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mercredi 17 octobre 2012

Coming apart - la déchéance des classes populaires (2/7)





Parallèlement à la formation d’une nouvelle classe supérieure, basée sur les capacités intellectuelles et de plus en plus isolée du reste de la population, les Etats-Unis ont vu se former une classe inférieure d’un nouveau genre. C’est à cette nouvelle classe inférieure qu’est consacrée la seconde partie de Coming apart.
En dépit du fait que Charles Murray semble, par la structure de son livre, vouloir placer sur le même plan l’évolution des classes supérieures et l’évolution des classes inférieures, il est assez clair que les phénomènes qu’il décrit dans la première et la seconde partie sont de natures très différentes.
Les classes supérieures perdent le contact avec le reste de leurs concitoyens et développent des goûts bien à elles qui confinent au snobisme. Mais les classes inférieures, de leur côté, perdent les qualités qui leur permettraient d’être des membres honorables et productifs de la communauté américaine, et même simplement de mener une vie satisfaisante. Si le risque n’était pas si grand d’être mal compris en employant ce mot, on serait tenté de dire que les classes inférieures deviennent vicieuses. Mais le terme « vice » ayant pris aujourd’hui un sens tellement dérogatoire, il est sans doute préférable de dire que les habitudes de vie contractées par une grande partie des membres des catégories les plus basses de la population ont des conséquences proprement catastrophiques. Ce que décrit Charles Murray dans la seconde partie de Coming Apart n’est rien d’autre qu’un véritable cataclysme.

Pour faire comprendre à ses lecteurs la nature du problème, Charles Murray commence par rappeler que le « projet américain » a toujours présupposé certaines vertus de la part de ceux qui y participaient. Autrement dit, les fondateurs des Etats-Unis pensaient que la démocratie était un régime qui ne pouvait convenir qu’à un peuple d’un certain type.
« Seul un peuple vertueux », disait Benjamin Franklin, « est capable d’être libre. Au fur et à mesure que les nations deviennent plus vicieuses et plus corrompues, elles ont davantage besoin d’un maître. » Un avis qui semble avoir été unanimement partagé par tous les Pères Fondateurs. « Supposer qu’une forme de gouvernement pourrait assurer la liberté ou le bonheur sans aucune vertu de la part du peuple est une idée chimérique », écrivait James Madison. « La vertu ou la moralité est un ressort nécessaire du gouvernement populaire », rappelait George Washington à ses concitoyens lors de son discours d’adieu.
Chacun à leur manière, tous reconnaissaient qu’un peuple n’est capable de se gouverner lui-même que s’il se compose d’individus capables de se gouverner eux-mêmes au quotidien. Il ne peut pas se composer d’individus mus par leurs seules passions et appétits spontanés, qui ne sont capables de respecter les autres, la loi, et les institutions nécessaires à un gouvernement libre que s’ils y sont contraints par la force.
Le fait qu’il soit aujourd’hui nécessaire de rappeler et d’expliquer longuement cette vérité politique élémentaire suffirait à indiquer que le projet américain est en péril.
Mais quelles sont, plus précisément, les « vertus » que les Pères Fondateurs avaient à l’esprit à propos de la République américaine ?
Charles Murray choisit d’en retenir quatre, qui lui semblent avoir fait l’objet d’un consensus quasiment absolu au moins jusqu’au 20ème siècle. Deux d’entre elles sont des vertus proprement dites, et deux autres des institutions grâce auxquelles sont inculqués et soutenus les comportements vertueux : l’ardeur au travail (industriousness), l’honnêteté, le mariage, la religion. Il les appelle « les vertus fondatrices ».

L’ardeur au travail est probablement la vertu la plus spécifiquement américaine, celle en tout cas qui frappait le plus les visiteurs étrangers au 19ème siècle.
L’ardeur au travail va très au-delà de la simple nécessité de travailler pour vivre. Il s’agit plutôt de la conviction que la vie est faite pour travailler dur afin d’améliorer continuellement sa condition et celle de ses enfants. Peut-être ne serait-il pas trop inexact de dire que ce trait de caractère est la forme démocratique de l’ambition. Et il fût un temps où cette ambition possédait manifestement la quasi totalité des Américains. Comme le remarquait Tocqueville, entre mille autres : « Non seulement le travail n’est point en déshonneur chez ces peuples, mais il est en honneur ; le préjugé n’est pas contre lui, il est pour lui. Aux Etats-Unis, un homme riche croit devoir à l’opinion publique de consacrer ses loisirs à quelque opération d’industrie, de commerce, ou à quelques devoirs publics. Il s’estimerait malfamé s’il n’employait sa vie qu’à vivre. »
Une conséquence de cette ardeur au travail quasi universelle était la réticence des Américains à accepter le secours de leurs semblables. Etre considéré comme un raté, quelqu’un d’incapable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, était perçu comme un honte intolérable. Francis Grund écrivait dans The Americans, in their moral, social, and political relations (1825) : « Je n’ai jamais connu un Américain de souche demandant la charité. Aucun autre pays au monde n’a un si petit nombre de gens vivant à la charge de la puissance publique... Un Américain, embarrassé par ses circonstances pécuniaires, n’acceptera qu’avec la plus grande difficulté de demander ou de recevoir un secours de la part de ses proches ; et, dans de nombreux cas, il dédaignera d’avoir recours à ses propres parents. »

