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mercredi 15 mai 2013

Quand la justice crée l'insécurité


Note préliminaire : ce billet est à peu près deux fois plus long que mes billets habituels. J'ai beaucoup hésité à le publier en une seule fois car je sais que, sur internet, les longs textes découragent le chaland mais il m'a semblé que le couper en deux serait vraiment préjudiciable. En "contrepartie", je le laisserai vraisemblablement en "une" durant deux semaine, au lieu de la semaine habituelle. Je ne suis pas sûr du tout de renouveler l'expérience, mais je ne serais pas contre le fait d'avoir l'avis de mes lecteurs sur ce point.



Quand la justice crée l’insécurité est un livre à l’allure discrète - juste le titre noir sur fond blanc - et au ton posé, un livre sobre et bien élevé, tout comme semble l’être son auteur, Xavier Bébin, le jeune secrétaire général de l’Institut pour la justice. Pourtant, c’est un livre terrible. Un livre dont le contenu devrait susciter l’indignation de tous les honnêtes gens, et qui, s’il parvient à faire parler de lui, suscitera à l’évidence aussi beaucoup d’indignation dans les médias et dans certains cercles judiciaires, mais pour des raisons opposées.
Car ce que révèle et documente Xavier Bébin, ce n’est pas seulement que la montée de l’insécurité n’est pas un sentiment - ce que ne nient plus guère aujourd’hui que quelques sociologues engagés et chaque jour un peu plus discrédités - c’est, ce qui est bien pire encore, qu’une partie de l’appareil judiciaire a objectivement pris fait et cause pour les malfaiteurs contre les victimes et s’estime manifestement investi d’une mission sacrée : protéger les criminels des châtiments réclamés par les gens ordinaires.

Pour le montrer, Xavier Bébin commence par démontrer, posément mais méthodiquement, ce que soupçonnent confusément les Français qui, lisant les faits-divers, découvrent souvent avec stupeur que des criminels « bien connus des services de police » et de très nombreuses fois condamnés n’en sont pas moins libres de poursuivre leurs forfaits : aujourd’hui, en France, poursuivre une carrière criminelle comporte bien peu de risques d’être puni.
Quelques chiffres peuvent suffire pour s’en convaincre.
Les « enquêtes de victimation » réalisées par l’INSEE et l’ONDRP auprès d’un très vaste échantillon représentatif des ménages français permettent d’estimer à plus de dix millions chaque année les crimes et délits commis dans notre pays.
Sur ces dix millions, un peu plus de quatre millions sont portés à la connaissance de la police et de la gendarmerie (4 171 011 en 2010).
Sur ces quatre millions de crimes et délits, seuls 1,4 millions sont jugés « poursuivables », parce qu’un auteur a pu être identifié. Les autres sont classés sans suite.
Sur ces 1,4 millions, environ 12% sont encore classés sans suite. Un tel classement sans suite ne signifie nullement l’absence de gravité d’une infraction. Xavier Bébin rappelle ainsi que Mohammed Merah, avant de commettre sa série d’assassinats en 2012, avait fait l’objet en 2010 d’une plainte très circonstanciée pour coups et blessures, plainte pour laquelle il n’avait jamais été le moins du monde inquiété.
Sur les quelques 1,2 millions d’infractions qui donnent lieu à une « réponse pénale », environ la moitié ne valent à leurs auteurs que ce que le jargon judiciaire appelle des « alternatives aux poursuites », alternatives dont l’exemple type est le « rappel à la loi » - ce qu’en d’autres temps moins portés sur l’euphémisme on aurait simplement appelé un sermon.
Reste donc environ 640 000 infractions qui valent à leurs auteurs de passer devant un tribunal. Autant dire qu’à ce stade il s’agit en général d’affaires sérieuses, concernant des infractions graves et dont l’auteur est déjà connu des services de police.
Pourtant, ces infractions effectivement jugées, déjà une toute petite partie des infractions enregistrées, n’aboutissent pas systématiquement à une sanction réelle, loin de là. Ainsi, près de 200 000 d’entre elles se traduisent simplement par une condamnation à de la prison avec sursis. Et le sursis ne signifie nullement qu’à la prochaine infraction le délinquant sera impitoyablement jeté en prison, puisque les sursis peuvent très bien se cumuler.
En réalité, de nos jours, un délinquant est rarement mis en prison sans avoir au préalable été plusieurs fois « rappelé à la loi », puis condamné à une peine avec sursis, suivie d’un ou deux « sursis avec mises à l’épreuve » ; et les cas de multirécidivistes avérés et pourtant simplement condamnés à du sursis sont monnaie courante.
En définitive, les peines de prison fermes ne concernent qu’environ 122 000 individus par an, soit une infraction juridiquement constituée sur trente, et, en se basant sur les « enquêtes de victimation », une infraction sur cinquante.
Et-ce tout ? Non, car avant que le délinquant n’aille effectivement en prison, bien du temps peut encore s’écouler. Notre procédure pénale veut en effet que les individus condamnés à une peine inférieure ou égale à deux ans de prison ferme voient leur situation systématiquement réexaminée par un juge d’application des peines. Or de telles condamnations forment l’immense majorité des peines de prison prononcées.
C’est ainsi que, chaque année, plus de 80 000 peines de prison sont « en attente d’exécution », ce qui signifie concrètement que l’accusé, condamné à de la prison ferme, ressort pourtant libre de l’audience, et le restera pendant de longs mois avant que le juge d’application des peines n’examine enfin son dossier - à supposer que la sentence ne reste pas purement et simplement inexécutée, ce qui, en 2010, a été le cas de 20 000 peines de prison.
Dans la majorité des cas ces peines de prison « en attente d’exécution » seront aménagées, c’est-à-dire transformées en autre chose que de la prison et, comme le rappelle Xavier Bébin exemples à l’appui, l’aménagement de peine peut parfaitement concerner des criminels endurcis condamnés pour des faits graves.
Ces quelques chiffres suffisent pour montrer que ceux qui osent parler de « tout-carcéral » à propos de la situation française, soit parlent sans rien savoir, soit se moquent cruellement des victimes de tous ces crimes impunis.
Est-ce tout ? Pas vraiment car, même une fois entré en prison, il existe une différence importante entre la peine prononcée et la peine effectivement exécutée.
Rentrent tout d’abord en jeu les « remises de peine automatiques » : trois mois la première année, deux mois les années suivantes, qui ne sont retirées qu’en cas de mauvaise conduite avérée, c’est-à-dire rarement. Puis interviennent les « remises de peine supplémentaires », accordées assez facilement dès lors que le condamné peut justifier « d’efforts en vue de sa réinsertion ». Cumulées, ces différentes remises de peine peuvent réduire la peine initiale à peu près de moitié.
Mais, comme il serait sans doute cruel de faire attendre au pauvre condamné la moitié de sa peine pour le libérer, il existe encore un mécanisme plus favorable : celui de la libération conditionnelle, libération conditionnelle qui, compte tenue des remises de peine, peut intervenir dès que les condamnés ont purgé à peu près le tiers de leur peine.
De telles libérations conditionnelles sont-elles facilement accordées ? Les condamnés à de courtes peines ne demandent presque jamais de libération conditionnelle, car pour eux le jeu n’en vaudrait pas la chandelle. En revanche, pour les longues peines, les libérations conditionnelles dépassent vraisemblablement les 50% (étrangement, le ministère de la justice ne communique pas ces statistiques), et pour les condamnations à perpétuité le taux approche les 100%. Ce qui explique qu’être condamné à la prison « à perpétuité » signifie en réalité, en moyenne, passer vingt ans en prison.
La conclusion s’impose d’elle-même : en France, aujourd’hui, l’impunité est devenue la règle, la sanction l’exception. Ce que les criminels ont bien évidemment été les premiers à remarquer.
Pire encore, cette impunité érigée en fonctionnement normal de la justice ne joue pas seulement pour les criminels « ordinaires », elle joue aussi pour les grands prédateurs, ceux dont la dangerosité est avérée au-delà de tout doute possible et dont les crimes particulièrement atroces défrayent à intervalles irréguliers la chronique judiciaire.

 
Pour le montrer, Xavier Bébin se contente de rappeler les parcours judiciaires de quelques-uns d’entre eux, de mémoire récente, comme celui d’Alain Pénin, qui a violé puis tué d’une centaine de coups de tournevis Natacha Mougel, un jour de septembre 2010, ou celui de Tony Meilhon, meurtrier, dans des circonstances particulièrement horribles, de Laëtitia Perrais, en janvier 2011. Ce dernier est assurément ce que l’on peut appeler un psychopathe multirécidiviste, et l’on se souviendra peut-être que l’opinion publique s’était grandement émue de ce qu’un criminel manifestement aussi dangereux ait pu être en liberté alors que, à trente et un ans, il cumulait déjà treize condamnations dont deux en cours d’assise. Emu sans doute lui aussi par ce terrible fait divers, ou bien voulant aller au devant de l’émotion publique, le Président de la République avait alors mis en cause le travail des magistrats et pointé du doigt les défaillances de la justice, ce qui avait suscité des protestations indignées et un mouvement de grève de la part des intéressés. Sans doute ces protestations étaient-elles sincère car, comme le dit Xavier Bébin, la police et la justice n’avaient pas agi de manière inhabituelle dans le cas de Tony Meilhon. Policiers et magistrats pouvaient donc légitimement penser qu’ils n’avaient commis aucune « faute », en ce sens qu’ils n’avaient fait qu’appliquer les procédures ordinaires. Et c’est ce qui rend ce genre d’affaires particulièrement terribles : elles ne révèlent pas seulement les abimes de la perversité humaine, elles révèlent aussi ce qu’est devenu le fonctionnement « normal » de notre justice.
A quoi doit encore être ajouté, pour comble d’indignité, le traitement réservé aux victimes par notre appareil judiciaire, un traitement que détaille Xavier Bébin et qui l’amène à conclure, à fort juste titre, que trop souvent la victime est « considérée avec indifférence, voire méfiance » et que l’on « accorde plus d’égards au coupable » qu’à elle. Ce qui d’ailleurs, dans la logique actuelle de l’institution judiciaire, se comprend fort bien. Les victimes, en effet, réclament en général que les coupables soient... punis. Horresco referens !

