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mardi 6 février 2018

L’islamisation d’Oslo



Bruce Bawer – The City Journal, January 24, 2018

Avec une population de plus de 600 000 habitants, Oslo est divisée en deux par l’Akerselva, une petite rivière qui court depuis les montagnes, dans le nord, jusqu’au fjord d’Oslo. Oslo Ouest est la partie huppée de la ville, avec de coquettes rangées de maison près du centre-ville et, plus loin, d’élégants arrondissements pleins de grandes et belles demeures au vastes pelouses bien entretenues. L’Est d’Oslo est bourgeois : à la limite du centre-ville vous trouvez des quartiers qui ressemblent à l’East Village, avec des bars à la mode et plein de graffitis, et quelques zones habitées essentiellement par des musulmans, Tøyen et Grønland ; plus à l’Est se trouve Groruddalen.

Une large vallée relativement sans caractère (Dal signifie « vallée » en Norvégien), Groruddalen abrite plus du quart de la population d’Oslo. Pensez à la San Fernando Valley et vous serez assez près de la vérité. Depuis plusieurs décennies maintenant, cette vallée à été associée à l’islam pour les Norvégiens. Le 28 août 2017, Rita Karlsen du Human Right Service (HRS), un think-tank basé à Oslo, a fait remarquer que cela faisait seize ans jour pour jour que Thorbjørn Bersten, un homme politique membre du Parti Travailliste, avait déclaré : « Il existe une limite au nombre d’immigrants que Groruddalen peut accepter. Cette limite est en train d’être atteinte. Je connais des gens qui veulent partir parce que la ville d’Oslo est en train de remplir des immeubles entiers avec des réfugiés et des demandeurs d’asile… Nous devons simplement admettre que les conflits culturels commencent à devenir visibles. » D’autres hommes politiques récusèrent le diagnostic de Bersten. Bjørgulv Froyn, qui était alors le chef du Parti Travailliste à Oslo, affirma que les problèmes de Groruddalen n’avaient « rien à voir avec les immigrés ». Le chef des conservateurs à Oslo, Per-Kristian Foss, abonda en ce sens, accusant Bersten de « stigmatiser un quartier et une population. » Foss, qui était ouvertement homosexuel, préféra ignorer le fait qu’il était déjà difficile pour les homosexuels de vivre dans certaines parties de Groruddalen.

L’avertissement de Bernsten, lancé en 2001, s’est avéré prémonitoire. De 2008 à 2010, plus de 6000 Norvégiens de souche ont quitté Groruddalen, tandis que près du double d’immigrants – essentiellement des musulmans – s’y sont installés. En 2009, presque 67% des enfants nés à Stovner, un arrondissement à l’extrémité Est de la vallée, avaient des mères non Occidentales. En 2010, les immigrants représentaient plus de 40% de la population de Groruddalen, et Lars Østby, le démographe en chef à la SBB, l’organisme officiel en charge des statistiques nationales, prévoyait que, avant peu, une majorité de la population de la vallée serait composée des immigrants et de leurs enfants. Østby, cependant, ne considérait pas cela comme un problème – en dépit des précédents sinistres de certaines zones urbaines dans la Suède voisine, tel que Rinkeby à Stockholm et Rosengard à Malmö, devenues des enclaves musulmanes : des sociétés parallèles où la sharia remplaçait la loi suédoise et où les chefs de la communauté, les imams, et les gangs, avaient davantage d’autorité que le gouvernement suédois, la police et les tribunaux.

En 2011, le journal Aftenposten a rompu le silence médiatique sur le sujet en publiant un reportage sur la vie de Norvégiens de souche habitant à Groruddalen. « C’est devenu difficile d’être un Norvégien d’origine à Groruddalen » expliquait au journal Patrick Ǻserud, un instituteur ayant vécu dans la vallée toute sa vie. « Il y a un gros problème de langue, et une pression pour s’adapter à des normes qui nous semblent totalement étrangères, à nous qui avons un style de vie et une mentalité occidentales. » Ǻserud expliquait que, dans certaines écoles de la vallée « des enfants sont menacés d’être battus parce qu’ils ont du salami dans leur panier-repas. Des filles sont harcelées parce qu’elles sont blondes, et se teignent les cheveux pour être acceptées. Ce n’est pas bien vu à l’école d’être homosexuel, ou d’être athée, ou d’être juif… les gens attendent d’une famille indienne que je connais qu’elle vive comme des musulmans parce qu’ils ont la peau brune. » Sur dix-huit rencontres parents-professeurs qu’Ǻserud avait tenu récemment, il avait été nécessaire de recourir dix fois à un traducteur. Les conditions de vie dans la vallée s’étaient dégradées ces trois dernières années, affirmait-il, et il avait décidé – à contre-cœur – de décamper. « Je ne laisserai pas mes enfants grandir ici. » Le journaliste du Aftenposten ayant suggéré que qu’Ǻserud était « hypersensible » et « déconnecté de la nouvelle Norvège », l’instituteur avait répliqué qu’en ce cas, il y avait beaucoup de Norvégiens de souche à Groruddalen qui ressentaient la même chose.

Deux ans plus tard, en 2013, un rapport remarquablement honnête de la SBB reconnaissait que 1000 Norvégiens de souche quittaient Groruddalen tous les ans, et étaient remplacés par un nombre égal d’immigrés non-occidentaux. Durant cette seule année, les agressions augmentèrent de 80% à Groruddalen. La grande majorité de leurs auteurs étaient des adolescents d’origine immigrée avec des prénoms musulmans ; pratiquement aucun de leurs parents ne prirent la peine de venir à leurs procès. (Un père, cependant, fit quelque chose : il essaya d’intimider des victimes d’agression pour qu’elles modifient leurs témoignages.) Malgré cela, la police et les hommes politiques continuaient à affirmer que tout allait bien à Groruddalen. Ils mettaient en avant des statistiques de crimes autres que les agressions, qui, superficiellement, semblaient leur donner raison. Mais beaucoup de crimes dans la vallée – et peut-être même la plupart – n’étaient pas rapportés aux autorités. Les musulmans victimes d’autres musulmans n’étaient pas assez stupides pour avertir la police : leurs familles, leurs imans, et les autres membres de la communauté musulmane les auraient considérés comme des traitres, et auraient agis en conséquence. Ils savaient que de telles affaires devaient se régler à l’intérieur de la communauté. Beaucoup de victimes non musulmanes craignaient également de se plaindre à la police, car elles savaient qu’elles risquaient de la part de leurs voisins immigrés des représailles auprès desquelles le crime initial aurait fait pâle figure.

