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lundi 26 février 2018

Une Jeanne d'Arc noire, et alors?




Une jeune fille métisse peut-elle incarner Jeanne d’Arc lors des fêtes johanniques qui ont lieu chaque année à Orléans ?

En apprenant que tel serait le cas cette année j’ai, sans doute comme beaucoup de gens, commencé par hausser les épaules.

« Bin voyons, me suis-je dit. Et l’année prochaine, je suppose que ce sera une lesbienne revendiquée, ou bien un homme qui se définit comme femme, puisque n’est-ce pas, comme chacun le sait, le sexe n’est pas le genre. »

Bref, j’y ai vu spontanément, une petite provocation supplémentaire de la part du parti progressiste, que l’on pourrait appeler justement le parti de la destruction systématique, ou le parti de la souveraineté absolue de l’individu. Le parti de ceux qui ont entrepris de nier systématiquement les réalités historiques, politiques et naturelles les plus incontestables, au nom de l’égalité et du « droit » supposé de chacun de s’auto-engendrer.

Un acte de propagande aussi stupide et offensant que, par exemple, l’affirmation du président Chirac selon laquelle « Les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes », ou bien que ce seraient les immigrés (entendez : les maghrébins et les Africains) qui auraient reconstruit la France en 1945, après l’avoir sauvé sur les champs de bataille.

Et comme le parti progressiste rivalise de provocations et de stupidités depuis maintenant des décennies, et qu’en conséquence j’ai désormais le cuir épais, je m’apprêtais à ne pas accorder plus à cette nouvelle polémique qu’un vague grommellement, avant oubli mérité.

Mais, ayant été amené à lire quelques réactions et quelques articles sur la question, l’idée s’est progressivement imposée à moi que le sujet était plus intéressant que je ne l’avais pensé initialement, et méritait quelques efforts de réflexion.

Commençons par déblayer le terrain des questions accessoires pour essayer d’accéder directement au cœur du problème.

Oui, les réactions spontanément négatives sont compréhensibles, pour les raisons que j’ai brièvement évoquées ci-dessus. Bien que les membres de l’association Orléans-Jeanne d’Arc, qui ont choisi la jeune Mathilde Edey Gamassou pour incarner, le temps d’une procession, la sainte nationale, se soient évidemment récriés que sa qualité de métisse n’avait nullement été un critère de choix, il sera toujours impossible de s’assurer que tel a bien été le cas. Et, la conversation civique française étant ce qu’elle est, il est également impossible de croire que ces membres n’ont pas anticipé qu’un tel choix ferait polémique. A moins d’être totalement stupides ou d’avoir vécu au fond d’une grotte ces quarante dernières années, ces personnes ne pouvaient pas ne pas comprendre qu’un tel choix avait nécessairement une signification publique qui allait bien au-delà des simples fêtes johanniques.

Et oui, la pauvre Mathilde n’est pour rien dans tout cela, et les torrents de boue qui se sont déversés sur elle, via l’égout des réseaux sociaux, sont aussi stupides et offensants que les provocations du parti progressiste. Il est naturel que nombre de gens n’appartenant pas à ce parti se soient spontanément portés à sa défense.

Sur ces deux points, il me semble qu’aussi bien les défenseurs que les critiques de ce choix peuvent aisément tomber d’accord, pourvu qu’ils soient un tant soit peu raisonnables.

Mais ce qui est en réalité au fond de la polémique, me semble-t-il, c’est le rapport entre race et politique. Et ce qui fait que défenseurs et critiques, même raisonnables et de bonne foi, ne parviennent pas à s’entendre, c’est la difficulté bien réelle qu’il y a à conceptualiser les différences raciales d’une manière politique, autrement dit à faire droit à un fait incontestable : les différences raciales existent, sans tomber dans le racisme, au sens strict du mot, c’est-à-dire dans une conception matérialiste et fataliste de l’existence humaine. En termes plus généraux encore, ce qu’il y a au fond du débat sur la « Jeanne d’Arc noire », c’est l’articulation complexe entre liberté et nécessité.

Mais procédons pas à pas.

Les arguments des défenseurs du choix de Mathilde Edey Gamassou sont les suivants.

Chacun sait bien que Jeanne d’Arc n’était pas noire (ni métisse, ni asiatique, et ainsi de suite). Mais les fêtes johanniques ne sont pas une reconstitution de la vie de la pucelle d’Orléans, qui exigerait le respect le plus poussé possible de la vérité historique, elles sont, selon les termes maladroits mais parlant d’un de ces défenseurs, une manière de célébrer « les valeurs de Jeanne d’Arc ». Ou encore, « Il ne s’agit donc pas tant de représenter Jeanne d’Arc que son héritage, spirituel et moral. » Or cet héritage n’est aucunement lié à la couleur de la peau, ou aux différences raciales de manière générale.

Qu’est-ce en effet que cet héritage ? Quelles sont les « valeurs de Jeanne d’Arc » ?

La foi chrétienne, dans sa version catholique romaine, et le patriotisme. Jeanne est à la fois une sainte et une héroïne nationale, les deux inséparablement et nécessairement mêlés. Jeanne est une disciple du Christ et une fille de France. Et c’est pour cela qu’elle est célébrée chaque année à Orléans.

Que Jeanne d’Arc soit une sainte, l’Eglise catholique l’affirme, et elle est seule à pouvoir porter ce jugement.

Que Jeanne d’Arc soit la France, que sa courte vie se confonde avec le rétablissement, au bord du tombeau, de ce corps politique particulier que l’on nomme la France, n’est pas non plus sérieusement contestable.

