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mercredi 9 avril 2014

Discrimination positive : la perversité de la diversité (5/5)



 
Les preuves de la réalité de l’effet Mismatch sont désormais trop nombreuses pour pouvoir être ignorées – ce sans compter le fait qu’elles corroborent ce que, dans le fond, peut savoir tout enseignant qui connaît son métier : mélanger les élèves de niveaux très différents ne profite ni aux uns ni aux autres.
Toutefois, la seule manière de clore définitivement le dossier serait de pouvoir mener une « expérience contrôlée », dans laquelle on observerait ce qui se passerait si le système des quotas raciaux disparaissait brusquement. Un tel type d’expérience est rarement possible dans le domaine des sciences sociales, où l’on doit le plus souvent se contenter de substituts et de preuves indirectes. Mais, par extraordinaire, une situation de ce genre s’est produite en Californie lorsque que, en adoptant par référendum la « proposition 209 », en novembre 1996, la population de cet Etat a décidé de supprimer toute forme de discrimination positive.
Il a ainsi été possible d’observer in concreto ce que devenaient les étudiants issus des « minorités visibles » dans les universités californiennes, dès lors que ceux-ci n’étaient plus recrutés sur quotas. L’expérience n’a pas été tout à fait complète, car le système des préférences raciales n’a pas totalement disparu, et elle a duré peu de temps car, en quelques années, les universités avaient reconstitué secrètement l’arsenal de la discrimination positive, mais elle a produit quelques résultats spectaculaires, qui tous confirment les effets pervers de la discrimination positive, et l’inexistence des bienfaits que ses défenseurs lui attribuent.
Au moment où la « proposition 209 » était débattue, il a ainsi souvent été avancé par les adversaires de cette proposition que l’abolition du système des quotas raciaux aurait pour effet de faire chuter dramatiquement, non seulement le nombre d’étudiants Noirs et Latinos dans les meilleures universités, mais aussi le nombre de candidatures.
Que moins de Noirs et d’hispaniques soient admis dans les universités les plus sélectives dès lors que le recrutement se fait sur le seul niveau scolaire était attendu, et même souhaitable pour en finir avec l’effet d’inadéquation. Mais les partisans de la discrimination positive anticipaient aussi un « effet de glaciation » (chilling effect) sur les candidatures, à savoir que nombre de Noirs et d’hispaniques ayant le niveau pour être admis refuseraient d’intégrer des campus dans lesquels leur nombre serait en chute libre. Autrement dit, l’argument était que l’existence de la discrimination positive envoyait un message de bienvenue à tous les candidats « de couleur », et les encourageait à tenter leur chance, tandis que la suppression des mesures de traitement préférentiel enverrait le message inverse : les « minorités » ne sont pas les bienvenues ici.
Plus largement, l’idée est que la discrimination positive servirait à créer sur les campus une certaine « masse critique » (de taille indéfinie), masse critique qui serait nécessaire pour que les candidats de la « diversité » osent se présenter. En gros : si ce College a si peu d’étudiants noirs, c’est qu’il n’est pas fait pour moi, qui suis afro-américain.
L’idée est suffisamment plausible pour ne pas pouvoir être balayée d’un revers de main, et suffisamment vague pour ne pas pouvoir être facilement mise à l’épreuve, aussi a-t-elle beaucoup servi aux partisans de la discrimination positive. Mais l’expérience californienne a montré qu’elle était erronée. En effet, alors que le nombre d’étudiants « issus des minorités » admis dans les meilleures universités californiennes baissait suite au bannissement de la discrimination positive, le nombre de candidatures de ces mêmes étudiants augmentait significativement. Tout s’est passé comme si la suppression de la discrimination positive rendait les campus californiens plus attractifs, en comparaison des autres universités américaines de rang équivalent. Ainsi, la probabilité qu’un excellent étudiant « de couleur », susceptible d’être admis dans à peu près n’importe quelle université d’élite aux Etats-Unis, accepte l’offre de recrutement d’une université californienne a substantiellement augmenté après la fin de la discrimination positive. 


Comment l’expliquer ?
On peut penser que les candidats ont trouvé attractive la perspective d’entrer dans un College où la couleur de leur peau ne leur vaudrait pas le soupçon qu’ils ont été admis sur quotas et qu’ils ne méritent pas leur place. Peut-être ont-ils également anticipé que la vie étudiante serait plus facile pour eux, qu’ils seraient davantage libres d’être simplement des étudiants, et non des membres représentatifs d’une « minorité ethnique ». Et l’on comprend aisément qu’ils aient jugé attirante la possibilité d’obtenir un diplôme qui serait exempt du soupçon infamant de favoritisme.
Enfin, il n’est pas interdit de penser que la fin (officielle) de la discrimination positive a encouragé les lycéens « de couleur » à travailler plus dur pour pouvoir entrer dans l’université de leur choix, sachant qu’ils ne pourraient plus bénéficier de passe-droit pour ce faire.
Tournons-nous maintenant du côté de la scolarité des étudiants post-discrimination positive.
La « proposition 209 » n’a malheureusement pas fait totalement disparaître les privilèges raciaux, car les universités californiennes ont presque immédiatement développé tout un ensemble de contre-mesures afin de continuer à favoriser secrètement les candidatures « issues de la diversité ». La différence de niveau entre les Noirs et les Latinos d’un côté, et les Blancs et les Asiatiques de l’autre, ne s’est donc réduite que d’une trentaine de pourcents.
Mais cela a été suffisant pour produire des effets nets et bénéfiques pour les premiers concernés.
Tout d’abord la « proposition 209 » a conduit à une redistribution des étudiants Noirs et Latinos entre les différents établissements formant l’Université de Californie. Leur taux d’admission à Berkeley et UCLA – les deux établissements les plus prestigieux – a baissé respectivement de 42 et 33%, mais il a augmenté de 22% à Irvine, 18% à Santa Cruz et 65% à Riverside, trois College moins cotés.
En second lieu, dans les différents campus de l’Université de Californie, entre 1992 et 1997, seuls 22% des étudiants noirs avaient obtenu leur diplôme en quatre ans – la durée normale de la scolarité au College. Entre 1998 (date d’entrée en vigueur de la « proposition 209 ») et 2003, ce taux est passé à 38%, un quasi doublement. Pour les hispaniques, ce taux est passé de 27% à 40%.
Ainsi, en dépit de la baisse importante du nombre d’étudiants noirs et hispaniques admis à l’Université de Californie suite à la fin (officielle) de la discrimination positive, le nombre de diplômés noirs et latinos n’a pas décru, et a même légèrement augmenté. Ce qui signifie que l’Université de Californie est devenue soudainement beaucoup plus efficace pour former les étudiants issus des « minorités ethniques », et en faire des diplômés promis à un brillant avenir. Ou, pour le dire autrement, l’Université de Californie s’est soudain mise à gâcher beaucoup moins de potentiel humain que du temps de la discrimination positive. 


