Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 15 janvier 2014

Plaidoyer pour la peine de mort (2/5)




Un examen des arguments avancés contre la peine de mort doit, semble-t-il, commencer par les arguments fondés sur la foi chrétienne. Non pas parce que ces arguments seraient souvent avancés dans le débat public. En France tout au moins cela est rarement le cas. Mais parce qu’ils sont logiquement premiers : si Dieu existe, la loi de Dieu est nécessairement supérieure à toutes les lois humaines. Et aussi parce que ceux qu’animent authentiquement la foi chrétienne font partie du public le plus susceptible d’être intéressé, et éventuellement touché, par les arguments présentés au sujet de la peine capitale. Quelle que soit par ailleurs leur sensibilité politique, ils se soucient véritablement de moralité : les notions de bien et de mal ne sont pas pour eux des notions creuses, à la différence des relativistes de tous poils qui affectent de croire que « l’embêtant avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres. »
Commençons donc par constater que les Saintes Ecritures sont ambigües concernant le problème de la peine capitale. Nul n’ignore que, parmi les dix commandements, figure le « tu ne tueras point », mais ce commandement est précisé de la manière suivante : « Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste » (Ex 23, 7), ce qui préserve la possibilité que certains de ceux qui ne sont ni justes ni innocents puissent être légitimement tués. Les paroles et la vie du Christ lui-même semblent nous inviter à tendre l’autre joue, à pardonner à nos ennemis, et à laisser l’épée au fourreau. Mais le Christ a dit aussi :

« Mais si quelqu’un devait être une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui suspendît au cou une grosse meule de moulin et qu’on le précipitât au plus profond de la mer.
Malheur au monde à cause des scandales ! Il est impossible qu’il n’y ait pas de scandales, mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! » (Matt, 18-6).

Et par ailleurs l’Eglise catholique a très tôt reconnu que le commandement d’aimer notre prochain comme nous-même ne pouvait pas constituer une ligne de conduite suffisante pour ceux qui ont en charge la vie d’autrui. Elle a donc toujours reconnu aux détenteurs de l’autorité légitime le droit de recourir aux armes pour défendre la communauté et mettre hors d’état de nuire l’injuste agresseur. Concernant plus spécifiquement la peine de mort, l’Eglise n’en a jamais contesté le principe, pourvu évidemment qu’elle fut appliquée à bon escient. Nous pouvons d’ailleurs constater que, historiquement, les nations chrétiennes ne se sont jamais privées de faire mourir ceux par qui le scandale arrivait, et même, bien trop souvent, dans d’atroces souffrances. En fait, les premiers à avoir argumenté publiquement pour l’abolition de la peine de mort étaient des hommes horrifiés par les pratiques légales des nations chrétiennes de leur temps, et dont la foi personnelle était fort douteuse. Le traité Des délits et des peines, de Beccaria, le premier et le plus célèbre abolitionniste du 18ème siècle, fut mis à l’Index par l’Eglise.
Depuis très peu de temps, à l’aune de son histoire, Rome est devenue beaucoup plus réticente vis-à-vis du châtiment suprême, pour des raisons qu’il n’importe pas d’examiner ici. Mais même aujourd’hui, le catéchisme de l’Eglise catholique continue de spécifier que « L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains. » (§ 2267), même si les cas dans lesquels une telle peine peut s’appliquer lui semblent de nos jours « assez rares, sinon même inexistants. »
Face à ces difficultés et ambiguïtés, peut-être le plus sage est-il de reconnaître qu’il n’existe aucun argument spécifiquement chrétien qui soit décisif contre la peine de mort et que cette question ne peut, par conséquent, être tranchée qu’à la lumière naturelle, selon l’expression consacrée.

