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mercredi 5 décembre 2012

Le solaire, l'éolien, c'est moche, c'est cher et ça marche pas (spéciale dédicace à Mme Batho et Duflot)





 Alors que vient tout juste d’être lancé le grrraaand débat national sur la « transition énergétique », il parait opportun de rappeler quelques vérités simples : le solaire, l’éolien, c’est moche, ça coûte cher et jamais, au grand jamais, ces énergies alternatives ne seront capables de couvrir plus qu’une faible partie de nos besoins. A moins bien sûr que ladite transition énergétique ne soit le prétexte pour organiser la décroissance autoritaire de ces besoins - ce qui, dans l’esprit des écologistes au moins, est très probablement le cas, car les véritables ennemis de « l’écologie politique » ne sont pas la pollution ou l’extinction des espèces, mais la liberté individuelle et la « société de consommation ».
Pourquoi donc croyez-vous que nos Verts se battent becs et ongles pour faire interdire ne serait-ce que l’expérimentation en matière d’extraction des gaz de schiste ?
L’idée que nous pourrions découvrir un jour une source d’énergie nouvelle, abondante, facile d’utilisation et non polluante est le pire cauchemar de l’écologiste.
Par conséquent, grâce à la complaisance de l’actuel gouvernement, qui a reconnu depuis longtemps dans les Verts des alliés objectifs dans la lutte contre la liberté, les Français pourraient bien finir par comprendre que la vérité effective du socialisme c’est le froid, l’obscurité, la crasse, la promiscuité obligatoire et la pénurie institutionnalisée.

Connaissant un peu mes lecteurs, je me doute que, parvenu à ce stade, certains commencent déjà se lasser et à regretter que je ne leur parle pas de sujets qui leur semblent, à juste titre, d’une plus grande importance, comme par exemple le Grand Remplacement.
C’est que toutes ces questions sont liées.
De même que, comme le dit fort justement Renaud Camus, la destruction de l’éducation nationale et la déculturation sont des conditions du Grand Remplacement, le despotisme administratif - dont « l’écologie politique » est l’un des plus puissants avatars - est ce qui permet le changement de population auquel nous sommes en train d’assister. Car un peuple qui accepte passivement que ses gouvernants lui disent quand il peut allumer la lumière ne saurait être capable de s’opposer à ces mêmes gouvernants lorsque ceux-ci aménagent sa disparition progressive. La liberté ne saurait malheureusement être divisée, et ceux qui en ont abandonné l’usage dans leurs petites affaires quotidiennes ne sauraient miraculeusement le retrouver dans les plus grandes.
« Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs. »
Par conséquent, vous qui avez peu de goût pour les questions économiques, lisez pourtant avec patience ce qui suit ; avant que nos maitres ne décident que l’utilisation des ordinateurs individuels est décidément trop gourmande en électricité et qu’ils en interdisent l’usage plus d’une heure par jour.
Il s’agit d’un extrait d’un article de Rémy Prud’homme, que je vous invite à aller lire intégralement sur son site, et d’un autre de Marcel Boiteux, paru dans la revue Commentaire n°138.
Bonne lecture.
(Dernière minute, je rajoute un lien vers le dernier article de Rémy Prud'homme, paru dans Atlantico)


Les Verts contre l’environnement (et le reste)

