Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 29 mars 2011

La maladie naturelle de la France


Nicolas Sarkozy terrassant le Léviathan... ou bien lui donnant à manger ?


Dans les notes de lecture prises par Tocqueville à l’occasion de la préparation de l’Ancien Régime et la Révolution, je trouve la chose suivante :

« Je demandais à Lanjuinais (janvier 53) s’il ne serait pas intéressant de rechercher les causes du socialisme en France. Il me répondit ce maux profond et original : le socialisme est notre maladie naturelle. Il sort naturellement de nos lois, de nos idées, en matière de gouvernement, de la construction politique et administrative de notre société. Il est à la centralisation ce que le sauvageon est à l’arbre cultivé et greffé. »

Ah ! enfin je le prends en défaut, cet oracle de la démocratie. Sur ce point au moins, il s’était trompé. Peut-être cette observation qu’il juge « profonde et originale » a-t-elle eu quelque pertinence, il y a longtemps. Mais aujourd’hui, dans notre cher et vieux pays, les marchés règnent en maîtres cruels et sans pitié, le service public agonise, saigné à blanc par la Révision Générale des Politiques Publiques (a-t-il jamais existé un nom plus anodin pour une politique plus brutale ?), tandis qu’il n’y pas un sot militant de l’UMP, pas un chétif libéral portant son Adam Smith sous le bras, qui ne veuille avoir la gloire de lui porter le dernier coup de pied.
Et puis, dans le dernier numéro de la revue Commentaire (n°133), je tombe sur l’article suivant de Rémy Prud’homme. L’auteur écrit au Parti Socialiste qui vient de remporter les élections législatives de 2012. Je transcris pour vous cette missive fictive :

Chers amis socialistes,

La droite vous laisse en cadeau le pays le plus socialisé du globe. On dispose d’un bon indicateur du degré de socialisme ou d’étatisation d’un pays : le poids de la dépense publique dans le PIB. Ce ratio est calculé par le FMI pour chacun des pays du monde, et accessible d’un clic sur internet. Il rapporte à la production nationale ce qui est dépensé par les gouvernements nationaux et locaux, hors marché, c’est à dire par des politiciens plutôt que par des ménages ou des entreprises. Eh bien, avec 56%, la France de 2010 fait mieux que tous les autres pays du monde - sauf un (la Corée du Nord et Cuba sont malheureusement hors concours : le FMI ne donne pas de chiffres pour ces sérieux concurrents de la France). Cocorico ! Nous sommes déjà le pays le plus collectivisé du globe.
Ce ratio sous-estime d’ailleurs fortement le poids du « public » parce que la dépense n’est que l’une des formes de l’intervention politique. S’y ajoutent toutes les normes, obligations, interdictions - bien entendu justifiées - qui surveillent, contrôlent, encadrent, réglementent, dirigent la partie « privée » de l’économie, et qui sont omniprésentes. Au delà des domaines régaliens classiques, la plupart des secteurs, de l’éducation à l’agriculture, en passant par la culture, les transports, le logement, l’énergie, le crédit, la recherche, sont assez largement étatisés en France.
Nous sommes donc assez loin du « tout-marché », de « l’abandon du service public » ou de « l’ultra-libéralisme » que vous avez vilipendés avec talent durant la campagne électorale. (...) Mais ces diatribes étaient de bonne guerre. Qu’un pays socialiste soit enfin dirigé par des socialistes, c’est bien la moindre des choses.
Vous avez promis davantage de socialisme, c’est à dire plus dépenses publiques pour l’éducation, les transports publics, les pauvres, l’environnement, les prisons, la justice, la police, le logement social, la recherche, les retraités, ou les intermittents du spectacle.  Bref, porter notre ratio dépense publique sur PIB bien au-delà de 56%.
Pour y parvenir on peut jouer sur deux tableaux : augmenter les revenus publics, augmenter les déficits publics. Sur chacun de ces terrains, nous ne sommes pas les meilleurs. Une demi-douzaine de pays ont un ratio revenu public sur PIB plus élevé que notre 48%. Deux parce qu’ils ont une fiscalité plus lourde : la Suède et le Danemark. Les autres parce qu’ils disposent d’une rente pétrolière importante : la Norvège, Brunei, le Koweit, la Lybie, l’Irak. En matière de déficit public, la concurrence est rude, et en 2010, année de crise, notre 8% est dépassé par une vingtaine de pays (...).
Mais nous combinons ces deux instruments mieux que tous ces pays. Ceux qui ont les revenus publics les plus élevés ont des excédents budgétaires ou des déficits modérés (...). Et beaucoup des pays à déficit plus importants que la France ont une fiscalité plus légère (Etats-Unis, Irlande, Espagne).
Pour tenir les promesses faites, la voie est donc bien définie. Il faut et il suffit de combiner un déficit élevé et une fiscalité lourde. Pourquoi ne serions nous pas capables de faire aussi bien que les Espagnols en matière de déficit ? Et aussi bien que les Danois en ce qui concerne la fiscalité ? N’écoutez pas ceux qui vous disent que cela n’est pas faisable ou pas désirable. Ce sont des réactionnaires.
Il y a un pays, un seul, qui nous ravit la première place au podium mondial de la dépense publique : l’Irak, avec un revenu public (pétrole et aide militaire étrangère) qui représente 76% du PIB et un déficit qui s’élève à 14%, ce qui fait une dépense gouvernementale de 90% du PIB. Cette prééminence est irritante, humiliante même. Amis socialistes, nous comptons sur vous pour mettre les bouchées doubles, et coiffer sur le poteau ces insolents Irakiens dans les cinq ans qui viennent.