Mais précisément, il n’est nul besoin de croire au péché originel pour comprendre que l’être humain est et sera toujours une créature imparfaite. Sur ce point, croyants et incroyants peuvent se rejoindre. Or il se trouve que la peine de mort est par nature irrévocable : celui qui a été exécuté ne peut être ressuscité. Par conséquent, seul un être infaillible devrait pouvoir prononcer une telle peine. Seul Dieu pourrait légitimement condamner à mort, parce que sa sagesse et sa justice sont toujours égales à son pouvoir, ce qui n’est bien sûr pas le cas de l’homme. En ce qui concerne ce dernier, il ne devrait, du fait de son imperfection, s’autoriser aucun châtiment qui soit irrévocable. Un innocent injustement condamné à de la prison peut toujours être libéré si son innocence est démontrée, alors qu’un innocent exécuté ne pourra pas être ramené à la vie. La peine de mort, qui présuppose le caractère infaillible de celui qui la prononce, ne devrait donc pas figurer dans notre arsenal législatif.
Présenté ainsi l’argument est certainement impressionnant. Il n’est possible de nier ni le caractère irrévocable de la peine capitale ni le caractère faillible de l’être humain. Pour autant, s’ensuit-il nécessairement que nous ne devrions jamais nous autoriser à condamner nos semblables à mort ? La question, en vérité, n’est pas de savoir si la peine de mort est irrévocable, mais de savoir si cette irrévocabilité la rend substantiellement différente des peines qui peuvent prétendre la remplacer, comme la prison à vie.
Que voulons-nous dire lorsque nous affirmons qu’une peine de prison est révocable, à la différence de la peine capitale ? Au sens strict, une peine serait révocable s’il nous était possible de l’effacer totalement, de faire en sorte que la personne injustement condamnée se retrouve exactement dans la situation qui aurait été la sienne si elle n’avait pas été condamnée. De ce point de vue, il est évident que la prison n’est pas plus révocable que la mort : nous ne pouvons pas plus rendre à l’innocent les années qu’il a passé en prison que nous ne pouvons rendre la vie à l’innocent exécuté.
Le caractère révocable de la peine de prison signifie-t-il alors qu’il nous est possible d’offrir une compensation à celui qui a été condamné, alors que cela nous est impossible pour celui qui a été exécuté ? Il est vrai que nous pouvons, par exemple, offrir une somme d’argent à celui qui a passé à tort un certain nombre d’années en prison. L’argent est-il suffisant pour compenser les souffrances et les années perdues ? On peut en douter. Qui donc consentirait à passer, mettons, une dizaine d’années en prison si cela devait lui rapporter une grosse somme d’argent ? Et à l’inverse, est-il vrai que nous ne pouvons strictement rien faire pour ceux qui ont été injustement condamnés à mort ? Nous pouvons réhabiliter leur mémoire, nous pouvons aider leurs proches, nous pouvons faire toute sorte de choses pour effacer une partie des conséquences de cette condamnation. Mais, ajouteront immédiatement certains, cela ne saurait en aucun cas compenser la perte de la vie. Sans doute. Mais, de ce point de vue, la peine de mort ne parait pas très différente de la peine de prison : dans un cas comme dans l’autre la compensation sera toujours en deçà de ce qui a été perdu. Il n’est pas vrai que le temps soit de l’argent.
La prison n’est donc pas plus substantiellement révocable que la mort. Dans un cas comme dans l’autre ce qui a été fait ne peut pas être défait, et dans un cas comme dans l’autre toute compensation pourra légitimement être jugée très insuffisante.
Pourquoi, alors, sommes-nous si persuadés qu’il existe une différence fondamentale entre la peine de mort et la prison à vie, du point de vue de leur caractère « révocable » ?
Notre erreur vient sans doute du fait que nous nous focalisons sur la durée de la peine de prison, alors que nous ne pensons qu’à l’aboutissement de la peine de mort, parce que cet aboutissement, à savoir l’exécution du condamné, est si dramatique. Mais en réalité, une peine de prison et une sentence de mort sont l’une comme l’autre des processus qui, une fois parvenus à leur terme, ne peuvent pas plus l’un que l’autre être révoqués. Une fois que la dernière heure du dernier jour de la dernière année de la peine de prison prescrite s’est écoulée, et à ce moment-là seulement, la peine est exécutée, et il n’est rien que nous puissions faire qui permettrait au condamné de revenir en arrière. Mais tant que ce dernier moment n’est pas arrivé il nous est toujours loisible d’interrompre le processus et de libérer le prisonnier. Une fois que la tête du condamné a été tranchée, et à ce moment-là seulement, la sentence de mort a été exécutée. Mais il s’écoule presque toujours un long intervalle, le plus souvent des années, entre le moment où la peine est prononcée et celui où tombe la tête du condamné, et tant que cet intervalle ne s’est pas écoulé il nous est toujours loisible d’arrêter le processus légal qui mène à l’exécution.
En vérité, lorsque nous examinons attentivement ce que peut bien signifier le caractère révocable d’une peine, nous nous apercevons que la peine de mort n’est pas plus ou pas moins révocable qu’une peine de prison. La seule véritable différence entre la peine capitale et une longue peine de prison est que la seconde donne, en général, plus de temps pour corriger une éventuelle erreur.
Cela n’est pas négligeable, certes, mais pourquoi cette simple différence de degré entre la mort et la prison devrait-elle rendre la mort totalement inacceptable ? A l’évidence un système pénal ne peut pas faire de la correction d’une éventuelle erreur sa priorité absolue. Si nous infligeons des peines en pensant uniquement à leur caractère plus ou moins aisément « corrigible », ne devrions-nous pas infliger systématiquement des peines de prison à vie ? Cela nous laisserait le maximum de temps pour détecter d’éventuelles erreurs et interrompre le processus avant terme. Ou bien à l’inverse, considérant que la perte d’argent peut se compenser intégralement mais pas la perte de temps, pourquoi ne nous limiterions-nous pas strictement à infliger des amendes, quel que soit le crime ?
La seule chose que prouve éventuellement le caractère « irrévocable » de la peine de mort est que nous ne devrions pas infliger celle-ci à la légère, et que toutes les précautions légales devraient être prises pour éviter qu’un innocent soit un jour exécuté. Mais de telles précautions découlent du caractère même de ce châtiment qui, étant le châtiment suprême, ne doit être prononcé que dans les circonstances les plus solennelles et pour les crimes les plus terribles.
Au surplus, il n’est même pas vrai que le fait que nous soyons sujets à l’erreur devrait nous interdire d’envoyer nos semblables à la mort. Aucune société humaine ne peut subsister sans demander parfois à certains de ses membres de s’exposer à la mort, et il est évidemment toujours possible que ceux qui prennent de telles décisions se trompent. Le chef de l’Etat qui décide que son pays doit entrer en guerre peut-il être sûr qu’il prend la bonne décision ? L’officier qui envoie ses hommes à une mort certaine peut-il être sûr que ce sacrifice est absolument nécessaire ? Non, bien sûr. Et cependant nous leur reconnaissons le pouvoir de prendre de telles décisions, et avec raison. Accorderions-nous plus de prix à la vie des pires  assassins qu’à celle de nos soldats ?

L’évocation du sort de l’innocent condamné à mort est émotionnellement puissante, car nous sympathisons naturellement avec lui, mais elle donc est rationnellement inopérante : la simple possibilité qu’une telle chose arrive n’est pas une raison suffisante pour abolir la peine de mort.

Un autre argument émotionnellement puissant, mais finalement peu solide, est celui de la dignité humaine.
Les opposants à la peine capitale affirment souvent que ce châtiment serait contraire à la dignité de l’homme. Cette affirmation a un caractère plausible, car nous sommes tous attachés à cette notion de dignité humaine, et car, lorsque nous pensons à l’exécution elle-même, il nous est difficile de ne pas y voir un spectacle horrible, voire peut-être dégradant. Toutefois, il nous faut encore nous demander en quoi exactement consiste cette « dignité » de l’homme qui s’opposerait à ce que certains criminels soient exécutés. Pourquoi la dignité humaine s’opposerait-elle plus à la peine de mort qu’à n’importe quelle autre peine ? Ou, à l’inverse, pourquoi ne serait-ce pas précisément la dignité de l’homme qui demanderait que certains payent leurs actes de leur vie ? Nous ne pouvons pas en rester à l’évocation vague de la « dignité humaine ». Il faut examiner.
Que veulent donc dire les abolitionnistes lorsqu’ils parlent de la dignité humaine ? Il faut l’avouer, cela n’est pas toujours facile à déterminer.
Parfois, certains disent que tout homme, même le pire des criminels, demeure un être humain, pourvu par conséquent d’une dignité ; ce en quoi on peut, peut-être, voir un écho de l’enseignement de Kant. Pour le philosophe de Königsberg, on le sait, « l’humanité elle-même est une dignité » car tout homme a la capacité d’obéir à la loi morale en lui. Simplement, pour Kant, le fait que l’homme ait une dignité n’est nullement incompatible avec la peine capitale. Kant était favorable à la peine de mort et s’opposait aux abolitionnistes comme Beccaria. Que tous les êtres humains aient, du fait de leur capacité d’obéir à la loi morale, une dignité n’empêchait pas Kant de reconnaître que tous ne font pas usage de cette capacité et, par conséquent, qu’il existe des différences morales fondamentales entre les hommes, que certains sont des héros alors que d’autres sont d’ignobles criminels ; et d’en tirer toutes les conséquences pratiques. 