Ecoutons Michelet :

« La vierge secourable des batailles que les chevaliers appelaient, attendaient d’en haut, elle fut ici-bas… En qui ? C’est la merveille. Dans ce qu’on méprisait, dans ce qui semblait le plus humble, dans une enfant, dans la simple fille des campagnes, du pauvre peuple de France… Car il y eut un peuple, et il y eut une France. Cette dernière figure du passé fut aussi la première du temps qui commençait. En elle apparurent à la fois la Vierge… et déjà la patrie. Telle est la poésie de ce grand fait, telle en est la philosophie, la haute vérité. »

Ecoutons Bainville parler du « beau feu d’enthousiasme et de patriotisme qui avait pris naissance à Domrémy » :

« une des grandes idées de la « bonne Lorraine » avait été la réconciliation des Français. Grâce au mouvement national que son intervention avait déterminé, le retentissement et l’horreur de son martyre réalisèrent son vœu. La domination anglaise était de plus en plus détestée. »

Les questions que nous pose le choix de Mathilde Edey Gamassou pour personnifier Jeanne d’Arc en cette année 2018 sont donc les suivantes : peut-on être sainte et Noire ? Peut-on être Française et Noire ?

Et à ces deux questions il faut répondre : oui.

Oui, il est incontestable que la proposition chrétienne s’adresse à tous les hommes, que tous sont appelés à la sainteté, indépendamment de toutes les différences naturelles qui peuvent exister entre eux.

Et oui, il est également vrai que la qualité de Français n’est pas attachée à une couleur de peau. Nous ne parlons évidemment pas là de la nationalité française, qui ne dépend que d’une décision administrative, mais bien d’une qualité substantielle : se sentir intimement et exclusivement lié à ce corps politique singulier que l’on nomme la France. Vibrer au récit de ses succès et s’attrister de ses échecs, se sentir élevé par ce que son histoire a de grand, et humilié par ce que son histoire a de bas. Etre français par sa langue, par sa culture, par ses passions, par ses mœurs, par son patriotisme, être Français, enfin, dans toute l’acception du terme, cela est ouvert aux hommes de toutes les races et de toutes les origines.

Ces arguments sont forts et je dois dire que, personnellement, il m’est impossible de leur refuser mon assentiment.

Mais ces arguments forts, vrais, ne suffisent pas à épuiser la question.

Il y a en effet, tapi derrière ces arguments légitimes, un sophisme qu’il importe de tirer en pleine lumière. De ce qu’un Noir (ou, pour le dire de manière plus générale, un non Blanc) puisse être Français, il ne s’ensuit pas que la France pourrait être noire. C’est cette conclusion que veut tirer le parti progressiste, et c’est cette conclusion que refusent, en définitive, la plupart de ceux qui ont été choqués par le choix d’une jeune métisse pour figurer Jeanne d’Arc.

Continuons à progresser pas à pas.

Premier point : oui, contrairement à ce qu’il nous est enjoint aujourd’hui d’affirmer publiquement, les races existent.

Depuis des temps immémoriaux les hommes ont reconnu que l’espèce humaine se subdivisait en races, c’est-à-dire en vastes sous-ensembles d’individus présentant des caractères héréditaires communs, exactement de la même manière que les espèces animales se subdivisent en sous-groupes aux caractéristiques héréditaires communes. Ils l’ont reconnu car ils ne pouvaient pas ne pas le reconnaître, exactement de la même manière qu’ils ne pouvaient pas ne pas reconnaître que l’espèce canine, par exemple, regroupe un grand nombre de races de chiens différentes. L’existence des races humaines, au sens relativement imprécis que le sens commun prête à ce terme, n’a donc jamais sérieusement pu être mise en doute, et les plus grands savants n’ont pas hésité à se servir de cette notion pour essayer de la raffiner et de mieux délimiter ce que nous percevons tous spontanément mais relativement grossièrement. Bien mieux, la science moderne apporte sans cesse de nouvelles preuves du bien-fondé de cette catégorie de sens commun, à peu près aussi vieille que l’humanité elle-même. Le récent décryptage du génome humain nous permet ainsi d’affirmer que, contrairement à la vérité officielle sur la question, la notion de race a bien un fondement biologique : les différentes races, celles dont parlait Linné, correspondent à des variations réelles au sein de ce génome.

En un sens, bien entendu, tous les hommes sont uniques, y compris au niveau génétique, mais les génomes des individus présentent des ressemblances plus ou moins grandes. Il est possible de déterminer ces ressemblances et ainsi de regrouper les individus en fonction de leur fréquence allélique. Les groupements génétiques les plus basiques correspondent aux races des cinq continents, celles qui sont immédiatement identifiables à l’œil nu : les Africains, les Caucasiens (Europe et Moyen-Orient), les Asiatiques, les Aborigènes (Australie et Nouvelle-Guinée), et les Indiens d’Amérique. Le décryptage du génome humain a tout simplement ressuscité les catégories raciales traditionnelles.

L’existence de races, ou de sous-espèces, différentes au sein de l’espèce humaine est d’ailleurs tout à fait conforme à la théorie darwinienne la plus orthodoxe. L’évolution a très normalement amené une différenciation de l’espèce humaine en races, qui se distinguent par un ensemble de caractères, dont certains sont très visibles, comme la couleur de la peau, la dentition, la forme du crâne, la texture des cheveux, etc. et dont d’autres le sont moins. Au total, on estime aujourd’hui que les variations raciales porteraient sur 15% du génome humain. Autrement dit l’évolution aurait affecté 15% du génome initial d’Homo Sapiens pour donner naissance aux différentes races. 15% est une proportion loin d’être négligeable, ne serait-ce que parce ces différences génétiques sont souvent corrélées entre elles.

Je ne m’attarde pas davantage sur ce point, que j’ai déjà traité plus longuement ailleurs.

Second point : il n’est pas encore définitivement prouvé mais il est hautement probable,  pour dire le moins, que les différences raciales ne sont pas seulement physiques, mais aussi comportementales.

On pensera bien sûr, par exemple, à la question du QI. Il est désormais bien connu, bien qu’il soit hautement dangereux de l’évoquer publiquement, que les tests de QI donnent des résultats différents suivants les groupes raciaux. Pour le dire très rapidement, les Blancs ont un QI moyen supérieur à celui des Noirs, et inférieur à celui des Asiatiques (les « Jaunes »). Or le QI joue un rôle très important dans quantité de comportements et de situations.

