Tous ces résultats concordants
semblent bien justifier la conclusion provocante de John Lott, selon qui la
possibilité de porter une arme dissimulée sur soi est le moyen de faire baisser
la criminalité qui a le meilleur rapport coût/efficacité. Aucune autre mesure,
qu’elle concerne la répression ou bien la prévention de la délinquance, ne
produit un meilleur « retour sur investissement » que le port d’arme.
Toutefois, pour que
l’argumentation en faveur du droit de porter une arme soit pleinement
persuasive, il semble nécessaire de répondre aussi plus directement aux
préoccupations qui sont les plus souvent mises en avant pour s’y opposer.
Ces préoccupations sont
essentiellement de trois ordre : 1) Les détenteurs d’armes à feu ne
vont-ils pas s’en servir parfois à mauvais escient, par exemple pour régler
leurs conflits de voisinage ou bien en cas de dispute conjugale ? 2) La
possibilité d’avoir facilement une arme chez soi ne va-t-elle pas augmenter les
taux de suicide et d’accidents domestiques ? Ne risque-t-on pas notamment
de voir nombre de jeunes enfants utiliser les armes de leurs parents lorsqu’ils
auront le dos tourné ? 3) Ne risque-t-on pas d’assister à une
recrudescence des meurtres de masse, dans la mesure où les déséquilibrés qui
commettent ce genre de crimes pourront facilement se constituer un
arsenal ?
Prenons les dans l’ordre.
En ce qui concerne le
comportement des détenteurs d’armes à feu, la baisse spectaculaire du taux de
meurtres suite à l’adoption d’une loi right-to-carry
pourrait constituer une réponse suffisante : ces détenteurs ne doivent pas
avoir la gâchette si facile pour que ce taux diminue. Néanmoins, John Lott a poussé
le scrupule jusqu’à rassembler les données disponibles sur les détenteurs de
permis de port d’arme dans quatorze Etats, en cherchant spécifiquement combien
d’entre eux avaient vu leur permis révoqué au cours d’une année. Dans aucun
Etat ce taux n’est supérieur à 0,345%, et le plus souvent il est inférieur à
0,1%. Entre 1990 et 2008, dans tous les Etats-Unis, seuls 23 détenteurs d’un
permis de port d’arme ont commis un meurtre avec une arme à feu. Et, bien
souvent, un examen attentif des circonstances de ces meurtres révèle que le
meurtrier avait quelques bonnes raisons de s’estimer en état de légitime
défense.
Tout cela montre sans aucun doute
possible à quel point les détenteurs de tels permis sont ordinairement
respectueux des lois. Statistiquement, le risque qu’un détenteur de permis se
serve de son arme à mauvais escient est pratiquement nul. Et bien entendu,
lorsque l’on évoque les quelques cas où cela est malgré tout arrivé, il
convient toujours de les mettre en rapport avec les cas infiniment plus nombreux
où le possesseur légal d’une arme s’en est légitimement servi pour se défendre,
autrement dit de ne pas oublier de comparer les coûts avec les bénéfices.
Examinons ensuite la question des
morts accidentelles par arme à feu, et particulièrement les morts accidentelles
d’enfants. En effet, proposer d’autoriser les simples citoyens à pouvoir
facilement posséder des armes à feu provoque toujours immédiatement un tir de
barrage – sans mauvais jeu de mots - au nom de la sécurité des enfants.
Certaines de ces objections sont
de mauvaise foi, comme lorsque l’administration Clinton prétendait, pour
obtenir du Congrès le vote d’une loi restreignant le droit de posséder une
arme, que « treize enfants » mourraient tous les jours aux Etats-Unis
du fait des armes à feu. Neuf de ces treize morts journaliers étaient en fait
des « enfants » âgés de 17 à 19 ans, le plus souvent tués lors de
règlements de compte entre gangs. En fait, seuls deux de ces morts quotidiennes
concernaient des enfants âgés de moins de quinze ans.
Mais certaines de ces objections
sont aussi de bonne foi et semblent même, à première vue, assez solides. Les
enfants, dira-t-on, ne sont-ils pas naturellement attirés par ce qui est
interdit ? Les petits garçons, tout particulièrement, n’aiment-ils pas
jouer avec de fausses armes ? Dès lors, n’est-il pas raisonnable de
craindre qu’un certain nombre d’entre eux se précipiteront pour jouer avec les
armes à feu de leurs parents dès que ceux-ci auront le dos tourné, et qu’ils se
tueront, ou tueront leurs frères et sœurs, ou leurs camarades de jeu ?
