Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 28 décembre 2011

Musulmans : combien sont-ils ?


Michèle Tribalat est l’une des rares personnes en France à pouvoir parler d’immigration de manière bien informée, et l’un des rares chercheurs à oser en parler de manière honnête. Elle vient de publier, dans la revue Commentaire n°136, un article intitulé « Dynamique démographique des musulmans de France » qui détaille ce que nous savons réellement - à la différence de ce que nous croyons savoir - sur la démographie de la population musulmane en France. Je recopie pour vous certains passages de cet article important, en vous incitant très vivement à vous procurer la suite en achetant le numéro de Commentaire voir, pourquoi pas ? en vous abonnant à la revue. Les temps sont durs pour les publications non subventionnées comme Commentaire et celle-ci reste l’une des rares revues généralistes où paraissent, de temps à autre, des articles sérieux qui échappent à la grisaille progressiste ambiante.
L’article de Michèle Tribalat comporte dix pages, huit tableaux et un graphique, dont je ne reproduis aucun pour vous encourager à ouvrir votre porte-monnaie.
Bonne lecture et, par anticipation, très bonne année 2012 à tous.

A.

Combien sont-ils ?

Laissons de côté les chiffres lancés à la volée - les 5 à 6 millions de musulmans inlassablement répétés depuis au moins dix ans, sans parler de chiffres encore plus farfelus - dont la méthode d’estimation est absolument intraçable. Dans l’enquête ERFI réalisée en 2005 par l’Ined et l’Insee auprès d’environ 10 000 personnes, 5% des enquêtés âgés de 18 à 79 ans se déclaraient musulmans (...)
Cette estimation a été révisée dans les projections de populations musulmanes réalisées par l’IIASA (international Institute for Applied System Analysis) (...) avec un chiffre de 4,7 millions en 2010, soit 7,5% de la population, qui, comme on va le voir, semble un peu trop élévé.
La méthode que j’avais retenue en 1999 pour évaluer le nombre de musulmans potentiels en utilisant la filiation et l’origine était un pis-aller. Que donne-t-elle lorsqu’elle est appliquée aux effectifs de l’enquête TeO [Trajectoires et Origines, 2008] sur la tranche d’âges 18-50 ans ? (...) On parvient ainsi à une population musulmane proche de 4 millions de musulmans, soit 6,4% de la population métropolitaine. La France est ainsi le pays de l’UE où la proportion de musulmans est la plus élevée, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni pour ne considérer que les grands pays d’Europe. Les projections de l’IIASA, qui démarre sur une population musulmane surestimée en 2010 (7,5%), évaluent à 10,3% la proportion de musulmans en France en 2030. (...)

« Retour » au religieux chez les jeunes ?

La rareté des données sur les affiliations religieuses offre peu de ressources pour chiffrer un éventuel retour au religieux. Pour tester cette hypothèse, il faut disposer d’un recul suffisant - d’où la nécessité de se limiter aux courants migratoires les plus anciens - et de points d’observation antérieurs. Les personnes nées en France d’au moins un parent immigré d’Algérie satisfont à ces deux conditions. L’enquête Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS), conduite en 1992 par l’Ined avec le concours de l’Insee, offre un point d’observation antérieur de seize ans pour mesurer l’évolution de la proportion de ceux qui se déclarent sans religion. (...)
L’affiliation religieuse n’a pas progressé au fil du temps chez les enfants d’origine algérienne nés en 1963-1972. En revanche, les jeunes de 2008 ne ressemblent plus aux jeunes de 1992. Lorsque les deux parents sont originaires d’Algérie, ils ne sont plus que 14% à déclarer ne pas avoir de religion, contre 30% en 1992. Cette tendance à la « réaffiliation » religieuse vaut aussi pour ceux dont un seul parent est immigré d’Algérie. En 1992 ces derniers tranchaient dans le paysage religieux par leur désintérêt marqué pour la religion. C’est fini. Cette évolution va à contresens de celle observée en France en général et dans les courants migratoires européens. (...)
Le retour au religieux dont on parle tant serait donc plutôt un effet de génération et ne vaut que pour l’islam. (...)
L’évolution singulière de l’islam en France va de pair avec un immense décalage dans l’importance accordée à la religion parmi ceux qui croient encore en France, surtout par rapport aux catholiques : 9% des ces derniers accordent une grande importance à la religion contre près de la moitié des musulmans et encore 29% des protestants. (...)

