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mardi 10 juillet 2018

Liberté, égalité, grand remplacement


La décision rendue le 6 juillet par le Conseil Constitutionnel (n° 2018-717/718 QPC) a suscité un certain émoi. Selon le compte-rendu donné par les médias, cette décision dépénaliserait « l’aide désintéressée aux migrants ». On comprend qu’une légère agitation s’en soit suivie…

Comme presque toujours en pareil cas la présentation donnée par les journalistes est trompeuse. Elle en dit à la fois trop et pas assez. C’est que le droit est une matière complexe, qui demande de la patience et de la précision pour être correctement exposée, qualités que les médias ne possèdent en général qu’en quantité infinitésimale.

Mais nous qui sommes de loisir (oui, vous aussi qui me lisez), nous n’allons pas reculer devant l’effort. D’autant moins qu’il s’agit en définitive de savoir si la France peut continuer à exister et si les Français peuvent encore prétendre se gouverner eux-mêmes. La grandeur des enjeux justifie assurément un petit effort intellectuel.

Une erreur très commune de la part de ceux qui ne sont pas juristes, lorsqu’ils s’intéressent à une décision de justice, est de se focaliser sur la décision elle-même en accordant que peu d’attention au dispositif qui soutient cette décision.

C’est une erreur car la décision elle-même ne porte que sur un cas particulier, alors que le raisonnement qui permet de parvenir à cette décision (le dispositif) expose nécessairement des principes généraux, qui seront réutilisés dans des décisions ultérieures. D’ailleurs, une des astuces courantes des cours de justice pour étendre indûment leurs pouvoirs est de prendre des décisions qui satisfont les gouvernements mais en appuyant ces décisions sur des principes qui pourront, plus tard, être retournés contre ces mêmes gouvernements, comme le poisson gobe l’hameçon avec l’appât.

Si donc nous regardons le contenu de la décision rendue par le Conseil Constitutionnel, nous serions tentés de dire « beaucoup de bruit pour rien ». En effet cette décision ne fait guère qu’étendre un peu une immunité qui existait déjà.

De quoi s’agit-il ? Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 euros. » (article L 622-1). Mais l’article L 622-4 précise immédiatement après que l'aide au séjour irrégulier d'un étranger ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3, lorsque cette aide est le fait, soit (pour simplifier) de la famille ou du conjoint de l’étranger en question, soit « de toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché n'a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte ».

Par conséquent, avant même la décision qui nous occupe, l’aide « désintéressée » au séjour d’un étranger en situation irrégulière n’était déjà plus passible de poursuites judiciaires, et ce depuis la loi Valls du 31 décembre 2012, qui ne faisait guère que transposer une jurisprudence de la CEDH.

Qu’ajoute donc la décision du Conseil Constitutionnel en date du 6 juillet ? Elle ajoute simplement « l’aide à la circulation » à la catégorie des actions qui ne sont pas poursuivables. Je cite :

« Dès lors, en réprimant toute aide apportée à la circulation de l'étranger en situation irrégulière, y compris si elle constitue l'accessoire de l'aide au séjour de l'étranger et si elle est motivée par un but humanitaire, le législateur n'a pas assuré une conciliation équilibrée entre le principe de fraternité et l'objectif de valeur constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public. »

Vous allez voir, c’est finalement très simple. L’article L 622-1 fait un délit de l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’un étranger en situation irrégulière, soit trois actions théoriquement distinctes (mais en pratique, bien sûr, très étroitement liées…) : entrée, circulation, séjour. La loi Valls avait accordé une immunité pour l’aide « désintéressée » au séjour. Le Conseil vient également d’accorder l’immunité à l’aide à la circulation, elle aussi « désintéressée ». Désormais, seule reste donc passible de poursuites pénales la première de ces trois actions, à savoir l’aide à l’entrée sur le territoire national d’un étranger en situation irrégulière.

Par ailleurs, le Conseil a réinterprété ce qui constitue une aide « désintéressée ». Le législateur avait énuméré certains types d’actions qui devaient être considérées comme « désintéressées ». Le Conseil a décidé que, outre les catégories énumérées par le législateur, devait être considéré comme bénéficiant de l’immunité « tout autre acte d'aide apportée dans un but humanitaire ».

Bref, l’aide « humanitaire » au séjour et à la circulation des étrangers en situation irrégulière ne sont plus des délits. En gros, si vous faites payer c’est un délit, si vous ne faites pas payer ce n’est pas un délit.

Dépénaliser l’aide à la circulation des clandestins alors que l’aide au séjour n’était déjà plus un délit passerait difficilement pour une révolution juridique. Cela rend certes plus facile la tâche des associations qui se donnent pour but d’abolir les frontières en faisant rentrer le maximum de clandestins en France. En gros, avant, si vous transportiez vos clandestins de la frontière jusqu’à chez vous c’était un délit, mais dès lors que vous les aviez installés chez vous ce n’était plus un délit. Désormais vous pouvez tranquillement attendre avec votre camionnette juste derrière la frontière. Pourvu que vous ne vous fassiez pas pécho en train d’aider vos chers migrants à franchir la frontière elle-même, c’est tout bon : vous avez sur vous votre carte « Vous êtes libéré de prison » (passez par la case Départ et touchez vos subventions publiques).

Cette décision du Conseil va vraisemblablement donner lieu par la suite à d’intéressants débats sur la notion de « franchissement » de la frontière. A partir de quand est on dans la « circulation » et plus dans le « franchissement » ? C’est-à-dire, en fait, de quelle largeur est la frontière : 100 mètres ? 5 mètres ? 1 centimètres ? Ou même, doit-on considérer que la frontière, qui après tout n’est qu’un trait sur une carte, est une sorte de disque à une face, comme dans la nouvelle de Borgès ?

Et dire que l’on se moque parfois des Byzantins qui disputaient du sexe des anges pendant que Byzance était assiégée…

Mais d’ores et déjà les poursuites pour « aide à la circulation » étaient rares et ne visaient guère que les militants comme Cédric Herrou, dont la principale activité dans l’existence consiste à faire entrer en France des clandestins par centaines et qui cherchent manifestement à se faire poursuivre pour pouvoir transformer le tribunal en tribune médiatique afin, ultimement, de changer la loi. Activité couronnée de succès, comme on le voit.

Par ailleurs le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire français tourne aujourd’hui autour de 5%. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Cour des Comptes.

Donc la réalité est que, si vous parvenez à rentrer clandestinement en France, vous avez ensuite toute chance de pouvoir vous y maintenir, et d’obtenir au bout de quelques années une régularisation de votre situation.

Tout cela n’est que la conséquence d’une suite de décisions de la CEDH qui font que, à toutes fins utiles, la France a perdu le contrôle de sa politique migratoire. La décision du Conseil Constitutionnel qui nous occupe ne fait guère qu’ajouter un clou supplémentaire au cercueil. D’un point de vue pratique elle ne devrait pas changer grand-chose.

Le plus amusant, finalement, c’est le considérant dans lequel le Conseil affirme que « l'objectif de lutte contre l'immigration irrégulière participe de la sauvegarde de l'ordre public, qui constitue un objectif de valeur constitutionnelle » et qu’il appartient donc au législateur de prendre les dispositions nécessaires pour atteindre cet objectif. On vous reconnait un droit, et même un devoir celui de lutter contre l’immigration clandestine, mais on vous ôte peu à peu tous les moyens juridiques de le faire. « Va mon petit, cours, tu es libre » dit le Conseil Constitutionnel au gouvernement après l’avoir amputé des deux jambes.

Voilà pour la décision. Intéressons-nous maintenant au dispositif, qui est beaucoup plus juteux.

