Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 8 janvier 2014

Plaidoyer pour la peine de mort (1/5)



 
J’entame aujourd’hui la publication d’un long article consacré à la peine de mort. Celui-ci fait vingt pages bien tassées et, comme à l’habitude, j’ai choisi de vous le présenter en plusieurs parties. En cinq parties pour être plus précis. Ces parties seront de longueurs inégales, car j’ai préféré respecter l’articulation logique des arguments plutôt que de chercher à égaliser artificiellement la taille des articles. C’est aussi pourquoi il y a cinq parties, et non pas trois ou quatre. Certains trouveront peut-être que cela coupe excessivement la lecture, et ils n’auront pas entièrement tort, mais la contrepartie est que cela permet d’examiner posément, et éventuellement de discuter, chaque étape de la démonstration. Sur un sujet comme celui-ci, peut-être n’est-ce pas complètement inutile. Plus la question est passionnelle et plus il faut s’efforcer de parler raison. Du moins est-ce ma conviction.
Aujourd’hui donc, l’introduction et la semaine prochaine nous attaquons le corps du sujet – sans mauvais jeu de mots !


Celui qui soulève publiquement la question de la peine de mort doit, semble-t-il, avoir de solides excuses pour le faire. Parler de la peine de mort nous oblige à regarder en face des réalités extrêmement déplaisantes : à la fois la réalité des crimes terribles pour lesquels la peine de mort est ou était autrefois infligée, et la réalité du caractère terrible des exécutions.
Si nous voulons parler honnêtement de la peine capitale, ne devrions-nous pas en parler « crûment », comme nous y invite Albert Camus dans ses Réflexions sur la guillotine, et dire par exemple :

