Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 11 avril 2012

Présidentielle 2012 : Mélenchonie française




Comme tous les cinq ans (ou tous les sept ans, il n’y a pas si longtemps), la vie politique française nous offre la consternante confirmation que, dans notre beau pays, le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde.
Je veux parler bien sûr de l’extrême-gauche.
Cette fois, l’animal répugnant a trouvé à s’incarner dans un vieil apparatchik du parti socialiste, sénateur blanchi sans gloire sous le harnois et ministricule éphémère aux beaux jours de la gauche plurielle unique.
L’homme grimpe régulièrement dans les intentions de vote et attire désormais à lui tous les regards. Pour expliquer son succès, les commentateurs ayant pignon sur rue invoquent ses qualités hors du commun.
On le décrit orateur merveilleux et profond lettré, ce qui en dit sans doute plus long sur l’état intellectuel de la France que sur le personnage lui-même. Reconnaissons que, lorsque, du sommet de l’Etat, tombent régulièrement des formules aussi délicatement ciselées que : « les Français, ils veulent que... », et autres choses du même genre, il n’est pas trop difficile de passer pour la réincarnation de Démosthène. Et dans un pays où les écoles les plus prestigieuses, censées accueillir les meilleurs des jeunes esprits, n’ont de cesse que de terrasser la culture générale, cette pelée, cette galeuse, d’ou provient toutes les inégalités, citer Victor Hugo peut suffire pour vous donner un brevet d’homme cultivé.
Le plus amusant est d’ailleurs que ceux de ses électeurs qui s’ébahissent de l’érudition littéraire et de la verve du tribun Mélenchon s’apprêtent à voter pour un homme qui, s’il avait en mains les leviers du pouvoir, mènerait une politique ayant pour résultat infaillible de faire disparaitre les dernières traces de culture classique qui peuvent subsister dans notre système d’enseignement - au nom de la lutte contre les inégalités, contre la « reproduction sociale », contre les « discriminations », et autres croquemitaines de l’extrême-gauche.
Mélenchon est un dinosaure, le dernier représentant d’une espèce appelée à disparaitre, et ce de son propre point de vue.
Mais je m’écarte de mon sujet.
Mélenchon a-t-il redonné vie à une extrême-gauche moribonde ?
Pas vraiment. Ses intentions de vote ne dépassent pas le total des voix réunies par les divers partis de cette obédience lors des élections précédentes. La différence est que ces voix, au lieu d’être partagées entre de multiples officines « radicales », sont aujourd’hui agrégées sur un seul nom, le sien, puisque Mélenchon a - toujours selon les sondages - presque entièrement siphonné l’électorat du NPA, de Lutte Ouvrière et de EELV.
Au voleur ! Au voleur ! crient les dépouillés.
Allons, allons, camarades, réplique l’intéressé. La propriété, c’est le vol, nous en étions tous d’accord. De quoi donc vous plaignez-vous si je collectivise nos voix ? Au delà de 2%, je prends tout !
Mélenchon donne par conséquent une visibilité inédite à l’extrême-gauche, sans augmenter pour autant son capital électoral, pour l’instant du moins.
Où se situe ce Kapital ?
Les thuriféraires de Mélenchon voient en lui « le candidat du peuple », celui qui  redonne la parole aux sans-grades, aux oubliés, et peut-être l’homme est-il assez sot ou assez ébloui par les projecteurs braqués sur sa personne pour le croire lui-même.
Mais, pour le moment, les enquêtes d’opinion confirment ce que sait depuis longtemps n’importe quel observateur tant soi peu averti de la vie politique française : l’extrême gauche est une affaire de bourgeois.
Mélenchon n’est pas le candidat du prolétariat, il est le candidat de ceux qui se voudraient l’avant-garde du prolétariat et qui lui intiment de se taire, puisqu’ils sont sa voix.
Ses intentions de vote parmi les ouvriers et les petits employés avoisinent les 10%, dans les meilleurs des cas. En revanche le « candidat du peuple » semble bien faire un tabac parmi un certain peuple de gauche : celui qui hante la fonction publique et se rit du marché, celui qui prolifère dans les replis des innombrables associations qui ne vivent que des deniers publics, celui qui se décerne à lui-même le titre d’artiste et en déduit qu’il a une créance illimitée sur « la société » ; et la masse considérable des jeune gens qui végètent au lycée ou à l’université en attendant impatiemment de pouvoir intégrer l’une de ces catégories.
Bref, la foule désormais innombrable de ceux qui tirent leurs revenus de la puissance publique ou qui espèrent tirer leurs revenus de la puissance publique.
Rien de moins révolutionnaire que cette clientèle mélenchonienne, ou alors par inadvertance, par imprévoyance, tout comme ces littérateurs qui, avant 1789, appelaient de leurs vœux le renversement de la monarchie sans comprendre le moins du monde quelles pourraient en être les conséquences.
Bien loin de vouloir renverser l’Etat, le « peuple » du Front de Gauche n’aspire qu’à le rendre omnipotent. Bien loin de vouloir redonner la parole au peuple français, le vrai, celui des petits pavillons et des zones périurbaines, l’écrasante majorité de ceux qui s’apprêtent à voter pour le tribun providentiel n’aspirent au contraire qu’à étouffer définitivement ses protestations.
L’immigration n’est PAS un problème, comment est-ce qu’il faut vous le dire ?!
Mélenchon parait bien séduire ceux qui appartiennent à ce que, il y a quarante ans déjà, Irving Kristol appelait the new class et dont le trait principal est d’estimer que, dans le fond, tout appartient à l’Etat et que l’argent n’est bien dépensé que s’il est dépensé par des fonctionnaires.
Ces indignés permanents, qui n’ont pas de mots assez forts pour dénoncer les inégalités économiques, n’auraient que mépris pour celui qui viendrait leur proposer un moyen de redistribuer la richesse de manière purement privée - par exemple en modifiant les lois sur les successions.
Aucun mécanisme de redistribution n’aura l’imprimatur de la nouvelle classe s’il ne lui donne pas une voix prépondérante dans les modalités de la redistribution. La redistribution, pour être acceptable, doit d’abord passer par les circuits de la puissance publique, les circuits dont la nouvelle classe contrôle les robinets.