La recherche génétique est bien avancée sur la voie d’autres différences, comme par exemple l’impulsivité et la propension à la violence, différences qui pourraient nous aider à comprendre pourquoi le taux d’homicide est significativement plus élevé dans les pays sub-saharien qu’en Europe ou en Asie, de même que le taux d’homicide est beaucoup plus élevé dans les Antilles françaises qu’en métropole, beaucoup plus élevé au sein de la population noire américaine qu’au sein de la population blanche et de la population asiatique, y compris à statut socio-économique équivalent, et ainsi de suite.

Troisième point, si les différences raciales existent, cela signifie que des groupes raciaux différents ont toute chance de développer des cultures et des civilisations différentes, toutes choses égales par ailleurs. La race fait partie de ces nombreux éléments qui contribuent à expliquer les caractères de peuples et les traits distinctifs des civilisations.

Il n’est pas besoin de supposer que ces différences soient grandes pour qu’elles puissent avoir, sur le temps long, de grands effets, de la même manière qu’une différence de quelques centimètres dans la visée de deux tireurs se traduira par un très grand écart à l’arrivée si la cible est à une grande distance.
Ce qui signifie tout simplement que le général de Gaulle avait raison lorsqu’il affirmait : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

De la même manière qu’une « France » hindoue ou musulmane aurait été entièrement différente de ce que nous appelons la France, une « France » peuplée de Noirs ou d’Asiatiques aurait été entièrement différente. Ce n’aurait pas été la France, ce corps politique unique, aux traits reconnaissables par-delà de constants changements, depuis peut-être mille ans. C’eut été autre chose. Un autre corps politique. Un autre pays.

Et cela signifie aussi que la modification très rapide de la composition de la population qui vit sur le sol français, et à laquelle nous assistons depuis demi-siècle, n’est pas du tout indifférente. Contrairement à ce qu’affirme le parti du progrès, il n’est pas possible d’avoir le même pays avec un peuple différent.

Le jour où – et du train où vont les choses, ce jour pourrait être prochain – les individus « de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » auront cessé d’être numériquement très majoritaires sur le sol de France, la France n’aura pas simplement changé, elle aura disparu. Ce sera un autre corps politique occupant le même territoire. Ce ne sera plus la France.

A la fin du second tome de De la démocratie en Amérique, Tocqueville écrivait :

« Je n’ignore pas que plusieurs de mes contemporains ont pensé que les peuples ne sont jamais ici-bas maîtres d’eux-mêmes, et qu’ils obéissent nécessairement à je ne sais quelle force insurmontable et inintelligente qui naît des évènements antérieurs, de la race, du sol ou du climat.
Ce sont là de fausses et lâches doctrines, qui ne sauraient jamais produire que des hommes faibles et des nations pusillanimes : la Providence n’a créé le genre humain ni entièrement indépendant, ni tout à fait esclave. Elle trace, il est vrai, autour de chaque homme, un cercle fatal dont il ne peut sortir ; mais, dans ses vastes limites, l’homme est puissant et libre ; ainsi des peuples. »

Le racisme, entendu au sens strict, c’est-à-dire la tentative d’établir une hiérarchie objective, « scientifiquement fondée », entre les différentes races ainsi que de faire de la race la réalité fondamentale de la vie humaine, conditionnant et expliquant toutes les autres, est une de ces doctrines « fausses et lâches ». En tant que matérialisme il est une erreur intellectuelle, en tant que fatalisme il est une erreur politique et une faute morale.

Mais reconnaitre cette erreur ne doit nous empêcher de reconnaitre aussi que les races existent. Elles sont l’un des éléments, parmi beaucoup d’autres, qui composent le cercle « fatal » à l’intérieur duquel les individus et les peuples sont « puissants et libres ». Exactement de la même manière, par exemple, et pour rester dans le domaine des différences naturelles, que la différence des sexes.

Hommes et femmes, pris individuellement, peuvent être beaucoup de choses, et les variations entre individus sont telles qu’il est presque impossible d’affirmer catégoriquement que telle activité ou telle réalisation restera toujours la prérogative exclusive d’un sexe. Mais pris en tant que groupes, hommes et femmes présentent des propensions et des qualités différentes, de sorte qu’il est vain, et même tyrannique, d’attendre une répartition égale des sexes dans les différentes activités humaines et des réalisations identiques. Ainsi en est-il, selon toute vraisemblance, des différences raciales.

Si nous revenons maintenant à notre problème initial, il nous faut donc conclure que, oui, une jeune fille noire peut personnifier Jeanne d’Arc lors d’une célébration, mais que, non, Jeanne d’Arc n’aurait pas pu être noire.

mercredi 13 janvier 2016

Féminisme et antiracisme sont dans un bateau...




