Ralliez-vous à mon panache bleu

samedi 7 avril 2012

Présidentielle 2012 : "Et après?"




Dans la monumentale biographie que Jean Lacouture a consacré à de Gaulle, je trouve le passage suivant concernant le fameux « plan de stabilisation Rueff-Pinay » qui fut appliqué par de Gaulle à partir de la fin de 1958. Je rappelle, à toutes fins utiles, que Jean Lacouture a toujours professé des opinions politiques de gauche, et même à certains moments d’extrême gauche, et que dans les années 50-60 il fut un critique très vigoureux du général de Gaulle. Les passages en italiques sont de moi.

« Qu’y avait-il donc, dans le plan Rueff (...) qui fut à ce point de nature à secouer l’opinion ? Trois décisions étaient fondamentales : une dévaluation énergique, un alourdissement des charges fiscales, la libéralisation des échanges extérieurs.
La dévaluation, de 17,45%, était complétée par une mesure destinée à frapper les imaginations, tout à fait dans le style gaullien : l’institution d’un « franc lourd », équivalant à cent francs 1958 (...)
Second volet du plan : l’effort fiscal. L’un des objectifs du plan consistait à réduire radicalement l’impasse budgétaire [le déficit budgétaire]. Rueff avait proposé qu’on la diminuât de près de 1200 à 488 milliards. Le général de Gaulle ayant entériné lui-même le 20 novembre un fort accroissement des dépenses militaires du fait de la guerre en Algérie et de la recherche nucléaire, il fallut transiger à 587 milliards [soit une diminution de 48,9% en un an]. Effort néanmoins considérable, qui exigeait 300 milliards d’impôts nouveaux et près de 400 milliards d’économie. D’où la suppression de nombreuses subventions sociales et agricoles et de la retraite du combattant (...) et le relèvement des taxes (sur les vins, l’alcool, le tabac) ou de certains tarifs (gaz, électricité, transports, charbon, services postaux). Tous les budgets étaient atteints, sauf ceux du logement, de l’éducation et, bien sûr, de l’armée. Commentaire de Charles de Gaulle : « un rude ensemble... »
Mais c’est le troisième volet du plan qui était peut-être le plus important et c’est celui où la pensée et l’audace de Jacques Rueff - et de Charles de Gaulle - se manifestent le mieux : la libéralisation des échanges qui devait permettre à la France d’honorer sa parole à l’égard du marché commun (...)
La décision de décembre 1958 rend ce pays si longtemps confiné dans le protectionnisme aux lois salubres de la compétition internationale. Quelle bourrasque, quel vent dans les voiles aussi que la libération de 90% des échanges dans la zone de l’OECE et l’abaissement immédiat de près de 10% des tarifs douaniers avec les cinq partenaires du traité de Rome...
Rompant avec la médiocre sécurité où s’étiolait une économie qui avait depuis sept ans donné les preuves de son aptitude à la croissance, la libéralisation décidée à l’instigation du comité Rueff allait, écrit de Gaulle, faire « sentir l’aiguillon » aux producteurs français.(...)
Un « rude ensemble » ? (...) Au cours de l’un des nombreux échanges de vue qu’il eut alors avec le général, Roger Goetze [inspecteur des finances, conseiller technique du général de Gaulle sur les questions budgétaires] lui dit un jour : « les Français vont crier... - Et après ? » rétorqua de Gaulle... »

Dévaluation, austérité budgétaire, libéralisation, indifférence aux criailleries des innombrables intérêts corporatistes... résultats ? Endettement public : 32% du PIB en 1958, 16% en 1968 ; budget courant excédentaire à partir de 1959 ; croissance du PIB de 8,3% en 1960, et en moyenne de 5,5% jusqu’en 1968. Etc.
Voilà qui ressemble à une belle réussite. Sûrement, dans la situation budgétaire dramatique où se trouve la France, notre futur président trouvera matière à inspiration dans le plan Rueff et dans l’action résolue du général de Gaulle.
N’est-ce pas ?


17 commentaires:

  1. Très intéressant, mais je ne suis pas sûr que Flamby l'applique. C'est pas dans son agenda.

    D'ailleurs, depuis qu'il a sorti son agenda, j'ai encore moins envie de le voir gagner.