Cette triste comédie de l’extrême-gauche française n’est pas nouvelle, je l’ai dit en commençant. Les acteurs changent mais le texte reste le même. Cependant, il me semble que l’on se trompe souvent sur son origine.
Bien des commentateurs autorisés reprennent avec complaisance la description que donnent d’eux-mêmes les mélenchonistes comme de modernes sans-culotte. La vitalité de l’extrême-gauche en France s’expliquerait, notamment, par le souvenir de la Révolution et les passions jamais apaisées que celle-ci aurait suscité.
Mais l’on oublie que, en 1789 du moins, la Révolution avait pour ambition de libérer l’individu de ce qui était perçu comme les sujétions arbitraires de la société d’Ancien Régime. Les révolutionnaires entendaient proclamer et faire respecter les droits naturels des individus. La liberté était leur mot d’ordre. Par contraste, l’extrême-gauche française n’aspire qu’à piétiner les droits naturels des individus au nom d’une « égalité » établie de force par « l’Etat », c’est à dire par ceux qui peuplent et contrôlent les circuits de l’administration.
Par delà sa rhétorique révolutionnaire, l’idéal de l’extrême-gauche est le même que celui du socialisme que décrivait Tocqueville, il y a plus de cent cinquante ans : « cette société réglementée, réglée, compassée, où l’Etat se charge de tout, où l’individu n’est rien, où la société agglomère en elle-même, résume en elle-même toute la force, toute la vie, où le but assigné à l’homme est uniquement le bien-être, cette société où l’air manque ! »
En ce sens l’extrême-gauche française est bien moins une descendante de la Révolution qu’une descendante de certains aspects de l’Ancien Régime, des aspects jamais supprimés par la Révolution, et qui se sont, hélas, perpétués et amplifiés aux 19ème et 20ème siècle, au fur et à mesure que se développaient l’Etat-providence et le fonctionnariat.
L’auto-proclamé « candidat du peuple », en guerre contre « l’austérité » et les « privilégiés », est en réalité avant tout le candidat des privilèges légaux, le candidat de ceux qui ont su s’exempter des contraintes de la concurrence en s’abritant derrière le paravent du « service public », et qui entendent bien pouvoir continuer à prélever leur dîme, leur taille et leur gabelle sur le menu peuple des vilains. Sans oublier de le morigéner régulièrement pour lui faire honte de ne pas être assez ouvert à l’autre.
J’ai cité Tocqueville, un peu plus haut. Je voudrais conclure en revenant à lui, encore une fois :

« C’est une très grande erreur de croire que la passion de presque tous les Français de nos jours, et en particulier de ceux des classes moyennes, pour les places, soit née depuis la Révolution ; elle a pris naissance plusieurs siècles auparavant, et elle n’a cessé, depuis ce temps, de s’accroître, grâce à mille aliments nouveaux qu’on a eu soin de lui donner.
Les places, sous l’Ancien Régime, ne ressemblaient pas toujours aux nôtres, mais il y en avait encore plus, je pense ; le nombre des petites n’avait presque pas de fin.
(...)
L’ardeur des bourgeois à remplir ces places était réellement sans égale. Dès que l’un d’eux se sentait possesseur d’un petit capital, au lieu de l’employer dans le négoce, il s’en servait aussitôt pour acheter une place. Cette misérable ambition a plus nui aux progrès de l’agriculture et du commerce en France que les maîtrises et la taille même. Quand les places venaient à manquer, l’imagination des solliciteurs, se mettant à l’œuvre, en avait bientôt inventé de nouvelles. Un sieur Lamberville publie un mémoire pour prouver qu’il est tout à fait conforme à l’intérêt public de créer des inspecteurs pour une certaine industrie, et il termine en s’offrant lui-même pour l’emploi. Qui de nous n’a connu ce Lamberville ? Un homme pourvu de quelques lettres et d’un peu d’aisance ne jugeait pas enfin qu’il fut séant de mourir sans avoir été fonctionnaire public. »

Oui, cher Alexis, nous connaissons le sieur Lamberville. Il vote aujourd’hui Mélenchon.

31 commentaires:

  1. « Au delà de 2%, je prends tout ! »

    Excellent ! Je crois encore entendre la voix de Marchais.

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    1. Georges Marchais... c'est vrai, je crois que Mélenchon est sa réincarnation.
      Vite, vite, un exorciste!

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  2. Très bon texte en effet, qui se lit de bout en bout sans peine et avec un plaisir constant.