Pour justifier que l’immunité accordée par l’article L 662-4 soit étendue à l’aide « humanitaire » à la circulation des étrangers en situation irrégulière, le Conseil s’est appuyé sur le raisonnement suivant :

« Aux termes de l'article 2 de la Constitution : « La devise de la République est "Liberté, Égalité, Fraternité" ». La Constitution se réfère également, dans son préambule et dans son article 72-3, à l'« idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité ». Il en ressort que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle. Il découle du principe de fraternité la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national. »

Le point essentiel est : « la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle ». Donc, à l’avenir, le Conseil pourra censurer des lois au motif que celles-ci contreviennent au principe de « fraternité » tel que lui, Conseil Constitutionnel, l’interprète, puisque la Constitution ne donne aucune définition de ce mot. Et pour cause, jamais au grand jamais les constituants n’ont entendu donner à ce terme une valeur juridique.

Qu’est-ce donc que la « fraternité » suivant nos « sages », qui jamais n’ont aussi peu mérités leur nom ?

Comme on le voit dans cette décision, la « fraternité » consiste à ignorer la distinction entre le national et l’étranger, entre la légalité et l’illégalité. Elle consiste à voir uniquement ce que nous avons de commun avec tous les autres hommes, et à ignorer ce qui nous en différencie. Elle consiste à considérer chaque être humain comme notre frère, notre semblable, et uniquement comme cela. Ce qui explique que la fraternité soit très étroitement liée à « l’humanité » (comme dans « aide humanitaire »), l’humanité étant, selon la belle définition qu’en donne Pierre Manent « cette disposition bienveillante qui s’adresse à tout homme, en tant qu’homme, quelle que soit ses particularités ou ses croyances. »

La « fraternité » appelle « l’aide humanitaire », pour ne pas dire qu’elles sont identiques. Ou disons, pour nous servir de distinctions aristotéliciennes, que la fraternité est l’humanité en puissance tandis que l’aide humanitaire est l’humanité en actes.

Et d’où nous vient cette « disposition bienveillante » qui nous rend « fraternels » ? Notre bienveillance pour l’autre être humain s’adresse d’abord à celui qui souffre, et dont la souffrance est visible ; notre bienveillance s’adresse d’abord au corps qui souffre – de maladie, de froid, de faim, etc. – et elle s’appelle donc pitié ou compassion. L’humanité est avant tout une forme de compassion. Nous reconnaissons les autres hommes comme nos semblables car nous voyons en eux des êtres capables de souffrir comme nous, nous reconnaissons notre commune vulnérabilité à la souffrance, à la mort etc.

Autrement dit, la « fraternité » n’est en définitive rien d’autre que la pitié généralisée au genre humain.

L’effet pratique de la fraternité ainsi entendue est de dissoudre les corps politiques. Les hommes « fraternels » ne voient plus dans les distinctions politiques (au premier rang desquelles la distinction entre le national et l’étranger, entre le « chez nous » et le « pas chez nous ») que des séparations arbitraires. Leur fidélité, leur affection va à l’humanité toute entière, et certainement pas à ces corps politiques particuliers appelés nations qui prétendent séparer l’homme de l’homme. La fraternité est un principe cosmopolitique et apolitique et donc, à strictement parler, antirépublicain, si du moins nous voulons garder au mot « République » un minimum de sens.

La République est une forme de l’action politique et la politique suppose pour exister des frontières, un territoire déterminé, et en retour elle contribue à produire des frontières, à délimiter les territoires. La politique ne peut exister sans distinguer entre l’extérieur et l’intérieur, celui qui est citoyen et celui qui ne l’est pas, le national et l’étranger etc. La politique implique, en effet, le commandement, la loi, et cela nécessite de savoir à qui le commandement s’adresse, qui est tenu de lui obéir et qui n’est pas tenu de lui obéir, bref, en pratique, de savoir sur quel territoire une loi s’applique.

Faire de la fraternité une partie de la devise de la République française revient à incorporer au sein de cette République un principe de dissolution de la République. Cela n’est pas dramatique tant que cette devise reste juste une devise, une phrase pleine de bons sentiments qui sonnent bien, mais dont on n’a pas à se soucier de la compatibilité entre eux parce qu’ils n’ont pas d’application pratique directe. Après tout, aucun régime politique n’est exempt de tensions et de contradictions, et cela ne les empêche pas nécessairement de survivre et de prospérer, parfois pendant des siècles.

En revanche l’affaire devient sérieuse dès lors que le mot « fraternité » se voit accorder une portée juridique, comme vient de le faire le Conseil Constitutionnel. Cela revient à donner l’ordre aux tribunaux de travailler activement à défaire le corps politique qui leur a donné naissance.

Pour nous en convaincre, il suffit d’appliquer les principes posés par le Conseil à d’autres domaines que l’aide aux étrangers en situation irrégulière.

Puisque du principe de fraternité découle « la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire », pourquoi devrions-nous restreindre ce droit aux seuls étrangers en situation irrégulière ? Puisque la fraternité nous donne le droit d’ignorer le statut légal de l’étranger, c’est-à-dire de négliger le fait qu’il a violé la loi, pourquoi ne pourrions-nous pas ignorer d’autres violations de la loi ? Pourquoi ne pourrions-nous pas aider l’assassin en fuite qui lui aussi, après tout, est peut-être dans une situation pitoyable : seul, affamé, transi, en proie à toutes les angoisses de celui qui se sait traqué ? Si vous pensez que j’exagère pensez par exemple à Cesare Battisti, et tout à coup vous verrez que l’hypothèse est moins invraisemblable qu’elle n’en a l’air…

Pourquoi donc, reposons la question, la fraternité devrait-elle jouer uniquement pour une catégorie de délinquants, l’étranger en situation irrégulière ?

A cela, il n’y a, semble-t-il, qu’une seule réponse : si vous n’acceptez pas cette extension des principes posés par le Conseil, c’est parce que, dans le fond, vous pensez que le franchissement irrégulier d’une frontière n’est pas un véritable crime, à la différence de l’assassinat ou du viol, par exemple. Autrement dit, vous présupposez que la distinction entre séjour régulier et séjour irrégulier est en définitive arbitraire, qu’elle est purement légale et non pas morale.

En fait, on ne voit absolument pas pourquoi le Conseil applique le principe de fraternité à la circulation et au séjour et pas aussi à l’entrée des étrangers en situation irrégulière. Celui qui cherche à rentrer sur le territoire national sans y avoir le droit a-t-il moins besoin « d’aide humanitaire » que celui qui a réussi ? Il semblerait au contraire qu’il en a encore plus besoin. Comment ce qui est « fraternel » lorsqu’il est accompli au point X (faire monter des clandestins dans sa camionnette) pourrait-il cesser d’être « fraternel » lorsqu’il est accompli à 500 mètres du point X ? L’action est la même, la souffrance humaine (supposée) qui motive cette action est la même. Cette restriction est absurde. Ou plutôt : elle est motivée uniquement par la peur des conséquences. Supprimer le délit d’aide à l’entrée d’étrangers en situation irrégulière reviendrait, en effet, à supprimer la distinction entre entrée régulière et entrée irrégulière, c’est-à-dire reviendrait à proclamer qu’un pays n’a plus de frontières. Celle reviendrait en fait, à terme, à dire qu’il n’existe plus.

C’est certainement devant cette conséquence ultime que les « sages » du Conseil ont reculé, et on les comprend. Pourtant elle découle strictement du principe qu’ils ont posé. D’autres ont d’ailleurs tiré cette conclusion depuis longtemps. Les militants « no border », comme Cédric Herrou, qui est à l’origine de la QPC qui nous occupe, sont bien plus cohérents que les membres du Conseil Constitutionnel.

Prenons maintenant un peu de recul.

Où se situe l’origine du mal ? Ne remontons pas trop loin non plus, car sinon nous serions contraints d’aboutir à la conclusion que tout vient de la fatale décision d’Adam et Eve de manger le fruit de l’arbre de la connaissance. Conclusion vraie, en un sens, mais peu éclairante car trop générale. Non, la question est : qu’est-ce qui explique que le Conseil Constitutionnel puisse prendre de telles décisions ?