Comment en somme-nous arrivés là ?
A première vue, ce fonctionnement invraisemblable de l’appareil judiciaire pourrait sembler résulter de l’ignorance. Comme l’écrit Xavier Bébin, « le monde judiciaire et médiatique est imprégné d’idées reçues qui dédramatisent la situation ». Ces idées reçues vont toutes dans le même sens : la répression n’est pas la réponse appropriée à la criminalité.
Ainsi, on affirmera que la seule manière de combattre la criminalité, c’est de combattre ses « causes profondes » qui seraient la pauvreté, le chômage, l’exclusion, etc.
On ajoutera que, de toutes façons, la prison n’a pas d’effet dissuasif et qu’elle est au contraire une « école du crime » pour ceux qui y rentrent.
On rappellera que le « risque zéro » n’existe pas et que par ailleurs le taux de récidive criminelle serait extrêmement faible.
On prétendra qu’avec « plus de moyens » il serait possible de prévenir les crimes, plutôt que de les combattre, et de réinsérer les délinquants, plutôt que de les punir.
Et pour faire bonne mesure on conclura en affirmant que les prisons françaises sont de sordides cul-de-basse-fosse dans lesquels on devrait avoir honte d’enfermer qui que ce soit, fut-il le pire des criminels.
Ces « évidences » sont martelées sans relâche aussi bien dans la plupart des médias que par les syndicats de magistrats et dans les couloirs du ministère de la justice, aussi le grand public pourrait-il être pardonné de les croire.
Peut-être, avec beaucoup de mansuétude, pourrait-on même étendre cette indulgence jusqu’aux journalistes, journalistes qui, il faut bien l’admettre, ignorent souvent à peu près tout des sujets qu’ils traitent. L’actualité change si vite, les sujets sont si nombreux, l’objectivité est si difficile...
Mais, de la part de professionnels de la justice, soutenir de telles affirmations relève au mieux de l’incompétence au pire de la malignité pure et simple.
Toutes ces affirmations, de la première à la dernière, sont en effet fausses ou, au mieux, partiellement fausses et, comme le dit justement Xavier Bébin, il n’est pas besoin d’effectuer des recherches longues et compliquées pour le savoir.
Point n’est besoin ici de les reprendre une par une pour démontrer leur fausseté, Xavier Bébin, dans son livre, s’acquitte fort honnêtement de ce travail, même si l’on pourrait souhaiter parfois plus de précisions et de références pour enfoncer définitivement le clou.
Contentons-nous donc de rappeler quelques vérités simples : oui, la prison a un effet dissuasif incontestable ; non, la France n’a plus à avoir honte de ses prisons, même si elle peut à juste titre se voir reprocher de n’en pas construire assez ; non, il n’est malheureusement pas possible de guérir les délinquants sexuels ; non, les programmes de prévention sociale et de réinsertion des condamnés n’ont jamais fait preuve d’une grande efficacité, pour dire le moins ; non, l’immense majorité des délinquants ne sont pas des gens ordinaires qui n’auraient pas eu de chance, et plus de 50% des crimes et délits sont commis par un noyau dur de criminels multirécidivistes qui forment à peu près 5% de la population délinquante.
Telles sont quelques-unes des réalités que ne peuvent pas décemment ignorer des gens dont le métier est de rendre la justice. Et cependant, beaucoup d’entre eux semblent les ignorer, ou bien les contestent avec véhémence.

Cela demande assurément à être expliqué. Derrière toutes ces idées reçues qui imprègnent le monde judiciaire, Xavier Bébin perçoit ce qu’il appelle un « dogmatisme pénal caractérisé par une réticence épidermique à punir ». Ce dogmatisme, cette position « antipunitive par principe », s’alimente selon lui essentiellement à deux sources. D’une part « l’impact durable qu’ont produit sur nos mentalités les deux grands totalitarismes du XXème siècle ». Ainsi, l’une des conséquences des barbaries nazis et communiste aurait été « une méfiance durable et profonde pour l’activité de l’Etat dès lors qu’il emploie la force ou décide de privations de liberté. » A quoi s’ajoute une forme de mauvaise conscience dès lors que l’on s’est convaincu que la plupart des délinquants seraient des victimes, victimes de leur « milieu social défavorisé », victimes de « la société », voire victimes du « capitalisme » ou d’autres choses du même genre. Enfin, pour parachever ce « dogmatisme pénal » antipunitif rentrent en jeu les logiques professionnelles propres aux acteurs du monde judiciaire.
Xavier Bébin explique ainsi fort bien pourquoi les juges français sont si opposés aux peines planchers et autres dispositifs de ce genre : derrière les grandes déclarations sur la nécessaire « individualisation des peines » (principe lui-même fort contestable) se cache le plus souvent une réalité très prosaïque : ces dispositifs « ôtent au magistrat ce qui fait le sel et le prestige de leur profession : leur capacité à choisir et à prendre des décisions ». De la même manière, les psychiatres chargés d’évaluer, au doigt mouillé, la dangerosité de certains accusés ou condamnés ont un intérêt évident à ce que ne soient jamais utilisées les « échelles actuarielles » mises au point dans les pays anglo-saxons et qui permettent d’évaluer ce degré de dangerosité bien mieux que ne peut le faire un psychiatre, même chevronné. Les avocats eux, ont un intérêt pécuniaire évident à ce que la présence d’un avocat soit requise le plus souvent possible, aussi ont-ils mené, par exemple, un lobbying intense et très efficace pour que soit réformée la procédure de la garde à vue afin que l’avocat soit présent dès le début de celle-ci. Et ainsi de suite.
Face à cela, les hommes politiques, censés représenter les intérêts et les attentes de la population française, oscillent entre « résignation et inertie », quand ils n’ont pas eux-mêmes été contaminés par le « dogmatisme pénal » antipunitif, comme semble bien l’être notre actuelle ministre de la justice, ou comme l’avait été avant lui un célèbre garde des sceaux devenu par la suite président du Conseil Constitutionnel.
Le résultat global est celui qui a été décrit plus haut : l’appareil judiciaire, comme devenu fou, semble trop souvent s’efforcer de protéger les criminels et d’écarter les victimes.

Comment sortir de ce cercle infernal ? Dans la dernière partie de son livre, Xavier Bébin propose un certain nombre de mesures, qui sont pour la plupart de bon aloi même si certains détails pourraient en être discutés. Ces mesures sont, bien évidemment, inégalement difficiles à mettre en œuvre. Certaines sont simples et à la porté de n’importe quel gouvernant : construire davantage de place de prisons, supprimer les dispositifs de remise de peine, exécuter effectivement toutes les condamnations, y compris et surtout les courtes peines de prison, instaurer une perpétuité réelle pour les crimes et les criminels les plus terribles, renforcer les droits des victimes en leur permettant d’être assistées d’un avocat à certains moments cruciaux de la procédure, etc. D’autres seront plus délicates à mettre en application et réclameront du courage et de la persévérance, comme de changer le mode de recrutement des magistrats, de mettre fin à la double compétence des juges des enfants, d’interdire les syndicats de magistrats ou de faire élire localement les procureurs, comme aux Etats-Unis. D’autres enfin ne touchent pas directement au fonctionnement du système pénal, mais seront indispensables pour qu’enfin la justice cesse de créer l’insécurité, à savoir sortir du système de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et limiter les capacités interprétatives du Conseil Constitutionnel.
On le voit réformer convenablement la justice sera une tâche difficile. Difficile mais pas impossible, l’une des premières conditions pour y parvenir étant que les responsables politiques prêts à écouter les attentes des Français en matière de justice aient les idées claires sur l’ampleur de la tâche qui les attend et sur les remèdes qu’il conviendrait d’appliquer.
De ce point de vue Quand la justice crée l’insécurité apparait comme un ouvrage d’utilité publique, dont l’on ne peut que souhaiter qu’il connaisse la plus large diffusion possible.
Toutefois, les mérites et l’utilité incontestables de ce livre ne doivent sans doute pas amener à passer sous silence certaines de ses faiblesses, car ces faiblesses pourraient bien, à terme, miner les positions que cherche à défendre Xavier Bébin. Ces faiblesses se révèlent particulièrement dans la troisième partie du livre, intitulée : « les racines du dogmatisme pénal ». Jetons-y un coup d’œil rapide.

Commençons par remarquer que Xavier Bébin ne semble pas être au clair en ce qui concerne les fondements rationnels du châtiment[1]. Dès lors que l’on parle de justice, l’une des questions essentielles qui se posent est : pourquoi faut-il punir les criminels ? A cela il existe principalement deux grandes réponses : 1) Parce que le châtiment est ce que mérite le criminel : la justice demande qu’il souffre pour les souffrances qu’il a infligé 2) Afin d’empêcher que de nouveaux crimes soient commis. La punition a alors une fonction de dissuasion et, éventuellement, de neutralisation : un criminel en prison ou bien exécuté ne peut plus commettre de crimes (on laissera ici de côté la position « rédemptrice », selon laquelle le châtiment est un bien pour le criminel car il est la condition de son amendement).
Xavier Bébin remarque, à juste titre, que la première position, la position dite rétributive, est pratiquement discréditée et que plus personne ne la soutient dans le débat public. Il ne dit pas explicitement si ce discrédit lui semble justifié, mais la position qui parait avoir sa faveur est la seconde, la position « utilitariste » ou, selon ses termes, « pragmatique », qui justifie la punition par le bien-être du plus grand nombre. Le plus éminent représentant de cette approche « utilitaire » de la justice pénale est sans doute Cesare Beccaria, l’auteur du célèbre traité Des délits et des peines qui fit grand bruit à la fin du 18ème siècle.

