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jeudi 18 juillet 2019

Défense et illustration du "trumpisme"




Donald Trump est décidément un homme précieux.

Nous en avons encore la preuve en ce moment avec la polémique – déclenchée à son initiative – qui l’oppose à un groupe de Représentantes Démocrates d’extrême-gauche.

Le président des Etats-Unis est un homme précieux car, jour après jour, tweet après tweet, il ose dire tout haut ce que le politiquement correct défend de dire. Il est pratiquement le seul homme politique de premier plan à oser le faire en Occident (Orban et Salvini sont peut-être ceux qui s’en approchent le plus actuellement).

Il le fait sans jamais s’excuser ni reculer. Et lorsque ses adversaires politiques, la presse quasiment unanime, son propre camp même, essayent de le discréditer en le taxant de « racisme » ou autres gentillesses du même genre, il rajoute encore une couche de propos offensants. Trump n’est jamais sur la défensive. Il attaque, toujours, partout. Jamais de pause, jamais de compromis, jamais d’armistice dans la guerre qu’il livre au politiquement correct.

Le politiquement correct est le bras armé du multiculturalisme, ou de l’idéologie diversitaire, pour reprendre le terme forgé par Mathieu Bock-Coté. Or, poussé au bout de sa logique, le multiculturalisme signifie la mort de l’Occident, purement et simplement. La mort de la raison, la mort de la nation, la mort de la liberté politique, la mort de tout ce qui a fait notre richesse intellectuelle et spirituelle.

Donald Trump est donc pratiquement le seul homme politique occidental de premier plan qui défende l’Occident, non pas du bout des lèvres, non pas en entourant cette défense de réserves et de nuances, mais entièrement, sans hésitation ni doute apparent, comme si cette défense allait de soi.

Mais cette manière de présenter les choses est encore inférieure à la réalité. Je l’ai dit, Trump ne connait pas la défensive. Sa défense de l’Occident est donc à proprement parler une offensive, une attaque directe, brutale : elle est l’affirmation non pas d’une innocence mais d’une supériorité. Trump ne se contente pas de dire que l’Occident est innocent des crimes qui lui sont imputés, il affirme sans aucun ambages la supériorité de la civilisation occidentale sur toutes les autres.

De manière appropriée, cette défense de l’Occident se présente sous la forme de l’apologie d’un pays en particulier, son pays, les Etats-Unis, car la vitalité de l’Occident et le génie de la liberté politique qui lui est propre sont inséparables de sa division en nations jalouses de leur indépendance, et parfois rivales.

Donald Trump apparait d’abord et avant tout comme un patriote. Et un patriote, au plein sens du terme, n’est pas seulement quelqu’un qui aime le pays dans lequel il est né, c’est aussi quelqu’un qui est convaincu au fond de lui-même que l’on vit mieux en cet endroit de la terre que n’importe où ailleurs. Trump affirme donc à chaque fois qu’il en a l’occasion que les Etats-Unis sont un grand pays, en fait le plus grand pays que la terre ait jamais porté. Les Etats-Unis peuvent perdre temporairement cette grandeur, sous l’effet notamment de mauvais gouvernements, mais elle leur appartient pour ainsi dire de droit. Ce pourquoi son slogan de campagne proposait de « rendre » sa grandeur à l’Amérique. L’Amérique, selon Trump, est essentiellement grande, même si elle peut être accidentellement petite.

Mais cette apologie tonitruante d’une nation particulière revient à une apologie de l’Occident, car ce qui rend l’Amérique plus grande que toutes les autres nations, c’est qu’elle applique mieux que les autres les « découvertes » qui caractérisent la civilisation occidentale. Et en faisant l’éloge de son pays, Trump défend inévitablement l’idée même de nation. Par son patriotisme flamboyant, il légitime implicitement le patriotisme de tous les autres peuples.

Nous pouvons être en total désaccord avec Donald Trump sur le fait que l’Amérique soit la plus grande nation que la terre ait jamais porté, mais nous lui sommes tous redevables d’oser exprimer ce sentiment alors que tout concours à rendre le patriotisme anathème.

Comme l’a dit fort justement un observateur américain : « Les qualités de Trump sont son courage, son bon sens, et sa rhétorique. Il va à l’essentiel, à ce dont personne d’autre ne parlera de peur d’être traité de « raciste » ou de « fasciste », ou d’une autre de ces injures qui excitent la foule des lyncheurs vertueux. »

Ces qualités sont cruciales, indispensables, dans le contexte politique actuel. Toutefois elles ont aussi leurs limites. Trump a les défauts de ses qualités. Parce qu’ils sont ceux d’un guerrier, qui considère que l’attaque est la meilleure défense, ses propos sont souvent brutaux. Parce qu’ils sont ceux d’un homme qui, à juste titre, méprise la classe des intellectuels et plus généralement la classe jacassante, ses propos sont souvent mal dégrossis. Ils contiennent souvent des vérités précieuses, mêlées à beaucoup d’impureté qui parfois peuvent les cacher. Trump ne s’embarrasse pas de nuances ni d’explications, et peut-être d’ailleurs n’est-il pas vraiment capable de fournir des explications approfondies. On peut difficilement être à la fois le roi du tweet et le roi de la dialectique.

Pourtant les explications sont aussi nécessaires pour gagner durablement les esprits et transformer des victoires rhétoriques temporaires en gains politiques plus durables. Et le tempérament bagarreur qui peut séduire une partie de l’opinion publique risque aussi, à la longue d’en rebuter d’autres segments, tout aussi considérables, et pour des raisons qui sont loin d’être entièrement mauvaises. Bref, il ne suffit pas de se battre. Pour gagner ce genre de combat il faut aussi être capable d’expliquer pourquoi sa cause est juste.

Autrement dit, Trump aurait besoin de gens qui soient capables d’assurer régulièrement son service après-vente.

Pour nous en persuader, il suffit d’examiner la polémique en cours.



Celle-ci a commencé lorsque le président des Etats-Unis a tweeté la chose suivante : « « Il est tellement intéressant de voir des élues “progressistes” démocrates du Congrès, qui à l’origine venaient de pays dont les gouvernements sont des catastrophes sans mélange, qui sont les pires, les plus corrompus et les plus ineptes au monde (à supposer même qu’ils aient seulement un gouvernement qui fonctionne) venir maintenant expliquer bruyamment et perfidement au peuple des Etats-Unis, la plus grande et la plus puissante nation du monde, comment son gouvernement devrait fonctionner. Pourquoi ne retournent-elles pas dans ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent pour aider à les remettre en état ? Elles pourraient ensuite revenir et nous montrer comment il faut faire. Ces endroits ont vraiment besoin de votre aide, il faut y aller au plus vite. Je suis sûr que Nancy Pelosi sera très contente d’organiser sans délai des voyages gratuits. »

Les élues auxquelles Trump fait allusion sont essentiellement quatre : Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan). Ces quatre femmes sont rentrées au Congrès à l’occasion des dernières élections, en 2018. Ce qui les rapproche est, d’une part, leurs positions politiques, très à gauche au sein d’un parti Démocrate qui s’est lui-même continuellement déporté vers la gauche depuis les années 1960. Et d’autre part qu’elles sont des femmes « de couleur » dont la famille est arrivée récemment aux Etats-Unis pour trois d’entre elles. Rashida Tlaib est fille d’émigrés palestiniens. Ilhan Abdullahi Omar est originaire de Mogadiscio et a obtenu le statut de réfugié politique aux Etats-Unis en 1995. Alexandria Ocasio-Cortez, la plus connue des trois, a une mère porto-ricaine et un père dont les parents étaient porto-ricains. Par leur statut revendiqué de « porte-parole des minorités visibles » et par leur opinions politiques d’extrême-gauche, ces quatre nouvelles élues sont très représentatives de la frange la plus dure du parti Démocrate, la grande question étant de savoir si cette frange dure, c’est-à-dire ouvertement multiculturaliste et socialiste, ne va pas devenir purement et simplement le parti Démocrate. Leur proximité idéologique est d’ailleurs attestée par le fait qu’elles ont constitué un groupe informel, nommé « The squad », dont le but non avoué, mais très clair, est de prendre à terme la tête de leur parti.