En 2015, le sociologue Halvor Fosli publia Fremmed i eget land (« Un étranger dans son propre pays »), un livre basé sur des entretiens réalisés avec 20 Norvégiens de souche résidant à Groruddalen. Fosti avait délibérément choisi des gens impliqués à un certain degré dans leur communauté – ceux qui avaient des enfants à l’école, par exemple, ou bien qui siégeaient au conseil de leur coopérative. Quel effet cela faisait-il, leur demandait Fosti, de devenir minoritaire sur son propre sol ? Leurs réponses étaient perturbantes. Les garçons non musulmans dans les écoles secondaires avaient peur de tomber dans la ligne de mire des bandes de musulmans – mais ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils devaient éviter de dire ou de faire, car leurs condisciples musulmans jugeaient leur conduite selon des critères entièrement étrangers à la société norvégienne. Pour les filles et les femmes non musulmanes, le simple fait de sortir de chez elles toutes seules – pour aller au supermarché par exemple – leur valait des regards courroucés de la part de musulmans à longues barbes, qui considéraient qu’elles ne devraient pas quitter leur foyer sans être accompagnées par un homme et sans être voilées. La vie était particulièrement dure pour les juifs. Les homosexuels ? Même pas la peine d’y penser. Autrement dit, un endroit dans lequel les gens avaient autrefois vécu sans peur et se traitaient mutuellement avec respect et bienveillance était devenu un lieu où fermentait la tension, la peur, et l’intolérance – non pas l’intolérance contre les musulmans, mais l’intolérance contre les Norvégiens.

Le livre de Fosli déclencha une prévisible avalanche de condamnations dans les grands médias norvégiens. Les adeptes du multiculturalisme vivant à Groruddalen traitèrent Fosli de menteur. Dans un article publié dans le Aftenposten intitulé « Non, je ne suis pas une étrangère dans mon propre pays », Inger Sønderland expliquait comment elle s’était installée dans la vallée trois ans plus tôt et s’était sentie immédiatement la bienvenue. « Je me suis sentie chez moi ici ! », écrivait-elle. « Dans cet environnement où nous sommes tous si différents, je me sens libre. Je peux me laisser aller, être moi-même… j’aime ce mélange de peuples. » Øyvind Holen, qui avait travaillé pour la plupart des grands journaux norvégiens, écrit plusieurs livres sur le hip-hop, et publié son propre livre sur Groruddalen dix ans plus tôt, pris part à la controverse, accusant dans le Dagbladet Fosti et ses interviewés d’être « obsédés par l’islam » et de s’être lancé dans une « attaque monomaniaque contre les minorités pakistanaises et somaliennes. » Avec un peu de soutien de la part de médias, le livre de Fosli aurait pu forcer la main des hommes politiques, de la police, et des fonctionnaires en charge de l’immigration ; au lieu de cela, la puissante charge des médias pour le discréditer assura que le livre n’eut aucun impact sur la politique locale ou nationale. La vie continua comme avant : en 2016, les chefs d’établissements scolaires furent avertis de presque 2000 cas de violence contre des enseignants à Oslo, mais ils ne prévinrent la police dans aucun. En janvier 2017, un rapport affirma que la criminalité juvénile avait dramatiquement augmenté à Groruddalen.

En février 2017, Forskning.no – un site internet prétendant fournir des informations fiables concernant la science et la recherche partout dans le monde – affirma que, selon un nouveau rapport du NOVA, un institut de recherche norvégien, la plupart des jeunes gens à Groruddalen se portaient très bien. « Ils réussissent à l’école, ont de bonnes relations avec leurs parents, sont satisfaits de l’environnement dans lequel ils vivent, et boivent moins d’alcool que les autres jeunes à Oslo. » Mais lorsque Nina Hjerpset-Østlie, du HRS, examina le rapport du NOVA, elle découvrit qu’il traitait principalement des garçons musulmans, pour la plupart desquels, en effet, la vallée était un véritable parc de loisirs. Le rapport du NOVA indiquait clairement que, pour les filles musulmanes et pour les non-musulmans des deux sexes, la vie à Groruddalen était loin d’être aussi paradisiaque. Ils se sentaient en insécurité à cause du comportement agressif, prédateur, de nombre de ces jeunes musulmans heureux et épanouis. Un jeune sur cinq dans la vallée – essentiellement des garçons non musulmans – avait fait l’objet de violence ou de menace de violence. Les filles musulmanes étaient moins sujettes à cette violence, du moins à l’extérieur de leur foyer – sans doute, comme le suggérait Hjerpset-Østlie, parce qu’elles avaient moins d’occasion d’y être exposées, étant donné que leur accès au monde extérieur était étroitement contrôlé et supervisé par leurs familles, en accord avec le code de l’honneur musulman.

Le 11 mars 2017, à la surprise de nombreux téléspectateurs, le journal du soir sur la chaine gouvernementale NRK diffusa un reportage honnête sur l’augmentation énorme de la criminalité dans l’est d’Oslo, avec l’accent mis tout particulièrement sur Groruddalen – où, comme le racontait le journaliste Anders Magnus, environ 50% de la population avait désormais des origines immigrées non occidentales. Des jeunes de douze ans vendaient de la drogue ; des adolescents de quinze ans portaient des pistolets, des couteaux et des battes de base-ball ; des bandes de jeunes musulmans agressaient les adultes en pleine rue ; et les parents musulmans, à quelques exceptions près, se montraient totalement indifférents aux activités criminelles de leurs fils. Pendant ce temps, conformément à une vieille tradition norvégienne, les policiers continuaient à patrouiller sans armes. Magnus interviewait un entraineur de hockey qui expliquait que certains joueurs de son équipe étaient partis parce qu’ils avaient peur de se faire agresser en se rendant à l’entrainement. Un jeune homme du coin expliquait que, dans la vallée, les musulmans avaient formé une « société parallèle », dans laquelle les jeunes n’avaient simplement plus peur de la police. Fidèle à lui-même, le journal Aftenposten publia une réplique rageuse au reportage d’Anders Magnus : Øystein E. Søreide et Mobashar Banaras, deux hommes politiques locaux, accusèrent NRK de « stigmatiser » les gens de la vallée et d’accroitre les divisions entre « eux » et « nous ».