De la même manière que l’ardeur au travail est plus que le fait de travailler, l’honnêteté est plus que le fait d’obéir à la loi. L’honnêteté caractérise plutôt la disposition à respecter la loi et à s’y conformer même en l’absence de toute contrainte. Le ressort de l’honnêteté n’est pas la peur d’être puni mais le sens de l’honneur, et son corolaire, le sens de la honte. Un honnête homme estimera honteux de mal se conduire, et ceci va bien évidemment très au-delà de ce que la loi prescrit. Un homme honnête, par exemple, ne mentira pas, même s’il y aurait avantage et bien que la loi n’interdise pas le mensonge. Il y a sans doute bien plus qu’une coïncidence dans le fait que le premier président des Etats-Unis ait été renommé pour son intégrité morale, et pendant des générations tous les petits Américains ont entendu parler de l’épisode du jeune Washington et de sa hachette.
Dans le même temps, la manifestation la plus claire et la plus immédiatement utile de l’honnêteté est bien évidemment l’obéissance à la loi et l’aide apportée spontanément aux agents publics chargés de la faire respecter. De ce point de vue, il existe quelques raisons de croire que les Américains étaient exceptionnellement respectueux de la loi. Les quelques estimations quantitatives du taux de criminalité aux Etats-Unis dans les premières années de leur existence montre que celui-ci devait être extraordinairement bas. De fait, Tocqueville et Beaumont expliquaient, dans leur rapport sur Le système pénitentiaire aux Etats-Unis et son application en France, que l’une des difficultés pour transposer le système pénitentiaire américain en France était qu’il existait aux Etats-Unis « un esprit d’obéissance à la loi qui se retrouve même dans les prisons » et qui n’existait pas au même degré en France.

Le mariage est l’institution de base de la société, celle sans laquelle aucun système politique, et a fortiori aucun gouvernement libre, ne pourrait se maintenir durablement. De cela tous les Fondateurs étaient manifestement convaincus et, jusque dans les années 1960, le mariage a effectivement été une institution remarquablement solide aux Etats-Unis. Ce qui signifie à la fois qu’il fallait avoir de très bonnes raisons pour ne pas être marié étant adulte, si l’on ne voulait pas s’exposer au ridicule et à la réprobation générale, et d’autre part que les Américains dans leur ensemble considéraient le mariage comme un engagement particulièrement solennel. Les voyageurs européens attestaient de cette particularité américaine, à commencer bien sûr par Tocqueville, qui, dans De la démocratie en Amérique, faisait un éloge extrêmement élevé des mœurs des femmes d’outre atlantique : « Pour moi, je n’hésiterai pas à le dire : quoique aux Etats-Unis la femme ne sorte guère du cercle domestique et qu’elle y soit, à certains égards, fort dépendante, nulle part sa position ne m’a semblé plus haute ; et si, maintenant que j’approche de la fin de ce livre, où j’ai montré tant de choses considérables faites par les Américains, on me demandait à quoi je pense qu’il faille principalement attribuer la prospérité singulière et la force croissante de ce peuple, je répondrais que c’est à la supériorité de ses femmes. » Plus sobre, mais non moins approbatif, Francis Grund considérait « les vertus domestiques des Américains comme la principale source de toutes leurs autres qualités. »