Certains seraient tentés d’attribuer cela à son actuelle composition. Pensez donc : Laurent Fabius, Lionel Jospin, Michel Charasse, Nicole Maestracci… Mais ce serait avoir la vue trop courte. Le mal a une origine plus ancienne. On peut même le dater précisément : le 16 juillet 1971.

Ce jour funeste, en effet, le Conseil a décidé d'intégrer le préambule de la Constitution au « bloc de constitutionnalité » (c’est-à-dire à l’ensemble des normes par rapport auxquelles il contrôle les lois). Le préambule faisant référence à la DDHC de 1789 et au préambule de la constitution de 1946, ces deux textes se trouvèrent donc intégrés au bloc de constitutionnalité et ont eu à partir de cette date valeur juridique.

A partir de ce moment-là, le Conseil a pu se prononcer en fonction de « principes » juridiquement indéterminés et non plus seulement en fonction de considérations techniques, sur le simple respect des procédures constitutionnelles. Avec l’intégration du préambule au bloc de constitutionnalité, le Conseil s’est trouvé à la tête d’une réserve inépuisable de « droits et libertés constitutionnellement garantis » et autres « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République », qui lui permettent de décider à la couleur de son esprit tout en ayant l’air d’appliquer fidèlement les textes.

C’est le jour où les gouvernants de l’époque ont laissé passer cette monstrueuse usurpation de pouvoir que nos ennuis avec le Conseil Constitutionnel ont commencé. Au début, il n’a usé des prérogatives qu’il s’était accordées qu’avec parcimonie. Mais, au fur et à mesure du temps, un abus non sanctionné en appelant un autre, le rythme et l’ampleur des décisions arbitraires s’est multiplié. Aujourd’hui il débloque à plein tubes, sans crainte et sans vergogne. Plus c’est gros, plus ça passe. Mais il n’a pas attendu aujourd’hui pour prendre des décisions aussi arbitraires que catastrophiques.

Depuis le 16 juillet 1971 il serait à peine exagéré de dire que le Conseil a cessé d’être le gardien de la Constitution et qu’il en est devenu le créateur, ce qui est tout à fait contraire au principe fondamental du gouvernement républicain : le consentement à la loi qui vous gouverne.

Dans l’Esprit des lois, Montesquieu écrivait : « Dans les Etats despotiques, il n’y a point de lois : le juge est lui-même la règle ». Nous en sommes là.

Situer correctement l’origine du problème nous permet d’envisager une solution (une solution juridique s’entend).

Supprimer le Conseil ne serait pas une bonne solution. Une démocratie constitutionnelle a besoin d’une cour de justice qui s’assure que la loi respecte bien la Constitution. Comme le dit justement Publius, « Il n’existe aucune position qui repose sur des principes plus clairs que celle selon laquelle tout acte de la part d’une autorité déléguée, qui serait contraire à la teneur de la délégation en vertu de laquelle il est pris, est nul. Par conséquent, aucun acte législatif contraire à la Constitution ne peut être valide. Nier ceci reviendrait à affirmer que le suppléant est plus important que le titulaire ; que le serviteur est au-dessus de son maître ; que les représentants du peuple sont supérieurs au peuple lui-même ; que des hommes qui agissent en vertu de pouvoirs qui leur sont conférés peuvent faire non seulement ce que ces pouvoirs autorisent, mais aussi ce qu’ils interdisent. »

En revanche, nous avons besoin d’une Cour qui soit une gardienne fidèle du texte de la Constitution. Il est très difficile de s’en assurer sans nuire à son indépendance, qui est pourtant nécessaire à sa fonction.

Mais un pas dans cette direction serait de supprimer le préambule de la Constitution, ou bien de spécifier explicitement que ce préambule n’a pas de valeur juridique et que le Conseil ne doit juger la loi que par rapport aux articles de la Constitution. Ce serait d’ailleurs simplement revenir à la volonté des rédacteurs de la 5ème République, qui n’avait jamais prévu que le préambule puisse avoir valeur juridique.

Plus largement, pour que les Français puissent à nouveau réellement consentir à la loi qui les gouverne et que nos gouvernants puissent maitriser les flux migratoires, il serait aussi nécessaire de supprimer l’article 55 de la Constitution, qui dispose que « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie. »

Cet article est en effet celui qui a permis à la Cour de Cassation et au Conseil d’Etat de s’affranchir de leur stricte subordination à la loi. Au motif de faire respecter cette disposition de la Constitution, les deux juridictions suprêmes ont, respectivement depuis 1975 et depuis 1989, fait prévaloir le droit européen, sur les lois françaises. Dès lors le gouvernement français s’est trouvé pieds et poings liés face aux décisions prises à Bruxelles et à Luxembourg.

De manière plus générale, la suppression de l’article 55 priverait les juridictions nationales de la possibilité de recourir au droit international pour contourner ou neutraliser les lois françaises qui leur déplaisent, ce qui serait un grand pas dans la bonne direction ; pour redonner à nos juges la place qui était traditionnellement la leur, celle de gardiens des lois, subordonnés à la Constitution et au législateur.

Et enfin il serait nécessaire de dénoncer la Convention Européenne des Droits de l’Homme pour cesser d’être soumis à l’arbitraire de la cour de Strasbourg.

Voilà, dans les grandes lignes, quelle pourrait être la solution (juridique, pour le répéter) à notre problème.

Comment dites-vous ? On n’est pas sorti du sable ? Ah non, en effet.

vendredi 20 avril 2018

Loi "Asile et immigration" : beaucoup de bruit pour rien




Il parait qu’en ce moment les esprits s’échauffent au Parlement au sujet du projet de loi « Asile et immigration ».

On se demande bien pourquoi.

Tous ces braves gens pensent-ils réellement que le texte qu’ils vont voter va changer quoi que ce soit d’important à la situation actuelle ? Pensent-ils vraiment que cette loi va modifier substantiellement, dans un sens ou dans l’autre, les flots migratoires qui se déversent sur la France ? Ou bien s’agitent-ils seulement pour la galerie, pour justifier aux yeux du bon peuple leur fonction et leurs émoluments ?

Dans le second cas ils seraient simplement hypocrites. On a l’habitude. Dans le premier cas ils sont soit sérieusement ignorants (et coupables d’être ignorants, car leur fonction comporte le devoir de s’informer sérieusement sur les sujets qu’ils traitent), soit idiots.

Sur ce dernier point vous pensez que cette hypothèse est fantaisiste ? Que celui qui n’a jamais entendu parler Christophe Castaner me jette la première pierre.

Voilà déjà un bout de temps que la France a perdu la maitrise de sa politique migratoire. En fait, elle l’a perdu  le 3 mai 1974, le jour où elle a ratifié la Convention Européenne des Droits de l’Homme, même si les effets de cette ratification ont mis un certain temps à se faire sentir.

Depuis ce jour fatal où nos gouvernants ont jugé bon de passer la tête sous le joug de la CEDH, le législateur français est, dans un grand nombre de domaines, devenu à peu près semblable à un caniche que l’on promène au bout d’une laisse, et qui fait là où on l’autorise à faire.

Sur la plupart des questions régaliennes, nos gouvernants ne se meuvent plus désormais qu’à l’intérieur d’un cercle devenu très étroit, au fur et à mesure que la Cour de Strasbourg raccourcissait la laisse et assujettissait la muselière.

Je vous la fais courte, et le moins technique possible.

L’article 3 de la CEDH prohibe les « traitements inhumains et dégradants ». Fort bien, me direz-vous. Sauf que lesdits « traitements inhumains et dégradants » sont ce qu’il plaira à la Cour d’appeler comme tel, et qu’il lui a plu de considérer de plus en plus de mesures comme « inhumaines et dégradantes ». En fait, toute mesure de coercition est éminemment suspecte aux yeux des juges de la CEDH, et il serait à peine exagéré de dire que, chaque fois que les pouvoirs publics emploient la force physique pour contraindre un individu, il y a, pour la Cour, présomption de traitement inhumain et dégradant.