Et puis, en mai, des douzaines d’adolescents musulmans se livrèrent à des exactions pendant trois nuits consécutives à Vestli, à l’extrémité Est de Groruddalen, lançant des pierres, allumant des incendies, attaquant les passants au couteau. Seuls trois des voyous furent arrêtés, et rapidement relâchés. Il devenait de plus en en plus difficile de nier la réalité au sujet de Groruddalen – et cependant, comme l’écrivait Rita Karlsen, du HRS, même maintenant les grands médias et les porte-paroles de la police continuaient à étouffer les affaires et à nier farouchement qu’une situation « à la suédoise » se soit créé dans la vallée – à savoir une criminalité incontrôlable et l’abandon de l’autorité publique aux leaders de la communauté musulmane. Mais le HRS avait ses propres sources dans la police, et celles-ci reconnaissaient la gravité de la situation. En très grand nombre, les jeunes musulmans menaçaient les enseignants, les agents de sécurité, les commerçants, les policiers, les pompiers, les ambulanciers, et d’autres encore. De plus en plus d’incendies criminels étaient allumés, comme dans les banlieues de Stockholm et de Paris.

Les efforts de la police pour reprendre le contrôle de Groruddalen ces dernières années ont été un échec. L’un des problèmes est la difficulté d’obtenir pour la police la permission de porter des armes – un changement de pratique auquel s’opposent vigoureusement les politiciens et les journalistes norvégiens. Une autre difficulté est l’incapacité des responsables de la police à admettre la réalité de la situation dans la vallée (Ils n’ont certainement pas été heureux d’entendre un policier travaillant à Stovner admettre, dans une interview radiophonique, que les policiers évitaient certaines parties de Groruddalen, par peur et parce qu’ils avaient le sentiment qu’il était « impensable » pour eux de pénétrer là-bas.) Mais le problème fondamental demeure l’approche scandinave traditionnelle du crime : rechercher des causes profondes, traiter les délinquants comme des victimes de la société, et considérer que la compassion est un remède à la criminalité. Cette approche fonctionne peut-être avec quelques Norvégiens de souche qui se sont écartés du droit chemin, mais elle ne produit aucun résultat avec leurs homologues musulmans, dont le conditionnement culturel les conduit à considérer ce genre de traitement bénin comme une preuve de faiblesse – et à l’exploiter.

Août marqua le début d’une nouvelle année scolaire. Le 28 septembre, VG, un journal norvégien, rapporta que depuis le début de celle-ci, il s’était produit tellement d’incidents violents au lycée de Stovner – dont l’un à coups de hache et de barre à mine – que le principal, Terje Wold, déclarait ne plus pouvoir garantir la sécurité des enseignants et des élèves. En réponse le ministre de l’éducation, Henrik Asehim, convoqua une réunion d’urgence ; des agents de police furent bientôt postés journellement devant l’établissement. VG remarquait que Stovner était loin d’être un cas isolé : la violence avait augmenté également dans les autres établissements scolaires de Groruddalen depuis quelques années, provoquant l’apparition de ce que les Norvégiens appellent « ukultur », littéralement une « in-culture », violente, anarchique et sauvage.

Et les choses continuent ainsi. Les musulmans continuent à se déverser dans Groruddalen, et les Norvégiens d’origine continuent à en partir. Le taux de fécondité des musulmans écrase celui des Norvégiens de souche. Dans certaines classes, seuls un ou deux enfants savent parler le Norvégien. Les rapports sur le site du HRS et de Document.no (qui traite des questions relatives à l’islam avec une franchise que l’on trouve rarement dans les grands médias) montrent clairement que la violence augmente dans la vallée et s’intensifie, avec toujours plus d’affrontements entre gangs et de voitures brûlées comme à Paris. On a rapporté que des Norvégiens de souche avaient formé des sortes de milices pour patrouiller leur voisinage et le protéger. Si Groruddalen n’est pas encore une zone interdite, du type de Rinkeby ou Rosengard, elle s’en rapproche bigrement. D’ici peu il sera possible de la décrire sans exagération comme une principauté islamique à l’intérieur d’une république laïque. Et cependant, les journalistes et les hommes politiques continuent à décrire Groruddalen comme un paradis d’intégration et d’enrichissement multiculturel.

En août 2017, Hege Storhaug, du HRS, remarqua une affiche publicitaire pour une nouvelle librairie à Stovner. Elle montrait trois jeunes filles à la peau noire, dont deux portant un hijab, lisant gaiement ensemble. « Le futur est là », commenta Storhaug. Thorbjørn Berntsen l’avait vu arriver 16 ans plus tôt. D’autres l’avaient vu aussi, mais la plupart n’avaient rien dit. Et même maintenant, alors que Groruddalen s’enfonce dans l’anarchie et l’islamisation complète, peu nombreux sont ceux qui osent parler. Pendant ce temps, au-delà des collines et des montagnes qui entourent Groruddalen, l’ombre qui est descendue sur la vallée obscurcit peu à peu le reste de la Norvège.



jeudi 2 octobre 2014

Violence, intolérance, y a-t-il une spécificité de l'islam?



 
Depuis qu’il n’a plus été possible à l’Occident d’ignorer la violence et les atrocités commises au nom de l’islam – disons, par commodité, depuis les attentats du 11 septembre 2001 – il n’a jamais manqué de bon esprits pour s’improviser théologiens, au débotté, et pour nous expliquer que, bien évidemment, ceux qui tuent et oppriment au nom de l’islam n’ont rien compris à la religion de Mahomet, qui est fondamentalement pacifique et tolérante, ou à tout le moins ni plus intolérante ni plus violente que les autres religions monothéistes.
Ce discours désormais bien rodé se fait bien sûr particulièrement entendre lorsque se produit quelque attentat, ou bien que l’Occident se décide à combattre timidement des jihadistes devenus trop entreprenants – comme en ce moment.
Dans ce contexte, je me suis donc dit qu’il ne serait pas malvenu de vous présenter cet article qui rappelle utilement quelques faits élémentaires que nos théologiens en herbe devraient connaître – s’ils se souciaient réellement de théologie, et de vérité.
Bonne lecture !


Are judaism and christianity as violent as islam?