La religiosité personnelle des Pères Fondateurs est aujourd’hui encore l’objet d’intenses discussions et des raisons assez persuasives laissent penser qu’un certain nombre d’entre eux n’étaient pas d’une piété à toute épreuve, pour dire le moins. Leur défense de la religion en tant qu’institution indispensable à un gouvernement libre n’en est que plus remarquable. Sur ce point l’unanimité était aussi forte que pour n’importe laquelle des trois vertus précédentes.
Dans son discours d’adieu, George Washington rappelait ainsi à ses compatriotes : « Parmi toutes les dispositions et toutes les habitudes qui conduisent à la prospérité politique, aucunes ne sont plus indispensables que la moralité et la religion… et ne nous abandonnons pas sans précautions à l’idée que la moralité pourrait être maintenue sans la religion. Quelle que soit l’influence que puisse avoir une éducation raffinée sur des esprits d’une certaine sorte, la raison aussi bien que l’expérience nous interdisent d’attendre que la moralité puisse prévaloir dans une nation sans soutien de la religion. » John Adams présentait le même argument, de manière plus directe : « notre Constitution a été faite seulement pour un peuple moral et religieux. Elle est totalement inadaptée pour le gouvernement de n’importe quel autre peuple. » C’est cet argument en faveur d’une union nécessaire entre la liberté politique et l’esprit de religion que Tocqueville présentait à ses lecteurs français dans De la démocratie en Amérique, et qui lui faisait dire : « La religion, qui, chez les Américains, ne se mêle jamais directement au gouvernement de la société, doit donc être considérée comme la première de leurs institutions politiques. »
Bien entendu, la religion que les Fondateurs avaient à l’esprit en présentant cet argument était la religion chrétienne. Non pas par adhésion irréfléchie à la religion qui était censée être la leur, mais parce que le christianisme leur semblait le dogme le plus adapté, ou le plus adaptable, au gouvernement d’un peuple libre. La République américaine devait être neutre vis-à-vis des différentes sortes de religion, mais il est juste de dire que les Pères Fondateurs n’envisageaient sans doute pas la tolérance et la diversité au-delà des différentes variantes du christianisme et du judaïsme.

Prises ensemble, ces quatre vertus forment la base de ce que Charles Murray nomme, avec assez de raison, une religion civique nationale, religion civique qui fut inculquée aux enfants américains jusqu’à une date assez récente. Les moyens de cette socialisation étaient multiples, mais le plus important était probablement l’école, dont la mission alors n’était pas seulement de donner aux enfants une instruction élémentaire mais aussi, et peut-être surtout, de contribuer à la formation de leur caractère en leur inculquant, notamment, les vertus fondatrices. Les célèbres livres de classe McGuffey Readers - vendus à plus de 120 millions d’exemplaires entre 1836 et 1960 - portent abondamment témoignage de cet effort en vue de l’éducation morale des jeunes écoliers.
Mais, vers le milieu du 20ème siècle, l’idée que l’école devait systématiquement et explicitement inculquer les vertus fondatrices avait été abandonnée, ainsi que les McGuffey Readers. Plus largement, l’idée que la république américaine dépendait, pour son bon fonctionnement et sa préservation, d’un peuple d’une certaine sorte, avait été remplacée par l’idée que le fonctionnement d'un régime démocratique est indépendant des qualités morales et intellectuelles des citoyens qui composent ce régime, et que la seule chose nécessaire est de faire respecter les lois.
Qu’en est-il aujourd’hui de ces vertus fondatrices ? Sont-elles toujours pratiquées, et par qui ?
Pour présenter de manière accessible les évolutions du demi-siècle écoulé, Charles Murray choisit de décrire deux quartiers résidentiels fictifs : Belmont et Fishtown. Ces deux noms correspondent à deux quartiers bien réels, l’un dans la banlieue de Boston et l’autre au nord-est de Philadelphie, mais les Belmont et Fishtown étudiés dans Coming apart sont fictifs en ce sens que, à la différence de leurs modèles réels, ils ne comportent aucune exception : dans le Belmont de Charles Murray tous les habitants ont un diplôme universitaire et appartiennent aux CSP+, et à Fishtown tous les habitants sont sans diplôme universitaire et exercent des emplois peu qualifiés. En 2010, environ 20% des adultes américains âgés de 30 à 49 ans (le segment de population sur lequel Murray se focalise) présentaient les qualités requises pour habiter à Belmont, et 30% pour habiter à Fishtown. Belmont et Fishtown représentent donc le haut et le bas de la pyramide sociale aux Etats-Unis.
Or ce que l’analyse de Belmont et de Fishtown révèle, est que le haut et le bas de la société américaine ne vivent plus dans le même monde du point de vue des vertus fondatrices. Alors que les habitants de Belmont continuent à pratiquer très largement ces vertus, les habitants de Fishtown semblent les abandonner chaque jour un peu plus.
A commencer par le mariage, qui, en un demi-siècle, est devenu aux Etats-Unis la principale ligne de fracture entre les classes sociales.