A travers elle, Trump a donc ciblé précisément la pointe avancée du multiculturalisme. Sans les nommer expressément, il s’en est pris aux gardiennes les plus féroces du dogme diversitaire.

Comme souvent, la saillie trumpienne a provoqué une consternation mal déguisée dans son propre camp, pour des raisons essentiellement mauvaises.

Tout le monde s’est empressé de faire remarquer que ces quatre femmes ne viennent pas « d’ailleurs » puisque trois d’entre elles sont nées aux Etats-Unis. Qu’elles n’ont donc pas « d’autre pays » dans lequel elles pourraient aller. Et que par ailleurs il était inadmissible de dire à une réfugiée politique qu’elle devrait « retourner chez elle ».

Mais ce genre de réaction revient à regarder obstinément le doigt qui montre la lune. Ce qu’a dit Donald Trump n’est sans doute pas d’une exquise précision linguistique, mais la pensée, ou plutôt les pensées qu’il voulait exprimer, sont parfaitement claires pour n’importe qui ayant un peu d’intelligence et de bonne foi.

En ces quelques lignes de tweet, Donald Trump a rappelé trois choses simples et très importantes.

D’abord, il existe bien des pays « merdiques » (shithole), pour reprendre une autre expression trumpienne. Ces pays sont merdiques non pas à cause de la couleur de peau des gens qui y vivent, mais parce que ces peuples ont à leur tête des gouvernements corrompus, inefficaces, despotiques, parce que la criminalité y fait rage et que le niveau de vie y reste désespérément bas. Porto-Rico, la Somalie et la Palestine sont en effet de très bon exemples de pays particulièrement merdiques. Les pays merdiques sont ceux dont les gens émigrent s’ils le peuvent, pour se diriger vers des pays où il fait bien meilleur vivre. Il existe donc d’un côté les pays merdiques et de l’autre les pays qui font rêver ceux qui vivent dans des pays merdiques. Au premier rang de ces pays qui font rêver se trouvent les Etats-Unis. Les gens viennent du monde entier pour s’installer aux Etats-Unis, alors que personne ne se bouscule pour s’installer en Somalie, à Porto-Rico ou en Palestine.

Autrement dit, Trump a rappelé à « The squad » qu’il existe une hiérarchie objective des régimes politiques, par conséquent aussi une hiérarchie objective des civilisations, et que les Etats-Unis sont en haut de cette hiérarchie, comme le prouve incontestablement le parcours familial de trois des membres du « squad ». D’où le rappel, parfaitement approprié, de l’origine étrangère de ces trois femmes.

Première leçon de philosophie politique élémentaire.

D’autre part les Etats-Unis sont un pays libre (à la différence des pays merdiques), ce qui signifie notamment qu’il est toujours possible de quitter les Etats-Unis, en emportant ses biens, pour s’installer ailleurs si l’on estime que l’herbe y est plus verte. Dans les pays gouvernés tyranniquement cette liberté n’existe pas. On ne peut donc pas présumer que ceux qui y vivent ont envie d’y vivre. En revanche, celui qui vit aux Etats-Unis est présumé être raisonnablement satisfait du régime dans lequel il vit. Celui qui ne cesse de dénoncer les Etats-Unis comme un pays essentiellement raciste, oppressif, criminel, etc. mais qui persiste à y vivre, est nécessairement un hypocrite ou un lâche. Tout particulièrement s’il profite dans le même temps des possibilités offertes par ce régime pour s’élever aux plus hauts postes d’honneur et de responsabilité.

Deuxième leçon de philosophie politique élémentaire.

Il découle du deuxième point qu’être Américain ne signifie pas seulement avoir une carte d’identité américaine mais implique d’être loyal envers les Etats-Unis. Être loyal envers un pays signifie considérer que son sort personnel est indissolublement lié à celui de la nation tout entière, c’est faire allégeance de manière exclusive à cette communauté politique particulière et considérer que celle-ci est essentiellement bonne. La loyauté est donc compatible avec la critique, y compris la critique sans concession, du gouvernement de son pays, avec la reconnaissance des fautes passées de sa nation, elle n’est pas compatible avec la conviction que cette nation est irrémédiablement mauvaise, que son histoire n’est qu’une longue suite de crimes, que ses principes fondamentaux de gouvernement sont injustes, et que le monde se porterait mieux sans elle. Autrement dit, l’Amérique, tu l’aimes ou tu la quittes. Ce qu’a résumé Trump en répondant aux accusations de « racisme » suite à son tweet : « Ce groupe de quatre personnes (...), elles se plaignent constamment (…) Ce sont des gens qui haïssent notre pays. Elles lui vouent une haine viscérale. Elles peuvent partir si elles veulent. »

Troisième leçon de philosophie politique élémentaire.

A quoi on pourrait ajouter une quatrième leçon, qui est une leçon de bon sens : la critique est aisée, l’art est difficile, surtout l’art politique. Vous, mesdames, qui n’arrêtez pas de critiquer l’Amérique, qui êtes perpétuellement indignée de ce que sont les Etats-Unis, qui par conséquent critiquez perpétuellement le gouvernement américain, pourquoi ne nous montrez-vous pas vos talents en matière de gouvernement ? Vos critiques présupposent qu’il serait possible de faire beaucoup mieux et que vous savez comment faire beaucoup mieux. Montrez-nous ce qu’il en est. Prouvez-nous que vos critiques sont le fruit d’un vrai savoir et d’une vraie compétence, et non pas la conséquence de votre totale ignorance de ce que signifie gouverner un pays et de vos conceptions politiques chimériques.

Voilà, en substance, ce que contenait la charge de Trump contre « The squad ». Une charge, on le voit, parfaitement justifiée et hautement nécessaire.

En les attaquant Trump a, une nouvelle fois, allégrement piétiné nombre d’interdits édictés par le politiquement correct : 1) Il a attaqué des femmes 2) Il a attaqué des femmes « de couleur » 3) Il a affirmé que la vérité existe 4) Il a affirmé qu’il est possible d’établir une hiérarchie objective des régimes politiques 5) Il a affirmé que les Américains sont fondés à attendre des nouveaux-venus qu’ils ne contentent pas de respecter les lois du pays mais qu’ils en adoptent aussi les mœurs, à commencer par un patriotisme sourcilleux.

C’est beaucoup pour un tweet, et c’est même assez remarquable.