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    1. Ah, l'agenda de l'Endive Cuite... Ca restera comme un des grands moments de la campagne : tel jour je ferais tel truc, et tel jour tel autre machin. Ce jour là, et pas un autre, hein?
      Mais sérieusement, vous l'imaginez dire "Et après?" ?
      Même pas en rêve.

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  2. Ni Hollande, Ni Sarkozy ni qui que ce soit.

    On peut penser ce qu'on veut de De Gaulle, mais un président qui paye ses timbres et ses factures personnels de l’Élysée mérite tout mon respect.

    A coté de lui, les candidats ne sont que de vulgaires laquais...

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    1. Non, personne.
      Au contraire, tous jureront, la main sur le coeur, vouloir défendre le "modèle social français".
      Et on s'étonne que les margoulins comme Mélenchon prospèrent..
      Tristesse.

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  3. Rien à faire De Gaulle ça ne passe pas, peut être le fait que ma mère l’idolâtrait, mon côté iconoclaste.

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    1. Your loss, Grandpas, comme disent les anglo-saxons.

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    2. Pourquoi "Your loss"; n'aurait on pas le droit de se poser des question sur ce Monsieur.

      Beaucoup de grand homme pour arriver à la situation où ils sont, ont des cadavres dans leurs placards et ce ne c'est en refusant la vérité qu'elle n'existe pas.

      Finalement, nous ne serions pas mieux voir plus hypocrites que certaines dictatures.

      Je vous rappelle que je suis un iconoclaste et si cela doit me perdre,je partirais pour la geste.

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    3. Par « your loss » je voulais dire « c’est dommage pour vous », car effectivement il me semble dommage de rejeter catégoriquement de Gaulle comme vous paraissez le faire.
      L’homme a ses zones d’ombres, il a pris des décisions contestables, et il est parfaitement légitime de poser des questions à son sujet ou de le critiquer sur tel ou tel point.
      Je ne suis pas du tout idolâtre du général de Gaulle, ni d’aucun homme d’Etat d’ailleurs.
      Mais à mon sens, et quelles que soient les reproches que l’on peut adresser à de Gaulle, on manque quelque chose si l’on ne reconnait pas en lui l’un des hommes politiques français les plus importants du 20ème siècle, et l’un des plus intéressants.
      En ce sens j’aime bien le parcours de Jean Lacouture, qui a commencé ses recherches biographiques avec des a priori très défavorables à de Gaulle mais qui a finit par changer d’opinion et par reconnaitre la stature du personnage, sans pour autant cesser de lui adresser certaines critiques.
      Je trouve que c’est un bel exemple d’objectivité et de capacité à penser contre soi-même.

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  4. Sauf que le libre-échange, on est déjà à donf dedans depuis 30 ans, non?
    Qu'est-ce qu'on peut faire de plus?

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    1. Cher anonyme, la prochaine fois soyez assez aimable pour vous donner la peine de prendre un pseudo si vous voulez que je me donne la peine de répondre à votre commentaire.
      Ceci étant dit vous avez raison, l'exemple du plan Rueff a besoin d'être adapté au contexte actuel.
      Aujourd'hui la médiocre sécurité où s'étiole l'économie française ce n'est plus celle des barrières douanières, c'est celle de la "protection sociale", c'est le maquis du droit du travail, c'est le fonctionnariat envahissant, bref c'est cet "Etat protecteur" que nous vantent tous les candidats, de l'extrême droite à l'extrême gauche.
      Et je précise, pour éviter les malentendus, que si je suis en général favorable au libre-échange, le libre-échangisme dogmatique des institutions européennes ne me convient pas.

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  5. Il n'y a jamais eu de libre-échange depuis les 30 dernières années. Ce sont les gauchistes qui le disent, et les gens mal informés qui disent, par exemple, que Reagan avait baissé les impôts (ce qui est faux compte tenu du bracket creep) ou qu'Enron est une faillite d'un capitalisme dégénéré. La liste est trop longue. Disons que le poids du gouvernement augmente avec les années et le nombre de réglementations avec. La faille vient de là : les réglementations donnent des incitatifs pour se déresponsabiliser (aléa moral) car la faute du point du vue des institutions privées réglementées sera rejetée sur les régulateurs parce que ceux qui définissent les normes internes ne sont plus les entreprises privées mais le gouvernement.
    Même la récente crise a vu le prétexte à une inflation réglementaire à tous les niveaux. Libre échange à donf, dites-vous ? Pas vraiment.

