Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 31 octobre 2012

Coming apart - la déchéance des classes populaires (4/7)




  • L'ardeur au travail
Le déclin de l’ardeur au travail peut se mesurer de plusieurs manières.
Nous pouvons considérer tout d’abord l’évolution du nombre de ceux qui ont réussi à convaincre les agents de la puissance publique qu’ils étaient incapables de travailler, et qui par conséquent touchent des pensions d’invalidité. Cette évolution est intéressante car nous pouvons être sûrs que le nombre des « invalides » aurait dû baisser depuis les années 1960 : la médecine a fait d’énormes progrès et la technologie a diminué la pénibilité physique de nombre de métiers. Pourtant le pourcentage des « invalides » (les guillemets sont ici nécessaires) est passé de 0,7% de la population active en 1960 à 5,3% en 2010. Autrement dit, le nombre de ceux qui cherchent à obtenir une pension d’invalidité alors qu’ils ne sont pas vraiment incapables de travailler a énormément augmenté. Cela traduit à l’évidence un affaiblissement de l’ardeur au travail parmi une partie de la population. Et, bien que Charles Murray ne le mentionne pas, cela traduit également un changement de mentalité de la part des agents de la puissance publique chargés d’attribuer les pensions d’invalidité, car les conditions légales d’attribution sont restées essentiellement les mêmes depuis 1960. Ce changement a été raconté notamment dans Losing Ground.



Une autre manière d’estimer l’ardeur au travail est de regarder l’évolution de la population active masculine, c’est à dire des hommes adultes en âge de travailler et qui se déclarent disponibles pour le faire. Entre 1960 et 2008, la proportion des hommes de 30 à 49 ans n’appartenant pas à la population active a plus que triplé. Ce déclin a affecté surtout les hommes peu ou pas diplômés.



Une troisième manière est de regarder le nombre d’heures travaillées. Ce nombre reste élevé pour les hommes blancs de 30 à 49 ans, mais une minorité croissante d’entre eux travaille moins de 40 heures par semaine et cette minorité est particulièrement importante à Fishtown. 

 
Serait-il possible d’expliquer ces statistiques troublantes par le contexte économique ?
Peut-être, dira-t-on, les emplois disponibles pour les hommes de Fishtown ne payaient-ils pas assez pour que ceux-ci les recherchent et, de fait, les revenus les plus faibles ont stagné durant la période étudiée, comme nous l’avons vu précédemment. En même temps, en 2009, un emploi en bas de l’échelle salariale exercé 40 heures par semaines pendant 50 semaines par an suffisait à un homme pour s’assurer un revenu deux fois supérieur au seuil de pauvreté, même en étant marié à une femme sans travail. Dès lors, pourquoi la stagnation des salaires en bas de l’échelle n’a-t-elle pas conduit à une augmentation de la demande d’heures de travail ?
Peut-être alors n’y avait-il pas assez d’emplois disponibles pour tous ceux qui en cherchaient ?
Ici aucun doute n’est permis : la population active de Fishtown a diminué alors même que le chômage était à des niveaux très bas et que tous ceux qui désiraient sérieusement travailler pouvaient facilement trouver un emploi, même sans qualifications.


Une autre manière de répondre à la question du pourquoi est de chercher à savoir à quoi les Américains occupent leur temps. Quelques études ont été menées sur cette question et leur résultat est que le temps consacré au « loisir » a augmenté depuis les années 1960. Mais cette augmentation n’est pas uniforme : le temps de « loisir » des hommes de Fishtown a beaucoup augmenté alors que celui des hommes de Belmont a diminué. Et à quoi donc est occupé ce temps de « loisir » supplémentaire ? La réponse la plus directe et la plus simple est : à glandouiller. En 2005, les hommes de Fishtown n’ayant pas de travail passaient moins de temps qu’en 1985 à rechercher un emploi, à se former, à faire du travail domestique, à participer à des activités civiques ou religieuses. Ils ne passaient pas davantage de temps à faire du sport ou à lire. Non, ils passaient plus de temps à dormir et, surtout, à regarder la télévision.
En conclusion, il n’existe aucun élément permettant d’affirmer qu’un grand nombre d’hommes n’ayant pas de travail faisaient des efforts pour en trouver mais sans succès. La meilleure explication de toutes ces tendances semble bien être une diminution de l’ardeur au travail dans la population masculine depuis les années 1960, et particulièrement chez les hommes de Fishtown.
Ce déclin mérite d’être relié au changement décrit précédemment : la baisse de la nuptialité à Fishtown. Il a en effet parfois été dit que le mariage et les responsabilités qui en découlent sont un élément essentiel pour transformer les jeunes hommes en adultes, et notamment pour les inciter à se mettre sérieusement au travail. En des temps de féminisme cette observation a bien entendu été vivement contestée, mais les économistes ont remarqué depuis longtemps que les hommes mariés se comportent différemment des hommes non mariés sur le marché du travail. Les premiers sont beaucoup plus industrieux que les seconds. Et, bien qu’il soit difficile de distinguer la cause et l’effet en la matière, il semble bien que ce soit le mariage qui provoque cette différence.
Toutes les statistiques précédentes portent sur les hommes. Qu’en est-il des femmes ?
Estimer l’évolution de l’ardeur au travail est beaucoup plus difficile dans leur cas, car un certain nombre d’entre elles préfèrent être mère au foyer ou bien travailler à temps partiel pour s’occuper davantage de leurs enfants. Ce qu’il est possible de dire est que les femmes ne semblent pas présenter la même évolution que les hommes : leur participation au marché du travail s’est accrue dans les mêmes proportions à Belmont et à Fishtown et le nombre d’heures travaillées par semaine n’est guère différent aujourd’hui dans les deux cas.
 


