Ralliez-vous à mon panache bleu

mardi 19 octobre 2021

"Violences sexuelle" à Supélec : de quoi parle-t-on exactement?

 


Il y a moins de deux semaines de cela, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, tonnait sur Twitter : « Je condamne fermement les actes de violences sexuelles à CentraleSupélec : ces situations intolérables n'ont leur place ni dans les cours, ni dans les soirées, ni sur aucun campus. J'adresse mon soutien absolu aux victimes et salue la responsabilité de l'établissement. » Un « plan national d’action contre les violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur » devrait d’ailleurs suivre très prochainement.

No pasaran et plus jamais ça, donc. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit d’un « scandale » révélé par une « enquête interne » menée dans la prestigieuse école d’ingénieur CentraleSupélec. Voici comment Le Monde présentait les résultats de cette enquête :

« Menée en ligne en juin et juillet auprès de 2 400 élèves de première et deuxième années, dont 659 ont répondu (196 femmes, 443 hommes, 20 s’identifiant comme non binaires), elle révèle que 51 femmes et 23 hommes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel, 46 femmes et 25 hommes d’une agression sexuelle et 20 femmes et 8 hommes d’un viol. (…) Dans neuf cas sur dix, l’auteur est un étudiant et l’agression a été commise dans le cadre associatif ou au sein de la résidence universitaire de Gif-sur-Yvette (Essonne), où sont logés 2 000 étudiants. »

Rien qu’en lisant cela, je me suis dit qu’on était en train de nous monter un bateau de la taille d’un paquebot transatlantique. Vérifier cette intuition n’a été ni long, ni compliqué. Mais procédons posément.

Supposons que les 659 étudiants qui ont répondu soient un échantillon représentatif à tous points de vue de l’ensemble des étudiants de Supélec. Cela nous donne un pourcentage annuel d’agression sexuelle de 10,77 et un pourcentage annuel de viol de 4,25 pour l’ensemble des étudiants. Pour les femmes, cela nous donne un pourcentage annuel d’agression sexuelle de 23,47 et un pourcentage annuel de viol de 10,2.

Oui, vous avez bien lu, si les résultats de cette enquête doivent être considérés comme représentatifs, cela signifie que presque un quart des étudiantes de Supélec sont agressées sexuellement chaque année et que plus de 10% d’entre elles sont violées. Si nous supposons une scolarité de cinq ans et une promotion unique, et si nous supposons en outre que la foudre ne s’abat jamais deux fois sur la même personne, cela signifie que plus de la moitié de l’effectif féminin de la promotion aura été violé et que la totalité aura été agressé sexuellement avant la fin de leur scolarité. Et si une étudiante a la malchance de poursuivre jusqu’au doctorat, on ne voit pas comment elle pourrait éviter, la malheureuse, de subir les derniers outrages à un moment où l’autre.

Déjà, vous commencez à tiquer. Mais poursuivons.

Selon la dernière enquête de victimation de l’ONDRP, en 2018 il y a eu 185 000 violences sexuelles hors ménage, dont 67 000 viols ou tentatives de viol. Etant donné que le champ de l’enquête ONDRP n’est pas l’ensemble de la population mais seulement les personnes âgées de 18 à 76 ans, cela signifie que 0,4% des 18-76 ans sont victimes d’agression sexuelle chaque année et 0,14% sont victimes de viol.

Ces catégories de l’ONDRP ne se superposent pas tout à fait à celles de l’enquête menée à Supélec, mais admettons qu’elles soient identiques, pour les besoins de la discussion. La conclusion est alors que le pourcentage annuel de viol sur le campus de Supélec serait PLUS DE TRENTE FOIS SUPERIEUR à ce qu’il est dans l’ensemble de la population.

Je me demande bien ce qu’ils peuvent mettre dans la nourriture à la cafétéria de Supélec. Mais poursuivons et examinons ce qu’il en est spécifiquement pour les femmes.

Toujours selon l’ONDRP, 75% des victimes de violences sexuelles hors ménage sont des femmes et cette proportion se retrouve parmi les victimes de viol. En 2018 ce seraient donc 50 250 femmes qui auraient été violées (en amalgamant viols et tentatives de viol). Il y avait grosso modo 23 millions de femmes âgées de 18 à 76 ans dans la population française, ce qui nous donne donc 0,22% de victimes de viol sur cette population chaque année.