    Une seule remarque : ce que décrivait si bien Tocqueville est-il le socialisme ? Dans sa page célèbre de la Démocratie en Amérique, il évoque le spectre de cette nouvelle oppression, mais sans le nommer, puisqu'il n'y a pas encore de nom. Ce qu'il décrit, ce sont surtout les ravages de l'individualisme, accompagnés de la disparitioon progressive des corps intermédiaires. Or ce mouvement n'est pas seulement celui du socialisme, c'est toute la modernité qui le vit, aussi bien dans sa tendance socialisante que libérale, qui n'est pas la dernière à réduire l'autorité de la famille, de la religion, et de toutes les micro-sociétés. C'est l'une des raisons pour lesquelles il sera toujours difficile de classer Tocqueville au rayon des libéraux.

    Sur Mélanchon, très bien vu. Ce type fait du spectacle, mais si l'on prend au sérieux sa posture et son discours, il fait peur. On voit comment quelques excités ont pu faire tomber des têtes à la grande époque de la Terreur, et tout ça, évidemment, au nom de "l'humain avant tout" !

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    1. Nous en revenons toujours à la même question, n’est-ce pas ?
      Il est vrai qu’elle est importante. Mais comme elle est importante il me parait pratiquement impossible de la traiter dans des commentaires de blog.
      Je vais quand même essayer de dire quelques mots.
      Ce que décrit Tocqueville dans le discours que j’ai cité, ce sont les doctrines socialistes de son époque. Il y fait référence à certains auteurs contemporains et il s’agit d’un discours ayant une visée politique directe : faire en sorte que les nouvelles institutions ne soient pas contaminées par ces doctrines socialistes.
      Dans De la démocratie en Amérique c’est autre chose. Ce qu’il décrit à la fin est plutôt le penchant naturel de la démocratie vers l’omnipotence de l’Etat. Bien qu’il y ait des points communs entre les deux les différences sont importantes. Ce sont un peu, si vous voulez, celles qui existent entre l’URSS et nos social-démocraties.
      Vous dites qu’il sera toujours difficile de classer Tocqueville parmi les libéraux. Je dirais plutôt qu’il sera toujours difficile de le classer parmi les libéraux doctrinaires, ceux qui pensent que le libéralisme peut se suffire à lui-même. Tocqueville comprend très bien que le libéralisme (la démocratie libérale si vous voulez) a des conditions de validité, qu’il dépend pour sa perpétuation de facteurs qu’il est incapable de générer par lui-même, pire peut-être qu’il a tendance à les attaquer. D’ou par exemple son insistance sur le rôle que la religion (chrétienne bien entendu) ou le sentiment religieux doit jouer dans une démocratie. Mais c’est loin d’être le seul facteur. Il y a aussi la famille, la nation, les mœurs, et d’autres choses encore. Bref Tocqueville comprend que le libéralisme doit pour survivre sur le long terme s’allier avec une certaine forme de conservatisme.
      La démocratie libérale porte en germe ses propres déviations, comme tout les régimes politiques, mais elle peut aussi, sans doute plus facilement que d’autres, trouver ou accepter des remèdes à ses déviations. La pente n’est pas fatale. Du moins en théorie.

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    2. Très juste Aristide : c'est toujours le même problème, et les commentaires de blog sont un peu étroits pour lui ! Je vous félicite et vous remercie d'autant plus d'avoir tenu à répondre, surtout que ce que vous dites est très sensé ! Il me semble que vous incarnez pas mal cette tendance libérale conservatrice, qui me paraît être le moins pire des systèmes actuellement disponibles (moi je serais plutôt un conservateur qui tolère le libéralisme, mais finalement nous ne sommes pas si éloignés).
      Bravo encore pour le billet.

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    3. Ah non, mais c'est très bien et synthétiquement répondu. Et Alexis était un véritable génie :

      Tocqueville comprend très bien que le libéralisme (la démocratie libérale si vous voulez) a des conditions de validité, qu’il dépend pour sa perpétuation de facteurs qu’il est incapable de générer par lui-même, pire peut-être qu’il a tendance à les attaquer........Bref Tocqueville comprend que le libéralisme doit pour survivre sur le long terme s’allier avec une certaine forme de conservatisme.

      Tout à fait. Ce qui démolit la thèse libertarienne, celle d'une espèce de "société zéro", sans ciment commun aucun. Les libertariens semblent ne pas comprendre que le libéralisme est dans une certaine mesure une "création spontanée" (au sens de Hayek) qui a eu lieu dans un temps et une société donnés. On ne peut pas le créer expérimentalement à partir de rien, ou en faisant table rase de ce qui l'a créé..

      Aujourd'hui en particulier, tout montre que si on va trop loin dans la destruction des éléments de ce modèle de départ (par le socialisme par exemple, mais plus profondément par la destruction de ses bases culturelles, sociales, biologiques, grâce l'immigration), non seulement on va perdre l'acquis libéral, mais plus grave encore, on ne pourra plus les retrouver.

      Le libertarianisme, finalement, comme le socialisme ou le multiculturalisme, c'est jouer à l'apprenti-sorcier, prétendre qu'on peut "générer par nous-mêmes" les conditions du libéralisme. Alors qu'il y a quelque chose de mystérieux dans sa naissance (je comprends mieux pourquoi Ortega y Gasset parlait du "miracle" libéral), qui devrait nous rendre très humbles et prudents dans son appréhension.

