étaient tenues pour susceptibles d’affecter leur capacité à s’assimiler en tant que groupe à la nation américaine.
La politique migratoire idéale serait, bien évidemment, une politique basée sur un jugement strictement individuel des qualités de chaque migrant. Mais une telle politique est totalement impossible, par conséquent il est nécessaire, en ce domaine comme en tant d’autres, de recourir à des « idées générales » qui, comme le remarquait Tocqueville, « ont cela d’admirables qu’elles permettent à l’esprit humain de porter des jugements rapides sur un grand nombre d’objets à la fois ». Ces idées sont imparfaites, elles font toujours « perdre en exactitude ce qu’elles donnent en étendue », mais nous ne saurions nous en passer car, « si l’esprit humain entreprenait d’examiner et de juger individuellement tous les cas particuliers qui le frappent, il se perdrait bientôt au milieu de l’immensité des détails et ne verrait plus rien. »
Ceci est sans doute assez difficile à accepter, pour nous qui professons officiellement une sainte horreur des « amalgames ». Mais un peu de réflexion et de bonne foi nous amènera à reconnaitre qu’il y a là une loi inflexible de la condition humaine. Toute loi, quelle qu’elle soit, repose nécessairement sur ce que Tocqueville nommait des « idées générales » et que nous stigmatisons aujourd’hui injustement sous le nom « d’amalgames » ou de « stéréotypes ».
Plus difficile à accepter, en revanche, est l’idée qu’il pourrait exister quelque chose comme un « caractère national » et que certains peuples ou certaines communautés pourraient être, en tant que groupes, incapables d’accéder à la liberté politique. Il s’agit pourtant là de conceptions très anciennes, qui ont été soutenues par les plus grands philosophes aussi bien que par les plus grands hommes d’Etat pendant des siècles, que dis-je ! pendant des millénaires, et qui n’ont été remisées dans les placards de la pensée que très récemment, et pour de mauvaises raisons. Non parce que ces conceptions auraient été réfutées, mais parce qu’elles ont été considérées comme malséantes.
Qu’y a-t-il pourtant d’extraordinaire et d’inacceptable dans l’idée que, l’homme étant un animal social et politique, il est affecté dès son enfance par le type d’éducation qu’il reçoit, au sein de sa famille, à l’école, à l’église, à la synagogue ou à la mosquée, dans toutes les institutions chargées de l’amener à l’âge adulte ? Qu’y a-t-il d’extravagant dans l’idée qu’un régime politique d’une certaine sorte, ordonné autour de certaines conceptions du bien et du mal, du juste et de l’injuste, du noble et de l’ignoble, tend à inculquer au plus grand nombre, directement et indirectement, des opinions, des sentiments, des habitudes, des mœurs, qui sont en conformité avec ces conceptions ? Qu’y a-t-il d’absurde ou de contraire à notre expérience courante, dans l’idée qu’une religion d’une certaine sorte tend à produire chez la plupart de ses adeptes un caractère d’une certaine sorte ? En quoi est-il contraire aux règles de la logique ou de la psychologie la plus élémentaire que de dire, par exemple, qu’une religion qui place en son centre l’idée d’un Dieu omnipotent et qui ne se définit par rien d’autre que sa volonté, efface nécessairement la notion de libre-arbitre et encourage le fatalisme chez ses adeptes ?
Rien de tout cela n’est absurde, ni stupide, ni immoral. Rien de tout cela n’est contraire ni à la raison ni à l’expérience, dès lors que nous gardons à l’esprit qu’il s’agit là simplement d’idées générales, et que ce qui vaut pour le groupe ne vaut pas pour chacun des individus qui le composent. Non, cela n’est pas même contraire à l’idée de l’égalité fondamentale de tous les hommes. Que les hommes soient égaux en droits naturels ne les empêche nullement de développer certaines opinions, certaines coutumes, certaines mœurs, qui leur rendent l’exercice de leurs droits naturels plus ou moins aisé, et même parfois impossible.
De cela les fondateurs des Etats-Unis étaient intimement convaincus, et eux qui avaient engagé leurs vies, leurs fortunes, et leur bien le plus sacré, l’honneur, pour les droits naturels des Américains, n’ont jamais hésité à affirmer que certains groupes humains n’étaient pas aptes à se gouverner eux-mêmes et, par conséquent, que l’incorporation des individus issus de ces groupes au sein de la république américaine n’était pas souhaitable. Ainsi, jusqu’en 1870, seuls les individus de race blanche pouvaient accéder à la nationalité américaine. Les Indiens d’Amérique du Nord (les « peaux-rouges ») ne purent accéder à la naturalisation qu’en 1924, et les Chinois en 1943. Ce n’est que dans les années 1950 que furent progressivement levées toutes les restrictions basées sur l’origine nationale.
Avant de condamner comme « racistes » des générations de législateurs américains, rappelons-nous tout d’abord que, jusqu’à une date somme toute assez récente, « Blancs » signifiait en pratique « Européens » et que l’Europe était le berceau de la civilisation occidentale, c’est-à-dire le berceau de cette forme si particulière de gouvernement qu’est la démocratie libérale. Autrement dit, il était raisonnable de penser que seuls des migrants Européens présenteraient les qualités intellectuelles et morales indispensables pour devenir un jour d’honnêtes et productifs citoyens de la république américaine.