Par Raymond Ibrahim, Middle East Quarterly, summer 2009


« Il y a bien plus de violence dans la Bible que dans le Coran ; l’idée que l’islam se serait imposé par l’épée est une fiction occidentale inventée durant le temps des croisades, lorsque c’étaient précisément les chrétiens occidentaux qui se livraient à une guerre sainte brutale contre l’islam[1]. » Ainsi parle Karen Armstrong, une ancienne nonne qui se décrit comme une « monothéiste freelance ». Cette citation résume le plus influent de tous les arguments qui servent aujourd’hui à réfuter l’accusation selon laquelle l’islam serait violent et intolérant par nature : toutes les religions monothéistes, disent ceux qui avancent cet argument, et pas seulement l’islam, ne sont pas avares de textes violents et intolérants ainsi que d’évènements sanglants tout au long de leur histoire. Ainsi, lorsque les textes sacrés de l’islam – en premier lieu le Coran, suivi par les dits et faits de Mahomet (les hadiths) – sont mis en avant pour démontrer le caractère fondamentalement belliqueux de cette religion, la réponse immédiate sera que les autres livres sacrés, et notamment ceux du christianisme et du judaïsme, regorgent eux aussi de passages violents.
Le plus souvent, cet argument met fin à toute discussion concernant le fait de savoir si la violence et l’intolérance sont propres à l’islam. A la place d’une telle discussion, la réponse par défaut devient : ce n’est pas l’islam en tant que tel mais plutôt les griefs et les frustrations des musulmans – sans cesse exacerbées par des facteurs économiques, politiques et sociaux – qui conduisent à la violence. Que cette manière de voir les choses s’accorde parfaitement avec l’épistémologie « matérialiste » de l’Occident sécularisé ne la rend que plus indiscutable.
Par conséquent, avant de condamner le Coran et les hadiths parce qu’ils incitent à la violence et à l’intolérance, les juifs sont invités à considérer l’histoire des atrocités commises par les Hébreux, telles que les rapportent leurs propres textes sacrés ; les chrétiens seraient bien avisés de se pencher sur les violences que leurs prédécesseurs ont commis au nom de la foi, aussi bien contre les non-chrétiens que contre leurs coreligionnaires.
Autrement dit, juifs et chrétiens devraient se souvenir qu’avant de critiquer il vaut mieux balayer devant sa porte.
Mais est-ce réellement le cas ? L’analogie avec les autres textes sacrés est-elle légitime ? La violence des Hébreux dans les temps anciens, et la violence des chrétiens au moyen-âge, peut elle se comparer à, et excuser, la persistance de la violence musulmane à l’ère moderne ?

Tout comme Armstrong, un grand nombre d’écrivains, d’historiens et de théologiens éminents ont défendu cette conception « relativiste ». Par exemple, John Esposito, directeur du centre Alwaleed bin Talal pour l’entente islamo-chrétienne à l’université de Georgetown, s’interroge :

Comment se fait-il que nous posions sans cesse la même question [au sujet de la violence de l’islam] et que nous ne posions pas cette question à propos du christianisme et du judaïsme ? Les juifs et les chrétiens ont commis des actes de violence. Nous avons tous un côté transcendant et un côté obscur… nous avons notre propre théologie de la haine. Au sein du christianisme et du judaïsme majoritaire, nous avons tendance à être intolérants ; nous souscrivons à une théologie exclusiviste : eux contre nous[2].

Un article de Philip Jenkins, professeur d’humanités à Pennsylvania State University, intitulé Dark Passages, dessine cette position avec le plus de force. Il s’agit de montrer que la Bible est plus violente que le Coran.

En ce qui concerne le fait d’ordonner des actes violents et des massacres, l’idée simpliste que la Bible serait supérieure au Coran se révèle totalement fausse. En réalité, la Bible déborde de « textes de terreur », pour reprendre un terme forgé par le théologien américain Phyllis Trible. La Bible contient bien plus de versets glorifiant la violence ou y exhortant que le Coran, et la violence biblique est souvent bien plus extrême, et marquée par une sauvagerie plus indiscriminée… si les textes fondateurs structurent la religion toute entière, alors le judaïsme et le christianisme méritent une condamnation sans appel comme religions de la sauvagerie[3].

Plusieurs histoires tirées de la Bible ainsi que de l’histoire judéo-chrétienne, illustrent le propos de Jenkins, mais deux en particulier – l’une censée être représentative du judaïsme, l’autre du christianisme – sont régulièrement mentionnées et méritent par conséquent un examen plus attentif.
La conquête du pays de Canaan par les Hébreux, vers 1200 avant JC, est souvent caractérisée comme un « génocide », et est devenue pratiquement emblématique de la violence et de l’intolérance biblique.
Dieu a dit à Moïse :

Mais dans les villes de ces peuples dont l'Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire. Car tu dévoueras ces peuples par interdit, les Héthiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens, et les Jébusiens, comme l'Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné, afin qu'ils ne vous apprennent pas à imiter toutes les abominations qu'ils font pour leurs dieux, et que vous ne péchiez point contre l'Éternel, votre Dieu. (Deutéronome 20:16)

Josué battit tout le pays, la montagne, le midi, la plaine et les coteaux, et il en battit tous les rois; il ne laissa échapper personne, et il dévoua par interdit tout ce qui respirait, comme l'avait ordonné l'Eternel, le Dieu d'Israël. (Josué 10:40)

En ce qui concerne le christianisme, dans la mesure où il est impossible de trouver des versets du Nouveau Testament qui incitent à la violence, ceux qui souscrivent à l’idée que le christianisme est aussi violent que l’islam s’appuient sur des évènements historiques, tels que les croisades qui furent menés par les chrétiens européens entre le 11ème et le 13ème siècle. Les croisades furent effectivement violentes et conduisirent à des atrocités, selon les critères du monde moderne, commises sous la bannière de la croix et au nom du christianisme. Après avoir pris d’assaut les remparts de Jérusalem en 1099, par exemple, il est dit que les Croisés massacrèrent presque tous les habitants de la cité sainte. Selon la chronique médiévale Gesta Danorum « Le massacre fut si grand que nos hommes pataugeaient dans le sang jusqu’aux chevilles. »
A la lumière de ce qui précède, Armstrong, Jenkins, Esposito, et d’autres encore, demandent : comment les juifs et les chrétiens peuvent-ils affirmer que le Coran est la preuve de la violence de l’islam, tout en ignorant leurs propres textes et leur propre histoire ?
La réponse est que de telles observations confondent l’histoire et la théologie en mettant sur le même plan les actions temporelles des hommes et ce qui est censé être la parole immuable de Dieu. L’erreur fondamentale est de confondre l’histoire judéo-chrétienne – qui est parsemée de violence – avec la théologie islamique – qui ordonne la violence. Bien évidemment, les trois religions monothéistes ont toutes eu leur lot de violence et d’intolérance envers « l’autre ». La question essentielle est donc de savoir si cette violence est ordonnée par Dieu ou bien si des hommes belliqueux ont simplement prétendu qu’il en était ainsi.