Quel mauvais plaisant ce Prud’homme ! Oser badiner ainsi en ces heures si sombres ! Et puis de toutes façons, tout le monde sait bien que le FMI n’est rien d’autre que le chien couchant des capitalistes mondialisés ; le valet des banquiers, qui se gobergent de leurs crimes sous des plafonds dorés tandis que les vertueux travailleurs se tordent de faim sur leur grabats. Comment ? On m’informe que le FMI est dirigé par celui qui pourrait bien être le prochain président socialiste de la France ? Mais alors, serait-il possible... ? La tête me tourne. Alexis, me pardonneras-tu jamais d’avoir douté de toi ?

3 commentaires:

  1. "On m’informe que le FMI est dirigé par celui qui pourrait bien être le prochain président socialiste de la France ? "
    Cher Aristide
    Eloignez de moi ce cauchemar !
    Hollande pointe le bout de son nez. En plus, il a beaucoup maigri, pour faire jeune (c'est un peu loupé, je trouve). Il a donc toutes ses chances ^^

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  2. Très franchement, je me méfie de cette baudruche médiatique qu'est la candidature Strauss-Kahn. L'élection est encore très loin et Dieu seul sait ce qui se passera d'ici là. Je ne suis pas du tout sûr que notre chouchou des médias tiendra la route. Mais bien entendu il est évident que les socialistes auront une chance sérieuse de l'emporter étant donné l'ineptie de notre président. Prenons patience, ce n'est pas encore l'heure des comptes.

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  3. Ce sont les médias qui ont fabriqué la candidature de Ségolène la dernière fois. On la voyait partout, dans tous ses déplacements, dans sa région et à l'étranger. Elle était devenue familière aux Français.
    Strauss-Kahn ne pourra jamais jouir de cette "proximité" de bazar, il me semble. Hollande est plus accessible pour "les gens". Il a contre lui le fait d'avoir largué Ségo et tous leurs enfants, mais au point où on en est dans la "normalité" familiale, cela ne compte plus guère.
    Je pense que s'ils insistent bien sur l'entité méditerranéenne, comme l'a dit Peillon hier soir chez Ruquier, on verra où nous en sommes dans le comptage des populations pro ou anti-France.

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