Transmission et conversion

En termes de transmission, l’islam est sans conteste la religion la plus dynamique. Cette transmission s’est améliorée au fil du temps, tout particulièrement parmi les enfants d’immigrés. Seuls 43% des enfants d’immigrés nés dans les années 1958-1964 ayant au moins un parent musulman se déclarent eux-mêmes musulmans, soit une transmission plus faible que dans les familles immigrées où l’un des parents au moins est catholique (-26 points). Ceux qui sont nés à peu près 25 ans plus tard sont 87% à avoir conservé la religion de leur(s) parent(s) musulman(s) : soit 32 points de plus que les enfants d’immigrés élevés dans une famille où l’un des parents au moins est catholique. Cette évolution reflète bien celle observée dans les familles immigrées d’Algérie dont un parent au moins était musulman : le taux de transmission y a gagné 30 points de la génération 1958-1970 à la génération 1981-1990. (...)

Endogamie religieuse

Les musulmans se marient avec des musulmans. C’est tout particulièrement vrai des enfants d’immigrés nés en France et des immigrés entrés dans leur enfance et en partie scolarisés en France. (...)
Paradoxe, l’exogamie religieuse est donc plus forte parmi les musulmans entrés comme adultes célibataires que parmi ceux qui se sont le plus frottés à la société française. Au Royaume-Uni, « 92% des musulmans se marient à l’intérieur de leur religion. » (...)
Cette endogamie religieuse générale freine les mariages avec des personnes d’origine française qui sont rarement de confession musulmane. 
(...) si l’on revient aux premiers mariages, plus de la moitié des jeunes d’origine européenne qui ont deux parents immigrés et trois quarts de ceux dont un seul parent est immigré se sont mariés avec un conjoint d’origine française. Ce n’est le cas que de 23% des hommes et 14% des femmes dont les deux parents immigrés sont originaires du Maghreb, du Sahel ou de Turquie. Ces mariages sont rarissimes parmi les enfants des migrants turcs, notamment leurs filles.
La mixité ethnique des mariages passe donc par la « sécularisation » des immigrés et des enfants d’immigrés originaires de ces pays. La désaffiliation religieuse facilite les unions avec des autochtones, eux-mêmes sortis de la religion, en grand nombre. La réislamisation des jeunes générations n’annonce rien de tel. Comme l’écrit Eric Kaufmann, « en Europe, la religion semble un obstacle plus important que la race à la mixité. » (...)

Immigration et fécondité des musulmanes

La fécondité des femmes musulmanes est supérieure à celles des catholiques et des athées ou agnostiques. Les femmes musulmanes nées en 1958-1968 ont, à quarante ans, 1,1 enfants de plus que les femmes sans religion et 0,9 enfant de plus que les femmes catholiques. (...)
L’avantage fécond, sans être colossal, appliqué à une structure par âge beaucoup plus jeune, est loin d’être négligeable et favorise les croyants les plus impliqués. Combiné à une immigration dont on ne voit pas bien qu’elle puisse se réduire dans les années qui viennent, à une rétention élevée due à une endogamie religieuse très importante et à une « réislamisation » des jeunes générations, il donne à la confession musulmane un dynamisme tout à fait incongru dans un pays très fortement laïcisé, en voie de déchristianisation avancée et qui a pris l’habitude de penser cette sécularisation galopante comme à la fois progressiste et inexorable. On a, j’ai moi-même, longtemps pensé que l’islam ne ferait pas exception à ce puissant courant. Un contexte très sécularisé peut, au contraire, être le ferment d’un durcissement identitaire et religieux, l’islam n’étant pas perçu comme ringard, à la différence de l’intégrisme catholique, et bénéficiant d’un « climat relativiste » propice à son expansion.

18 commentaires:

  1. C'est formidable, l'Islam, n'est pas perçu comme ringard : avec ses crimes d'honneur, ses lapidations, ses mariages forcés, ses tabous alimentaires et sa condamnation des apostats, il est de toute évidence à la pointe de la modernité.

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  2. Quelle ironie, n'est-ce pas?
    Mais il me semble me souvenir qu'Alain Besançon expliquait quelque part pourquoi l'islam pouvait avoir un attrait particulier aujourd'hui, dans un contexte "sécularisé" et "post-chrétien" comme on dit. Il faudra que j'essaye de retrouver cet article.

