Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 13 mars 2013

Human Accomplishment (5/8) - la place des femmes




Non seulement les Européens dominent sans partage les sciences et les arts mais en plus, à l’intérieur de cette fraction de l’humanité, domine une autre minorité : les hommes.
Nouvelle conclusion fâcheuse.
Parmi les 4002 personnalités importantes recensées par Charles Murray seules 88 sont des femmes, soit 2,2%.
Le tableau ci-dessous en montre la répartition.


Pire encore, peut-être, parmi la poignée de femmes qui atteignent le « top 20 » de leur discipline, seules deux atteignent un score supérieur à 30 (en l’occurrence, Marie Curie - 41- et Murasaki Shikibu - 86).


Tout comme pour les « minorités ethniques », la question se pose de savoir si l’apport des femmes aux sciences et aux arts n’aurait pas été systématiquement sous-estimé. Et tout comme pour les « minorités ethniques », la réponse parait bien devoir être négative. Rien n’indique qu’il existerait des réserves significatives de réalisations scientifiques et artistiques féminines qui permettraient de remettre en cause la prépondérance des hommes.
Le problème est exactement le même dans les deux cas : toute modification des règles visant à inclure davantage de femmes dans les inventaires provoquera l’inclusion simultanée d’une foule de nouveaux hommes, et l’équilibre global ne sera pas changé.
En fait, la proportion de femmes dans les inventaires réalisés par Charles Murray est si faible qu’il faudrait une sous-estimation proprement colossale de leur nombre pour que la proportion d’ensemble soit modifiée de manière significative. Si nous supposons par exemple que les sources utilisées pour établir les inventaires ne recensent que la moitié des femmes qui auraient dû être prises en compte, cela ne modifierait la proportion de femmes dans lesdits inventaires que de manière triviale : les hommes passeraient de 97,8% à 95,6% du total. Une différence dépourvue de toute signification.
Si un tel résultat nous heurte, nous devons bien garder à l’esprit que la question examinée n’est pas de savoir si, pendant des siècles, les femmes ont été empêchées de réaliser leur potentiel scientifique et artistique par les lois et les mœurs. Il est incontestable que cela a été le cas. La question posée est celle de savoir si les réalisations des femmes de -800 à 1950 sont sous-estimées. A cette question la réponse est : non.
La question complémentaire se pose donc immédiatement : pouvons-nous discerner un changement depuis 1950, puisqu’il est incontestable que depuis cette époque, en Occident au moins, les femmes ont vu disparaitre la plupart des obstacles qui s’opposaient à leurs vocations scientifiques ou artistiques ?
Le recul du temps étant insuffisant, il n’est pas possible d’estimer l’importance des contributions féminines aux arts et aux sciences depuis 1950, en revanche il est possible d’estimer l’évolution de leur participation à ces différents domaines. Ce qui donne ceci.

  
A l’exception de la littérature, un domaine dans lequel les femmes ont toujours été particulièrement actives, les changements constatés sont minimes. En sciences notamment, aucune augmentation de la participation des femmes ne peut être détectée.
Peut-être, dira-t-on alors, est-il simplement encore trop tôt pour que la disparition des contraintes légales et sociales aient produit tous leurs effets, et peut-être assisterons nous dans les décennies ou, pour nos descendants, dans les siècles prochains, à l’apparition de Newton et de Michel-Ange féminins.
Cela est possible en effet. Possible mais peu probable, particulièrement pour ce qui concerne les sciences naturelles. Les preuves scientifiques commencent en effet à s’accumuler que les hommes et les femmes diffèrent en moyenne dans leurs répertoires cognitifs, que les femmes par exemple tendent à avoir des capacités verbales supérieures et une meilleure mémoire visuelle, et que les hommes à l’inverse réussissent mieux dans la plupart des exercices mathématiques et géométriques. Autrement dit, madame sait souvent mieux que monsieur où celui-ci a rangé ses affaires, mais monsieur sait mieux s’orienter que madame (ce qui est en partie compensé par le fait que madame est aussi souvent moins réticente que monsieur à demander son chemin). Dans le domaine des sciences et des arts, cela signifie que les femmes sont sans doute désavantagées dans toutes les disciplines qui demandent un fort degré d’abstraction. Et l’on peut effectivement constater que les femmes sont beaucoup mieux représentées en littérature qu’en musique, qui est probablement l’art le plus mathématique et le plus abstrait (ceux qui n’ont aucune connaissance en musique pourront peut-être s’en convaincre en réfléchissant à l’exemple de Beethoven, qui a composé ses œuvres les plus importantes alors qu’il était devenu sourd). Dans les sciences modernes de la nature, les femmes remarquables ne sont qu’une poignée et celles qui se sont distinguées l’ont fait pour des travaux concrets plutôt qu’abstraits : observations astronomiques par exemple, ou, pour celle qui est sans doute la plus éminente scientifique de tous les temps, étude du phénomène de la radioactivité. En revanche l’histoire n’a gardé aucune trace d’un Euclide, d’un Newton ou d’un Einstein féminin.
Que le faible nombre de personnalités remarquables parmi les femmes ne soit pas essentiellement dû à la discrimination dont elles auraient été victimes dans les siècles précédents peut également être inféré d’une comparaison avec la situation des juifs.
Jusqu’à la fin du 18ème siècle en Europe et, dans certains pays européens, jusque dans la dernière moitié du 19ème siècle, les juifs ont été soumis à tout un ensemble de restrictions légales et sociales au moins aussi sévères que celles imposées aux femmes. La conséquence bien compréhensible de ce fait est que les juifs sont pratiquement absents des inventaires établis par Charles Murray, jusqu’au 19ème siècle. De -800 à 1800, seuls onze juifs parviennent à intégrer les rangs des personnalités remarquables et seuls deux d’entre eux sont connus du grand public : Montaigne et Spinoza. Encore est-il nécessaire de préciser que, si la famille de la mère de Montaigne était juive, lui-même a toujours été - nominalement - catholique et que Spinoza a été excommunié à vie de la communauté juive de Hollande.
Après 1800 en revanche, au fur et à mesure que sont levées les discriminations qui pesaient sur eux, on assiste à un afflux proprement étourdissant de juifs de très grands talents dans pratiquement tous les domaines des arts et de la science.
Le graphique ci-dessous donne une idée de cette évolution.