Par Rémy Prud’homme

Le développement de l’électricité éolienne et photovoltaïque est le composant majeur des politiques vertes en matière d’énergie. Inspiré, sinon imposé, par l’Union européenne, il est solennellement repris, avec des objectifs ambitieux, dans le Grenelle. Sa justification est double : cette électricité est, dit-on, décarbonée, c’est-à-dire produite sans rejets de CO2 ; elle assure l’indépendance énergétique des pays qui la produisent. Hélas, elle a le triple inconvénient d’être intermittente, très subventionnée, et régressive.
Ces énergies sont intermittentes. Il y a 8 760 heures dans une année. Le soleil brille seulement un peu plus de 1 000 heures par an. Le vent souffle seulement quelques 1 500 heures par an. Il faut ici faire l’effort de comprendre la différence simple et classique entre puissance électrique et production d’électricité : la puissance, exprimée en watts (ou en kilowatts), mesure la capacité théorique d’une installation à produire de l’énergie à un moment donné ; la production, mesurée en watt-heures (ou en kWh), est la quantité d’électricité produite ou consommée pendant une période de temps. La production est la puissance multipliée par le temps : Production (kWh) = puissance (kW) x temps (h)
Cette distinction est systématiquement ignorée dans l’abondante propagande des lobbies éoliens et photovoltaïque (ce qui est assez facile à comprendre) et dans la presse française (ce qui l’est déjà moins). On lit tous les jours dans les journaux les plus sérieux que telle ferme photovoltaïque ou telle champs d’éoliennes va « produire l’électricité nécessaire à une ville de 100 000 habitants ». Cela veut dire que sa puissance installée permettrait, lorsque le vent souffle ou lorsque le soleil brille, de satisfaire à la demande de 100 000 habitants. Cela veut dire également que les habitants de cette ville seraient sans électricité quatre jours sur cinq.
Mais surtout, rien ne dit que les périodes de fonctionnement correspondent aux périodes de demande, et encore moins de forte demande, d’électricité. Le soleil a la fâcheuse habitude de briller lorsqu’on n’a guère besoin d’éclairage électrique ; et de briller surtout l’été, lorsqu’on ne se chauffe guère. Chacun comprend qu’il n’y a jamais d’électricité photovoltaïque aux périodes de pointe de 19-20 h des jours d’hiver. Quant au vent, il est particulièrement capricieux, et difficile sinon impossible à prévoir. En Angleterre, lors de la vague de froid de décembre 2010 (le mois de décembre le plus froid depuis un siècle), le vent s’est pratiquement mis en grève, et les éoliennes, dont la puissance installée est pourtant considérable, ont assuré 0,1% de la production d’électricité : le pays n’a évité les coupures que grâce à de fortes importations d’électricité nucléaire française.

La conséquence est que le développement de l’éolien et du photovoltaïque implique le développement simultané de centrales électriques au gaz qui peuvent rapidement être mises en marche, et fournir l’électricité demandée en cas de défaillance des énergies renouvelables. Non seulement ces centrales coûtent cher, mais elles rejettent beaucoup de CO2. Ce n’est pas par hasard que les pays qui ont le plus développé ces énergies, comme le Danemark, l’Espagne ou l’Allemagne sont aussi des pays dont le contenu en CO2 de l’électricité est particulièrement élevé, bien plus élevé qu’en France.
On peut ajouter que la production des panneaux solaires (et à un moindre degré des éoliennes), qui sont souvent fabriqués en Chine avec l’énergie la plus carbonée du monde, ainsi que leur transport d’un bout du globe à l’autre, rejettent beaucoup de CO2. Ces rejets sont la conséquence de l’implantation d’éoliennes et de panneaux solaires.
De plus, les fermes photovoltaïques et surtout éoliennes causent d’importantes pollutions visuelles et sonores. Les fermes photovoltaïques représentent des dizaines ou des centaines d’hectares de panneaux noirs qui cassent les paysages. Les éoliennes, naturellement installées sur des sommets, font aux clochers romans des campagnes françaises une fâcheuse concurrence. Leur bruit (lorsqu’elles fonctionnent) rivalise avec le chant des oiseaux ou des cigales. La tolérance des Verts à ces nuisances-là est particulièrement remarquable.