La violence de l’Ancien Testament est un exemple intéressant. Dieu a clairement ordonné aux Hébreux d’annihiler les habitants du pays de Canaan et les peuples alentour. Cette violence est donc une expression de la volonté divine, pour le meilleur ou pour le pire. Néanmoins, tous les actes historiques de violence commis par les Hébreux et rapportés par l’Ancien Testament ne sont rien d’autre que cela – de l’histoire. Ils se sont produits, parce que Dieu les a commandés. Mais ils étaient attachés à un temps et à un lieu particulier et étaient dirigés contre un peuple spécifique. A aucun moment une telle violence n’est devenue la norme ou n’a été codifiée dans la loi juive. En résumé, les récits bibliques de violence sont descriptifs, pas prescriptifs.
Et c’est là que la violence islamique est unique. Bien que similaire à la violence de l’Ancien Testament – ordonnée par Dieu et manifestée au cours de l’histoire – certains aspects de la violence islamique ont été codifiés dans la loi islamique et valent pour tous les temps. Ainsi, si la violence que l’on peut trouver dans le Coran a un contexte historique, sa signification ultime est théologique. Considérez par exemple les versets coraniques suivants, plus connus sous le nom de « versets de l’épée » :

Une fois passés les mois sacrés, tuez les incroyants où que vous les trouviez. Prenez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. S’ils se repentent, font la prière, acquittent l’aumône, laissez-leur le champ libre, car Dieu pardonne, il a pitié. (Coran 9:5)

Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés. (Coran 9:29)

De même que les versets de l’Ancien Testament dans lesquels Dieu ordonne aux Hébreux d’attaquer et tuer leurs voisins, les versets de l’épée ont un contexte historique. Dieu donna ces commandements après que les musulmans, sous la direction de Mahomet, soient devenus suffisamment puissants pour envahir leurs voisins païens et chrétiens. Mais à la différence des anecdotes et des versets belliqueux de l’Ancien Testament, les versets de l’épée sont devenus fondamentaux pour les relations ultérieures de l’islam à la fois avec les « peuples du livre » (c’est-à-dire les juifs et les chrétiens) et les « idolâtres » (hindouistes, bouddhistes, animistes, etc.), et en fait, ces versets ont lancé les conquêtes musulmanes, qui ont changé à jamais la face du monde. En se basant sur le Coran (9:5) par exemple, la loi islamique stipule que les idolâtres et les polythéistes doivent se convertir à l’islam ou bien être tués ; simultanément, le Coran 9:29 est la source première des pratiques discriminatoires bien connues pratiquées par les musulmans envers les chrétiens et les juifs conquis et vivant sous la souveraineté islamique.
En fait, en se basant sur les versets de l’épée ainsi que sur d’innombrables autres versets et paroles attribuées à Mahomet, les savants islamiques, sheikhs, muftis et imams, ont tous, à travers les âges, atteint un consensus – un consensus contraignant pour la communauté musulmane toute entière -  selon lequel l’islam doit être en guerre perpétuelle avec le monde non-islamique jusqu’à ce que le premier subjugue le second. En effet, il est très largement admis par les savants musulmans que les versets de l’épée, parce qu’ils figurent parmi les dernières révélations au sujet des rapports de l’islam avec les non-musulmans, ont à eux seuls abrogés presque 200 versets antérieurs, et plus tolérants, du Coran, tels que « pas de contrainte en religion » (Coran 2:256).
Le célèbre savant musulman Ibn Khaldun (1332-1406), admiré en Occident pour ses vues « progressistes », apporte aussi un démenti à l’idée que le jihad serait une guerre défensive :

Dans l’institution religieuse islamique, la guerre sainte est une prescription religieuse en raison de l’universalité de l’appel en vue d’amener la totalité des hommes à l’islam de gré ou de force. C’est pourquoi le califat et la souveraineté temporelle y ont été établis de telle façon que ceux qui en ont la charge puissent exercer leur force dans les deux domaines à la fois.
Pour les autres institutions religieuses [chrétiennes et juives], leur mission n’y est pas universelle, pas plus que la guerre sainte n’y est prescrite, sauf seulement pour se défendre. Celui donc qui y est en charge de la religion ne s’occupe en rien de la conduite des affaires politiques. La souveraineté temporelle échoit seulement à quelqu’un de façon accidentelle et pour des raisons autres que religieuses c’est-à-dire en vertu des exigences de l’esprit de corps qui porte naturellement à rechercher le pouvoir. Ils ne sont pas chargés, en effet, de se rendre maître des nations comme c’est le cas de l’institution religieuse islamique. Il est seulement requis d’eux qu’ils observent leur religion en privé[4].

Les savants modernes sont en accord avec cette description. Dans The Encylopaedia of Islam, l’article « Jihad » par Emile Tyan affirme que « l’expansion de l’islam par les armes est un devoir religieux pour les musulmans en général… le jihad doit continuer à être mené jusqu’à ce que le monde entier soit dominé par l’islam… l’islam devrait être complètement transformé avant que la doctrine du jihad puisse être éliminé ». Le juriste irakien Majid Khaduri (1909-2007), après avoir affirmé que jihad et guerre étaient synonymes, écrit « le jihad est considéré par tous les juristes, pratiquement sans exception, comme une obligation collective pour l’ensemble de la communauté musulmane[5]. » Et, bien entendu, les manuels de droit islamique écrits en arabe sont encore plus explicites[6].

Lorsque les versets violents du Coran sont juxtaposés avec leurs équivalents dans l’Ancien Testament, on peut voir que les premiers se distinguent par l’usage d’un langage qui transcende le temps et l’espace et qui incite les croyants à attaquer et tuer les incroyants aujourd’hui tout autant qu’hier. Dieu a commandé aux Hébreux de tuer les Hittites, les Amorites, les Canaanites, les Perizzites, les Hivites et les Jésubites – des peuples particuliers, liés à un lieu et à un temps particulier. A aucun moment Dieu n’a donné aux Hébreux, et par extension à leurs descendants juifs, un ordre sans limitation de temps et de lieu de combattre et de tuer les gentils. A l’inverse, bien que les ennemis originels de l’islam aient, comme ceux du judaïsme, eu une existence historique (c’est-à-dire les Byzantins et les Zoroastriens), le Coran les désigne rarement par leurs noms propres. Au lieu de cela, les musulmans sont enjoints de combattre les peuples du livre « jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés » et de « tuer les incroyants où que vous les trouviez. »
Les deux conjonctions arabes « jusque » (hata) et « où que » (haythu) montrent le caractère perpétuel et omniprésent de ces commandements : il y a toujours des « peuples du livre » qui doivent être « entièrement soumis » (particulièrement sur le continent américain, en Europe, et en Israël) et des « idolâtres » qui doivent être tués « où qu’ils soient » (particulièrement en Asie et en Afrique sub-saharienne). En fait, la caractéristique principale de presque tous les commandements violents que l’on peut trouver dans les textes sacrés de l’islam, c’est leur nature générique et illimitée, dans le temps et l’espace. « Et combattez-les [les incroyants] jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d’idolâtrie, et que la religion soit entièrement à Allah. » (Coran 8:39) De la même manière selon une tradition bien attestée qui apparaît dans les hadiths, Mahomet aurait déclaré :