      Enfin bref, je plussoie :

      La démocratie libérale porte en germe ses propres déviations, comme tout les régimes politiques, mais elle peut aussi, sans doute plus facilement que d’autres, trouver ou accepter des remèdes à ses déviations. La pente n’est pas fatale. Du moins en théorie.

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    4. Mais plussoyez, Gil, plussoyez. Je n'ai rien contre, bien au contraire.
      Et pour ma part je plussoie votre commentaire à mon commentaire.

      Ca va finir par ressembler aux couvercles des boites de vache qui rit si nous continuons à nous plussoyer mutuellement...

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  3. Excellent texte ! Merci Monsieur.
    "On le décrit orateur merveilleux et profond lettré, ce qui en dit sans doute plus long sur l’état intellectuel de la France que sur le personnage lui-même."

    Pauvre France, trahie de partout. Pauvre peuple.
    Je me souviens il y a quelques mois avoir participé à une manif pour la sauvegarde du statu quo des retraites.
    Pour que les manifestants ne puissent pas crier ce qu'ils avaient à dire, "on" avait rétribué des espèces de SDF et on leur avait donné des vuvuzella, arme sournoise s'il en est. Chaque fois que quelqu'un qui n'était pas dans les premiers rangs lançait un mot d'ordre, les vuvuzellas entraient en action. Les mecs soufflaient dans leur buggle en longeant les trottoirs. Impossible d'en placer une. Verrou.

    Celui qui n' avait jamais compris la connivence de ces gens-là (les organisateurs) avec le pouvoir doit normalement avoir compris ce jour-là.

    Et à l'arrivée, je m'attendais encore à un semblant de discours musclé du type "camarades, chers amis, il faut continuer le combat pour nos retraites !", au moins pour la forme

    Las, on a eu droit à une sono diffusant "le petit vin blanc". J'ai cru à un gag, ce n'en était pas un.
    Et chacun est rentré chez soi, heureux d'avoir sauvé les retraites ^^

    Ah j'allais oublié: il y avait bien sûr dans le "cortège" des porteurs de pancarte "France, terre d'asile".
    N'y voyez pas de contradiction ^^.

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    1. Mais voyons Carine, si vous ne laissez pas entrer tous ces gentils zimmigris, qui donc va payer votre retraite? Et qui poussera votre fauteuil roulant, hein?

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  4. Cette anecdote, je l'ai déjà racontée, mais je ne m'en lasse pas.

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  5. Excellente analyse. Dire qu'il se pourrait que 14 % (voire plus!) des électeurs se laissent berner par ce guignol ! Malheureusement pour notre pays, le parti Lambervilliste déborde de loin le cadre du mélenchonnisme, il est légion chez Hollande et loin d'être rare au sein de ce qu'on appelle la droite.

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  6. Excellent texte, déjà que le Mélenchon ne m'était sympathique, en vous lisant il devient plus imbuvable qu'une piquette .

    Ce qui me chagrine le plus; c'est que l'on puisse trouver 15% de français pour voter pour ce pourceau en costume de soie.Je n' irais pas jusqu' à paraphraser Napoléon : vous êtes de la merde dans un bas de soie!"; car le Melenchon n' a pas le grandeur d'un Talleyrand.

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  7. Merci pour vos appréciations.
    15% je ne suis pas sûr quand même. Enfin, de toutes façons même 1% c'est 1% de trop.
    La France est un drôle de pays.

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  8. Ce qui troue le cul, encore et toujours, est à quel point les maux actuels de la France, qu'on croit contemporains, puisent leur source dans l'histoire ancienne du pays.

    A écouter les souverainistes, la France de la Caravelle et du pont de Tancarville était le paradis sur terre, et c'est après que tout est parti en sucette, avec le mondialisme atlanto-sioniste et la camelote chinoise.

    Hélas, il y a myopie grave.

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  9. Oui, tout à fait. Certains travers ont des racines très profondes.
    Cela ne veut pas dire que demain ressemblera nécessairement à hier, mais remonter la pente ne se fera pas en un jour, si tant est que cela soit possible.
    Mais de ce point de vue, paradoxalement, la crise économique et financière actuelle pourrait peut-être se révéler une chance.

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  10. Très, très bon article.

    Les électeurs de Mélenchon sont donc plus des apparatchiks que des révolutionnaires. On pourrait aussi se questionner sur le rapport entre apparatchisme et révolutionnarisme. Les révolutions qui produisent des apparatchiks, les apparatchiks qui usent d'une rhétorique révolutionnaire.

    Je me rappelle von Mises qui parlait du mouvement "Jeune Allemagne" (?) au XIXème s., mouvement romantique, nationaliste, révolutionnaire, anticonformiste, aventureux... et dont tous les membres finirent... fonctionnaires. Comme si la rhétorique de la liberté aventureuse n'était presque toujours que le paravent à l'angoisse de l'imprévu. On se plaint de la monotonie de la vie, mais en fait ce qu'on ne supporte pas, ce sont les surprises.

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    1. C'est une fort vieille histoire.
      Par exemple dans L'éducation sentimentale vous avez le personnage de Sénécal, qui commence comme révolutionnaire et qui finit en gardien impitoyable de l'ordre établi.
      Ceci étant dit, pour les électeurs de Mélenchon nous ne saurons vraiment qui ils sont qu'après les élections.
      Mais je suis prêt à prendre les paris.