Songez que, par exemple, la Cour a jugé contraire à l’article 3 le seul fait de placer un prisonnier en fauteuil roulant dans une cellule à la porte trop étroite pour laisser passer le fauteuil. Dans cet arrêt la Cour a pourtant reconnu les efforts considérables déployés par l’administration pénitentiaire pour s’adapter aux besoins particuliers de ce prisonnier. Elle reconnait aussi que celle-ci n’avait à aucun moment l’intention d’humilier ledit prisonnier, et cependant elle estime que le simple fait d’être détenu dans une cellule qu’il ne pouvait quitter sans l’aide des surveillants a violé l’un de ses droits fondamentaux…

Autant dire que, pour un gouvernement, contraindre des étrangers qui se trouvent sur son territoire à le quitter devient très compliqué dans ces conditions. Toute action coercitive risque d’entrainer à posteriori une censure de la CEDH, que ne se font pas faute de saisir à tour de bras les associations immigrationnistes (et financées largement par nos impôts) type GISTI ou Cimade.

Au nom de l’article 3, la CEDH va également interdire l’expulsion de nombre d’étrangers, au motif qu’ils risqueraient des « traitements inhumains et dégradants » dans leur pays. Vous voulez expulser vers l’Algérie un terroriste notoire ou bien un imam salafiste qui prêche ouvertement la destruction des mécréants ? Oubliez ça. L’exquise sensibilité des juges de Strasbourg ne saurait souffrir une telle perspective.

L’article 8 de la CEDH dispose que "toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance". Fort bien, me direz-vous. Mais au nom de cet article, la CEDH a rendu progressivement inexpulsables des catégories de plus en plus larges d’étrangers, au motif que les renvoyer dans leur pays d’origine porterait une atteinte « disproportionnée » à leur « droit à une vie familiale ». Désormais la Cour considère que l’article 8 englobe même les étrangers célibataires et sans enfants lorsqu’ils n'ont plus d'attaches avec leur Etat d'origine… Comme Humpty Dumpty dans Alice au pays des merveilles, les juges de la CEDH pourraient affirmer : « lorsque nous utilisons un mot – comme par exemple le mot « vie familiale » ou « traitement inhumain et dégradant » - il signifie exactement ce que nous voulons lui faire dire, ni plus ni moins. »

La Cour de Strasbourg ne se cache d’ailleurs nullement d’avoir une « interprétation évolutive » de la Convention qu’elle est censée faire appliquer. Les arrêts de la Cour reposent ainsi sur l’idée que la Convention Européenne des Droits de l’Homme n’a pas de signification fixe mais doit être interprétée à la lumière des « évolutions sociales ». Cela signifie en pratique que les juges ne sont plus tenus par le texte de la Convention, mais qu’ils se donnent toute latitude pour créer les « droits » qu’ils estiment requis par « l’évolution de la société », et pour invalider les lois nationales qui ne leur paraissent pas conformes à ces « évolutions ». Loin d’être des « gardiens fidèles » de la Convention, comme l’auraient voulu les Etats qui ont rédigé et ratifié la Convention, les juges de la CEDH deviennent ses créateurs.

Le protocole n°4 de la CEDH prohibe les expulsions collectives (auxquelles peuvent être assimilées les interceptions de migrants en haute mer, telles que les pratique par exemple l’Australie), ce qui signifie que les pouvoirs publics ne peuvent, théoriquement, affréter d’avion ou de train spécialement pour renvoyer chez eux des immigrés n’ayant plus le droit de séjourner en France, et qu’ils doivent donc leur trouver des places sur les vols réguliers. Or les compagnies aériennes sont évidemment très réticentes à accueillir sur leurs lignes régulières des gens que l’on renvoie chez eux par la force, de peur que le spectacle rebute les autres passagers, ou ne déclenche des mouvements de solidarités, ou de quelque manière affecte le vol.

Pendant longtemps, et fort logiquement, le séjour irrégulier en France a été un délit (passible de 3750 euros d’amende, d’un an de prison, et de trois ans d’ITF). Mais par deux arrêts rendus en 2010 et 2011, la CEDH a affirmé que le seul séjour irrégulier ne pouvait pas constituer un délit. La Cour de Cassation a repris à son compte cette jurisprudence, dans un arrêt du 6 juin 2012.

A la suite de cela, la loi Valls du 31 décembre 2012 a supprimé du code pénal le délit de séjour irrégulier sur le territoire français. Un étranger séjournant illégalement en France n’encourt donc désormais plus aucune sanction pénale pour ce fait (et il ne peut donc plus non plus être placé en garde à vue du seul fait de son absence de titre de séjour).

La loi continue à prévoir que « toute personne qui aura par aide directe ou indirecte facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation et le séjour irrégulier d’un étranger en France », peut être punie de 30 000 euros d’amende et cinq ans de prison. Mais la même loi du 31 décembre 2012 a supprimé « les actions humanitaires et désintéressées » du délit d’aide au séjour irrégulier. Aujourd’hui il n’est donc pas illégal de nourrir, d’héberger et d’aider un migrant, à partir du moment où aucune contrepartie, quelle qu’elle soit, ne lui est demandée.

Arrêtons-nous là. Vouloir maitriser les flux migratoires tout en restant dans la CEDH - et en ayant des cours nationales qui appliquent sa jurisprudence – revient à peu près à vouloir battre Mike Tyson en ayant les deux mains attachées dans le dos.

Voilà la triste réalité qu’ignorent, ou que feignent d’ignorer, nos législateurs. Les débats actuels au Parlement portent donc, pour l’essentiel, sur des queues de cerise. Beaucoup de bruit pour rien.

Comme le dit fort bien Renaud Camus : « l’immigration, achetée jadis en tant que lézard décoratif, est devenue entre-temps crocodile. Il occupe la moitié du salon, l’œil mi-clos. De temps en temps, quand l’humeur taquine lui en prend, il dévore un bras ou une jambe, pour passer le temps. Toutefois la convention est de faire comme s’il n’était pas là, et de poursuivre la conversation par-dessus lui autour d’une tasse de thé, en parlant des horaires des trains, tandis qu’il se pourlèche les babines en sang. »

Le projet de loi « Asile et immigration » n’est qu’une manière de continuer à prendre le thé en faisant comme si le crocodile était encore lézard.

Si nous nous élevons au niveau des principes qui guident les divers arrêts de la Cour, nous pouvons discerner que le vice fondamental de sa jurisprudence est de traiter l’immigration comme un droit naturel. Cela est plus net lorsqu’il est question de « droit d’asile », mais est vrai pour l’immigration de manière générale.

Autrement dit, les juges de Strasbourg paraissent considérer qu’un individu a un droit naturel – un droit qui n’est pas donné par un gouvernement, mais qui appartient à tout homme en tant qu’homme – à être admis dans le pays de son choix, et qu’il n’est possible de le priver de l’exercice de ce droit que pour des motifs très graves et au terme d’un procès équitable. De la même manière que, par exemple, un gouvernement respectueux des droits de l’homme ne pourra, théoriquement, porter atteinte à nos droits naturels à la vie, à la liberté et à la propriété que pour protéger ces droits chez autrui ou pour préserver l’ordre social lui-même, et seulement après nous avoir mis en état de nous défendre effectivement, au terme donc d’une procédure judiciaire complexe comprenant certains éléments invariables, tels que la présomption d’innocence, la publicité du procès, la possibilité de recourir à un avocat, l’accès aux preuves et aux témoins, etc.

