Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 28 novembre 2012

Qu’est ce que la pauvreté ?




En complément de la série consacrée à Coming Apart, il m’a semblé intéressant de traduire et de vous présenter ce texte de Théodore Dalrymple, afin de donner un sens plus concret à la déchéance des classes populaires dont parle Charles Murray.
La pauvreté continue de progresser en France, nous dit-on à peu près tous les ans ; et je n’ai guère de doute qu’en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, bref à peu près partout en Occident, ne retentissent périodiquement les mêmes complainte, les mêmes cris d’indignation et les mêmes appels à ce que la puissance publique « fasse enfin quelque chose » contre ce « fléau » de la pauvreté.
Bien entendu, cette préoccupation vis-à-vis de la pauvreté peut être tout à fait sincère, particulièrement de la part du grand public, qui ne connait guère de la question que ce que peuvent lui en dire les médias. Mais un peu de réflexion pourrait nous amener à nous interroger plus avant : étant donné l’énorme importance prise par l’Etat-providence depuis une soixantaine d’années dans à peu près tous les pays occidentaux, étant donné les sommes astronomiques dépensées chaque année en « protection sociale » et autres « transferts sociaux », est-il vraiment sûr que la persistance de la pauvreté ait pour cause l’indifférence ou le manque de moyens ? Encore un peu plus de réflexion pourrait alors nous amener à nous demander si ce qui est ordinairement présenté comme la solution ne serait plutôt la source d’une grande partie des maux dont nous nous plaignons. Estimerions-nous bien raisonnable de confier un programme de lutte contre la toxicomanie à des vendeurs de drogue ? Et pourtant, il se pourrait bien que ce soit mutatis mutandis ce que nous faisions à propos de la pauvreté.
« Je crois », disait Tocqueville, « que la bienfaisance doit être une vertu mâle et raisonnée, non un goût faible et irréfléchi ; qu’il ne faut pas faire le bien qui plaît le plus à celui qui donne, mais le plus véritablement utile à celui qui reçoit ».
Peut-être serait-il temps de mettre un peu de raison dans notre compassion.


Qu’est ce que la pauvreté ?