J’ai reçu le commandement de faire la guerre au genre humain jusqu’à ce que tous attestent qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Mahomet est le messager de Dieu ; et qu’ils fassent la prière, et acquittent l’aumône. S’ils font ainsi, leur vie et leurs propriétés sont sauves[7]. [C’est moi qui souligne]

Cet aspect linguistique est crucial pour comprendre l’exégèse des textes sacrés qui traitent du sujet de la violence. Et à nouveau, il est nécessaire de répéter que ni les textes juifs ni les textes chrétiens – l’Ancien et le Nouveau Testament, respectivement – n’énoncent de tels commandements perpétuels et illimités. En dépit de cela, Jenkins se lamente sur le fait que :

Les commandements de tuer, de commettre des nettoyages ethniques, d’institutionnaliser la ségrégation, de craindre et de haïr les autres races et les autres religions… se trouvent tous dans la Bible, et se répètent bien plus fréquemment que dans le Coran. Nous pouvons, à chaque fois, argumenter au sujet de la signification de ces passages, et notamment pour savoir s’ils doivent être considérés comme pertinents pour les temps ultérieurs. Mais il n’en demeure pas moins que ces mots sont là, et que leur inclusion dans les saintes écritures signifie qu’ils sont, littéralement, canonisés, au même titre que dans les textes musulmans.

On s’interroge sur ce que Jenkins a à l’esprit lorsqu’il emploie le mot « canoniser ». Si par canoniser il veut dire que de tels versets sont considérés comme faisant partie du canon des écritures judéo-chrétiennes, il a incontestablement raison ; à l’inverse, si par canoniser il veut dire ou laisser entendre que ces versets font partie de la Weltanschauung judéo-chrétienne, il a totalement tort.
Cependant, il n’est pas nécessaire de s’appuyer sur des arguments purement exégétiques et philologiques : à la fois l’histoire et les évènements récents apportent un démenti au relativisme de Jenkins. Alors que durant le premier siècle de son histoire le christianisme se diffusa par le sang de ses martyrs, durant son premier siècle d’existence l’islam se répandit par la conquête et le carnage. En fait, du premier jour jusqu’à aujourd’hui, l’islam – à chaque fois qu’il l’a pu – s’est répandu par la conquête, comme en témoigne le fait que la plus grande partie de ce qui est maintenant connu comme le monde musulman, ou dar-al-islam, fut conquis par l’épée de l’islam. Il y a là un fait historique, attesté par les historiens musulmans les plus autorisés. Même la péninsule arabique, la « patrie » de l’islam, fut conquise avec force violence et massacres, comme le montrent les guerres de Ridda qui suivirent la mort de Mahomet et durant lesquelles des dizaines de millier d’arabes furent passés au fil de l’épée par le premier calife Abu Bakr pour avoir abandonné l’islam.

 
Par ailleurs, en ce qui concerne l’explication standard utilisée de nos jour pour excuser la violence islamique – à savoir que celle-ci est le produit de la frustration des musulmans vis-à-vis de l’oppression politique ou économique dont ils sont victimes – il est nécessaire de poser la question : qu’en est-il de tous les chrétiens opprimés dans le monde d’aujourd’hui, des juifs, des hindous, des bouddhistes ? Où donc est leur violence exercée au nom de leur foi ? Le fait n’est pas contestable : bien que le monde musulman se taille la part du lion en matière de gros titres dramatiques – violence, terrorisme, attaques suicides, décapitation - il n’est certainement pas la seule partie du monde à souffrir de pressions à la fois internes et externes.
Par exemple, bien que pratiquement toute l’Afrique sub-saharienne soit actuellement en proie à la corruption, à l’oppression et à la pauvreté, en termes de violence, de terrorisme, et de chaos pur et simple, la Somalie – qui se trouve être le seul pays sub-saharien qui soit entièrement musulman – l’emporte de loin sur tous les autres. De plus, les principaux responsables de la violence en Somalie, qui appliquent partout où ils le peuvent des mesures législatives intolérantes et draconiennes – les membres du groupe jihadiste Al-Shabab – revendiquent et justifient toutes leurs actions en se référant à l’islam.
Au Soudan également, le gouvernement islamiste de Khartoum mène contre les chrétiens et les polythéistes un véritable génocide qui aboutit à la mort de près d’un million « d’infidèles » et « d’apostats ». Que l’Organisation de la Conférence Islamique ait apporté son soutien au président soudanais Hassan Ahmad al-Bashir, qui est recherché par la Cour Pénale Internationale, est par ailleurs révélateur du fait que l’organisation islamique approuve la violence envers les non-musulmans et ceux considérés comme insuffisamment musulmans.
L’Amérique latine et les pays d’Asie non musulmans ont aussi leur part de régimes oppressifs, autoritaires, de pauvreté, et de tout ce dont souffre le monde musulman. Pourtant, à la différence de ce qui se produit presque quotidiennement dans le monde islamique, nul n’entend parler de Chrétiens, de Bouddhistes, ou d’Hindous pratiquants qui lanceraient des véhicules bourrés d’explosifs dans les bâtiments officiels de gouvernements oppressifs (par exemple les gouvernements communistes de Cuba ou bien de la Chine), tout en brandissant leurs écritures saintes et en hurlant « Jésus [ou Bouddha, ou Vishnu] est grand ! » Pourquoi ?
Il est un dernier point qui est souvent négligé – soit par ignorance soit par malhonnêteté – par ceux qui affirment que la violence et l’intolérance sont, d’une manière générale, également présentes dans toutes les religions. Outre la parole divine contenue dans le Coran, le comportement de Mahomet – son exemple ou Sunna – est une source extrêmement importante de la législation islamique. Les musulmans sont encouragés à suivre l’exemple de Mahomet dans toutes les circonstances de la vie : « vous avez dans le Messager d'Allah un excellent modèle [à suivre] » (Coran33:21). Et la ligne de conduite de Mahomet envers les non musulmans est dépourvue d’ambiguïté.
Par exemple, argumentant de manière sarcastique contre le concept d’islam modéré, Oussama Ben Laden – qui bénéficie du soutien de la moitié du monde arabo-musulman si l’on en croit un sondage de la chaîne Al-Jazeera – décrit ainsi l’exemple (sunna) donné par le prophète :

Notre prophète a fait preuve de « modération » lorsqu’il était à Médine, en ne restant pas plus de trois mois sans mener des raids ou sans envoyer des raids sur les terres des infidèles pour prendre leurs forteresses, saisir leurs biens, leurs vies, leurs femmes[8].