Une telle séquence est plausible,
mais se réalise-t-elle souvent ?
En 2006 aux Etats-Unis, il y a eu
642 morts accidentelles par arme à feu. Parmi celles-ci treize concernaient des
enfants de moins de quatre ans et dix-huit des enfants de cinq à neuf ans. En
comparaison, 1305 enfants sont morts dans des accidents de voiture, 651 se sont
noyés, 348 sont morts de brûlures. Environ trois fois plus d’enfants meurent
chaque année aux Etats-Unis en se noyant dans leur baignoire que de l’usage
accidentel d’une arme à feu. Si nous interdisons la possession d’armes à feu
pour éviter les morts accidentelles, ne devrions-nous pas à bien plus forte
raison interdire les baignoires, les barbecues, les bicyclettes et les
voitures ? Bien entendu, nous n’interdisons pas tout ce qui est un facteur
de risque pour nos enfants car nous savons que ceux-ci retirent quelques
bénéfices du fait de pouvoir se baigner, rouler à bicyclette ou se déplacer en
voiture. Mais il en va exactement de même pour les armes à feu : celles-ci
procurent un bien très important, celui de pouvoir se défendre et défendre sa
famille en cas d’agression.
Pourtant, dira-t-on encore, ne
serait-il pas au moins nécessaire, si nous permettons aux particuliers de
posséder une arme, que la loi impose que cette arme soit stockée dans un
endroit sûr, tel un coffre-fort, pour s’assurer que les enfants ne pourront pas
y avoir accès ?
Dans The bias against guns, John Lott examine longuement cette question
du stockage des armes et parvient à la conclusion que les lois de ce type ne
changent rien au taux de morts accidentelles par armes à feu, ni pour les
enfants ni pour les autres segments de la population. Une raison de cela
pourrait être que ces morts accidentelles surviennent souvent dans des segments
de la population peu respectueux de la loi en général. Ainsi, par exemple, les
individus responsables de ces morts accidentelles ont une plus grande
probabilité d’avoir été condamnés auparavant pour des faits de violence ou des
délits liés à la consommation d’alcool. Par conséquent, on peut penser que
ceux-ci se soucient peu de savoir que la loi exige que leurs armes soient
stockées dans un endroit sûr.
En revanche, les lois de ce genre
ont un effet négatif sur la possibilité pour les honnêtes gens de se défendre
en cas d’agression, car une arme qui est rangée sous clef n’est pas aussi
immédiatement utilisable et les quelques minutes qui sont nécessaires pour y
accéder peuvent faire toute la différence. Y compris pour des enfants qui auraient
besoin de se défendre, et il n’est pas rare que la presse régionale américaine
mentionne des cas d’enfants qui ont pu sauver leur vie, ou celle de leurs
parents, en faisant usage des armes à feu de ces derniers ; ou qui à
l’inverse sont morts pour ne pas avoir pu y accéder à temps. Mais, au-delà des
anecdotes, Lott parvient à la conclusion que les lois imposant un stockage
sécurisé des armes, si elles ne procurent aucun bénéfice réel en termes
d’accidents, sont en revanche responsables de davantage de meurtres, de viols
et de cambriolages.
La lisibilité n’étant pas la
qualité première des nombreux graphiques proposés par Lott pour soutenir cette
affirmation, je me contenterai de reproduire en toutes lettres sa conclusion
principale : « Durant les cinq années succédant au vote d’une loi sur
le stockage sécurisé des armes, les quinze Etats [qui ont adopté ce genre de
lois] ont connu en moyenne et annuellement 309 meurtres, 3860 viols et 24650
cambriolages supplémentaires. »
En ce qui concerne les suicides
par armes à feu, nous ne devons pas oublier qu’il existe bien d’autres manière
de se suicider que de se brûler la cervelle, et que le suicide par arme à feu
présente au moins cet « avantage » qu’il ne met en danger la vie de
personne d’autre, ce qui n’est pas le cas d’autres méthodes, comme le fait de
se jeter du haut d’un immeuble ou d’avoir délibérément un accident de voiture.
Mais l’argument essentiel avancé à ce sujet par les opposants des armes à feu
est que, le suicide par arme à feu étant instantané et, a priori, indolore, la
disponibilité d’une arme à feu risque d’inciter à passer à l’acte des gens qui,
s’ils avaient dû utiliser d’autres méthodes, auraient peut-être renoncé, ou
bien aurait pu être sauvés (on peut parfois sauver quelqu’un qui a essayé de se
suicider en absorbant des médicaments, beaucoup plus rarement quelqu’un qui
s’est tiré une balle dans la tête).