 
Toutefois, il est juste d’ajouter que la préférence pour les migrants d’origine européenne n’était pas toujours uniquement fondée sur des raisons aussi élevées. Benjamin Franklin, par exemple, avouait franchement qu’il préférait les immigrants anglo-saxons, car les autres Européens « sont en général d’un teint basané ». « Mais peut-être », ajoutai Franklin, « suis-je partial envers le teint de mes compatriotes, car une telle partialité est naturelle à l’être humain. » Nous sourions ou nous nous indignons à ce genre de remarque, mais peut-être devrions nous aussi y réfléchir. Car si, comme il n’est guère douteux, une telle partialité est effectivement naturelle à l’être humain, cela n’est pas dépourvu de conséquences politiques, car cette « partialité » signifie que, toutes choses égales par ailleurs, une plus grande mixité ethnique aura pour conséquence une diminution de ce que les sociologues appellent « le capital social », c’est-à-dire la confiance réciproque et spontanée entre les membres de la société. Ce que constate d’ailleurs la science sociale contemporaine[1].
Mais éloignons-nous de ces rivages dangereux et considérons un exemple qui ne peut manquer de nous tenir particulièrement à cœur : le cas de la France au moment de la Révolution, vu par un homme d’Etat américain éminent.
Les Français, écrivait Gouverneur Morris dans son journal, « tentent d’ériger une Constitution Américaine... sans réfléchir qu’ils n’ont pas de citoyens américains pour soutenir cette Constitution. » (Gouverneur Morris - « Gouverneur » était bien son prénom - fut l’un des membres importants de la Convention de Philadelphie puis s’installa en France pour ses affaires en 1789, où il servit comme Ministre Plénipotentiaire du gouvernement américain de 1792 à 1794. Morris retourna aux Etats-Unis en 1798).
« Je désire profondément », poursuivait-il, « vraiment profondément, le bonheur de ce peuple inconstant. Je les aime. J’ai de la gratitude pour leurs efforts au service de notre cause et je regarde l’établissement d’une bonne Constitution ici comme le principal moyen, sous l’autorité de la divine providence, d’étendre les bienfaits de la liberté aux millions de mes frères humains qui gémissent dans les fers sur le continent européen. Mais je ne m’abandonne guère aux illusions flatteuses de l’espoir, car je ne perçois pas pour le moment cette réforme des mœurs sans laquelle la liberté n’est qu’un mot creux. »
Au jugement de Morris, les Français manquaient, dans leur ensemble, des qualités morales nécessaires à un peuple libre.
« Chacun s’accorde à dire qu’il y a ici un total abattement des mœurs, mais cette position générale ne pourra jamais faire sentir à un Américain le degré de dépravation [des Français]. C’est avec un matériau si friable que le grand édifice de la liberté doit être érigé. ... Il y a un principe fatal qui traverse tous les rangs de la société. C’est la parfaite indifférence à la violation de ses engagements. L’inconstance est tellement mêlée au sang, à la moelle, et à toute l’essence de ce peuple, que lorsqu’un homme important et de haut rang rit aujourd’hui de ce qu’il affirmait sérieusement hier, cela est considéré comme étant dans l’ordre naturel des choses. ... La grande masse des gens du peuple n’a pas d’autre religion que ses prêtres, pas d’autre loi que ses supérieurs, pas d’autre moralité que son intérêt. »
La suite des événements, bien sûr, a donné raison à Morris puisque la Révolution française, dont les commencements généreux émouvaient même le raisonnable Tocqueville, a rapidement sombré dans la guerre, la terreur et la tyrannie. 