Cela signifie donc que, en mettant le pied à Supélec, une étudiante aurait, chaque année, QUARANTE-SIX FOIS PLUS de risques de se faire violer qu’une Française quelconque âgée de 18 à 76 ans.

Toutefois, il y a un biais à ce calcul : la population étudiante de Supélec est jeune, par définition, or l’enquête de l’ONDRP révèle que les jeunes femmes sont plus touchées que les autres par les violences sexuelles hors ménage. Ces violences seraient, grosso modo, 3,25 fois plus élevées chez les femmes âgées de 18 à 29 ans que dans l’ensemble de la population. Supposons que la proportion soit la même pour les viols, cela signifie que 0,7% des femmes âgées de 18 à 29 ans seraient victimes de viol chaque année. Cela nous donne donc, pour les pauvres étudiantes de Supélec, un risque de viol « seulement » quinze fois supérieur à ce qu’il est pour l’ensemble des jeunes femmes françaises.

Mais il y a un autre biais à ce calcul, qui joue en sens inverse : les personnes les plus pauvres sont davantage victimes de violences sexuelles que les plus riches. « En effet, 0,6 % des personnes appartenant à un ménage dont le niveau de vie fait partie des 30 % les plus modestes ont déclaré avoir été victimes de telles violences sexuelles, contre 0,3 % des personnes issues de classes moyennes et 0,2 % des personnes appartenant aux catégories aisées », selon l’ONDRP. Le taux de violences sexuelles chez les CSP+ serait donc trois fois inférieur à celui des CSP-, approximativement. Or les étudiants de Supélec appartiennent sans conteste aux CSP+, au moins en ce sens que leurs études les préparent à intégrer ces CSP+.

Il faudrait donc pouvoir comparer le pourcentage annuel de viol chez les jeunes femmes CSP+ à celui des étudiantes de Supélec pour avoir une idée précise de la sur-violence sexuelle terrifiante qui est censée sévir sur le campus de Gif-sur-Yvette. Faute de données cela n’est pas possible, mais si nous supposons que les jeunes CSP+ sont deux fois moins victimes de viol que les jeunes femmes dans leur ensemble, ce qui ne parait pas extravagant, cela nous donnerait donc un risque annuel de viol trente fois supérieur pour les étudiantes de Supélec. Ce qui nous ramène à notre première estimation.

Enfin, dernier élément, il semblerait que, concernant ces viols et agressions sexuels commis à Supélec l’année passée, aucune plainte n’ait été déposée. En tout cas aucun des faits révélés par l’enquête n’a été rapporté à la direction, malgré la mise en place d’un important dispositif de lutte contre les violences sexuelles. Rappelons que, pour les violences sexuelles hors ménage, le taux de signalement aux autorités était de 16% en 2018 (plainte ou main courante) et 25% pour les viols. On peut aussi raisonnablement penser que les CSP+ portent davantage plainte que les CSP-, mais tout cela est spéculatif, faute de données.

Concluons : s’il faut en croire l’enquête menée par une association étudiante et « coordonnée avec l’association féministe Ça pèse », le campus de Supélec serait à peu près l’équivalent du château de Silling, cadre dans lequel le marquis de Sade situe ses fameuses « 120 journées de Sodome ». Vu le taux effarant de viols et d’agressions sexuelles, des gangs d’étudiants en rut, prêts à toutes les violences pour satisfaire leurs pulsions, doivent constamment écumer le campus et tous les étudiants ont dû, à un moment ou l’autre, être témoins ou victimes de ces horreurs. Cependant, le taux de plainte serait égal à zéro, ou peu s’en faut. Donc, quelque chose comme 30 fois plus de viol et en même temps 25 fois moins de signalements aux autorités.

Est-ce crédible ? Non, à l’évidence. Les résultats de cette « enquête » sont, littéralement, invraisemblables, pour ne pas dire qu’il seraient comiques si on ne parlait pas de choses si graves.

Mais alors, comment expliquer ces résultats ? A mon sens, il y a deux explications possibles, qui ne sont pas totalement exclusives l’une de l’autre.