  • L'honnêteté
L’honnêteté ne se réduit pas à l’obéissance aux lois, comme il l’a été dit précédemment, néanmoins l’évolution de la criminalité est la manière la plus simple de se faire une idée sur l’évolution de cette vertu.
Depuis que des statistiques sur ce sujet existent, les criminologues ont toujours remarqué que l’écrasante majorité des criminels étaient issus des couches inférieures de la société. Ainsi, par exemple, entre 1974 et 2004, 80% des criminels Blancs incarcérés dans les prisons fédérales américaines venaient de Fishtown, et seulement 2% de Belmont.
La criminalité est d’abord un problème pour Fishtown, aujourd’hui comme hier. Mais aujourd’hui ce problème est beaucoup plus aigu qu’hier. Ainsi, en 1974, pour 100 000 habitants de Fishtown âgés de 18 à 65 ans, 213 étaient emprisonnés. En 2004 ce nombre était de 957. Par contraste les chiffres pour Belmont étaient de 13 (pour 100 000) en 1974 et de 27 en 2004.


La criminalité a diminué aux Etats-Unis, de manière tout à fait remarquable, depuis le début des années 1990. Néanmoins celle-ci reste beaucoup plus élevée qu’au début des années 1960, et la diminution est due en partie au fait que le taux d’incarcération a augmenté substantiellement pour les hommes de Fishtown. La situation, bien que meilleure, reste donc préoccupante et atteste d’un changement négatif des mœurs d’au moins une partie de la population américaine.


Une autre manière, plus approximative mais néanmoins suggestive, d’évaluer l’honnêteté des individus est par exemple d’examiner l’évolution des banqueroutes personnelles. Le procédé légal de la banqueroute permet à certaines personnes trop endettées d’être, sous certaines conditions, dispensées du paiement d’une partie de ces dettes et, en quelque sorte, de repartir à zéro. Cette procédure a toujours existé aux Etats-Unis et la légalité est donc du côté de celui qui l’utilise. Dans le même temps, renier ses dettes a aussi toujours été considéré comme déshonorant, par conséquent un honnête homme n’était censé l’utiliser qu’en tout dernier recours, et être libéré de l’obligation légale de rembourser vos créanciers ne faisait pas disparaitre l’obligation morale de le faire dès que vous en aviez la possibilité. C’est ce que fit par exemple Mark Twain, qui s’employa a rembourser scrupuleusement tout ce qu’il devait, bien que n’y étant plus tenu légalement.
Or les statistiques révèlent que le nombre de banqueroutes personnelles a énormément augmenté depuis le début des années 1980. Cette progression est ininterrompue, en dépit du fait que cette période ait, globalement, été l’une des plus prospères de l’histoire des Etats-Unis. Il est vrai que, durant cette même période, les lois concernant la banqueroute ont été assouplies et qu’il a donc été plus facile de recourir à cette procédure. Cependant, se prévaloir de lois plus clémentes pour ne pas rembourser ses dettes ne semble pas très différent du fait de se mettre à voler si les lois réprimant le vol deviennent moins strictes. Au total il est donc permis de penser que l’augmentation spectaculaire des faillites personnelles traduit bien un certain relâchement de la moralité au sein de la population américaine.