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    2. Ah oui, Sénécal, personnage exemplaire. Il y a vraiment un paquets de génies, aux alentours du milieu du XIXème (pour faire large), qui semblent avoir tout compris à ce qui se tramait : un Stirner, un Toccqueville, un Flaubert, un Dosto...

      Et pour la "vieille histoire", je viens de me rappeler une très bonne et drôle analyse de Clément Rosset, à partir du Confort intellectuel de M.Aymé, dans laquelle il montrait que le désir d'ailleurs, d'idéal, d'aventures etc, la prétendue haine de la monotonie quotidienne, cachait souvent une peur panique de l'imprévu, imprévu qui est en fait le caractère primordial de la réalité, même quotidienne. D'où le désir d'en sortir, de cette réalité, mais pas pour les raisons affichées... mais je ne sais plus dans lequel de ses livres :(

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  11. J’étais sur le point de plussoyer pleinement à votre billet, et en particulier au discours de Tocquy que vous citez, mais il y a quelque chose qui me gène dans ce que vous écrivez dans les commentaires.

    Vous dites en effet « Dans De la démocratie en Amérique c’est autre chose. Ce qu’il décrit à la fin est plutôt le penchant naturel de la démocratie vers l’omnipotence de l’Etat »

    Mais, non, le discours 1848 ne s’additionne pas à la Démocratie en Amérique : il s’y substitue. Tocqueville le vieux s’était éloigné des thèses que Tocqueville le jeune avait développées dans la Démocratie en Amérique, ou plutôt il les avait corrigées, en montrant que, si la tendance à l’accroissement des pouvoirs de l’Etat était bien réelle, elle était ancienne et non spécifiquement liée à la démocratie. C’est parfaitement clair dans L’Ancien régime et la révolution. Evidemment, l'Educ' Nat' ne connaît que la Démocratie en Amérique, ça l'arrange.

    Taine écrira d'ailleurs «Car ce n’est point la Révolution, c’est la monarchie qui a implanté en France la centralisation administrative. Cette vérité capitale a été établie par M. de Tocqueville avec une perspicacité supérieure».

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    1. Pourriez-vous me citer un seul texte de Tocqueville dans lequel celui-ci dit qu’il a « corrigé » ses idées entre son premier et son dernier livre ou qu’il se serait « éloigné » des thèses de sa jeunesse ?
      Personnellement je n’en connais pas.
      Il n’y a pas de contradiction entre De la démocratie en Amérique (DDA) et l’Ancien Régime et la Révolution (ARR), juste une différence de perspective.
      Dans les deux livres la centralisation administrative croissante est bien le danger principal auquel est exposé la démocratie, mais alors que dans DDA, et particulièrement dans le deuxième tome, Tocqueville décrit la nature de la démocratie, dans ARR il montre comment, en France, la centralisation administrative mise en place par la monarchie a finit par provoquer une révolution démocratique.
      Le fait que, en France, la centralisation administrative soit antérieure à la démocratie signifie que la France est bien plus exposée que les Etats-Unis au risque du « despotisme doux » qu’il décrit à la fin du deuxième tome de DDA. La dérive démocratique y a commencé avant l’avènement formel de la démocratie et le corps politique français comporte donc moins d’anticorps au « despotisme doux » que le corps politique américain.

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  12. « Ce qu'il décrit, ce sont surtout les ravages de l'individualisme, accompagnés de la disparitioon progressive des corps intermédiaires. Or ce mouvement n'est pas seulement celui du socialisme, c'est toute la modernité qui le vit, aussi bien dans sa tendance socialisante que libérale, qui n'est pas la dernière à réduire l'autorité de la famille, de la religion, et de toutes les micro-sociétés.» (Marco Polo)

    La Démocratie en Amérique avait deux défauts : le fait d’imputer la centralisation croissante à la démocratie, et l’usage honteusement erroné que Tocqueville fait du terme « individualisme », le confondant avec « égocentrisme/égoïsme/repliement sur soi-même ».

    L’individualisme est une notion purement juridique, qui prône simplement de respecter l’intégrité et le droit de propriété de chaque individu.

    Or, ce respect de l’intégrité et du droit de propriété de chaque individu n’a absolument pas pour effet de rendre les gens plus égocentristes, plus égoïstes ou plus repliés sur eux-mêmes, et de nuire à la « société ».

    Pour craindre que l’individualisme ne nuise à la société, il faut voir dans l’homme un être totalement dépourvu de volonté, de conscience, de mouvement, un être passif à qui l’Etat doit insuffler la vie.

    Or, la réalité est toute différente. Il existe une attraction naturelle entre les différents atomes de la société. Si on les laisse à eux-mêmes, ces atomes s’associeront volontairement ; ils n’iront pas dépérir dans leur coin.

    L’Etat n’a pas besoin d’écraser un homme et une femme contre l’autre pour que l’espèce se perpétue.

    L’Etat n’a pas besoin d’obliger le boucher à fournir de la viande au boulanger et le boulanger à donner du pain au boucher pour que boulangers et bouchers soient approvisionnés.

    L’Etat n’a pas besoin de se comporter comme un agent d’ambiance dans un id-TGV pour que les gens aient des amis et se rencontrent.

    C’est seulement si on oublie que les individus sont doués d’une volonté propre que l’on peut voir dans la liberté un facteur antisocial.

    La société est un élément clef de la théorie libérale. L’opposition entre « individu » et « société » est totalement artificielle.