On pourrait bien sûr regretter que Trump, plutôt que de produire des tweets rageurs, ne fasse pas de grands discours à la Lincoln dans lesquels il rappellerait aux Américains les principes fondamentaux de leur gouvernement, dans lesquels, en somme, il expliquerait posément ce qu’il se contente de sous-entendre dans ses saillies verbales ou sur les réseaux sociaux.

On peut regretter bien des choses au sujet de Donald Trump. Seulement voilà, presque au même moment, en France une vidéo circulait sur Twitter dans laquelle un supporter de l’équipe de foot algérienne affirmait : « Regarde, regarde, filme tout autour de toi. Il y a des Algériens, il y a des Tunisiens, il y a des Marocains, il y a des Sénégalais. Il n’y pas une bagarre, il n’y a pas une embrouille, il n’y a rien qui brûle. On n’est pas des Gilets jaunes, on n’est pas les black blocs. On n’est là, et on restera là. On est Français, on est nés en France. Mais on reste Africains, et on va rester.» Et il ajoutait : « On a pris Paris en trois heures, plus vite que les Allemands. »

Ce genre de sentiments, on le sait, est très répandu au sein d’une certaine jeunesse nominalement française mais dont le cœur et la loyauté sont manifestement ailleurs.

Y-a-t-il eu un seul homme politique français de premier plan pour réagir comme Donald Trump l’aurait fait ? Y-a-t-il eu un seul homme politique français de premier plan pour répondre à cette attaque contre la France ? Y-a-t-il eu un seul homme politique français de premier plan pour se saisir de l’occasion de ces émeutes de supporter afin de rappeler les points fondamentaux que j’ai énuméré précédemment, dans un tweet ou dans un discours, peu importe ? A ma connaissance, même Marine Le Pen s’est contentée de protester contre les dégradations matérielles.

Personne. Rien. Nada.

Alors oui, certes, on peut regretter bien des choses au sujet de Donald Trump, à commencer par le fait qu’un tel homme soit devenu nécessaire, mais moi, mon plus grand regret, c’est que nous n’ayons pas un Donald Trump.




mardi 27 novembre 2018

Trump contre le multiculturalisme

Un article sur Trump, que j’ai trouvé très éclairant, traduit par votre serviteur.
Je crois que ce qui résume le mieux l’argument est la phrase suivante, qui me parait au surplus tout à fait juste : « Trump aurait pu être l’un des pires présidents que nous ayons jamais eu, mais dans ces temps exceptionnels, il se peut qu’il soit le meilleur président que nous pouvions avoir. »

Ce qui se joue aux Etats-Unis n’est pas fondamentalement différent de ce qui se joue ici, mais je m’en voudrais d’insulter l’intelligence de mes lecteurs en soulignant ce qui n’a pas besoin de l’être. Les parallèles se tracent tout seuls.
Bonne lecture.



Notre maison divisée : le multiculturalisme contre l’Amérique

Suivre la voie tracée par Trump – et par Lincoln


Par Thomas D. Klingenstein – The American Mind

Beaucoup de conservateurs n’ont pas vu que Trump avait fait de l’élection de 2016 un choix entre deux régimes mutuellement exclusifs : le multiculturalisme et l’Amérique. Ce que j’appelle le « multiculturalisme » inclut les « politiques identitaires » et le « politiquement correct ». Si le multiculturalisme continue à ronger l’esprit public, il finira par détruire l’Amérique. Par conséquent, cette élection aurait dû être perçue comme un combat entre une femme qui, peut-être sans vraiment le vouloir, était à la tête d’un mouvement visant à détruire l’Amérique et un homme qui voulait sauver l’Amérique. Le même combat est en train de se dérouler durant les élections de mi-mandat.
Je me rends bien compte que le terme « multiculturalisme » est quelque peu daté, mais je voudrais le remettre au goût du jour en l’utilisant dans son sens le plus étendu - pour désigner une philosophie politique. Le multiculturalisme conçoit la société comme une addition de groupes ayant chacun une identité culturelle différente, chacun avec sa propre conception du monde, tous opprimés par les hommes blancs et existant collectivement à l’intérieur de frontières nationales perméables. Le multiculturalisme remplace les citoyens américains par les soi-disant « citoyens du monde ». Il découpe des « tribus » à partir d’une société dont la réussite la plus extraordinaire a été de les avoir transformées en un seul peuple. Il fait de l’éducation un exercice politique consistant à libérer un nombre toujours croissant « d’autres » et fait de l’histoire américaine une série d’épisodes d’oppression par les Blancs, démantelant ainsi le récit unificateur par lequel nous nous affirmons – et sans lequel aucune nation ne peut survivre longtemps.
Pendant la campagne de 2016, Trump a traité le multiculturalisme comme le mouvement révolutionnaire qu’il est. Il nous a montré que le multiculturalisme, comme l’esclavage dans les années 1850, est une menace existentielle. Trump a révélé cette menace en s’y opposant, ainsi qu’à son bras armé, le politiquement correct. Bien plus, il s’est donné pour mission d’envoyer régulièrement des coups de pied dans l’entrejambe du politiquement correct. Dans d’innombrables manifestations de grossièreté il a dit encore et encore très précisément ce que le politiquement correct vous interdit de dire : « L’Amérique ne veut pas de diversité culturelle, nous avons notre propre culture, elle est exceptionnelle et nous voulons la garder telle qu’elle est. » Il a dit également, implicitement et explicitement, que les malheurs des divers « groupes opprimés » n’étaient pas de la faute des hommes blancs. Ceci aussi viole un principe sacré du multiculturalisme. Trump a dit toutes ces choses au moment où elles étaient les choses les plus nécessaires à dire et il les a dites comme lui seul pouvait le faire, avec suffisamment de « style » new-yorkais pour électriser tout le pays. Puis ensuite, pour ajouter au bretzel de la moutarde forte, il a caractérisé les médias comme étant non seulement mensongers mais aussi anti-américains.
Trump est un refus vivant et parlant du multiculturalisme et des idées post-modernes sur lesquelles il s’appuie. Trump est persuadé qu’il existe des choses comme la vérité et comme l’histoire, et qu’il croit en ces choses importe bien plus que le fait qu’il dise lui-même toujours la vérité ou qu’il connaisse l’histoire – ce qui, en effet, est parfois douteux.
Son affirmation caustique selon laquelle il existe des pays « merdiques » était un exemple de Trump affirmant que la vérité existe. Ce qu’il disait, c’était que certains pays étaient meilleurs que d’autres et que l’Amérique était l’un des meilleurs, voire même sans doute le meilleur. Le multiculturalisme dit qu’il est mal d’affirmer de telles choses (de même qu’il était « mal » de la part de Reagan de qualifier l’Union Soviétique de « mauvaise »). Trump est le seul homme politique national qui ne se soucie pas de ce que le multiculturalisme considère comme mal. Lui, et lui seul, rejette catégoriquement et effrontément la moralité du multiculturalisme. Il est virtuellement le seul sur notre scène politique nationale à défendre la conception américaine du bien et du mal, et par conséquent pratiquement le seul à réellement défendre l’Amérique. C’est pourquoi il est si précieux – et pourquoi tant de choses dépendent de lui.
Ses défauts sont nombreux, et certains sont importants, mais dans les circonstances présentes ce qui importe le plus c’est que Trump comprend que nous sommes en guerre et qu’il est prêt à la mener. Trump aurait pu être l’un des pires présidents que nous ayons jamais eu, mais dans ces temps exceptionnels, il se peut qu’il soit le meilleur président que nous pouvions avoir.

