Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 6 mars 2013

Human Accomplishment : de la supériorité de l'Occident et autres choses du même genre (4/8)



 
En examinant les recensements et les classements établis par Charles Murray, une évidence saute aux yeux du lecteur même le moins attentif : dans tous les domaines où les comparaisons sont possibles, le poids de l’Occident, et plus spécifiquement de l’Europe occidentale, est absolument écrasant : presque toutes les personnalités importantes dans les domaines scientifiques sont des occidentaux. Et presque toutes sont des hommes.
Mais, dira-t-on peut-être, l’Europe domine sans doute les sciences, mais qu’en est-il des arts ? Le reste du monde n’a-t-il pas produit autant ou plus de grands artistes que l’Occident ?
Pour répondre à cette question, il est possible de fondre en un seul inventaire les inventaires séparés par aires géographiques que Murray avait établi pour les arts, et de simplement compter le nombre de personnalités importantes selon leur origine. Le résultat est sans ambiguïté : en termes de nombre de personnalités importantes, l’Occident domine outrageusement. Et presque toutes sont des hommes.
Encore convient-il de noter que cette procédure sous-estime certainement le poids de l’Occident dans le domaine des arts. En effet, en établissant au départ des inventaires séparés pour la Chine, l’Inde, le Japon, etc. et un inventaire unique pour tout l’Occident, Charles Murray a été amené à sélectionner les personnalités artistiques importantes de l’Occident parmi un vivier beaucoup plus étendu que pour les autres aires géographiques. Par exemple, pour figurer parmi les écrivains importants du Japon, chaque écrivain japonais n’était en compétition qu’avec les écrivains de son pays, alors que pour figurer parmi les écrivains importants de l’Occident, chaque écrivain occidental était en compétition avec tous les écrivains occidentaux.
Les graphiques ci-dessous permettent de visualiser cette domination de l’Occident.





Pourtant, pourtant, dira-t-on, les librairies ne sont-elles pas pleines aujourd’hui d’ouvrages qui prétendent démontrer que les civilisations non-occidentales ont été injustement négligées, et qu’elles ont produit des réalisations aussi remarquables que l’Europe et ses rejetons ?
Oui, sans doute, mais en la matière la présentation est souvent trompeuse. Dans le domaine des sciences, qui est celui qui se prête le mieux aux comparaisons, les ouvrages qui prétendent corriger nos préjugés ethnocentriques, lorsqu’ils sont sérieux, se contentent presque toujours de mettre au premier plan certaines personnalités ou certaines découvertes non occidentales - des personnalités et des découvertes certes remarquables, mais qui ne changent rien au fait que quantitativement, en termes de nombre de personnalités et de découvertes, l’Occident est très, très loin devant tout le reste du monde.
La question, en effet, n’est pas de savoir si l’homme de la rue est ignorant des grandes réalisations scientifiques des civilisations non-occidentales. La réponse est probablement positive. La question est de savoir si les spécialistes, qui ont écrit des encyclopédies et des histoires de la science depuis un demi-siècle, sont ignorants de ces grandes réalisations. Et la réponse est : non. Non seulement les spécialistes connaissent très bien ce qu’ont fait les autres civilisations, mais en plus ce sont, la plupart du temps, des spécialistes occidentaux qui ont attiré l’attention du monde sur les réalisations des non-occidentaux. Les Européens et les Américains ont, dans l’ensemble, consacré beaucoup plus d’énergie et de zèle à faire connaitre au monde la science chinoise que les Chinois, ou les mathématiques arabes que les Arabes eux-mêmes.
Une autre manière d’aborder le problème d’un éventuel « eurocentrisme » qui conduirait à surestimer la contribution de l’Occident à la science, est de chercher s’il est possible de discerner des traces de partialité dans les sources que Charles Murray a utilisé pour établir ses inventaires. Pour cela, il faudrait être capable de comparer une source dont l’autorité est incontestable avec toutes les autres et voir si nous obtenons des inventaires substantiellement différents avec l’une et avec les autres.
Fort heureusement, une telle source existe. Il s’agit du Dictionary of Scientific Biography (DoSB) qui comprenait en 2003 (date de la publication de Human Accomplishment) 17 volumes, plus un volume séparé pour l’index. Ce dictionnaire a été conçu pour être la référence mondiale en matière de sciences naturelles et de mathématiques. Ses articles ont été rédigés par des spécialistes issus d’universités du monde entier et des critères uniformes sont appliqués à tous les domaines et à toutes les régions du monde pour décider quel scientifique mérite d’être inclus dans le dictionnaire. Si jamais une source mérite d’être considérée comme exhaustive et impartiale, c’est bien le Dictionary of Scientific Biography.
En utilisant le DoSB comme étalon de mesure, Charles Murray a donc établi deux listes de scientifiques. La première comprenait tous ceux mentionné dans le DoSB. La seconde comprenait tous ceux qui auraient figuré dans les inventaires de Human Accomplishment si le DoSB n’avait pas fait partie des sources utilisées (ces listes n’incluent pas la médecine et la technologie puisque le DoSB ne traite pas ces domaines).
Le graphique ci-dessous montre la répartition géographique des deux listes. Dans la liste établie en se servant du DoSB, 94% des scientifiques sont occidentaux (Europe+Etats-Unis et Canada), dans la liste établie en se servant des autres sources, 91%.