D’autres abolitionnistes avancent que la peine de mort reviendrait à traiter les hommes comme des choses, de simples objets bons à détruire. Mais bien sûr c’est l’inverse qui est vrai : la peine de mort repose sur l’idée que nous sommes moralement responsables de nos actes, à la différence par exemple des animaux ou des objets. La peine capitale est précisément une reconnaissance du statut à part de l’être humain, et du sérieux de la vie humaine. Elle est aussi une affirmation du lien indissoluble qui lie tous les membres de l’espèce humaine, même lorsqu’ils sont de parfaits étrangers les uns pour les autres, car seul l’homicide, et l’homicide d’une certaine sorte, peut justifier la peine capitale.
Albert Camus, qui fut, au siècle dernier, l’un des avocats les plus passionnés et les plus éloquents de l’abolition de la peine de mort, affirmait que « notre civilisation a perdu les seules valeurs qui, d'une certaine manière, peuvent justifier cette peine », à savoir « une vérité ou un principe qui se place au-dessus des hommes ». Cependant si, comme le dit Camus, rien ne se place au-dessus des hommes, si nous ne pouvons nous tourner ni vers Dieu ni vers la nature pour régler nos actes, comme pouvons-nous condamner comme immoral l’usage de la peine de mort ? Si, en quelque sorte, l’homme est la mesure de toute chose, comme pouvons-nous continuer à parler de morale ou de justice ? La peine de mort n’est pas injuste, elle n’est pas immorale, car ces notions n’ont plus aucun sens.
Pourquoi alors Camus se dresse-t-il passionnément contre la guillotine ? Parce que, écrit-il, « Le jugement capital rompt la seule solidarité humaine indiscutable, la solidarité contre la mort. » Dans un monde sans Dieu, il n’existe rien de supérieur au fait de vivre. Le bût suprême de la vie humaine, c’est de rester en vie. En vérité, le monde que décrit Camus, le monde dans lequel vit Meursault le « héros » de L’étranger, est un monde dans lequel la notion de dignité humaine a perdu tout sens. Mais c’est aussi un monde dans lequel tout lien humain a disparu, comme l’attestent l’indifférence et la solitude presque parfaites de Meursault. Meursault ne ressent rien à la mort de sa mère et tue un homme simplement « à cause du soleil ». Le seul moment où il manifeste brièvement de l’indignation est lorsqu’un prêtre l’exhorte à se repentir de ce qu’il a fait.
Quelle que soit l’admiration que nous puissions avoir pour Camus, l’homme et l’écrivain, il nous faut donc, sur la base de ses propres principes, renverser ses propositions : ce ne sont pas les abolitionnistes qui croient que l’être humain a une dignité, ce sont les partisans de la peine de mort ; ce ne sont pas les abolitionnistes qui sont moraux et qui se soucient de la « solidarité humaine », ce sont leurs adversaires, les partisans de la peine de mort, qui prennent au sérieux ce genre de choses.

26 commentaires:

  1. Alors voilà, je suis sans internet une semaine et quand je reviens, je découvre que les copains ont tous omis de commenter le dernier billet d'Aristide, pourtant très bon comme à l'ordinaire ! Ah, vous parlez d'une bande de frères ! Le pauvre doit être tout déprimé.

    Aristide, au cas où vous vous poseriez la question, comme la sorcière de Blanche-Neige à son miroir : oui, vous êtes toujours le meilleur d'entre nous.

    Et quel modernoeud, ce Camus ! Heureusement, Renaud lavera l'honneur du nom.

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    1. C'est bien aimable à vous Mat mais je vous rassure, je ne déprime pas. Je trouve même bien normal que les billets de milieu de série soient peu ou pas commentés. Mes fidèles lecteurs attendent la fin pour laisser éclater leur admiration et leur reconnaissance dans une tonnerre d'applaudissements. C'est tout naturel^^.

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  2. « Le chef de l’Etat qui décide que son pays doit entrer en guerre peut-il être sûr qu’il prend la bonne décision ? L’officier qui envoie ses hommes à une mort certaine peut-il être sûr que ce sacrifice est absolument nécessaire ? Non, bien sûr. Et cependant nous leur reconnaissons le pouvoir de prendre de telles décisions, et avec raison. Accorderions-nous plus de prix à la vie des pires assassins qu’à celle de nos soldats ? »

    Qui est ce « nous » ? Rien d’autre qu’un groupe de personnes reconnaissant le pouvoir comme légitime. Ceux qui ne le reconnaissent pas se contrefichent pas mal de ce que l’État demande à ses laquais.

    Que des gens sont assez bêtes pour aller se faire tuer sur commande n’est pas un argument pour justifier par ailleurs la mise à mort d’êtres humains. Qui n’ont rien demandé, eux.

    Le fait qu’une société survive par le sacrifice de certains de ses membres (ce qui mériterait une argumentation supplémentaire) n’implique pas que cette société est le droit de sacrifier ses membres contre leurs volontés.

    Ensuite la peine de mort n’est pas révocable au même sens qu’une peine de prison. Une vie gâchée par des années d’emprisonnement suivant une condamnation injuste vaut mieux que par de vie du tout.

    On peut également réfuter la peine de mort en observant que, empiriquement, les derniers régimes politiques à l’appliquer sont des théocraties moyenne-orientales, ou d’autres à peine moins affreux, comme la dictature chinoise ou les USA.

    La seule situation qui suspende l’interdit de tuer, c’est la légitime défense. La peine de mort, en tant que décision juridique, est toujours un crime.

