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mercredi 15 février 2023

Sexualité et féminisme : le cas éminent de dame Mazaurette

 


Je vois fréquemment passer sur mon fil d’actualité Facebook des articles commis par une certaine Maïa Mazaurette pour Le Monde et pour France Inter. Cette personne semble être devenue l’autorité en matière de sexualité pour ces deux « médias de référence » ; autant dire l’autorité en matière de sexualité pour les gens qui se veulent progressistes, éclairés, et féministes.

Car, bien sûr, dame Mazaurette revendique pour elle-même le qualificatif de féministe. Ce n’est pas comme s’il pouvait y avoir le moindre doute à ce sujet, mais c’est encore mieux si l’intéressée elle-même le dit.

Il se trouve que, dans l’une de ses dernières chroniques qui m’est tombée sous les yeux, dame Mazaurette sonne la charge contre l’idée que le sexe serait « le ciment du couple ». Idée qu’elle dit détester tout particulièrement et qui, selon elle, est « un concentré de tout ce qui ne va pas dans notre vision de la sexualité ».

Bien évidemment, lire les articles de dame Mazaurette, qu’elle semble usiner au kilomètre, est à peu près aussi informatif et passionnant que de regarder de la peinture sécher, car notre « autrice » n’a inventé ni la dialectique ni le fil à couper le beurre et, par ailleurs, les féministes sont notoirement inérotiques. Lire un article féministe sur la sexualité est bien plus efficace qu’un bain de siège glacé pour calmer des ardeurs intempestives.

Mais cet articulet sur « le sexe ciment du couple » vaut qu’on s’y attarde un peu car, en nous expliquant « tout ce qui ne va pas dans notre vision de la sexualité », dame Mazaurette met aussi en lumière, involontairement, tout ce qui ne va pas dans la compréhension féministe de la sexualité.

L’article de dame Mazaurette est ce l’on pourrait appeler « un cas éminent », suivant l’expression de Péguy, et mérite donc qu’on lui accorde plus de temps et de réflexion que l’auteur lui-même ne lui a consacré, ce qui certes ne sera pas un effort considérable.

Tout commence par une métaphore prise en un sens littéral, donc, à strictement parler, par une démonstration de stupidité.

Dame Mazaurette analyse l’idée que le sexe serait le ciment du couple comme si cette expression décrivait de manière précise et exhaustive le rôle de la sexualité dans la vie de couple. Cela lui permet de se gausser à peu de frais : la sexualité ne peut pas être le ciment du couple, ce qui fait tenir ensemble un homme et une femme, étant donné que « la science nous démontre » que « le sexe est le premier truc qui disparait dans le couple ».

Ahaha ! Sont-ils bêtes et ignorants, les gens ! Mais non, écoutez-moi, bande de benêts : « nos engagements durables sont faits de pizza froide et de canard WC : voilà, ça au moins ça tient la route ! ». Ahaha ! Mort de lol.

Cette manière de procéder est tout à fait symptomatique. Pour démonter les « préjugés » ou les « clichés », on commence par leur donner une précision et une portée qu’ils ne prétendent nullement avoir. Par exemple, face à des affirmations comme « les hommes sont ceci » ou « les femmes sont cela », on feindra de prendre ces propositions générales pour des vérités universelles : « tous les hommes sont ceci » ou « toutes les femmes sont cela », et on en aura bon marché en citant les nombreux contre-exemples qui, inévitablement, existent.

Bref, on traitera l’opinion commune comme si elle était un ensemble de propositions scientifiques.

Seulement, bien sûr, l’opinion commune, ce que les féministes appellent des « préjugés », ne prétend nullement à la scientificité. Elle énonce non pas des propositions démontrables et toujours vraies, mais juste ce qui lui parait être vrai la plupart du temps, dans la plupart des cas. Par ailleurs les opinions communes n’ont pas la netteté d’une proposition scientifique : les termes sont souvent ambigus, les propositions elles-mêmes souffrent le plus souvent, et même appellent plusieurs interprétations différentes ; bref, l’opinion commune essaye de cerner des phénomènes élusifs et reflète par conséquent leur ambivalence. Elle appelle non pas une réfutation à l’aide de jugements apodictiques mais un approfondissement dialectique, du genre de celui que pratiquait Socrate avec les opinions de ses contemporains.

