Une fois n’est pas coutume le billet qui va suivre doit, semble-t-il, être précédé par une confession.
L’auteur de ces lignes n’a, pour ainsi dire, pas reçu d’éducation religieuse. Il est arrivé à l’âge d’homme avec l’idée que chacun devrait être libre d’utiliser ses organes génitaux de la manière qui lui convient, pourvu que cela se passe entre adultes consentants et dans la plus stricte intimité. Et il continue aujourd’hui encore à penser de même, bien que pour des raisons passablement différentes de celles qu’il avait dans sa jeunesse. Il a également été persuadé pendant longtemps que le mariage était une institution vieillotte et dont l’on pouvait se dispenser sans dommages. Il n’en va plus de même aujourd’hui. Ses opinions ont changé, profondément changé, et ses convictions en matière de mœurs le classent désormais incontestablement du côté de ceux que l’on appelle les conservateurs, pour ne pas dire les réactionnaires.
Son évolution intellectuelle sur cette question s’explique par une seule et unique raison : la découverte (car pour lui ce fut une découverte relativement tardive) du rôle primordial joué par la famille dans un grand nombre de questions politiques de la plus haute importance. Son intérêt pour la politique l’a amené à examiner ses propres préjugés en matière de mœurs, et à les abandonner presque complètement. Il est aujourd’hui profondément convaincu que la délégitimation et la désagrégation de la famille dite « traditionnelle » (papa, maman, et leurs enfants biologiques - le chien et le pavillon ne rentrent pas en ligne de compte) est l’une des causes majeures d’un grand nombre de maux dont nous souffrons, et dont se plaignent mezzo voce même les plus progressistes de nos concitoyens.
C’est cette conviction durement acquise (car on ne change pas d’opinion sur ces questions là sans s’exposer à quelques désagréments de la part de son entourage) qui l’a amené à se pencher sur la question du mariage homosexuel ; et à conclure que la légalisation des unions entre personnes de même sexe serait un grand pas supplémentaire en direction du précipice.
Ainsi s’achève ma confession. Et maintenant commence l’explication.
Pour fonctionner raisonnablement bien une société a besoin de familles stables, c’est à dire que le plus grand nombre d’enfants possibles soient élevés et éduqués par ceux qui les ont conçu. Pour cela le rôle de la loi est primordial, car si nos organes génitaux sont bien des organes reproducteurs, l’homme a, dans une large mesure, la capacité de séparer sa sexualité de sa reproduction. Faire de la sexualité uniquement une agréable gymnastique, en la dissociant de toute responsabilité familiale et sociale, est une tentation permanente pour l’être humain, une tentation que la science moderne rend désormais presque irrésistible.
Mais c’est une tentation à laquelle le législateur ne doit surtout pas céder. La société a besoin de la famille biologique, celle fondée sur la complémentarité naturelle des hommes et des femmes, et la famille a besoin de la protection et du soutien de la loi pour subsister, particulièrement de nos jours.
Le mariage homosexuel n’est donc pas une question marginale ou folklorique. Le fait que peu de gens contracteraient vraisemblablement une telle union ne fait rien à l’affaire. Les lois ont des effets bien au delà de ceux qu’elles touchent directement. Tout particulièrement en ces matières, la loi éduque, la loi forme peu à peu les opinions et les comportements du plus grand nombre. Donner aux unions homosexuelles un statut officiel reviendrait à donner définitivement force de loi à l’idée que le mariage n’a rien à voir avec le fait de fonder une famille et à l’idée que concevoir et éduquer des enfants n’a rien à voir avec la différence des sexes.
Ce n’est surtout pas une question que nous pourrions laisser se décider - pour ainsi dire - malgré nous. Par paresse intellectuelle, par résignation face à ce qui peut sembler un mouvement irrésistible, par lâcheté pour ne pas avoir d’ennuis avec les gardiens de l’orthodoxie régnante, un nombre croissant d’entre nous se laissent entraîner sur la pente de l’acceptation : « Oh, qu’on leur donne ce qu’ils réclament, et qu’ils nous fichent la paix ! ».
Ce serait là, me semble-t-il, une grave erreur.
Il n’existe simplement aucune bonne raison de légaliser les unions entre personnes de même sexe, et tout un tas d’excellentes raisons pour ne pas le faire.
Dire cela aujourd’hui peut, je le sais bien, vous exposer à des ennuis, dont les moindres sont sans doute d’être catalogué comme un « sexiste » et un « homophobe ».
Mais ce serait faire preuve de peu de caractère que de se laisser arrêter par des épithètes grossiers, qui, dans le fond, traduisent souvent la secrète conscience de la faiblesse intellectuelle de votre position.
C’est donc vêtu de probité et de lin blanc, le cœur pur et la tête haute, que je vais tâcher d’examiner impartialement, un à un, les principaux arguments avancés en faveur du mariage homosexuel. Et je le ferais aussi sans crainte de lasser le lecteur car une réfutation, pour être convaincante, se doit d’être méthodique. Quant à l’importance d’une telle réfutation, ceux qui auront lu jusqu’ici en sont sans doute suffisamment persuadés pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister davantage.
Mariage et discrimination
Le premier argument utilisé par les partisans de ces revendications est naturellement celui selon lequel réserver le mariage (ainsi que l’adoption et la procréation médicalement assistée) aux couples hétérosexuels serait une forme de discrimination. Mais une discrimination étant une différence de traitement injuste, cet argument suppose que les couples de même sexe se trouvent exactement dans la même situation par rapport au mariage que les couples hétérosexuels ; car la justice consiste incontestablement à traiter également ceux qui sont dans la même situation et différemment ceux qui sont dans une situation différente. Ainsi, aucun partisan sérieux des revendications homosexuelles ne contesterait que la loi ne commet aucune injustice en ne traitant pas de la même manière l’homosexualité et la pédophilie. Toutes deux sont pourtant des « orientations sexuelles », mais elles ne s’exercent pas à l’égard des mêmes objets et ceci justifie pleinement qu’elles soient traitées différemment par la loi.