Extrait de Life at the bottom, par Théodore Dalrymple


Qu’entendons-nous par pauvreté ? Quelque chose de différent de ce qu’entendaient Dickens, ou Blake ou Mayhew[1]. Aujourd’hui en Angleterre personne ne s’attend sérieusement à souffrir de la faim, ou à vivre sans eau courante ou sans soins médicaux ou même sans télévision. Dans les pays industrialisés la pauvreté a été redéfinie, de sorte que quiconque se trouve au bas de l’échelle de la répartition des revenus est pauvre de facto, pour ainsi dire - pauvre du simple fait qu’il a moins que les riches. Et bien sûr, en vertu de cette logique, la seule manière d’éliminer la pauvreté est de réaliser une distribution égalitaire de la richesse - même si le résultat devait être d’appauvrir la société dans son ensemble.
Une telle redistribution était le but de l’Etat-providence. Mais il n’a pas éliminé la pauvreté, en dépit des vastes sommes dépensées, et en dépit du fait que les pauvres sont maintenant substantiellement plus riches - qu’ils ne sont même plus pauvres du tout, selon les critères traditionnels. Aussi longtemps que les riches existeront, les pauvres, tels que nous les définissons maintenant, existeront aussi.
Incontestablement, ils vivent dans des conditions sordides - une expression bien plus appropriée pour décrire leur condition que le terme pauvreté - en dépit d’un triplement du revenu disponible par habitant, y compris le revenu des pauvres, depuis la dernière guerre. Qu’ils vivent dans de telles conditions demande une explication - et appeler cette condition pauvreté, en utilisant un mot plus approprié pour le Londres de Mayhew que pour la réalité actuelle, nous empêche de saisir à quel point le sort des « pauvres » a changé depuis ce temps. Il ne fait pas de doute que nous aurons toujours des pauvres, mais aujourd’hui ceux-ci ne sont plus pauvres à la manière d’autrefois.
Les pauvres anglais ont des vies plus courtes et moins saines que celles de leurs compatriotes plus prospères. Même si vous ne connaissiez pas les statistiques, une observation superficielle des quartiers riches et des quartiers pauvres suffirait pour révéler leur moins bonne santé, de la même manière que les observateurs de l’ère victorienne remarquaient que les pauvres étaient, en moyenne, plus petit d’une tête que les riches, du fait de générations successives de mauvaise alimentation et de mauvaises conditions de vie. Mais les causes de la différence de santé actuelle ne sont pas économiques. Il n’est absolument plus vrai que les pauvres n’ont pas les moyens d’accéder à la médecine, ou de se procurer une alimentation nourrissante ; ils ne vivent pas non plus dans des habitations surpeuplées et dépourvues des installations sanitaires adéquates, comme du temps de Mayhew, ou ne sont soumis à un travail harassant quatorze heures par jour dans l’air infect des mines ou des usines. Les épidémiologistes estiment que la consommation plus élevée de cigarettes parmi les pauvres explique la moitié de la différence d’espérance de vie entre les riches et les pauvres en Angleterre - et fumer autant coûte de l’argent.
Il est bien connu également que le taux de mortalité infantile est deux fois supérieur dans les classes les plus basses que dans les classes les plus élevées. Mais le taux de mortalité infantile est deux fois plus élevé pour les naissances hors mariage que pour les naissances légitimes, et le taux de naissances illégitimes s’élève rapidement au fur et à mesure que vous descendez l’échelle sociale. Par conséquent, la quasi disparition du mariage dans les classes les plus basses de la population pourrait bien être responsable de l’essentiel de cet excès de mortalité. C’est un mode de vie, et non pas la pauvreté en tant que telle, qui tue. La cause de mort la plus commune entre quinze et quarante quatre ans est désormais le suicide, suicide dont la fréquence a augmenté le plus précisément parmi ceux qui vivent dans le monde des beaux-parents temporaires et de la licence de comportement qui est celui du sous-prolétariat.
De la même manière qu’il est plus facile de s’apercevoir que quelqu’un est en mauvaise santé lorsque vous ne l’avez pas vu depuis quelque temps que lorsque vous le voyez quotidiennement, un visiteur venu d’ailleurs perçoit souvent mieux le caractère d’une société que ceux qui y vivent. Tous les quelques mois, des médecins venant de pays comme les Philippines ou l’Inde débarquent à l’aéroport pour travailler pendant un an dans mon hôpital. Il est fascinant d’observer la manière dont évolue leur réaction à la misère britannique.
Au début, ils sont unanimement enthousiasmés par les soins que nous donnons à tous, sans compter et sans hésiter, quelque soit le statut économique. Eux-mêmes viennent de villes - Manille, Bombay, Madras - dans lesquelles beaucoup des cas que nous traitons dans notre hôpital seraient simplement abandonnés à la mort, souvent sans secours d’aucune sorte. Et ils sont impressionnés par le fait que notre sollicitude s’étende au-delà du domaine médical : que personne ne soit laissé sans nourriture, sans vêtement, sans habitation, ou même sans distraction. Il semble exister une administration publique pour s’occuper de tous les problèmes concevables. Pendant quelques semaines ils pensent que tout ceci représente le summum de la civilisation, particulièrement lorsqu’ils se rappellent les horreurs qu’ils ont vu chez eux. La pauvreté - telle qu’ils la connaissaient - a été abolie.
Avant que beaucoup de temps ne s’écoule, cependant, ils commencent à ressentir un certain malaise. Un médecin philippin, par exemple, m’a demandé pourquoi si peu de gens semblaient reconnaissants de ce qui était fait pour eux. Ce qui amenait cette femme à me poser cette question était le cas d’un drogué qui avait été amené à notre hôpital après une overdose accidentelle à l’héroïne. Il avait eu besoin de soins intensifs pour le ramener à la vie, les médecins et les infirmières s’étant occupés de lui toute la nuit. Les premiers mots qu’il avait adressé au médecin lorsqu’il avait brusquement repris conscience avaient été : « donnez-moi une putain de roulée » (une cigarette roulée à la main). Son impolitesse impérieuse n’avait pas pour origine la confusion : il avait continué à traiter les membres de l’équipe médicale comme s’ils l’avaient enlevé et gardé à l’hôpital contre son gré pour se livrer à des expériences sur lui. « Putain, laissez-moi sortir ! ». Il n’y avait eu de sa part aucune reconnaissance de ce qui avait été fait pour lui, et encore moins de la gratitude. S’il considérait qu’il avait tiré profit de son séjour à l’hôpital, eh bien, c’était simplement son dû.
Mes docteurs de Bombay, de Madras ou de Manille, observent ce genre de conduite bouche-bée. Au début, ils pensent qu’il doit s’agir d’une bizarrerie statistique, une sorte d’erreur d’échantillonnage et que, avec un peu plus de temps, ils rencontreront un échantillon meilleur, plus représentatif de la population. Peu à peu, cependant, ils réalisent que ce qu’ils ont vu est représentatif. Lorsque tout ce que vous recevez est un droit, il n’y a plus de place pour les bonnes manières, et encore moins pour la gratitude.