Tout comme pour les accidents,
cette question ne peut guère être tranchée a priori. Il est nécessaire
d’examiner les statistiques disponibles à ce sujet. Or ce que celles-ci
révèlent est que le taux de suicide par arme à feu ne semble pas corrélé avec
les lois réglementant la possession de ces armes ni avec leur plus ou moins
grande disponibilité. Par exemple, les Etats adoptant des lois right-to-carry n’enregistrent pas de
hausse du taux de suicide, et, à l’inverse, les villes qui ont adopté des
législations très restrictives n’enregistrent pas de baisse notable de ce taux,
et pas même de baisse du taux de suicide par armes à feu, comme le montrent les
graphiques ci-dessous.
Il reste enfin à examiner l’idée
que rendre plus aisée la détention d’armes pour les citoyens ordinaires
pourrait avoir pour conséquence la multiplication des fusillades dans les lieux
publics, les déséquilibrés pouvant plus facilement se constituer un arsenal
pour perpétrer leurs projets sanguinaires. De nos jours, lorsqu’est évoquée la
question du port des armes à feu, surgissent immanquablement les spectres des
tueries de Columbine (1999, 13 morts) ou bien de Newton (2012, 26 morts) dans
lesquels des enfants furent assassinés en grand nombre par des individus
surarmés.
Ces massacres nous horrifient
tellement que, trop souvent, leur simple évocation suffit pour paralyser nos
facultés de réflexion et nous faire repousser avec horreur la possibilité de
libéraliser le port des armes à feu. Malheureusement, si l’émotion est
compréhensible, elle n’est pas toujours bonne conseillère car, en l’occurrence,
le fait que ces tueries aient été perpétrées avec des armes à feu ne prouve
aucunement qu’interdire la possession de telles armes aurait pu les éviter.
Tout d’abord, il faut remarquer
que notre perception du problème est ordinairement biaisée. Les exemples qui
nous viennent spontanément à l’esprit sont presque toujours des exemples
américains, comme si les meurtres de masse dans des lieux publics étaient une
spécialité américaine ; de quoi nous déduisons que cela doit être la
conséquence d’une autre particularité américaine : le nombre faramineux
d’armes en circulation aux Etats-Unis (estimé à 270 millions en 2009). Mais, en
réalité, des fusillades dans des lieux publics, y compris dans des écoles, se
sont déjà produites un peu partout en Occident, y compris bien sûr dans des
pays règlementant sévèrement le commerce et la détention d’armes. Pour nous en tenir
aux années 2000, avant la très récente tuerie de Newton, ce n’étaient pas les
Etats-Unis qui détenaient le record de victimes dans une fusillade en milieu
scolaire, mais l’Allemagne (Erfurt, 2002, 18 morts ; Winnenden, 2009, 15
morts). Et bien sûr, le « recordman » du monde en termes de victimes
est actuellement Anders Breivik, un Norvégien (Utoya et Oslo, 2011, 77 morts).
Tout comme l’Allemagne, la Norvège encadre très strictement la possibilité de
posséder une arme, mais cela n’a pas suffit à empêcher ces massacres.
Non seulement le contrôle des
armes à feu n’empêche pas ce genre de meurtriers de passer à l’acte, mais il
existe de bonnes raisons de penser que la seule vraie protection contre les
fusillades dans les lieux publics est précisément la possibilité pour les
citoyens de porter une arme sur eux.
Tout d’abord car la police arrive
toujours après que le massacre ait commencé, et souvent après que le meurtrier
ait achevé son « œuvre » et se soit suicidé. Et si par hasard un
garde armé se trouve sur les lieux, c’est toujours par lui que l’assassin
commence, pour ensuite s’en prendre au public désarmé. La seule manière
d’arrêter précocement la tuerie est qu’un ou plusieurs membres du public
disposent eux aussi d’une arme à feu. C’est ainsi par exemple que, en 1997, à
Pearl, dans le Mississipi, Joel Myrick a pu arrêter Luke Woodham qui avait déjà
tué deux élèves du lycée de la ville et s’apprêtait à en tuer bien d’autres.