13 commentaires:

  1. Aristide,

    toujours très clair et impeccable comme à votre habitude. Vous pratiquez la lecture en Anglais, j'ai pris le parti de lire les romans en Anglais mais de m'en passer pour les essais (mais il est vrai que tout n'est pas traduit). Je voulais savoir a) si vous lisiez au même rythme en Anglais et en Français, si vous saisissiez la totalité du propos b) n'est-il pas trop compliqué de lire votre texte en Anglais en l'annotant et d'en rendre compte en Français. Personnellement, pour a) la réponse est non et b) très compliqué.

    Bien à vous.

    Sur le fond du propos...je n'avais jamais pensé au mariage comme une institution si importante aux Etats-Unis, mais j'ai l'impression qu'avant, on se mariait pour durer, se reproduire...et qu'aujourd'hui même chez las classes supérieures, le mariage est encore plus qu'avant une vitrine, un miroir de soi et réussir son mariage n'est pas de durer mais de réussir la fête de son mariage, réussir le Jour J...il n'y a qu'à voir toute l'industrie autour du mariage, les robes de mariées, les bachelor parties, les wedding planners...

    Vos captcha sont illisibles et inaudibles, j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois

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  2. Merci.

    Pour vos deux questions les réponses sont a)oui b)non.
    Peut-être penserez-vous que je me vante, mais je vous dis simplement les choses comme je les ressens. A mon avis c'est essentiellement une question d'habitude.

    Sur le fond : le mariage est une institution importante partout, pas seulement aux Etats-Unis. Parce que c'est la fabrique première des moeurs, notamment pour les enfants, mais pas seulement.
    Ensuite il faut bien distinguer les raisons subjectives pour lesquelles les gens se marient et la contribution objective de l'institution du mariage au bien commun. Que les gens se marient pour faire plaisir papa et maman, pour faire la fête, pour faire comme tout le monde ou autre chose encore, c'est sans grande importance. Ca les regarde. En revanche il est de première importance que les enfants soient - en général - élevés et éduqués par ceux qui les ont engendrés. C'est à ça que sert essentiellement le mariage, ou en tout cas qu'il servait. Secondairement il sert aussi, ou il servait, à faire accéder les hommes (surtout) à la maturité, à l'âge adulte.
    Donc oui, durer c'est très important. Lorsque j'étais plus jeune et plus irréfléchi je me gaussais de ceux qui restaient ensemble "pour les enfants". Aujourd'hui je pense différemment.
    Bien sûr, du fait notamment des changements intervenus dans la législation, le mariage n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été. Résultat : des légions d'enfants pas ou très mal éduqués, abimés par l'instabilité de leurs parents; des hommes qui sont d'éternels adolescents; et des femmes malheureuses et enragées contre les hommes. O brave new world.

    Pour les captcha, çi pas ma fôte m'siou.

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  3. Bonjour,

    Toujours aussi passionnante cette analyse et cet article. Actuellement, je travaille à la rédaction d'une critique de fond sur un livre. M'autorisez-vous à vous citez (reprendre les citations des Pères fondateurs)? Cela me paraît tellement pertinent et cohérent avec Heinlein, que du coup son récit prend une dimension nouvelle.

    Je partage entièrement votre analyse sur le mariage.

    Un clin d'oeil :

    http://www.amissingamerica.com/wp-content/uploads/2012/06/brave-new-world.jpg

    et

    http://www.huxley.net/

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    1. Mais oui bien sûr, citez tant que vous voulez, c'est libre de droits.

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  4. "pendant des générations tous les petits Américains ont entendu parler de l’épisode du jeune Washington et de sa hachette"

    Hé bien moi, à titre personnel, c'était tout jeune en regardant une "soirée Tex Avery" sur France3, un soir de décembre.

    (A l'époque, c'était encore "FR3" et il y avait les "Jeux de 20 Heures"... à vingt heures.)

    Je n'y avais plus pensé, à cette histoire de hachette, avant ce soir.

    Bon, je vais achever mon syndrome proustien avec un bon verre d'humagne, et à votre bonne santé, Aristide.


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    1. Hé, je crois que je vois à quoi vous faites allusion et que, moi aussi, c'est à cette occasion que j'ai entendu parler pour la première fois de cet épisode de la vie de "George".
      Vous aviez donc FR3 au fond de vos alpages?
      Ah, nostalgie...

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    2. Hé oui, même au fond des alpages, nous captions FR3 (en noir et blanc, papa et maman Cretinus achetèrent une télé couleurs bien plus tard).