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  3. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment une "nation" peut passer de 40 millions à 67 millions en un gros demi-siècle (1950-2010) alors que cette nation est restée stable en dépit de l'immigration européenne de 1900 à 1950.
    Ne me dites pas "la guerre 14-18" qui a marqué le début du siècle, puisque les pertes sont essentiellement masculines (et que les planqués ont fait leur possible pour suppléer -smiley-). Ne me dites pas le baby-boom qui a caractérisé les années 50 et peut-être 60, mais qui reste toutefois modeste.
    Je peux confesser que la croissance de la durée de vie soit à l'origine d'un gain d'une dizaine de millions ! (les décès restent autour de 0.5 M/an)
    Ajoutons à cela le rapatriement de 0.5 million de pieds-noirs plus un effectif équivalent de juifs du Maghreb (virés d'Espagne en 1492 par Isabelle la Catholique).
    Bref tout cela explique le passage de 40 à 55 millions. Mais, il manque une bonne dizaine de "citoyens" pour aboutir à 67 millions.
    Seraient-ils si nombreux à avoir apostasié ?

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    1. Vous avez parfaitement raison, le nombre de musulmans est volontairement et colossalement sous-estimé. Aucune source ne met en évidence le raz de marée qui se prépare... Nos politiques sont de sales hypocrites !

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  4. Je ne peux pas répondre à votre question René, mais si vous regardez là : http://www.insee.fr/fr/ppp/bases-de-donnees/irweb/projpop0760/dd/pyramide/pyramide.htm on voit que la population augmente continuellement et selon un pente régulière à partir de 1947 (je me souvenais effectivement que le baby boom avait commencé pendant la guerre).
    On voit aussi très bien les classes creuses entre 1914 et 1918, tous les enfants qui ne sont pas nés. Comme quoi les planqués n'ont pas du suffire à la besogne (après tout, à cette époque, les liens du mariage signifiaient encore quelque chose).
    Il est vrai qu'en démographie les petits ruisseaux finissent par faire les grandes rivières : un petit "surplus" pendant quelques années aboutit à un gros "surplus" une ou deux générations plus tard.
    Hélas ceci est applicable à la démographie des musulmans en France.

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  5. La population de France métropolitaine s'élève à 63 millions d'habitants (65 millions avec les DOM), soit 10 millions de plus qu'en 1981 et 20 millions de plus qu'en 1958. D'après les chiffres de l'INSEE.

    Soit un taux d'accroissement de 46 % par rapport à 1958, ce qui revient à un rythme annuel de 0,86 %. Rien d'extraordinaire dans ces chiffres. En comparaison, la population a augmenté de 0,55 % entre 2011 et 2010, toujours d'après l'INSEE.

    Je ne comprends pas votre étonnement, René.

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    1. Un accroissement de 46% en 54 ans (de 58 à 2012)correspond à une croissance annuelle moyenne de 0,7% et non pas de 0,86. En effet, 1,007 à la puissance 54 = 1,46. Cette croissance entraîne un doublement de la population en 100 ans.
      Malheureusement, comme chez nos voisins italiens, allemands, anglais, le taux de croissance de la population de souche est nul, depuis au moins 30 ans, avec des chiffres de fécondité inférieurs à 2 enfants par femme. La totalité de la croissance démographique est donc due à l'immigration et à sa reproduction sur place. Comme nous étions 50 millions à la fin des années 70, on en déduit évidemment que la différence (soit 14 millions, en prenant pour chiffre 64 millions d'habitants de la Fronce en 2012) est entièrement due à l'immigration. Celle-ci étant à énorme prédominance musulmane, il serait vain d'imaginer que les musulmans (y compris vieillards et nourrissons) soient moins de 12 millions. Soit environ un froncé sur 5 (1 sur 3 à 1 sur 2 dans les classes d'âge les plus jeunes). Nous serons minoritaires dès les années 2030.

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    2. Mais, me semble-t-il, une population peut fort bien continuer à augmenter pendant des décennies avec un taux de fécondité inférieur au taux de renouvellement des générations si elle compte beaucoup de très jeunes gens au début de la période et si l’espérance de vie est élevée, et particulièrement si l’espérance de vie augmente pendant la même période, ce qui est le cas.
      Par ailleurs si l’on veut estimer sérieusement le nombre de musulmans présents en France il faut se baser sur autre chose que notre perception subjective des choses. Peut-être l’immigration en France est-elle à prédominance musulmane (je serais porté à le croire), mais « à prédominance » c’est combien de %, approximativement ?
      Plus largement, la divergence entre votre estimation, Pakounta, et celle de Michèle Tribalat est trop grande pour qu’il me semble possible de vous réconcilier.
      Michèle Tribalat étant, il me semble, une démographe sérieuse et courageuse qui est l’une des rares de sa profession à tirer la sonnette d’alarme concernant l’immigration, je suis porté à lui faire confiance. Vous ne m’en voudrez donc pas, j’en suis sûr, si je pense que la réalité doit être plus près de 4 millions que de 12 millions.
      Entendons nous bien : 4 millions de musulmans en France (s’ils sont 4 millions), c’est 5 millions de trop (non, ce n’est pas une coquille). D’autant plus que, comme le dit Tribalat, ils ont l’avantage de la fécondité, et que leur concentration en certains territoires leur donne une capacité de nuisance très supérieure à leur nombre absolu. Mais tout de même, 4 millions ce n’est pas 12 millions.