Ensuite, parce que si la plupart
de ceux qui planifient ce genre de massacres sont à l’évidence des
déséquilibrés ou des fanatiques, cela ne signifie pas qu’ils choisissent leurs
cibles au hasard ni qu’ils soient insensibles au risque d’être abattus avant
d’avoir remplir la tache qu’ils se sont fixée. En compilant toutes les données
disponibles sur les fusillades dans des lieux publics aux Etats-Unis entre 1977
et 1999, John Lott parvient ainsi à la conclusion que les Etats ayant adopté
une loi right-to-carry ont enregistré
une décrue significative de ce genre d’actes sur leur territoire : en
moyenne 60% de moins, et le nombre de victimes diminue lui de 78%.
En fait, lorsque des fusillades
dans des lieux publics se produisent malgré tout dans un Etat autorisant le
port d’arme, celles-ci ont toujours lieu dans des endroits où, précisément,
toute arme est interdite, comme les écoles.
L’exemple d’Israël semble bien
confirmer cette observation. Avant le début des années 1970, la plupart des
attentats commis en Israël l’étaient à l’aide d’armes automatiques, les
terroristes ouvrant le feu sur la foule avant de prendre la fuite ou d’être
abattus par les forces de sécurité. Pour faire face à ce risque, le
gouvernement israélien a autorisé un grand nombre de ses citoyens à porter une
arme, et actuellement environ 10% de la population adulte israélienne détient
un permis de port d’arme. Le résultat de cette politique est que les attentats
à l’arme automatique ont cessé en Israël, les terroristes étant peu à peu
forcés de recourir à des moyens plus « discrets » comme les bombes.
Les tueurs de masse, tout comme
les terroristes en général, sont des sortes de kamikazes qui cherchent à tuer
le maximum de gens avant d’être eux-mêmes tués. Mais, ce que montrent les
exemples d’Israël et des Etats américains permettant à leurs habitants de
porter une arme, c’est que, même s’ils n’escomptent pas en réchapper, il semble
bien possible de les dissuader d’agir, simplement en minimisant le nombre de
victimes qu’ils peuvent espérer faire.
En octobre 2008, John Donvan, un
animateur d’ABC news introduisait son
invité par ces mots : « Ce n’est que rarement qu’un homme d’idées a
l’opportunité de voir de son vivant l’une de ses idées changer le cours de l’histoire.
Pour un universitaire ayant écrit, dans les années 1990, un livre controversé
affirmant que, là où la détention d’armes est plus répandue il y a moins de
crimes, cette expérience de changer le cours de l’histoire s’est produite. Des
législatures un peu partout dans le pays se sont emparées des idées contenues
dans ce livre, et ont adopté des lois autorisant le port d’une arme dissimulée,
ce qui était effectivement un changement historique. » Cet invité était
John Lott.
Sans doute y avait-il dans ce
jugement quelque exagération journalistique, destinée à mieux
« vendre » l’invité du talk-show, mais il est néanmoins vrai que,
entre la première et la troisième édition de More guns, less crime, huit nouveaux Etats américains ont adopté
des lois right-to-carry et que, étant
donné la publicité qu’on reçu les travaux de John Lott, il est au moins
probable que ceux-ci ont pu influencer les législateurs. Lott est, en tout cas,
devenu une référence incontournable dans le débat au sujet des armes et, si
certains continuent de contester la validité de son équation « plus
d’armes = moins de crime », il est frappant de constater que, jusqu’à
maintenant, aucun travail universitaire sérieux en économie ou en criminologie
n’a jamais pu montrer que les lois right-to-carry
contribuaient à une augmentation de la criminalité.
Tout aussi significatif, aucun
Etat ayant adopté une loi right-to-carry
ne l’a jamais abrogé. Aucun Etat n’a même simplement tenu un débat
parlementaire sur cette question. Les seuls changements constatés sont ceux
d’une extension continue du nombre des Etats autorisant le port d’une arme
dissimulée et d’un assouplissement des conditions d’octroi des permis.
Apparemment les citoyens américains ordinaires se trouvent bien du fait de
pouvoir se procurer facilement une arme et la transporter avec eux, et le font
savoir à leurs élus. Et ce soutien au droit de posséder des armes n’est
nullement cantonné à l’électorat Républicain, comme l’a encore prouvé le tout
récent refus du Sénat, pourtant contrôlé par les Démocrates, d’adopter un
projet de loi soutenu par le Président Obama et qui prévoyait de davantage
contrôler les achats d’armes (17 avril 2013).