Ces contributions à l’effet de serre et à la pollution visuelle de l’éolien et du photovoltaïque ne sont rien à côté du coût économique de cette électricité. S’il ne sont pas connus avec une grande précision, les chiffres de 7 centimes d’euros par kWh pour l’éolien terrestre, de 11 centimes pour l’éolien en mer, et de 40 centimes pour le photovoltaïque sont des estimations plausibles. Ces chiffres sont à comparer avec 4 centimes pour le nucléaire (le gouvernement doit décider prochainement du prix auquel EDF va être obligé de vendre à GDF une partie de son électricité nucléaire, et hésite entre 3,5 et 4,2 centimes). Les opérateurs doivent également couvrir d’importants coûts de transport et de distribution qui s’élèvent à environ 5 centimes par kWh pour les particuliers, à qui l’électricité est vendue environ 11 centimes. Les coûts de production de l’électricité éolienne et photovoltaïque sont donc bien supérieurs aux prix de l’électricité nucléaire, hydraulique, et thermique à flamme, et même aux prix de vente aux consommateurs.
Ces énergies renouvelables ne peuvent donc se développer qu’au moyen de subventions massives, qui prennent deux formes principales : des subventions à l’investissement, et des obligations d’achat à prix élevés. Les subventions à l’investissement, notamment pour le photovoltaïque et pour l’éolien en mer, sont souvent le fait des collectivités locales. La plupart des régions et beaucoup de départements utilisent l’argent des contribuables à cet effet. Mais surtout, la loi oblige les opérateurs électriques à acheter l’électricité ainsi produite à des prix exorbitants : 8,2 centimes pour l’éolien terrestre, 13 centimes pour l’éolien en mer, et 55 centimes pour le photovoltaïque5 (12 fois plus cher que l’électricité nucléaire !).
Les opérateurs d’électricité ne sont pas des philanthropes : ils répercutent ces surcoûts dans les tarifs de l’électricité. Ce sont donc finalement les consommateurs (ménages et entreprises) qui payent la subvention dont bénéficient le solaire et l’éolien. Plus l’importance de ces énergies sera grande, plus lourd sera ce surcoût, et l’impôt affecté qui le compense. Cet impôt est un impôt pudique, qui n’apparaît dans les comptes d’aucune entité publique. On pense au « couvrez-moi ce sein que je ne saurais voir !» de notre bon vieux Tartuffe. Le caractère néfaste de cet impôt caché est maintenant bien reconnu. Mieux vaut tard que jamais. Même la Cour des comptes le dénonce dans son rapport annuel de 2011. Mais elle en sous-estime l’importance. Pour calculer son montant (environ 4 milliards d’euros en 2020), elle suit en effet la pratique qui compare le prix d’achat obligé au prix du marché de l’électricité. Mais cette comparaison ne vaut pas grand-chose : le prix du marché est un prix européen, bien plus élevé que le prix français ; et surtout il est payé pour une électricité dont on a besoin, au moment où on en a besoin – ce qui n’est pas du tout le cas de l’électricité éolienne et photovoltaïque. Le véritable coût économique, pour EDF et les consommateurs, est en réalité bien plus élevé.

L’énergie renouvelable imposée par les politiques vertes a donc pour effet d’augmenter artificiellement le prix de l’électricité et de réduire le pouvoir d’achat des ménages. Elle le fait d’une façon régressive, dans la mesure où la demande d’électricité augmente moins vite que les revenus, ou si l’on préfère que le ratio dépense d’électricité/revenu augmente moins vite que le revenu. Si le ménage A est trois fois plus riche que le ménage B, il ne consomme pas trois fois plus d’électricité que le ménage B, mais seulement une ou deux fois plus. Comme l’impôt énergie renouvelable est proportionnel à la consommation d’électricité, il s’ensuit que cet impôt est, relativement au revenu, d’autant plus léger que le ménage est riche. C’est la définition même d’un impôt régressif.
Ces lourds inconvénients de l’éolien et du photovoltaïque ne sont pas spécifiques à la France. On les retrouve dans des pays plus engagés encore que nous dans ces énergies (parce qu’ils avaient moins d’électricité nucléaire que nous). Mais ces pays ont compris plus vite que nous la nécessité de dire : halte !, et de faire machine arrière. Au cours des mois passés, les Pays-Bas, l’Espagne, le Royaume-Uni ont éliminé ou réduit les prix d’achat subventionnés. La France, dans le même temps, a lancé un programme d’éolien en mer de plus de 15 milliards d’euros.


 Congrès annuel d'EELV


Les éoliennes, du vent ?