Après le temps de « la science » censée réfuter l’opinion commune (la « science » en question étant, on le suppose, les études d’opinion du genre « la sexualité des Français »), vient le temps de la paranoïa.

L’opinion commune étant nécessairement et évidemment fausse, elle doit nécessairement et évidemment cacher un motif ignoble. Si les gens soutiennent mordicus des propositions manifestement fausses, c’est qu’ils ont un intérêt personnel à les soutenir.

Cet intérêt n’est pas difficile à débusquer (surprise, c’est toujours le même). Notre autrice explique : puisque « la science » nous démontre que « les femmes se lassent avant les hommes du sexe conjugal », alors « quand on répète que le sexe est le ciment du couple, c’est très spécifiquement aux femmes qu’on demande de faire de la maçonnerie. »

L’idée que le sexe serait le ciment du couple n’est donc qu’une manière de culpabiliser les femmes pour les soumettre aux hommes et au désolant « devoir conjugal ». Si madame n’accède pas aux désirs de monsieur, qu’elle ne partage pas, alors « elles vont détruire leur couple, finir à la rue, faire pleurer leur chien et traumatiser leurs enfants. » (Ahaha ! Humour !)

En fait, la conséquence ne parait pas bonne, car si madame n’a plus envie de baiser, il serait tout aussi logique que monsieur prenne une (ou plusieurs) maitresses, et/ou qu’il aille « voir les filles » comme on disait autrefois. Cette option est d’ailleurs, semble-t-il, souvent celle que préfèrent les hommes et on ne voit pas bien en quoi elle devrait déranger les femmes. Car si, comme le dit dame Mazaurette, le sexe n’est nullement le ciment du couple, alors madame devrait plutôt être soulagée d’être débarrassée de la corvée du « devoir conjugal » sans pour autant mettre en péril son couple. Monsieur a du sexe, madame a la paix, et tout le monde est content.

Ou alors serait-ce que, finalement, la sexualité a quelque chose à voir avec la solidité d’un couple ?

Non, non, cela ne se peut. « La science » nous dit le contraire.  Mais poursuivons.

Dire que le sexe est le ciment du couple est une manière de soumettre les femmes au « devoir conjugal » (patriarcal, forcément patriarcal) et derrière ce prétendu devoir déjà assommant en lui-même, on sait bien que se cache une réalité plus sinistre : « pour peu que votre conjoint soit manipulateur ou violent, on n’est pas nécessairement très loin de la justification du viol conjugal », nous rappelle dame Mazaurette.

Derrière les « préjugés sexistes » on trouve bien évidemment la « culture du viol », Harvey Weinstein et Dominique Strauss-Kahn en tête. C’est tout à fait comme le fameux « continuum des violences » : si vous sifflez au passage d’une jolie fille dans la rue ou bien si vous dites à votre compagne qu’elle a un peu pris du cul, c’est que vous êtes un émule de Landru. Vous savez, celui qui voulait ramener les femmes au fourneau.

Heureusement, dame Mazaurette veille au grain pour débusquer le sexisme partout où il se trouve (partout, justement).

Puis vient la conclusion, qui se veut définitive : « la pizza froide est le ciment du couple, car le sexe n’engage rien d’autre que les terminaisons nerveuses. Et c’est très bien comme ça. »

Dans cette phrase finale se dévoile le programme fondamental des féministes en matière de sexualité : le sexe ne DOIT rien engager d’autre que les « terminaisons nerveuses ». Le sexe ne doit rien être d’autre qu’une agréable gymnastique entre adultes consentants, dénuée d’implications morales et de responsabilités.