C’est ainsi que, de plus en plus, pour refuser d’accorder à un immigré qui se présente à nos frontières un titre de séjour ou le droit d’asile, nos pouvoirs publics sont obligés de passer par des procédures qui s’apparentent à un procès fait au migrant : procédures très lourdes, très complexes, et qui laissent aux avocats dudit migrant quantité d’occasions de gripper la machine et d’obliger l’administration à lui accorder finalement le titre de séjour convoité.

Une telle manière de procéder pourrait éventuellement être tolérée si les candidats à l’entrée se comptaient chaque année sur les doigts de quelques mains. Mais appliquée aux flux actuels elle revient à laisser la porte grande ouverte. Ce que nous pouvons constater de nos yeux presque tous les jours. Le lézard est devenu crocodile gigantesque. Et il grossit toujours.

Il faut le dire et le redire (puisque nous vivons au sein d’un régime politique où celui qui prétend à être écouté dans la conversation civique doit parler le langage des droits de l’Homme), cette conception de l’immigration n’est pas seulement désastreuse en pratique, elle est aussi profondément fausse en théorie. Traiter la possibilité d’immigrer comme un droit naturel est profondément contraire aux authentiques droits de l’Homme, aux vrais droits naturels de l’être humain (à la différence des « droits » inventés par des conventions ou des cours de justice).

L’une des conséquences du fait que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » est que, une fois qu’un peuple s’est constitué pour se donner un gouvernement, nul n’a le droit de s’y joindre sans le consentement de ceux qu’il veut rejoindre. Un étranger n’a pas plus le droit d’exiger d’être intégré à un peuple déjà existant qu’il n’a le droit d’imposer sa présence dans une maison où il n’a pas été invité. Toute communauté politique est libre d’accepter qui elle le veut, quand elle le veut et selon les critères de son choix.

Mais pourtant, dira-t-on, les étrangers qui veulent s’installer dans notre pays ne sont-ils pas des hommes comme nous, pourvus des mêmes droits naturels ? Dès lors, un gouvernement qui se donne pour tâche de protéger les droits naturels des individus ne doit-il pas accepter tous ceux qui viennent se placer sous sa protection ? Les étrangers qui se présentent chez nous n’exercent-ils pas simplement leur « droit à la poursuite du bonheur », tout comme nous ?

Certes, nul ne peut leur reprocher de se présenter là où ils estiment que leur vie sera meilleure, mais il n’en reste pas moins que les migrants ne peuvent se prévaloir d’aucun droit à être acceptés. Le gouvernement de la communauté particulière aux frontières de laquelle ils se présentent est chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété des individus qui la composent. Il n’est en aucune façon chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété de ceux qui n’appartiennent pas à cette communauté.

Dire que les migrants ont un droit à être accueillis là où ils le désirent reviendrait à dire que le gouvernement d’un pays a l’obligation de garantir les droits de n’importe quelle personne dans le monde qui en ferait la demande. Une telle obligation serait par nature à la fois impossible à remplir et injuste. Elle serait une violation des termes du contrat initial selon lesquels nul ne peut être contraint de s’associer avec ceux qu’il n’a pas choisi.

Comme le déclare le préambule de la Constitution des Etats-Unis : « Nous, Peuple des États-Unis », établissons une Constitution afin « d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité ». Pour les rédacteurs de cette Constitution, il allait de soi que le peuple américain n’avait pas plus l’obligation « d’assurer les bienfaits de la liberté » aux Mexicains ou aux Haïtiens que les Mexicains ou les Haïtiens n’avaient l’obligation d’assurer ces bienfaits aux Américains. Il appartient à chaque peuple de protéger par lui-même les droits naturels de ceux qui le composent, et, si nous pouvons compatir avec les malheurs des peuples qui échouent dans cette entreprise difficile, cela ne nous donne pas pour autant l’obligation d’en accueillir tout ou partie sur notre sol.

Bien entendu cela ne nous exonère pas de tous devoirs vis-à-vis des étrangers. Nous devons respecter leurs droits naturels, c’est-à-dire ne pas nous en prendre à leur vie, leurs biens ou leur liberté. Mais nous n’avons pas l’obligation de garantir l’exercice de ces droits, et lorsque nous refusons d’accueillir un migrant nous ne violons pas ses droits, nous ne commettons aucune injustice : nous le laissons simplement dans l’état où il se trouvait avant.

En bref, l’égale liberté naturelle de tous les hommes signifie à la fois que n’importe quel individu est libre de quitter le pays dans lequel il habite, en emportant ses biens, car il ne saurait être gouverné sans son consentement, mais également que nul ne peut se prévaloir du droit d’être accueilli où que ce soit.

En oubliant, en négligeant, ou en ignorant ce point fondamental, nos gouvernants – qu’ils soient en costume cravate ou bien en robe d’hermine – détruisent peu à peu les communautés politiques gouvernées par consentement qui sont pourtant censées être indispensables pour garantir l’exercice de nos droits naturels.

En traitant l’immigration comme le droit naturel qu’elle n’est pas, ils attaquent frontalement nos droits naturels, ceux qui sont énumérés par exemple dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Il est désormais à peu près certain que nous ne pourrons éviter, collectivement, d’être dévorés par le crocodile qu’à deux conditions. Sortir de la CEDH d’une part, et d’autre part sortir de cette conception viciée de l’immigration qui domine actuellement, conception qui n’est pas seulement celle de la Cour de Strasbourg, hélas, mais aussi celle d’une bonne partie de nos élites politiques, judiciaires, administratives et médiatiques.

Il n’est certes pas besoin d’espérer pour entreprendre. Mais, tout en continuant à faire, à notre niveau, ce qui doit être fait ici et maintenant pour notre pays, il n’est pas interdit non plus de prendre ses dispositions pour essayer d’éviter, individuellement, de finir dans les mâchoires du crocodile.


mardi 6 février 2018

L’islamisation d’Oslo



Bruce Bawer – The City Journal, January 24, 2018

Avec une population de plus de 600 000 habitants, Oslo est divisée en deux par l’Akerselva, une petite rivière qui court depuis les montagnes, dans le nord, jusqu’au fjord d’Oslo. Oslo Ouest est la partie huppée de la ville, avec de coquettes rangées de maison près du centre-ville et, plus loin, d’élégants arrondissements pleins de grandes et belles demeures au vastes pelouses bien entretenues. L’Est d’Oslo est bourgeois : à la limite du centre-ville vous trouvez des quartiers qui ressemblent à l’East Village, avec des bars à la mode et plein de graffitis, et quelques zones habitées essentiellement par des musulmans, Tøyen et Grønland ; plus à l’Est se trouve Groruddalen.

Une large vallée relativement sans caractère (Dal signifie « vallée » en Norvégien), Groruddalen abrite plus du quart de la population d’Oslo. Pensez à la San Fernando Valley et vous serez assez près de la vérité. Depuis plusieurs décennies maintenant, cette vallée à été associée à l’islam pour les Norvégiens. Le 28 août 2017, Rita Karlsen du Human Right Service (HRS), un think-tank basé à Oslo, a fait remarquer que cela faisait seize ans jour pour jour que Thorbjørn Bersten, un homme politique membre du Parti Travailliste, avait déclaré : « Il existe une limite au nombre d’immigrants que Groruddalen peut accepter. Cette limite est en train d’être atteinte. Je connais des gens qui veulent partir parce que la ville d’Oslo est en train de remplir des immeubles entiers avec des réfugiés et des demandeurs d’asile… Nous devons simplement admettre que les conflits culturels commencent à devenir visibles. » D’autres hommes politiques récusèrent le diagnostic de Bersten. Bjørgulv Froyn, qui était alors le chef du Parti Travailliste à Oslo, affirma que les problèmes de Groruddalen n’avaient « rien à voir avec les immigrés ». Le chef des conservateurs à Oslo, Per-Kristian Foss, abonda en ce sens, accusant Bersten de « stigmatiser un quartier et une population. » Foss, qui était ouvertement homosexuel, préféra ignorer le fait qu’il était déjà difficile pour les homosexuels de vivre dans certaines parties de Groruddalen.