Il était évident depuis longtemps que le féminisme devrait entrer en collision un jour où l’autre avec le multiculturalisme. Importer en masse sur le sol européen des populations aux mœurs « patriarcales », pour reprendre le vocabulaire féministe, ne pouvait manquer de finir par poser quelques problèmes pour la société sexuellement neutre dont rêvent les féministes certifiées.
La question qui se posait aux esprits un peu clairvoyants était dès lors : lorsque surviendra le choc inévitable, qu’est-ce qui l’emportera, du féminisme ou de l’antiracisme ?
Après les agressions sexuelles de masse ayant eu lieu à Cologne, la contradiction au sein du projet progressiste a été exposée en pleine lumière, de sorte que plus personne ne peut sérieusement feindre de l’ignorer.
Et la réponse à la question semble bien être : en cas de conflit l’antiracisme l’emporte sur le féminisme, comme le montre par exemple la réaction de l’über-féministe Caroline de Haas sur Twitter : « Ceux qui me disent que les agressions sexuelles en Allemagne sont dues à l’arrivée des migrants : allez déverser votre merde raciste ailleurs. »
Bien entendu, il existe aussi de nombreuses femmes (et hommes) qui se disent féministes et qui alertent sur le fait que l’importation massive de populations arabo-musulmanes représente un danger pour le projet d’égalité des sexes, bref qui ne se voilent pas la face devant la source réelle du péril.
Mais il est à craindre que cette tentative de faire prévaloir le féminisme sur l’antiracisme soit vouée à l’échec. C’est que le féminisme « modéré » dont il est question est en réalité un féminisme incohérent, qui tente, souvent sans le savoir, de mêler des conceptions incompatibles.
En témoigne par exemple ce paragraphe extrait de l’article en lien : « L’égalité entre les hommes et les femmes est un acquis fondamental de notre civilisation. La France est le pays où la conversation de salon entre hommes et femmes émerveillait les observateurs étrangers au XVIIe siècle. C’est aussi la patrie de Simone de Beauvoir, qui a produit le texte fondateur du féminisme au XXe siècle, où elle démontre que la place sociale des femmes (et non pas leur sexe ou leur sexualité) est une construction culturelle. »
Voir une continuité entre la mixité des sexes dans les salons de l’Ancien Régime et l’œuvre de Simone de Beauvoir, c’est ignorer que les deux sont diamétralement opposés. La première repose en effet sur la reconnaissance des différences naturelles entre les hommes et les femmes, alors que la seconde nie farouchement l’existence de ces différences : « on ne nait pas femme : on le devient. »
Depuis l’apparition des premières revendications féministes, grosso modo au début du 19ème siècle, le féminisme a changé de nature. Les premières féministes, comme Mary Wollstonecraft ou Olympe de Gouges, demandaient que les femmes puissent jouir des mêmes droits politiques que les hommes, qu’elles puissent elles aussi accéder à l’instruction, que les lois cessent de favoriser les hommes comme elles le faisaient traditionnellement.
Pour autant ces premières féministes n’affirmaient aucunement que les hommes et les femmes sont identiques. Elles reconnaissaient qu’il existe des différences naturelles entre les deux sexes, des différences non seulement physiques mais aussi psychologiques. Par conséquent le féminisme originel ne s’opposait pas à une certaine division sexuelle du travail, et notamment au rôle prépondérant des femmes au sein du foyer (même s’il voulait à l’évidence assouplir ces rôles).
Le féminisme à la Simone de Beauvoir prétend en revanche « émanciper » radicalement les femmes, c’est-à-dire les libérer de toutes les prétendues différences de nature entre les sexes, qui ne sont jamais rien d’autre que des « constructions sociales » destinées à opprimer les femmes. Le féminisme post-Beauvoir prétend libérer les femmes de la féminité, notamment en les incitant à pratiquer une sexualité « virilement indépendante » et en rejetant les contraintes de la maternité. L’avortement est un brevet de féminisme.
Cette différence essentielle entre les deux sortes de féminisme est la plupart du temps purement et simplement ignorée par les féministes « modérées », faute d’avoir une bonne connaissance de l’histoire du mouvement dont elles se revendiquent, ainsi que des questions philosophiques qui sont à l’origine de cette différence. Ainsi, dans la plupart des textes issus de cette mouvance, ne sait-on jamais clairement de quelle égalité il est question : est-ce l’égalité des droits, ou bien « l’égalité des conditions de vie » - ce que l’on pourrait appeler la société sexuellement neutre, dans laquelle hommes et femmes sont censés être interchangeables ?
Cependant, le fait même que cette question ne soit pas explicitement tranchée indique assez clairement que, au fond, les féministes « modérées » sont du côté de Simone de Beauvoir et non de celui de Mary Wollstonecraft, car il y a beau temps que l’égalité devant la loi réclamée par la seconde a été réalisée. En réalité, les féministes « modérées », elles aussi, rejettent l’idée qu’ils pourraient exister des différences naturelles entre les hommes et les femmes. Elles considèrent que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas complète, car elles voient bien que, même au sein des sociétés démocratiques comme la nôtre, hommes et femmes continuent à montrer, de manière générale, des goûts et des talents différents, à se comporter de manière différente, ce qu’elles attribuent spontanément aux « stéréotypes sociaux » dont seraient victimes les femmes.
Et c’est à ce point que le féminisme, qu’il soit « modéré » ou pas, succombe inévitablement devant les revendications de « l’antiracisme ». Car « l’antiracisme » est lui aussi un rejet de la notion de nature humaine. Il n’est pas seulement l’affirmation que « les races humaines n’existent pas », il est plus largement l’affirmation que la nature de l’être humain est de ne pas avoir de nature, que l’être humain est un pur être de culture, bref que les individus sont malléables pratiquement à volonté, qu’ils peuvent devenir n’importe quoi pourvu qu’ils reçoivent la bonne éducation. Ce pourquoi mélanger les peuples ne saurait aucunement poser problème : un paysan anatolien musulman peut parfaitement devenir un Français (ou un Allemand, ou un Anglais, ou ce que l’on voudra) comme les autres, pourvu seulement qu’on lui inculque les bons principes (« républicains ») et qu’on lui offre les mêmes opportunités qu’à tous les autres, bref qu’on le protège des « discriminations. »
Pour le ou la féministe actuelle, hommes et femmes sont interchangeables, pour l’antiraciste les êtres humains sont interchangeables. L’antiraciste applique donc le même principe fondamental que la féministe, mais avec plus de cohérence. Si les évidentes différences entre les sexes ne sont pas naturelles et peuvent être effacées par une éducation et des institutions appropriées, pourquoi n’en irait-il pas de même pour des différences dont le caractère naturel est beaucoup moins évident, comme les différences de mœurs, de religion, de « culture » ? Sûrement, qui peut le plus peut le moins.
A l’inverse, émettre des doutes sur le fait qu’il soit possible de transformer autant de paysans anatoliens musulmans qu’on voudra en bon petits soldats de la République et du féminisme, c’est inévitablement mettre en doute le fait qu’il soit possible de transformer les hommes en femmes, et inversement. Qui ne peut pas le moins ne peut pas le plus.
Par conséquent, la féministe « modérée » est condamnée à élever de vaines protestations lorsque les impératifs de l’antiracisme commandent de ne pas voir ce que nous voyons, comme à Cologne, et à reconnaitre finalement, à contrecoeur, que tout cela pourra s’arranger avec plus d’éducation à la « citoyenneté » et au « respect. » Bref, le féminisme « modéré » est condamné à accompagner le désastre tout en le déplorant.
On a connu des positions plus confortables.
Toutefois, il est aussi possible, bien que peu probable, que la pression des événements et l’évidence du danger grandissant amènent les féministes « modérées » les plus intelligentes à réexaminer leurs positions, et à rompre avec le féminisme contemporain, qui, lentement mais sûrement, est en train de se transformer en complice de l’oppression bien réelle des femmes musulmanes, en attendant de donner sa bénédiction à l’oppression qui atteindra toutes les femmes d’Europe au fur et à mesure que les mœurs arabo-musulmanes gagneront du terrain.
Si cela était le cas, l’immigration de masse qui afflige l’Europe, et qui est si désastreuse par ailleurs, aurait été l’origine d’un grand bien, et nous aidant à sortir de l’utopie destructrice de la société sexuellement neutre.
Nous avons grand besoin de retrouver des rapports entre les sexes qui soient appuyés sur des principes plus raisonnables que ceux que nous professons actuellement. Peut-être la misogynie et la brutalité des mœurs arabo-musulmanes pourra t-elle y contribuer, paradoxalement. Il y a des exemples dans l’histoire, plus nombreux qu’on ne pense, où un bien sort d’un mal, et même d’un très grand mal. Ce qui ne diminue pas le mal, ni ne l’excuse, mais du moins permet de continuer à espérer que tout ne va pas systématiquement vers le pire.