D’une part on peut soupçonner que le recueil des témoignages a été fort peu rigoureux et guidé par certaines idées préconçues, que l’on peut résumer par la célèbre formule de Caroline de Haas, la papesse du féminisme institutionnel : « un homme sur deux ou trois est un agresseur ». En tout cas, je serais le président de Supélec, j’irais de toute urgence examiner très attentivement comment la fameuse enquête a été menée. Je serais surpris si cet examen ne donnait pas lieu à des découvertes surprenantes. Enfin, surprenantes pour ceux qui ne savent pas encore à quoi s’en tenir au sujet du féminisme contemporain.

Mais, d’autre part, il est fort probable que l’immense majorité des « agressions sexuelles » et des « viols » révélés par l’enquête se rapportent en fait à des interactions fortement alcoolisées lors de soirées étudiantes. Les « viols », en particulier, sont, plus que probablement, pour l’immense majorité d’entre eux, des rapports sexuels d’un soir entre deux partenaires au dernier ou à l’avant-dernier stade de l’ivresse ; rapports sexuels que l’un au moins des participants – en général la femme – regrette ensuite, une fois dégrisé, et qui sont alors réinterprétés comme des « viols », c’est-à-dire comme des rapports non consentis, ce qui permet d’atténuer la honte qui accompagne en général la réalisation du fait que l’on a perdu la tête au point de coucher avec un parfait inconnu pratiquement au su et au vu de tout le monde.

N’importe qui sachant à quoi s’en tenir sur le degré d’alcoolisme qui règne, hélas, dans un très grand nombre d’établissements d’enseignement supérieur comprendra immédiatement de quoi il est question.

Mais, quelle que soit la bonne explication, ou la bonne proportion entre les deux explications, la facilité avec laquelle des chiffres proprement incroyables ont été acceptés, aussi bien par les médias que par les autorités administratives et politiques, montre bien à quel point le discours néo-féministe imprègne aujourd’hui les esprits : tout le monde est tellement persuadé que tous les hommes sont des « porcs » ou des violeurs en puissance que ce genre d’enquête grotesque, non seulement est pris au sérieux, mais est même capable de mettre en mouvement l’action publique. Car, bien sûr, ce qui résultera de tout ça est connu d’avance : ce sera encore plus d’argent pour les associations féministes et encore plus de bureaucratie du ressentiment, chargée de propager la méfiance et la rancœur entre les hommes et les femmes.

Quant à ce qu’une enquête de ce genre peut révéler, en creux, de véritablement problématique, à savoir les conséquences lamentables et nocives – pour les deux sexes, mais particulièrement pour les jeunes femmes – de la prétendue « libération sexuelle », personne parmi les autorités n'en dira un mot, vous pouvez en être sûr.

mercredi 13 octobre 2021

Le visage de la liberté


 


Jeffrey H. Anderson – The masking of America – The Claremont review of books, summer 2021

« Nous ne devrions jamais revenir complètement à notre société sans masque où seuls les professionnels de santé en portaient un, car l'utilisation judicieuse des masques continuera à sauver des vies ». Il ne s'agit pas là de la déclaration marginale d'un obscur grincheux. C'est le point de vue de deux médecins de l'école de médecine Mount Sinai de New York, l'une des écoles de médecine les plus prestigieuses du pays, qui ont écrit une tribune dans le New York Daily News au printemps dernier.

Maintenant que la pandémie de COVID-19 est en recul, il peut sembler absurde de proposer de nouvelles obligations de se masquer en réponse à des menaces virales moins importantes, voire saisonnières. Mais Julia Carrie Wong, dans le Guardian, rapporte que de nombreux Américains aiment bien leurs masques. Francesca, professeur de New York âgée de 46 ans et entièrement vaccinée n'abandonnera pas tout de suite sa « cape d'invisibilité ». « Cela a été un tel soulagement de se sentir anonyme », explique-t-elle. C'est comme si j'avais un champ de force autour de moi qui disait : « Vous ne me voyez pas ». Becca, une employée de librairie de 25 ans, près de Chicago, rapporte qu'elle et ses collègues « préfèrent que les clients ne voient pas nos visages », car « avec un masque, je n'ai pas à leur sourire ou à m'inquiéter de garder un visage neutre ». Bob, un retraité de 75 ans, du New Jersey, affirme que le port du masque le « libère » de l'obligation de « paraître heureux ». Aimée, une scénariste de 44 ans vivant à Los Angeles, aime la « liberté émotionnelle » que lui procure le port d'un masque : « C'est presque comme si on faisait disparaitre le regard masculin ».