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    1. “POLITICAL POWER, then, I take to be a RIGHT of making laws with penalties of death, and consequently all less penalties, for the regulating and preserving of property, and of employing the force of the community, in the execution of such laws, and in the defence of the common-wealth from foreign injury; and all this only for the public good.” §3

      “The difficulty is, what ought to be looked upon as a tacit consent, and how far it binds, i.e. how far any one shall be looked on to have consented, and thereby submitted to any government, where he has made no expressions of it at all. And to this I say, that every man, that hath any possessions, or enjoyment, of any part of the dominions of any government, doth thereby give his tacit consent, and is as far forth obliged to obedience to the laws of that government, during such enjoyment, as any one under it; whether this his possession be of land, to him and his heirs for ever, or a lodging only for a week; or whether it be barely travelling freely on the highway; and in effect, it reaches as far as the very being of any one within the territories of that government.”§119

      John Locke, 2nd Treatise of government

      En ce qui concerne le problème de la révocabilité, relisez plus attentivement s'il vous plait.

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    2. Ha, le cher Locke. En lisant son traité sur le gouvernement civil, j’ai été agréablement surpris de voir qu’il n’était pas exactement aussi à droite que ses prétendus héritiers néolibéraux voudraient le faire croire…

      Cela étant la citation en question explique que la peine de mort est nécessaire à la « préservation de la propriété ». Je ferais pourtant remarquer que la peine de mort n’est ordinairement réservée qu’à des crimes autrement plus graves que le vol (vous l’avez-vous-même écrit !), donc l’argument par la propriété est déjà assez fantaisiste pour ne pas dire irrationnel. Une société qui mettrait à mort n’importe quel voleur de droit commun n’aurait bientôt plus où donner de la tête. C’est évidemment complètement excessif si on compare le préjudice causé avec sa punition légale.

      Je veux bien que l’emprisonnement ne soit pas plus « révocable » que la mort : on ne peut pas annuler ce qui a été fait. Mais en cas d’erreur judiciaire, l’emprisonnement laisse la possibilité de faire réparation auprès de la personne concernée, ce que ne permet pas la peine de mort. L’emprisonnement est donc plus fiable et moins injuste.

      Je ne vois pas pourquoi vous faite intervenir la notion de « tacit consent » dans le débat ?

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    3. J’ai cité Locke tout simplement car j’avais l’impression que vous argumentiez à partir de prémisses très semblables aux siennes et qu’il me semblait donc pertinent de rappeler que de tels prémisses ne conduisent absolument pas à refuser la peine de mort.

      Vous dites avoir lu Locke, mais vous oubliez que dans le Second Traité Locke emploie le terme « property » pour désigner ce qui nous appartient en propre, c’est-à-dire nos droits, c’est-à-dire notre vie, notre liberté, nos biens.
      Voyez par exemple le paragraphe 87 : “Man being born, as has been proved, with a title to perfect freedom, and an uncontrouled enjoyment of all the rights and privileges of the law of nature, equally with any other man, or number of men in the world, hath by nature a power, not only to preserve his property, that is, his life, liberty and estate, against the injuries and attempts of other men; but to judge of, and punish the breaches of that law in others, as he is persuaded the offence deserves, even with death itself, in crimes where the heinousness of the fact, in his opinion, requires it.” Etc.
      Locke n’a évidemment jamais dit qu’il fallait exécuter « n’importe quel voleur de droit commun ».

      De la même manière, j’ai cité un paragraphe sur la question du consentement car il me semblait que c’était vous qui posiez avec insistance cette question : « Ceux qui ne le reconnaissent pas », « Qui n’ont rien demandé, eux », « contre leurs volontés » etc.

      Cela étant dit, au vu de ce que vous dites de Locke et des « néolibéraux » je ne suis plus du tout persuadé que vous partagiez ses prémisses. Mais du coup, le fondement rationnel de vos affirmations au sujet de la peine de mort me devient entièrement mystérieux.

      En ce qui concerne la révocabilité de la peine, vous êtes donc d’accord avec moi pour dire que la peine de mort n’est ni plus ni moins substantiellement révocable qu’une peine de prison.

      En ce qui concerne la réparation, vous ne pouvez dire qu’il est possible de réparer une peine de prison que si vous considérez comme à peu près équivalentes deux choses pourtant bien différentes : le temps et l’argent. Si vous admettez ce genre d’équivalence, pourquoi n’admettez-vous pas aussi que l’on pourrait compenser la peine de mort ? Par exemple en réhabilitant la mémoire de celui qui a été condamné, en prenant soin de sa veuve et de ses enfants, etc.
      Peut-être me direz-vous que cela n’a aucune importance lorsqu’on est mort. Mais ce n’est manifestement pas le point de vue de la plupart des gens, pour qui ce qui arrivera après leur mort n’est pas indifférent. Demandez-vous par exemple pourquoi on continue à débattre de la question des mutins de 14-18.
      En tout état de cause, comme je l’ai dit, structurer un système pénal autour de la question de la possible correction des erreurs judiciaires conduit à des résultats absurdes. Cela ne peut pas dicter le choix des peines ; ce qui n’empêche pas par ailleurs de prendre le maximum de précautions raisonnables pour éviter de telles erreurs – tout en sachant que celles-ci sont inévitables de temps à autre.

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    4. Merci d’avoir éclairé la notion de « property » de Locke. J’aurai peut-être dû le relire pour éviter les confusions.

      Concernant le problème de la réparation, je ne faisais pas allusion à sa dimension financière (l’équivalence temps=argent étant très discutable) mais à sa dimension « morale/affective ». Un mort ne peut jamais avoir la satisfaction de voir son innocence reconnue, c’est en cela que la peine de mort ne peut pas se compenser auprès de la personne lésée. Elle n’est donc pas réparable comme peuvent l’être les autres peines, c’est en cela qu’elle me choque (plus bas la discussion porte sur son efficacité ou sa non-efficacité).

      Vous affirmez qu’un système judiciaire ne devrait pas être conçu en fonction de la manière dont il répare ses erreurs, car il devient alors absurde. J’estime que ce n’est pas démontré, et même si ça l’était, cela veut dire que vous placez l’efficacité au-dessus de la justice (« rendre à chacun son dû », en l’occurrence libérez les innocentés).