16 commentaires:

  1. cher Aristide,

    dès que votre article paraît, je m'empresse de le lire et de prendre une feuille pour annoter deux ou trois réflexions qui peuvent prolonger la votre (d'ailleurs les jours où vous publiez,ma productivité chute...).

    1) Ardeur au travail, je trouve que l'auteur et vous évacuez un peu vite la thème de la délocalisation: quand on lit par exemple Nicholas Nassim Thaleb et son black swann, il nous explique clairement que dans la production d'un produit, ce qui nécessite la matière grise (donc des diplômes) est produite, il appelle cela the non-scalable part of the product, designed, dirais-je aux US et la partie scalable ( ce qui est fait en série) est délocalisée (mexique et les maquilladoras, Chine...) c'est ce que l'on retrouve sur les produits Apple, designed in California, assembled in China. Disons que la réserve de jobs disponibles pour les diplômés s'est accrue alors que celle pour les non diplômés a diminué. D'ailleurs Obama lors d'une rencontre avec Steve Jobs avait demandé comment ramener les jobs créés en Chine avec Foxxconn aux USA et Jobs avait répondu "They won't be back"

    2) Honnêteté, vous comparez les années 70 et les années 90, sans prendre en compte, qu'entre ces deux périodes, il y a eu un virage a 180º de la justice américaine, qui est passée de progressiste-laxiste à ultra sécuritaire, cela explique une part de la croissance des détenus. Et le différentiel dans la proportion de Fishtown et Belmont peut aussi s'expliquer par la différence de la qualité de la défense selon que l'on soit de Fishtown ou de Belmont surtout aux USA où une bonne défense coûte très cher, donc on peut penser que si certains de Fishtown avaient eu la défense de certains de Belmont qui ne sont pas allés en prison, le chiffre de Fishtown descendrait.
    Sur la loi chapitre 11, la fameuse loi de la deuxième chance, vous parlez du début des années 80, mais on passe aussi d'une période de crédit cher avec Volcker, le fameux assèchement de crédit pour contenir l'inflation à Greenspan, avec l'invention des crédits pas cher, et revolving dont les termes du contrat sont très compliqués à comprendre, donc l'augmentation des faillites personnelles peut aussi s'expliquer par la profusion de toutes sortes de crédits, produits financiers compliqués à comprendre pour ceux de Fishtown. À savoir que cette période de crédit facile a été faite à dessein et avec des visées politiques, dans le but de faire de tous les Américains des propriétaires.

    Bien à vous,

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    1. Merci pour ces remarques intéressantes.

      Vous avez raison sur le fait que l’analyse de Murray mériterait sans doute un peu plus de nuances et d’ailleurs je crois que ce passage de son livre a été souvent critiqué (pas toujours pour de bonnes raisons, notez bien), mais néanmoins ce qu’il dit semble solide.
      Oui, pour les gens de Fishtown, les conditions économiques actuelles ne sont pas très favorables. La mondialisation, l’économie de la connaissance, etc. tout cela demande des qualités, notamment intellectuelles, dont ils ne sont pas très bien pourvus.
      Murray le dit très explicitement (et moi aussi par conséquent) : pour eux il y a bien eu une dégradation relative (j’insiste sur le terme « relative ») de leur condition matérielle.
      Il n’en reste pas moins que cela ne suffit pas à expliquer la diminution continue de la population active de Fishtown, alors même que le taux de chômage est très bas et que les emplois même non qualifiés abondent, pas plus que l’augmentation continue du nombre « d’invalides », ni l’augmentation du temps de « loisir » passé à glandouiller devant la télé ou à trainasser avec les potes. Ce qui est également très troublant, c’est que les femmes ne semblent pas suivre la même trajectoire de désinsertion du marché du travail que les hommes.
      Comme le suggère Murray, je crois qu’il faut chercher l’explication de ce fait du côte de la désintégration de la famille à Fishtown. Pour les hommes, la fin des responsabilités familiales signifie aussi une baisse de l’ambition et une diminution du sens de la responsabilité à tous égards. Pour les femmes, les enfants sont sans doute une force de rappel, entre autres choses.