Il va sans dire que, sur la base de telles considérations, Morris aurait très probablement conseillé à son gouvernement de refuser d’admettre les émigrants français si ceux-ci s’étaient brusquement présentés en grand nombre aux portes des Etats-Unis. Nul « racisme » ou « francophobie » en cela, simplement une juste appréciation du caractère de la nation française à cette époque, ainsi qu’une profonde compréhension des conditions d’existence du gouvernement républicain.
Morris était bien loin de croire que jamais les Français ne pourraient bâtir une république semblable à celle des Etats-Unis. Mais il estimait que les progrès nécessaires à cela ne pourrait être que très progressifs.
« Du temps est nécessaire pour amener des esclaves aux bienfaits de la liberté. Du temps. Du temps. De l’éducation. Mais qu’est-ce que l’éducation ? Ce n’est pas l’instruction. C’est davantage l’effet de la société sur les habitudes et les principes de chaque individu, le formant dès l’enfance à se conduire ensuite comme un bon citoyen et à contribuer à son tour à la formation des autres. Il en résulte que les progrès vers la liberté doivent être lents. »
Il en résulte également, bien que Morris ne le dise pas explicitement, qu’il serait vain de croire qu’un quelconque programme « d’éducation » administré par les autorités publiques pourrait aisément transformer des immigrants en bons citoyens du pays qui les a accueilli. Dans la marche vers la liberté ordonnée, la seule qui soit réellement un bienfait, il n’existe pas de raccourcis.
Pour conclure sur ce sujet, nous ne pouvons sans doute guère faire mieux que de citer un peu longuement les propos d’Alexander Hamilton, l’un des trois auteurs du Fédéraliste.
Quelques mots de contexte. En 1800, Jefferson est élu président des Etats-Unis à une courte majorité et grâce à l’apport décisif des voix des immigrants les plus récemment arrivés. Dans son premier message annuel au Congrès, Jefferson proposa donc que les étrangers puissent acquérir la nationalité américaine dès leur arrivée aux Etats-Unis, au lieu de satisfaire aux quatorze ans de résidence qui étaient exigés à cette époque. Ce à quoi Hamilton, le vieil adversaire politique de Jefferson, s’opposa fermement.
Toute ressemblance avec la situation française actuelle... mais écoutons Hamilton expliquer son opposition au projet de Jefferson.
« La sûreté de la république dépend de manière essentielle de l’énergie d’un sentiment national commun ; d’une uniformité des principes et des habitudes ; du fait que les citoyens soient exempts d’influences et de préjugés étrangers ; et de l’amour de la patrie que l’on trouvera presque toujours étroitement lié avec la naissance, l’éducation, et la famille. L’opinion avancée dans les Notes sur l’Etat de Virginie [le célèbre ouvrage de Jefferson] selon laquelle les étrangers apporteront généralement avec eux des attachements pour les personnes qu’ils ont laissé derrière eux ; pour le pays de leur naissance, et pour ses coutumes et ses mœurs particulières, est incontestablement correcte. Ils nourriront également des opinions sur la politique en accord avec le type de gouvernement sous lequel ils auront vécu ; ou bien s’ils devaient en venir ici à préférer notre type de gouvernement, n’est-il pas extrêmement improbable qu’ils puissent apporter avec eux cet amour tempéré pour la liberté, qui est si essentiel au vrai républicanisme ? »
En conclusion, écrivait Hamilton :
« Dans la recommandation de conférer les privilèges de la citoyenneté américaine à tous les migrants étrangers sans distinction, dès qu’ils sont entrés dans notre pays, se trouve la tentative de briser toutes les barrières qui ont été érigées pour préserver un esprit et un caractère national ; et de laisser rentrer les plus puissants moyens de pervertir et de corrompre à la fois l’un et l’autre. »
En dépit du fait que le parti de Jefferson ait alors dominé le Congrès, celui-ci se rangea à l’avis de Hamilton et rejeta le projet du nouveau Président.