 
Leurs expériences successives les amènent à réviser leur opinion initialement favorable. Avant peu de temps ils ont vu des centaines de cas, et leur position a entièrement changé. La semaine dernière, par exemple, au grand étonnement d’un docteur récemment arrivé de Madras, une femme vers la fin de la vingtaine avait été admise dans notre hôpital pour overdose volontaire, le diagnostic le plus courant parmi ceux qui rentrent chez nous. Au début tout ce qu’elle voulait bien dire est qu’elle voulait quitter ce monde, qu’elle en avait assez.
J’ai cherché à en savoir plus. Juste avant qu’elle ne provoque son overdose, son ex-petit ami, le père de son plus jeune enfant, âgé de huit mois (gardé actuellement par la mère de son ex petit ami), avait fait irruption dans son appartement en cassant la porte d’entrée. Il avait dévasté l’appartement, cassé toutes les vitres, volé 110$ en argent liquide, et arraché son téléphone.
« Il est très violent, docteur ». Elle me raconta qu’il lui avait brisé le pouce, les côtes, et la mâchoire pendant les quatre ans qu’elle avait passé avec lui et que son visage avait eu besoin d’être recousu de nombreuses fois. « L’année dernière j’ai dû appeler la police pour le mettre dehors. »
« Que s’est-il passé ? »
« J’ai retiré ma plainte. Sa mère disait qu’il changerait. »
Un autre de ses problèmes était qu’elle était maintenant enceinte de cinq semaines et qu’elle ne voulait pas garder le bébé.
« Je veux m’en débarrasser, docteur. »
« Qui est le père ? »
C’était bien sûr son ex-petit ami violent.
« Il vous a violé alors ? »
« Non. »
« Vous avez donc accepté d’avoir un rapport sexuel avec lui ? »
« J’étais saoule ; il n’y avait pas d’amour dans tout ça. Ce bébé, c’est totalement inattendu : je ne sais pas comment c’est arrivé. »
Je lui ai demandé si elle pensait que c’était une bonne idée d’avoir un rapport sexuel avec un homme qui l’avait frappé de manière répétée et duquel elle disait vouloir se séparer.
« C’est compliqué, docteur. La vie est comme ça parfois. »
Que savait-elle de cet homme avant de se mettre avec lui ? Elle l’avait rencontré dans une boite de nuit ; il s’était installé immédiatement chez elle, parce qu’il n’avait pas d’autre endroit où aller. Il avait eu un enfant avec une autre femme, et il ne supportait financièrement ni l’un ni l’autre. Il avait fait de la prison pour cambriolage. Il se droguait. Il n’avait jamais travaillé, excepté pour mettre un peu de beurre dans les épinards. Bien entendu il n’avait jamais partagé son argent avec elle mais lui laissait des factures téléphoniques vertigineuses.
Elle ne s’était jamais mariée mais avait eu deux autres enfants. Le premier, une fille âgée de huit ans, vivait toujours avec elle. Le père était un homme qu’elle avait quitté parce qu’elle avait découvert qu’il avait des rapports sexuels avec des filles de douze ans. Son second enfant était un fils, dont le père était « un idiot » avec lequel elle avait couché une nuit. Cet enfant, maintenant âgé de six ans, vivait avec « l’idiot » et elle ne le voyait jamais.
Qu’est-ce que son expérience lui avait appris ?
« Je ne veux pas y penser. Le propriétaire va m’envoyer la facture pour les dégâts, et je n’ai pas d’argent. Je suis déprimée, docteur ; je ne suis pas heureuse. Je veux partir, m’éloigner de lui. »
Plus tard dans la journée, se sentant un peu seule, elle avait téléphoné à son ex-petit ami, et il lui avait rendu visite.
Je discutais de ce cas avec le docteur récemment arrivé de Madras et qui avait l’impression d’être entré dans un monde de fous. Même dans ses rêves les plus délirants il n’avait pas imaginé que cela pourrait être ainsi. Il n’y avait rien de comparable à Madras. Il me demanda ce qu’il allait advenir de ce gentil couple.
« Ils lui trouveront un nouvel appartement. Ils lui achèteront de nouveaux meubles, une télévision, un réfrigérateur, parce que c’est une pauvreté inacceptable de nos jours que de vivre sans cela. Ils ne lui feront rien payer pour les dégâts dans l’ancien appartement, parce qu’elle ne peut pas payer de toutes façons, et que ce n’est pas elle qui les a causé. Il s’en tirera sans être puni. Une fois qu’elle sera installée dans son nouvel appartement pour lui échapper, elle le fera venir, il cassera tout à nouveau, et ensuite ils lui trouveront un autre endroit où habiter. En fait, il n’y a rien qu’elle puisse faire qui la priverait de l’obligation qu’a l’Etat de la loger, de la nourrir, et de l’entretenir. »
Je demandais au docteur de Madras si pauvreté était le mot qui lui semblait approprié pour décrire la situation de cette femme. Il me répondit que non, que son problème était qu’elle n’acceptait aucune limite à son comportement, qu’elle ne craignait pas d’avoir faim, d’être condamnée par ses propres parents, par ses voisins, ou par Dieu. En d’autres termes, la misère en Angleterre n’était pas économique mais spirituelle, morale, et culturelle.