Ce qui a pour conséquences pratiques, d’une part, le fait d’encourager les femmes à avoir une sexualité « virilement indépendante » (dixit sainte Simone), c’est-à-dire à multiplier les partenaires et les « expérimentations », et d’autre part à exiger que les pouvoirs publics leur garantissent l’avortement à la demande.

En ce sens, dame Mazaurette ne se trompe pas en vouant aux gémonies l’idée que le sexe serait « le ciment du couple », car cette idée est effectivement anti-féministe. Cette idée signifie non pas, comme Dame Mazaurette affecte de le croire, que le sexe serait le seul liant entre un homme et une femme mais, plus modestement, que la sexualité est impliquante ou, si l’on préfère, qu’il est impossible de séparer totalement le corps et l’âme. Les sentiments amoureux mènent naturellement à la sexualité et la sexualité mène naturellement aux sentiments amoureux même si, bien sûr, le chemin est loin d’être toujours une ligne droite. Il s’agit d’une tendance, d’une tendance forte, pas d’une nécessité géométrique.

Mais l’idée que le sexe pourrait engager plus que les « terminaisons nerveuses » est anathème pour les féministes, car elles savent bien (tout en le déplorant amèrement), que, de ce point de vue-là, les hommes et les femmes ne sont pas égaux. Les hommes sont beaucoup plus capables que les femmes de séparer la sexualité du reste de l’existence et de n’y voir qu’une agréable gymnastique. Les femmes, elles, lorsqu’elles s’essayent à une sexualité « virilement indépendante », font le plus souvent (après une brève phase de découverte où tout semble se dérouler comme prévu) l’expérience qu’il leur est très difficile de ne pas développer des sentiments d’attachement et de vulnérabilité envers les hommes avec lesquels elles couchent, quand bien même elles sont intimement persuadées de ne rien vouloir « construire » avec eux.

« Mais pourquoi ne m’a-t-il pas rappelé après notre partie de jambes en l’air, ce salaud dont je n’ai rien à foutre ?! » Voilà, en somme, ce que beaucoup se surprennent à éprouver (et que « la science qu’aime tant dame Mazaurette nous confirme, s’il en était besoin), et ceci, d’un point de vue féministe, est très grave. Inacceptable, même, et donc à déconstruire.

Dame Mazaurette n’a pas tort non plus de penser que, au sein d’un couple ordinaire, les femmes ont plus souvent à faire leur « devoir » que les hommes. Chez les hommes le désir sexuel est moins fluctuant et, en un sens, moins compliqué, que chez les femmes. Les hommes expérimentent souvent le besoin sexuel comme un véritable besoin, quelque chose qui est de l’ordre de la nécessité physique et qui s’impose très fortement à vous, ce qui n’est d’ailleurs pas forcément agréable. Les romans de Houellebecq, par exemple, décrivent fort bien cette condition masculine, qui peut être assez misérable. Les femmes, en revanche, expérimentent rarement la sexualité comme une pulsion impérieuse. Elles sont, en un sens, plus libres.

Dans l’ordre ancien, l’ordre « sexiste » reposant sur des observations millénaires, on concluait de cet état de fait que la sexualité masculine a grand besoin d’être civilisée et que cette tâche incombe principalement aux femmes, précisément parce qu’elles sont un sexe plus naturellement continent et sentimental.

Il s’ensuivait tout un tas de choses, qui déplaisent souverainement aux féministes et que je n’ai pas besoin de détailler ici.

Mais l’ordre ancien – qui, bien sûr, était loin d’être parfait, car quel arrangement social peut l’être ? – a été remplacé par l’ordre féministe, dans lequel « la science » est censée remplacer le sens commun (mais uniquement lorsque les conclusions de « la science » s’accordent avec les prémisses féministes), la paranoïa a remplacé l’effort pour comprendre l’autre sexe et trouver des arrangements raisonnables, et la sexualité a été réduite à une friction de terminaisons nerveuses.