Officiellement, le but du port du masque n'est pas de fournir une béquille émotionnelle, mais de prévenir la transmission virale. On a appris à de nombreux Américains à croire que les masques sont efficaces - au moins un peu - et que leur port est un inconvénient mineur. Or c'est pratiquement le contraire qui est vrai. Les meilleures preuves scientifiques invitent à une évaluation beaucoup plus mesurée de l'efficacité des masques que celle colportée par les responsables de la santé publique. Et les avantages sanitaires douteux du port généralisé du masque ont un coût social énorme, qui n'est presque jamais reconnu par ceux qui rédigent et appliquent les directives. 

Voir et montrer son visage est un aspect fondamental de l'existence humaine. Une société qui oublie cette vérité évidente ne réalisera probablement pas non plus que les personnes sans visage peuvent faire des sujets dociles mais généralement pas de bons citoyens. (Nous pouvons mettre à part les cas où les masques sont portés pour des occasions spéciales - Halloween, Carnaval, les pièces grecques classiques). Le COVID-19 ne sera pas non plus la dernière fois que les responsables de la santé publique et les gouvernants nous demandent d'adopter le port du masque. La question est de savoir si les Américains - et les législateurs qui les représentent le plus étroitement - prendront conscience des coûts élevés du port du masque avant que cette nouvelle pratique nocive ne s'incruste dans notre culture.

Par son impact mondial, la pandémie de COVID-19 a été la pire depuis un siècle. Toutefois, en tant que menace pour la santé des Américains, elle est plus proche de la grippe de Hong Kong de 1968 ou de la grippe asiatique de 1957 - dont aucune n'a sensiblement modifié la vie quotidienne des Américains - que de la grippe espagnole de 1918. Dans une comparaison directe, le COVID-19 fait ressembler la grippe espagnole à la peste noire de l'Europe médiévale. Selon les meilleurs chiffres disponibles auprès du Center for Disease Control and Prevention (CDC) et d'autres organismes, l'Américain type de moins de 40 ans en 1918 avait 100 fois plus de chances de mourir de la grippe espagnole que l'Américain type de moins de 40 ans en 2020 de mourir du COVID-19. Alors que le COVID-19 a malheureusement raccourci la vie de nombreuses personnes âgées déjà en mauvaise santé, la grippe espagnole a emporté des personnes dans la force de l'âge et laissé des orphelins dans son sillage.

La réaction des Américains au COVID-19 a toutefois été radicalement différente de celle qu'ils ont eue en 1968, 1957 ou même 1918. Dans le Wall Street Journal, Niall Ferguson, de la Hoover Institution, rappelle que le président Dwight Eisenhower avait demandé au Congrès 2,5 millions de dollars supplémentaires pour le service de santé publique pendant la grippe asiatique. Au total, le Congrès a autorisé environ deux millions de fois cette somme pour le COVID-19. En 1957, il n'y a pas eu de fermetures généralisées d'écoles, d'interdictions de voyager ou d'obligation de porter un masque. Ferguson cite les souvenirs d'une personne ayant vécu cette époque : « Pour ceux qui ont grandi dans les années 1930 et 1940, il n'y avait rien d'inhabituel à se trouver menacé par une maladie contagieuse. Les oreillons, la rougeole, la varicelle et la rubéole balayaient des écoles et des villes entières ; j'ai eu les quatre..... Nous avons accueilli la grippe asiatique sans broncher. »

Une différence majeure entre cette époque et aujourd'hui est le rôle accru des responsables de la santé publique. Bien avant leur ascension, Socrate avait clairement indiqué dans La République, de Platon, qu'il ne voulait pas que les médecins gouvernent. Les philosophes ou même les poètes feraient de meilleurs gouvernants, car ils tentent au moins de comprendre la vie politique et sociale dans son ensemble et de s'occuper de l'âme humaine. Les médecins, en revanche, ont tendance à ne pas tenir compte de l'âme : c'est la nature de leur art de se concentrer sur le corps et de ne pas tenir compte de préoccupations plus élevées. De plus, les philosophes et les poètes grecs célébraient le courage face à la mort - le Socrate de Platon et l'Achille d'Homère ne se détournaient pas de leurs nobles missions par peur de mourir. Mais le règne des responsables de la santé publique, sous lequel nous vivons de plus en plus aujourd'hui, encourage une aversion excessive au risque et transforme presque la lâcheté en vertu.