 J’emmène souvent mes médecins du tiers-monde sur le court trajet qui va de l’hôpital à la prison voisine. Ce sont sept cents mètres extrêmement instructifs. Dans un bon jour - bon d’un point de vue didactique, s’entend - il y a, sur le chemin, sept ou huit tas de verre brisé en petits fragments dans le caniveau (il y en a toujours au moins un, sauf en cas de très mauvais temps, lorsque même ceux qui sont les plus accros au vol de voiture contrôlent leurs impulsions).
« Chacun de ces petits tas de verre brisé représente une voiture qui a été forcée », leur dis-je, « il y en aura d’autres demain, si le temps le permet. »
Les maisons le long de la route sont plutôt décentes, pour des logements publics. Les autorités locales ont enfin fini par reconnaitre que parquer les gens dans de gigantesques blocs de béton anonymes à la Le Corbusier était une erreur, et ils se sont tournés vers la construction de maisons individuelles. Seules quelques fenêtres sont condamnées avec des planches. Certainement, en comparaison des logements des pauvres à Bombay, à Madras ou à Manille, elles sont spacieuses, et même luxueuses. Chacune a en façade un petit bout de jardin, entouré par des haies, et un jardin beaucoup plus grand derrière ; près de la moitié ont des antennes satellite. Malheureusement, les jardins sont presque aussi encombrés d’ordures que la déchetterie municipale.
Je dis à mes médecins que, depuis presque neuf ans que je fais ce trajet quatre fois par semaine, je n’ai jamais vu une seule fois quelqu’un essayer de nettoyer son jardin. Mais j’ai vu beaucoup de déchets jetés par terre ; les bons jours je peux même voir quelqu’un se tenant à l’arrêt de bus et laissant tomber quelque chose sur le sol à deux pas d’une poubelle.
« Pourquoi ne nettoient-ils pas leurs jardins ? », me demande un docteur de Bombay.
C’est une bonne question : après tout la plupart des maisons abritent au moins une personne qui dispose de son temps. A chaque fois que j’ai pu poser la question, cependant, la réponse a toujours été la même : je l’ai dit à la municipalité, mais ils ne sont pas venus. En tant que locataires, ils estiment que c’est la responsabilité du propriétaire que de garder leur jardin propre, et ils ne sont pas disposés à faire le travail de la municipalité à sa place, même si cela signifie se frayer un chemin à travers les ordures - comme cela est presque littéralement le cas. D’un côté, les autorités ne peuvent leur dire ce qu’ils doivent faire ; et de l’autre elles ont une infinité de responsabilités envers eux.
Je demande à mes docteurs du tiers-monde d’examiner attentivement les déchets. Ils en retirent l’impression qu’aucun Britannique n’est capable de faire plus de dix mètres sans consommer de la junk food. Chaque buisson, chaque pelouse, chaque arbre est orné de papiers de chocolat ou d’emballage de nourriture toute prête. Des canettes de bière ou de soda vides jonchent le caniveau, les parterres, ou le sommet des haies. Encore une fois, les bons jours, nous pouvons effectivement voir quelqu’un balancer à l’écart la canette dont il vient juste de consommer le contenu, comme un Russe buvant de la vodka jette son verre par terre.
En dehors de l’indifférence anti-sociale pour le bien public qu’implique chacun de ces jets de déchets (des centaines par semaine sur un espace de seulement sept cents mètres), la grande quantité de nourriture consommée dans la rue a des implications plus profondes. Je dis à mes docteurs que, dans toutes les visites que j’ai rendu aux foyers blancs de ce quartier, et elles se comptent par centaines, je n’ai jamais vu - pas une seule fois - d’indication que quelqu’un faisait la cuisine. La chose la plus proche de cette activité à laquelle j’ai pu assister est le réchauffage de quelque aliment tout préparé, habituellement au micro-ondes. De la même manière, je n’ai jamais vu aucune trace de repas pris en commun en tant qu’activité sociale - a moins que l’on ne compte comme activité sociale le fait pour deux personnes de manger ensemble des hamburgers en marchant dans la rue.
Cela ne signifie pas que je n’ai jamais vu personne manger chez lui ; au contraire, ils sont souvent en train de manger lorsque j’arrive. Ils mangent tout seuls, même lorsque d’autres membres du foyer sont présents, et jamais à une table ; ils s’effondrent sur un sofa devant la télévision. Chacun dans la maison mange selon son caprice et son emploi du temps. Même dans une activité aussi élémentaire que le fait de se nourrir, par conséquent, il n’existe aucune autodiscipline, mais plutôt une obéissance impérative à l’impulsion. Il va sans dire que l’occasion de converser ou de socialiser que fournit un repas pris en commun est perdu. C’est ainsi que les repas anglais sont solitaires, pauvres, dégoûtants, animaux, et brefs[2].
Je demande aux docteurs de comparer les magasins dans les quartiers habités par des Blancs pauvres et ceux dans lesquels vivent des immigrés indiens pauvres. C’est une comparaison instructive. Les boutiques que fréquentent les Indiens sont remplis de toutes sortes de produits frais appétissants qui, selon les critères des supermarchés, sont étonnamment bon marché. Les femmes mettent énormément de soin à leurs achats et opèrent des distinguos subtiles. Il n’y a pas de plats tout préparés pour elles. A contrario, une échoppe dont les Blancs sont clients n’offre qu’un choix restreint, essentiellement de nourriture toute prête relativement chère qui requiert tout au plus qu’on y ajoute de l’eau chaude.
La différence entre les deux groupes ne peut pas s’expliquer par des différences de revenus, car elles sont insignifiantes. La pauvreté n’est pas le problème. Et la disposition que montrent les Indiens à se donner du mal à propos de ce qu’ils mangent et à traiter les repas comme des occasions sociales importantes, qui imposent des obligations et parfois requièrent la subordination de ses désirs personnels, indique toute une attitude envers la vie qui leur permet souvent, en dépit de leurs faibles revenus actuels, d’avancer dans l’échelle sociale. De manière alarmante, cependant, le désir naturel des enfants d’immigrants d’appartenir à la culture locale dominante est en train de créer un sous-prolétariat indien (tout au moins parmi les jeunes hommes) : et le goût pour la nourriture toute prête, avec tout ce que cela implique, se développe rapidement parmi eux.
Lorsqu’un tel laisser-aller au sujet de la nourriture s’étend à tous les autres domaines de la vie, lorsque les gens satisfont chaque désir avec le même minimum d’effort et d’engagement, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils s’enferment dans des conditions sordides.
Je n’ai pas de mal à montrer à mes médecins indiens ou philippins que la plupart de nos patients adoptent envers tous leurs plaisirs la même attitude qu’avec la nourriture toute prête, en les obtenant d’une manière qui n’est pas moins éphémère et paresseuse. Ils n’ont aucune activité culturelle propre et leurs vies semblent dénuées de but, y compris à eux-mêmes. Dans l’Etat-providence, le simple fait de survivre n’est pas une réussite comme cela est le cas, mettons, dans les villes d’Afrique, et par conséquent il ne peut pas conférer le respect de soi qui est la condition nécessaire pour s’améliorer soi-même.