Par Marcel Boiteux

Que penser des éoliennes ? La réputation me suit chez mes compatriotes d’être parmi les « contre ». Je ne suis pas contre les éoliennes, je suis contre la politique de développement, coûteuse, dont on fait peser subrepticement le poids sur les consommateurs d’électricité sans leur demander leur avis.
Mais la demande existe, dit-on, et les communes françaises en réclament. C’est vrai. Mystère de l’agronomie, « on arrose les mairies et ça fait pousser les éoliennes », a écrit un mauvais plaisant. Mais si les mairies en demandent, ce n’est pas tellement parce que leurs administrés goûtent la poésie de ces hélices aériennes, mais parce que ça rapporte. Et ça rapporte parce que, aux prix artificiels où leur production est achetée en France, les promoteurs de ces engins disposent de tous les moyens nécessaires pour conquérir, à défaut de leur sympathie, l’accord des municipalités réticentes et des particuliers sinistrés.
Cela dit, si c’est l’intérêt général qui justifie la réalisation des « fermes éoliennes » qui envahissent aujourd’hui les paysages, il est naturel que les promoteurs de ces matériels disposent des moyens financiers nécessaires pour gagner leur vie en faisant bénéficier leurs concitoyens de ces précieux engins.
Mais est-ce bien, en France, l’intérêt général ? Les partisans l’affirment : la technologie aurait fait de tels progrès que le coût du kiloWatt-heure (kWh) éolien est pratiquement descendu aujourd’hui au niveau du prix du kWh livré chez les particuliers : le « kWh domestique » dans le jargon des électriciens.
Escroquerie rétorquent certains économistes (ou prétendus tels) de l’électricité, qui font remarquer que le kWh domestique est un kWh « garanti » disponible à la demande à toute heure du jour et de la nuit, aux extrémités d’un réseau gigantesque, et sitôt qu’on tourne le bouton. Alors que le kWh éolien est un kWh capricieux et sur lequel on ne peut compter dans les hivers difficiles où un vaste anticyclone, étendu sur l’Europe occidentale, supprime presque tous les mouvements d’air en même temps qu’il fait régner sur nos contrées habituellement tempérées un froid sibérien. Or c’est précisément dans ces circonstances difficiles que nos concitoyens, frigorifiés dans des logements mal isolés, se précipitent dans les magasins voisins pour acheter de petits radiateurs électrique d’appoint, autrefois « paraboliques », dont la consommation tire sur les réseaux et menace de mettre en panne tout le système.
Autrement dit, l’énergie éolienne a non seulement la caractéristique d’être aléatoire, mais celle, encore plus fâcheuse, d’être quasiment absente dans les périodes exceptionnelles où l’on en aurait particulièrement besoin. Résultat : l’éolien n’économise pratiquement aucun investissement alternatif, il n’économise que des frais de fonctionnement d’installations classiques dont l’existence reste nécessaire en tout état de cause. Il remplace de la consommation de gaz, de fuel, et éventuellement d’uranium... lorsqu’il vente ; mais qu’on construise ou non des éoliennes, il faut pratiquement disposer par ailleurs des mêmes capacités de production. Dans ces conditions, si l’on veut en apprécier l’intérêt économique, la rentabilité, il faut associer à chaque mégawatt (MW) d’éolienne un MW de turbine à gaz, laquelle turbine tournera pour remplacer les éoliennes défaillantes, notamment lorsque, en hiver difficile donc sans vent, on devra mobiliser partout tous les moyens disponibles.