2016 et la signification de l’Amérique

« Si seulement nous pouvions savoir où nous sommes et vers où nous nous dirigeons, nous pourrions mieux juger ce qu’il convient de faire, et comment le faire. »
Beaucoup de conservateurs en 2016 n’ont pas vu Trump comme un homme qui défendait l’Amérique. C’est en grande partie parce qu’ils n’ont pas vu que l’Amérique avait besoin d’être défendue. Ce que les conservateurs ont vu, c’était les politiques de Trump (qui ne concordaient pas avec les politiques conservatrices) ainsi que son caractère (qui ne concordait pas, un point c’est tout) et ils en ont conclu que le pays était très loin d’être dans un état suffisamment catastrophique, et qu’Hillary n’était pas un danger suffisant, pour que l’on puisse s’enthousiasmer pour un homme manifestement aussi peu fait pour le rôle de président.
Dans ce qui était peut-être un cas de « tout le monde se trompe sauf moi », beaucoup de conservateurs ont conclu que si l’électorat portait au pouvoir un homme aussi évidemment inapte à la fonction, alors il devait y avoir quelque chose qui ne tournait pas rond avec l’électorat.
Je pense que la victoire de Trump s’explique en fait d’une manière assez simple et littérale : les Américains, dont beaucoup ont encore du bon sens et sont patriotes, ont voté pour Trump pour la raison pour laquelle il leur a dit qu’ils devaient voter pour lui, pour que l’Amérique passe en premier ou, pour reprendre son slogan de campagne, « Pour que l’Amérique soit à nouveau grande » (« make America great again ») – « l’Amérique » n’étant pas, comme l’imaginaient beaucoup de conservateurs, un terme codé pour dire « les Blancs ». En d’autres termes, la motivation de ceux qui ont élu Trump était patriotique, la défense de sa propre culture, et non pas raciste.
Dans un essai réfléchi, publié au printemps 2017, Yuval Levin a émis l’opinion, courante chez les conservateurs, que le pays était dans un état raisonnablement satisfaisant. Il était par conséquent interloqué qu’un grand nombre de penseurs associés avec l’école de Claremont puissent estimer que « les choses ne pouvaient pratiquement pas être pires » et qu’il était donc nécessaire de « faire une révolution totale ».
Levin et les conservateurs qui s’accordent avec lui prennent les choses à l’envers. C’est le multiculturalisme et non pas le trumpisme qui est une révolution. La campagne de Trump, ainsi que le soutien que lui apportaient certains intellectuels, n’était pas un appel à faire la révolution mais un appel à stopper une révolution. Les intellectuels qui soutenaient Trump ne disaient pas que les choses ne pouvaient pas être pires, ils affirmaient que sans un changement de direction drastique il était fort probable que nous ne puissions jamais retrouver notre foyer.
Toute la campagne de Trump était une défense de l’Amérique. L’élection a porté bien moins sur les politiques, le caractère, les échanges d’emails ou bien James Comey [directeur du FBI en 2016], que sur ce que signifiait l’Amérique. Le mur de Trump était moins une manière de repousser les étrangers qu’une manière de marquer son attachement à un pays particulier : les politiques en matière d’immigration, de libre-échange, d’affaires étrangères, avaient pour but de défendre ce qui est notre. Dans tous ces domaines, Trump posait la question « Qui sommes-nous en tant que nation ? ». Et il y répondait en étant Trump, un homme « made in America », indubitablement et sans aucun complexe américain, et qui, comme la plupart de ses compatriotes, se contrefiche de ce que peuvent bien penser les intellectuels européens.
Clinton, dans le camp d’en face, était le dédain incarné, une citoyenne non pas de l’Amérique mais du monde : une élitiste postmoderne, sûre de son bon droit, qui n’était rien d’autre que la continuation d’Obama, l’homme qui avait rejeté avec mépris la prétention de l’Amérique à être exceptionnelle. Ceux qu’elle appelait « les déplorables » étaient les opposants au multiculturalisme. Ce qu’elle disait, en fait, c’est qu’elle ne reconnaissait pas les « déplorables » comme ses concitoyens et que, pour ce qui la concernait, ils ne faisaient pas partie du régime qu’elle se proposait de diriger.
Peut-être la réponse la plus efficace de Trump au multiculturalisme de Clinton et des Démocrates a-t-il été ses attaques contre le politiquement correct, à la fois avant et après l’élection. Trump a réprimandé Jeb Bush pour avoir parlé espagnol en meeting électoral. Il a fait remarquer que le 11 septembre certains musulmans avaient acclamé la chute des twin towers. Il a dit que Mexico nous envoyait la lie de son pays, a suggéré de boycotter les Starbucks après que les employés aient reçu l’ordre de ne plus dire « Joyeux Noël », a dit que les propriétaires de la NFL devraient renvoyer les joueurs ne respectant pas le drapeau, a émis l’opinion que les gens venant de ce qu’ils appelait des pays « merdiques » (Haïti et les pays africains étaient ses exemples) ne devraient pas être autorisés à émigrer chez nous, a parlé du danger qu’il y avait à choisir des juges en fonction de leur origine ethnique et a dit que Black Lives Matter devrait cessé de rejeter la faute sur les autres.
L’idée essentielle de chacune de ces attaques au canon contre le politiquement correct, lorsqu’on les prend toutes ensemble, est une défense la culture bourgeoise de l’Amérique, qui est culturellement « judéo-chrétienne », qui tient à ce que nous n’ayons qu’une seule langue, un seul ensemble de lois et de valeurs : et notamment, la loyauté, le sens pratique, l’indépendance, et l’ardeur au travail. Trump affirmait le caractère aimable de notre culture. Aussi étrange que cela puisse sembler, il nous disait comment mener une vie digne. Trump est loin d’être le prêcheur idéal, mais dans une société où les gens ont soif de voir confirmer publiquement les valeurs qu’ils chérissent, ils n’exigent pas que l’eau vienne d’une source pure. Même les déclarations grossières de Trump traitant les femmes comme des objets ne semblent pas avoir rebuté les électrices de Trump, peut-être parce que cela ne les surprend pas que les hommes traitent les femmes comme des objets. En d’autres termes, Trump se comportait comme un homme, même si ce n’était pas l’homme idéal, et ce qui importait c’était qu’il ne soit pas l’homme asexué du multiculturalisme. Il se peut qu’un semblable rejet de l’androgynie ait été à l’œuvre dans les auditions pour la confirmation de Kavanaugh.
Il y a seulement une génération ou à peu près, nos élites, aussi bien de gauche (liberals) que conservatrices, étaient prêtes à défendre la culture bourgeoise de l’Amérique, l’exceptionnalisme américain, et l’assimilation complète des immigrants. Arthur Schlesinger a exprimé ainsi cette conception de l’assimilation : « la tradition protestante anglo-saxonne de l’Amérique… fournit la référence à laquelle les immigrants venus d’autres nations sont censés se conformer, la matrice dans laquelle ils se fondront. » Cela signifiait abandonner la culture de son pays d’origine, pas nécessairement intégralement ni tout de suite, mais en définitive ses caractéristiques essentielles devaient être abandonnées en faveur de la culture américaine. En d’autres termes, il n’existe pas d’Américains à trait d’union.
Trump comprend que le slogan « la diversité est notre plus grande force », qui pourrait résumer le multiculturalisme, est exactement à rebours de la vérité. La plus grande force de l’Amérique est d’avoir transcendé la race, et la seule exception majeure a bien failli causer notre perte. A la lumière de notre histoire, de l’histoire du monde (une guerre « tribale » après l’autre), et du désastre multiculturel qu’est l’Europe aujourd’hui, produire de la diversité culturelle n’est rien d’autre que de la stupidité suicidaire. Trump ne le dit peut-être pas de cette façon, mais il le comprend. L’Américain moyen le comprend aussi, parce que ce n’est pas très difficile à comprendre : c’est du bon sens.