 Au bout de trois mois, mes docteurs ont tous, sans exception, changé leur opinion initiale selon laquelle l’Etat-providence, tel qu’il existe en Angleterre, représente le summum de la civilisation. Au contraire, ils le considèrent maintenant comme la cause d’un climat malsain d’apathie subventionnée qui ravage les vies de ceux qu’il est censé aider. Ils réalisent qu’un système de protection sociale qui ne porte aucun jugement moral en allouant ses subsides promeut un égoïsme anti-social. L’appauvrissement spirituel de la population leur semble pire que tout ce qu’ils ont pu connaitre dans leurs propres pays. Et bien entendu ce qu’ils voient est d’autant plus affligeant que tout devrait être tellement meilleur. La richesse qui permet à chacun d’avoir assez à manger sans efforts devrait libérer, et non pas emprisonner. Au lieu de cela elle a crée une vaste caste de gens pour lesquels la vie est, en réalité, des sortes de limbes dans lesquelles ils n’ont rien à espérer et rien à craindre, rien à gagner et rien à perdre. Une vie vidée de son sens.
« Dans l’ensemble », me disait un docteur philippin, « la vie dans les bidonvilles de Manille est préférable ». Il disait cela sans se faire aucune illusion sur la qualité de la vie à Manille.
Ces médecins ont fait le même trajet que moi, mais en sens inverse. Lorsque, jeune  médecin, je suis arrivé en Afrique il y a vingt-cinq ans, j’ai tout d’abord été horrifié par les conditions physiques, telles que je n’en avais jamais connu auparavant. Des patients insuffisants cardiaques marchaient 80 kilomètres sous le soleil brûlant, le souffle court, les jambes gonflées, pour obtenir un traitement - et puis retournaient chez eux. Les cancers ulcérés et suppurants étaient communs. Des hommes marchant pieds nus contractaient le tétanos à cause des plaies infligées par une mouche des sables qui pondait ses œufs entre leurs orteils. La tuberculose réduisait les gens à l’état de squelettes animés. Les enfants étaient mordus par les vipères heurtantes et les adultes déchiquetés par les léopards. J’ai vu des lépreux dont le nez  putréfié était tombé et des fous errer nus sous des pluies torrentielles.
Même les accidents étaient spectaculaires. J’ai soigné les survivants de l’un d’eux, en Tanzanie, dans lequel un camion - qui n’avait pas de freins, comme il était parfaitement normal et attendu dans ces circonstances - avait commencé à redescendre la pente d’une colline qu’il venait de gravir. Il était chargé de sacs de grains, sur lesquels étaient montés vingt passagers, dont nombre d’enfants. Au fur et à mesure que le camion avait glissé en arrière, les passagers, puis les sacs de grains étaient tombés. Au moment où je suis arrivé, dix enfants morts étaient alignés le long de la route, arrangés en ordre croissant aussi soigneusement que des tuyaux d’orgue. Ils avaient été écrasés ou suffoqués par les sacs de grains qui étaient tombés sur eux : une mort sinistrement ironique dans un pays souffrant de disette chronique.
Qui plus est, l’autorité politique dans les pays où je travaillais était arbitraire, capricieuse, corrompue. En Tanzanie par exemple, vous pouviez distinguer un représentant du seul et omnipotent parti, le Parti de la Révolution, rien que par son tour de taille. Les Tanzaniens étaient maigres, mais les membres du parti étaient gras. Le représentant du parti dans mon village avait envoyé un homme en prison parce que la femme de cette homme refusait de coucher avec lui. Au Nigéria la police louait ses armes aux voleurs pour la nuit.
Pourtant rien de ce que j’ai vu - ni la pauvreté ni l’oppression ouverte - n’a jamais eu le même effet dévastateur sur la personnalité humaine que l’Etat-providence sans discernement. Jamais je n’ai vu la perte de dignité, l’égocentrisme, la vacuité spirituelle et émotionnelle, ou la pure et simple ignorance de ce qu’il faut faire pour vivre, que je vois quotidiennement en Angleterre. Ainsi, dans une sorte de mouvement convergent, les docteurs venus d’Inde et des Philippines et moi, nous sommes arrivés à la même terrible conclusion : que la pire pauvreté se trouve en Angleterre - et qu’elle n’est pas la pauvreté matérielle mais la pauvreté de l’âme.