Nous le voyons par l’exemple des Etats-Unis, l’universalisme des Droits de l’homme, le fait de considérer que tous les hommes sont naturellement dotés des mêmes droits essentiels, n’a nullement pour conséquence de s’abandonner au cosmopolitisme. Bien loin d’être incompatible avec une politique migratoire stricte et « discriminante », le républicanisme vrai exige au contraire une telle politique. Décourager un certain type d’immigration, n’accorder la citoyenneté à ceux que l’on a admis sur son territoire qu’avec parcimonie et prudence, veiller à maintenir et à promouvoir un esprit et un caractère national, font partie des devoirs fondamentaux d’un homme d’Etat républicain. Nous le voyons aussi, ceux qui refusent de considérer de telles questions au prétexte de ne pas « stigmatiser » ou de ne pas alimenter les passions mauvaises font preuve au mieux d’ignorance, au pire de lâcheté, et très certainement ne sauraient être considérés comme de bons républicains. Quant à ceux qui, par calcul, comme a pu le faire Jefferson dans un moment d’égarement, cherchent activement à abaisser toutes les barrières à l’immigration et à la naturalisation, ils ne méritent pas d’autre nom que celui d’ennemi objectif de la république.


[1] Robert Putnam : “E pluribus unum : Diversity and Community in the Twenty-first Century”.

14 commentaires:

  1. Votre Gouverneur a vu juste sur notre compte. Et comme nous avons encore décadé depuis l'époque à laquelle il écrivait, il n'y a pas 36 solutions : il nous faut un roi.

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    1. Je crains de vous décevoir (ainsi que certains autres), mais l'Ancien Régime était déjà mort, ou mourant, en 1789.
      Et puis pourquoi vouloir un roi lorsqu'on a déjà un Président normal?

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  2. Le problème c'est que la notion de peuple n'est pas une notion si simple que cela à manier, ou à cerner, et sa volonté encore moins. A mon avis, il y a bien quelque chose de concret dans le peuple, mais je ne suis pas certain que cela soit de nature à fonder une démocratie libérale. Où est donc le peuple français ? Qui l'a rencontré ? Qui connait sa volonté ?
    "There is no such thing as society" disait Thatcher.

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    1. Il est incontestable que les limites temporelles et géographiques d’un peuple sont moins assurées que celle d’un individu. Il est facile - en général - de savoir quand nait un individu, quand il meurt, et quelles sont ses dimensions ; ce qui n’est pas le cas pour un peuple. Il y aura toujours une part d’arbitraire dans la fixation de ces limites.
      Mais le fait que les limites d’une chose ne puissent pas être connues avec précision ne prouve absolument pas que cette chose n’existe pas. En fait beaucoup de phénomènes sont ainsi, et comme le dirait Pascal, ce qui est mystérieux ne laisse pas d’être.
      Et la démocratie a absolument besoin d’un corps, d’un peuple qui lui préexiste et qu’elle ne peut créer. Pour une raison très simple : la démocratie repose sur le consentement - c’est le contrat social initial. Mais pour que le contrat initial puisse être conclu il est nécessaire de savoir qui devra consentir, et cette question ne peut être réglée par le consentement sans quoi on entre dans une régression à l’infini.
      Autrement dit, pour que la démocratie soit possible et puisse survivre, les démocrates doivent nécessairement accepter que les principes démocratiques ne puissent pas régler toutes les questions politiques ni ordonner toutes les relations humaines.

      Quand à la fameuse citation de Margaret Thatcher, elle est évidemment polémique. En disant cela elle ne niait nullement l’existence et l’importance des associations humaines, comme la famille et la nation, des associations qui ne peuvent pas simplement être comprises comme le produit de la libre volonté d’individus autonomes. Elle s’opposait en revanche à la « société » des sociologues, celle qui fait disparaitre la responsabilité individuelle, comme dans « c’est là faute à la société ».