      En ce qui concerne la criminalité, oui bien sûr les Etats-Unis ont connu un « virage sécuritaire », c’est-à-dire en fait qu’ils sont revenus à une conception plus traditionnelle de la criminalité et du châtiment. Un retour à la normal en quelque sorte. Mais il ne peut y avoir croissance significative du nombre de détenus que s’il y a d’abord croissance du nombre de criminels (à moins de supposer que la justice américaine emprisonne arbitrairement - ce qui est évidemment faux), et d’autre part ce virage sécuritaire a bien sûr été motivé par la croissance phénoménale de la criminalité à partir des années 1960.
      Ce que vous dites sur la question de la défense est intéressant mais, bien que cela soit difficile à estimer, il est peu probable que votre conclusion soit correcte. Il ne fait pas de doute que certains criminels de Belmont évitent la prison parce qu’ils ont un bon avocat, mais en revanche il est douteux que cela soit statistiquement significatif. En effet, même avec le meilleur avocat du monde il est pratiquement impossible d’éviter la prison si 1) vous avez commis un crime violent 2) vous êtes un récidiviste. Or les gens de Belmont présentent rarement les caractéristique 1) et 2), à la différence des gens de Fishtown.
      Murray discute ces questions plus en détail dans les annexes de son livre, et je peux également vous renvoyer aux papiers que j’ai écrit sur la question de la criminalité.
      http://aristidebis.blogspot.fr/search/label/Crime%20et%20nature%20humaine
      Pour ce qui est des faillites, je doute que les crédits revolving et de manière général les crédits à la consommation soient responsables de beaucoup de faillites, mais c’est une piste de réflexion intéressante.

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  2. Les remarques de Cherea sont fondées.
    Je globaliserais (en allant dans le même sens) en disant qu'il est difficile des comparer des époques trop différentes. En effet, les "trente calamiteuses" (80-2010) sont sans commune mesure avec les "trente glorieuses" (50-70).
    Par aileurs, il y a de nombreux faits dialectiques où causes et conséquences ne sont pas faciles à identifier.
    Ce qui m'étonne, c'est la progression des "inaptes au travail" (de 0,7% en 1960 à 5,3% un demi-siècle plus tard). Chez nous, c'est le chômage et non l'inadaptitude qui a explosé. mais une fois encore la délocalisation en est l'explication majeure (Cf. Cherea) mais ne doutez pas que Montebourg (je n'ose pas écrire Montaudrey) va apporter la solution.

    Bon travail, continuez à nous nourrir !

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  3. Cette 4ème partie est globalement intéressante. J'espère recevoir bientôt le livre, car ma patience atteint ses limites. C'est un peu à cause de vous : si vos articles étaient mal écrits, je ne serais pas aussi impatient. Bon ceci étant dit, il y a une chose qui me chiffonne avec la partie concernant l'honnêteté. Et notamment les banqueroutes. Même si l'assouplissement des lois n'incite pas nécessairement à jouer les vautours, le durcissement des lois dissuade et c'est pourquoi l'inverse doit aussi avoir ses effets. Cela me paraît très clair. Ce que je pense, c'est que l'assouplissement de ces lois n'explique qu'une partie de la hausse des banqueroutes. Peut-être même infime.

    Prenez un exemple tout simple. Les allocations de chômage. Personne n'oserait croire (surtout pas les fonctionnaires) qu'une hausse des bénéfices alloués n'encouragerait pas les gens à prolonger leur situation, indépendamment du fait que la moralité se soit érodée ou non.