L’avertissement de Bernsten, lancé en 2001, s’est avéré prémonitoire. De 2008 à 2010, plus de 6000 Norvégiens de souche ont quitté Groruddalen, tandis que près du double d’immigrants – essentiellement des musulmans – s’y sont installés. En 2009, presque 67% des enfants nés à Stovner, un arrondissement à l’extrémité Est de la vallée, avaient des mères non Occidentales. En 2010, les immigrants représentaient plus de 40% de la population de Groruddalen, et Lars Østby, le démographe en chef à la SBB, l’organisme officiel en charge des statistiques nationales, prévoyait que, avant peu, une majorité de la population de la vallée serait composée des immigrants et de leurs enfants. Østby, cependant, ne considérait pas cela comme un problème – en dépit des précédents sinistres de certaines zones urbaines dans la Suède voisine, tel que Rinkeby à Stockholm et Rosengard à Malmö, devenues des enclaves musulmanes : des sociétés parallèles où la sharia remplaçait la loi suédoise et où les chefs de la communauté, les imams, et les gangs, avaient davantage d’autorité que le gouvernement suédois, la police et les tribunaux.

En 2011, le journal Aftenposten a rompu le silence médiatique sur le sujet en publiant un reportage sur la vie de Norvégiens de souche habitant à Groruddalen. « C’est devenu difficile d’être un Norvégien d’origine à Groruddalen » expliquait au journal Patrick Ǻserud, un instituteur ayant vécu dans la vallée toute sa vie. « Il y a un gros problème de langue, et une pression pour s’adapter à des normes qui nous semblent totalement étrangères, à nous qui avons un style de vie et une mentalité occidentales. » Ǻserud expliquait que, dans certaines écoles de la vallée « des enfants sont menacés d’être battus parce qu’ils ont du salami dans leur panier-repas. Des filles sont harcelées parce qu’elles sont blondes, et se teignent les cheveux pour être acceptées. Ce n’est pas bien vu à l’école d’être homosexuel, ou d’être athée, ou d’être juif… les gens attendent d’une famille indienne que je connais qu’elle vive comme des musulmans parce qu’ils ont la peau brune. » Sur dix-huit rencontres parents-professeurs qu’Ǻserud avait tenu récemment, il avait été nécessaire de recourir dix fois à un traducteur. Les conditions de vie dans la vallée s’étaient dégradées ces trois dernières années, affirmait-il, et il avait décidé – à contre-cœur – de décamper. « Je ne laisserai pas mes enfants grandir ici. » Le journaliste du Aftenposten ayant suggéré que qu’Ǻserud était « hypersensible » et « déconnecté de la nouvelle Norvège », l’instituteur avait répliqué qu’en ce cas, il y avait beaucoup de Norvégiens de souche à Groruddalen qui ressentaient la même chose.

Deux ans plus tard, en 2013, un rapport remarquablement honnête de la SBB reconnaissait que 1000 Norvégiens de souche quittaient Groruddalen tous les ans, et étaient remplacés par un nombre égal d’immigrés non-occidentaux. Durant cette seule année, les agressions augmentèrent de 80% à Groruddalen. La grande majorité de leurs auteurs étaient des adolescents d’origine immigrée avec des prénoms musulmans ; pratiquement aucun de leurs parents ne prirent la peine de venir à leurs procès. (Un père, cependant, fit quelque chose : il essaya d’intimider des victimes d’agression pour qu’elles modifient leurs témoignages.) Malgré cela, la police et les hommes politiques continuaient à affirmer que tout allait bien à Groruddalen. Ils mettaient en avant des statistiques de crimes autres que les agressions, qui, superficiellement, semblaient leur donner raison. Mais beaucoup de crimes dans la vallée – et peut-être même la plupart – n’étaient pas rapportés aux autorités. Les musulmans victimes d’autres musulmans n’étaient pas assez stupides pour avertir la police : leurs familles, leurs imans, et les autres membres de la communauté musulmane les auraient considérés comme des traitres, et auraient agis en conséquence. Ils savaient que de telles affaires devaient se régler à l’intérieur de la communauté. Beaucoup de victimes non musulmanes craignaient également de se plaindre à la police, car elles savaient qu’elles risquaient de la part de leurs voisins immigrés des représailles auprès desquelles le crime initial aurait fait pâle figure.

En 2015, le sociologue Halvor Fosli publia Fremmed i eget land (« Un étranger dans son propre pays »), un livre basé sur des entretiens réalisés avec 20 Norvégiens de souche résidant à Groruddalen. Fosti avait délibérément choisi des gens impliqués à un certain degré dans leur communauté – ceux qui avaient des enfants à l’école, par exemple, ou bien qui siégeaient au conseil de leur coopérative. Quel effet cela faisait-il, leur demandait Fosti, de devenir minoritaire sur son propre sol ? Leurs réponses étaient perturbantes. Les garçons non musulmans dans les écoles secondaires avaient peur de tomber dans la ligne de mire des bandes de musulmans – mais ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils devaient éviter de dire ou de faire, car leurs condisciples musulmans jugeaient leur conduite selon des critères entièrement étrangers à la société norvégienne. Pour les filles et les femmes non musulmanes, le simple fait de sortir de chez elles toutes seules – pour aller au supermarché par exemple – leur valait des regards courroucés de la part de musulmans à longues barbes, qui considéraient qu’elles ne devraient pas quitter leur foyer sans être accompagnées par un homme et sans être voilées. La vie était particulièrement dure pour les juifs. Les homosexuels ? Même pas la peine d’y penser. Autrement dit, un endroit dans lequel les gens avaient autrefois vécu sans peur et se traitaient mutuellement avec respect et bienveillance était devenu un lieu où fermentait la tension, la peur, et l’intolérance – non pas l’intolérance contre les musulmans, mais l’intolérance contre les Norvégiens.

Le livre de Fosli déclencha une prévisible avalanche de condamnations dans les grands médias norvégiens. Les adeptes du multiculturalisme vivant à Groruddalen traitèrent Fosli de menteur. Dans un article publié dans le Aftenposten intitulé « Non, je ne suis pas une étrangère dans mon propre pays », Inger Sønderland expliquait comment elle s’était installée dans la vallée trois ans plus tôt et s’était sentie immédiatement la bienvenue. « Je me suis sentie chez moi ici ! », écrivait-elle. « Dans cet environnement où nous sommes tous si différents, je me sens libre. Je peux me laisser aller, être moi-même… j’aime ce mélange de peuples. » Øyvind Holen, qui avait travaillé pour la plupart des grands journaux norvégiens, écrit plusieurs livres sur le hip-hop, et publié son propre livre sur Groruddalen dix ans plus tôt, pris part à la controverse, accusant dans le Dagbladet Fosti et ses interviewés d’être « obsédés par l’islam » et de s’être lancé dans une « attaque monomaniaque contre les minorités pakistanaises et somaliennes. » Avec un peu de soutien de la part de médias, le livre de Fosli aurait pu forcer la main des hommes politiques, de la police, et des fonctionnaires en charge de l’immigration ; au lieu de cela, la puissante charge des médias pour le discréditer assura que le livre n’eut aucun impact sur la politique locale ou nationale. La vie continua comme avant : en 2016, les chefs d’établissements scolaires furent avertis de presque 2000 cas de violence contre des enseignants à Oslo, mais ils ne prévinrent la police dans aucun. En janvier 2017, un rapport affirma que la criminalité juvénile avait dramatiquement augmenté à Groruddalen.