« Si vous tuez, vous serez jeté en prison pendant des mois ou des années, partagé entre un désespoir impossible et une terreur renouvelée, jusqu'à ce qu'un matin, nous nous glissions dans votre cellule, ayant quitté nos chaussures pour mieux vous surprendre dans le sommeil qui vous écrasera, après l'angoisse de la nuit. Nous nous jetterons sur vous, lierons vos poignets dans votre dos, couperons aux ciseaux le col de votre chemise et vos cheveux s'il y a lieu. Dans un souci de perfectionnement, nous ligoterons vos bras au moyen d'une courroie, afin que vous soyez contraint de vous tenir voûté et d'offrir ainsi une nuque bien dégagée. Nous vous porterons ensuite, un aide vous soutenant à chaque bras, vos pieds traînant en arrière à travers les couloirs. Puis, sous un ciel de nuit, l'un des exécuteurs vous empoignera enfin par le fond du pantalon et vous jettera horizontalement sur une planche, pendant qu'un autre assurera votre tête dans une lunette et qu'un troisième fera tomber, d'une hauteur de deux mètres vingt, un couperet de soixante kilos qui tranchera votre cou comme un rasoir. » ?
Ne devrions-nous pas détailler les effets physiologiques de l’exécution, par exemple le sang qui jaillit à flot, le corps qui tressaille et continue de s’agiter une fois la tête tranchée, et ainsi de suite ?
La peine de mort est une peine terrible, quelle que soit par ailleurs la manière dont elle est infligée. Cela n’est pas niable.
Pourquoi alors vouloir en parler ? Cela parait d’autant moins justifiable que, en France, tout débat à ce sujet semble totalement inutile, pour ne pas dire impossible. S’il est une opinion qui fait l’unanimité au sein des élites françaises, c’est bien celle selon laquelle l’abolition de la peine de mort est ce qui sépare la civilisation de la barbarie. Comme le dit très bien Pierre Manent : « aujourd’hui cette abolition constitue pour les Européens l’expression la plus éloquente et la plus chérie de leur identité et de leurs valeurs propres, par opposition à d’autres régions du monde où la peine de mort est encore appliquée »[1]. Et pour être bien sûr que jamais, au grand jamais, aucune retombée dans la barbarie ne soit envisageable, l’impossibilité de condamner qui que ce soit à mort a été inscrite dans la Constitution Française (article 66-1) et la France a ratifié le protocole n°13 de la Convention européenne des droits de l’homme, relatif à l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances, ainsi que Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la peine de mort.
La cause semble donc définitivement entendue : en France, la peine de mort appartient irrémédiablement au passé.
Et pourtant, en dépit de toutes ces excellentes raison de n’en pas parler, il est absolument nécessaire de rouvrir le débat au sujet de la peine de mort.
Cela est nécessaire car notre système judiciaire est aujourd’hui gravement malade.
Ce système ne remplit plus que de loin en loin ce qui devrait être sa fonction première : protéger les honnêtes gens, punir les méchants. Aujourd’hui, en France, il est légitime de dire que la justice crée l’insécurité, comme le documente en détails un fort bon livre récemment paru[2]. Or si notre système judiciaire est si mal en point, la première raison en est que ceux qui l’administrent ont perdu la conviction qu’il est normal, qu’il est juste, qu’il est moralement nécessaire de châtier les criminels à la hauteur de leur crime. Comme l’écrit Xavier Bébin, l’idée qu’un criminel mérite le châtiment semble définitivement passée de mode dans les cercles judiciaires, et ce qui l’a remplacé est plutôt « un dogmatisme pénal caractérisé par une réticence épidermique à punir » même les pires criminels. Avec les conséquences que nous pouvons constater presque quotidiennement.
De ce point de vue, l’abolition de la peine de mort est à la fois l’aboutissement et la clef de voute de ce « dogmatisme pénal » qui refuse de châtier les méchants, car la justification fondamentale de la peine capitale a toujours été son caractère proportionné à certains crimes. Même si des motifs de dissuasion ou de prévention de la récidive peuvent être avancés pour défendre le châtiment suprême, la raison la plus décisive pour exécuter certains criminels est que seul ce châtiment est à la hauteur de leurs crimes.
Une société qui se refuse par principe à exécuter qui que ce soit, fut-il le plus ignoble des tortionnaires, fut-il le plus abominable des assassins, fut-il un Michel Fourniret, fut-il un Dean Arnold Corll (responsable des meurtres sadiques d’au moins 28 jeunes garçons au début des années 1970) ; une société qui traite avec plus de sollicitude les assassins que les citoyens ordinaires, à qui elle peut demander d’aller risquer leur vie sur le champ de bataille, est une société qui, en vérité, ne se reconnaît plus le droit de punir, au vrai sens du terme. L’abolition de la peine de mort va nécessairement de pair avec l’abandon de la conception rétributive du châtiment. Et dès lors que les châtiments ne se justifient plus par le fait que les criminels les méritent, ces châtiments ne seront plus infligés qu’avec une répugnance grandissante.
Une institution judiciaire qui n’est plus habitée par la conviction que la justice exige que les méchants souffrent pour leurs forfaits est une institution qui ne tardera pas à être dominée par les plus cohérents et les plus déterminés de ses membres, par ceux qui tireront toutes les conséquences du refus de punir, et qui tourneront donc leur indignation contre les gens ordinaires qui persistent à demander que les criminels souffrent pour ce qu’ils ont fait. Pour le dire en termes moins abstraits et plus franco-français, une institution judiciaire qui a abandonné l’idée du châtiment mérité est une institution qui sera fatalement dominée par les idées du Syndicat de la Magistrature.
Nous en sommes là aujourd’hui. Et tout porte à penser que notre situation ne s’améliorera vraiment que lorsque la conception rétributive de la justice aura retrouvé ses lettres de noblesse. La possibilité que certains criminels méritent d’être exécutés est ce que nous devons à nouveau envisager si nous voulons espérer qu’un jour notre système judiciaire recommence à fonctionner normalement. Que la peine de mort fasse ou non à nouveau effectivement partie de l’arsenal judiciaire est secondaire. L’essentiel est que la justice du principe soit reconnue : certains criminels méritent de mourir.