Les masques chirurgicaux ont été conçus pour protéger les plaies des patients contre les infections transmises par le personnel médical, et non pour empêcher la propagation des virus. Lorsque le COVID-19 a atteint nos côtes, le CDC a d'abord recommandé que la plupart des Américains ne portent pas de masque. Le 3 avril 2020, le CDC est brusquement revenu sur cette position. L’Administrateur général de la santé publique, Jerome Adams, a expliqué que de « nouvelles preuves » avaient révélé qu' « une partie importante des personnes atteintes du coronavirus ne présentent pas de symptômes » et « peuvent transmettre le virus à d'autres personnes avant de présenter des symptômes. »

Cette justification du port du masque n'était pas tout à fait logique. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), « la transmission potentiellement présymptomatique... est un facteur majeur de transmission de la grippe. » Pourtant, le CDC ne recommande pas (encore) aux personnes apparemment en bonne santé de porter des masques pendant la saison de la grippe. Il est probable que le CDC ait paniqué en avril et qu'il ait voulu donner l'impression de faire quelque chose. En outre, les responsables de la santé publique aiment naturellement proposer de nouvelles politiques en matière de santé publique. C'était l'occasion d'introduire une pratique qui aurait été auparavant impensable pour les Américains. Il est vrai que les recherches sur l'efficacité, ou l'absence d'efficacité, des masques n'avaient pas changé au point de suggérer que les personnes en bonne santé devraient en porter. Mais pourquoi ergoter sur les preuves lorsqu’on agit pour une bonne cause ?

Le lendemain du jour où le CDC a approuvé le port du masque à l'échelle nationale, le président Trump a annoncé : « A titre personnel, je ne le ferai pas. » À partir de cet instant, le masque est rapidement devenu un symbole de vertu civique - une sorte de drapeau Black Lives Matter que l'on pouvait accrocher à son visage. Pour beaucoup, porter un masque revenait à s’afficher comme triplement vertueux : Je suis désintéressé ; Je suis favorable à la science ; Je suis anti-Trump. Mais, incidemment, cela montrait aussi le rejet d’une très ancienne norme occidentale de comportement, une aversion malsaine au risque, une volonté naïve de se soumettre à des allégations non étayées en matière de santé, et une compréhension très pauvre des relations humaines.

Les données scientifiques les plus fiables pour déterminer si les masques sont efficaces pour arrêter la transmission des virus proviennent d'essais contrôlés randomisés (ECR), qui ont presque tous été menés avant le début de la pandémie de COVID-19. Les essais contrôlés randomisés, dans lesquels les chercheurs répartissent les sujets de manière aléatoire dans différents groupes et étudient la réaction de ces groupes à diverses formes de traitement, constituent la référence en matière de recherche médicale. Ils ont la vertu d’être très difficiles à manipuler pour les chercheurs qui seraient tentés de produire des résultats conformes à leurs attentes. Les études dites observationnelles, appelées ainsi parce que les chercheurs se contentent d'observer les résultats dans des scénarios préexistants sans pouvoir isoler une cause spécifique de ces résultats, relèvent autant de la sociologie que de la science médicale. Elles introduisent davantage de biais et sont beaucoup plus susceptibles d'être politisées. Quiconque doute que, à l’ère du Covid, il y ait eu beaucoup plus de bénéfices pour les chercheurs à produire des résultats favorables aux masques que des résultats défavorables pourrait également être intéressé par une propriété en bord de mer à Wuhan.