vendredi 11 mars 2011

Plafond de verre, salary gap, et autres fariboles





Ce billet aurait sans doute gagné à être publié le 8 mars dernier, lors de la « journée internationale de la femme ». Mais je ne fais pas profession de suivre l’actualité, et puis il me semble que, depuis bien des années déjà, la journée de la femme est quasi-quotidienne, au moins pour nous autres, mâles blancs occidentaux. Quotas par-ci, parité par-là, loi anti-discrimination à droite, égalité réelle à gauche, films, téléfilms, livres, expositions, émissions de radio, pour nous montrer, nous expliquer, nous apprendre, nous persuader, que non seulement la femme est l’avenir de l’homme, mais que les femmes ont tout inventé depuis la nuit des temps (enfin, inventé tout ce qui est bon, beau, grand et noble. Le reste c’est l’affaire des hommes), tout fait, tout compris, et tout supporté de la part des hommes, jaloux, forcément jaloux de tant de bonté et d’intelligence. Puisque donc l’éloge de « l’autre moitié du ciel » - comme aurait dit le président Mao - occupe désormais nos gouvernants et nos faiseurs d’opinion bien plus qu’un jour par an, on ne trouvera pas trop mauvais, je l’espère, que j’aborde ce thème aujourd’hui, en dehors de toute célébration officielle.
On me pardonnera, je l’espère aussi, la longueur de ce qui va suivre. Je sais fort bien que les longues dissertations passent mal sur internet, et qu’elles lassent les lecteurs pressés, mais la pente que je dois remonter est escarpée et, lorsque l’on s’efforce de ne marcher que l’argument à la main, il faut des paragraphes entiers pour traiter même une question insignifiante. Avançons donc courageusement, et après tout le sujet en vaut la peine puisqu’il ne s’agit de rien de moins que de la Grande Injustice : je veux parler de la tristement célèbre disparité salariale entre les hommes et les femmes.