Je n’ignore pas que des hommes honorables ont argumenté avec éloquence et passion contre la peine de mort, et je ne saurais blâmer ceux que leur sensibilité détourne de la pensée d’infliger la mort, quels que soient les arguments qu’on puisse leur présenter. Le cœur a ses raisons. Mais je suis en désaccord avec ces hommes honorables, et fermement convaincu que, si la raison ne devrait jamais étouffer la voix du cœur, le cœur ne devrait jamais commander à la raison. Par conséquent, j’argumenterai en faveur de la peine de mort. Non par goût personnel, bien évidemment, mais parce que, après avoir longtemps été opposé à ce châtiment, la lecture, la discussion et la réflexion m’ont amené à changer de position, et à voir que cette question avait des implications profondes pour le bien commun.
Pour cela je commencerai par examiner les arguments les plus couramment avancés pour refuser que la peine capitale puisse être infligée, afin de mettre en lumière leur caractère inadéquat. Puis j’essayerai de montrer pourquoi un système pénal qui abandonne l’idée de rétribution ne saurait fonctionner efficacement. Un système pénal ne peut reposer simplement sur l’idée de dissuader les malfaiteurs, et encore moins sur l’idée de les réhabiliter. Il doit faire toute sa place à la notion de juste châtiment, et cette notion conduit inévitablement à reconnaître que, parfois, le seul châtiment juste est la mort. Enfin je présenterai quelques suggestions sur la manière dont, me semble-t-il, la peine capitale, correctement entendue, devrait être administrée[3].


[1] La raison des nations, Gallimard, 2006, p33.
[2] Xavier Bébin, Quand la justice crée l’insécurité, Fayard, 2013.
[3] Pour mener à bien cette tâche, je m’appuierai très largement sur deux ouvrages : Walter Berns, For capital punishment, University Press of America, 1991 ; et Michael Davis, Justice in the shadow of death, Rowman and Littlefield, 1996. Les lecteurs désireux d’approfondir la question de la peine de mort sont bien évidemment vivement encouragés à les consulter.

27 commentaires:

  1. Très bonne introduction, comme d'habitude.

    Le parallèle avec l'ordre donné aux soldats de combattre jusqu'à la mort est pertinent. L'Etat se donne encore le droit d'exiger le sacrifice suprême mais plus celui de tuer les méchants. On a le droit de tuer un ennemi de 20 ans qui ne fait qu'obéir à un Etat avec lequel on est en guerre, mais pas celui de tuer un violeur et assassin d'enfant multirécidiviste.

    Allons plus loin : l'Etat a le droit d'exiger que ses soldats montent à l'assaut, sachant que la mort est pour beaucoup certaine, mais s'interdit (en toute logique) de condamner à mort les mutins de champ de bataille qui refusent d'obéir aux ordres.

    Tout cela est aussi scandaleux moralement que profondément illogique.

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  2. "S’il est une opinion qui fait l’unanimité au sein des élites françaises, c’est bien celle selon laquelle l’abolition de la peine de mort est ce qui sépare la civilisation de la barbarie." Et c'est bien cette opinion là qui est source des plus tragiques malentendus...

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  3. « je ne saurais blâmer ceux que leur sensibilité détourne de la pensée d’infliger la mort, quels que soient les arguments qu’on puisse leur présenter. Le cœur a ses raisons. Mais je suis en désaccord avec ces hommes honorables »

    Je fais partie de ceux-là. Mais je dois dire qu'il m'arrive de plus en plus souvent de me trouver, sur ce point, en désaccord avec moi-même. C'est dire si j'attends les quatre autres volets avec impatience…

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    1. Je me souviens d'avoir lu cet aveu sous votre plume. Mais le fait que vous attendiez la suite avec impatience est peut-être le signe que vous êtes sur le point de surmonter votre réticence. Qui sait...

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  4. Vous allez prêcher un converti. N'empêche, j'attends la suite...

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  5. Olala, Badinter va se retourner dans sa tombe. Quoi ? Il n est pas mort ? Alors vite , la suite qu il se manifeste et que l'on se régale

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  6. Je fais partie de ces gens qui ne savent pas... Si l'un de mes enfants était assassiné, si c'étai li l'assassin... Bref, ni le coeur ni la raison ne me permettent de me décider. Je vous lirai avec moult intérêt.

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  7. A un collègue de travail qui était contre la peine de mort, il trouvait cela barbare, je lui ai posé une question: " Si on te massacrait ton fils, que ferais tu", réponse de l’intéressé: "Oui mail là , tu fais intervenir la passionnel et le personnel."; certes mon gars mais les assassins frappent tout le monde et pas seulement ton voisin et ses enfants.