Les conservateurs et les Républicains sont complices

Les qualités de Trump sont son courage, son bon sens, et sa rhétorique. Il va à l’essentiel, à ce dont personne d’autre ne parlera de peur d’être traité de « raciste » ou de « fasciste », ou d’une autre de ces injures qui excitent la foule des lyncheurs vertueux.
Sa remarque au sujet des pays « merdiques » était un exemple. Un autre exemple a eu lieu en 2015 lorsque Trump, après une attaque terroriste, a proposé un arrêt de toute immigration musulmane, jusqu’à ce que nous ayons « une putain d’idée de ce qui se passe ». Pratiquement tout le monde, y compris la droite, a hurlé au « racisme » et à « l’islamophobie ». Bien sûr, défendre Trump aurait impliqué de violer le diktat multiculturel selon lequel on ne doit parler de l’islam que comme une religion de paix. Mais, comme Trump, l’Américain moyen ne se soucie pas de savoir si l’islam est ou non une religion de paix : il voit de ses propres yeux que l’islam est utilisé comme un instrument de guerre. Lorsque les terroristes musulmans disent qu’ils accomplissent la volonté d’Allah, les Américains les prennent au mot. Ce n’est rien d’autre que du bon sens.
La tentative de la part de Trump d’écarter le juge Gonzalo Curiel d’un procès dans lequel la Trump University était l’accusée, en partie à cause des origines mexicaines du juge, est un autre exemple de cas dans lequel les accusations de « racisme », proférées avec la même force par la droite et par la gauche, se sont substituées au bon sens. Il a été estimé absurde de la part de Trump d’avancer que le juge était partial à cause de son origine ethnique, mais c’est précisément l’insistance des élites à faire de l’origine ethnique un facteur de sélection des juges qui a amené Trump à se placer sur ce terrain. Nous faisons de l’origine ethnique un facteur essentiel, et ensuite nous affirmons que l’origine ethnique ne devrait pas compter. Ce n’est pas du bon sens.
Aller à l’essentiel, à la question de bon sens qui est au cœur du sujet, est la composante la plus importante de la rhétorique de Trump, mais même la manière souvent irritante dont il choisit de s’exprimer peuvent parfois servir la cause conservatrice. C’est un triste constat sur notre époque, mais c’est l’époque à laquelle nous vivons, et nous devons juger les questions politiques en conséquence. Lorsque, par exemple, Trump s’est moqué de l’accusatrice du juge Kavanaugh, il a fait une chose que lui seul peut faire : il a attaqué frontalement le multiculturalisme et son « il faut croire toutes les femmes. » Nous devrions continuer à faire la grimace devant la puérilité de Trump, mais nous devrions reconnaitre lorsqu’elle a de la valeur.
Dans chacun de ces cas, lorsque les conservateurs se sont joints à la gauche (liberals), pour dénoncer Trump, les conservateurs ont attaqué notre porteur de vérité le plus important. Les conservateurs et les Républicains devraient utiliser ces situations pour expliquer ce qu’est l’Amérique et ce qui est requis pour la perpétuer. Dans les exemples énumérés précédemment, ils auraient dû expliquer l’importance de n’avoir qu’une seule législation, d’assimiler totalement les immigrants et de ne pas tenir compte de la couleur de la peau ; l’incompatibilité de la théocratie avec le mode de vie américain ; que dans certaines circonstances nous pouvons à juste titre refuser certains immigrants, non pas à cause de la couleur de leur peau, mais parce qu’ils viennent de pays qui n’ont pas de tradition de gouvernement républicain. Au lieu de cela, les conservateurs font le travail des multiculturalistes à leur place : ils insinuent plus avant le multiculturalisme dans l’opinion publique. Les conservateurs ont, sans vraiment en avoir conscience, accepté de jouer selon les règles posées par les multiculturalistes et ce faisant ils se sont désarmés eux-mêmes ; ils ont abandonné leur arme la plus puissante : les arguments qui défendent l’Amérique.

Les auditions pour la confirmation de Kavanaugh : le multiculturalisme à l’œuvre

En dénonçant les dangers du multiculturalisme, Trump a aussi dénoncé la source de celui-ci : les intellectuels de la gauche radicale (radical liberal intellectuals), qui pour la plupart trainent leurs guêtres dans les départements de sciences humaines dans nos meilleurs colleges et universités, où ils enseignent les humanités multiculturelles et élaborent les règles du jeu multiculturel. A partir de l’enseignement supérieur ces idées et ces règles se diffusent au sein d’une élite formatrice d’opinion, généralement de gauche et généralement irréfléchie, qui va ensuite militer pour l’ouverture des frontières, la diversité obligatoire, le racisme (que, on ne sait trop comment, ils parviennent à nous faire appeler antiracisme) et d’autres aspects du multiculturalisme.
Lors des auditions pour la confirmation de Kavanaugh, les règles du jeu multiculturel fonctionnaient à pleine puissance. Armés avec le chapitre de l’Evangile multiculturel qui traite de « l’oppression des femmes par les hommes », les Démocrates pouvaient attaquer Kavanaugh avec des accusations tirées du néant. Dans le même temps, les règles multiculturelles obligeaient les Républicains à se battre avec un bras attaché dans le dos : ils étaient forcés de traiter sérieusement une affaire dépourvue de fondement, ils ne pouvaient pas attaquer l’accusatrice, et ils devaient employer une femme pour l’interroger. Les Républicains ont accepté automatiquement le rôle de misogynes qui leur était assigné (et ils auraient accepté le rôle de raciste si l’accusatrice avait été Noire). C’est vrai, les Républicains n’avaient pas le choix ; néanmoins lorsqu’on vous roule dans la farine il est préférable de le remarquer.
Si Trump avait tweeté : « Je me tamponne le coquillard du sexe ou de la couleur de peau de l’interrogateur », je soupçonne que la majorité des Américains aurait applaudi. Après tout, c’est là la conception américaine des choses. Ce n’est pas l’Américain moyen qui exige que l’interrogateur soit une femme ou bien un Noir. Nous le savons parce que les partisans de Trump nous l’ont dit. Ce ne sont pas en général les parents dans nos écoles de centre-ville qui exigent des enseignants et du personnel administratif ayant une couleur de peau correspondant à celle de leurs enfants. Ce ne sont pas les immigrés mexicains ordinaires qui créent de l’agitation pour préserver leur culture d’origine. Ce sont les multiculturalistes.
Les règles multiculturelles découlent de la conception multiculturelle de la justice, qui est basée non pas sur l’égalité des individus (ce qui est la conception américaine) mais sur l’égalité des groupes identitaires opprimés par les hommes blancs. Dans les auditions de l’affaire Kavanaugh, les multiculturalistes ne voyaient pas deux individus en train de s’affronter, mais plutôt toutes les femmes qui sont toutes opprimées et tous les hommes blancs qui sont tous des oppresseurs. Les Américains ont affirmé que les multiculturalistes violaient les règles du procès équitable et celles communément admises concernant l’administration de la preuve, mais du point de vue des multiculturalistes ce que les Américains considéraient comme une violation était en réalité une application de la conception multiculturelle du procès équitable et de l’administration de la preuve. Les Américains voyaient une révolution se dérouler sous leurs yeux.
Nous nous trouvons maintenant dans une situation qui n’est pas sans rappeler celle qui existait avant la guerre civile, lorsqu’un côté avait une conception de la justice qui reposait sur le principe de l’égalité des êtres humains, tandis que la conception de l’autre côté reposait sur le principe que tous les hommes sont égaux à l’exception des Noirs. La première conception impliquait le recul et finalement la disparition de l’esclavage ; la seconde impliquait son expansion. C’était comme un navire qui aurait dû aller dans deux directions à la fois. Ou, pour utiliser la métaphore biblique employée par Lincoln, « si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister. » Lincoln ne voulait pas dire que le pays ne pouvait pas subsister avec une partie pratiquant l’esclavage et l’autre partie ne le pratiquant pas. C’était possible, tant qu’il y avait un accord sur le fait que l’esclavage était un mal et qu’il était en voie de disparition. Mais à partir du moment où la moitié du pays pensait que l’esclavage était une bonne chose et l’autre moitié pensait qu’il était une mauvaise chose, le pays ne pouvait subsister. C’était la différence de conception de la justice entre les deux parties qui était décisive, parce que, là où existent deux conceptions de la justice, comme c’était le cas durant la guerre civile et maintenant, le respect de la loi s’effondre. Durant la guerre civile, cela a eu pour conséquence la sécession. De nos jours, cela a pour conséquence les villes sanctuaires [terme qui désigne une ville qui applique une politique de protection des migrants illégaux] et « la résistance ». Pour saisir à quel point nous sommes proches de la rupture totale, imaginez que l’élection de 2016, comme celle entre Bush et Gore, ait dû être décidée par la Cour Suprême. On frémit rien que d’y penser.

