Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 19 mars 2014

Discrimination positive : la perversité de la diversité (2/5)




Le livre de Sander et Taylor porte pour titre Mismatch (que l’on pourrait peut-être traduire par « inadéquation »), car le problème fondamental des quotas raciaux à l’université est que ceux-ci aboutissent à placer les étudiants ainsi admis dans des situations où la plupart ne peuvent qu’échouer. Le problème n’est pas qu’ils seraient incapables de faire des études supérieures – la plupart ont des résultats scolaires suffisants pour prétendre faire de telles études – mais qu’ils n’ont pas les capacités pour réussir au sein de l’établissement où ils ont été admis, parce que le niveau moyen des autres étudiants y est très supérieur au leur.
L’idée générale que cherche à rendre le terme mismatch est très simple et, intuitivement, très persuasive. Dans n’importe quel établissement d’enseignement, le niveau des cours tend à se calquer sur le niveau de l’étudiant moyen : par la force des choses un professeur enseignera toujours plus ou moins pour cet élève « moyen ». La charge de travail qu’il demandera se rapprochera du maximum de ce que celui-ci peut fournir, les concepts seront introduits et expliqués en fonction de ce que cet étudiant lambda est censé savoir, etc. La conséquence est que ceux dont le niveau scolaire est très inférieur à ce niveau moyen risquent fort d’être rapidement dépassés. Les mauvaises notes s’accumuleront, le doute s’installera et, à moins qu’ils n’aient une force de caractère exceptionnelle, les élèves concernés finiront par décrocher, c’est-à-dire soit par quitter l’établissement en question, soit par s’orienter vers une filière moins exigeante à l’intérieur de cet établissement.
En revanche, placés dans un autre établissement, dont le niveau moyen est proche du leur, les mêmes étudiants pourraient parfaitement réussir et obtenir des diplômes solides, simplement moins prestigieux.
Tel est le schéma théorique de « l’inadéquation » universitaire. Celui-ci est-il applicable à l’enseignement supérieur américain ?
Pour qu’il en soit ainsi, la première condition est qu’il existe une grande disparité de niveau entre les étudiants admis grâce à la discrimination positive et ceux recrutés par la voie normale, simplement sur leur dossier scolaire.
Comme de bien entendu, si n’importe quel étudiant et n’importe quel professeur sait à quoi s’en tenir dans les établissements concernés – à savoir que les étudiants issus des « minorités » sont d’un niveau moyen très inférieur aux autres -, il est passablement difficile de le prouver formellement, car lesdits établissements nient farouchement l’existence de quotas raciaux, gardent jalousement leurs statistiques et n’acceptent pas facilement qu’un chercheur indépendant examine leurs procédures d’admission. La discrimination positive génère inévitablement le mensonge, la dissimulation, l’hypocrisie, ce n’est pas là son moindre défaut.
Néanmoins, à force de ténacité et de procédures, les auteurs de Mismatch ont obtenu suffisamment de matériaux pour confirmer ce qui se murmure depuis maintenant des décennies : le niveau scolaire des membres des « minorités ethniques » acceptés dans les universités les plus prestigieuses est très inférieur au niveau des Blancs, et plus encore à celui des Asiatiques (c’est-à-dire, pour continuer à parler en termes de couleurs : les Jaunes).
Pour recruter leurs étudiants les universités américaines les plus huppées se basent essentiellement sur « l’indice académique » (Academic Index) de ceux-ci. Cet indice se compose, en règle générale, des scores obtenus au SAT1, un test standardisé que passent tous les écoliers du secondaire désirant entrer au college, et des notes obtenues au lycée (High School GPA). Cet indice peut théoriquement aller de 0 à 1000, étant bien entendu que les candidats se situent toujours entre ces deux extrêmes.
Or, au niveau national, l’indice académique des Noirs est, depuis une bonne vingtaine d’années, inférieur de 140 points à celui des Blancs, et celui des Latinos inférieur de 70 points. Les Asiatiques, eux, ont un indice supérieur de 30 points à celui des Blancs. Ces disparités se retrouvent presque intégralement à l’intérieur des universités ou, pour le dire autrement, les différentiels raciaux sont pratiquement identiques entre les candidats à l’université et entre ceux qui y sont admis. Ce qui signifie donc que, en moyenne, les Noirs et les Latinos sont admis avec un niveau scolaire très inférieur à celui des Blancs et des Asiatiques.
Les partisans de la discrimination positive affirment parfois que celle-ci servirait uniquement à donner un « coup de pouce » aux candidats de la « diversité », lorsque ceux-ci seraient pratiquement à égalité avec les candidats « non divers ». Comme le disait, il y a quelque temps de cela, une éminente patronne française (dont il n’est pas interdit de penser qu’elle ait pu, elle aussi, bénéficier de ce fameux « coup de pouce » pour arriver à la position qui est la sienne) : « A compétences égales, et bien, désolée, on choisira la femme ou on choisira la personne venant d’autre chose que le mâle blanc, pour être clair ».
Mais la vérité est tout autre. Dans les universités américaines, par exemple, la discrimination positive revient à écarter chaque année des milliers de candidats beaucoup plus qualifiés pour faire de la place aux représentants de la « diversité » ethnique. Cette préférence accordée à « autre chose que le mâle blanc » est loin d’être subtile : elle revient essentiellement à rajouter des points à l’indice académique des candidats Noirs et Latinos, jusqu’à ce que l’université ait rempli le quota de « représentants de la diversité » qu’elle s’était fixé. En gros, chaque université cherche à ce que la composition raciale de sa population étudiante soit à peu près identique à la composition raciale du pool des candidats, et elle tripatouille les chiffres jusqu’à ce qu’elle y arrive.