 
Il va sans dire que l’approche rétributive et l’approche « pragmatique » ne sont pas absolument mutuellement exclusives, et l’on peut concevoir qu’une même peine puisse remplir plusieurs fonctions à la fois : châtier le criminel à la hauteur de son acte, dissuader de l’imiter, et neutraliser ledit criminel. Néanmoins il existe une tension considérable entre les deux, et très souvent il faudra choisir.
Supposons par exemple que quelqu’un propose de dissuader les vols à l’étalage en amputant immédiatement de la main ceux qui seraient pris sur le fait. Si nous nous plaçons du seul point de vue de l’utilité publique, la raison pour laquelle nous devrions refuser une proposition de ce genre n’est pas claire. Qui pourrait nier en effet qu’une telle punition serait très dissuasive ? Et d’un point de vue « pragmatique », dissuasion et neutralisation sont les deux seuls motifs du châtiment. A l’inverse, toujours d’un point de vue « pragmatique », il semble injustifié de punir certains très grands criminels, mettons par exemple un Hitler ou un Pol-pot. L’idée que le châtiment pourrait dissuader ce genre de criminels ou empêcher des crimes de ce genre de se reproduire est trop évidemment absurde pour pouvoir être prise au sérieux.
En revanche, il est bien évident que, d’un point de vue rétributif, couper la main aux voleurs à l’étalage est un châtiment disproportionné, et que tous les criminels doivent être punis, même si cela n’a pas de fonction dissuasive.
Or, si Xavier Bébin se réfère essentiellement à l’utilité publique, à la sécurité du plus grand nombre, aux fonctions dissuasive et neutralisante de la punition pour justifier celle-ci, il parle aussi à l’occasion de « droits fondamentaux non négociables » ou de « dignité humaine » qui justifieraient le refus de certaines pratiques.
Ce faisant, n’offre-t-il pas à ses adversaires des arguments faciles pour refuser son approche « pragmatique » du châtiment ? Dès lors que l’on convoque l’idée de « dignité humaine » ou que l’on admet l’existence de « droits fondamentaux non négociables », n’est-il pas évident que les considérations utilitaires doivent passer au second plan ? La seule question qui importe vraiment, dira-t-on, c’est de savoir si telle ou telle sanction, telle ou telle procédure, n’est pas contraire à la dignité humaine de l’accusé ou ne viole pas ses droits fondamentaux. Et si cette dignité ou ces droits doivent amener à laisser en liberté des individus potentiellement dangereux, et bien soit. C’est le prix à payer pour la justice.
Le seul moyen d’éviter une telle situation semblerait être de définir soigneusement et de donner un fondement rationnel solide à ces « droits fondamentaux » et à cette « dignité humaine ». Mais, outre la difficulté intrinsèque de la tâche, cela n’exposera-t-il pas un utilitariste au reproche qu’il est grossièrement incohérent ? Un utilitariste conséquent peut-il considérer les notions de « dignité humaine » et de « droits fondamentaux » (par quoi il faut évidemment entendre droits naturels) autrement que comme « des absurdités montées sur des échasses » ?
Une autre version du même problème peut être relevée dans ce que Xavier Bébin dit de la démocratie. Il remarque, à très juste titre, que le dogmatisme pénal a des conséquences nettement antidémocratiques, en ce sens que les juristes qui le pratiquent tendent à opposer les « exigences du droit » à la volonté populaire. Le grand nombre réclame des châtiments plus durs envers les criminels ? Mais, diront ces juristes, ce serait méconnaitre les « droits fondamentaux » de ceux-ci. Il est par conséquent hors de question que le peuple puisse obtenir ce qu’il veut. Les droits fondamentaux doivent l’emporter sur la volonté populaire. A cela Xavier Bébin oppose la capacité que devrait avoir le peuple à « décider de la façon dont il veut vivre » et à « placer le curseur entre liberté et sécurité où il le désire ». C’est là une approche « pragmatique » qui semble conforme aux principes démocratiques, et l’on peut penser que, par conséquent, cet argument emportera l’assentiment spontané de nombre de ses lecteurs.
Cependant, dira-t-on après un moment de réflexion, qu’est-ce donc qui justifie que le peuple se donne ses propres lois ? Ce qui le justifie, c’est l’égalité fondamentale de tous les hommes, qui implique qu’un homme ne peut pas être justement gouverné sans son consentement. Autrement dit, le droit d’un peuple à se gouverner lui-même repose sur le fait que tous les homme « naissent et demeurent libres et égaux en droits ». La démocratie, telle que nous la concevons, repose sur une certaine version du droit naturel. Par conséquent, il est faux de dire que le peuple est absolument libre de « placer le curseur entre liberté et sécurité où il le désire ». Le peuple, dans son activité législatrice, doit nécessairement respecter les droits fondamentaux des individus qui le composent puisque ce sont ces droits qui justifient son activité législatrice. 
Et nous voilà apparemment revenus dans la main de ces juristes qui dénient à la population la sécurité à laquelle elle aspire, au nom de la « dignité » et des « droits fondamentaux » de l’être humain.
Une troisième version du même problème peut enfin être détectée dans l’analyse que fait Xavier Bébin des sources du « dogmatisme pénal ». Il y voit, on l’a dit, la conséquence de l’expérience du totalitarisme propre au XXème siècle. Malheureusement, comme dans la plupart des cas où cette explication est proposée pour expliquer certaines caractéristiques de nos sociétés, celle -ci ne résiste pas à l’examen. Notre obsession, indéniable, avec les crimes du nazisme n’est le plus souvent qu’un symptôme qui se fait passer pour une cause, et c’est également le cas en ce qui concerne le « dogmatisme pénal ». Ses racines sont bien plus anciennes, même si les fruits n’en sont devenus apparents qu’assez récemment. Il ne saurait malheureusement être question ici de retracer la genèse intellectuelle de cette attitude vis-à-vis du crime et du châtiment, aussi disons simplement que, sur ce point, nous pouvons accepter le diagnostic que faisait Nietzsche dans Par-delà bien et mal (écrit en 1885, pour mémoire) :
« On en arrive à un degré de déliquescence morbide et de ramollissement où la société prend elle-même parti, en tout sérieux et honnêteté, pour celui qui lui porte atteinte, pour le malfaiteur. Punir lui parait inique, pour une raison où une autre, - ce qui est certain c’est que l’idée de « châtiment », l’idée « d’avoir à châtier », lui fait mal, la remplit d’horreur. « Ne suffit-il pas de le mettre hors d’état de nuire ? Pourquoi châtier par surcroit ? Châtier est une chose épouvantable ! » La morale grégaire, la morale de la peur touche ainsi à ses ultimes conséquences. »
La « morale grégaire » dont parle Nietzsche est celle de Hobbes et, entre autres, de l’un de ses disciples : Beccaria. Précisément l’auteur qui semble avoir la faveur de Xavier Bébin en matière de « philosophie pénale ». Autrement dit, si Nietzsche a raison, il est vain d’essayer d’opposer une approche « pragmatique » ou « utilitariste » au « dogmatisme pénal », car c’est justement cette approche « pragmatique » qui est à l’origine du « dogmatisme pénal ». Sans entrer dans la généalogie intellectuelle du dogmatisme pénal - ce qui, encore une fois, ne saurait être fait dans l’espace de ce compte-rendu - il est possible de comprendre assez facilement pourquoi, d’un point de vue psychologique, il doit en être ainsi.
L’approche utilitariste du châtiment ne conçoit celui-ci que sous l’angle de la neutralisation et de la dissuasion. Par conséquent, elle regarde vers l’avenir, pas vers le passé. Elle regarde les futurs criminels et les futurs victimes en se demandant si tel châtiment sera susceptible de dissuader telle catégorie de criminels. Ce faisant, elle tend nécessairement à détourner notre regard du crime déjà accompli et de sa où ses victimes. Celui qui punit uniquement pour dissuader n’est pas un homme en colère, un homme indigné par le spectacle de l’injustice, c’est un homme qui se livre simplement à un calcul de probabilité concernant des victimes hypothétiques. Mais en détournant notre regard de l’horreur du crime déjà accompli, elle ne rend que trop aisée la compassion pour le criminel qui doit être puni. Et la compassion porte à n’infliger que des punitions douces, voire pas de punition du tout. « Châtier est une chose épouvantable ! » Comme le reconnait Xavier Bébin lui-même, on « n’envisage jamais de gaité de coeur » d’emprisonner des êtres humains. A moins d’être doté d’un tempérament cruel, le spectacle de quelqu’un qui souffre excite naturellement notre pitié - sauf si nous sommes intimement persuadés que cette personne mérite de souffrir pour ce qu’elle a fait.
Autrement dit, en absence d’indignation morale, la punition n’est infligée qu’avec réticence et, bientôt, plus guère infligée du tout. Mais notre indignation morale dépend de notre conviction qu’un crime a été commis et que ce crime appelle une juste rétribution.
L’approche utilitaire ne connait pas de place pour l’indignation morale. Bien mieux, elle a été conçue pour purger autant que possible l’administration de la justice de cette passion qui, il est vrai, peut se révéler fort dangereuse. Elle est à l’opposée de l’approche rétributive, qu’elle tend à assimiler à la « vengeance ». Malheureusement, à terme, cette « purification » de la justice a aussi pour effet de rendre la punition de plus en plus difficile. Concevoir le châtiment essentiellement en terme de dissuasion tend à rendre le châtiment, et donc la dissuasion, impossible.