En fait, en se basant à la fois sur le Coran et sur la sunna, voler et piller les infidèles, réduire leurs enfants en esclavage et transformer leurs femmes en concubines sont des activités légitimes[9]. Et le concept de sunna – qui donne son nom à près de 90% du milliard et demi de musulmans – signifie essentiellement que tout ce qui a été fait ou approuvé par Mahomet, le spécimen d’homme le plus parfait qui ait existé, est valable pour les musulmans aujourd’hui tout autant qu’hier. Ceci ne signifie pas, bien sûr, que la grande masse des musulmans vivent seulement pour piller et violer.
Cela signifie en revanche que les personnes qui sont naturellement inclines à de telles activités, et qui se trouvent aussi être musulmanes, peuvent aisément justifier leurs actions en se référant à la sunna du prophète – et le font ; à la manière, par exemple, dont Al-Quaeda a justifié ses attaques du 11 septembre 2001, durant lesquelles des innocents, y compris des femmes et des enfants, ont été tués : Mahomet a autorisé ses partisans à faire usage de catapultes durant le siège de la ville de Ta’if en 630 – les habitants de la ville avaient refusé de se rendre – bien qu’il ait su que des femmes et des enfants y étaient abrités. De même, lorsqu’on l’a interrogé pour savoir s’il était permis de lancer des raids de nuit ou de mettre le feu aux fortifications des infidèles si des femmes et des enfants étaient parmi eux, le prophète aurait répondu : « Ils [les femmes et les enfants] sont issus de leurs rangs [les infidèles][10]. »

Bien que centré sur la loi et potentiellement formaliste, le judaïsme n’a pas d’équivalent de la sunna : les dits et les faits de patriarches, bien qu’ils soient décrits dans l’Ancien Testament, n’ont jamais fait partie de la loi juive. Ni les pieux mensonges d’Abraham, ni la perfidie de Jacob, ni l’irascibilité de Moïse, ni l’adultère de David, ni les infidélités de Salomon n’ont jamais servi d’exemple pour les juifs ou les chrétiens. Leurs faits et gestes étaient compris comme des actes historiques, perpétrés par des hommes faillibles, qui le plus souvent étaient punis par Dieu pour leur comportement moins qu’idéal.
En ce qui concerne le christianisme, l’essentiel de la loi de l’Ancien Testament a été abrogée ou accomplie – selon la perspective que l’on adopte – par Jésus. « Œil pour œil » fut remplacé par « tendre l’autre joue. » Aimer entièrement Dieu et son prochain devint la loi suprême (Matthieu 22:38-40). Qui plus est, la sunna de Jésus – comme dans : « qu’aurait fait Jésus à ma place ? » - est caractérisée par la passivité et l’altruisme. Le Nouveau Testament ne contient absolument aucune exhortation à la violence.
Pourtant, certains essayent de dépeindre Jésus comme ayant en un ethos militant semblable à celui de Mahomet, en citant le verset dans lequel le premier – « qui parlait à la foule en paraboles et ne leur disait rien sans employer de paraboles » (Matthieu 13:34) – déclare : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre: je suis venu apporter, non la paix, mais l'épée » (Matthieu 10:34). Mais le contexte de cette déclaration montre clairement que Jésus ne commandait pas de commettre des violences contre les non-chrétiens mais était plutôt en train de prédire qu’il existerait de la discorde entre les chrétiens et leur entourage – une prédiction qui ne s’est révélée que trop vraie, les premiers chrétiens, bien loin de prendre l’épée, mourant passivement en martyr, comme cela leur arrive encore trop souvent dans le monde musulman.
D’autres soulignent la violence prédite dans le Livre de la Révélation, en négligeant, une fois encore, de prendre en compte le fait que le récit est descriptif – sans même parler du fait qu’il est, à l’évidence, symbolique – et par conséquent qu’il peut difficilement être prescriptif pour les chrétiens. En tout état de cause, comment peut-on sérieusement comparer cette poignée de versets du Nouveau Testament qui mentionnent le mot « épée » aux centaines d’injonctions coraniques et de déclarations de Mahomet qui commandent clairement aux musulmans de prendre une épée très réelle contre les non-musulmans ?
Sans se laisser démonter par tout cela, Jenkins se lamente sur le fait que, dans le Nouveau Testament, les juifs « projettent de lapider Jésus, ils complotent pour le tuer ; en retour Jésus les appelle des menteurs, des enfants du Diable. » Il reste à savoir si être appelé « enfants du Diable » est plus offensant que de se voir traiter de descendants de singes et de porcs – ce qui est la manière dont le Coran désigne les juifs[11]. Mais en dehors des noms d’oiseaux, cependant, ce qui importe ici est que, tandis que le Nouveau Testament n’ordonne pas aux chrétiens de traiter les juifs comme des « enfants du Diable », la loi islamique, en se fondant notamment sur le Coran 9:29, fait obligation aux musulmans de soumettre les juifs, et, en fait, tous les non-musulmans.
Cela signifie-t-il qu’aucun de ceux qui se définissent comme chrétiens ne peut être antisémite ? Non, bien entendu. Mais cela signifie que les chrétiens antisémites sont des oxymores vivants – pour la simple raison que le christianisme, textuellement et théologiquement, bien loin d’enseigner la haine et l’animosité, insiste sans ambiguïté sur l’amour et le pardon. Savoir si tous les chrétiens suivent ces injonctions n’est pas vraiment la question, pas plus que de savoir si tous les musulmans se conforment à l’obligation de faire le jihad. La seule question est : que commandent les religions ?
Par conséquent, John Esposito a raison d’affirmer que « Les juifs et les chrétiens ont commis des actes de violence. » En revanche il a tort d’ajouter : « nous [les chrétiens] avons notre propre théologie de la haine. » Rien dans le Nouveau Testament n’enseigne la haine – certainement rien qui puisse se comparer aux injonctions coraniques telles que : « Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Allah, seul. » (Coran, 60:4).