Une des caractéristiques les plus frappantes de ce système de quotas raciaux est sa capacité à se diffuser presque mécaniquement tout le long de la chaine universitaire, dès lors que les universités les plus cotées ont décidé de le mettre en place.
Dans l’univers orwellien de la discrimination positive, les universités les plus prestigieuses sont le premier moteur qui entraine tout l’enseignement supérieur derrière lui. Elles le sont d’abord à cause de l’attention qui est portée à la composition de leur corps étudiant (et professoral). Quel telle obscure université sise au fin fond de l’Oklahoma n’accueille presque aucun étudiant Noir peut fort bien passer inaperçu, mais si, par exemple, Harvard ou Berkeley ne comportent pas en leur sein suffisamment de « représentants des minorités visibles », la tempête médiatique se déchaînera, les accusations de « discrimination », voire de « racisme », tomberont comme la grêle, les procédures judicaires se multiplieront, jusqu’à ce que les universités concernées viennent à résipiscence en mettant en place des mesures visant à favoriser « la diversité » de leur recrutement – en clair en instaurant des quotas raciaux.
Etant les plus prestigieuses ces universités situées au sommet de la pyramide sont aussi les plus demandées. Elles pourront donc choisir leurs étudiants parmi le pool le plus large possible. En l’occurrence, elles pourront recruter les étudiants Noirs et Latinos ayant les indices académiques les plus élevés. Elles accueilleront les meilleurs parmi les « représentants de minorités visibles ».
Mais cela signifie que les universités situées en-dessous dans la hiérarchie devront, si elles veulent elles aussi s’ouvrir à la « diversité », puiser dans le vivier de candidats que leur auront laissés les universités d’élite, et ce vivier ira en se rétrécissant au fur et à mesure que l’on descendra la hiérarchie universitaire.
Les étudiants Noirs et Latinos capables d’intégrer sur leur seul mérite les universités de rang 1 étant trop peu nombreux, ces universités de rang 1 recruteront aussi la plupart des étudiants qui auraient été capables d’intégrer sur leur seul mérite les universités de rang 2. Ces universités du deuxième rang, étant privées des étudiants qui auraient pu le mieux s’intégrer en leur sein, seront obligés d’accepter des étudiants qui auraient eu leur place dans les universités de rang 3. Et ainsi de suite le long de la chaîne universitaire, jusqu’à une profondeur considérable.
Aujourd’hui, entre 30 et 40% des étudiants en College[1] seraient dans un établissement utilisant un système de préférences raciales. Et ces préférences sont encore plus prononcées dans certaines spécialités, comme le droit ou la médecine. Selon les auteurs de Mismatch, plus de 80% des écoles de droit (Law School)[2] utiliseraient de telles préférences raciales pour recruter leurs étudiants.
Par conséquent, le phénomène de l’inadéquation (Mismatch) ne concernera pas seulement une poignée d’universités mondialement connues, mais aussi une très large partie de l’enseignement supérieur américain. Bien plus, l’inadéquation va croissante au fur et à mesure que l’on descend la hiérarchie. La différence de niveau entre les étudiants Noirs et Latinos et les étudiants Blancs est plus prononcée dans une université de rang 2 ou 3 que dans les universités de rang 1. Cela peut expliquer que les défenseurs les plus ardents de la discrimination positive se recrutent souvent parmi les universitaires travaillant dans ces institutions d’élite : en regardant sur leur campus ils ne voient que la partie émergée du problème, et celui-ci ne leur semble pas si grave.
Ajoutons, pour terminer sur ce point, que le système de discrimination positive mis en place est bien un système presque exclusivement racial, c’est-à-dire que les étudiants y sont avantagés ou désavantagés essentiellement en fonction de la couleur de leur peau, et non pas, par exemple, en fonction du milieu social d’où ils sont issus. En conséquence, une vaste majorité des étudiants afro-américains « positivement discriminés » viennent de familles aisées dans lesquelles les deux parents ont fait des études supérieures, et ils prennent presque toujours la place de Blancs et d’Asiatiques issus de milieux plus modestes et ayant un indice académique plus élevé.
L’ensemble du mécanisme est résumé par les schémas suivants. Prenez le temps de bien les regarder, ils sont instructifs : 