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    1. Dans le deuxième chapitre de la deuxième partie du deuxième tome de DDA, Tocqueville définit soigneusement ce qu’il entend par « individualisme », et il le distingue tout particulièrement de l’égoïsme.
      Etes-vous sûr d’avoir lu Tocqueville attentivement ?

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  13. « Vous dites qu’il sera toujours difficile de classer Tocqueville parmi les libéraux. Je dirais plutôt qu’il sera toujours difficile de le classer parmi les libéraux doctrinaires, ceux qui pensent que le libéralisme peut se suffire à lui-même. Tocqueville comprend très bien que le libéralisme (la démocratie libérale si vous voulez) a des conditions de validité, qu’il dépend pour sa perpétuation de facteurs qu’il est incapable de générer par lui-même, pire peut-être qu’il a tendance à les attaquer. »

    Je suis bien en peine de comprendre ce que vous voulez dire par « se suffire à lui-même » ou « conditions de validité ».

    Je peux néanmoins faire des hypothèses.

    1/ Le libéralisme est une doctrine, et, comme toute doctrine, il ne porte pas d’efficace en lui-même. Une doctrine n’est utile que si elle est mise en œuvre. Or, pour pouvoir être mise en œuvre, il faut que les gens soient convaincus de sa pertinence.

    Les « libéraux doctrinaires » (dont je suis certainement) ne l’ont jamais nié.

    2/Le libéralisme ne vise qu'au respect de l’intégrité des personnes et du droit de propriété. Il ne permet donc pas à lui seul d’assurer la survie de l’espèce. Il faut donc, en plus du maintien de l’ordre, que les gens produisent, qu’ils consomment leur production, qu’ils se reproduisent, qu’ils s’abstiennent de mettre les doigts dans les prises électriques, etc, etc.

    Les « libéraux doctrinaires » ne l’ont jamais contesté.

    3/ Le libéralisme « fonctionne » parfaitement, mais seulement lorsque certaines hypothèses sont remplies (en particulier le plein emploi). Or, comme les hypothèses en cause ne sont jamais satisfaites, li faut tout le temps recourir à l’Etat (Keynes©)

    4/ Le libéralisme ne peut se suffire à lui-même car il a besoin de l’Etat (pour des tâches autres que le maintien de l’ordre) pour fonctionner (Libéralismeàlafrançaise©)

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    1. Aucune de ces quatre hypothèses n’est la bonne.
      Ce que veut dire Tocqueville, c’est que la démocratie libérale ne peut pas subsister indépendamment des qualités morales et intellectuelles des individus qui la composent. Ce régime qu’est la démocratie libérale a besoin d’un « corps politique » ayant des caractéristiques particulières pour pouvoir s’enraciner et durer.
      Pour reprendre un vocable ancien, la démocratie libérale ne peut pas subsister si ses citoyens n’ont pas un minimum de « vertu ». Or les hommes ne naissent pas vertueux. Ils ne naissent pas dotés des qualités morales et intellectuelles nécessaires à un citoyen démocratique. Ces qualités doivent leur être inculqués, ce qui est la tâche de la famille, de la religion, de tout un tas « d’associations intermédiaires » comme l’on dit parfois, et aussi du législateur. La difficulté étant que, en démocratie libérale, le législateur ne peut le plus souvent intervenir qu’indirectement.

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  14. « Pourriez-vous me citer un seul texte de Tocqueville dans lequel celui-ci dit qu’il a « corrigé » ses idées entre son premier et son dernier livre ou qu’il se serait « éloigné » des thèses de sa jeunesse ? »

    Je n’ai pas affirmé que Tocqueville avait dit qu’il avait corrigé ses thèses de jeunesse, j’ai dit qu’il les avait corrigées.

    La contradiction est en effet évidente entre DDA et l’ARR.

    Dans DDA, Tocqueville expose ce qu’il pense être les effets du régime démocratique sur la société et les individus : égalisation des conditions, effacement des différences et repli sur soi, centralisation excessive et suppression des corps intermédiaires.

    Dans l’ARR, il étudie la société d’Ancien régime et y constate une égalisation des conditions, un effacement des différences et un repli sur soi, une centralisation excessive et une tendance à suppression des pouvoirs intermédiaires.

    La conclusion s’impose : la thèse de DDA selon laquelle la Révolution ou le régime démocratique étaient la cause des tendances constatées a été abandonnée dans ARR.

    Par ailleurs, Tocqueville a présenté dans l'ARR une thèse qu’il n’avait pas développée dans DDA (et qu’il n’aurait pu développer compte tenu de ses opinions d’alors), à savoir que les traits énumérés ci-dessus pouvaient avoir joué un certain rôle dans l’avènement de la Révolution et de la démocratie.

    J’avoue que j’ai été assez peu convaincu par cette partie du livre : que ces facteurs aient joué un rôle, sans doute, qu’ils aient été aussi importants que la philosophie des « Lumières », les problèmes financiers de l’Etat et le hasard, je ne le crois pas.