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  6. Pour ce qui concerne la libéralisation des échanges extérieurs : très bien.

    Pour le reste…

    « Second volet du plan : l’effort fiscal. L’un des objectifs du plan consistait à réduire radicalement l’impasse budgétaire ».

    Il y a une idée étrange qui règne à droite, même parmi les libéraux (*), c’est que (i) le déficit public serait en soi une calamité et (ii) que tous les moyens seraient bons pour revenir à l’équilibre budgétaire.

    L’Etat dépense plus qu’il ne vole ; donc il faut qu’il vole davantage.

    Or, en vérité, le déficit public ne constitue pas (ou peu) un problème distinct de celui de la dépense publique. Que la dépense publique soit financée par l’impôt ou par la dette est une question très accessoire (sous réserve de quelques nuances).

    Si demain, l’Etat français décidait de répudier sa dette, et qu’il parvenait dans l’avenir à ne plus recourir à l’emprunt (évitant ainsi de subir la gigantesque hausse des intérêts qu’il aurait eu à payer s’il avait voulu recommencer à emprunter après sa première répudiation), les Français n’en auraient pas moins subi un énorme préjudice, du fait que l’Etat aurait, pendant trente ans, dirigé l’épargne des Français vers des emplois improductifs.

    La dette ne constitue un problème distinct que dans la mesure où 1° elle fournit un prétexte pour augmenter les prélèvements obligatoires, et 2° en cas de cessation des paiements totale, les fonctions légitimes de l’Etat ne pourraient plus être assurées – ou, plus exactement, devraient être assurées directement par les citoyens.

    Seul le 2° constitue réellement un problème distinct. Mais, un Etat ne faisant jamais complètement faillite (sauf quand il a tellement fait tourner la planche à billets que plus personne n’a confiance en sa monnaie), cet évènement est hautement improbable ; et dans tous les cas, à l’heure actuelle, malgré son grand train de vie, l’Etat assure fort mal les missions qu’il devrait légitimement endosser.

    (*)Murray Rothbard écrivait déjà en 1962 que : Many “right-wing” opponents of public borrowing, on the other hand, have greatly exaggerated the dangers of the public debt and have raised persistent alarms about imminent “bankruptcy.” It is obvious that the government cannot become “insolvent” like private individuals—for it can always obtain money by coercion, while private citizens cannot. Further, the periodic agitation that the government “reduce the public debt” generally forgets that—short of outright repudiation—the debt can be reduced only by increasing, at least for a time, the tax and/or inflation in society. Social utility can therefore not be enhanced by debt-reduction, except by the method of repudiation—the one way that the public debt can be lowered without a concomitant increase in fiscal coercion. Repudiation would also have the further merit (from the standpoint of the free market) of casting a pall on all future government credit, so that the government could no longer so easily divert savings to government use. It is therefore one of the most curious and inconsistent features of the history of politico-economic thought that it is precisely the “right-wingers,” the presumed champions of the free market, who attack repudiation most strongly and who insist on as swift a payment of the public debt as possible”.

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  7. « Austérité budgétaire », « effort fiscal ».

    Ces deux expressions me restent en travers de la gorge.

    D’abord, l’« austérité budgétaire » au sens libéral, i.e. au sens véritable, ce n’est pas l’austérité-pour-les-contribuables, mais l’austérité-pour-les-fonctionnaires. Ca passe par des réductions de dépense et non par des hausses d’impôts. Même la Cour des comptes a réussi à comprendre ça.

    Mais en gros, comme il devenait impossible aux hommes politiques de continuer à se taire sur les problèmes financiers de l’Etat, ils ont, avec la complicité des fonctionnaires-préposés-à-l’édification-du-public – les journalistes –, ils ont réussi à imposer un glissement sémantique à la notion d’ « austérité ».

    Comme ça, ils sont tranquilles pour un moment –« si si, on agit, on fait ce qu’on peut, regardez, on fait beaucoup de l’austérité » –, et en plus, plus tard, lors de la prochaine crise, ils pourront dire « décidément les recettes libérales ça marche pas regardez en 2011-12 les faits l’ont démontré donc y a bon y a plus qu’à dépenser plus ».

    Ensuite, « effort fiscal », ça m'évoque vraiment les personnes qui soufflent fort et font des grimaces quand vous portez un truc lourd à plusieurs pour faire comme si elles vous aidaient alors qu'elles ne portent rien.