Dans cette ordre nouveau, dame Mazaurette peut gagner sa vie en prêchant le faux et en contribuant à rendre hommes et femmes malheureux, mais plus particulièrement les femmes, car il est de leur nature de vivre plus mal que les hommes le fait de ne pas parvenir à fonder et à maintenir une famille. Comme ciment du couple, dame Mazaurette mentionne le partage des tâches ménagères et les loisirs, mais elle ne dit pas un mot des enfants, qui pourtant sembleraient devoir se poser un peu là, comme lien entre un homme et une femme. Hasard ? Je ne crois pas.

jeudi 9 février 2023

Vivre

 




Nous sommes en Angleterre, en 1953. Mr Williams prend le train qui va l’amener à son travail. Mr Williams est le chef du bureau des travaux publics à la mairie de Londres. Les journées de Mr Williams, comme celles de tous les employés de la mairie, apparemment, consistent à appliquer scrupuleusement les deux grands principes de la parfaite bureaucratie : ne jamais rien faire pour la première fois et ne jamais faire aujourd’hui ce que l’on peut remettre au lendemain. Les dossiers vont de bureau en bureau, chacun y ajoutant son document ou son paraphe au passage, pour finir invariablement sur une pile quelconque, en attendant éventuellement d’être ressortis un jour pour recommencer le même circuit.

Mr Williams est un homme déjà âgé, impeccablement sanglé dans son costume rayé, le chapeau vissé sur la tête. Ses paroles sont rares, ses échanges avec ses collègues réduits au minimum professionnel. L’expression « avoir avalé un parapluie » semble avoir été inventée pour décrire Mr Williams.

Un jour, Mr Williams quitte le bureau plus tôt que d’ordinaire. Mr Williams va voir son médecin, qui lui confirme ce qu’il redoutait : il est atteint d’un cancer en phase terminale et n’a plus que quelques mois à vivre.

Le problème, c’est que, d’une certaine manière, Mr Williams est déjà mort. Sa jeune collègue, Miss Harris, l’a surnommé « Mister Zombie », non sans raison.

Sentir la main glacée de la mort qui s’appesantit sur son épaule tire brusquement Mr Williams des limbes dans lesquelles il végétait depuis un temps qui pouvait ressembler à l’éternité. Mr Williams veut vivre ces derniers mois qui lui restent à passer sur la terre. Mais comment faire ? Comment redonner un sens, une direction à une existence qui n’en a plus depuis longtemps ? Vers qui ou vers quoi se tourner ? Son fils et sa bru, avec lesquels il habite, ne peuvent lui être d’aucune aide : il est simplement incapable de leur parler de sa situation. Trop d’années de silence et de non-dit les séparent.

Tout d’abord, Mr Williams a une réaction parfaitement banale. Il songe au suicide, pour s’épargner quelques mois d’angoisse, mais n’a pas le courage de mettre son projet à exécution. On a beau se savoir condamné à mourir dans très peu de temps, la vie ne s’en accroche pas moins à vous avec une force que l’on ne soupçonnait tant que l’on n’en voyait pas la fin. Puis, à l’aide d’un écrivain alcoolique rencontré dans une station balnéaire, il s’essaye aux plaisirs bruyants et vulgaires que la foule confond trop facilement avec le bonheur. Mais bien sûr ces divertissements faciles ne pèsent rien devant la mort qui s’avance et Mr Williams se retrouve à nouveau face à lui-même.

De retour à Londres, il recherche la compagnie de Miss Harris, dont il envie la fraicheur juvénile et l’enthousiasme. Ne pourrait-elle pas lui apprendre ce que c’est que vivre ? La pauvre Miss Harris est évidemment incapable d’une telle chose et s’effarouche de voir Mr Williams lui tourner autour. Mais, en lui avouant la raison de son intérêt pour elle, le vieux fonctionnaire condamné comprend brusquement quelle est la réponse qu’il cherchait vainement.

Mr Williams va employer ce qui lui reste de vie à faire construire une modeste aire de jeux pour les enfants dans un lointain quartier de Londres où les traces de la guerre n’ont pas encore disparu. Pour cela, il va braver les règles et les convenances de son administration, allant jusqu’à supplier, très dignement, le terrible Sir James, qui règne du haut de sa morgue aristocratique sur cet univers de papier et de poussière et qui est, peut-être, le seul personnage entièrement négatif du film.