Que faire et comment le faire

Les conservateurs ont été abasourdis par le trumpisme. Même les conservateurs qui reconnaissent aujourd’hui que Trump a accompli certaines bonnes choses ne savent pas trop ce qu’il serait possible d’apprendre du trumpisme qui pourrait servir au futur du mouvement conservateur.
La leçon est la suivante : suivez l’exemple de Lincoln. Il fit de l’opposition à l’esclavage le noyau non négociable du parti Républicain, tout en étant prêt à passer des compromis sur toutes les autres questions. Les conservateurs devraient faire la même chose avec le multiculturalisme. Nous devrions faire de notre opposition au multiculturalisme le noyau de notre mouvement. Le multiculturalisme devrait guider notre stratégie rhétorique, fournir un cadre conceptuel pour interpréter les évènements, et lier les dangers intérieurs auxquels nous faisons face. Nous devons comprendre que tous ces dangers sont des parties d’un même tout.
Cette approche, cependant, ne fonctionnera pas tant que les conservateurs ne se mettront pas à penser aux questions politiques comme le faisait Lincoln. Qu’ils ne le fassent pas explique pourquoi un si grand nombre d’entre eux n’a pas compris la signification de l’élection de 2016. Le sujet est complexe, mais il me semble qu’il peut être résumé ainsi : en comparaison de Lincoln, les conservateurs ont tendance à penser la politique de manière à la fois trop étroite (en excluant trop de choses) et trop rigide.
Ce qui, pour Lincoln, était la question politique la plus importante – la conception qu’a la population de la justice - est considérée comme sans importance par beaucoup de conservateurs. Il n’est pas surprenant, par conséquent, qu’ils n’aient pas compris ou qu’ils aient sous-estimé le danger politique posé par le multiculturalisme, avec son assaut frontal contre la conception américaine de la justice. N’ayant pas compris le multiculturalisme ou bien l’ayant sous-estimé, les conservateurs ne pouvaient pas voir que les caractéristiques de Trump qui, dans des temps ordinaires, l’auraient disqualifié, étaient aujourd’hui précisément celles qui étaient requises pour affronter le multiculturalisme. Trump n’était pas un conservateur classique, mais toute sa campagne portait sur le fait de sauver l’Amérique. C’est là où le conservatisme commence.
L’éducation est un autre domaine auquel les conservateurs prêtent moins d’importance politique que ne le faisait Lincoln. Les conservateurs doivent réapprendre ce que savait Lincoln, et ce que, jusqu’au milieu du 20ème siècle, nos colleges et nos universités savaient aussi : le but de l’enseignement supérieur, et particulièrement des universités d’élite, est d’instruire les citoyens en vue du bien commun. Si les universités d’élite promeuvent le multiculturalisme et que le multiculturalisme sape l’Amérique, alors les universités trahissent leurs obligations envers le bien commun au même titre que si elles aidaient l’ennemi en temps de guerre. Dans un tel cas, le gouvernement, le gouvernement fédéral si nécessaire, peut à bon droit employer n’importe quel remède, du moment qu’il est proportionné au risque encouru par le pays et qu’il est le moyen le moins intrusif qui soit disponible.
Réorienter le mouvement conservateur est une tâche gigantesque, mais certaines choses importantes jouent en notre faveur : pour commencer, la plus grande partie de la population du pays, y compris beaucoup qui ne sont pas partisans de Trump, semble opposée au multiculturalisme et à sa police du langage. Qui plus est le multiculturalisme, comme la cause de l’abolition, est susceptible de galvaniser le mouvement conservateur. Les conservateurs, dont la tâche spécifique est de conserver, s’animent lorsqu’il y a quelque chose d’important à conserver, car cela leur permet de revendiquer une position singulière et moralement puissante avec suffisamment de latitude pour s’accommoder d’une vaste coalition. Dans le cas présent la « chose » réellement importante à conserver est notre pays.