[1] Schématiquement, le College est une institution d’enseignement supérieur dans laquelle la scolarité dure normalement quatre ans et aboutit à un bachelor’s degree, en science (B.S : Bachelor of Science), ou dans les humanités (B.A : Bachelor of Arts). Il s’agit donc de l’enseignement supérieur dont la visée n’est pas directement professionnelle.
[2] Aux Etats-Unis les Law School correspondent à un niveau d’étude post-graduate, donc après avoir obtenu un BA (bac+4 au niveau français). Ce sont des études à visée professionnelle qui se déroulent en général sur trois ans. Elles sont très prisées car elles mènent à des carrières en général très rémunératrices.

7 commentaires:

  1. Décidément, cher Aristide, vous élevez bien le débat intellectuel et nuisez gravement à mon indice de productivité tous les mercredis.

    Pour revenir à nous moutons (noirs) (excusez le jeu de mot pourri...):

    "si, par exemple, Harvard ou Berkeley ne comportent pas en leur sein suffisamment de « représentants des minorités visibles », la tempête médiatique se déchaînera, les accusations de « discrimination », voire de « racisme », tomberont comme la grêle, les procédures judicaires se multiplieront, jusqu’à ce que les universités concernées viennent à résipiscence en mettant en place des mesures visant à favoriser « la diversité » de leur recrutement – en clair en instaurant des quotas raciaux."

    On se souvient de l'excellent "la Tâche" d'un de mes écrivains préférés, P. Roth, qui décrit à peu près un de ses moments absolument ridicules, où on est accusé de racisme pour avoir employé un mot qui aurait des connotations...Didier Goux pourrait peut-être vous parler de Disgrâce de Coetzee (que je n'ai pas lu) qui doit toucher plus ou moins aux mêmes sujets d'après ce que j'en sais.

    Enfin, il y a aujourd'hui une certaine disgrâce du système universitaire américain: sommes colossales dépensées en prêts étudiants ( plus de 1000 mds de dollars pour les étudiants américains...) supérieurs aux emprunts immobiliers et puis aussi de plus en plus de drop-out fameux (bill gates, steeve jobs, mark zuckerberg, même Elon Musk qui construit des bagnoles et des fusées n'a pas obtenu son diplôme de fin d'études en physique...) et aussi des fameux businessmen qui offrent des bourses à ceux qui quittent l'université pour monter une activité :

    http://valleywag.gawker.com/peter-thiel-just-paid-20-kids-100k-to-not-go-to-colleg-498525048