Cas extrême, improbable, dira-t-on. Mais c’est précisément pour faire face aux cas extrêmes et relativement peu fréquents que nos sociétés doivent s’organiser, qu’il s’agisse des brigades de pompiers pour faire face aux incendies, heureusement rares, des chaloupes de secours dans les bateaux ou dans les avions qui pourraient tomber à l’eau, etc. La chaloupe de secours de l’éolienne c’est la turbine à gaz, et il faut en incorporer le coût dans celui du procédé, comme il faut incorporer le coût de la porte de secours dans celui d’une salle de cinéma. Cette évidence saute aux yeux des électriciens. Elle frappe beaucoup moins les non spécialistes, qui ont beaucoup de peine à introduire dans leurs réflexes les conséquences de ce caractère spécifique de l’électricité d’être rigoureusement non stockable : faute de pouvoir faire des réserves pour l’hiver, il faut être en état, le moment venu, de produire le nécessaire à tout instant quoi qu’il arrive.
Deuxième point, on a évoqué autrefois l’avantage qu’a l’éolienne d’être une énergie « de proximité ». Il a bien fallu se rendre compte qu’une petite éolienne à côté d’une petite maison, ça coûtait vraiment très cher. D’autant que les conditions de raccordement au réseau intérieur de l’usager sont alors aussi exigeantes que coûteuses : quand le réseau général est coupé, à l’amont, pour permettre une réparation sur une ligne d’alimentation électrique, il ne faut pas que les ouvriers puissent être électrocutés par le courant d’une éolienne qui reçoit brusquement un coup de vent à l’aval.
En, fait pour les éoliennes, il n’est plus question aujourd’hui d’énergie « de proximité ». Pour approcher de la rentabilité, il a fallu faire appel à des éoliennes gigantesques, regroupées par dizaines. Mais les à-coups de leur production, quand le vent se lève ou s’arrête, sont tels qu’il n’est plus question à cette échelle d’opérer sur les réseaux locaux de capillaires électriques : il faut remonter la connexion jusqu’aux artères principales, au niveau des fournitures en gros, avant de redescendre ensuite aux capillaires qui assurent les fournitures de détail. C’est donc au stade des prix de gros qu’il faut faire les comparaisons de coût.
Si à ce stade des prix de gros, l’éolienne, munie de sa turbine à gaz, parvient à produire à un prix de revient comparable à celui des moyens classiques de production, c’est très bien et il faut développer rapidement ces si sympathiques outils alternatifs. Je dirais même que, lorsque l’on est tout prêt de cet heureux résultat, le moment est venu de se préparer à lancer de vastes programmes. En revanche, si toutes les corrections faites, y compris la prise en considération du coût énorme des réseaux à construire pour encaisser les conséquences électriques des coups de vent, l’éolien n’est toujours pas compétitif, on est et reste dans le domaine de la « recherche-développement » : le travail doit alors continuer à se faire au niveau des chercheurs pour progresser dans la qualité des matériaux et les techniques de régulation, en attendant de pouvoir descendre un jour sur le terrain.
Pourtant, me dit-on, si l’on fait des éoliennes en série sur un même site, les prix de revient diminuent singulièrement. Certes, mais tant que la dernière réalisation n’est pas enfin rentable, on diminue sans doute le déficit unitaire par éolienne construite, mais on augmente le déficit global... sans rien apprendre de plus.
En tout cas, à ce stade, c’est dans les pays en développement et très éventés que les promoteurs des éoliennes devraient tester leurs produits.