Résumons ce qui précède et essayons d’en tirer quelques conclusions.
Dans Quand la justice crée l’injustice, Xavier Bébin cherche à contribuer à ce que la justice française redevienne enfin ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un rempart contre la criminalité, le secours et le soutien des honnêtes gens. Cette entreprise est louable et nécessaire. Mais il le fait sur la base d’une « philosophie pénale » inadéquate. Il tente en effet de justifier la punition des criminels sur la base de considérations essentiellement « pragmatiques » (dissuasion, neutralisation). Une telle approche est tentante, car elle évite à première vue d’avoir à affronter des problèmes philosophiques épineux liés à la question du droit naturel, et car elle semble permettre d’éviter le reproche trop facile que votre souci des victimes est inspiré par un ignoble désir de « vengeance ». Un « pragmatique » se présente comme un homme calme, qui n’a pour souci que le bien-être du plus grand nombre.
Malheureusement, en matière de justice, abandonner à ses adversaires le terrain de la morale pour se placer sur celui de l’utilité est à peu près aussi dangereux que, en matière militaire, de délaisser les hauteurs pour essayer de se barricader dans la plaine.
Disons le franchement, la position adoptée par Xavier Bébin ne parait pas tenable. Quelles que soient ses difficultés, seul un retour à une conception authentiquement rétributive du châtiment permettra à terme de remettre la justice française sur le droit chemin. La raison principale pour laquelle les criminels doivent être punis est tout simplement qu’ils le méritent. Ils méritent de souffrir pour ce qu’ils ont fait. C’est là le sens élémentaire du mot justice : à chacun son dû. Que cette punition dissuade ceux qui seraient tentés de les imiter ou bien qu’elle les empêche pour un temps de recommencer sont des considérations secondaires et subordonnées.
« Beaucoup de douleurs sont la part du méchant, Mais celui qui se confie en l'Éternel est environné de sa grâce. Justes, réjouissez-vous en l'Éternel et soyez dans l'allégresse! Poussez des cris de joie, vous tous qui êtes droits de cœur! »
Et précisons tout de suite, pour ceux qui seraient tentés de mal comprendre, qu’une conception rétributive de la justice peut être totalement déconnectée de quelques considérations religieuses que ce soit.

Il n’est pas douteux que Xavier Bébin comprenne très bien, au fond de lui-même, que les méchants méritent d’être punis et que c’est là la première et la plus fondamentale justification des châtiments, parfois fort durs, qui doivent leur être infligés. Son souci sincère pour les victimes de la criminalité transparait à chaque page de son livre et ce souci est, à l’évidence, en partie fondé sur l’indignation que lui inspire les actes et les souffrances qu’elles ont subi. Comme tous les honnêtes gens, il aspire à ce que justice leur soit rendu. C’est là aussi à n’en pas douter le sens de son engagement remarquable au sein de l’Institut pour la justice.
Son livre est une contribution fort valable en ce sens qui, en toute justice et sans mauvais jeu de mots, mériterait de rencontrer le succès. Mais il est aussi assez clair qu’il devra être complété et que certaines difficultés qui ont été contournées devront être affrontées. Et, qui sait, peut-être par Xavier Bébin lui-même.




[1] Il importe sans doute de signaler que Xavier Bébin a écrit un autre livre intitulé Pourquoi punir ? L’approche utilitariste de la sanction pénale et paru en 2006. Mais dans la mesure où il n’indique pas dans Quand la justice crée l’insécurité que la lecture de son premier ouvrage serait nécessaire pour compléter les arguments du second, je traiterai Quand la justice crée l’insécurité comme un tout autosuffisant.

48 commentaires:

  1. Cretinus Alpestris15 mai 2013 à 09:46

    "La raison principale pour laquelle les criminels doivent être punis est tout simplement qu’ils le méritent."

    J'entends déjà les cris d'orfraie des représentants de la bien-pensance. Comment osez-vous proclamer de telle sentence ? Ne sommes-nous pas au XXIe siècle ? Etc.

    Je crains hélas qu'ils nous faillent une fois de plus passer par le creuset des terribles épreuves habituelles : guerres, massacres, génocides, etc. pour que s'opère ainsi une remise-à-zéro complète de "notre" mode de pensée et que nous reprenions contacte avec une réalité qui semble de plus en plus lointaine.

    L'Histoire est un interminable recommencement et nous n'apprenons jamais rien de nos erreurs. Chanceux sont ceux qui naissent et vivent durant les rares périodes de calme.

    Ouais, je sais, c'est pas bien optimiste, tout ça. Et je trouve admirable les efforts que vous réalisez pour faire évoluer les quelques (encore trop rares, hélas) habitués de votre blog vers une meilleure compréhension de leur univers.

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    1. Il est possible que vous ayez raison. Qui sait? Mais avouez que ne rien faire sous prétexte que tout est fichu tiendrait de la prophétie auto-réalisatrice, non?
      Alors j'essaye, avec mes petits moyens.
      Je ne sais pas si cela produira le moindre résultat, et sans doute ne le saurais-je jamais, mais je pense que je n'aurais pas perdu mon temps. Tenir un blog ce n'est pas la mine de sel, il faut bien le dire. J'aurais au moins eu la satisfaction du devoir accompli, le plaisir de l'exercice intellectuel et celui de dialoguer avec des gens sympathiques.

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  2. « Crimes et châtiments » ! Beau Billet Aristide. Je partage votre point de vue donnant la primauté, en matière de fonctionnement de la justice, à l’ idée que « les méchants méritent d’être punis ».

    C’ est effectivement le seul argument valable à la restauration d’ une justice soucieuse des victimes.

    La littérature et le cinéma ont abondamment abordé ce problème de la nécessaire et justifiée rétribution du crime : « le comte de Monte-Cristo », » le vieux fusil »,etc,…s’ inscrivent dans le droit fil du dogme « à chacun son dû ».

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    1. Mais bien sûr. Vous savez ce qu'écrivais Montesquieu : "Les hommes, fripons en détail, sont en gros de très honnêtes gens; ils aiment la morale; et, si je ne traitais pas un sujet si grave, je dirais que cela se voit admirablement bien sur les théâtres : on est sûr de plaire au peuple par les sentiments que la morale avoue, et on est sûr de le choquer par ceux qu'elle réprouve."

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  3. Démonstration impeccable.

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  4. "non, la France n’a plus à avoir honte de ses prisons, même si elle peut à juste titre se voir reprocher de n’en pas construire assez"

    C'est vrai, il y a moins de places de prisons en France que dans d'autres pays (Grande-Bretagne ; ou Allemagne si on tient compte du rapport des populations de moins de 40 ans, potentiellement la plus délinquante, plutôt que de la population totale).

    Et c'est en partie pour cela que la réaction de Sarkozy suite à l'affaire Meilhon était démagogique.
    En effet, il y a aussi une pression pour les libérations anticipées compte-tenu de la surpopulation des prisons.
    - Le rôle de l'exécutif, c'est de veiller à ce que le nombre de place de prisons soit suffisant : pas fait, il a préféré donner la priorité à des baisses d'impôts.
    - Le rôle du legislateur et de l'exécutif, c'est de réformer le fonctionnement d'ensemble des institutions pour aller vers une réponse plus conforme à ce que souhaite la société ; cela demande un effort constant dans le temps : pas fait, il a préféré donner dans l'agitation médiatique.
    - au lieu de réagir de manière constructive selon les deux points précédents, il a préféré jouer sur l'émotion populaire en désignant un bouc émissaire : c'est lamentable, et la réaction des magistrats n'est pas totalement illégitime.

    Il y a des magistrats médiatiques de droite qui ont commencé le quinquennat en étant favorables à Sarkozy et qui l'ont fini en ne pouvant plus le voir en peinture. Imaginez quel a été l'évolution des laxistes dont vous parlez, et les chances de les faire se comporter de la manière que vous souhaitez, vu les méthodes employées...

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    1. Le billet ne portait pas sur Sarkozy, mais puisque vous en parlez je peux bien donner mon avis sur le personnage.
      Sarkozy a fait le contraire de ce qu'il aurait dû : parler fort et agir mollement. Cela tient je crois, au moins en partie, à son manque de bagage intellectuel. Il n'avait pas une idée claire du point où il voulait arriver et des moyens qu'il lui faudrait employer pour cela. En revanche j'ai tendance à penser que sa compassion pour les victimes n'était pas feinte. Mais cela même lui a joué des tours. Il a agi et parlé sous le coup de l'émotion. Ce qui, finalement, était le plus mauvais service à rendre aux victimes, passées et à venir.

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  5. Cher Aristide,

    Auteur du livre que vous recensez ici, je tiens à vous remercier pour votre analyse et vos critiques brillantes, constructives et rigoureuses philosophiquement.

    Vous avez parfaitement raison de dire que c'est l'affaiblissement du rétributivisme (quoi qu'on pense sur le fond de cette philosophie) qui est l'une des causes majeures de la dérive de notre Justice. Mais, contrairement à vous, je pense 1) que cette évolution a des causes structurelles qui ont peu à voir avec l'essor de philosophies utilitaristes, et 2) qu'il est illusoire d'espérer que le rétributivisme puisse revenir en grâce.

    D'un point de vue pratique, par conséquent il me paraît infiniment plus porteur d'en appeler à des arguments pragmatiques, de bon sens, auxquels tout le monde peut adhérer, quelle que soit sa philosophie pénale de prédilection (« la prison n'est pas l'école du crime », « l'impunité nourrit la criminalité », « la réinsertion sociale échoue largement à réduire la récidive », etc.).

    Sur le fond, je persiste à penser que les totalitarismes du XXème siècle ont une importance déterminante, non pas dans le déclin du rétributivisme, mais dans ce que j'appelle l'humanisme hémiplégique qui consiste à oublier la souffrance des victimes réelles et potentielles et à ne retenir que celle du condamné. Car contrairement à vous, je ne pense pas que les deux soient incompatibles, et je suis convaincu que l'on peut punir avec réticence et néanmoins punir de manière appropriée pour des motifs de dissuasion et de neutralisation.