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    5. Il est facile de voir qu’un système pénal ne peut pas être conçu en fonction de la manière dont il répare ses erreurs, il suffit de pousser cette logique jusqu’au bout : ne pas faire d’erreurs est mieux que les réparer et la seule manière de ne pas faire d’erreurs c’est de ne pas avoir de système pénal.
      Si vous refusez de pousser cette logique jusqu’au bout il vous faudra expliquer pourquoi, et où vous placez la limite. Quelle que soit la justification que vous donniez, vous aurez reconnu, même implicitement, que la réparation des erreurs ne peut pas être le principe directeur d’un système pénal. Cela peut être une considération parmi d’autres, éventuellement, mais certainement pas la seule ni la plus importante.

      Vous ne pouvez prétendre que la peine de mort place « l’efficacité au-dessus de la justice » que si vous oubliez quelque chose de très important : abolir la peine de mort au prétexte que des innocents pourraient, peut-être, être condamnés revient à coup sûr à empêcher certains criminels d’être condamnés à mort. Or un partisan de la peine de mort considère précisément que c’est ce qu’ils méritent. Leur dû, c’est la mort. C’est ce qu’ils ne recevront pas si vous décidez, de manière tout à fait arbitraire, qu’un système pénal devrait être conçu de tel manière qu’un innocent puisse toujours « avoir la satisfaction de voir son innocence reconnue ». Sous prétexte de sollicitude pour les éventuels innocents vous déniez aux victimes et à leurs proches la satisfaction de voir justice rendue.

      Nous savons qu’il existe des criminels abominables. Nous supposons qu’il est possible que parfois des innocents soient exécutés. D’un côté une certitude, de l’autre une simple possibilité, car, par exemple, combien de cas avérés, incontestables, d’innocents exécutés dans une démocratie libérale au 20ème siècle les partisans de l’abolition peuvent-ils alléguer ?
      Et pour chaque cas avéré (à supposer qu’il y en ait), combien de Michel Fourniret, de Dean Corll, de Marc Dutroux, de Frederic West ?
      Manifestement la balance n’est pas du tout égale. Il serait immoral autant qu’illogique de tolérer des injustices certaines au prétexte d’en éviter d’hypothétiques.

      Je note pour finir que, à part la question de la possible exécution d’un innocent, vous n’avez pas encore expliqué sur quoi reposait votre opposition de principe à la peine de mort ni pourquoi il faudrait considérer que « La peine de mort, en tant que décision juridique, est toujours un crime ».

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    6. La condamnation d'innocent n'est absolument pas hypothétique, elle est inévitable pour la peine de mort comme pour toute autre peine. Seules les conséquences différent grandement. Voici les chiffres USA pour les seuls condamnés libérés in extremis des couloirs de la mort: http://www.deathpenaltyinfo.org/innocence-and-death-penalty

      Et je ne vous parle pas de l'utilisation de la peine de mort faite dans les États encore moins démocratiques...

      J'ai d'autres raisons qui concernent cette fois le cas des coupables (encore que comme je le disais on est jamais sûr à 100% mais il faut bien rendre justice quand même). Pour les coupables donc, est-ce bien censés de les faire disparaître ? Si on considère qu'ils ont une dette vis-à-vis de la société, le travail forcé avec redistribution des richesses crées aux familles de victime est une alternative valable, non? (bien sûr c'est pour le coup un argument parfaitement "utilitariste").

      Autre raison cette fois éthique, et je vais rejoindre l'argumentaire qu'utilise Victor Hugo contre la peine de mort. La peine de mort supprime la possibilité de se repentir pour le coupable (ou d'être pardonné par autrui). Elle rejoint une vision pessimiste de l'être humain qui lui nie tout espoir de progrès ou de rédemption. Hugo était chrétien et argumentait en se servant de ses convictions religieuses -moi qui ne lui suis pas, il m'a convaincu.

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    7. Vous me confirmez donc que vous ne pouvez pas me citer de cas avérés, incontestables, d’innocents exécutés dans une démocratie libérale au 20ème siècle (et, entre nous soit dit, me renvoyer vers deathpenaltyinfo.org c’est à peu près comme me renvoyer vers Greenpeace pour discuter du réchauffement climatique, mais passons).
      Au surplus, quand bien même de tels cas existeraient, cela ne répondrait absolument pas à la question : pourquoi la possibilité qu’un innocent soit exécuté devrait-elle nous conduire à refuser catégoriquement la peine de mort ?
      Parce que la peine de mort n’est pas « réparable » de la même manière qu’une peine de prison ? Sans doute, mais il est tout aussi vrai qu’une peine de prison n’est pas « réparable » de la même manière qu’une amende, et qu’une amende n’est pas « réparable » de la même manière qu’une admonestation paternelle, et une admonestation qu’une absence de peine.
      Si votre souci essentiel est de n’infliger que des peines qui soient « réparables », il est totalement arbitraire de vous arrêter à la peine de mort et de conserver les autres types de peines. Comme je l’ai dit, la logique de cette position est, en définitive, de refuser tout châtiment, quel qu’il soit.
      Et c’est d’ailleurs exactement ce que l’on peut observer chez les partisans les plus cohérents de l’abolition.
      Le fait qu’il existe toujours une possibilité qu’un innocent soit exécuté et que la peine de mort ne soit pas « réparable » de la même manière qu’une peine de prison ne prouve qu’une seule chose : elle ne doit pas être prononcée et administrée à la légère. Mais personne n’a jamais dit le contraire.

      Je passe sur votre argument « utilitaire » car je pense que vous en sentez vous-même la faiblesse et que par ailleurs il n’est pas compatible avec ce que vous avez dit précédemment, à savoir que l’argent ne peut pas tout compenser.

      En ce qui concerne l’argument du repentir, il s’agit d’une pure pétition de principe. Pourquoi donc faudrait-il nécessairement laisser à un criminel une chance de se repentir ? Quand bien même on pourrait raisonnablement espérer que même les pires criminels seraient capables de repentir sincère (ce qui me parait totalement infondé, mais passons), un partisan de la peine de mort est précisément quelqu’un qui estime que certains criminels ne méritent pas de deuxième chance. Que leur crime est tellement énorme que seule leur mort peut le compenser, au moins partiellement.
      Cela n’a rien à voir avec une quelconque « vision pessimiste » de l’homme (et quand bien même ce le serait ?). On peut parfaitement admettre que l’humanité en tant que telle peut progresser, dans certains domaines, tout en reconnaissant que certains individus sont au-delà de toute rédemption.
      Et si vous adoptez une perspective chrétienne sur la question, il n’est pas besoin de vous lancer dans de savantes considérations théologiques, il suffit de remarquer, comme je l’ai fait, que le christianisme n’a historiquement jamais été hostile à la peine de mort. Le souci de la rédemption n’empêche nullement le châtiment, y compris le châtiment suprême.