    Artémise,

    Je scierais le coup de ce mécréant et je m'arrêterais de temps pour l'entendre gueuler mais il est vrai que je suis un être cruel et dénué d'humanité surtout quand on touche aux miens.

    Aristide même remarque que Jacques, je suis unconvaincu.

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  8. Tous ces lecteurs qui disent attendre la suite avec impatience... je ne sais pas si je convaincrais grand monde mais j'aurais au moins réussi mon coup marketing :-)

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  9. Vaste sujet.
    Mais mon hostilité à la peine de mort me semble suffisamment ancrée.
    Et pourtant ceux qui furent les abolitionnistes () ne me sont pas sympathiques.
    Mais donner la mort (châtiment social, ainsi que confort social -avortement-) me semble inacceptable.
    Bref, poursuivons le combat pardon débat.[les balises del sont refusées]

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    1. "Donner la mort me semble inacceptable"

      Certes, mais pourquoi?

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  10. j'avais ouvert la parenthèse en attente que le mot Badinter me revienne.

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  11. Excellente idée que ce texte mais je pars du principe que vous n'avez pas lu le livre du Révérend Père Bruckberger "OUI A LA PEINE DE MORT" paru en 1985 chez Plon.

    D’abord contrairement à ce que nous croyons tous la peine de mort n’a pas été supprimée mais déplacée. Quand la puissance publique désigne un policier pour traquer des malfaiteurs, un pompier pour éteindre un incendie, un soldat pour intervenir dans des zones dangeureuses, elle l’expose à périr. D’ailleurs il en disparaît plusieurs tous les ans, «victimes du devoir» selon la formule officielle.

    Pour quelles raisons extravagantes les assassins échapperaient-ils seuls au risque si aisément admis pour d’honnêtes citoyens courageux?

    Car si d’une part la banalisation - la massification - de la peine de mort aux Etats-Unis soulève le cœur car profondément injuste et abjecte, il est évident d’autre part que le sens de la Justice c’est aussi celui de la Mesure. Mais peut-on encore parler de mesure quand un tueur en série reconnu coupable de plusieurs meurtres planifiés, avec viols et tortures n’écope que d’une peine de prison.

    Dans de tels cas la peine de mort serait une limite absolue, un sacrifice qui sanctionne un crime hors du commun.


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    1. C'est exact, je ne l'ai pas lu, bien que le Père Bruckberger ne me soit pas inconnu.
      Cela étant dit je ne prétends nullement faire oeuvre originale.
      Je suis bien persuadé que tous les arguments pertinents ont déjà été énoncés. Mais il est de la nature du débat politique d'obliger à la répétition.

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    2. "... je ne sais pas si je convaincrais grand monde mais j'aurais au moins réussi mon coup marketing"

      Vous avez raison il est difficile à un abolitionniste convaincu de se remettre en question sauf si un membre de sa famille est assassiné alors dans ce cas-là la prison est bien trop douce comme on l'a vu après la mort de Marie Trintignant tuée par Bernard Cantat. 7 ans de prison leur semblait une peine ridicule et elle l'était assurément.

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  12. « Mais il est de la nature du débat politique d'obliger à la répétition. »

    Dernier exemple en date : M'Bala M'Bala.

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    1. Effectivement. Il fait dans le comique de répétition à plus d'un titre, et notre ministre de l'intérieur l'y aide bien.

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  13. Moi aussi, j’attends la suite avec beaucoup d’intérêt, non seulement parce que je vous lis toujours avec plaisir et profit, mais aussi parce qu’en ce qui me concerne je suis hostile à la peine de mort. L’argument qui se trouve au cœur de ce premier billet, c’est à dire l’idée selon laquelle la punition doit se situer au niveau de démérite du criminel et ainsi avoir une dimension rétributive, me laisse particulièrement sceptique.

    D’une part parce que je ne suis pas du tout certain que la peine de mort soit un châtiment pire que l’emprisonnement à vie (du moins un emprisonnement à vie effectif, sans conditionnelle, semi-liberté ou autres facilités du même genre). Si j’étais personnellement placé devant cette pénible alternative, je ne suis pas du tout certain que j’en choisirais le second terme. Et certaines figures de l’actualité récente verraient certainement dans l’exécution capitale un terme glorieux de leur carrière, propre à les instituer en martyr et en exemple ; je pense par exemple à Youssouf Fofana ou à Mohamed Merah –ce dernier s’étant en quelque sorte condamné à mort lui-même en affrontant armes à la main une centaine d’agents du GIGN.