 
Et c’est à partir de ce point qu’il est le mieux possible de comprendre les croisades – des événements historiques qui ont été totalement déformés par les nombreux défenseurs influents de l’islam. Karen Armstrong, par exemple, s’est pratiquement bâti une carrière en dénaturant les croisades. Elle écrit, par exemple, que « l’idée selon laquelle l’islam s’est imposé par l’épée est une fiction occidentale, forgée durant la période des croisades, lorsque c’étaient en fait les chrétiens d’Occident qui menaient une violente guerre sainte contre l’islam. » Qu’une ancienne nonne condamne férocement les croisades en regard de tout ce que l’islam a pu faire ne rend sa critique que plus vendeuse. Des affirmations comme celles-ci ignorent le fait que, depuis les débuts de l’islam, plus de 400 ans avant les croisades, les chrétiens avaient remarqué que cette religion nouvelle se répandait par l’épée[12]. Et effectivement, des historiens musulmans faisant autorité et écrivant des siècles avant les croisades, tels que Ahmad Ibn Yahya al-Baladhuri (892) et Muhammad ibn Jarir at-Tabari (838-923) indiquent clairement que l’islam s’est propagé par la force.
Le fait demeure : les croisades furent une contre-attaque vis-à-vis de l’islam, et non pas une agression injustifiée comme le dépeignent Armstrong et d’autres historiens révisionnistes. L’éminent historien Bernard Lewis explique bien les choses :

Même la croisade chrétienne, qui est souvent comparée au jihad musulman, était une réponse différée et limitée au jihad et aussi en partie une imitation de celui-ci. Mais à la différence du jihad, son but premier était la défense ou la reconquête des territoires chrétiens perdus ou menacés. A quelques exceptions près, elle fut limitée aux guerres victorieuses pour la reconquête du sud-ouest de l’Europe, et aux guerres infructueuses pour reconquérir la Terre Sainte et pour arrêter l’avancée des Ottomans dans les Balkans. Par comparaison, le jihad musulman était conçu comme illimité, comme une obligation religieuse qui perdurerait jusqu’à ce que le monde entier se soit converti à l’islam ou bien soit soumis à la loi musulmane[13].

Qui plus est, les invasions musulmanes et les atrocités commises contre les chrétiens étaient en augmentation dans les décennies qui précédèrent le lancement des croisades en 1096. Le calife fatimide Abu Ali Mansur Tariqu’l-Hakim (qui régna de 996 à 1021) profana et détruisit nombre d’églises importantes – telles que l’église Saint Marc en Egypte ou l’église du Saint Sépulcre à Jérusalem – et pris des mesures encore plus oppressives que les règles habituelles concernant les chrétiens et les juifs. Puis, en 1071, les Turcs Seldjoukides écrasèrent les Byzantins lors de la bataille décisive de Manzikert et, en pratique, conquirent une grande partie de l’Anatolie byzantine, préparant la voie pour la prise de Constantinople des siècles plus tard.
C’est dans ce contexte que le Pape Urbain II lança son appel à la croisade :

Des confins de Jérusalem et de la ville de Constantinople nous sont parvenus de tristes récits ; souvent déjà nos oreilles en avaient été frappées, des peuples du royaume des Persans [c’est-à-dire les Turcs musulmans]… , a envahi en ces contrées les terres des chrétiens, les a dévastées par le fer, le pillage, l'incendie, a emmené une partie d'entre eux captifs dans son pays, en a mis d'autres misérablement à mort, a renversé de fond en comble les églises de Dieu, ou les a fait servir aux cérémonies de son culte.

Bien que la description faite par Urbain II soit historiquement exacte, le fait demeure : quelle que soit la manière dont on interprète ces guerres – comme offensives ou défensives, justes ou injustes – il est évident qu’elles n’étaient pas fondées sur l’exemple de Jésus, qui enjoignait à ceux qui le suivaient : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » (Matthieu, 5:44). Et de fait, il fallu des siècles de débats théologiques, de Saint Augustin à Thomas d’Aquin, pour justifier la guerre défensive – sous le nom de « guerre juste ». Ainsi, il semblerait que ce soient les Croisés – et non pas les jihadistes – qui aient été peu fidèles à leurs saintes écritures (d’un point de vue littéral) ; ou, inversement, ce sont les jihadistes – pas les Croisés – qui ont scrupuleusement suivi les prescriptions de leurs textes sacrés (là aussi d’un point de vue littéral). Qui plus est, tout comme les récits violents de l’Ancien Testament, les croisades sont par nature des évènements historiques, et non pas la manifestation d’une vérité biblique profonde.
Bien loin de révéler quoique ce soit d’intrinsèque au christianisme, les croisades, ironiquement, permettent de mieux comprendre l’islam. Car ce que les croisades ont démontré une fois pour toutes c’est que, quels que soient les enseignements de la religion – et en fait, dans le cas des croisades dites chrétiennes, en dépit de ces enseignements – l’homme est souvent prédisposé à la violence. Mais ceci amène à poser la question : si c’est ainsi que se comportèrent des chrétiens – à qui il est demandé d’aimer, de bénir, et de faire du bien à ceux qui les haïssent, les maudissent et les persécutent – ne doit-on pas s’attendre à bien pire de la part des musulmans qui, tout en partageant la même propension à la violence, reçoivent en plus de la part de la divinité l’ordre d’attaquer, de tuer, et de piller les infidèles ?


[1] “Discovering the common grounds of world religions”, Share international, sept 2007, p19-22.
[2] C-SPAN2, June 5, 2004.
[3] Philip Jenkins, « Dark Passages », The Boston Globe, Mar.8, 2009.
[4] Ibn Khaldun, Muqaddima, New-York : Pantheon, 1958, Vol1, p473.
[5] Majid Khadduri, War and peace in the law of islam, London : Oxford University Press, 1955.
[6] Par exemple, Ahmed Mahmud Karima, Al-Jihad fi’l-Islam : Dirasa Fiqhiya Muqarina, Cairo : Al-Azhar University, 2003.
[7] Ibn al-Hajjaj Muslim, Sahih Muslim, C9B1N31 ; Muhammad Ibn Isma’il al Bukhari, Sahih al-Bukhari B2N24.
[8] Abd al-Rahim’ Ali, Hilf al Irhab, Cairo, 2004.
[9] Par exemple Coran 4:24, 4:92, 8:69, 24:33, 33:50.
[10] Sahih Muslim, B19N4321. (Voir aussi Raymond Ibrahim, The Al Qaeda Reader, Doubleday, 2007)
[11] Coran 2:62-65, 5:59, 7:166.
[12] Voyez par exemple les écrits de Sophrinius, le patriarche de Jérusalem durant la conquête musulmane de la ville sainte, quelques années après la mort de Mahomet, ou les chroniques de Teophane le confesseur.
[13] Bernard Lewis, The Middle East : A brief history of the last 2000 years, Scribner, 1995, p233.