En fait, les arguments et les
preuves en faveur de la possibilité pour les simples citoyens de posséder et
porter sur eux une arme à feu sont aujourd’hui si évidemment supérieurs à ceux du parti
opposé, que l’on peut se demander pourquoi les Européens continuent à
considérer avec autant d’horreur cette éventualité ; particulièrement si
l’on pense à leur préoccupation croissante au sujet de la criminalité. Peut-être
sommes-nous plus attachés à l’idée que l’interdiction de porter une arme est ce
qui distingue l’Européen civilisé de l’Américain barbare qu’à notre vie et à
nos biens. Peut-être sommes-nous si désormais si dégradés par le despotisme
doux de l’Etat-providence que nous ne pouvons plus envisager d’autre solution à
nos maux, quels qu’ils soient, qu’une intervention des pouvoirs publics. Quoi
qu’il en soit, il n’est guère douteux que nous payons bien cher au quotidien
notre refus d’apprendre.
Addendum : certains commentaires au sujet de ces articles m’ont
amené à voir qu’une objection revenait souvent.
L’objection prend la forme
suivante : les Etats-Unis autorisent très largement leurs citoyens à
acheter des armes à feu et à les porter sur eux ; la France contrôle très
strictement la possession et – sauf quelques cas très particuliers – interdit le
port des armes à feu.
Or le taux d’homicide aux
Etats-Unis est bien supérieur à ce qu’il est en France, y compris bien sûr le
taux d’homicide par armes à feu.
C’est donc la preuve qu’il est
préférable d’avoir une législation très restrictive, comme la France, plutôt qu’une
législation permissive, comme les Etats-Unis.
Je n’ai pas répondu explicitement
à cette objection dans les articles, notamment car il me semblait évident qu’elle
n’était pas pertinente.
Néanmoins, puisqu’elle revient
souvent, il est sans doute utile d’expliquer pourquoi elle n’est pas
pertinente.
Lorsque l’on cherche à mesurer
les effets d’un changement de législation – ce qui est ce
que fait Lott – ce qui importe ce n’est pas la valeur absolue des taux des
différents crimes mais leur variation.
La question ne peut pas être :
« est-ce que les Etats-Unis ont un taux d’homicide supérieur à la France ? »
parce que ce taux a toujours été supérieur, et que sa valeur absolue ne nous
apprend donc rien sur la question du port d’armes.
Même lorsque les armes à feu étaient
peu répandues aux Etats-Unis, les Américains se tuaient bien plus fréquemment
que les Européens, à coup de pied, de poing, de couteau, de marteau, etc.
Ce qui bien évidemment ne nous
apprenait pas grand-chose sur les couteaux ou les marteaux et sur la pertinence de limiter leur possession et
leur transport.
Comparer simplement les taux d’homicide
actuels en France et aux Etats-Unis et en tirer des conclusions au sujet du
port d’armes revient à oublier un principe élémentaire de la science sociale
(et de toute comparaison) : ne comparer que toutes choses égales
par ailleurs.
(On pourrait ajouter que les
comparaisons internationales sont souvent compliquées car les statistiques ne
mesurent pas toujours exactement les même choses d’un pays à l’autre – mais laissons
cela)
La vraie question est donc :
est-ce que les Américains se sont trouvés mieux ou moins bien de libéraliser le
port d’armes (ce qui est ce qu’ils ont fait depuis une bonne trentaine d’années) ?
Libéraliser le port d’armes
a-t-il eu pour effet de faire augmenter ou baisser
le taux d’homicide (pour nous en tenir à ce seul crime) ? A l’inverse,
est-ce que contrôler strictement l’achat et le port d’armes a pour effet toutes choses égales par ailleurs de faire baisser la
criminalité ?
C’est à cette question que
répondent les travaux de Lott. Et la réponse est dans le titre de son livre :
(aux Etats-Unis) More guns = less crime.
Pour terminer, une statistique
qui devrait suffire à prouver que, pour traiter de cette question, comparer des
valeurs absolues d’un pays à l’autre est dépourvu de pertinence.
Aux Etats-Unis le taux d’homicide
est aujourd’hui un peu supérieur à 4 pour 100 000 et l’on estimait fin
2011 à environ 8 millions le nombre de titulaires d’un permis de port d’arme,
ce qui représente à peu près 3,5% de la population adulte.
En Israël le taux d’homicide est
à peu près de 2 pour 100 000 et l’on estime qu’environ 10% de la
population adulte est titulaire d’un permis de port d’arme.
Si comparer le taux d’homicide de
deux pays à un moment donné suffisait pour tirer des conclusions, il faudrait
assurément conclure de cette comparaison entre Israël et les Etats-Unis que les
Etats-Unis n’ont pas encore assez libéralisé le port d’armes.
