    Mais votre thèse est parfaitement défendable et je l'ai lu avec grand intérêt. Le seul reproche que je serais tenté de vous faire est d'axer votre critique sur des questions de philosophie pénale alors que ce n'est pas l'objet de cet ouvrage. Ma philosophie pénale, je l'ai exposée en détail dans un précédent livre (qui répond d'ailleurs avec précision à toutes vos critiques et analyses sur l'utilitarisme), et l'objet de ce livre-là était justement de ne pas entrer dans ces considérations et de montrer que, quelle que soit la philosophie pénale à laquelle on adhère, il existe des arguments « transpartisans » pointant la nécessité profonde de réformer notre Justice.

    Avec mes remerciements renouvelés pour votre superbe billet,

    Xavier Bébin

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    1. Mais je vous en prie. J’ai lu votre livre avec plaisir et je lui souhaite beaucoup de succès (comme vous l’aurez sans doute deviné, je fais partie des nombreux membres de l’IPJ). Et comme je lui souhaite du succès je voudrais effectivement que ma critique soit la plus « constructive » possible.
      Je dirais donc ceci. Je comprends très bien votre stratégie visant à faire appel à des arguments « transpartisans » ou de « bon sens », et il est tout à fait nécessaire de démonter certains mythes, comme vous le faites, à propos de la prison « école du crime » par exemple, et autres choses du même genre. D’une manière générale, je pense que, dans le débat public, il est préférable, autant qu’on peut, de ne pas remonter jusqu’aux « grands principes ». Il importe de ne jamais oublier que la politique n’est pas un séminaire de philosophie.
      Malheureusement, il est des cas où il n’est pas possible d’esquiver ces questions de principe et où une approche « pragmatique » ne peut pas suffire. Lorsque l’on parle de justice on ne peut pas éviter, à un moment où l’autre, de se prononcer sur la question du juste. En ce domaine, les considérations de principe finissent toujours par l’emporter sur les considérations utilitaires. Le fait même qu’il existe une institution judiciaire et une procédure pénale en témoignent.
      La lourdeur énorme de l’appareil judiciaire et les complexités redoutables de la procédures (qui existent dans tous les pays civilisés, comme on aurait dit autrefois) ne peuvent pas se justifier sur des bases purement utilitaires. Elles découlent de considérations morales, sur ce qu’exige la justice, comme par exemple le fait que nul ne devrait être à la fois juge et partie, que nul ne devrait pouvoir se prévaloir de ses propres turpitudes, etc.
      Vous dites par exemple : « c’est un principe indiscutable que de préférer un coupable en liberté plutôt qu’un innocent en prison. » Je ne peux qu’être d’accord sur le fait qu’un système judiciaire digne de ce nom devrait incorporer un tel principe. Mais d’un point de vue utilitaire, du point de vue de « la sécurité du plus grand nombre », ceci est loin d’être évident. En fait, c’est plutôt l’inverse qui semble vrai.
      Il me semble évident que, pour vous, les considérations « pragmatiques » ne sont pas les seules qui comptent, comme en témoignent notamment vos références à la « dignité humaine », aux « principes indiscutables » ou aux « droits fondamentaux ». C’est bien normal. Cela prouve simplement que vous êtes quelqu’un de moral. Mais cela crée un tension à l’intérieur de vos arguments, tension dont j’ai donné quelques exemples - il y en a d’autres - et qui, je le crains, finira par se retourner contre votre approche « pragmatique ».

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    2. Cependant je ne vois là nulle difficulté insurmontable. En effet je ne partage pas votre pessimisme lorsque vous dites « qu'il est illusoire d'espérer que le rétributivisme puisse revenir en grâce. » Je comprends très bien que l’approche punitive soit officiellement passée de mode dans certains milieux intellectuels et judiciaires, mais ceci ne saurait être permanent. La conception rétributive de la justice ne disparaitra jamais car elle est ancrée dans le cœur humain. Elle est une exigence indépassable de ce que les hommes appellent justice. En fait, elle se confond pratiquement avec la définition la plus indiscutable de la justice : « à chacun son dû ». Par conséquent, il n’est nul besoin de sortir Kant de la naphtaline (pardon Immanuel) ni - au moins dans un premier temps - de se lancer dans des considérations philosophiques compliquées pour demander la punition des méchants. Celui qui demande cette punition sera toujours sûr d’avoir l’opinion publique de son côté. Il a pour lui le « bon sens » auquel vous voulez en appeler. Le tout, si je puis dire, est alors de trouver une stratégie rhétorique appropriée pour soutenir le bon sens.
      De ce point de vue, il me semble d’ailleurs qu’il doit être possible de retourner la référence aux « heures les plus sombres de notre histoire » contre ceux qui en usent et en abusent pour s’opposer à la punition des criminels. Que pensent nos « antipunitifs dogmatiques » de la recherche des criminels nazis ? Que pensent-ils du travail de quelqu’un comme Simon Wiesenthal ? De deux choses l’une : soit ils sont cohérents et ils s’opposent aussi à la punition des anciens nazis, soit ils l’approuvent et se contredisent, car la seule justification possible de cette punition est la rétribution. Dans un cas comme dans l’autre ils se discréditent.
      La position « antipunitive » est un moralisme pervers, qu’il faut dénoncer comme tel et qui, me semble-t-il, ne pourra être définitivement vaincue que sur son propre terrain, celui de la morale.

      Pour finir, je profite de cet échange pour annoncer que je vais prolonger cette réflexion dans mes prochains billets, en publiant une série sur le « miracle » new-yorkais en matière de lutte contre la criminalité. J’avais promis à certains quelque chose sur le port d’armes aux Etats-Unis, mais je crains que cela ne doive attendre l’automne. Ce n’est que partie remise.

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  6. Je vous fais la pub sur mon blog pour ce superbe article.

    J'y ai ajouté cette perle trouvée sur le site de l'Assemblée Nationale

    "Après avoir brièvement décrit la situation actuelle de surpopulation carcérale, ses causes et ses conséquences, le rapport (de janvier 2013, ndlr) préconise, à titre liminaire, de favoriser l’évolution du regard de la société sur la justice pénale. Il formule ensuite une série de propositions visant à :
    - éviter autant que possible les incarcérations ;
    - faire de l’emprisonnement une sanction utile pour le condamné dans la perspective de sa réinsertion ;
    - garantir aux personnes condamnées à des peines ou mesures en milieu ouvert un véritable accompagnement."

    Vu l'état de délabrement de la pensée dans ce pays, je suis partisan de l'approche pragmatique de Xavier Bébin.

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    1. Merci à vous. En ce qui concerne l'approche pragmatique, je n'y suis pas opposé par principe, mais je crains que, sur ce sujet, elle soit insuffisante.

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  7. "le « dogmatisme pénal » antipunitif, comme semble bien l’être notre actuelle ministre de la justice, ou comme l’avait été avant lui un célèbre garde des sceaux devenu par la suite président du Conseil Constitutionnel."
    Pourriez-vous dire son nom?

    "mettre fin à la double compétence des juges des enfants"
    Ayant eu moi-même affaire au juge des enfants et révoltée de constater leur inefficacité, j'aimerais savoir quelle est cette double compétence.

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    1. Les juges des enfants ont à la fois la fonction de protéger les enfants et celle de sanctionner les mineurs délinquants. En pratique cela signifie que nombre d'entre eux considèrent que leur mission est de protéger aussi les mineurs délinquants.

      En ce qui concerne le garde des sceaux, ce n'est vraiment pas difficile. Allez, je vous donne un indice : ses initiales sont R.B.

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    2. "leur mission est de protéger aussi les mineurs délinquants."
      C'est très exactement ce que j'ai constaté dans mon cas.

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    3. N'hésitez pas à nous raconter, si vous le pouvez sans indiscrétion.

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  8. Aristide, vous trouvez des essais particulièrement intéressants, vous les résumez, les synthétisez, les commentez, les traduisez quand cela est nécessaire, le tout d'une façon remarquable : si quelqu'un OSE trouver que les billets sont trop longs, et bien c'est qu'il ne vous mérite pas et picétou.

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    1. Entendu Dixie. Je vous nomme donc officiellement tireuse d'oreille de tous ceux qui trouveraient que mes billets sont trop longs.
      Qu'ils osent donc se montrer, ah ah !

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  9. Pour que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes, le plus fondamental des droits fondamentaux devrait être le droit absolu de NE PAS être une victime, ce qui disqualifierait de facto le délinquant.(Bien évidemment, la poésie 68tesque et le structuralisme aidant, il resterait à définir ces termes...).
    Et pour en revenir à votre métaphore militaire, il ne s'agit plus de revenir au choix de la position dominante ou de la plaine : la société actuelle donne l'image d'un pauvre troufion qui, au moment où déferle l'ennemi, se tire, dans le pied, la dernière balle qu'il avait avec son vieux flingue déglingué. Mais en se disant qu'il a raison, qu'il est le bien, qu'il a vu JUSTE !

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  10. Aristide, j'ai oublié de vous dire que votre billet est toujours passionnant et que c'est un régal de vous lire. Mieux vaut en retard que jamais.

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  11. Aristide,

    Toutes mes félicitations pour ce billet passionnant mais un peu trop bref. Les considérations philosophiques auraient pu être encore plus développées . Notre époque superficielle en manque cruellement.

    Sauf à consisérer Nabilla comme une philosophe ...

    Cette lecture m'a fait reprendre confiance dans la
    Pensée juridique française.

    Puissè-je un jour avoir votre talent de plume !

    Mon pauvre avis de pauvre juriste sur le sujet :

    La peine sert : à punir ( à faire souffrir celui qui a fait souffrir), à préserver la société au moins un temps du délinquant, à chercher le moyen de l'amender.

    Dans cet ordre. Or, j'observe que c'est dans l'ordre inverse que la justice pénale s'exerce depuis longtemps et singulièrement depuis un an.

    Avec les brillants résultats que l'on a sous les yeux.

    Quoiqu'il en soit, je lirai l'ouvrage de M, Bebin avec intérêt.

    Merci Aristide.

    Amitiés.