En conclusion, je ne suis pas « contre les éoliennes ». Je suis contre les défenseurs du vent qui, pénétré plus ou moins consciemment de la transcendance de leur cause, se croient autorisés à asseoir leurs conviction et leur prosélytisme sur des arguments biaisés.
Mais à partir du moment où l’on admet de raisonner sur une éolienne munie de sa turbine à gaz, et à considérer que le prix de revient du kWh fourni par cet engin se juge au niveau des fournitures industrielles en gros, le débat redevient possible.
Aujourd’hui, la situation est claire en France : dans les conditions actuelles de tarification de l’électricité, l’éolienne est très loin de la rentabilité.

lundi 21 novembre 2011

Croissance verte : ce que l'on voit et ce que l'on ne voit pas



En 2007 nous vîmes, sous nos yeux ébahis, la plupart des candidats à l’élection présidentielle se précipiter pour être le premier à signer le « pacte écologique » concocté par un animateur télévisé ayant eu son heure de gloire dans les années 90.
Depuis ledit animateur a décidé de prendre un peu de recul et de consacrer davantage de temps à sa vie privée après être entré en collision avec une solide grand-mère norvégienne.
Le triste spectacle de 2007 devrait donc nous être épargné en 2012. En revanche nous n’échapperons vraisemblablement pas à une surenchère sur le thème de la « croissance verte ». On peut également, sans grand risque de se tromper, prédire que ce débat sera marqué par la démagogie, l’ignorance, les arguments d’autorité. La récente échauffourée sur une prétendue sortie du nucléaire nous donne sans doute un bon aperçu de ce que nous pouvons espérer, ou plutôt redouter.
Mais plutôt que d’aller nous coucher tout de suite avec un pain de glace sur la tête et un tube de lexomil dans la main, nous pourrions lire un article de l’excellent Rémy Prud’homme intitulé « La croissance verte : une chimère ? » et paru dans le numéro 131 de la revue Commentaire.
Puis ensuite, en fonction de notre tempérament et de nos moyens financiers, il nous sera loisible de nous exiler définitivement sur une île déserte, de rire à gorge déployée des folies de nos contemporains, ou de catapulter (©Woland) loin de toute terre habitée le premier qui nous parlera de croissance verte.

Ci-dessous quelques extraits de l’article, que je vous invite bien sûr à lire en entier (voir ci-dessous) . Les titres ont été rajoutés par mes soins.

Emplois crées, emplois détruits
(...)
Le vert crée-t-il de l’activité et des emplois ? La propagande gouvernementale ne cesse de le répéter. Elle a commissionné le Boston Consulting Group pour le montrer, et celui-ci a chiffré à 600 000 le nombre des emplois qui allaient ainsi être créés par le Grenelle. Le chiffre de 600 000 emplois créés est plausible mais trompeur, pour ne pas dire mensonger. Dépenser 40 milliards par an crée certainement des emplois, dans les secteurs qui bénéficient de ces dépenses. Le square - pardon, l’« espace vert écologique » - de mon quartier a été, indique un panonceau à l’entrée, « labellisé par un organisme indépendant », ce qui montre bien que le vert crée des emplois, en l’occurrence de labélisateurs écologiques.
Mais en même temps il en détruit dans le reste de l’économie. D’où viennent en effet ces 40 milliards ? Pour environ 40%, il s’agit de dépenses publiques effectuées par l’Etat ou les collectivités territoriales. Pour le reste, il s’agit de dépenses obligatoires imposées aux ménages. Dans les deux cas, il s’agit de sommes prises dans la poche des Français, qui vont réduire d’autant leur consommation ou leurs investissements. Cette réduction des dépenses privées engendre forcément une diminution des emplois dans le secteur privé. De combien ? On aura une bonne estimation de l’impact d’une diminution de la consommation sur l’emploi en divisant le nombre d’emplois du secteur marchand par la consommation des ménages : on obtient 18 000 emplois par milliard d’euros de dépense. Un milliard de consommation en moins, c’est en moyenne 18 000 emplois en moins. 40 milliards de dépenses en moins, c’est environ 700 000 emplois qui disparaissent. Telle est l’autre moitié de l’histoire, sur laquelle le ministère de l’Ecologie jette un voile pudique.
En réalité, le Plan Vert ne « crée » pas d’activités et d’emplois, il en déplace. Il modifie la structure de l’activité et de l’emploi. Nous aurons des logements ou des bureaux mieux isolés, et plus d’emplois dans l’isolation ; mais nous consommerons moins de légumes ou de meubles ou de livres, et donc moins d’emplois dans ces secteurs.
(...)
On peut apporter une réponse chiffrée sur les cas emblématiques de l’éolien et du photovoltaïque. Un rapport de la Commission Européenne1 a estimé pour la France à 44 000 le nombre des emplois associés à des objectifs ambitieux dans ces secteurs à l’horizon de 2020. On peut estimer le montant des subventions que ces objectifs impliquent à 4,5 milliards (en comparant le prix d’achat obligatoire au coût de l’énergie nucléaire). Les emplois détruits par les subventions aux énergies vertes (80 000) sont plus nombreux que les emplois créés dans ces nouvelles activités (44 000 selon l’estimation généreuse de la Commission Européenne). Le ratio est de 1,8. La prise en compte des subventions supplémentaires accordées par l’ADEME et les collectivités territoriales aggraverait encore ce bilan. Ce ratio est assez proche du résultat d’une étude récente sur le cas de l’Espagne1 - pays en pointe en matière d’énergie verte, et de chômage - qui produit un ratio de 2,2. Il ne s’agit que d’un exemple qui ne doit pas être généralisé sans précautions, mais qui montre qu’il y a bien des cas où le vert détruit plus d’emplois qu’il n’en crée.
(...)