En février 2017, Forskning.no – un site internet prétendant fournir des informations fiables concernant la science et la recherche partout dans le monde – affirma que, selon un nouveau rapport du NOVA, un institut de recherche norvégien, la plupart des jeunes gens à Groruddalen se portaient très bien. « Ils réussissent à l’école, ont de bonnes relations avec leurs parents, sont satisfaits de l’environnement dans lequel ils vivent, et boivent moins d’alcool que les autres jeunes à Oslo. » Mais lorsque Nina Hjerpset-Østlie, du HRS, examina le rapport du NOVA, elle découvrit qu’il traitait principalement des garçons musulmans, pour la plupart desquels, en effet, la vallée était un véritable parc de loisirs. Le rapport du NOVA indiquait clairement que, pour les filles musulmanes et pour les non-musulmans des deux sexes, la vie à Groruddalen était loin d’être aussi paradisiaque. Ils se sentaient en insécurité à cause du comportement agressif, prédateur, de nombre de ces jeunes musulmans heureux et épanouis. Un jeune sur cinq dans la vallée – essentiellement des garçons non musulmans – avait fait l’objet de violence ou de menace de violence. Les filles musulmanes étaient moins sujettes à cette violence, du moins à l’extérieur de leur foyer – sans doute, comme le suggérait Hjerpset-Østlie, parce qu’elles avaient moins d’occasion d’y être exposées, étant donné que leur accès au monde extérieur était étroitement contrôlé et supervisé par leurs familles, en accord avec le code de l’honneur musulman.

Le 11 mars 2017, à la surprise de nombreux téléspectateurs, le journal du soir sur la chaine gouvernementale NRK diffusa un reportage honnête sur l’augmentation énorme de la criminalité dans l’est d’Oslo, avec l’accent mis tout particulièrement sur Groruddalen – où, comme le racontait le journaliste Anders Magnus, environ 50% de la population avait désormais des origines immigrées non occidentales. Des jeunes de douze ans vendaient de la drogue ; des adolescents de quinze ans portaient des pistolets, des couteaux et des battes de base-ball ; des bandes de jeunes musulmans agressaient les adultes en pleine rue ; et les parents musulmans, à quelques exceptions près, se montraient totalement indifférents aux activités criminelles de leurs fils. Pendant ce temps, conformément à une vieille tradition norvégienne, les policiers continuaient à patrouiller sans armes. Magnus interviewait un entraineur de hockey qui expliquait que certains joueurs de son équipe étaient partis parce qu’ils avaient peur de se faire agresser en se rendant à l’entrainement. Un jeune homme du coin expliquait que, dans la vallée, les musulmans avaient formé une « société parallèle », dans laquelle les jeunes n’avaient simplement plus peur de la police. Fidèle à lui-même, le journal Aftenposten publia une réplique rageuse au reportage d’Anders Magnus : Øystein E. Søreide et Mobashar Banaras, deux hommes politiques locaux, accusèrent NRK de « stigmatiser » les gens de la vallée et d’accroitre les divisions entre « eux » et « nous ».

Et puis, en mai, des douzaines d’adolescents musulmans se livrèrent à des exactions pendant trois nuits consécutives à Vestli, à l’extrémité Est de Groruddalen, lançant des pierres, allumant des incendies, attaquant les passants au couteau. Seuls trois des voyous furent arrêtés, et rapidement relâchés. Il devenait de plus en en plus difficile de nier la réalité au sujet de Groruddalen – et cependant, comme l’écrivait Rita Karlsen, du HRS, même maintenant les grands médias et les porte-paroles de la police continuaient à étouffer les affaires et à nier farouchement qu’une situation « à la suédoise » se soit créé dans la vallée – à savoir une criminalité incontrôlable et l’abandon de l’autorité publique aux leaders de la communauté musulmane. Mais le HRS avait ses propres sources dans la police, et celles-ci reconnaissaient la gravité de la situation. En très grand nombre, les jeunes musulmans menaçaient les enseignants, les agents de sécurité, les commerçants, les policiers, les pompiers, les ambulanciers, et d’autres encore. De plus en plus d’incendies criminels étaient allumés, comme dans les banlieues de Stockholm et de Paris.

Les efforts de la police pour reprendre le contrôle de Groruddalen ces dernières années ont été un échec. L’un des problèmes est la difficulté d’obtenir pour la police la permission de porter des armes – un changement de pratique auquel s’opposent vigoureusement les politiciens et les journalistes norvégiens. Une autre difficulté est l’incapacité des responsables de la police à admettre la réalité de la situation dans la vallée (Ils n’ont certainement pas été heureux d’entendre un policier travaillant à Stovner admettre, dans une interview radiophonique, que les policiers évitaient certaines parties de Groruddalen, par peur et parce qu’ils avaient le sentiment qu’il était « impensable » pour eux de pénétrer là-bas.) Mais le problème fondamental demeure l’approche scandinave traditionnelle du crime : rechercher des causes profondes, traiter les délinquants comme des victimes de la société, et considérer que la compassion est un remède à la criminalité. Cette approche fonctionne peut-être avec quelques Norvégiens de souche qui se sont écartés du droit chemin, mais elle ne produit aucun résultat avec leurs homologues musulmans, dont le conditionnement culturel les conduit à considérer ce genre de traitement bénin comme une preuve de faiblesse – et à l’exploiter.

Août marqua le début d’une nouvelle année scolaire. Le 28 septembre, VG, un journal norvégien, rapporta que depuis le début de celle-ci, il s’était produit tellement d’incidents violents au lycée de Stovner – dont l’un à coups de hache et de barre à mine – que le principal, Terje Wold, déclarait ne plus pouvoir garantir la sécurité des enseignants et des élèves. En réponse le ministre de l’éducation, Henrik Asehim, convoqua une réunion d’urgence ; des agents de police furent bientôt postés journellement devant l’établissement. VG remarquait que Stovner était loin d’être un cas isolé : la violence avait augmenté également dans les autres établissements scolaires de Groruddalen depuis quelques années, provoquant l’apparition de ce que les Norvégiens appellent « ukultur », littéralement une « in-culture », violente, anarchique et sauvage.

Et les choses continuent ainsi. Les musulmans continuent à se déverser dans Groruddalen, et les Norvégiens d’origine continuent à en partir. Le taux de fécondité des musulmans écrase celui des Norvégiens de souche. Dans certaines classes, seuls un ou deux enfants savent parler le Norvégien. Les rapports sur le site du HRS et de Document.no (qui traite des questions relatives à l’islam avec une franchise que l’on trouve rarement dans les grands médias) montrent clairement que la violence augmente dans la vallée et s’intensifie, avec toujours plus d’affrontements entre gangs et de voitures brûlées comme à Paris. On a rapporté que des Norvégiens de souche avaient formé des sortes de milices pour patrouiller leur voisinage et le protéger. Si Groruddalen n’est pas encore une zone interdite, du type de Rinkeby ou Rosengard, elle s’en rapproche bigrement. D’ici peu il sera possible de la décrire sans exagération comme une principauté islamique à l’intérieur d’une république laïque. Et cependant, les journalistes et les hommes politiques continuent à décrire Groruddalen comme un paradis d’intégration et d’enrichissement multiculturel.

En août 2017, Hege Storhaug, du HRS, remarqua une affiche publicitaire pour une nouvelle librairie à Stovner. Elle montrait trois jeunes filles à la peau noire, dont deux portant un hijab, lisant gaiement ensemble. « Le futur est là », commenta Storhaug. Thorbjørn Berntsen l’avait vu arriver 16 ans plus tôt. D’autres l’avaient vu aussi, mais la plupart n’avaient rien dit. Et même maintenant, alors que Groruddalen s’enfonce dans l’anarchie et l’islamisation complète, peu nombreux sont ceux qui osent parler. Pendant ce temps, au-delà des collines et des montagnes qui entourent Groruddalen, l’ombre qui est descendue sur la vallée obscurcit peu à peu le reste de la Norvège.



lundi 20 avril 2015

Comment traiter la question de l'immigration clandestine



 
Une fois n'est pas coutume, je m'essaye au commentaire d'actualité pour alimenter ce blog en demi-sommeil. Cela suppose évidemment que vous adaptiez votre niveau d'exigence à l'exercice : ce qui est écrit dans l'urgence de l'actualité est forcément moins travaillé que ce qui est écrit à loisir. Mais je vous fais confiance.