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  3. Billet PARFAIT ! Que dire de plus ? Merci Aristide !!!!!!

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  4. Je suis d'accord avec vous au début surtout quand vous citez Pascal.
    Pour la suite, cela me semble plus compliqué, cette histoire de contrat social effectivement suppose l'existence d'un peuple dont la volonté s'exprimerait par le vote. En réalité, on voit bien à la lumière de l'histoire de France que le "peuple français" aussi bien que la démocratie française ne sont pas issus d'un processus d'émergence naturel mais ont été influencés de manière décisive par la force et la violence de certains individus et groupes d'individus.

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    1. Un précision : la théorie du contrat social ne prétend pas être une description historique de la manière dont les gouvernements ont été formés (sauf peut-être chez Rousseau, mais ça pourrait se discuter). Elle vise simplement à répondre à la question : qu'est-ce qu'un gouvernement légitime? Quels sont ses buts et de quels pouvoirs doit-il être pourvu pour les atteindre?
      Autrement dit, contrairement aux apparences, elle ne regarde pas le passé mais l'avenir.

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  5. J'ai commencé une réponse, mais qui est rapidement devenue trop volumineuse. Du coup, je la mettrai sur mon blog dès que remise en forme.

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    1. Et voilà la réponse en question (surtout sur la 1 ère partie de votre article)
      http://wp.me/p3l3sY-51

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    2. Je vous réponds sur votre blog.

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  6. Bien que vais je pouvoir écrire sans trop raconter de billevesées après tous ces excellents commentateurs , ouaich!

    Il me semble que les Etats-Unis sont une jeune nation qui a été bâtie par une majorité d' immigrants et que notre pays la France a une longue histoire ou les rois ont eu leurs mots à dire pendant plus 16 Siècles, cela laisse des traces et la République née sur les cendres de ces royaumes catholiques aura du mal à changer certaines mentalités malgré un travail de sape de cette chère Education Nationale afin de faire croire aux habitants de ce pays que nous sommes tous égaux.

    Si nous étions tous égaux, nous serions tous beaux et intelligents et de la même couleur , on serait tous des Usain Bolt mais surtout pas Ribery ( faut pas pousser mémé dans les orties quand même) mais ce n'est pas le cas alors leur égalité à la con , nos penseurs républicains ils peuvent se la rouler en cône et se la coller profond.

    Bien sûr on trouvera toujours des personnes d'origine immigrée qui enrichiront notre société mais ils ne faut pas non plus supporter les vilains accompagnateurs qui viennent avec.

    Combien de temps ce pays pourra encore tenir avec une telle gabegie mais je souffle à mes enfants de tout faire pour le quitter et laisser nos crétins de penseurs finir le travail de pourrissement.

    Triste constat

    Ça va, j'ai pas été trop mauvais


    PS: Vous nous imaginez , ressemblez tous à Jegoun, au secours Ribery je suis devenu fou.

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  7. Dans un passé pas si lointain, un parent d'élève m'avait fait part de son souhait d'émigrer au Québec, ne trouvant pas d'emploi correspondant à ses espérances en France, et pas d'emploi du tout d'ailleurs…

    Ca ne se faisait pas facilement ! Il lui fallait prouver au Consulat qu'il avait un projet professionnel qui tenait debout, qu'il avait un casier vierge, qu'il avait un référent canadien et qu'il disposait de l'argent du retour, en cas d'échec.

    Il a pu réunir tout ça et il est parti, avec sa famille (sa femme et deux ados).

    Je n'ai plus de nouvelles, mais je pense qu'il doit être effaré de l'évolution de l'immigration là-bas. Je ne suis pas certains que tous les Haïtiens et Africains qui débarquent peuvent justifier de tout ce qui lui était demandé il y a une quinzaine d'années…

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    1. Je me suis laissé dire que la Nouvelle-Zélande avait une politique plutôt restrictive en la matière. Faut dire qu'ils ont déjà beaucoup de moutons.
      Et puis c'est beau. Mais pluvieux.

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