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    1. "mais un peu trop bref"

      Je vois que vous avez peur de vous faire tirer les oreilles par Dixie. Vous avez raison, elle est redoutable. Mais n'en faites pas trop quand même.

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  12. bonjour Aristide,

    votre billet m'a passionné surtout dans la première partie. Le concept "Parce que le châtiment est ce que mérite le criminel " devrait aller de soi, même les criminels devraient le comprendre, mais que les juges ne le comprennent pas est tout à fait ahurissant. il nous faudrait des juges avec la conscience d'un Raskolnikov, ressentant la même douleur physique...nous en sommes loin,

    Sur la longueur du billet, personnellement, j'ai pu le lire d'une traite, il est vrai sur mon ipad, préférable pour la lecture qu'un ordinateur classique.

    idée: peut-être pourriez-vous convertir vos textes en pdf télechargeables pour vos lecteurs qu'on pourrait ajouter, cela ferait un parfait bréviaire, argumentaire du réactionnaire.

    enfin, je voulais vous mettre cet article en lien qui touchait un peu un de vos livres de Murray

    http://www.slate.fr/story/72527/qi-latinos

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    1. Merci pour le lien. L'habituel réfutation purement rhétorique des thèses liées au QI. Business as usual.

      En ce qui concerne l'idée de faire de mes textes des pdf téléchargeables, je pense en fait de plus en plus sérieusement à en réunir un certain nombre sous forme de livre auto-édité. Je reste attaché à l'objet livre, pour diverses raisons, mais peut-être serait-il possible aussi d'en faire une version téléchargeable pour ceux qui préfèrent les liseuses.
      Il va falloir que je me penche sérieusement sur la question.

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    2. Si vous voulez transformer en un clin d'oeil une page web en un pdf parfaitement lisible je vous conseille chaleureusement ce merveilleux petit site :

      http://www.printfriendly.com/

      Il existe même une extension pour votre navigateur, comme ça pas besoin de chaque fois revenir sur le site et copier-coller l'adresse, un simple clic sur l'icône suffit :

      http://www.printfriendly.com/browser_tool

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  13. Pour moi la justice , c'est simple: " Œil pour œil, dent pour dent", Bravo pour votre analyse de livre, si j'avais eu votre talent, je serais devenu un bon élève,

    Texte long mias j'ai pu le lire entre deux livres sur l'armée romaine et la bataille de l' Écluse.

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    1. Mais "oeil pour oeil dent pour dent" est déjà un principe de justice évolué. Il implique le respect d'une certaine proportion entre la faute et la punition, alors que spontanément bien des gens seraient sans doute tentés de dire : "pour une dent, toute la gueule."

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    2. Cher aristide,

      Cette maxime est un reste de l'éducation chrétienne que ma mère a essayé de m'apprendre et c'est bien la seule que j'ai retenue.

      Je serais plutôt du style: "Pour une dent toute la gueule"; surtout si la victime de l' assassin m'est proche, j' écrirais même plus , je serais pour la version barbare, découper le contrevenant à la hache ou lui scier le cou à la scie égoïne et m'arrêter de temps en temps pour l'entendre gueuler pour reprendre l' expression d'un gars qui savait de quoi il causait, un certain Emile Buisson.

      Je sais, c'est un peu sanglant mais quand on vient de terminer un ouvrage sur la bataille de Cannes (Italie)où 50.000 soldats romains et leurs chefs trouvèrent la mort en une journée, cela permet de soctroyer quelques cruautés avec les meutriers.

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  14. Bravo et merci pour ce riche billet et ô combien clairvoyant !

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  15. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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  16. Pas de commentaire anonyme. C'est pourtant marqué clairement au-dessus de la fenêtre de commentaires.

    Cela étant dit je vais quand même répondre brièvement à votre question "pourquoi devient-on délinquant etc."
    Cherchez les archives de ce blog, tout en bas, après les billets. Cherchez l'intitulé "Crime et nature humaine". Vous avez sept billets à lire sur cette question et d'autres connexes.
    Mais si, comme vous le dites, vous n'avez pas le temps de lire, je peux vous faire une sorte de résumé :
    A la question "Pourquoi attaquez-vous les banques?", Willie Sutton, l'un des plus grands braqueurs américains du 20ème siècle, aurait répondu : "Because that's where the money is".

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  17. Bonjour,
    je regrette que votre politique n'autorise pas les personnes n'ayant aucun compte Google ou autre à répondre. D'ailleurs, je n'avais pas vu la petite note de bas de page, je vous prie donc de m'excuser.
    J'avais trouvé votre billet intéressant et je souhaitais y répondre afin d'apporter un peu de grain à moudre mais je constate avec amertume que vous avez supprimé les éléments de débats. Pour vous répondre, ce n'est pas que je n'ai pas le temps de lire (de manière générale), c'est juste que j'étais un peu pressé le jour où j'ai posté le commentaire en question.
    Merci pour votre réponse sur les sources de la délinquance : je m'attendais à cette réponse, celle de l'éternelle nature humaine qui fait qu'il existe des méchants et des gentils et que ceci est ancrée au fond de nous dès la naissance, faisant fi des avancées sur la sociologie, sur la psychologie, etc... Je ne partage évidemment pas ce point de vue reposant sur des "idées clés en main" qui dérive en général du coté de la génétique. Il n'existe pas de nature humaine en tant que telle, qui serait ancrée au fond de nous ; en revanche, il existe un comportement humain, qui lui varie selon les époques et les déterminants environnementaux (éducation au sens large, conditions socio-économiques, culture, environnement, etc…). Mais dans la mesure où nos sociétés, à travers les âges (ou du moins celles dont les vainqueurs de l'histoire ont souhaité gardé la trace), ont toujours été bâties sur l’injustice et le déséquilibre social (en gros, il y a toujours eu de la misère), il est normal qu'elles conduisent à différentes formes de délinquance à travers les ages (c'est pour cela que sur mon poste, je vous avais parlé des "Appaches"). On comprend qu'il est facile de botter en touche et de remettre cela sur le dos de la nature humaine, apparemment présente à toutes les époques (comme la misère!).
    Comprendre la délinquance et ses mécanismes est la première marche incontournable pour aller de l'avant.

    Je note que vous ne m'avez pas relevé les éléments sur la délinquance de notre "chère" élite (petit rappel : l'argent partant illégalement dans les paradis fiscaux pourrait combler la dette de tous les pays du monde). Il est vrai que cette délinquance est moins médiatisée, et lorsqu'elle l'est, le protagoniste commence par nier ; puis quand les preuves s'accumulent, il tombe et alors là, magie, magie, toujours le même message : il n'y a pas de problème global sur ce type de délinquance politique, c'est le problème UNIQUEMENT de l'homme qui s'est fait prendre la main dans le sac!
    Pourtant, les chiffres sont là!
    Pour aller jusqu'au bout de ma pensée, si la misère (au sens large) crée la délinquance populaire, et que les élites de nos pays détournent l'argent publique et ainsi créent une dette, conduisant à la baisse des conditions de vie (santé, enseignement, emplois, etc...), et bien cela fait augmenter la délinquance populaire.
    Autrement dit, la délinquance de nos classes politique conduit indirectement à une augmentation de la délinquance populaire. Plus la crise sociale sera forte, plus on peut s’attendre à ce que la délinquance populaire augmente, et c’est normal !

    N’ayant pas de compte Google ou autre, je poste à nouveau en anonyme, mais en signant mon post

    Freddy
    Villeurbanne

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    1. Signer votre commentaire suffit, pourvu simplement que vous en fassiez autant à chaque fois.

      Ce que vous dites appelle deux réponses.

      D’abord vous dites : « Il n'existe pas de nature humaine en tant que telle, qui serait ancrée au fond de nous ».
      Soit, c’est une position philosophique comme une autre. Seulement vous ne prouvez absolument pas que ce que vous dites est vrai, vous vous contentez de l’affirmer ; et juste après vous vous contredisez.
      En affirmant : « Mais dans la mesure où nos sociétés, à travers les âges (…), ont toujours été bâties sur l’injustice et le déséquilibre social (en gros, il y a toujours eu de la misère), il est normal qu'elles conduisent à différentes formes de délinquance à travers les âges » vous présupposez que l’homme est ainsi fait que la misère conduit à la délinquance. Autrement dit, votre argument s’appuie sur une certaine compréhension de la nature humaine.
      Parler « d’injustice », de « déséquilibre social », et de choses semblables présuppose nécessairement que l’homme a une certaine nature, sans quoi ces notions sont dépourvues de sens.
      En fait, votre appel à « Comprendre la délinquance et ses mécanismes » n’a de sens que si l’homme a une certaine nature – si certaines de ses caractéristiques sont permanentes à travers les temps et les lieux, si vous préférez – car si l’homme est infiniment variable il ne peut y avoir aucun « mécanisme » ni aucune théorie de la délinquance.

      Ensuite, votre position sur l’origine de la délinquance (misère = délinquance). Elle est très commune, mais elle est plausible au premier abord. Simplement, il ne faut pas se contenter du premier abord, il faut examiner. Et cette position ne résiste pas à une analyse sérieuse. S’il existe un lien entre délinquance et pauvreté, c’est plutôt dans le sens délinquance → pauvreté (officielle) que l’inverse.
      Je vous avais indiqué une série de billets sur la question du crime. Vous trouverez là des éléments chiffrés et des indications bibliographiques sur ces sujets. Vous pouvez aussi consulter la série en cours sur The city that became safe, qui n’est pas si éloignée de votre sujet de préoccupation.

      Dernière chose. Je ne nie évidemment pas l’existence d’une délinquance en col blanc, pas plus que je ne minimise sa gravité. La délinquance c’est la délinquance. Simplement, là aussi, les chiffres sont impitoyables : la criminalité, et particulièrement la criminalité violente, est très concentrée dans ce que vous appelez les « classes populaires ». C’est vrai aujourd’hui comme hier.