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    1. Ce que vous dites pose un problème intéressant. Je l’ai déjà un peu abordé dans les billets précédents mais il n’est peut-être pas mauvais d’y revenir.
      La question générale est : qu’est-ce qui fait que les gens se conduisent honnêtement ?
      Là je crois qu’il faut distinguer grosso modo deux catégories de personnes.
      Certains ne se conduisent honnêtement que parce qu’ils ont peur des châtiments. C’est notamment le cas de ceux qui forment le noyau dur de la délinquance : avec eux, la peur est le seul instrument efficace (et encore, malheureusement pas avec tous).
      Mais pour beaucoup de gens, le ressort essentiel de l’honnêteté n’est pas la peur d’être puni mais le sens de l’honneur, et son corolaire, le sens de la honte. On se conduit avec droiture parce qu’on aurait honte d’être surpris en train de tricher et qu’on aurait mauvaise conscience après l’avoir fait. Pour ce genre de gens, le simple fait d’être publiquement soupçonné d’être un délinquant est une punition : ils auraient honte d’être arrêtés devant leurs voisins, même si la police devait ensuite conclure à leur innocence.
      Bien entendu ces deux catégories ne sont pas rigides, dans beaucoup de cas le sens de l’honneur peut se mêler avec la crainte des châtiments légaux, mais elles ont un sens.
      Cela signifie qu’un assouplissement des lois ne produira pas forcément le même effet sur toutes les catégories de la population. Cela encouragera les individus de la première catégorie dans leurs tendances délinquantes. Mais pas forcément les individus de la seconde catégorie, ou moins pendant un certain temps.
      Je crois que cette distinction est particulièrement pertinente dans le cas des « petits » crimes ou des « petites » tricheries, par exemple les abus du Welfare State ou, comme dans l’exemple de Murray, de la possibilité de se déclarer en faillite. Repensez à ce que disait Francis Grund au sujet des américains au début du 19ème siècle : « Je n’ai jamais connu un Américain de souche demandant la charité. » etc. Ce qui signifie que les Américains de cette époque avaient honte de demander le l’aide, même lorsqu’ils en auraient eu besoin.
      Vous avez évidemment raison de dire qu’aujourd’hui une hausse des allocations chômage encourage les gens à prolonger leur situation de chômeur. Mais si l’on suit Francis Grund cela n’aurait pas forcément été le cas des Américains du 19ème siècle. Si l’on avait crée une assurance chômage à cette époque, la plupart des chômeurs ne l’auraient même pas utilisée.
      Ce qui fait que la situation a changé c’est entre autre l’apparition du Welfare State dont les agents, les « travailleurs sociaux », sont venus apprendre aux pauvres qu’ils avaient des « droits », que demander de l’aide n’était pas honteux, que ceux qui sont sans ressources ne sont pas responsables de leur situation, etc.
      Murray a très bien raconté cela dans Losing ground et il me semble que c’est à quelque chose de semblable qu’il fait allusion lorsqu’il constate la hausse des faillites : ce qui est en jeu c’est le fait que de moins en moins de gens considèrent comme déshonorant ce qui auparavant était considéré comme honteux.
      (Pour rappel http://aristidebis.blogspot.fr/2012/01/losing-ground-la-tragedie-de-letat_24.html(
      On pourrait, me semble-t-il, raconter une histoire assez semblable à propos des rapports entre les sexes : la révolution sexuelle a prétendue « libérer » la sexualité, c’est-à-dire la libérer du sens de la honte, avec pour conséquence les résultats que l’on sait.

      Bon, je m’aperçois que cette réponse est assez longue et confuse, mais je n’ai pas le temps d’essayer de faire mieux. J’espère que vous en tirerez quelque chose.

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    2. J'ai moi aussi l'impression que nous en avions déjà discuté (notamment, sur la "manière forte"), moins en profondeur ceci dit. Je suis sinon 100% d'accord avec ce que vous dites.

      Petit complément néanmoins :
      Je me rappelle d'une discussion sur un autre blog où il est dit qu'une hausse des impôts ne forcerait pas nécessairement les riches à quitter le pays. Mais que cela pourrait avoir des effets sur les étrangers, puisque ces derniers ne sont pas culturellement attachés au pays. Ils n'ont pas non plus leurs familles là-bas.
      Cela s'applique aussi aux allocations de chômages. Tout le monde sait (sans le dire à haute voix) que ce sont les minorités les plus susceptibles de tirer profit des aides de l'Etat.

      La responsabilité de l'individu, c'est un genre de discussion que j'ai rencontrée maintes fois dans certains forums et blogs d'économie. Les économistes se moquaient des libertariens quand ces derniers évoquaient l'idée que les panneaux de limitations de vitesse ne se traduiront pas par un fréquence des accidents et de leur gravité, car les individus savent se comporter responsablement. S'opposer à cette idée signifie que vous considérez l'individu comme d'une nature incapable de s'auto-réguler et que l'intervention de l'Etat est nécessaire pour placer des "limites" sur la conduite humaine. C'est donc l'état qui définit arbitrairement ce qui est moral et ce qui ne l'est pas.

      Le problème est qu'il est possible que sans ces lois de limitations de vitesse, les gens iraient moins vite. Si vous écrivez qu'il est "possible" de rouler jusqu'à 130 sur autoroute, les gens ne vont pas s'en priver, car il n'y a rien de mal, tant que la loi est pas respectée. Il accéléreront jusqu'à la limite que vous imposez (sauf si les limites sont placées à des niveaux extrêmes.