      Je trouve en tout cas que tout cet échange illustre parfaitement ce que j’ai dit dans mon premier billet et que j’aurai l’occasion de redire, à savoir que l’abolition de la peine de mort va de pair avec un renversement total des priorités du système pénal, qui n’est plus tourné vers les victimes mais vers les criminels. Tous vos arguments sont centrés sur le condamné, c’est vers lui que va votre sollicitude. Vous ne dites rien sur les crimes, sur les victimes et sur la demande de celles-ci que justice soit rendue.
      Notez bien que je ne vous accuse pas d’avoir personnellement de la sympathie pour les criminels, ce n’est pas la question. Je dis juste que la logique de votre position vous conduit à vous soucier davantage des criminels que de leurs victimes. Evidemment, lorsque c’est le système pénal lui-même qui fonctionne ainsi, les résultats sont désastreux.

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    8. « Certains individus sont au-delà de toute rédemption. »

      Et bien justement pas, on ne peut pas le savoir à l’avance (que X regrette, etc.) sauf à être devin. La peine de mort ne fait pas de distinction entre un criminel qui aurait pu se repentir (ce qui ne veut pas dire que la prison à vie est à alléger !) et celui qui ne fera pas. Vous parliez des victimes mais justement, la peine de mort empêche les victimes d’avoir le réconfort moral que les criminels demandent à être pardonné. Ce n’est pas négligeable.

      J’ai deux autres arguments qui ne sont pas centrés sur les coupables (j’ai n’ai pas l’impression d’être partial dans ma « sollicitude », j’essaie de voir la question sous différents angles) : la peine de mort n’est pas seulement terrible pour celui qui la subit, elle affecte l’ensemble des proches de manière infiniment plus violente que la prison. Dans certains cas elle peut ruiner économiquement une famille.

      Deuxièmement la peine de mort est exécuté par l’État et (je vais me faire traiter d’anarchiste) je trouve particulièrement effrayant de laisser à l’État un tel pouvoir sur sa population (on rejoint le cas des fusillés « pour l’exemple » de 14). Mais là encore vous pourriez me dire : « il est totalement arbitraire de vous arrêter à la peine de mort et de conserver les autres types de peines ».

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    9. Lorsque je dis que certains sont au-delà de toute rédemption je fais référence à leurs actes, pas à leur âme, bien entendu. C’est simplement une autre manière de dire que certains crimes sont suffisamment atroces pour que leurs auteurs ne méritent pas une seconde chance, quand bien même ils seraient capables de la saisir, ce que personne ne peut savoir. Mais c’est précisément parce que nous ne lisons pas dans le cœur de nos semblables que la question de la rédemption ne doit pas entrer en ligne de compte : un jugement criminel doit être aussi objectif que possible, particulièrement si la peine de mort peut être prononcé. Il doit donc porter essentiellement sur des faits, sur ce qui a été accompli, et non pas spéculer sur un avenir par définition inconnu.

      Vous dites que les victimes cherchent le « réconfort moral » qui vient du fait que le criminel demande pardon. Je n’en suis pas du tout persuadé, mais quand bien même ce serait le cas, cela ne changerait rien à l’argument.
      D’une part rien n’empêche que le criminel se repente et demande pardon entre le moment où il est condamné et le moment (souvent longtemps après) où il est exécuté.
      D’autre part le pardon n’est pas exclusif du châtiment, au contraire. La condition du pardon, c’est d’accepter son châtiment. A strictement parler celui qui se repent est celui qui reconnaît la gravité de sa faute et qui par conséquent reconnaît le caractère justifié de la peine qui lui est infligée. A la limite, un criminel qui se repent sincèrement devrait demander lui-même à être exécuté et marcher volontairement à l’échafaud. Le punir serait lui rendre service. De toute façon l’acceptation du châtiment est la seule manière dont nous disposions pour juger de la sincérité d’un repentir, précisément parce que nous ne lisons pas dans le cœur de nos semblables.

      En ce qui concerne l’effet de la peine de mort sur les proches du criminel, le problème que vous soulevez n’est pas spécifique à la peine de mort : aucun homme n’étant une île – sauf très rares exceptions – il est impossible de le punir en faisant en sorte que sa punition n’affecte strictement que lui. Mais ça c’est avant tout le problème du criminel : s’il tient à ses proches c’est à lui d’y penser avant d’agir. C’est une partie de sa responsabilité en tant qu’être humain, de cette responsabilité qui fait qu’il doit répondre de ses actes. On peut considérer que savoir que vos proches seront affectés par votre disparition fait partie de la peine elle-même.
      Mais en même temps je vous rassure : les grands criminels sont très rarement de bons pères de familles qui laissent derrière eux une veuve et des enfants éplorés. C’est pourquoi d’ailleurs il ne serait vraiment pas raisonnable de s’abstenir de les punir comme ils le méritent, par la mort, sous prétexte qu’ils manqueront à quelqu’un : il est très possible au contraire que leur mort soit accueillie comme un soulagement par leur famille. Prenez par exemple le cas de Frederick West, dont je reparlerai plus tard. Je suis intimement convaincu que les enfants qui lui restaient ne se sont pas trouvés mal du tout de sa disparition (il s’est pendu). On leur aurait rendu service en l’exécutant. Et ce n’est certainement pas un cas isolé.
      En tout état de cause, spéculer sur l’effet qu’aura la mort du criminel sur ses proches est identique au fait de spéculer sur son possible repentir : c’est délaisser ce que nous pouvons connaître (ses crimes) pour ce que nous ne pouvons pas connaître (l’avenir), et, ultimement, c’est paralyser toute justice car le même genre d’argument pourra être opposé peu ou prou à n’importe quelle peine.

      Enfin, vous avez effectivement parfaitement compris ce que j’aurais à répondre à votre dernier argument. Ce que vous rejetez ce n’est pas la peine de mort, c’est le jugement en tant que tel.
      Personnellement, je doute que même l’anarchiste le plus convaincu puisse soutenir une telle position jusqu’au bout.