Nul n’ignore en effet que les femmes touchent, pour un travail équivalent, des salaires inférieurs à ceux des hommes. Le chiffre le plus communément cité aujourd’hui à cet égard est 27% : les femmes gagneraient 27% de moins que les hommes. Il existe certes une légère différence entre ce qu’annoncent les gros titres et ce que disent précisément les études, en plus petits caractères. À poste et expérience équivalents l’écart salarial entre les hommes et les femmes ne serait en réalité que d’environ 10%. Cependant, que l’écart réel soit de 27% ou de 10%, le fait que, pour un même travail, les femmes soient moins payées que les hommes est une évidente injustice. La cause est par conséquent entendue et les pouvoirs publics se mobilisent. Des lois sont préparées, des quotas et des sanctions financières sont envisagés, droite et gauche se disputent l’honneur d’être le premier à pourfendre l’odieuse discrimination.
Toutefois, avant de charger lance au poing, peut-être pourrions-nous nous poser une question économique toute simple : « Si un employeur peut payer une femme 27% (ou même simplement 10%) de moins qu’un homme pour faire le même travail, comment se fait-il qu’il n’embauche pas exclusivement des femmes ? ». Nous pourrions certes répondre à cela que les patrons sont tous d’horribles misogynes, qui préfèrent payer plus un homme que d’embaucher une femme, surtout à un poste de direction. Cependant, outre le fait que de nombreux employeurs sont aujourd’hui des femmes, cette réponse supposerait que tous les patrons, sans exception, fassent passer leurs préjugés sexistes avant leur intérêt économique. Il suffirait en effet qu’une seule entreprise, dans un secteur donné, découvre tout le bénéfice qu’elle pourrait tirer du fait de n’embaucher que des femmes, pour forcer toutes les autres entreprises à suivre la même pratique ou bien à mettre la clef sous la porte. En économie de marché, il semble tout simplement impossible de payer durablement les femmes moins que les hommes à travail réellement équivalent, contrairement à ce que présupposent la quasi-totalité de nos gouvernants. Nous voilà bien perplexes.
Cette pente est glissante, je le sens bien. En ces matières, la perplexité est le premier pas vers le doute, qui lui-même pourrait bien, si nous n’y prenons pas garde, nous entrainer vers l’incroyance pure et simple. Je ne peux marcher seul : il me faut l’appui d’une autorité. J’invoquerais donc le témoignage d’un universitaire américain reconnu, aux états de service féministes impeccables : Warren Farrell, auteur (entre autres ouvrages) de Why Men Earn More (« pourquoi les hommes gagnent plus »). Dans ce livre - à l’apparence très éloignée de l’austérité universitaire mais, sur le fond, d’une rigueur bien supérieure à beaucoup d’ouvrages soi-disant sérieux - Warren Farrell expose les 25 raisons pour lesquelles les salaires des femmes sont en moyenne inférieurs à ceux des hommes. La discrimination n’en fait pas partie.
Ces 25 raisons peuvent être divisées en deux catégories. Les dix premières permettent de comprendre pourquoi les emplois qui sont occupés essentiellement par des femmes sont, en général, des emplois moins bien rémunérés que ceux occupés essentiellement par des hommes. Les quinze raisons suivantes permettent de comprendre pourquoi, à l’intérieur d’une même catégorie socioprofessionnelle, les salaires des femmes sont en moyenne inférieurs à ceux des hommes. Aucune de ces 25 raisons ne devrait surprendre grandement un lecteur doté d’un minimum de connaissances économiques, mais en cette époque sophistiquée il est parfois nécessaire de se voir confirmer - preuves à l’appui - que vos yeux ne mentent pas lorsqu’ils vous disent qu’il fait jour à midi.
Warren Farrell commence donc par rappeler les caractéristiques des emplois qui semblent avoir la prédilection des femmes – et vers lesquels elles se dirigent donc en grand nombre. Ces emplois ne comportent pas de risques physiques, peu de risques financiers, pas d’exposition aux intempéries, pas d’horaires de travail décalés. Ils vous mettent en contact avec des gens plutôt qu’avec des machines, ils peuvent être exercés avec un diplôme en sciences humaines plutôt qu’avec un diplôme en science physique, ils ont des horaires fixes et n’exigent pas une disponibilité psychologique permanente. De manière générale, les emplois privilégiés par les femmes se caractérisent par des conditions de travail relativement plaisantes – respirer l’odeur des vieux livres plutôt que le fumet des ordures, travailler dedans plutôt que dehors – et par une « utilité sociale » plus aisément perceptible pour ceux qui les exercent - soigner des enfants plutôt que corriger une ligne d’un programme informatique.
La contrepartie inévitable de tous ces avantages est bien évidemment que ces emplois sont, en règle générale, moins bien payés que les emplois ayant des caractéristiques inverses. Le salaire plus élevé n’est alors que la compensation nécessaire pour attirer un nombre suffisant de candidats vers ces emplois relativement moins plaisants. Dans cet arbitrage classique entre le salaire et les conditions de travail, les hommes semblent plus sensibles au salaire et les femmes aux conditions de travail.
Tout ceci n’est guère sujet à controverses. Plus étonnant, en apparence, est le fait que, au sein d’une même branche professionnelle et pour des emplois de même catégorie, les femmes ont en moyenne des salaires inférieurs à ceux des hommes. Cependant, l’étonnement disparaît dès lors que l’on examine attentivement les caractéristiques précises des postes occupés par les unes et les autres. Les études qui concluent à des différences de salaire à travail égal entre les hommes et les femmes, sont presque toujours des études qui regardent de trop haut le paysage salarial. Les facteurs pris en compte sont en général le niveau et le type de diplôme, les caractéristiques du contrat de travail, le nombre d’années d’expérience dans la branche professionnelle, le titre de la fonction exercée etc. Mais pour fixer une rémunération, un employeur – tout au moins dans le secteur privé – se focalise bien moins sur ces grands indicateurs socioprofessionnels que sur les caractéristiques individuelles du poste à pourvoir. Or, derrière des titres et des fonctions apparemment identiques, peuvent se cacher des emplois passablement différents. Warren Farrell détaille ainsi les 15 raisons (qui ne sont pas nécessairement exhaustives) qui expliquent les différences de salaire entre les hommes et les femmes exerçant les mêmes professions. Par exemple, toutes choses égales par ailleurs, les gens qui touchent une rémunération supérieure sont ceux qui sont amenés à voyager fréquemment pour leur travail, qui exercent leur profession loin de leur domicile, qui sont prêts à déménager fréquemment, et pour des destinations peu attractives, à la demande de leur entreprise, qui acceptent une part variable dans leur salaire, ou bien qui exercent des responsabilités plus importantes – en termes de budget ou de personnel – que ce que leur titre laisserait supposer. Une fois que tous ces facteurs sont pris en compte, les inégalités salariales entres les hommes et les femmes disparaissent.
Que les écarts de rémunération apparents entre les deux sexes ne cachent aucune discrimination contre les femmes peut encore être confirmé, si besoin est, en examinant les revenus des professions libérales et des artisans. Lorsque hommes et femmes exercent une profession libérale ou tiennent un commerce, lorsque donc ils ne peuvent être victimes de discriminations de la part de leur employeur, les écarts de revenus entre les deux sexes dépassent en général largement les fameux 27%. Aux Etats-Unis, en 2000, les femmes propriétaires de leur commerce avaient en moyenne des revenus équivalents à 49% de ceux des hommes dans la même situation. Un médecin homme avait un revenu annuel équivalent à 141% de celui d’un médecin femme. Mais pourquoi donc une femme médecin exerçant en libéral a-t-elle en moyenne un revenu inférieur à celui de ses confrères masculins ? Parce qu’elle ne travaille pas dans la même spécialité (pédiatrie plutôt que chirurgie, par exemple) et parce que, à spécialité identique, elle fait des journées moins longues et consacre plus de temps à chaque patient.