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  15. Je cite quelques extraits de l’ARR pour que ceux qui n’ont lu que DDA puissent voir la contradiction :

    D’abord quelques titres de chapitres :

    "Que la centralisation administrative est une institution de l'ancien régime, et non pas l'oeuvre de la Révolution ni de l'Empire, comme on le dit"

    « Que la France était le pays où les hommes étaient devenus le plus semblables entre eux »

    « Comment ces hommes si semblables étaient plus séparés qu'ils ne l'avaient jamais été en petits groupes étrangers et indifférents les uns aux autres »

    « Comment la centralisation avait pu s'introduire ainsi au milieu des anciens pouvoirs et les supplanter sans les détruire »

    Ensuite quelques extraits de texte :

    « À la fin du XVIIIe siècle, on pouvait encore apercevoir sans doute, entre les manières de la noblesse et celles de la bourgeoisie, une différence; car il n'y a rien qui s'égalise plus lentement que cette superficie de moeurs qu'on nomme les manières; mais, au fond, tous les hommes placés au-dessus du peuple se ressemblaient; ils avaient les mêmes idées, les mêmes habitudes, suivaient les mêmes goûts, se livraient aux mêmes plaisirs, lisaient les mêmes livres, parlaient le même langage. Ils ne différaient plus entre eux que par les droits. »

    Sur le « lien social », le « vivre-ensemble » et les pratiques administratives d’Ancien régime :

    « Ce malheureux [le percepteur de la taille, responsable sur son patrimoine de la collecte de l’impôt] était armé pourtant d'un arbitraire immense ; il était presque autant tyran que martyr. Pendant cet exercice, où il se ruinait lui-même, il tenait dans ses mains la ruine de tout le monde. « La préférence pour ses parents », c'est encore l'assemblée provinciale qui parle, « pour ses amis et ses voisins, la haine, la vengeance contre ses ennemis, le besoin d'un protecteur, la crainte de déplaire à un citoyen aisé qui donne de l'ouvrage, combattent dans son coeur les sentiments de la justice. »

    « Pour échapper à cette taxation violente et arbitraire, le paysan français, en plein XVIIIe siècle, agit comme le Juif du moyen âge. Il se montre misérable en apparence, quand par hasard il ne l'est pas en réalité ; son aisance lui fait peur avec raison : j'en trouve une preuve bien sensible dans un document que je ne prends plus en Guyenne, mais à cent lieues de là. La Société d'Agriculture du Maine annonce dans son rapport de 1761 qu'elle avait eu l'idée de distribuer des bestiaux en prix et encouragements. « Elle a été arrêtée, dit-elle, par les suites dangereuses qu'une basse jalousie pourrait attirer contre ceux qui remporteraient ces prix, et qui, à la faveur de la répartition arbitraire des impositions, leur occasionnerait, une vexation dans les années suivantes. »

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  16. « Dans le deuxième chapitre de la deuxième partie du deuxième tome de DDA, Tocqueville définit soigneusement ce qu’il entend par « individualisme », et il le distingue tout particulièrement de l’égoïsme.
    Etes-vous sûr d’avoir lu Tocqueville attentivement ?
    »

    Tocqueville commence par donner une première définition où il établit en effet cette distinction :

    « L'individualisme est une expression récente qu'une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l'égoïsme. L'égoïsme est un amour passionné et exagéré de soi-même, qui porte l'homme à ne rien rapporter qu'à lui seul et à se préférer à tout. L'individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l'écart avec sa famille et ses amis; de telle sorte que, après s'être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »

    Première observation : la définition que donne Tocqueville est d’ordre moral et non, comme il faudrait, juridique.

    Deuxième observation : si Tocqueville distingue (ici) individualisme et égoïsme, il assimile en revanche cette dernière notion à celle de « égocentrisme/repliement sur soi-même » puisqu’il parle de « s’isoler de la masse », « se retirer à l’écart », « abandonne[r] sa famille ».

    Mais Tocqueville continue :

    « L'égoïsme dessèche le germe de toutes les vertus, l'individualisme ne tarit d'abord que la source des vertus publiques; mais, à la longue, il attaque et détruit toutes les autres et va enfin s'absorber dans l'égoïsme »

    Donc, après avoir dit que l’individualisme était distinct de l’égoïsme, Tocqueville soutient que, « à la longue », l’individualisme est aussi de l’égoïsme.

    Par la suite il oubliera complètement que le mal de l’ère démocratique est censé être l’individualisme et non l’égoïsme. Un exemple:

    « Si les citoyens, en devenant égaux, restaient ignorants et grossiers, il est difficile de prévoir jusqu'à quel stupide excès pourrait se porter leur égoïsme... »

    Et d’une manière générale, toute l’œuvre de jeunesse de Tocqueville est littéralement truffée de ces imprécisions, à-peu-près et obscurités qui font de DDA un ouvrage fort surfait.

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  17. « Aucune de ces quatre hypothèses n’est la bonne.
    Ce que veut dire Tocqueville, c’est que la démocratie libérale ne peut pas subsister indépendamment des qualités morales et intellectuelles des individus qui la composent. Ce régime qu’est la démocratie libérale a besoin d’un « corps politique » ayant des caractéristiques particulières pour pouvoir s’enraciner et durer.
    Pour reprendre un vocable ancien, la démocratie libérale ne peut pas subsister si ses citoyens n’ont pas un minimum de « vertu ».
    »

    C’était donc l’hypothèse n°2.

    Le libéralisme dit aux hommes ce qu’ils ne doivent pas faire, et non ce qu’ils doivent faire.

    Mais effectivement, si les hommes font n’importe quoi, s’ils ne produisent pas, ne s’alimentent pas, ne se défendent pas, n’élèvent pas leurs enfants, ont des moeurs qui mettent leur santé en danger, révèrent un bandit de grands chemins pédophile, s’ils n’ont aucune vertu, ils risquent d'avoir des problèmes.