      Je ne ratais jamais un épisode de "Il était une fois l'Homme" à 19h55 et après je regardais les Jeux de 20H. Logique.

      J'étais fan de Maitre Capello et de son "Mot le plus long". Un jours, un participant proposa le verbe "enc..." et le Maître, sans se départir, déclara :

      "Ah oui, c'est l'anagramme de Lucerne, ville suisse."

      Pourquoi je vous raconte tout ça, moi ?

      Ah oui ! J'ai retrouvé le Tex Avery avec le passage dédié à George Washington :

      http://www.youtube.com/watch?v=TSpVUMqcijU

      (Dés 2:00)

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    3. Yes! C'est celui-là.
      En plus en le regardant, j'ai saisi des choses qui, évidemment, m'avait échappé étant enfant, comme la prononciation "vieil anglais" : Is it thou?
      Hum, coulds't be...

      Merci!

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  5. Je pense que le gouffre grandissant qui sépare le fond culturel entre les classes illustre bien là la nocivité de l'état-providence. En permettant l'avortement, il a rendu plus accessible le sexe, les femmes n'obligeant plus les hommes à se marier pour permettre les relations sexuelles. Les affaires sexuelles extra-conjugales et les divorces se multiplient pour cette raison, la monoparentalité aussi. Cela affecte davantage les classes inférieures. L'érosion de la religion et du mariage affecte davantage les classes les plus pauvres. Elles adoptent des valeurs que les élites n'adoptent pas.

    Il faut penser aussi que les lois sont cognitivement exigeantes. Par exemple, des campagnes publicitaires pour sensibiliser au tabac peut dissuader les individus intelligents, mais pas les individus ayant un QI relativement faible. Si l'état-providence s'efforce, par exemple, à responsabiliser les individus à coup de prévention routière, ou du cancer, de la malbouffe, etc., il faut penser là encore que les médias de masse qui atteignent pourtant toutes les classes ne reçoivent pas le même accueil chez les familles de toutes classes. L'action du gouvernement, au lieu d'unir, comme tel était son but, ne fera que désunir. Soit le contraire de l'effet attendu. Un parfait exemple de la loi des conséquences inattendues.

    http://blog.turgot.org/index.php?post/Benard-effets-pervers2
    http://www.econlib.org/library/Enc/UnintendedConsequences.html

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    1. "peut dissuader les individus intelligents" ... à fumer, bien entendu. En gros, les campagnes de préventions n'ont pas ou peu d'effet sur les classes populaires, mais un effet très prononcé chez les élites qui sont plus réceptifs.

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    2. Exactement!
      Je n'aurais qu'une nuance à ajouter à ce que vous dites : la contraception et la modification des lois sur le mariage et la filiation me paraissent bien plus décisives dans l'érosion des liens familiaux que la légalisation de l'avortement - qui bien sûr joue un rôle.

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  6. J'ai lu quelques revues du livre, il semble que Murray estime que l'érosion du mariage a beaucoup affecté les hommes, et que la nécessité du travail est moins ressentie. Ils préfèrent "vivre" de l'Etat-providence. Cette hypothèse n'est pas des plus improbables, surtout si l'on regarde ce qu'il se passez chez les africains. Lisez, page 122.
    http://analyseeconomique.files.wordpress.com/2012/10/why-nobody-seems-to-know-what-exactly-social-capital-is.pdf

    Dans ce cas, je comprends mieux pourquoi il insiste tellement sur l'honnêteté, et qu'il semble également être préoccupé par le déclin de la religion. Le déclin de la vertu n'aide pas les individus à se prendre eux mêmes en charge. Le mariage, qui plus est, encourage les hommes à travailler plus sérieusement. Pour nourrir leurs enfants. Ils ont moins de pression sans enfants à charge.

    Sinon, j'ai acheté le livre, c'est 2ème sur votre conseil. Je le recevrais parait-il dans un mois, c'est long. Jugez plutôt.
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    Le coût de livraison est une honte. Et encore, j'ai acheté The g Factor de Jensen et c'est encore pire (27,84 euros + 14,71 euros de transport). Heureusement qu'il me reste assez pour manger...
    D'ailleurs, c'est l'heure.

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    1. Je pense que vous n'aurez pas à le regretter, il contient plein de choses intéressantes, même si ce n'est sans doute pas son meilleur livre.
      Il est vrai que presque vingt euros en tout cela reste cher. Dans quelques mois je suppose qu'il y aura plus de livres d'occasion.
      Mais la nourriture spirituelle avant la nourriture corporelle!

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