Un lecteur même moyennement attentif de Why men earn more remarquera aisément que les facteurs qui expliquent les inégalités de rémunération entre les hommes et les femmes, nous disent aussi quelque chose sur les différences de tempérament entre les hommes et les femmes. En définitive, il apparaît que les femmes ont en moyenne des salaires inférieurs à ceux des hommes parce qu’elles sont moins disposées que ceux-ci à prendre des risques, parce qu’elles semblent moins empressées à grimper dans la hiérarchie, et parce qu’elles sont moins disposées à sacrifier leur vie de famille à leur carrière. Ces observations sembleront sans doute triviales à tout autre qu’à un chercheur spécialisé dans les « discriminations », mais elles nous permettent de comprendre pourquoi le mythe de l’inégalité salariale hommes-femmes a rencontré un aussi grand succès.
En reconnaissant que les différences de salaires entre les hommes et les femmes traduisent, pour l’essentiel, des choix de vie différents de la part des hommes et des femmes, nous sommes bien près en effet de reconnaître qu’il existe des différences naturelles entre les hommes et les femmes, des différences naturelles quant à leurs goûts et leurs aspirations – et malheur à celui par qui le scandale arrive ! Inversement, nous nous satisfaisons très facilement de l’explication selon laquelle toute différence de résultat est la conséquence d’une « discrimination » antérieure, car nous sommes intimement convaincus qu’il n’existe aucune différence naturelle de tempérament entre les hommes et les femmes. Où, plus exactement, nous avons parfaitement intégré le fait que la seule position publiquement défendable est celle de la parfaite identité des hommes et des femmes – hormis quelques détails physiques sans importance. Cela n’est bien sûr pas le résultat d’une démonstration, mais le point de départ obligatoire de toute démonstration.
Warren Farrell raconte ainsi que, au cours de ses recherches pour écrire son livre, il fit souvent l’expérience suivante : parmi les innombrables études spécialisées, consacrées à mesurer les écarts de salaire entre les sexes dans les différentes professions, à chaque fois qu’une étude parvenait à la conclusion que, pour une période donnée, les hommes et les femmes étaient en réalité payées de manière identique pour le même travail, l’étude était abandonnée pour les années suivantes. Les statistiques cessaient d’être collectées, ou bien la méthodologie de l’étude était entièrement changée, de manière à rendre impossible toute comparaison avec les travaux précédents. Assurément, ce n’est pas en France que de telles choses pourraient se produire.

mardi 22 février 2011

Ach! la discriminazion, gross malheur!



"Quand par exemple certains employeurs s'adressent à des directeurs d'agence d'intérim, on leur dit : "s'il vous plait je ne veux pas d'arabes et de noirs", c'est injuste quand même non?"
Eric Zemmour : "Mais ils ont le droit"
(extrait ICI)
Pour ces cinq mots Eric Zemmour a été condamné le 18 février 2011 pour "provocation à la discrimination". Juridiquement Eric Zemmour avait évidemment tort : la loi punit bien ce genre de comportements. Mais il est non moins évident qu'Eric Zemmour, dans sa réponse, ne faisait pas référence au droit positif mais au droit naturel, pour emprunter le langage de la théorie du droit. Les employeurs devraient pouvoir embaucher qui ils veulent sur les critères de leur choix. A strictement parler, Eric Zemmour a donc été condamné pour avoir dit que les lois visant à sanctionner la discrimination à l'embauche sont injustes.
On peut bien sûr regretter qu'Eric Zemmour n'ait pas apporté les nuances et les précisions nécessaires que sa position appelait, et en cela il est incontestablement très coupable. Que ne pouvait-il prendre modèle sur ses contradicteurs, tel par exemple Dominique Wolton, dont chacune des sentences est pesée au trébuchet de la raison et appuyée sur une volumineuse documentation? Dominique Wolton sait bien, lui, que s'il assénait péremptoirement : "la diversité est une chance, c'est un fait" il s'exposerait à des ennuis avec la justice, qui ne badine pas avec la précision du langage et la qualité de l'argumentation. Par conséquent, il n'avance jamais rien qu'il ne puisse prouver à la satisfaction de tous.
Mais ce point mis à part, que pouvons-nous penser de l'idée selon laquelle les employeurs devraient être libres de refuser d'embaucher qui ils veulent pour les raisons qu'ils veulent?
Au risque de m'exposer à mon tour aux foudres de la loi (ce qu'à Dieu ne plaise!) j'oserais avancer que cette position me parait justifiée. Non pas parce que j'approuverais l'employeur qui refuserait d'embaucher quelqu'un uniquement parce qu'il est noir, jaune, brun, femme, homosexuel, etc et qu'il n'aime pas les noirs, les jaunes, les bruns, les femmes, les homo etc. Refuser d'embaucher un collaborateur de valeur uniquement pour ces raisons me semble être une forme de bêtise. Simplement, un gouvernement qui prétend éliminer cette forme de bêtise est un gouvernement qui ne peut manquer de devenir tyrannique, car il se mettra très vite à traquer des pensées et des sentiments. A moins, en effet, que l'employeur en question soit aussi assez stupide pour dire au candidat "casse-toi sale....(au choix)" - ce qui deviendra rapidement très rare - comment donc mettre au jour la malfaisante "discrimination"? En pratique cela est presque toujours impossible, car cela revient à demander quels sentiments l'employeur éprouve vis à vis du candidat qu'il rejette. Pour contourner cette gênante incapacité (on l'espère provisoire) à lire au fond de nos âmes, on en viendra très vite à renverser la charge de la preuve : la discrimination sera présumée si vous n'embauchez pas ...(au choix), sauf si vous parvenez à prouver au delà de tout doute raisonnable que vous n'entendiez absolument pas "discriminer"; ce qui revient à peu près à prouver que vous avez bien le coeur pur.
En pratique on supposera donc que "discrimination" il y a si votre entreprise ne comporte pas un certain pourcentage de..., et de..., et encore de... Pour éviter les ennuis judiciaires qui ne manqueront pas de s'ensuivre, et dont vous n'avez à peu près aucune chance de sortir indemne, les entreprises préfèreront embaucher des quotas de..., et de... et encore de..., sans trop se soucier de leurs qualités professionnelles, et donc en évinçant des candidats plus qualifiés mais, hélas pour eux, non diversifiés. Les entreprises, mais aussi toutes les administrations, les universités, les associations etc. Parallèlement, pour traquer la "discrimination" dans les recoins les plus obscurs, des administrations spécialisées seront mises en place, remplies de fonctionnaires zélés ayant toute latitude pour amener à résipiscence les "discriminants" de tout poil. Bientôt l'arbitraire administratif et le caprice judiciaire régneront sans partage.
Comment? Ah non, ce n'est pas moi qui ai parlé de la Halde, ni de la 17ème chambre correctionnelle. Et pas non plus de discrimination positive, de parité ou de convention ZEP. Je vous laisse la responsabilité de vos propos.
Mais alors, me dira-t-on peut-être, vous accepteriez que des commerçants apposent sur leur vitrine des panneaux "interdits aux chiens et aux juifs" comme aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire (fort heureusement ces temps-là sont passés)? Hein? Hein?
Eh bien, non. De tels écriteaux me semblent relever de l'insulte : ils sont une sorte de "casse-toi pov'con" proféré à très haute voix, susceptibles donc d'entrainer des réactions violentes de la part des intéressés. Par conséquent ils pourraient légitimement être proscrits par le législateur; non pas pour "provocation à la discrimination" mais pour trouble à l'ordre public.
Autrement dit l'attitude convenable me parait être celle du "Don't ask, don't tell". Abstenez vous d'insulter publiquement vos concitoyens et on s'abstiendra de vous demander ce que vous pensez d'eux ou pourquoi vous ne les embauchez pas. Après tout, si la diversité est une richesse, comme nous en sommes tous convaincus (Amen!) les employeurs qui se privent de cette diversité ne devraient pas tarder à être distancés par leurs concurrents, puis à faire faillite, n'est-ce pas?