    Enfin les universités réfléchissent évidemment à ce problème et conserve leur réputation en dispensant leur enseignement à ceux qu'elles n'ont pu intégrer ( pour des raisons raciales) grâce aux MOOCS, on pense à Coursera qui propose gratuitement l'ensemble des cours les plus prestigieux de Harvard. Concrètement, le petit blanc de l'Ohio a accès aux cours d'algorithme de Stanford. Certes il n'a pas le diplôme mais une "certification" (en gros les compétences). Bientôt John Smith, petit blanc du Kansas, et qui aura fait fortune dans les IT dira qu'il n'a pas été a Stanford mais qu'il a suivi les cours de IT de Stanford sur Coursera et que grâce à cela il a monté bitcoinfusion.com (c'est un exemple de nom) qui a révolutionné les paiements dans le monde par exemple.

    C'est toujours assez fascinant la manière dont le marché répond à des dysfonctionnements...

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    1. Vous parlez de la manière dont le marché répond à des dysfonctionnements. Or, dans le cas des universités américaines, ce qui est fascinant c’est que justement, jusqu’à maintenant, le marché n’a pas répondu à leur dysfonctionnement très apparent. Des frais de scolarité de plus en plus élevés pour une scolarité durant laquelle vous apprenez de moins en moins, où l’on vous impose quantité d’absurdités politiquement correcte, et où tout concours non pas à vous faire entrer dans l’âge adulte mais à prolonger votre adolescence. C’est aujourd’hui à cela que ressemblent nombre de colleges américains.

      Tout le monde le sait, et pourtant les parents continuent à se saigner à blanc pour envoyer leurs enfants dans le college le plus prestigieux possible, les étudiants accumulent des prêts qu’ils traineront comme des boulets toute leur vie et, dans l’ensemble, les employeurs continuent à attacher beaucoup d’importance à la marque de votre peau d’âne.

      N’est-ce pas absurde ?

      Si le service rendu par les colleges à leurs clients (étudiants et employeurs) est si faible (une étude récente a par exemple trouvé que 45% des étudiants ne montraient aucun progrès de leurs connaissances durant leurs deux premières années au college) comment se fait-il qu’ils continuent à se bousculer pour acheter ce qu’ils ont à offrir ?

      L’une des explications c’est précisément que ce qu’ils offrent de précieux, c’est une marque. Ce qui compte n’est pas ce que vous apprenez mais que vous ayez été rigoureusement sélectionné à l’entrée et que vous ayez ensuite suffisamment de persévérance pour sortir du labyrinthe avec votre peau d’âne. En gros les colleges jouent le rôle de cabinet de placement. C’est pour cela que suivre les cours de Stanford sans être au final diplômé de Stanford est de peu d’intérêt. C’est le diplôme qui compte.

      Certes il faut nuancer ce portrait. Ce n’est pas vrai dans toutes les spécialités. Dans certaines facs ce que vous apprenez est réellement important pour la suite. Dans les disciplines techniques ou scientifiques bien sûr, mais aussi dans les law schools, comme nous le verrons.
      Néanmoins, pour le moment, les forces du marché n’ont pas réussi à démanteler cet absurde monopole des colleges.
      Toutefois il y a de l’espoir pour l’avenir. L’insatisfaction est grandissante, comme toutes les bulles la bulle universitaire finira bien par éclater et sans doute les cours en ligne pourront-ils puissamment y contribuer.

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  2. Comme bien souvent, il ne fait pas bon être un homme de type caucasien en ces temps de flagellation permanente de la civilisation occidentale.

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    1. A moins d'être homosexuel, ce qui peut compenser ce grave désavantage.

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  3. "Savoir si Obama a bénéficié de l'affirmative action est la question à 100$, qui restera sans doute sans réponse. Comme le disait Grandpas plus haut, le soupçon subsistera toujours. Ce n'est pas le moindre défaut de la discrimination positive."

    "La discrimination positive génère inévitablement le mensonge, la dissimulation, l’hypocrisie, ce n’est pas là son moindre défaut."

    Entre nous, Aristide, c'est quoi son moindre défaut? ;)

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  4. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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    1. Pas de commentaire anonyme, c'est marqué en toutes lettres.

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