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  18. Parler de la nature humaine a forcément une portée philosophique. Quant à ma position sur la nature humaine, je vais tenter d’expliquer mon point de vue dans la limite de ce qu’un échange par messages interposés le permet.

    Je m’excuse par avance, mon post est très long, mais le sujet est compliqué et il faut aborder pleins de sujets qui au premier abord semble dissociés mais qui s’entremêlent tous pour former la pensée. Je ne prétends aucunement avoir raison, c’est simplement ma vison des choses qui s’appuie principalement sur mes expériences et les connaissances que j’ai grappillé dans mes lectures

    Premièrement, je ne vois aucune contradiction dans ce que j’ai écris puisque j’ai bien précisé « (ou du moins celles dont les vainqueurs de l'histoire ont souhaité garder la trace) », ce qui laisse sous-entendre qu’une autre façon de concevoir l’organisation sociétale est possible : une façon plus juste dans la répartition des richesses par exemple. Les sociétés présentées par l’Histoire officielle semblent avoir toujours été animée par le pouvoir et les richesses (ce qui conduit de facto à des potentielles inégalités). Je dis bien « semblent » car l’étude anthropologique de certains peuples dits « primitif » (j’ai vu plusieurs reportages sur des peuples indigènes où les inégalités n’existaient pas) montre qu’une autre nature humaine est possible. L’Histoire officielle propagée par nos élites a probablement été déformée pour nous faire généralisée sur la question : on sait que les vieux ouvrages d’époques ont été réécris à plusieurs reprise au cours de l’histoire (question pratique, les supports se dégradant au fil du temps, il a fallu tout réécrire). Pendant le moyen age, c’est l’église qui s’est collée à cette monumentale tâche : au delà de tout jugement de valeur, on peut penser aisément que les textes dérangeant l’église ont pu être déformés ou même supprimés lorsque ceux-ci n’étaient pas conforme à leur vision. L’Histoire officielle est racontée par les vainqueurs ou ceux qui savaient lire et écrire à une certaine époque. Omettre de mentionner (ou déformer la réalité) des peuples qui ne répondent pas à leurs critères de nature humaine est tout à fait plausible au regard du monde inégalitaire et injuste dans lequel on vit (les chiffres sur les paradis fiscaux suffisent à eux seuls à justifier ce point de vue : comment une élite soit disant élue par et pour le peuple peut tolérer de tels écarts alors que la plupart des pays sont endettés auprès des banques privées, entraînant des mouvements de récessions que les peuples prennent en pleine poire ?). Tout ça pour dire que les élites ont intérêt à nous faire croire que la nature humaine est ainsi faite : à toute époque, trouver des boucs émissaires s’est révélée une excellente stratégie dans la perspective de « diviser pour mieux régner »

    Quand vous dites « En fait, votre appel à « Comprendre la délinquance et ses mécanismes » n’a de sens que si l’homme a une certaine nature – si certaines de ses caractéristiques sont permanentes à travers les temps et les lieux, si vous préférez – car si l’homme est infiniment variable il ne peut y avoir aucun « mécanisme » ni aucune théorie de la délinquance ». Je suis entièrement d’accord et ces caractéristiques permanentes s’inscrivent dans le fonctionnement de notre cerveau, via des processus neuronaux que les scientifiques appréhendent de mieux en mieux grâce aux nouvelles techniques d’imagerie.

    Freddy

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  19. Ensuite, je vais aborder la question sous l’angle de la psychologie, en me référant ce que j’ai pu lire sur le sujet, ce que je vois autour de moi, l’instrumentalisation de la délinquance par les médias, etc… Ce n’est pas parce que des jeunes vont réagir avec la violence (qui prend la forme de tout type de délinquance) face à un stress (j’entends par stress, rejet de l’individu, inégalités, humiliation, etc…) que la violence est inscrite dans la nature humaine. C’est un processus psychologique classique et normal face au stress (même vous, toute proportion gardée, je suis sur que vous êtes plus enclin à la violence quand vous êtes stressé ; mais vous n’avez probablement pas les mêmes stress qu’un jeune de banlieue –pour caricaturer-). La violence est donc un comportement humain qui s’inscrit dans un environnement particulier (ce que j’entend par environnement, ce sont les déterminants environnementaux dont je parle dans mon post précédent). La nature humaine rassemble l’ensemble des comportements humains possibles (la différence entre « nature » et « comportement » est primordiale : en effet, la nature humaine, on ne peut pas la changer, c’est un tout, un ensemble qui par définition englobe tous les comportements humains ; en revanche, les comportements humains se manifestent en fonction de l’environnement (l’injustice et le déséquilibre social font partis des composantes de l’environnement). Et pour expliquer le comportement des individus, il faut se pencher sur les notions de conscient, et d’inconscient. Chacun de nous réagira de manière différente selon son vécu (ancré dans l’inconscient) mais avec des grands processus neuronaux identiques (hérités de nos lointains ancêtres). Je vous invite à regarder cette expérience grandeur nature réalisée dans une classe maternelle au Québec pour comprendre les réactions de l’individu face à la discrimination (ce que dis l’enfant obèse à la fin du reportage esquisse les conséquences psychologique de la discrimination) :
    http://www.dailymotion.com/video/xbr0wn_la-lec-on-de-discrimination-part-1_school

    Vous dîtes que c’est la délinquance qui entraîne la pauvreté : d’abord, cela dépend de quelle délinquance on parle car celle jouée par nos politiques et les multinationales leur remplisse bien les poches ! ;-) j’irais lire les éléments que vous me conseillez à propos de la question du crime. Je viens de lire une bonne partie du billet 7/7 qui mérite une réponse à lui seul (que je ne ferais pas aujourd’hui): je ne partage déjà pas la dichotomie bien/mal dans l’introduction et reprise dans la suite de l’article. Du coup, cela me conduit à une question, qui me parait centrale dans notre échange : pensez-vous que le mal existe en tant qu’entité propre et caractérisé au niveau de l’individu ? Si tel est le cas, le débat est bien plus large qu’il n’y parait ! ;-)

    Ce blog est le vôtre et je me dis que je vous embête peut être avec ma vision des choses. Je vous avoue que votre post, longuement étayé, m’a interpellé et j’ai eu envie de vous répondre.

    Cordialement

    Freddy

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    1. Vous ne m’embêtez pas, en revanche n’attendez pas que je vous réponde systématiquement. Vos commentaires sont effectivement très longs et il faudrait bien plus de temps que je n’en ai pour essayer de débrouiller tout ce que vous dites.

      Pour clore cet échange je me contenterais donc de réaffirmer trois points qui me semblent incontestables :
      1) Si vous soutenez que la « misère » (ou la « discrimination », ou les « inégalités » ou d’autres choses de ce genre) est la cause principale de la délinquance, vous présupposez nécessairement que l’homme a une certaine nature. Il est ainsi fait que la « misère », les « inégalités » etc., le poussent à agir violemment, à s’approprier le bien d’autrui, etc.
      2) L’idée que la « misère » serait la cause de la délinquance ne résiste pas à l’analyse. On ne trouve aucune corrélation solide entre pauvreté et criminalité. Pas davantage entre « inégalités » et criminalité, etc.
      3) Les délinquants, et notamment les multirécidivistes violents, les 5 à 6% qui sont responsables de plus de 50% des crimes et délits, ne sont pas des Jean Valjean ou de pauvres petits gars qui n’auraient pas eu de chance. Je ne dis pas que cela n’existe pas, mais statistiquement c’est insignifiant.
      Le premier point est une question de logique, et les deux suivants ont été, il me semble, démontrés au-delà de tout doute raisonnable par les criminologues (appelons-les ainsi faute de mieux).

      Enfin, pour terminer, je ne comprends pas bien votre interrogation : « pensez-vous que le mal existe en tant qu’entité propre et caractérisé au niveau de l’individu ? »
      Que pensez-vous des crimes d’un Tony Meilhon ? D’un Guy George ? D’un Ted Bundy ? Si vous ne pensez pas que ce qu’ils ont fait est mal, si leurs crimes ne vous soulèvent pas le cœur, alors effectivement aucune discussion n’est possible.

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  20. Au cas où vous auriez loupé la petite série:

    http://www.bvoltaire.fr/xavierbebin/livres-de-lete-quand-la-justice-cree-linsecurite-25,30475

    Bonnes vacances.

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  21. Bonjour,
    notre fille a malheureusement vécu ce que décrit ce livre. Elle a été agressé en décembre 2010 par 6 filles, à 17h30 en pleine rue. Elle avait 16 ans et elle rentrait du lycée. Le motif de l'agression était le vol, le plaisir de frapper aussi je crois, notre fille mesure 1m60 et pèse 48 kgs. Autant dire qu'à 6 c'était gagné d'avance.
    Elle a eu un hématome de 35 cm sur 20 cm dans le dos (trace du coup de pied pour la faire tomber), une épaule luxée, des doigts fêlés, l'os occipitale gauche endommagé (tête tapée sur le trottoir), de nombreux autres hématomes et un traumatisme moral indélébile. Elle n'a du son salut qu'à l'aide de 2 jeunes hommes qui passaient par là. Nous avons bien sûr été porter plainte, elle a été auditionnée et examinée par le médecin judiciaire. Les policiers, c'était la BAC à cette heure là, ont été adorables avec elle, prévenants, gentils et attentionnés. Mais en gros ils nous ont dit de ne pas nous faire d'illusion. Les filles qui l'avaient agressée étaient sûrement mineures, issues d'un milieu "défavorisé", certainement déjà connues de leurs services et elles n'avaient rien à craindre. Ils avaient l'air totalement désabusés. L'un d'eux essayait de calmer mon mari, il disait qu'il comprenait notre colère mais que c'était comme ça en France. En gros ils ont dit à notre filles "pas de chance, tu étais au mauvais endroit au mauvais moment, tu es jeune, tu oublieras". Ce n'est pas vrai. Elle vit avec c'est différent. En plus du temps de "guérison physique", elle a mis 2 ans a arrêter de paniquer chaque fois que quelqu'un se mettait à courir derrière elle, elle a toujours peur lorsqu'elle croise un groupe et qu'elle est seule, peur de rentrer lorsqu'il fait nuit, elle fait toujours des cauchemars mais moins qu'avant. C'est terrible de vivre avec cette peur qui ne vous quitte jamais. Mais ça n'a pas interessé la justice de notre beau pays. Ils ont identifié 2 filles sur les 6 (déjà arrêtées à plusieurs reprises) et rien, une petite convocation, une tape sur les mains et à la prochaine ! Il ne faut pas les traumatiser non plus. Et la victime n'a pas d'importance dans tout ça.
    Je ne souhaite à personne de vivre ce genre d'expérience, voir son enfant dans un état pareil, physique et moral, provoque en vous d'abord une énorme tristesse, de la culpabilité de ne pas avoir été là et ensuite une insondable colère. Quant en plus la justice vous laisse tomber... Mais parfois je me dis que si ça avait été l'enfant d'un juge alors peut-être que ces gens là comprendraient.
    Ce livre reflête l'exacte vérité de ce qui se passe en France aujourd'hui et de ce que vivent les victimes. Et c'est affligeant.
    Christine D.