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    10. Merci pour votre réponse.

      Je constate que votre position résiste assez solidement à ma batterie d’arguments. C’est inattendu. Je ne peux pas dire que ça m’enchante particulièrement, mais je suis ravi d’avoir un interlocuteur qui défend correctement sa thèse.

      Bien que non-convaincu, je vais laisser passer un peu de temps pour réfléchir à tout cela. Soyez certain que je me manifesterai dans les prochains billets de votre plaidoyer si l’esprit d’escalier agit avec la malice qu’on lui connaît.

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    11. Je me doute bien que vous n'êtes pas si facilement convaincu, mais votre honnêteté vous honore.
      A plus tard peut-être.

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  3. @La seule situation qui suspende l’interdit de tuer, c’est la légitime défense. La peine de mort, en tant que décision juridique, est toujours un crime.

    Cela est évidemment faux. La notion même de crime ne peut l'être qu'en rapport avec la LOI. Si la loi prévoit la peine de mort alors celle-ci est légitime et ne peut en aucun cas être un crime..

    Extrait de l'article d'Itinéraires N°43 par Yves Daoudal: "La peine de mort", sur de l'essai de R.L. Bruckberger: "Oui à la peine de mort" (Plon, 1985)

    Fondamentalement, comme toujours, il faut rendre leur sens aux mots. D’abord à celui de justice. Face à la « rêverie de justice » d’un Badinter, « une justice sans coercition, une justice sans châtiment », le père Bruckberger donne « la conception de saint Louis ». L’exercice de la justice fait par­tie intégrante de la souveraineté : « endommager la justice, c’est corrompre la souveraineté ». « La justice c’est rendre à chacun son dû. » Elle comprend la munificence (récompen­ser le mérite) et la vengeance (châtier le crime).

    Et c’est à une véritable réhabilitation du juste concept de vengeance que se livre le père Bruckberger. « La vengeance s’exerce en infligeant une peine et un châtiment proportionnés au détriment. Et voici le point capital : dans l’exercice de la vengeance, ce qui importe le plus, ce n’est pas la peine infligée, c’est l’état d’âme de celui qui exerce la vengeance. » Si son intention est de faire mal au criminel, elle est évidemment illé­gitime, car elle relève de la haine. « Le vengeur ne doit avoir en vue que le bien général de la société dont il a la charge. (…) Comme la guerre, la vengeance n’est légitime que pour un plus grand bien. » Abolir la peine de mort, c’est affaiblir considéra­blement le bras vengeur de la justice, et donc l’État, et « encore les assises mêmes de la civilisation ».

    Le père Bruckberger n’hésite pas à prendre en considéra­tion ce qu’on peut considérer comme le plus élevé des arguments abolitionnistes, tel qu’il a été formulé par Ca­mus : « Sans innocence absolue, il n’est pas de juge su­prême. » Bruck répond simplement que si ce juge suprême existait nous serions tous condamnés à mort, et que, préci­sément, nous sommes tous condamnés à mourir… Ce n’est pas là le problème. La personne humaine est au-dessus de l’État. L’État n’a justement pas à être juge suprême, juge des consciences. La peine de mort ne se justifie que par des raisons relatives, « tenant beaucoup aux circonstances, mais à des circonstances malheureusement impérieuses ». La jus­tice absolue est impossible. L’imaginer, c’est vouloir se met­tre à la place de Dieu. Et là l’utopie devient criminelle. Quand l’homme se met à la place de Dieu ça finit mal : « Les régimes communistes sont les régimes les plus meur­triers de l’histoire, précisément parce qu’ils se prétendent innocents, porteurs de la justice absolue. A cause de la même prétention, ils sont aussi les plus menteurs. »

    La « justice absolue » sur la terre des hommes est donc une fausse piste. Et le père Bruckberger nous indique, ma­gnifiquement, la voie royale de la sagesse traditionnelle cou­ronnée par le christianisme. A partir du mythe d’Œdipe, il montre comment les Grecs anciens avaient une conception cosmique de la justice, opposée à notre conception individua­liste étriquée. Oedipe, parricide et incestueux sans le savoir, serait aujourd’hui acquitté. Mais il a conscience d’avoir gra­vement perturbé l’ordre de l’univers, et il se châtie lui-même pour ses crimes. Car le châtiment est purificateur, il rétablit l’ordre cosmique et réintègre le criminel dans cet ordre.

    Les Hébreux, poursuit le père Bruckberger, avaient plus que les Grecs encore « le sentiment que chacun d’entre nous est responsable de l’ordre cosmique ». Chacun d’entre nous perturbe cet ordre par son péché.

    Chacun d’entre nous est responsable « de l’ordre cosmique tout entier, aussi bien spi­rituel que matériel, aussi bien invisible que visible », et c’est cela qui fonde sa dignité, une dignité « unique, incompara­ble, proprement divine ».

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    1. Je me suis mal exprimé. Je n'étais pas en train de dire que le droit considère la peine de mort comme un crime lorsqu'il l'emploi dans son arsenal juridique, j'étais en train d'émettre une critique du droit d'un point de vue éthique.

      Quant à "rendre à chacun son dû", vous pensez que la peine de mort "rend" à celui qu'elle assassine quelque chose? Le pardon de la collectivité? Je crois qu'il préférait ne pas être pardonné, à choisir.

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  4. Monsieur Razorback,

    Je vous avais très bien compris. Nous baignons depuis 33 ans dans la moraline la plus visqueuse.