Malheureusement, ces excellentes nouvelles n’ont pas été aperçues ou, si elles ont été aperçues, n’ont pas été prises en compte. Focalisés de manière obsessionnelle sur le nombre de Noirs et d’hispaniques présents sur leurs campus – particulièrement les campus les plus prestigieux -, et catastrophés de voir ce nombre décliner, les dirigeants de l’Université de Californie ont petit à petit remis en place des sortes de quotas raciaux, de sorte que, en 2007, la discrimination positive avait été secrètement ressuscitée.
L’expérience californienne nous confirme donc, d’une part, que la discrimination positive n’est pas seulement injuste mais aussi inefficace, qu’elle nuit gravement à ceux qu’elle est censée aider, et, d’autre part, qu’elle est devenue pour ses partisans un article de foi, un dogme qu’aucune étude, aucune statistique, aucun argument ne saurait remettre en cause.
Or, malheureusement, pour une université, ou plus généralement une institution déterminée à perpétuer le système injuste de la discrimination positive, il existe de nombreux moyens de contourner la loi qui prohibe ce système.
Les auteurs de Mismatch en tirent donc la conclusion que la solution aux maux de la discrimination positive ne se trouve sans doute pas dans son interdiction pure et simple. Outre que le sujet est probablement trop explosif pour espérer que le législateur s’en empare et interdise formellement tous les passe-droits à destination des « minorités », il existe en démocratie bien des limites à ce que les pouvoirs publics peuvent faire pour faire respecter une telle interdiction.
Bien que moralement plus satisfaisante, une attaque directe contre la discrimination positive n’est donc sans doute pas la plus prometteuse. Sanders et Taylor estiment ainsi, en conclusion de leur ouvrage, que le plus simple et le plus efficace serait non pas d’interdire la discrimination positive mais d’obliger ses partisans à opérer à la lumière du jour.
Non pas interdire les quotas raciaux, mais obliger les universités, contrairement à ce qu’elles font aujourd’hui, à rendre accessibles toutes les données relatives à ces quotas. Les obliger à rendre publique l’ampleur des préférences raciales, à publier les taux de réussite des différentes catégories d’étudiants, et ainsi de suite. De ce fait, les « consommateurs » universitaires – c’est-à-dire les étudiants, leurs parents, ainsi que les employeurs – pourraient voter avec leurs pieds en désertant les établissements qui, sous couvert d’aider les « minorités » les enfoncent et, sous prétexte de combattre les « préjugés raciaux », contribuent réellement à les créer et les entretenir.
Toutefois, dans la mesure où les partisans de la discrimination positive comprennent parfaitement quel danger mortel la lumière du jour représente pour eux, il est bien évident que cette transparence devra leur être imposée, et par conséquent qu’il ne sera pas possible d’éviter une bataille politique au sujet de la discrimination positive. Mais il sera assurément beaucoup plus simple de mener cette bataille au nom du « droit à l’information » et de la « transparence », sans prétendre supprimer les passe-droits à destination des « minorités », que d’attaquer frontalement la fille, même hideuse et illégitime, de la passion pour l’égalité.
Cela dépendra de facteurs que nul ne maîtrise, tels que la présence aux commandes d’hommes politiques courageux et clairvoyants, ou bien de juges ayant les mêmes qualités dans les cours constitutionnels, et, en ce sens, la disparition de la discrimination positive sera en partie une question de chance.
Mais, s’il est vrai, selon l’adage de Pasteur, que la chance ne favorise que les esprits préparés, on peut dire que les auteurs de Mismatch auront fait tout ce qui est en leur pouvoir pour préparer un jour l’abolition si nécessaire de ce système injuste et nuisible à tous.


Addendum : en complément, pour ceux qui souhaiteraient poursuivre la réflexion, un article récent sur le sujet : http://www.nationalreview.com/corner/356718/devastating-affirmative-action-failure-heather-mac-donald

Ajout du 25/04 : une décision importante de la Cour Suprême qui pourrait marquer une étape décisive vers la fin de la discrimination positive aux Etats-Unis : http://www.nationalreview.com/article/376512/let-people-decide-charles-krauthammer

2 commentaires:

  1. Ce "pentateuque" est vraiment passionnant, éclairant, instructif, et j'en passe ! On en veut d'autres !

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