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    1. Merci beaucoup pour votre témoignage.
      N'hésitez pas à contacter l'IPJ, si vous ne l'avez pas déjà fait. Cela ne changera rien pour votre fille, bien sûr, mais pour d'autres futures victimes, peut-être cela pourra-t-il contribuer à changer les choses, qui sait?

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  22. Bonjour,
    merci pour votre soutien. J'ai déjà contacté l'IPJ, notre histoire est malheureusement "banale". Ils ont décidé de la publier, nous sommes entièrement d'accord parce que, à force d'histoires comme ça, si ça peut aider à faire bouger les choses et que les pouvoirs publics réagissent (on peut rêver) alors ce qui est arrivé à notre fille ne sera pas seulement un beau gâchis.
    Encore merci
    Christine D

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  23. On comprend pourquoi il faut réformer tout le système pénal gangrené par "le dogmatisme pénal". Mettre à la place des criminologues à la place des juges, la justice n'aurait alors que pour simple vision de de protéger la société en enfermant à vie tout les délinquants et dés lors l'argument selon laquelle la victime peut faire appel au pénal pour demander protection et non réparation prend tout son sens. Seulement voilà, à mon avis ce genre de pragmatisme dont se vante M Bébin est dangereuse car se n'est plus pour ce que l'on a fait qui détermine si on va en prison mais si on est dangereux pour la société. Cette vision est l'opposé de tout ce à quoi s'est forgé notre système pénal fondé sur la sanction," Nul ne peut être accusé, arrêté et détenu que si c'est dans le cadre de poursuite judiciaire, or avec M Bébin c'est plus " si c'est nécessaire pour le bien du peuple alors soit", ce qui n'est pas sans rappeler les lettre de cacher de l'ancien régime. On comprend pourquoi il faut sortir de la CEDH car jamais elle n'autorisera ce genre de détention préventif, de même pour limiter le pouvoir du conseil constitutionnel

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  24. Ce n'est pas sans rappeler le anti terrorist act qui permet la détention infinie de personne dont on soupçonne d'activité terroriste sans aucun motif d'inculpation!!Vous même vous contester ce point de vue : "Dès lors que l’on convoque l’idée de « dignité humaine » ou que l’on admet l’existence de « droits fondamentaux non négociables », n’est-il pas évident que les considérations utilitaires doivent passer au second plan ? La seule question qui importe vraiment, dira-t-on, c’est de savoirs si tels ou telle sanction, telle ou telle procédure, n’est pas contraire à la dignité humaine de l’accusé ou ne viole pas ses droits fondamentaux. Et si cette dignité ou ces droits doivent amener à laisser en liberté des individus potentiellement dangereux, et bien soit. C’est le prix à payer pour la justice". Ce que veut M Bébin n'est autre que la remise en cause de nos droit fondamentaux au profit d'une sécurité totale, confié à des experts criminologues éluent parmi une population terrorisé par le spectre de la récidive et légitimé par la souffrance des victimes et le désir de protection, sans véritable contre pouvoir. Comment s'appelle ce genre de société, cher Aristide ? Un état totalitaire. Et je vous demande votre avis, approuver finalement le système préconisé par M Bébin, vos membre de l’IPJ, préférez vous un système où c'est un état qui décide ce qui est bien pour vous à votre place, une sécurité totale au détriment de tous ? Pour ma part je m'en réfère à Benjamin Franklin qui disait " ce qui limite la liberté au profit d'une sécurité temporaire, ne mérite ni la liberté, ni la sécurité".
    Au fait vous même êtes vous libre-arbitre, si oui alors vous ne pouvez dans ce cas nier que la réinsertion est possible car si l'homme a pu choisir le mal, alors il peut aussi faire le bien, (sauf quelque exception). De plus vous affirmez ceci: "Son souci sincère pour les victimes de la criminalité transparait à chaque page de son livre et ce souci est, à l’évidence, en partie fondé sur l’indignation que lui inspire les actes et les souffrances qu’elles ont subi" êtes-vous sûr qu'il est bien que les victimes soient associé au fonctionnement pénal, cela serait plus sage au contraire de ne pas les mêler, elles ont déjà suffisamment souffert, or je ne pense pas que cela apaisera leurs souffrances mais au contraires les animeras encore plus, surtout si pour légitimer une conception dangereuse de la justice car il est alors facile de tomber de la justice, qui en latin veut dire "dire le droit" et non la vengeance, e que promeut M Bébin en garantissant l'isolement totale de la société, ce qui transmet le désir de vengeance de la victime au désir de vengeance de la victime. IL est louable de vouloir défendre les victimes et la société mais la justice tranche aussi avec la garantie des libertés fondamentales, de plus la plupart que j'ai rencontré n'était pas vraiment enthousiaste à l'idée de pouvoir faire appel au pénal et préfère tourner la page. N'oubliez pas que c'est au nom des victimes et de la société que des innocents ont détenu provisoirement dans l'affaire d'OUTREAU et qu'en appel, alors que le parquet à requis l'acquittement de tous ,la partie civile à exiger que des têtes tombent, cette même partie civile qui étaient accuser de faire du lobbying en défendant des victimes. Or j'ai peur que l'IPJ cherche plus à faire croire au victime que seul la sécurité importe et la liberté ne sert à rien, il serait donc plus sage d'expliquer au victime pourquoi il est préférable qu'il y ait plutôt dix coupable en liberté que un innocent en prison. (William Blackstone).
    Dernière chose une citation de Charles Péguy pour vous faire d'avantage réfléchir à propos de l'IPJ: "Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles".
    Merci d'avance de prendre le soin de me répondre et encore désolé pour ce retard.
    Je consulte régulièrement maître Eolas.

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  25. Cher Aristide. (désolé il y a eu un problème de publiage)
    Je suis étudiant en droit et je viens de passer en licence 3 et j'ai suivi le cour Histoire du droit pénal. J'ai dû être absent pendant la vacance car je suis aller voir comment la justice et le dogmatisme pénale fonctionne et donc je n'ai pu poster mon commentaire qu’avec retard. Sachez que désapprouve ces argument en début d'analyse car j'ai vu comment la justice est rendue par les magistrats et moi je suis confiant après ce qu’ j'ai vue car c'est dans cette profession que plus tard j'espère avoir l'honneur de servir mon pays et je désapprouve les positions de l’IPJ, l'institution car judiciaire ne doit que sa faillite au faible budget et aux lois incohérente voté par les politiciens.
    Aristide, vous auriez dû abordez aussi la confrontation ente le libre-arbitre et le déterminisme. En effet ceux qui défendent la justice rétribuiez et qui considère que le but de la punition est de faire payer le criminel sont des libres arbitres, alors que les déterministes, Beccaria en tête, considère que les hommes sont déterminé à faire telle acte en fonction d'une cause et qu'il n'est nulle besoin de faire payer le coupable donc rejet de la justice rétribuiez au profit de la peine utile, justice utilitariste. Or ce que je conteste dans votre analyse c'est votre rapprochement de la vision de Beccaria avec celle de M Bébin, c'est que pour Beccaria, la peine doit être utile au condamné pour le faire réinsérer dans la société par des peines utiles qui détruiront la cause qui la fait pousser à faire le mal, d'où l'idée de créer les travaux forcées et autre peines de ce genre. M Bébin conçoit la peine comme utile pour la société, son but étant de dissuader le crime, je vous cite." La punition a alors une fonction de dissuasion et, éventuellement, de neutralisation : un criminel en prison ou bien exécuté ne peut plus commettre de crimes". Mais ceux qui conçoivent ce genre de théorie ne sont plus dans la vision de Beccaria mais celle de Paul d'Holbach qui est un fataliste, citation à l'appui:" Si la société a le droit de se conserver, elle a droit d'en prendre les moyens ; ces moyens sont les lois, qui présentent aux volontés des hommes les motifs les plus propres à les détourner des actions nuisibles. Ces motifs ne peuvent-ils rien sur eux ? La société, pour son propre bien, est forcée de leur ôter le pouvoir de lui nuire" (Système de la nature). Ne croyant pas à la réinsertion M Bébin prônent alors la prison pour tout les délinquants (car il est contre la peine de mort, n'est-ce pas), et comme ayant la crainte de toujours nuire. Maintenant poursuivons sa logique jusqu'au bout, il est donc nécessaire de mettre les délinquants en prison et qu'il ne ressorte pas, tant dû moins qu’on n’est pas sûr qu'il n'est plus dangereux. Or comment s'appelle une telle mesure ? La rétention de sûreté, applicable à tous les délinquants. ET qui devrait alors décider qui est apte à sortir de prison? Ni les psychiatres, ni les juges, mais selon lui les criminologues.

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