    Ci-après un texte datant de 2006 trouvé sur un blog:


    Jeudi 23 mars 2006

    Plaidoyer pour le rétablissement de la peine capitale

    Cette actualité m'incite à revenir sur un sujet que certains semblent ne plus vouloir aborder. Et pourtant… Vingt-cinq ans après le vote pour l'abolition de la peine de mort en France, en violant allègrement et sans état d’âme l’opinion populaire de l’époque, cette loi révèle désormais ses poisons. Justifiée alors par « le caractère inaliénable du droit à la vie pour chaque individu », cette législation exhalait déjà les relents d'une déresponsabilisation de l'individu qui, de criminel, deviendrait victime de sa condition sociale, de la société corruptrice ou psychiquement malade. En un mot, innocent malgré lui…
    Depuis, l'édifice judiciaire censé protéger la société se fissure et s'effondre progressivement. La perpétuité n'existe plus, les peines s’édulcorent avec une Justice maniant subtilement confusion des peines, réductions et amnisties diverses sans parler des libérations conditionnelles pour raison de santé.
    Les familles des victimes, lorsqu’elles sont confrontées au drame, découvrent alors brutalement la vacuité totale de notre système pénal.
    En coulisse, la classe politique engluée dans la gestion économique d'un pays en faillite et en crise morale grave, pratique la "politique du chien crevé au fil de l'eau", s'abandonnant à des groupes de pression souvent minoritaires mais efficaces qui manipulent la société et lui dictent ses orientations.
    Notre société répudie ainsi progressivement ses racines et ses repères moraux, en particulier familiaux et religieux. Elle tolère puis accepte, quand elle ne les suscite pas, nombre de déviances et perversions comme autant de particularismes respectables. De cette cohorte qui s'emploie à redéfinir ou imposer de nouvelles normes "sociétales", émergent de monstrueux mutants d'un égocentrisme démesuré, avides de jouissances (si possible frappées d'interdit), gavés de pornographie et de violence et qui constituent le vivier de ces vagues de criminels. Le récit de leurs crimes, censuré bien souvent par décence, dépasse au sens propre l'imagination humaine.

    « La barbarie n’est pas de punir les coupables, c’est de priver de protection les innocents… »

    La suite: http://jeanlucboulard.over-blog.com/article-2236189.html

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  5. Vis-à-vis de la citation finale, je dirai que les gens ne sont pas mieux protégés du fait que leurs bourreaux sont physiquement éliminés. Ce sont deux problèmes distincts.

    Et puis même si le système judiciaire français est très critiquable il faut bien reconnaître que depuis l’abolition de la peine de mort, le nombre annuel d’homicides a continué de baisser jusqu’à atteindre aujourd’hui son plus faible niveau. Donc ça me semble assez fallacieux de dire que la menace de mort protège la société.

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    1. Je regrette de ne pas avoir les chiffres sous la main mais il est évident que la peine de mort limite largement les crimes de sang.
      Croyez-vous que si la peine de mort était encore en vigueuer il y aurait autant d'assassinats en Corse ?

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    2. Pourtant les chiffres disent le contraire. Cela étant si on regarde depuis les années 80 les meurtres diminuent mais malheureusement la société n’est pas forcément plus pacifique, car il y a une hausse des trafics et faits de délinquances (ce qui s’explique en partie par le contexte économique je pense).

      http://quoi.info/actualite-societe/2013/01/18/insecurite-delinquance-est-ce-quon-tue-plus-en-france-quavant-1151088/

      Pour ce qui est de la Corse je ne suis pas expert sur la question, mais j’aurai tendance à dire que c’est l’omerta qui facilite la criminalité en général. Comme les coupables sont très difficilement arrêtés, la peine de mort ne risquerait pas d’être plus dissuasive. Je doute également que le gouvernement actuel déploie des moyens supplémentaires pour répondre aux problèmes de sécurité…

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    3. La question du caractère dissuasif de la peine de mort ne peut pas être réglée simplement en regardant le taux d'homicide car ce taux dépend de bien d'autres facteurs que la peine capitale.
      A l'inverse, on peut soutenir que la peine de mort a un effet plus large que les crimes pour lesquels elle est appliquée.
      Je reviendrai sur la question de la dissuasion dans le prochain billet.

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    4. Il y a effectivement d'autres facteurs, mais ça montre au moins que l'abolition de la peine de mort n'a pas augmenté les crimes. On ne peut donc pas la défendre avec le dernier argument de Roland Gérard.

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    5. @ La question du caractère dissuasif de la peine de mort ne peut pas être réglée simplement en regardant le taux d'homicide car ce taux dépend de bien d'autres facteurs que la peine capitale.

      Bien entendu et je suppose que vous allez revenir sur le sujet dans les billets suivants. On notera qu'il y a en Corse chaque année entre 17 et 25 assassinats, Par conséquent on peut dire que la peine de mort y est décidéee - sans procès bien sûr - et éxécutée.

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    6. « ça montre au moins que l'abolition de la peine de mort n'a pas augmenté les crimes. »

      Non, pas davantage. On peut très bien imaginer, par exemple, que l’abolition de la peine de mort a contribué à augmenter le taux de tel ou tel crime mais que pendant le même temps d’autres facteurs ont contribué à les faire baisser encore davantage. Bref, on ne peut tirer de cette observation aucune conclusion rigoureuse au sujet du caractère dissuasif de la peine de mort.
      Que la peine de mort soit dissuasive, au moins un tout petit peu, c’est moralement certain, mais établir ses effets statistiques au-delà de tout doute raisonnable c’est une autre histoire.
      Au surplus ce n’est pas si important.

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  6. Viva la muerte, viva!

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    1. Ma réponse du dessus est certainement lapidaire mais elle résume parfaitement ce que je pense du traitement que l'on doit réserver aux assassins de tout poil.

      Je ne comprends pas pourquoi, on doit être compréhensif avec des êtres qui ont tué, égorgé, éventré, étripé voire écorché et de sa peau en faire un canoë rose, non je ne trouve aucun excuse donc la loi du Talion: " Œil pour œil , dent pour dent".

      Que les moralistes ne viennent pas me demander si en cas de légitime défense ce même procédé doit être appliqué, la réponse est non; pourquoi?

      Mais un gredin s'introduit chez moi pour me délester de mes biens ou pire, je ne vois pas pourquoi je n'aurais pas le droit de lui offrir un lifting à coup de merlin, lui par contre aura le droit de me mettre un tampon sur le nez.

      Pour les défenseurs du " No gun" pour les gentils citoyens, samedi dernier dans le 94 de gentils garçons se sont expliqués avec des marteaux , doit on pour cela interdire la vente libre de ces outils dans les bricorama,

      Certes l' abolition de la peine de mort n' pas fait augmenté les délits mais ils n'ont pas baissé non plus par contre l'insécurité malgré les rodomontades de Benito Valls; elle augmente, il est vrai que les policiers ne peuvent protéger les citoyens lambda et les copines de notre bien aimé président.

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