Faire payer les pauvres pour les riches

Si l’impact net des politiques vertes sur l’emploi et l’activité est finalement assez négligeable, il n’en va pas de même en ce qui concerne le niveau de vie. Là, l’impact est franchement négatif.
On a vu que les mesures du Grenelle allaient coûter un peu plus de 40 milliards par an jusqu’en 2020, à la charge des ménages ou de l’Etat. Les dépenses des ménages et des entreprises vont amputer leur revenu disponible d’autant. Les dépenses de l’Etat vont être financées par une augmentation des impôts, c’est-à-dire une diminution des revenus des ménages (les impôts payés par les entreprises sont finalement répercutés sur les ménages, sous forme de prix plus élevés, de salaires plus bas, et, très subsidiairement, de dividendes réduits). Ces mesures diminuent donc le pouvoir d’achat des ménages d’un montant de 40 milliards chaque année, c’est-à-dire d’environ 4%. Une partie des 16 milliards par an payés par l’Etat ne sera pas financée par une augmentation des impôts mais une augmentation de la dette. C’est tomber de Charybde en Scylla. Si ce n’est pas le pouvoir d’achat des Français qui est affecté, ce sera celui de leurs enfants.
(...)
Circonstance aggravante, et importante, cette perte de pouvoir d’achat frappe davantage les pauvres que les riches (en pourcentage du revenu). C’est le cas pour le logement. Le coût des mesures d’isolation obligatoire est au mieux proportionnel à la taille du logement. L’élasticité de la taille du logement au revenu du ménage est en France voisine de 0,32. Lorsque le revenu augmente de 100%, la taille du logement augmente seulement d’environ 30%. La dépense obligatoire demandée est donc fortement régressive. L’augmentation du coût des logements neufs causée par les mesures prises aura pour effet, toutes choses égales par ailleurs, de réduire la demande de logements, et donc la construction, aggravant la crise du logement et frappant ainsi particulièrement les plus pauvres. Il en va de même pour la demande d’électricité, qui a une élasticité évaluée à 0,4-0,5. L’augmentation des prix causée par l’électricité éolienne et photovoltaïque pèsera donc bien davantage sur les pauvres que sur les riches.
Pour les transports, le mécanisme est différent, mais le résultat est le même. Les dépenses prévues, notamment pour les TGV, sont principalement à la charge de l’Etat, c’est-à-dire financées par l’impôt, qui est globalement proportionnel au revenu. Mais les bénéficiaires des TGV sont majoritairement les riches. Les dirigeants, cadres supérieurs et professions libérales, qui sont 8% des actifs, font 46% des utilisateurs du TGV Nord et 37% du TGV Méditerranée. Les quelques 70 milliards d’investissements prévus dans le Grenelle auront donc pour effet de faire payer les plus pauvres pour faire gagner du temps aux plus riches.
(...)