Tout se passe comme si existait dans la communauté juive européenne un grand réservoir de talents inexploités, qui ont pu se développer et se réaliser au fur et à mesure que les moyens leur en étaient donnés. Jusqu’à maintenant, force est de constater qu’un tel phénomène n’a pas été observé dans la population féminine.

19 commentaires:

  1. Et les femmes juives, je remarque aussi que les populations arabes ne sont pas légions et là je n'évoque même pas leurs épouses.

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  2. Eh non... C'est bizarre, hein? Qu'est-ce qui pourrait bien expliquer ça?

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  3. Intéressant, d'autant que pour deux exemples cités (parmi les mieux cotées, Noether et Curie) leur réputation doit beaucoup à leur féminité. Elles étaient bonnes, mais pas tant que ça finalement (mais personne en physique -ou à moindre degré en math- ne l'admettra... Il faut des preuves du fait que l'on ne travaille pas dans une science sexiste, après tout). Elles sont de parfaites illustrations de la différence entre les "génies ordinaires" et les "magiciens" (pour reprendre la classification de Kac). Et leur sexe leur a valu d'être poussées de la première catégorie à la seconde.

    Elles sont des alibis qui ne sont si valorisées que parce qu'être machiste est une des pires insultes -surtout dans les milieux intellectuels, et ce depuis très longtemps déjà- quand être féministe est un titre de gloire.

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    1. C'est aussi mon impression. Mais d'un autre côté, n'étant pas spécialiste de ces disciplines je me disais que ce n'était peut-être que préjugé de ma part.

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    2. Ben non... Pas uniquement au moins. Surtout si vous avez Noether devant ou à niveau comparable à Galois dans le classement, ça soulèverait quelques questions, une bonne part des apports de la dame se situant dans le champ inventé et balisé par le jeune homme (mort à 21 ans, quand même).

      Par contre, connaissant bien moins la littérature asiatique ou la médecine, je ne me prononcerai pas sur les autres femmes du diagramme et la pertinence de leurs classements.

      Pour la musique si j'ai bonne mémoire vous m'avez dit que Couperin était à 13, ça ne fait que peu devant Tailleferre, qui, pour moi n'est que très très très loin de lui en matière d'apports à cet art. Mais là aussi, on a une femme pas mauvaise, à une période assez récentes, et sans doute encensée (enfin pas tant quand ça pour Germaine, hein, ça reste une brave inconnue pour quasi tout le monde) par les musicologues récents pour son sexe au moins autant que son art.

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    3. Galois 15, Noether : 10.
      En ce qui concerne Murasaki Shikibu (86), Murray a l'air de dire que, pour les spécialistes, il n'y a pas photo. Et c'est un auteur très ancien (1000 environ), dont l'importance est reconnue depuis très longtemps au Japon. Donc on peut penser raisonnablement penser que son score n'est pas dû au féministement correct.
      Tailleferre : 2, assez loin de Couperin donc.