    « les Français vont crier... - Et après ? » rétorqua de Gaulle... »

    « Dévaluation, austérité budgétaire, libéralisation, indifférence aux criailleries des innombrables intérêts corporatistes»


    Donc selon Gogaulle (et Lacouture), quand les Français crient à cause des hausses d’impôts et des dévaluations, ce sont seulement les « criailleries des innombrables intérêts corporatistes ». En France, même les intérêts des individus sont corporatistes.

    C’est d’autant plus osé que De Gaulle était quand même le roi du corporatisme : non seulement il a entériné dans la loi – jusqu’à lui ce n’était qu’un arrêté ministériel – cette chose absolument inouïe qu’est ou qu’était la présomption irréfragable de représentativité des syndicats « ayant joué un rôle patriotique durant l’Occupation » (rires enregistrés), lesquels pillent la France depuis 60 ans, mais en plus, lorsqu’il a démissionné, il était sur le point d’instaurer une espèce de république corporatiste avec le projet de réforme du Sénat qu’il avait proposé par référendum (et dont le rejet par le corps électoral motivera sa démission).

    Cela dit, moi aussi j’aime bien le coup des timbres-postes. C’est bête, ça ne lui a quasi rien coûté, il a peut-être même convoqué les journalistes pour montrer cette petite parcelle d'intégrité aux caméras, peut-être aussi qu’il a fait augmenter sa rémunération en conséquence – mais ça m’impressionne.

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  8. Deux remarques :

    Il y a une idée étrange qui règne à droite, même parmi les libéraux (*), c’est que (i) le déficit public serait en soi une calamité et (ii) que tous les moyens seraient bons pour revenir à l’équilibre budgétaire.

    Je ne vois pas comment cette observation pourrait s’appliquer au plan Rueff. Celui-ci ne visait pas à faire disparaitre immédiatement le déficit budgétaire, mais à le réduire significativement, comme vous le savez si vous avez lu attentivement.

    Votre analyse de la question de la dette fait entièrement abstraction de toute considération morale.
    Mais répudier ses dettes, c’est voler.
    Une nation qui répudie ses dettes se déshonore. Cela peut parfois être nécessaire, mais ce n’en est pas moins déshonorant.
    Peut-être ces considérations vous paraitront elles déplacées, mais il est évident qu’elles ne l’étaient pas pour de Gaulle, comme le montre toute son action politique.

    Pour le reste, oui, de Gaulle n’était pas un libertarien ni même sans doute un « vrai » libéral d’un point de vue économique. Je suis le premier à regretter qu’il ne l’ait pas été davantage, mais je trouve ce critère du libéralisme économique très insuffisant pour juger de son action et de sa personne.
    Et, pour vous le dire franchement, le ton énervé et méprisant de votre second commentaire ne donne pas du tout envie de prendre la peine d’y répondre sérieusement.

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  9. « Je ne vois pas comment cette observation pourrait s’appliquer au plan Rueff. Celui-ci ne visait pas à faire disparaitre immédiatement le déficit budgétaire, mais à le réduire significativement, comme vous le savez si vous avez lu attentivement. »

    Je ne parlais ni de l’échéance ni des proportions de la réduction du déficit, mais de ses modalités. Or, si j’en crois ce que vous avez écrit, le plan Rueff-Pinay comportait 300 milliards d’impôts nouveaux pour 400 milliards d’économie. Ma critique porte sur ces 300 milliards.

    « Votre analyse de la question de la dette fait entièrement abstraction de toute considération morale.
    Mais répudier ses dettes, c’est voler. »


    Mon analyse est on ne peut plus morale.

    L’Etat a fait naître par son action un conflit d’intérêts absolument irrésoluble entre ses créanciers et ses contribuables. S’il rembourse, il sacrifiera les intérêts du contribuable. S’il ne rembourse pas, il sacrifiera ceux du créancier.

    Comment choisir ?

    Le contribuable n’a absolument rien demandé à l’Etat. Il acquiert des revenus par son travail et possède un patrimoine. Il affecte normalement cet argent à des emplois productifs. Cependant, sur ces revenus et ce patrimoine, l’Etat va prélever de force un impôt, au mépris des droits de propriété du contribuable.

