Ralliez-vous à mon panache bleu

samedi 14 avril 2012

Présidentielle 2012 : Fatigue



Je dois bien l’avouer, cette campagne électorale ne me passionne guère. Pour ne pas dire qu’elle m’ennuie un peu, en dépit des efforts méritoires que je fais pour m’y intéresser.
Si j’en crois les sondages d’opinion, ainsi que ce que je peux entendre et lire à droite et à gauche (ah, ah !) je ne suis pas le seul dans ce cas et l’abstention sera vraisemblablement bien portée le soir du premier tour.
Bien sûr, le fait que ces mêmes sondages nous prédisent invariablement le même second tour et le même vainqueur depuis des semaines n’aide pas à s’enthousiasmer.
Je crois cependant qu’il y a des raisons moins conjoncturelles à cela.

Prenez la gauche. Ses électeurs paraissent bien être les plus motivés, et c’est sans doute ce qui fera la différence le soir du 6 mai. Mais derrière les salles remplies, derrière les manifestations à la Bastille (ça y est, on a refait la Révolution ! Maintenant on peut aller dîner au Flore), derrière l’activité frénétique sur internet (vite, vite, relayer au monde ébahi la dernière parole immortelle du candidat-normal-que-le-monde-nous envie), qui ne sent la lassitude et comme une déception par avance de ce qui pourra suivre l’élection ?
La détestation de l’actuel Président leur tient lieu de carburant. Il FAUT qu’ils le mettent dehors, l’affreux nabot. Leur délicate sensibilité est par trop offensée par ses manières de parvenus et par les paroles qu’il ose, parfois, prononcer. « Identité nationale », « souffrance des victimes », « immigration », « voyous ». Ah, écartez de moi ces propos impies que je ne saurais souffrir !
Que l’homme ait eu la délicatesse de se contenter de parler, sans jamais vraiment chercher à mettre ses actes en conformité avec ses paroles, ne lui vaut aucune indulgence. Parler de ce dont il ne faut jamais parler entre gens de bonne compagnie est un crime bien suffisant. Dehors l’affreux stigmatisateur, dehors l’horrible diviseur, dehors l’immonde amalgameur !
Dehors, dehors, dehors !
Voilà, voilà, ça y est, il est parti.
Et maintenant, on fait quoi ?
Voyons, un homme politique degôche, ça fait des dépenses publiques, ça embauche des fonctionnaires, ça octroie des zakisocios. Et puis ça fait des réformes sociétales : mariage homo, suicide médicalement assisté, droit de vote des étrangers, etc.
Bon, les réformes sociétales on peut les faire. Faire la nique à la « morale bourgeoise », c’est toujours bon à prendre. Mais donner des coups de pieds à un cadavre est finalement d’un intérêt limité. Ah, quel dommage qu’on ne puisse pas abolir une deuxième fois la peine de mort ! Et pour le reste...
On a beau être de gauche, on n’en est pas moins homme, et comme tel soumis à la dure loi de la nécessité. Trente ans de politiques économiques degôche ont mis la France à genoux, finit la politique degôche.
L’électeur degôche moyen n’attend, je crois, pas grand-chose de l’élection de son favori par défaut, pas grand chose de positif, pas grand chose d’autre que le départ de celui qu’il a tant aimé détester. De ce point de vue là, il ne sera pas floué. Il aura encore moins que pas grand chose. Mais la flamme n’y est pas, forcément.

Et du côté de l’électeur de droite ? Je veux dire de l’électeur qui est vraiment de droite et qui apprécierait donc des politiques de droite, c’est à dire notamment un vrai coup d’arrêt au Grand Remplacement et un vrai élagage de l’Etat-providence ?
Pour la deuxième option, ne cherchez pas, elle ne figure au programme de personne. Personne, c’est aussi simple que cela.
Quant à la première option, comment dire ? Elle figure bien sur certains catalogues, mais elle n’est pas vraiment disponible. Marine le Pen ne sera pas au second tour et, même si elle l’était, ne serait pas élue au second. Quant à Sarkozy, il a reprit sa grosse voix « populiste » qui déplait tant aux belles âmes degôche mais, à supposer qu’il soit réélu, il n’agira pas plus sérieusement qu’au cours de son premier mandat. La raison essentielle en est son européisme apparemment inguérissable.
La France ne pourra pas reprendre le contrôle de sa politique migratoire tant qu’elle n’aura pas dénoncé un certains nombre de traités et de conventions internationales. Tant qu’elle n’aura pas sorti la tête du carcan de l’Union Européenne.
C’est ce que Sarkozy ne fera jamais. Toutes ses actions passées montrent que, comme presque toute la classe politique française, il continue à être intoxiqué par le rêve de la construction européenne, un rêve qui a depuis longtemps tourné au cauchemar sans qu’aucun parti de gouvernement ne consente pourtant à se réveiller.
Pour le reste, en ce qui concerne la droite de papier, la droite que la gauche dit « républicaine », celle-ci a un champion théoriquement rééligible, mais ce champion a un bilan. Pas besoin d’en rajouter. On comprend que l’enthousiasme n’y soit pas non plus.