[1] NDA : Henry Mahew, journaliste anglais, co-fondateur du magazine Punch et auteur d’une étude devenue célèbre : London labour and the London poor, publiée en 1851.
[2] NDA : « solitary, poor, nasty, brutish, and short ». Allusion à la célèbre formule de Hobbes décrivant en ces termes la vie des hommes dans l’état de nature.

30 commentaires:

  1. bonjour,

    pas le temps de lire ce matin, je m'en occupe ce soir et commente.
    En tout cas, je m'en lèche déjà les babines.

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  2. Terrifiant. Merci de m'avoir déprimé pour au moins deux heures…

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    1. Mais de rien Didier. J'en ai d'autres comme ça sous le coude : revenez souvent.
      Always happy to oblige.

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  3. Ce qui est dit sur le mode alimentaire des "pauvres blancs" anglais ne me semble pas leur être réservé. J'ai pu, en Angleterre, constater le même phénomène chez des gens ne pouvant pas être assimilés à cette catégorie. Chacun mange n'importe quand, n'importe quoi dans son coin.

    Il me semble que sur cet aspect au moins, nous ne sommes pas tombés si bas.

    Sinon, ce texte est très instructif. Merci.

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    1. En ce qui concerne le cas de l'Angleterre je ne saurais trancher entre vous. J'ai vécu en Angleterre durant mes études mais n'ai guère eu l'occasion de rentrer dans les foyers autochtones.

      En ce qui concerne la France, peut-être nous portons mieux sur ce point, mais lorsque je vois le contenu des caddies de mes compatriotes et que je regarde autour moi leur état de "forme", il me semble que nous sommes assez bien partis pour rejoindre nos amis Anglais.

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  4. Bonjour,
    Si je puis me permettre, vous avez traduit "to support" par supporter ("supportait financièrement"), or il me semble que l'on dit en français "apporter un soutien financier, apporter une aide financière" etc...

    Un peu plus haut, vous avez traduit roll-up par une roulée: je n'ai jamais entendu cette expression pour décrire une cigarette roulée à la main et d'ailleurs vous avez ressenti le besoin d'une explication.

    Bien à vous,
    Nathalie

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    1. Si, si, une roulée se dit, ou plutôt se disait ! Cela relève d'une langue familière, mais enfin ce n'est pas une faute de traduction. Le contraire d'une roulée, pour rester dans ce parler populaire à la frontière de l'argot, se dit, ou se disait, une “cousue”.

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    2. Sur le premier point effectivement, c'est un peu un anglicisme. A ma décharge je ne passe pas beaucoup de temps sur ce genre de traduction. J'essaye surtout de respecter le sens et de rendre le tout lisible.

      En ce qui concerne le second point en revanche, je maintiens "roulée". L'explication, comme vous dites, n'est pas de moi, elle figure dans le texte original. Le terme "roll-up" n'est donc pas très usité en Angleterre et je n'ai par conséquent pas eu de scrupules à le traduire par un terme aussi peu usité en français (et d'un niveau de langage qui me semblait équivalent).

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    3. Si, si, si "roll-up" est très courant au Royaume-Uni (je sais, j'y suis).
      On entends aussi "fag" et "smoke".
      Peut-être M. Dalrymple a-t-il pris le soin d'expliquer le terme roll-up pour ses lecteurs américains, car il me semble qu'il vit maintenant aux USA?

      Bien à vous,
      Nathalie

      PS; Seriez-vous traducteur?


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    4. Dont acte pour "roll-up".
      En ce qui concerne Dalrymple, il me semble plutôt qu'il vit entre la France et l'Angleterre, mais il est vrai que ce livre a été publié aux Etats-Unis.

      Non, je ne suis pas traducteur professionnel.

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  5. requiert au lieu de "nourriture toute prête relativement chère qui requière"

    vaste caste et non "vase caste"

    Your humble servant,
    Nathalie

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  6. je connais bien le Maroc et des gens que je cotoie là-bas tiennent le même discours sur la France, l'ëtat providence, que vos médecins du tiers monde...sinon, vous pensez quoi de cette définition de la pauvreté: sont pauvres ceux qui ramènent moins de la moitié du revenu médian?