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    4. Relativement rassurant... Bon Galois "vaut" bien plus que 1.5 fois Noether, mais la différence reste sensible.

      Pour Tailleferre, le graphe est trompeur, on la dirait à 8 ou 9. 2 est déjà beaucoup, mais plus conforme.

      Ceci dit, s'il y avait tant de biais que ça en faveur des femmes, il ne faudrait pas monter une argumentation pour expliquer qu'il n'y a pas tant d'impact du machisme que ça. Ce qui devrait aller de soi, d'un point de vue logique. On parle ici de génies, des 4 ou 5 mille humains ayant le plus apporté à l'humanité sur près de 3000 ans ! Ce sont donc des gens survolant leurs contemporains, et passionnés parfois a un niveau près de la folie, par leur art/science. Le "stereotype threat", déjà fortement sujet à caution en temps normal, ne tient pas une seconde. Un Bach, un Mozart, auraient payé fort cher pour pouvoir composer (et l'ont fait, en fait). Ce n'est pas le rejet a priori d'esprits plus petits qui peut détourner le génie de sa course à l'absolue perfection. Et ça vaut quelque soit le sexe, la race, la religion ou la fortune.

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    5. Tout à fait d'accord.
      L'une des raisons pour lesquelles les femmes sont peu présentes dans les inventaires de Murray est sans doute qu'elles sont, en général, moins "single-minded" que les hommes. Ce qui la plupart du temps n'est pas du tout un défaut, mais qui le devient lorsqu'il s'agit d'exceller dans sa discipline.
      Cela explique aussi qu'elles soient moins présentes dans les postes de décision, au plus haut niveau : pour y accéder il faut souvent être prêt à sacrifier tout le reste, et notamment sa vie de famille.
      Ce qui est une autre manière de dire que les femmes ont, en moyenne, moins de goût et de capacité pour l'abstraction que les hommes.

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  4. Juste un mot, quoique j'ai un peu honte tant cette remarque peut paraître "nauséabonde".
    Marie Curie (que je respecte) a bénéficié d'une forme d’héritage de Pierre Curie après la mort (1906) de ce dernier. En particulier le titre de Professeur et la direction du laboratoire lui ont été attribués à titre de veuve; mais on peut dire aussi que ce "transfert de propriété" n'est autre que le résultat de l'injustice faite aux femmes.

    Sur la littérature (mais existe-t'elle toujours ?), l'évolution pris par le siècle nouveau est nette :
    la gent féminine y prospère; le ne cite personne pour ne pas être jugé macho !

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    1. Ne vous excusez surtout pas d'être nauséabond, ici c'est plutôt une qualité.
      Marie Curie était certainement une bonne scientifique, mais je suis persuadé qu'on n'en parlerait pas autant aujourd'hui si elle n'était pas l'un des très rares exemples de femmes ayant montrée de hautes capacités scientifiques.
      Un autre exemple flagrant de survalorisation "féministement correcte" me semble être Camille Claudel, dont on nous rebat les oreilles, allant jusqu'à suggérer que Rodin lui devait tout. La bonne blague!
      Je vous laisse continuer la liste des exemples.

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  5. "Parmi les 4002 personnalités importantes recensées par Charles Murray, seules 88 sont des femmes, soit 2,2%."

    Oué mais c'est truqué !
    Murray est un homme, non ? Alors forcément !

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    1. Comment, comment? Vous n'êtes pas dans votre cuisine à cette heure?^^

      Au fait, vous connaissez l'adage : "la guerre des sexes est sans issue : trop de fraternisation avec l'ennemi"?

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    2. Ah mais je vois que vous espériez être débarrassé de moi, hein !

      Oui, très juste !

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    3. Sérieusement, merci de ce travail, Aristide !
      C'est un sacré bon boulot.

      "Jusqu’à maintenant, force est de constater qu’un tel phénomène n’a pas été observé dans la population féminine."
      Patience ! Regardez la créativité des femen !

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    4. Il est vrai qu'avec elles on ne sait plus à quel sein se vouer (oui, bon...)

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  6. Dans la liste des femmes qui bénéficient d'une survalorisation "féministement correcte", vous pouvez ajouter Christine de Pisan, qui est certainement un grand écrivain mais dont on fait tout un foin dans le monde des médiévistes, alors qu'elle n'est pas forcément plus remarquable que plusieurs autres auteurs de son temps.

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  7. Aristide , y aurait il un petit problème car quand j'essaye de lire votre numéro 6 de cette série, il est inscrit que cete page n'existe pas.

    Un coup des gauchistes sans aucun doute.

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    1. Non rien de tel, rassurez-vous. C'est juste une erreur de manipulation de ma part. Le n°6 paraitra demain.

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