Les essais contrôlés randomisés n'ont trouvé que peu ou pas de preuves de l'efficacité des masques pour prévenir la transmission virale, que ce soit de la personne qui les porte aux autres ou vice versa. En fait, certains résultats significatifs issues d'ECR indiquent que les masques augmentent la transmission. Une équipe de chercheurs, dirigée par Raina MacIntyre de l'université de Nouvelle-Galles du Sud, a expliqué comment les masques pouvaient en fait être contre-productifs : « Le virus peut survivre à la surface des masques » et « transférer l'agent pathogène du masque aux mains nues du porteur. »

Obliger les enfants à porter des masques est particulièrement déraisonnable. Les mineurs sont bien moins aptes à propager le virus, et les statistiques du CDC montrent que 99,9 % des décès dus au COVID-19 aux États-Unis concernent des adultes. Peu de spectacles sont plus ridicules que celui d'écoliers faisant du sport en extérieur en portant des masques. Les directives de l'OMS sur le port du masque pour les enfants sont d’ailleurs comiques dans leur invraisemblance : « Avant de mettre le masque, les enfants doivent se nettoyer les mains... au moins 40 secondes s'ils utilisent du savon et de l'eau..... Les enfants ne doivent pas toucher l'avant du masque [ni] le tirer sous le menton..... Après avoir enlevé leur masque, ils doivent le ranger dans un sac ou un récipient et se nettoyer les mains. » Mais bien sûr. C'est compris, les enfants ?

Une étude réalisée en 2020 par le professeur Henning Bundgaard et son équipe au Danemark est le seul ECR qui ait testé l'efficacité du port du masque contre le COVID-19. Elle a révélé que 1,8 % des participants du groupe portant un masque, et 2,1 % de ceux du groupe témoin non masqué, ont été infectés par le COVID-19 dans le mois qui a suivi. Cette différence n'était pas statistiquement significative. L'étude a dû avoir du mal à être publiée, puisqu'elle est parue des mois après avoir été menée. Une fois qu'elle a finalement été publiée, Vinay Prasad, médecin à l'Université de Californie, San Francisco, l'a qualifiée de « bien faite » mais a noté (de façon critique) que « [d]e nombreuses personnes, sur les réseaux sociaux, se sont demandées pourquoi un essai qui pourrait diminuer l'enthousiasme pour les masques... a été publié dans une revue médicale de premier plan ».

En tentant de justifier ses directives sur les masques sur son site Web, le CDC s'est appuyé presque entièrement sur des études observationnelles tout en ignorant soigneusement les ECR – sauf pour critiquer quelques-unes des plus révélatrices, comme celle de Bundgaard, qui ne vont pas dans le sens des directives ou les objectifs de l'agence. Quiconque pense que le CDC est une agence impartiale, politiquement neutre, qui se consacre uniquement à la recherche de la vérité scientifique, devrait peut-être prendre en considération les emails découverts récemment qui prouvent que les syndicats enseignants et l’équipe de Joe Biden ont effectivement réécrit des sections du guide produit par l’agence pour organiser le retour des enfants à l'école. Comme tant de dirigeants non élus, les responsables du CDC considèrent qu'ils ont plus de compte à rendre à leurs « actionnaires » qu’au peuple américain. C'est bien pourquoi les Pères Fondateurs ont confié le pouvoir de prendre les décisions politiques – quelles qu’elles soient - à des législatures élues plutôt qu'à de lointaines bureaucraties. Pourtant, les assemblées législatives ont été largement absentes pendant la période du coronavirus, tandis que les responsables de la santé publique et les membres de l'exécutif se sont délectés de leurs nouveaux pouvoirs.

Même si les masques fonctionnaient, que devrions-nous sacrifier pour les porter ? En plus d'être inesthétiques, les masques sont inconfortables et rendent la respiration plus difficile. Il n'est pas rare de voir un porteur de masque retirer son masque juste à temps pour tousser ou éternuer - ce qui est compréhensible, car sinon le masque devient un mouchoir usagé qui reste collé sur le nez et la bouche. Les êtres humains sont faits pour sentir le soleil et le vent sur leur visage, pas un morceau de tissu (potentiellement humide). Même les voiles des femmes musulmanes sont apparemment plus confortables que les masques. Un professeur de l'université de York a déclaré à la journaliste scientifique Sandy Ong : « J’ai très chaud au visage lorsque je porte un masque, alors que ce n'est généralement pas le cas avec le niqab. »