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    1. C’est la définition de la pauvreté utilisée par l’Insee, n’est-ce pas ?
      Je vous dirais que je n’ai pas un avis bien tranché sur la question.
      D’un côté il me semble qu’une définition « relative » de la pauvreté contient un noyau de vérité. A savoir : l’homme ne vit pas que de pain, il a aussi a satisfaire une certaine fierté, il a besoin de pouvoir se respecter lui-même, par conséquent il n’est pas illégitime de considérer comme « pauvre » celui qui n’a pas assez de ressources pour s’habiller d’une manière considérée comme décente, par exemple. Cela signifie bien sûr que la pauvreté sera, dans une certaine mesure, dépendante du contexte social dans lequel vous vivez.
      Adam Smith dit quelque chose comme cela dans La richesse des nations, il faudrait que je retrouve le passage.
      C’est ouvrir la porte à toute les dérives, évidemment, et à tous les abus - genre, vous êtes « pauvre » si vous ne pouvez pas vous payer les dernières baskets à la mode, etc. - mais cependant je ne crois pas que l’on puisse sans contrevenir à la vérité réduire la pauvreté au seul fait de ne pas avoir de quoi se satisfaire ses besoins vitaux.
      D’un autre côté il n’est pas moins sûr qu’il y a quelque chose de ridicule et d’indécent (et de politiquement orienté, of course) à cataloguer comme « pauvres » des gens qui bénéficient du niveau de confort dont bénéficient nombre de nos pauvres « statistiques » aujourd’hui.
      Employer le même mot pour désigner les pauvres de Dickens et les pauvres d’aujourd’hui est mensonger. Ce sont deux phénomènes par trop différents.
      Il faudrait sans doute inventer un nouveau mot pour désigner nos pauvres « statistiques ». Et puis surtout il faudrait être moins paresseux que nos statisticiens et forger un concept de pauvreté qui soit plus rigoureux. Un concept qui, tout en gardant une part variable, en fonction du caractère variable de certaines exigences sociales, ne serait pas entièrement relatif, comme l’est notre définition officielle de la « pauvreté ».
      On peut toujours rêver...

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  7. Finalement, j'aurais du m'abstenir de lire votre longue traduction, je n'avais déjà pas le moral mais là c'est encore pire et pourtant mille fois exact il n'y a rien de pire que la bassesse de l'âme, merci quand même de nous l'avoir rappelé.

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    1. Il est vrai que Dalrymple est rarement réjouissant, mais il est intéressant.

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  8. Ce texte n'est à mes yeux pas plus déprimant qu'une heure de télévision à une heure de grande écoute (ce qui n'exclut pas que les heures de faible écoute soient elles aussi parfaitement affligeantes).

    Plus sérieusement, ce texte ne me choque pas : plusieurs de mes connaissances extra-européennes m'ont fait part d'un même constat ahuri.

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    1. Ou bien une promenade dans une galerie commerciale un samedi après-midi...

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  9. Malgré le titre "Qu’est-ce que la pauvreté ?", vous évoquez la misère.
    J'aime à citer ce cher Kim En Joong (Dominicain, Corée du sud)
    « Tant qu’on n’a pas pris conscience de son dénuement, on n’est pas victime de la pauvreté ». Avec votre accord, je reviendrai.

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  10. On a beau savoir que l'enfer est pavé de bonnes intentions, en avoir une telle démonstration fait un peu de peine.
    Surtout lorsque l'on pense que les effets secondaires du bon docteur Gentil ont beau être terribles on ne risque pas de changer rapidement de remède.

    ps: j'ai repensé en vous lisant à une amie à moi très progressiste qui n'a pas supporté le contact avec les pauvres "qui meurent de faim", qu'elle croyait connaître et qu'elle a en fait découvert lors d'activités bénévoles...elle est restée progressiste bien entendu, mais dorénavant elle les aide de loin.

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    1. Avez-vous déjà vu Viridiana, de Bunuel?
      Il y a une scène extraordinaire où les sales pauvres essayent de violer leur bienfaitrice et organisent une orgie qui se termine en parodie de la cène.
      Je me souviens d'avoir ri aux larmes, mécréant que je suis.
      Bunuel n'aimait pas une certaine bourgeoisie mais du moins il ne se faisait pas d'illusions sur "les pauvres" (même si ce n'était pas ceux de l'Etat-providence).

      J'ai aussi sous le coude deux textes de Dalrymple, sur les femmes battues et sur les SDF. Je les sortirais si vous êtes sage :-)

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    2. Ah, deux sujets qui m'intéressent, super !
      Comme en plus vous rendez intéressants aussi les (rares) sujets qui ne m'intéressaient pas a priori....j'attends tout cela avec impatience.

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  11. Le constat est accablant, la misère morale est une peste qui contamine l'Occident.

    Finalement, la guerre civile qui s'annonce, ainsi que les effets de la crise, vont peut-être redonner un objectif à notre civilisation devenue décadente : survivre.

    Le temps nous le dira.

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    1. Espérons que cette fois ci vous ne resterez pas neutres...