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    3. Dans l'augmentation de la population, il faut compter l'allongement de la durée de vie ce qui rajoute 4,5 millions de personnes entre 1976 et 2012 et les Françaises faisaient encore plus de 2,1 enfants /femme jusqu'en 1976 où la pop. était de 54 millions.

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  6. En me renseignant sur cette Michèle Tribalat, je découvre qu'elle a écrit un livre intitulé "Face au Front national : arguments pour une contre-offensive". Doit-on comprendre que même si elle étudie honnêtement l'immigration, les conclusions qu'elle en tire ne l'inquiètent pas plus que ça ? En tout cas, pas autant que le ventre encore fécond dont est sortie la bête immonde ?

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  7. Remarquez Mat que ce livre date de 1998. Depuis elle a manifestement quelque peu changé d'avis sur les questions d'immigration, comme elle le laisse elle-même entendre à la fin de l'article que j'ai recopié.
    Et je crois savoir qu'elle en a payé le prix.
    En 1998 j'aurais pu moi aussi m'inquiéter du "ventre encore fécond", etc.
    Nobody's perfect...

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  8. OK. C'est l'article de Wikipédia qui m'avait induit en erreur, mais il est sans doute lacunaire.

    En passant, j'ai aussi cherché les Nuers sur Wikipédia. On y apprend, sans aucune explication, que "Chez les Nuers, les femmes stériles peuvent devenir père.". Comme ça. C'est surréaliste.

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  9. "La méthode que j’avais retenue en 1999 pour évaluer le nombre de musulmans potentiels en utilisant la filiation et l’origine était un pis-aller"

    C'est ce que je retiens de l'article. Et ce qui m'amène à penser qu'on n'avancera pas puisqu'on a d'un côté des gens qui s'appuient sur les chiffres et les méthodes de recensement officielles (dont nombre d'éléments nous portent à croire qu'elles ne sont plus à même de transcrire la réalité), et de l'autre des gens qui n'ont que leur intuition à opposer à tout ça (intuition au sens de ce qui précède la pensée et la réflexion de fond, donc quelque chose de tout aussi insatisfaisant).

    Il y a deux manières d'obtenir de l'accroissement démographique (quelle que soit la structure de la pyramide des âges): votre taux de natalité est supérieur au taux de mortalité (c'est le cas en France, où la natalité d'origine extra-européenne est prépondérante et se couple à l'allongement de durée de vie de l'ensemble de la population). Enfin, l'entrée massive (régulière ou non) d'étrangers dans un pays, dont une grande partie reste sur le territoire national (de manière régulière ou pas), et c'est là encore, et surtout, le cas de la France.

    Merci en tout cas pour le lien. Je vous ai répondu chez Corto.

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    1. "c'est le cas en France, où la natalité d'origine extra-européenne est prépondérante et se couple à l'allongement de durée de vie de l'ensemble de la population"

      Mal formulé. L'accroissement naturel (natalité moins mortalité) est essentiellement du à...

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  10. Merci pour votre réponse chez Corto. Je me suis permis d'y répondre à mon tour.

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  11. Pour ceux que notre échange intéresseraient, il se trouve là : http://corto74.blogspot.fr/2013/05/londres-le-grand-remplacement-white.html

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  12. Tenez, j'ai relu du coup notre petit échange.
    Nous ne serons jamais d'accord sur les chiffres (cette distorsion vient-elle du fait que j'habite une région submergée par l'islam? probablement), mais je dois à la vérité de vous dire que vous avez raison sur plusieurs points.
    J'ai apprécié votre rigueur intellectuelle. C'est une qualité dont je tâcherais de m'inspirer à l'avenir.

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    1. Votre honnêteté vous honore, Anton.
      Ce n'est pas si fréquent sur le web.

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