    D’autre part, certains crimes sont si odieux que la mort elle-même paraît une punition trop légère. Tuer celui qui a tué, laver le sang par le sang, c’est une idée qui peut satisfaire dans notre esprit un certain sens de la justice –a fortiori si l’accomplissement de cette vengeance est déléguée à l’Etat. Mais comment ce dernier punirait-il Marc Dutroux (certes belge), Michel Fourniret, Emile Louis, Carlos ou Vincent Peillon s’il cherchait à les « rétribuer » à la hauteur de ce qu’ils ont fait ? La question qui se poserait alors ne serait plus simplement celle de la peine capitale, mais celle des supplices préalables à infliger à ces assassins, pédophiles et terroristes. Ce serait à la fois une impasse et une fuite en avant.

    En post-scriptum : j'ai aimé tout ce que vous avez traduit de Dalrymple, et je crois que je suis loin d'être seul dans ce cas. J'aimerais beaucoup que cet auteur attire l'attention d'un éditeur français. N'avez-vous jamais pensé faire de démarches dans ce sens ?

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    1. @ En post-scriptum : j'ai aimé tout ce que vous avez traduit de Dalrymple, et je crois que je suis loin d'être seul dans ce cas. J'aimerais beaucoup que cet auteur attire l'attention d'un éditeur français. N'avez-vous jamais pensé faire de démarches dans ce sens

      Parfaitement ! J'avais oublié de remercier Aristide pour ses excellentes traductions de ce cher Theodor Dalrymple qui s'appelle en fait Anthony Daniels et qui vit du côté de Bagnols sur Cèze. Un auteur des plus percutants et qui a en plus toujours une touche de causticité dans ses textes. Je crois qu'un de ses livres a été traduit: il s'agit du Nouveau Syndrome de Vichy .

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    2. Effectivement, l’argument essentiel en faveur de la peine de mort est, a toujours été, son caractère « rétributif » : elle est la seule punition proportionnée à certains crimes.

      Mais il faut noter que cette notion de rétribution est aussi au cœur de la notion de châtiment, et plus largement, elle tend à se confondre avec l’idée même de justice. La définition la plus simple et la plus incontestable de la justice c’est : donner à chacun ce qu’il mérite. Bien évidemment cette définition est purement formelle et la vraie difficulté est de savoir ce que mérite chacun, mais il n’empêche : refuser l’idée que les criminels méritent de souffrir pour ce qu’ils ont fait, c’est inévitablement abandonner à terme l’idée même de justice. Pas de justice sans rétribution, positive ou négative d’ailleurs. Je reviendrais là-dessus dans les billets suivants.

      Ensuite il est toujours possible d’argumenter que la peine de mort n’est jamais un châtiment approprié, comme vous le faites, en attaquant la peine de mort par les deux bouts, si je puis dire.

      Vous dites tout d’abord que la perpétuité réelle serait un châtiment pire que la mort. Cela me semble faux, mais à supposer que cela soit vrai, si par ailleurs vous êtes prêt à infliger cette perpétuité réelle, alors le débat est clos, en quelque sorte : pourquoi refuser que la mort fasse partie de l’arsenal punitif si vous êtes prêt à infliger une punition pire que la mort ?
      Mais j’ai dit qu’il ne me semblait pas vrai que la perpétuité réelle puisse être considérée comme pire que la mort, du moins la perpétuité dans les conditions où elle serait prononcée aujourd’hui. Ici la question n’est pas de savoir quelles sont les préférences de tel ou tel, mais quel est le sentiment général sur cette question, car c’est nécessairement là-dessus que se fonde l’échelle des peines. Or il me semble peu contestable que la perpétuité est à peu près unanimement considérée comme une punition moins terrible et moins solennelle que la mort. J’en veux pour preuve, par exemple, le fait que commuer une peine de mort en une peine de détention perpétuelle a toujours été considéré comme une grâce, un adoucissement.
      Il me semble qu’il serait possible de démontrer plus positivement que la peine de mort est un châtiment plus grave que la perpétuité, mais cela requerrait un argument dialectique beaucoup plus long, et au surplus pas forcément nécessaire, donc je m’arrêterais là.
      J’ajouterais simplement qu’il existerait un moyen très simple de s’assurer que la perpétuité est un châtiment plus doux que la mort : laisser le criminel libre de se suicider, ou de demander à être exécuté, s’il estime que la vie en prison lui est à charge.