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  12. Hier, je faisait la remarque que l'auteur évoque plus la misère que la pauvreté.
    Et quand j'emploie le terme "misère" je pense à une condition d'existence sordide d'un point de vue physique mais surtout moral. Et cela dans un monde où le niveau d'éducation est fort développé (France et Angleterre ne diffèrent certainement pas).
    Les citations de médecins Indiens et Philippins éclairent peu ou plutôt faussent en décrivant des mondes par trop différents.
    J'ai tendance à comparer le "pauvre" d’aujourd’hui à celui de mon enfance (50s).
    Ce dernier, je le connais bien, c'est moi (et 20 ans plus tôt, le jeune Camus, pauvre de cette "ville française de la côte méditerranéenne", Alger) :
    il avait une vision optimiste et une "éducation" fondée sur des idéaux (chrétien chez moi, non-chrétien mais de morale équivalente chez Camus).
    Tous deux croyaient à l'effort et n'attendaient pas que l'Etat-Providence pourvoie.
    Tous deux passèrent un examen pour l'obtention d'une bourse (et l'entrée en 6ème), et voyaient là les efforts de la République.
    ils ne désiraient pas de vêtements de marque et n'en ont pas souffert.
    Je pourrais continuer, au risque d'être inopportun.
    Voilà la différence entre pauvreté et misère.

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    1. D'accord avec vous René, et Dalrymple ne dit pas autre chose (voyez le troisième paragraphe). Les gens qu'il décrit ne sont pas pauvres, mais ce sont des misérables.

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  13. "Lorsque tout ce que vous recevez est un droit, il n’y a plus de place pour les bonnes manières, et encore moins pour la gratitude."

    Je pense que cette question du "droit à être aidé" est au coeur de tous les problèmes que nous vivons.
    Je suis la première à défendre les "droizaquis", parce que pour ces fameux "droits" (qui n'étaient que mesures prises par les puissants pour sauvegarder leur "outil de gain", faut être lucide), nos ancêtres se sont battus, souvent jusqu'à la mort.

    Lorsque ces "droits" s'élargissent à la terre entière, et notamment à ceux qui ne rêvent que de nous voir crever, on peut se poser la question du bien-fondé de leur pérennité. D'autant plus que ce sont ces derniers qui les réclament le plus fort…

    Il y aura une ou deux ou trois générations de Français de France sacrifiées. Je pense que ce sera hélas le prix à payer.
    Et c'est sûrement ce que se disent les braves gens: "On ne va pas leur faire d'enfants pour qu'ils servent de viande à hacher à ceux "qui nous veulent du bien" ", à quelque niveau que l'on place ces derniers, manipulants ou manipulés.

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    1. Là j'ai un désaccord avec vous il me semble : je pense que le problème de l'Etat-providence ne se limite pas au fait qu'il est un aspirateur à immigrés-qui-viennent-nous-enrichir-de-leurs-différences.
      Il est mauvais en lui-même. Mauvais parce qu'il enfonce dans la misère ceux qu'il est censé aider. Mauvais parce qu'il démoralise la population, au sens propre. Mauvais parce qu'il fait perdre aux individus l'usage de leur liberté et la capacité à résister aux pouvoirs publics - par exemple lorsque ceux-ci nous enjoignent de nous ouvrir à l'autre, sinon panpancucul. Mauvais parce qu'il nous ruine peu à peu et nous rend dépendant des marchés financiers et des puissances étrangères pour soutenir notre niveau de vie.
      Bref mauvais à tous les points de vue, du moins dès qu'il dépasse un niveau minimal qui est derrière nous depuis longtemps.
      Qu'il entretienne en plus notre population de CPF est un défaut supplémentaire, mais qui ne doit pas nous faire oublier les autres.

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  14. Carine traitait la question des "droits acquis" et vous généralisez.
    Je crois à la solidarité mais il est difficile de généraliser à la terre entière.
    Sur l'idée des "droizaquis" je serais plus prudent que Carine; cette idée fort sympathique est basée sur un idéal progressiste : pas question de faire marche arrière.
    C'est sur cette base que les cheminots (et je sais de quoi je parle car originaire d'une petite ville cheminote), les gaziers & électriciens, etc... se cramponnent à des "privilèges" injustifiable aujourd'hui; et ne parlons pas de la retraite à 60 ans pour laquelle je me suis battu en tant que socialiste (nobody's perfect).
    Tout droit de ce type est une spoliation des gens qui en sont privés.
    Vous voyez que je suis toujours "chrétien de gauche" (quoique)!

    Au fait, allez voir Fromage+ :
    http://fromageplus.wordpress.com/2012/12/03/hommage-a-monseigneur-vingt-trois/

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    1. Bien sûr que la solidarité peut être une belle chose, mais je répondrais à cela par la citation de Tocqueville que j'ai mis à la fin de mon introduction.
      Quant aux "droizaquis" vous avez raison. Le problème des "droits acquis" c'est que ce sont des "droits" (autrement dit quelqu'un a le devoir de les acquitter quoiqu'il en coûte. Devinez qui) et qu'ils sont "acquis"(autrement dit au diable le bien commun, ce qui est à moi est à moi).

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