Mais le confort n'est pas la seule raison pour laquelle les masques et les voiles heurtent notre sensibilité. Les Occidentaux, dans le meilleur des cas, reconnaissent que chaque être humain est unique et possède une valeur intrinsèque. C'est peut-être en partie pour exprimer cette conviction que nous avons toujours veillé à la visibilité du visage - la partie du corps qui exprime principalement les pensées et les sentiments d'une personne. D'autres civilisations accordent moins de valeur à la liberté individuelle et sont également moins attachées au républicanisme. Ainsi, le philosophe politique Pierre Manent, abordant les débats en France sur le port du voile dans les communautés musulmanes, écrit : « C'est par le visage que chacun se révèle à la fois comme un être humain et comme cet être humain particulier..... Présenter de manière visible son refus d'être vu est une agression permanente contre la coexistence humaine. Les Européens n'ont jamais caché leur visage, sauf celui du bourreau ».

Lorsque nous regardons le visage de nos semblables, nous avons tendance à traiter en même temps les informations provenant de l'ensemble du visage. Il va sans dire qu'un masque couvrant les deux tiers inférieurs du visage perturbe grandement cette opération, ce qui est préjudiciable aux enfants, en particulier aux bébés. On peut se demander quels dommages nous avons causés à ceux qui naîtront en 2020 en leur cachant notre visage au cours de leur première année cruciale. Jay Bhattacharya, professeur de médecine à Stanford, affirme que « les preuves que le fait de porter un masque peut nuire aux développement des enfants sont accablantes. »

Tout cela permet de répondre à la question pétulante que posent si souvent les promoteurs enthousiastes des masques : mais quel est le problème ? Le problème est très sérieux. Les masques cachent les visages familiers, les sourires contagieux et les regards chaleureux qui apportent lumière et couleur à la vie quotidienne. Considérer cavalièrement cette perte comme négligeable revient à passer par pertes et profits la chaleur humaine et la sociabilité d'une manière remarquablement insensible. Dans son étude détaillée des émotions, Charles Darwin a observé que la manière dont les êtres humains communiquent à l’aide des expressions faciales est une différence essentielle entre nous et les animaux. Il a écrit un livre entier sur le sujet, The Expression of the Emotions in Man and Animals (1872). La communication, selon Darwin, a été « d'une importance capitale pour le développement de l'homme ». La communication humaine est « grandement facilitée par les mouvements expressifs du visage et du corps », et le visage est « le principal siège de l'expression ». Darwin ajoute que nous percevons immédiatement l'importance des expressions faciales « si nous devons converser sur un sujet important avec une personne dont le visage est dissimulé. » Il est intéressant de noter que c'est précisément la raison pour laquelle le masque attire ses partisans les plus dévoués, comme ceux cités ci-dessus dans le Guardian : aspirer à porter un masque signifie aspirer à se retirer de la vie sociale.

En résumé, non seulement les masques ne fonctionnent apparemment pas comme prévu, mais ils sont également inconfortables et peu hygiéniques. Ils voilent notre humanité et compromettent le développement de nos enfants. Ils nous empêchent de percevoir les émotions, les pensées et les affections des autres, ou de partager les nôtres. Ils limitent la communication et érodent la compréhension mutuelle. Ils altèrent profondément les interactions humaines et réduisent considérablement notre qualité de vie.

Les responsables de la santé publique ne comprennent rien de tout cela. Ils prétendent que le port du masque est une action qui est dépourvue coût. Ou peut-être, parce qu'ils ne sont ni formés ni enclins à considérer la société humaine dans son ensemble, sont-ils tout simplement aveugles à ces coûts. Leur objectif unique, c'est d’éviter les risques - étroitement définis comme le risque de tomber malade ou de mourir. Le risque d'étouffer, d'énerver ou de dévitaliser la société humaine ne fait même pas partie de leurs calculs. Sous leur influence, l'Amérique a mené une expérience de port du masque fondée en grande partie sur des affirmations scientifiques non étayées et sur une compréhension très pauvre de l'existence humaine. C'est une expérience que nous ne devrions pas répéter.