Depuis trente ans, les gouvernements français ont systématiquement sapé l’indépendance économique de la France en la faisant vivre à crédit. Depuis trente ans, les gouvernements français ont systématiquement abdiqué l’indépendance politique de la France au nom de la construction européenne. Les conséquences de ces choix s’imposent désormais à nous avec chaque jour un peu plus de netteté, et l’on s’étonne que les électeurs manifestent peu d’appétence pour les urnes ? Et l’on incrimine le calendrier qui fait coïncider élections et vacances scolaires ? Allons donc.
Les candidats se démènent, promettent, cajolent, battent le rappel de l’électeur, font comme ils ont vu faire leurs aînés, mais qui est dupe ?
Qui ne sent que c’est désormais peu de choses que d’être Président de la France ?

8 commentaires:

  1. "Dehors, dehors, dehors !
    Voilà, voilà, ça y est, il est parti.
    Et maintenant, on fait quoi ?"

    Je ne suis pas aussi sûre que vous que la gôche PS souhaite gagner. Sinon ils auraient mis quelqu'un d'autre. Celui-là est vraiment trop tarte. Et il faut être numberouane pour ne pas s'en rendre compte. Même Poutou est meilleur ^^.

    C'est plus cool d'être dans l'opposition, t'vois, quoi ?
    Et pis on détient tous les pouvoirs locaux. Quoi de plus sympa pour la popoche et pour donner un logement et un emploi à qui on veut ?
    On peut discriminer positivement à la pépère.
    Trop bieeeennnnnn .

    Alors s'embêter à l'Elysée, avec les G20 et toussa ? Serrer les mains de ceux qui font semblant de vous bouder ?
    Plus mon petit Conseil général que le grand foutoir !

    "Qui ne sent que c’est désormais peu de choses que d’être Président de la France ?"
    Voilà, c'est hélas bien résumé.

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  2. Vous croyez vraiment qu'ils avaient mieux qu'Hollande en stock ? Souvenez-vous : en 2007, leur candidate était une attardée mentale. Cette fois, ils avaient un leader un peu plus charismatique, mais il a explosé en vol suite à une collision avec une femme de chambre. Faute de grives...

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    1. Ah mais non, ils ont bien choisit le meilleur d'entre eux.
      C'est dire...

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  3. Ne serait-il pas plus judicieux, plutôt que de s'abstenir, de permettre à madame Le Pen de figurer le plus haut possible ? Il y aura les législatives en juin et un FN fort forcerait à des alliances. Sinon, je crains une droite atomisée, réduite à la peau de chagrin et au chagrin tout court. Au-delà de l'enjeu élyséen, considérer la suite. Parce que tout de même, Le Pen + Mélenchon ça fait déjà un sacré pourcentage de gens prêts à en découdre et à fiche par terre le système. Plus ils seront haut, plus ça va swinguer chez les européolâtres.

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    1. Oups, je n'ai jamais dit qu'il fallait s'abstenir, et moi-même je ne m'abstiendrais pas. J'essayais simplement d'expliquer le peu d'enthousiasme généré par cette élection, il me semble.
      Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait qu'il faut considérer la suite, et peut-être les législatives seront-elles plus intéressantes que les présidentielles, même si je ne crois pas à des alliances. C'est trop tôt.
      Mais j'irai encore plus loin. Il faut considérer les années à venir. Tout ne s'arrête pas à cette élection, loin de là.

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  4. L'abstention permettrait aux politiques de comprendre combien les électeurs sont fatigués de leurs pitreries mais comme seule la place et le pognon qui va avec les intéresse;cela ne sert pas à grand chose je n' évoque même pas le vote blanc qui lui n'est pas prise en compte dans les statistiques de vote, les bulletins blancs sont simplement inscris sur le procès-verbal remis à la Mairie.

    Donc voter est la seule solution mais pour qui est le la seule question et à part faire mordre la poussière aux aficionados de "Fraise des bois", je ne vois rien d'autre.

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  5. La seule question du second tour, c'est de savoir s'il faut tout faire pour s'opposer à Flamby, où s'il est préférable de donner une leçon à Sarko, afin que la droite molle sache, pour une prochaine fois, que le soutien des électeurs du FN ne lui est pas acquis de manière inconditionnelle et qu'elle va devoir le mériter, en pratiquant à l'avenir l'ouverture à sa droite plutôt qu'à sa gauche.

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  6. Oui, c'est à peu près ça. Et là je dois dire que ma conviction n'est pas encore complètement faite.
    A mon sens cela dépendra en partie des résultats du premier tour.
    Nous aurons l'occasion de réexaminer la question.

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