lundi 28 mars 2016

A propos de Donald Trump, et de la politique en général





Au fur et à mesure que Donald Trump se rapproche de la victoire finale lors des primaires républicaines, victoire qui ferait de lui le candidat officiel du parti et un possible futur président des Etats-Unis, on sent grandir en France, dans le camp dit « réactionnaire » - camp dans lequel je me classe bien volontiers, en dépit du grand flou de cette qualification –, une sympathie pour le tonitruant homme d’affaires au teint orangé et à la moumoute improbable. Au motif que Trump refuse de s’incliner devant les totems du politiquement correct, on lui prête du courage et de la franchise, et on rêve secrètement que quelqu’un tienne le même discours en France. Au motif que les politiciens professionnels, en France comme aux Etats-Unis, ont lamentablement échoué les uns après les autres, enfonçant leurs pays dans un endettement inouï et ouvrant la porte à une immigration de masse qui menace la pérennité même de la nation, on trouve des vertus à l’inexpérience et à l’ignorance. Au motif que les hommes politiques ont pour mauvaise habitude de ne pas tenir leurs promesses, on voit un atout dans le fait de n’avoir aucun programme à proposer aux électeurs et de remplacer les propositions par des (mauvais) slogans publicitaires.
Et puis, faut-il le dire, le machisme outrancier, la virilité surjouée du personnage n’est pas pour déplaire. On la compare à la mollesse et à la lâcheté de notre personnel politique et on se prend à soupirer après un mâle, un vrai, un qui n’a pas peur d’appeler un terroriste musulman un terroriste musulman ni de déclarer qu’il les traquera jusque sur le trou des chiottes s’il le faut. Bref, on fait des excès et des ridicules même de Trump des qualités, pour des raisons finalement assez semblables à celles pour lesquelles Vladimir Poutine suscite l’enthousiasme de nombre de « réactionnaires. »
Des raisons en général mauvaises, il faut bien le dire.
Lorsqu’il s’agit de choisir le chef du pouvoir exécutif, dans un pays comme la France ou les Etats-Unis, deux grandes considérations devraient nous guider.
D’une part les idées politiques professées par cette personne, et plus généralement ses opinions sur les questions les plus sérieuses (il n’est pas indifférent, par exemple, de savoir si un candidat croit en Dieu, en quel Dieu il croit, et de quel genre est sa foi religieuse s’il en a une). Bien évidemment, seuls les plus naïfs se fieront exclusivement à ce que cette personne qui brigue nos suffrages déclare publiquement, durant la campagne électorale, pour se former une idée sur ses opinions. Les opinions d’un homme ne se déduisent pas seulement de ses déclarations, mais aussi de ses actions ou de ses omissions, et c’est bien pour cela qu’il est préférable qu’un candidat à la magistrature suprême soit un homme ou une femme qui ait déjà une assez longue carrière publique derrière lui, de manière à ce que ses opinions véritables, ou son absence d’opinion sur tel ou tel sujet, ne puissent échapper à personne se donnant la peine de chercher un peu.
De manière connexe, il n’est absolument pas indifférent que le candidat connaisse ses dossiers, à savoir qu’il montre une certaine familiarité avec les grands problèmes qu’il aura à traiter une fois élu. Dire, comme le fait Donald Trump pour contrer les attaques sur son ignorance manifeste, qu’une fois élu il saura s’entourer des meilleurs conseillers et qu’ainsi il n’a pas besoin d’avoir réfléchi préalablement à tous ces problèmes, est une ineptie, qui montre bien que le personnage n’a absolument pas saisi à quel genre de fonction il était candidat. Un président reçoit toujours de ses conseillers des avis divergents, et son rôle est précisément de décider au milieu de ces avis contradictoires et plausibles. Cela ne peut bien se faire que s’il a déjà une connaissance suffisante des dossiers en question. Plus généralement, on ne peut pas espérer grand-chose de bon, comme chef de l’exécutif, de quelqu’un qui n’a pas sérieusement réfléchi aux grandes questions politiques et à la situation de son pays, de quelqu’un qui ne s’est pas forgé quelques solides convictions, appuyées sur la raison et l’expérience, au sujet de la manière dont il devrait agir une fois parvenu aux responsabilités suprêmes. Sans cela il se laissera balloter au fil de l’actualité et des considérations purement électorales, comme un bouchon au fil de l’eau. Ce sera un Chirac, un Sarkozy, un Hollande. Ce ne sera rien, et parfois pire que rien.
Mais d’autre part nous devons porter grande attention à la personnalité de l’homme ou de la femme qui se présente à nos suffrages, à son caractère, tel que ses actions et ses propos nous permettent de le deviner (et pour cette raison aussi il est bien préférable de ne pas avoir à faire à un perdreau de l’année, car un caractère ne se dévoile qu’au fil du temps et des épreuves). Cet homme ou cette femme est-il courageux ou lâche ? Est-il doux ou bien vindicatif ? Calme ou bien emporté ? Est-il franc ou bien dissimulateur ? Est-il fidèle à ses engagements ou opportuniste ? Est-il d’un naturel généreux ou bien porté à la mesquinerie ? De quelle nature est son ambition (car quelqu’un qui aspire à la magistrature suprême est nécessairement fort ambitieux) ? Vise-t-il la gloire qui vient des grandes réalisations ou bien simplement la gloriole, la prééminence personnelle et les honneurs détachés de toute action véritablement honorable ? Quel est son rapport à l’argent, au sexe, aux tentations du pouvoir plus généralement ? Bref, à QUI avons-nous à faire, et comment pouvons-nous attendre qu’il se comporte une fois parvenu au sommet de l’Etat ?
Les deux – les idées et le caractère – sont indispensables (et bien sûr ne sont pas entièrement distincts, bien que différents). Avoir les bonnes idées sans le caractère adéquat, de même que le bon caractère sans la colonne vertébrale intellectuelle nécessaire présagent mal de la réussite future, une fois élu, du candidat, et donc présagent mal de l’avenir du pays. Ce pourquoi il est si rare d’avoir un véritable homme d’Etat au gouvernail, car toutes ces qualités sont rares, et encore plus rarement réunies, et ce qui explique pourquoi, la plupart du temps, nous devons nous contenter de substituts médiocres.
Mais lorsque les idées sont manifestement absentes, ou manifestement inadéquates, et qu’au surplus le caractère est manifestement hautement problématique, voire dangereux, nous devrions nous porter de toute urgence vers un autre candidat si nous le pouvons ou bien, si nous ne le pouvons pas, faute d’alternative, au moins ne pas apporter de contribution au désastre qui se prépare, c’est-à-dire parer de vertus celui qui n’en a pas au motif douteux qu’il viendrait « secouer l’establishment ». Bref, continuer à dire la vérité, en attendant le moment où nos compatriotes, peut-être, seront à nouveau capables de l’entendre.
Ce qui est très exactement le cas de Donald Trump.
En ce qui concerne ses idées il n’est pas besoin d’insister, puisque lui-même a fait de son ignorance un argument de campagne. Trump est, au sens strict, un démagogue, qui flatte les bas instincts de l’électeur moyen en lui faisant croire que l’ignorance et la médiocrité intellectuelle sont des titres à gouverner.
En ce qui concerne son caractère, n’importe qui ayant des yeux pour voir et des oreilles pour entendre devrait à ce stade s’être rendu compte que « The Donald », comme il aime à s’appeler lui-même, est un mégalomane qui serait bouffon s’il n’était pas si ouvertement vindicatif, un homme qui n’a pas d’autre principe que d’écraser les autres pour parvenir à la place qu’il convoite, qui n’a pas d’autre compas ni d’autre boussole que son bon plaisir. Bref, un homme dangereux.
On entend parfois dire que, à la fin des années 1970, la même classe jacassante qui aujourd’hui trouve Trump ridicule et dangereux n’avait pas de mots assez durs pour qualifier Ronald Reagan, et on en déduit que, puisque les jacasseurs se sont trompés hier, ils doivent aussi se tromper aujourd’hui. D’un simple point de vue logique un tel raisonnement ne vaut évidemment rien. Mais même pour ceux dont la logique n’est pas le point fort, un peu de connaissances historiques devraient suffire pour dissiper l’illusion. Reagan était un homme politique d’une dignité évidente, qui s’abaissait rarement à se mettre en colère en public et évitait soigneusement toute vulgarité. Ses principes politiques s’étaient formés par des décennies de lectures et de débats. Trump est à l’opposé de cela.
Concernant le caractère de l’homme, je ne peux pas faire beaucoup mieux que de vous traduire un court article de l’excellente Heather Macdonald (du non moins excellent City Journal) qui résume très bien le problème Trump. L’auteur aurait même, à mon avis, pu rendre son plaidoyer plus percutant encore en rappelant par exemple que Trump est allé jusqu’à suggérer que John McCain est un lâche et qu’il n’aurait pas dû se laisser prendre vivant (rappelons juste que John McCain, le candidat républicain malheureux à l’élection de 2008, a été capturé par les Nord-Vietnamiens en octobre 1967 après avoir dû s’éjecter de son avion touché par un missile sol-air. Lorsqu'il s'éjecte, la violence du choc lui brise les deux bras et une jambe. Tombé en parachute au milieu du lac du Bambou blanc, situé au cœur de la capitale nord-vietnamienne, il manque de se noyer lorsque des habitants le tirent de l’eau, lui arrachent son équipement et le rossent. S’en suivront cinq années de captivité, dont deux à l’isolement total, faites de tortures et d’humiliations presque incessantes). Ou encore que le seul principe avoué de Trump est : "Get even. When somebody screws you, screw 'em back, but a lot harder." Et sa conclusion aurait pu être encore plus inquiétante. Mais ce sont là des détails.
A ceux d’entre vous qui me diraient qu’ils se fichent bien de ce qui peut se passer aux Etats-Unis, je répondrais que si leur parle de Trump, c’est surtout pour en tirer des considérations générales qui peuvent aussi bien s’appliquer à ce qui se passe chez nous. Et à ceux d’entre vous, enfin, qui se réjouiraient secrètement de ce qui est en train d’arriver aux Etats-Unis, je me contenterai de dire que le destin de l’Occident est indissolublement lié à celui de l’Amérique. S’ils coulent, nous coulons. C’est aussi simple que cela. Que cela puisse éventuellement nous déplaire ne change rien à cette réalité, et comme l’a dit le dernier grand homme d’Etat qu’ait connu la France, il n’est pas de politique qui vaille en dehors des réalités.