La décroissance verte

Une autre façon de poser la même question consiste à se demander si les politiques environnementales et le secteur qu’elles créent vont jouer le rôle joué dans l’histoire par des secteurs ou des innovations comme la machine à vapeur, les chemins de fer, l’électricité, l’automobile, ou l’informatique ? Ces secteurs ont été de formidables moteurs de croissance dans les pays et les périodes où ils ont été introduits.
(...)
Tout d’abord, le secteur vert est presque uniquement conduit par des politiques publiques, alors que les secteurs moteurs classiques étaient principalement d’origine privée et entrepreneuriale.
(...)
Deuxièmement, le secteur vert est presque exclusivement « défensif », alors que les secteurs moteurs classiques étaient « offensifs». L’électricité a permis de s’éclairer davantage, le chemin de fer ou l’automobile de voyager davantage, l’informatique de manipuler infiniment plus d’information. Les secteurs moteurs ont servi à produire plus, le secteur vert vise à produire moins ou avec moins. L’impact sur la croissance de long terme ne peut pas être le même.
(...)
Enfin, et surtout, les moteurs classiques de croissance l’ont été parce qu’ils étaient de formidables accélérateurs de productivité. La machine à vapeur a multiplié par plusieurs ordres de grandeur la force des hommes. Les chemins de fer, les bateaux à vapeur, les automobiles, l’avion, ont augmenté la vitesse et la capacité des transports dans des proportions gigantesques. L’informatique fait la même chose pour les calculs et le stockage des données. Dans tous les cas, ces innovations technologiques ont abaissé massivement le coût de la production des biens et des services demandés par les hommes. Ce qui a augmenté considérablement la demande, et donc les quantités produites – augmentation qui est la définition même de la croissance. Les politiques environnementales ne font rien de tel. Loin de réduire le coût des biens et services demandés et d’augmenter les quantités produites, ces politiques ont pour effet d’augmenter les coûts et donc de contribuer à diminuer les quantités. Le mécanisme même qui rend un secteur moteur en termes de croissance ne fonctionne pas avec les activités environnementales.
(...)

Le complexe écolo-industriel

La réflexion sur la contribution des dépenses environnementales (vertes) à la croissance est éclairée par une comparaison avec l’impact économique des dépenses militaires (rouges).
(...)
L’analogie porte également sur un autre point. Les changements de structures qu’entraînent les dépenses militaires ou environnementales font des gagnants et des perdants. Prenons un exemple concret. Le Grenelle de l’environnement a interdit de fait le chauffage électrique dans la construction neuve, principalement pour faire plaisir aux anti-nucléaires. Le chauffage des logements sera dorénavant au gaz. Le perdant est le secteur du chauffage électrique, un secteur assez sophistiqué et exportateur d’environ 6 000 emplois industriels, qui est pratiquement condamné à disparaître dans les dix ans qui viennent. Le gagnant est le secteur de l’importation et de la distribution du gaz, de Gazprom à Suez.
D’une façon générale, pour les dépenses vertes comme pour les dépenses rouges, les perdants sont les consommateurs et les petites entreprises qui les servent. Les gagnants sont généralement de grosses entreprises. Qui font pression sur les politiciens et sur l’opinion publique pour l’augmentation de ces dépenses. Ainsi s’est créée la célèbre alliance entre militaires, industriels et politiciens souvent analysée sous le nom de « complexe militaro-industriel ». Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on voit aujourd’hui se développer un complexe écolo-industriel qui lui ressemble comme un frère. Les quelques 500 milliards (sur 12 ans) de dépenses du Grenelle de l’environnement portent pour l’essentiel sur l’isolation des bâtiments, sur les trains et les tramways, sur l’éolien et le photovoltaïque : que de beaux marchés assurés, faciles, et rémunérateurs pour Saint-Gobain, pour Alsthom et la SNCF, ou pour Suez !

Pour un certain nombre de firmes, la croissance est donc bien verte. Leur développement dépend de la continuation des politiques de l’environnement. Pour elles, persuader les médias, l’opinion et les hommes politiques de la nécessité de ces dépenses et de ces contraintes est un enjeu essentiel. Elles font régulièrement paraître dans tous les journaux des pages entières de publicité pour la croissance verte, qui mélangent demi-vérités, approximations, incantations, et bon sentiments. Elles ont sans doute lu Valéry et compris que « le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’Opinion ».


L’article intégral est disponible ici.
Sur le site de Rémy Prud’homme vous trouverez également un article récent sur la fameuse question de la « sortie du nucléaire ».