Dire que l’interdiction faite aux couples de même sexe de se marier est « discriminatoire » suppose donc une conception particulière du mariage. Cela suppose en fait que le mariage ne soit rien d’autre qu’une « déclaration d’amour solennelle entre deux êtres qui s’aiment », comme le disait un ex-futur candidat à l’élection présidentielle qui avait une conception toute personnelle des devoirs conjugaux.
Le mariage serait un moyen que la société mettrait gracieusement à la disposition des individus afin qu’ils puissent faire publiquement connaître et reconnaître l’amour qu’ils portent à tel ou tel et, comme la société aime les amoureux, elle accompagnerait cette reconnaissance de l’octroi de divers avantages fiscaux destinés à récompenser des dispositions aussi louables.
Cette définition du mariage paraitra sans doute aller de soi à la plupart de nos contemporains - ce qui explique la puissance rhétorique de l’argument basé sur la « discrimination » - pourtant il est aisé de se rendre compte que cette définition est erronée.
En premier lieu, il semble nécessaire de poser naïvement la question suivante : pourquoi donc les pouvoirs publics devraient-ils se soucier de nos amours ? Et inversement, pourquoi donc devrions-nous laisser les pouvoirs publics se soucier de nos amours ? Car, après tout, le mariage n’est pas simplement une cérémonie se déroulant dans un lieu public, il est aussi un engagement légal. La loi nous impose à cette occasion certaines obligations, et prévoit des sanctions pour les manquements à ces obligations. Elle offre aussi aux couples mariés certains avantages très concrets et financés par les deniers publics. Pourquoi donc les contribuables que nous sommes devraient-ils accepter qu’une partie de leur argent durement gagné soit octroyé à des couples dont le seul mérite est de s’aimer ? Bien plus, à des couples qui, comptant pour rien la pudeur et la discrétion, viennent bruyamment nous imposer la « déclaration solennelle » de leurs sentiments ?
Si, réellement, certains ne peuvent supporter l’idée que leurs affections restent inconnues du grand public, il leur sera toujours loisible de s’offrir des encarts publicitaires pour remédier à cela, car la loi serait tyrannique si elle interdisait le mauvais goût. En revanche elle serait assurément injuste et malavisée si elle finançait et encourageait ce genre d’attitude.
Inversement, comment pourrions-nous tolérer que la loi intervienne pour régler nos sentiments, pour nous dire qui aimer et comment le faire ? Supporterions-nous patiemment que les pouvoirs publics aient la prétention de nous dicter qui, et selon quelles modalités, peut ou ne peut pas être notre meilleur ami ? Poser la question revient à y répondre. Et pourtant, si véritablement le mariage n’était qu’une « déclaration d’amour solennelle entre deux êtres qui s’aiment », ce serait une intervention encore plus intrusive dans notre intimité que nous réclamerions aux pouvoirs publics.
En second lieu, si le mariage était une simple déclaration d’amour à la face du monde (de « la société »), il n’existerait aucune raison pour qu’un enfant et un adulte ne puissent pas se marier, ou bien pour que des parents ne puissent pas épouser leurs enfants, ou pour interdire le mariage de groupes plutôt que d’individus, et ainsi de suite. Il n’existerait en fait aucune raison valable pour imposer quelques restrictions que ce soit sur le choix du ou des partenaires avec lesquels on entend se marier. La loi, en bonne logique, devrait être totalement permissive.
Bien sûr, tel n’a jamais été le cas et la loi ne nous permet pas plus aujourd’hui qu’hier d’épouser n’importe quelle personne consentante. Il faut ainsi rappeler que le « droit de se marier », si tant est qu’une telle chose existe, appartient aux individus et non pas aux couples. Toute personne adulte, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle, est libre de se marier mais elle n’est en revanche pas libre de se marier avec n’importe quelle personne de son choix. Toute personne adulte, qu’elle soit homosexuelle ou hétérosexuelle, a, par exemple, interdiction de se marier avec un enfant, avec un parent proche, avec une personne déjà mariée ou avec une personne du même sexe que le sien. Il en est ainsi car, comme chacun le sait, l’élément central du mariage n’est pas l’amour mais la sexualité. Les personnes qui se marient peuvent bien le faire parce qu’elles s’aiment, nous pouvons bien, aujourd’hui, considérer que tous les mariages devraient être des mariages d’amour, cela ne change rien au fait que le mariage n’existe pas, et n’a jamais existé, uniquement pour célébrer nos sentiments amoureux.
Le mariage existe en revanche, et a toujours existé, d’abord pour encadrer et diriger la sexualité ; ou plus exactement pour encadrer et diriger la procréation et l’éducation des enfants. Le mariage vise, principalement, à transformer l’union passagère, basée sur le seul désir, d’un homme et d’une femme en une union plus durable capable d’assurer la subsistance et l’éducation des enfants qui en résulteront. Ainsi, juridiquement, le mariage se caractérise par la présomption de paternité, par laquelle le mari de la mère qui accouche est le père de l’enfant. Le mariage n’est donc pas une pure convention, il n’est pas une simple créature de la loi, car il repose sur la différence naturelle des sexes, une différence qui n’est pas créée par la loi. Le mariage n’est pas davantage un simple contrat ou une déclaration d’amour, car il existe avant tout non pas pour les mariés mais pour leurs futurs enfants.