Une fois encore l’Afrique vient déverser une partie de sa population sur les côtes européennes, et tout le monde s’interroge gravement : que faire ?
Disons le nettement : toutes les solutions envisagées publiquement sont tocardes, à un degré où à un autre.
Fermer les frontières c’est physiquement impossible, même en sortant de l’espace Schengen. Bien entendu il serait souhaitable, et possible, de bien mieux les contrôler. Et par ailleurs sortir de l’espace Schengen serait une excellente chose. Mais cela ne suffira aucunement pour endiguer l’afflux d’immigrés clandestins et autres « demandeurs d’asile » qui, petit à petit, et de plus en plus vite, change la composition de la population française – pour le pire. Oui, pour le pire : cela, me semble-t-il, pourrait être démontré pratiquement par A+B, mais ce qui ne saurait être sérieusement contesté n’a pas non plus besoin d’être prouvé. Et puis je n’ai pas envie de perdre mon temps à essayer de convaincre les aveugles volontaires. C’est peine perdu et me prépare un futur ulcère.
Je disais donc : il n’est pas possible d’empêcher des clandestins déterminés de poser le pied sur le territoire français, soit par mer, soit par terre, soit par air. Et une fois qu’ils sont sur le sol français, il est très compliqué de s’en débarrasser manu militari. Il ne faut pas rêver : ce sera toujours le cas, même avec un gouvernement (sait-on jamais ?) décider à lutter sérieusement contre l’immigration, ne serait-ce que parce qu’il sera toujours très difficile de trouver des pays qui acceptent de reprendre ces migrants qui cachent soigneusement leur nationalité. Expulser ceux qui se présentent chez nous sans y avoir été invités, ce sera toujours vider la mer à la petite cuillère tant que les flux conserveront les proportions d’aujourd’hui.
C’est donc à la source qu’il faut tarir l’immigration. Mais certainement pas comme l’envisagent nos gouvernements successifs, c’est-à-dire en faisant de l’aide au développement.
Il faut le dire haut et fort : l’aide au développement ça ne marche pas. Oh, bien sûr, je ne doute pas que parfois des bonnes volontés, éclairées par la raison, ne puissent faire du bien aux habitants de ces pays lointains en leur apportant telle ou telle aide ponctuelle pour monter tel ou tel projet concret. Loin de moi l’idée de vouloir faire le procès de cette forme de charité, même si je suis toujours un peu étonné qu’il faille aller chercher si loin des pauvres à aider et des âmes à guider alors qu’il s’agit à l’évidence d’une ressource qui ne manque pas dans notre propre pays. Mais qu’importe. Que cent projets humanitaires lointains s’épanouissent, il n’y a, a priori, pas de mal à cela.
Si en revanche il s’agit d’augmenter le niveau de vie de la population de tout un pays, alors il faut regarder la vérité en face : nous ne savons pas faire. Le développement économique dépend de conditions locales qu’il n’est aucunement au pouvoir d’un gouvernement étranger de faire naitre. Bien pire : presque toujours l’aide publique au développement est détournée au profit de l’oligarchie locale, celle précisément qui empêche le développement économique par ses déprédations, et lui permet ainsi de se maintenir au pouvoir plus longtemps. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, il suffit de regarder chez nous pour s’en convaincre : l’argent public qui coule à flots, cela n’enrichit pas. Au contraire, c’est le plus sûr moyen, sur le long terme, de tarir les vraies sources de la richesse. Regardez la France et ses 57%  du PIB qui passent en dépenses publiques. Ca ne vous suffit pas comme exemple ?

Alors quoi ? Eh bien c’est très simple : le seul moyen de tarir l’immigration à la source, c’est de déclarer haut et fort la chose suivante : « Tous ceux qui désirent s’installer en France sans y avoir été invités doivent être bien conscients qu’ils ne sont pas les bienvenus et qu’en conséquence ils se préparent une vie très désagréable tant qu’ils resteront sur le sol français. Ils ne bénéficieront d’aucune aide publique d’aucune sorte. Aucune allocation, aucun logement, aucun accès aux soins, non, pas même aux soins d’urgence. Ainsi par exemple, dans les hôpitaux qui accueilleraient dans leur service des clandestins, les cadres hospitaliers et les médecins seront tenus pour responsables, sur leurs deniers personnels, des dépenses engagées, qui ne sauraient en aucun cas être imputées au budget de l’hôpital. Des particuliers chercheront peut-être à vous aider mais désormais aider au séjour d’un clandestin sera rigoureusement sanctionné, comme cela aurait toujours dû être le cas. Des employeurs peu scrupuleux voudront peut-être vous embaucher, pour profiter de votre détresse qui vous poussera à accepter des salaires de misère, mais désormais ces employeurs seront impitoyablement sanctionnés et regarderons à deux fois avant d’accepter vos services. Vous ne trouverez que les travaux les plus dangereux, les plus ingrats, les plus mal payés, et sans même l’assurance que ceux-ci vous seront effectivement payés.
Nous ne chercherons pas à vous expulser, car nous savons que ces efforts sont à la fois vains et très coûteux. Nous nous contenterons de vous rendre la vie impossible. Aucune possibilité de régularisation d’aucune sorte ne vous sera ouverte dès lors que vous aurez pénétré illégalement en France, et aucune possibilité d’amélioration de votre condition. La police vous traquera, pour vous mettre en prison pendant en temps variable selon votre situation après avoir saisi tous les biens que vous pouviez posséder, avant de vous relâcher, encore plus démuni qu’avant et prêt à recommencer votre vie de misère et de peur constante, jusqu’à une nouvelle arrestation. Vous ressemblerez bientôt à ces bannis, interdits de feu et d’eau, avec toutefois cette différence qu’il vous sera toujours loisible de quitter le territoire français sans encombre dès que vous en aurez assez de cette vie qui n’en est pas une. La France n’a pas besoin de vous. Pire : vous représentez pour elle désormais un danger mortel par votre simple nombre, et elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour survivre. Alors réfléchissez bien avant de prendre de grands risques pour venir en France : le jeu n’en vaut pas la chandelle. Employez plutôt votre énergie et votre inventivité à essayer d’améliorer la situation de votre propre pays. Vous ferez beaucoup mieux. »

Bien entendu ce n’est là qu’un exemple de ce qu’il faudrait dire. Les mots utilisés importent peu, c’est l’esprit de cette déclaration qui compte, bien évidemment. Et bien évidemment aussi il ne s’agit nullement de faire une déclaration solennelle : ce qu’il faut c’est agir de telle sorte que les candidats à l’immigration – qui sont presque toujours remarquablement informés de ce qui les attend dans le pays qu’ils choisissent – entendent un discours de ce genre.
Il n’y a là rien d’impossible – tous les instruments à actionner dépendent de notre gouvernement national pourvu seulement qu’il sache enfin s’émanciper de certaines contraintes européennes – ni rien de contraire aux droits de l’homme, ou même à la simple humanité. Nos premiers devoirs sont pour nos compatriotes et pour notre patrie, et si nous pouvons bien sûr regretter de n’être pas capables d’aider tous ceux qui souffrent sur cette terre, nous ne devons jamais oublier les limites de notre condition humaine, dont l’une des lois invicibles est que nous sommes des animaux politiques, qui ont besoin d’appartenir à un corps politique particulier pour vivre une vie pleinement humaine, et qu’en conséquence la préservation de ce corps politique particulier l’emportera toujours sur les devoirs que nous pourrions avoir envers les étrangers.
La charité qui n’est pas éclairée par la raison n’est plus une vertu et, dans les conditions actuelles, elle pourrait même préparer de terribles catastrophes. Pour ne pas dire qu’elle est déjà responsable des drames qui se déroulent sous nos yeux.