      Je laisse de côte la question du « martyr », parce qu’elle ne concerne que des cas somme toute très rares, en temps ordinaires, et parce que les moyens d’y répondre, partiellement au moins, se trouvent essentiellement, me semble-t-il, dans la manière dont la peine est prononcée et exécutée, ce qui m’entrainerait trop loin dans les détails. Pour un Marc Dutroux, pour un Michel Fourniret, la question du « martyr » ne se pose absolument pas. Or c’est pour ce type de criminels avant tout que la peine de mort parait appropriée.

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    3. Vous dites par ailleurs que dans certains cas la mort serait une punition trop légère. Cependant, n’est-il pas paradoxal de refuser catégoriquement qu’une peine puisse être prononcée sous prétexte que dans certains cas elle serait insuffisante ? Juger que la peine de mort pourrait être trop légère, n’est-ce pas nécessairement reconnaître qu’elle pourrait aussi être appropriée dans des cas moins graves que ceux que vous avez à l’esprit ? Pourquoi refuser d’infliger au moins la mort à ceux que vous citez, si vous estimez qu’ils méritent pire que cela ? Voudriez-vous leur infliger encore moins que la mort ?
      Mais au-delà de cet aspect logique, vous posez une question importante : pourquoi la mort devrait-elle être la peine maximum, et pas par exemple la mort aggravée par des tortures préalables, etc. ?
      C’est une question à laquelle il n’est pas facile de répondre car, à mon avis, il n’existe pas de règle absolue en la matière. Le quantum des peines ne dépend pas seulement de la gravité du crime, mais aussi de l’état général de la société, pour employer un terme fourre-tout car, comme nous le verrons, la peine ne s’adresse pas seulement au criminel. A d’autres époques, sous d’autres régimes politiques, avec une population ayant d’autres mœurs, il est fort possible que la mort ne puisse plus être considérée comme la punition maximum et que le législateur puisse légitimement prévoir pire.
      Je n’ai pas exploré cette question parce qu’elle est au-delà de mon sujet, et parce qu’elle aurait encore rallongé un papier déjà très long. Je dirais simplement que je suis persuadé que, pour nous aujourd’hui, la mort est la punition la plus terrible et la plus solennelle qui puisse faire partie de l’arsenal répressif. Aller au-delà serait contreproductif, ne serait-ce que parce que juges et jurés refuseraient de prononcer « pire ». Si cela vous intéresse, Walter Berns en parle plus en détails.
      Mais en ce cas me direz-vous, ne pourrait-on pas argumenter que, pour nous aujourd’hui, même la peine de mort est devenue moralement inacceptable ?
      A quoi je réponds : non. Tant qu’une société s’estimera en droit de demander à certains de ses membres de se sacrifier – et aucune société ne peut subsister sans cela – elle ne pourra pas logiquement soutenir qu’infliger la mort aux pires criminels est un châtiment excessif.
      Je reviendrais sur tout cela.

      Je termine par votre remarque sur Dalrymple : à vrai dire si, j’y ai un peu pensé, mais chercher un éditeur est un travail auquel je n’ai pas le temps de me livrer, sans compter les démarches à faire auprès de l’auteur, etc. Mais si vous connaissez un éditeur près à me signer un contrat, n’hésitez pas à me le faire savoir. :-)

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  14. Je citerais Alphonse Karr :" « l'abolition de la peine de mort ? Que messieurs les assassins commencent ! »

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    1. Vous ne semblez que modérément convaincu par les arguments des abolitionnistes. Comme c'est étrange.

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    2. Étrange, vous avez écrit, comme c'est étrange mon cher Aristide

      Que voulez quand je lis ceci de Tacite :"Les hommes sont plus enclins à rendre le mal que le bien, car la reconnaissance est un poids, alors que la vengeance est un plaisir."; cela me réconforte dans ma pensée

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