    C’est vrai, mais c’est un truisme.

    Vous ne pouvez pas sérieusement faire grief aux « libéraux doctrinaires » de l’ignorer.

    « Or les hommes ne naissent pas vertueux. Ils ne naissent pas dotés des qualités morales et intellectuelles nécessaires à un citoyen démocratique. Ces qualités doivent leur être inculqués, ce qui est la tâche de la famille, de la religion, de tout un tas « d’associations intermédiaires » comme l’on dit parfois, et aussi du législateur. La difficulté étant que, en démocratie libérale, le législateur ne peut le plus souvent intervenir qu’indirectement. »

    Effectivement, si vous dites que c'est à l’Etat de rendre les hommes vertueux, vous risquez d'entrer en désaccord avec les "libéraux doctrinaires".

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  18. Très bien. Nous sommes donc d’accord sur le fait que Tocqueville ne dit nulle part qu’il aurait changé d’idées. C’est donc vous, tout seul comme un grand, qui avez découvert qu’il se contredit.
    Vous avez vu chez Tocqueville une contradiction « évidente » que lui même n’a pas vu ou qu’il ne s’est pas soucié de corriger.
    Donc soit Tocqueville était grossièrement incohérent soit il ne se souciait pas d’être cohérent.
    Dans un cas comme dans l’autre, on se demande bien pourquoi on le lit.
    Ce qui mine de rien répond à ma seconde question : vous n’avez jamais lu attentivement Tocqueville. Peut-être même n’en avez vous jamais lu autre chose que des digest ou des extraits sur internet.
    Car si vous l’aviez lu avec le sérieux qu’il requiert, vous sauriez que dans DDA il distingue soigneusement l’état social du régime politique, et qu’il peut donc exister une divergence entre les deux, comme ce fut le cas en France à la fin de l’Ancien Régime. Vous ne lui attribueriez pas non plus la thèse selon laquelle seul un régime démocratique pourrait conduire à cette centralisation excessive et à cette égalisation des conditions.
    Quant on attribue à un auteur une thèse qui n’est pas la sienne parce qu’on l’a survolé, il est effectivement très facile de conclure qu’il se contredit grossièrement.
    Comme je n’ai ni le temps, ni l’envie, de recopier des pages entières de Tocqueville pour prouver que vous vous tromper, je vais me contenter de montrer ici quel lecteur attentif vous êtes.

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  19. Premier mouvement : vous dénoncez l’usage honteusement erroné que Tocqueville fait du terme « individualisme », le confondant avec « égocentrisme/égoïsme/repliement sur soi-même ».
    Je vous fait remarquer qu’au contraire Tocqueville distingue bien l’individualisme de toutes ces choses.

    Deuxième mouvement, vous reconnaissez qu’effectivement Tocqueville établit cette distinction, ce qui revient à dire que votre première affirmation était fausse, même si vous ne le dites pas, et vous citez le passage pertinent : L'individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l'écart avec sa famille et ses amis; de telle sorte que, après s'être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même. »

    Troisième mouvement, vous interprétez ce passage de la manière suivante : « si Tocqueville distingue (ici) individualisme et égoïsme, il assimile en revanche cette dernière notion à celle de « égocentrisme/repliement sur soi-même » puisqu’il parle de « s’isoler de la masse », « se retirer à l’écart », « abandonne[r] sa famille ».
    Tocqueville parle de « se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis », et vous, vous parlez de « repliement sur soi-même » et « d’abandonner sa famille » ! Alors que vous avez le contraire sous les yeux !
    L’individualiste tocquevillien n’est ni « égoïste » ni « égocentrique », ni « replié sur lui-même ». Il peut même être très entouré, simplement il oublie que le sort du petit cercle qui lui importe dépend du sort du plus grand tout qu’est la société. Bref, il oublie la politique. Ce pourquoi Tocqueville dit que l’individualisme procède « d’un jugement erroné plutôt que d’un sentiment dépravé. »
    Vous n’avez absolument pas compris ce qu’est l’individualisme pour Tocqueville.

    Quatrième mouvement, vous ajoutez que Donc, après avoir dit que l’individualisme était distinct de l’égoïsme, Tocqueville soutient que, « à la longue », l’individualisme est aussi de l’égoïsme.
    Parce que Tocqueville dit que « à la longue » l’individualisme va s’absorber dans l’égoïsme, c’est que selon vous il ne distingue pas l’individualisme et l’égoïsme.
    Et moi, si je dis qu’un rhume non soigné peut dégénérer en pneumonie, c’est que je ne distingue pas un rhume d’une pneumonie. C’est évident.

    Tout le reste est à l’avenant.

    Je vous parle « vertu », « qualités morales et intellectuelles nécessaires à un citoyen démocratique » et vous comprenez « Il faut donc, en plus du maintien de l’ordre, que les gens produisent, qu’ils consomment leur production, qu’ils se reproduisent, qu’ils s’abstiennent de mettre les doigts dans les prises électriques, etc, etc. »

    Brisons là. J’ai déjà consacré trop de temps à cette discussion inutile et qui ne peut rien apporter, ni à vous ni à moi, mais comme je sens que vous êtes du genre à insister je vais vous dire bien nettement ce que vous n’avez pas été capable de deviner, ou que vous n’avez pas voulu entendre : discuter avec vous ne m’intéresse pas. Par conséquent ne revenez pas.
    Adieu.

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