La conclusion semble s’imposer : il n’existe pas de réserves significatives de réalisations scientifiques non-occidentales qui permettraient de remettre en cause l’absolue domination de l’Occident en ces domaines.
A ceux qui refuseraient une telle conclusion, Charles Murray présente un défi. Human Accomplishment parvient un chiffre de 97% d’Occidentaux en ce qui concerne les grandes personnalités et les grandes réalisations dans le domaine de la science. Si ce chiffre vous parait exagéré, montrez-nous comment vous augmenteriez la liste des scientifiques et des réalisations scientifiques non-occidentales de manière à le modifier de manière significative. Passer de 97 à 96,5% ne serait évidemment pas significatif.
Deux conditions devront être observées pour y parvenir. La première est que les réalisations scientifiques qui seront ajoutées à la liste devront être de véritables inventions, de véritables découvertes, de véritables « premières ». Il n’est pas permis d’ajouter à la liste le premier pont suspendu japonais si la technique du pont suspendu était déjà en usage ailleurs dans le monde.
La seconde est que les règles utilisées pour inclure une personnalité ou une réalisation devront être appliquées de manière uniforme. S’il est permis d’inclure tel obscur médecin arabe, il devra être permis d’inclure également tous les médecins occidentaux ayant un même degré d’obscurité. Il ne s’agit pas d’employer un microscope pour traquer la moindre réalisation non occidentale et de s’en tenir à l’œil nu en ce qui concerne l’Occident.
Si ces deux règles sont appliquées, on constatera en fait que tout assouplissement des critères visant à permettre de gonfler le réservoir des scientifiques non-occidentaux aboutira à gonfler dans des proportions au moins identiques le réservoir des scientifiques occidentaux.
Loin d’être trop élevé, le chiffre de 97% est sans doute encore trop faible.
En ce qui concerne les arts, la logique est la même. Toute modification des règles visant à inclure davantage d’artistes non-occidentaux dans les inventaires provoquera l’inclusion simultanée d’une foule de nouveaux artistes occidentaux.
A ceux qui pensent que les résultats auxquels parvient Charles Murray sont indûment « eurocentriques » d’essayer de réfuter cette proposition.

5 commentaires:

  1. Ah, ça manque de femmes tout ça...mais on ne peut même pas se plaindre quand on fait partie des nauséabondes et qu'on a donc décidé d'accepter de regarder la réalité en face, en plus.

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    1. Le cas des femmes sera réglé la semaine prochaine. Inutile de bousculer, il y en aura pour tout le monde.

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  2. Finalement, la relative faiblesse que je vois à cette étude, c'est de ne prendre en compte que les réalisations de personnages identifiés et de laisser de côté les découvertes, les procédés, les oeuvres ou les pratiques qui nous viennent d'anonymes.

    Je ne pense pas que ça remettrait fondamentalement en cause les conclusions obtenues, mais c'est tout de même dommage, pour juger de la valeur d'une civilisation, d'écarter des traits comme l'architecture, le jardinage, l'artisanat ou même la cuisine, tous domaines qui participent de l'agrément de la vie au sein d'un pays. Et même si l'Occident n'y perdrait probablement rien, peut-être verrait-on les Asiatiques gagner des points en incorporant ces éléments.

    Mais la tâche de Muray, déjà titanesque, serait devenue insurmontable.

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    1. C'est vrai. Plus généralement, la limite de l'exercice tient à ce qu'il est restreint à ce qui est mesurable. Mais comment faire autrement?
      Mais, comme bien vous pensez, Murray a anticipé l'objection concernant les oeuvres anonymes.
      Sa conclusion est la suivante : il y a au moins autant d'oeuvres anonymes, et d'aussi grande qualité, en Occident que dans les autres parties du monde. Par conséquent si les oeuvres anonymes étaient incluses dans les inventaires cela ne changerait rien. Peut-être même la supériorité de l'Occident s'en trouverait-elle encore accrue.
      Même remarque pour ce qui concerne une définition plus large de ce qui est "artistique" : l'Occident a dans tous les domaines autant, si ce n'est plus, à faire valoir que les autres parties du monde.

      Je recopie juste sa conclusion à ce sujet : "Whatever mechanism one uses to try to augment the non-European contribution in both the arts and sciences will backfire if the same selection rules are applied to Europe."

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  3. Cette attitude des européens à vouloir démontrer que les autres civilisations ont fait aussi bien ; se retrouve dans l'histoire comme : " Qui a découvert les Amériques" et là, les hypothèses fleurissent; les africains, les égyptiens,les chinois et pour étayer leurs points de vue.

    Pour les égyptiens, l' Odyssée du RÂ II de Thor Heyerdahl le 5 mai de l’année 1970.

    Pour les africains de l' Ouest, les traits négroïdes des têtes colossales des Olmèques .

    Pour les chinois, l' amiral Zheng He selon la thèse iconoclaste d'un militaire Britannique Gavin Menzies, certes rejetée par d'autres historien mais elle existe.

    Nous n'avons pas fini avec les élucubrations de certains biens-pensants afin de déconsidérer l' Occident.

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