Le malapris en chef

Par Heather MacDonald, City Journal, 28 janvier 2016

Il n’est pas difficile de prendre un malin plaisir au châtiment que Donald Trump est en train d’infliger à l’establishment républicain, alors même qu’il continue à bousculer le jeu politique en se dispensant du débat de ce soir (28 janvier 2016) pour les primaires républicaines. Durant des décennies, ces notables ont fait taire toute expression d’inquiétude au sujet de l’arrivée massive d’immigrés non-qualifiés ; les notables du commentariat ont même depuis peu commencé à agiter l’épouvantail du racisme, en accusant les opposants à cette immigration de masse d’être des adeptes d’une « politique identitaire blanche ». Mais aujourd’hui nous assistons au retour du refoulé dans l’enthousiasme frénétique que suscite un candidat d’une ignorance totalement décomplexée au sujet de la plupart des questions qu’un président aurait à traiter (y compris la question de l’immigration), qui serait probablement battu par Hillary Clinton, mais qui a toujours envoyé paitre avec énergie ceux qui lui demandaient de se taire au sujet de l’immigration illégale. La domination exercée par Trump est aussi un rappel du faible impact que peut avoir le monde de l’expertise politique conservatrice. L’année dernière, un groupe de jeunes « conservateurs réformateurs » a élaboré des propositions savantes dans lesquelles figuraient d’obscures dispositions relatives à des crédits d’impôts et autres choses du même genre afin d’attirer davantage d’électeurs des classes moyennes vers le parti Républicain. Il s’est avéré que cela ne pesait d’aucun poids comparé au pouvoir de séduction de quelqu’un braillant à tue-tête que l’Amérique allait à nouveau être grande, qu’elle allait à nouveau gagner, comme le prouvait le fait que le braillard était lui-même très grand et qu’il était un sacré gagnant.
Si l’establishment républicain mérite ce qui lui arrive, les conséquences négatives d’une présidence Trump pour le pays dans son ensemble seraient vraisemblablement aussi sévères que le prédisent ses critiques. Les supporters de Trump ne paraissent pas accessibles à l’argumentation, persuadés qu’ils sont que Trump doit être la réponse à tous les maux dont souffre le pays – ce qui rappelle un autre accès d’idolâtrie électorale huit ans plus tôt. Mais les conservateurs qui soutiennent Donald Trump devraient au moins considérer ceci : l’effet que celui-ci risque de produire au niveau des mœurs et de la civilité. Trump est le personnage public le plus gratuitement méchant que ce pays ait connu de mémoire d’homme. Il est la définition même du voyou : il saisit la moindre opportunité de s’acharner sur quelqu’un à terre, tout en se vantant sans vergogne de sa propre supériorité. Bien longtemps après que l’ancien gouverneur du Texas Rick Perry se soit retiré des primaires, Trump continuait durant ses meetings de campagne à se gausser des lunettes et de l’intelligence de ce dernier et à se vanter de la manière dont il l’avait forcé à se retirer. Le gouverneur de New-York George Pataki s’est maintenu plus longtemps dans la campagne des primaires, mais il n’a jamais représenté une menace pour Trump. Pourtant, presque chaque discours de campagne de Trump continue à contenir des attaques mesquines contre ce personnage falot.  Les supporters de Trump défendent ce penchant à l’agression permanente, obsessionnelle, au motif qu’il ne se déchaine que lorsqu’il a lui-même été critiqué. Mais il y a de la vertu dans la mesure. Trump transforme une banale saillie de campagne électorale en un prétexte pour une guerre et une autoglorification permanentes.
Trump est l’incarnation de ce que les Italiens appellent « maleducato » - mal-éduqué, mal élevé. En fait, si l’on en juge par le résultat, son éducation semble avoir été dépourvue de la moindre limite posée aux penchants masculins les plus grossiers pour l’agression et l’humiliation. Trump est constamment personnel dans ses attaques. Et son comportement n’est pas simplement la conséquence du fait qu’il refuse le politiquement correct. Trump était fondé à répondre à Megyn Kelly, la journaliste de Fox News, lors du premier débat de la primaire, qu’il n’avait pas de temps à perdre avec le politiquement correct. Cependant, répudier le politiquement correct signifie dire la vérité. Les sarcasmes de Trump ne sont pas de la véracité mais les postures égocentriques de quelqu’un qui ne fait strictement aucun effort pour contrôler son désir d’humilier les autres.
Les conservateurs, tout particulièrement, devraient comprendre le caractère fragile et précieux des manières. Les garçons tout spécialement ont besoin d’être civilisés. Cette tâche sera rendue plus difficile avec Trump à la Maison-Blanche. Il n’existe aucune raison de penser que Trump changera ses manières d’être une fois élu ; il ne montre aucun signe qu’il soit capable d’introspection ou de se corriger. N’importe quel parent essayant d’éduquer un garçon pour qu’il devienne courtois, respectueux, et au moins occasionnellement humble, aura des difficultés à le faire lorsque notre leader national est aussi instinctivement malpoli, de la même manière qu’il est plus difficile d’apprendre à une fille à être prudente en matière de sexualité si elle est entourée de modèles médiatiques qui vantent le fait de multiplier les partenaires. Notre culture est déjà devenue suffisamment grossière. Elle n’a pas besoin qu’un président des Etats-Unis la dégrade encore plus.