      C'est pourquoi ce que vous dites sur les "droits" à l'aide sociale est extrêmement pertinent. Si la figure d'autorité, ici le gouvernement, accorde plus de privilèges, les gens placent moins de limites à ce qui est permis de faire, indépendamment des répercussions. En ce cas, c'est le gouvernement qui place lui-même les normes de la moralité. Les citoyens tireront sur la corde aussi loin que le gouvernement le permettra, à mesure qu'il étende sa générosité.

      (P.S. : Ça me donne des idées pour un article, tout ça, car il y en aurait tellement à dire - merci de me souffler des idées intéressantes - je vais pouvoir développer tout ça sur mon blog)

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    3. Correction -> "limitations de vitesse ne se traduiront pas par une hausse de fréquence des accidents"

      Si vous pouviez corriger mon message précédent où il manquait deux mots, merci.

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    4. Encore une faute, mais qu'est-ce qui m'arrive ...
      "car il n'y a rien de mal, tant que la loi est pas respectée"

      Il fallait comprendre "tant que la loi est respectée".

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    5. Je ne peux pas corriger les commentaires, juste les supprimer.

      Tout à fait d'accord sur la question des "minorités". C'est l'un des éléments qui expliquent l'érosion des moeurs.
      J'en dirais un mot brièvement dans la prochaine partie (si je me rappelle bien).

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  4. "L'ardeur au travail"

    Votre billet commence mal!

    Il faudrait avant tout expliquer à vos lecteurs français ce qui se cache derrière cette notion qui doit leur paraître relativement floue.

    Sinon, tout développement ultérieur ne saurait reposer solidement sur de bonnes bases et pourrait provoquer de fâcheux malentendus. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, hein ?

    Un Suisse qui bosse 43 heures par semaine. Lui.

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    1. Bah, vous les Suisses vous ne savez pas vivre.

      Prendre ses RTT entre deux semaines de vacances pour pouvoir préparer tranquillement sa retraite anticipée, ça c'est de la qualité de vie made in France.

      Mais évidemment, que peut-on attendre de semi-barbares qui se nourrissent d'emment(h)al et d'ovomaltine en faisant "coucou" toutes les heures?

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  5. J'ai reçu le livre il y a deux jours. Je dois avouer qu'il se lit très facilement. C'est peut-être même son plus grand défaut. J'ai déjà entamé une bonne partie du livre.

    Une chose troublante que j'ai vu à la page 194. Murray nous dit qu'à "Fishtown" la criminalité continuerait à augmenter si l'on avait pris en compte l'augmentation de la population carcérale. C'est quand même sidérant. J'essaie encore de réfléchir aux causes. Elles ne me semblent pas aussi évidentes que ça. J'ai bien quelques pistes, mais bon.

    Et sinon, le passage du livre qui m'a fait rire :

    Aguiar and Hurst document what they call an increase in "leisure" that primarily affected men with low education. In the first survey, in 1965-66, men with college degrees and men who had not completed high school had nearly the same amount of leisure time per week, with just a two-hour diference. They were only an hour apart in 1985. Then something changed. "Between 1985 and 2005," Aguiar and Hurst write, "men who had not completed high school increased their leisure time by eight hours per week, while men who had completed college decreased their leisure time by six hours per week."

    When Aguiar and Hurst decomposed the ways that men spent their time, the overall pattern fo men with no more than a high school diploma is clear. The men of Fishtown spent more time goofing off. Furthermore, the worst results were found among men without jobs. In 2003-5, men who were not employed spent less time on job search, education, and training, and doing useful things around the house than they had in 1985. They spent less time on civic and religious activities. They didn't even spend their leisure time on active pastimes such as exercise, sports, hobbies, or reading. All of those figures were lower in 2003-5 than they had been in 1985. How did they spend that extra leisure time? Sleeping and watching television. The increase in television viewing was especially large - from men with no more than high school diplomas also goofed off more in 2003-5 than in 1985, but less consistently and with smaller differentials.

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  6. A la page 171 du livre, concernant la figure 9.1, on peut lire ceci : "Maybe some of the growth in the 1960s can be explained by disabled people first learning about the program."

    Comprenez vous ce que Murray entend par "program" ? De quel programme parle-t-il ?

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    1. Je pense qu'il doit s'agir tout simplement du Social security disability insurance program, comme il est indiqué en dessous du graphique.

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    2. Peut-être effectivement. Car je cherchais dans le texte, que je relisais encore et encore, sans rien trouver, alors qu'il était juste là, sous mon nez.

      (P.S. Je pense que je vais m'acheter Losing Ground - J'ai relu vos notes il y a quelques jours, ça donne envie)

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