    Le créancier est volontairement entré en relations avec l’Etat. Il a accepté de remettre une partie de son patrimoine à l’Etat, lequel va affecter cet argent à des emplois improductifs. Comme l’Etat emploie cet argent à des fins improductives, il va devoir prélever de force un impôt sur les revenus et les patrimoines des autres individus s’il veut rembourser son créancier.

    Le créancier a donc accepté (i) que ses fonds soient employés à des fins improductives, (ii) de vivre de l’exploitation des contribuables, et (iii) de confier son argent à une personne dont il sait qu’elle gaspillera les sommes prêtées et qu’elle aura donc des difficultés à rembourser.

    Entre les intérêts du contribuable et ceux du créancier, moralement, le choix est donc vite fait.

    Cela dit, si un candidat à la présidentielle promettait de répudier la dette de l’Etat français au cas où il serait élu, il est très peu probable que je voterais pour lui. La plupart de ceux qui sont pour une répudiation sont de très dangereux jacobins et pressureraient le contribuable comme jamais s’ils avaient le pouvoir.

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  10. « Peut-être ces considérations vous paraitront elles déplacées, mais il est évident qu’elles ne l’étaient pas pour de Gaulle, comme le montre toute son action politique. »

    « Trois décisions étaient fondamentales : une dévaluation énergique, un alourdissement des charges fiscales, la libéralisation des échanges extérieurs. La dévaluation, de 17,45%, était complétée par une mesure destinée à frapper les imaginations, tout à fait dans le style gaullien : l’institution d’un « franc lourd », équivalant à cent francs 1958 (...) »

    Une dévaluation, c’est l’exact équivalent d’une répudiation partielle de la dette. Mais Gogaulle ne s’est pas contenté de dévaluer : il a voulu, en plus, enfumer les Français en créant dans le même moment son « franc fort » afin que les gens ne se rendent compte de rien.

    Les considérations morales paraissaient totalement déplacées à De Gaulle, comme le montre toute son action politique. En particulier l’affaire des harkis. J’aurais bien été embêté de voir débarquer en France dès 1962 deux millions d’Algériens (même si c’était la partie la plus occident-compatible du « peuple » algérien). Néanmoins, je suis certain que j’aurais été favorable au rapatriement et à la naturalisation de tous les harkis, tant leur abandon était honteux. S’il y a un évènement historique pour lequel on puisse faire de la repentance en France, c’est celui-là. Les harkis, c’est mille fois pire que la Saint-Barthélemy. Dans cette affaire, comme dans tant d’autres, De Gaulle s’est montré petit, petit, petit.

    Heureusement il achetait lui-même ses timbres : ça compense largement.

    « je trouve ce critère du libéralisme économique très insuffisant pour juger de son action et de sa personne. »

    Le libéralisme est non seulement un critère suffisant, mais c’est également le critère unique à l’aune duquel on doit juger un homme politique (si on le juge en tant que tel, évidemment, pas si on veut déterminer s’il était un bon mari, un bon père ou un bon ami) car le libéralisme est le corps de doctrine qui énonce comment la violence peut être utilisée de manière légitime. Or, l’Etat est l’entité qui dispose du monopole de la violence. Juger un homme d’Etat revient à juger la façon dont il a usé de la violence que ses fonctions lui donnaient le pouvoir de mettre en œuvre.

    « Et, pour vous le dire franchement, le ton énervé et méprisant de votre second commentaire ne donne pas du tout envie de prendre la peine d’y répondre sérieusement. »

    Personnellement, si quelqu’un s’adresse à moi sur un ton « énervé et méprisant », ça ne me gêne pas du tout pour répondre sérieusement sur le fond, bien au contraire, quitte à utiliser moi aussi un ton « énervé et méprisant ». Cela dit, je n’ai rien absolument rien contre vous, et, si j’ai pu être réellement énervé et méprisant, c’était à l’égard de De Gaulle, pas de vous. Si j’ai été maladroit et vous ai blessé, je le regrette.

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  11. Comme je m'en doutais, nous avons deux désaccords de fond. Un désaccord politique, portant sur l'action et la personne de de Gaulle, et un désaccord philosophique, qui est la source de notre désaccord politique. A supposer que j'ai le temps d'examiner en détails ces questions comme elles le méritent - ce qui n'est pas du tout le cas - je ne crois pas pas qu'elles puissent être convenablement traitées dans des commentaires sur un blog. Par conséquent je m'arrête là.

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