lundi 21 février 2011

Sur la condamnation d'Eric Zemmour



Eric Zemmour a donc été condamné par la 17ème chambre correctionnelle, comme l'on pouvait un peu s'y attendre. A lire les compte rendus dans les journaux (impossible pour le moment de mettre la main sur la décision elle-même) le jugement est "équilibré". A strictement parler, Eric Zemmour n'a pas été condamné pour avoir dit (en gros) que les représentants de la diversité sont surreprésentés parmi les délinquants, puisque la diffamation n'a pas été retenue contre lui. Il a en revanche été condamné pour "provocation à la discrimination", d'une part pour avoir laissé entendre (en gros) que cette surreprésentation des diversifiés justifiait les contrôles au faciès, et d'autre part pour avoir affirmé que les employeurs avaient "le droit" de ne pas vouloir embaucher des diversifiés (question sur laquelle je reviendrai).
Grâce à ce jugement tout en nuances, nous savons donc désormais qu'il nous est permis de faire confiance à nos yeux, mais qu'il nous est en revanche strictement interdit d'agir en fonction de ce qu'ils nous disent.
Pour avoir supposé, assez stupidement il est vrai, qu'il était raisonnable d'agir en se basant sur la réalité, Eric Zemmour a par conséquent été condamné à 2000 euros d'amende avec sursis, à 2750 euros de frais de justice, et à verser 3000 euros de dédommagements aux associations ayant porté plainte; ce sans compter la publication à ses frais du jugement dans la presse .
Si nous laissons maintenant de côté les subtilités juridiques qui ne trompent personne, il est bien évident qu'Eric Zemmour a été en réalité condamné pour atteinte au dogme du "vivre-ensemble", comme le reconnait presque explicitement la LICRA. On commence par dire que les délinquants sont la partie la plus diversifiée de la population française (ce qui devrait d'ailleurs leur valoir des félicitations) et on finit par  vouloir arrêter l'immigration, comme aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. Pas question d'en arriver là. Il est évident aussi que le tribunal a essayé très fort de satisfaire les vivreensemblistes, sans pour autant susciter de la compassion pour Eric Zemmour en le condamnant lourdement. Il est vrai qu'il n'est pas nécessaire d'infliger de lourdes sanctions aux hérétiques, ni même de les condamner, pour faire rentrer dans le rang ceux qui auraient la tentation de s'égarer. Dans ce genre d'affaires le procès lui-même est la punition. Eric Zemmour, qui est un auteur à succès, a pu se payer de bons avocats, il pourra certainement payer sans difficultés ce qui est exigé de lui par le tribunal, de même que sa surface médiatique et les soutiens qu'il a reçu devraient lui permettre de garder ses emplois. Mais pour monsieur Dupont, se retrouver dans la même situation lui laisserait à peu près autant de chances de survie qu'un escargot sous un marteau-pilon, et ce même s'il était acquitté au bout du compte.
Le fait qu'Eric Zemmour soit condamné ou pas est donc finalement de peu d'importance. Ce qui compte est le fait même qu'il ait pu être trainé devant les tribunaux. Tant que les vivreensemblistes seront libres de détruire l'existence de ceux qui les contredisent publiquement, aucune vraie liberté de parole n'existera sur tous les sujets liés au "vivre-ensemble". En définitive, seule la suppression de toutes les lois visant à traquer les expressions phobiques (islamo-, homo-, diverso- etc.) permettrait de recouvrer cette liberté de paroles, et la possibilité d'agir raisonnablement qui va avec. Cela ne se fera pas sans un rude combat, et seuls ceux qui sont lourdement cuirassés pourront espérer l'emporter. Je ne sais pas si Eric Zemmour fera appel - et l'on comprendrait parfaitement qu'il veuille arrêter là les frais - mais ce serait hautement souhaitable, particulièrement si cela était l'occasion d'attaquer encore plus franchement ces lois funestes. Un jugement "équilibré" est simplement une nouvelle victoire pour les despotes très peu éclairés qui nous gouvernent.