Vivre est un film britannique sorti sans bruit à la fin de l’année dernière et qui aurait mérité d’en faire bien davantage, car il est tout à fait remarquable. Officiellement, il s’agit d’un remake du film du même nom tourné par Kurosawa en 1952, qui est lui-même une adaptation d’une nouvelle de Tolstoï. Mais à vrai dire cette filiation est sans importance, car l’histoire, très simple, est universelle. En un sens, c’est l’histoire de chaque homme, pourvu qu’il ait un peu de conscience de lui-même.

Ce qui rend Vivre particulièrement attachant est sa subtilité et son art de la litote. Vivre commence par nous présenter ce qui ressemble à des caricatures : une caricature de haut fonctionnaire, une caricature d’administration, un chemin que l’on devine tout tracé, celui du vieux coincé qui découvre la vie au contact de la jeunesse. Puis tout prend peu à peu une autre tournure. Nous comprenons, à quelques indices, que Mr Williams est veuf sans doute depuis longtemps, qu’il n’a jamais voulu se remarier et qu’il a élevé seul son fils, sans jamais se plaindre ni lui confier ses sentiments. Depuis son enfance, Mr Williams aspirait à être simplement un gentleman : un type fiable, droit, respectueux des usages, qui fait son devoir sans jamais laisser trembler sa lèvre supérieure. Never complain, never explain.

Il n’y a rien de méprisable dans cet idéal austère, bien au contraire et il n’est que d’observer nos contemporains pour regretter qu’il soit passé de mode. Mr Williams, à la onzième heure de sa vie, comprend qu’être un gentleman ainsi entendu n’est pas suffisant. Parfois les convenances ont besoin d’être bravées, parfois de nouveaux chemins doivent être explorés, parfois les sentiments doivent être exprimés. Mais à aucun moment Mr Williams ne cesse d’être un gentleman. Jusqu’au bout il conserve le meilleur de ses qualités, mais en y ajoutant l’urgence de l’action : faire quelque bien tangible sur cette terre, avant de retourner voir son Créateur. Non pas un bien flamboyant, qui traverse les siècles, mais un bien modeste, prosaïque, qui peut-être durera peu et qui, à tout le moins, ne sera pas un monument à notre mémoire. Une simple aire de jeux pour les enfants, avec un tourniquet et deux balançoires.

Nous comprenons aussi que l’infernale bureaucratie où officie Mr Williams n’est au fond qu’un symbole. Que ses couloirs sombres et ses règles absurdes ne sont que le reflet de toute vie, lorsque nous nous laissons porter par la routine des jours et que rien d’important, de vraiment important, ne s’accomplit jamais. Nous sommes tous toujours sur le point de devenir l’un de ces ronds-de-cuir anonymes, comme Mr Williams.

Le film ne nous laisse d’ailleurs pas l’espoir que tous pourraient connaitre le même chemin de Damas que son héros. Après avoir fait le serment de s’inspirer de l’exemple de Mr Williams, ses collègues retombent dans leur routine et, tel saint Pierre au chant du coq, repoussent la première occasion de l’imiter qui se présente. De même, Mr Williams ne parvient jamais à nouer le dialogue avec son fils et meurt sans jamais lui avoir dit qu’il était malade. Non pas parce l’affection serait absente entre eux, bien loin de là, mais parce qu’il est des liens brisés qu’il est impossible de réparer.

Vivre bénéficie aussi de la présence dans le rôle-titre d’un acteur hors du commun et trop peu connu : Bill Nighy (que vos enfants ont peut-être vu dans Harry Potter ou Pirates des Caraïbes) est admirable de justesse et d’élégance de bout en bout.

Sans doute Mr Williams aurait-il désapprouvé ces formules clinquantes et un peu convenues, mais peut-être est-il permis de suggérer que Bill Nighy tient là le rôle de sa vie et que Vivre est l’un de ces films qu’il faut avoir vu avant de mourir ?