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mardi 19 octobre 2021

"Violences sexuelle" à Supélec : de quoi parle-t-on exactement?

 


Il y a moins de deux semaines de cela, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, tonnait sur Twitter : « Je condamne fermement les actes de violences sexuelles à CentraleSupélec : ces situations intolérables n'ont leur place ni dans les cours, ni dans les soirées, ni sur aucun campus. J'adresse mon soutien absolu aux victimes et salue la responsabilité de l'établissement. » Un « plan national d’action contre les violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur » devrait d’ailleurs suivre très prochainement.

No pasaran et plus jamais ça, donc. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit d’un « scandale » révélé par une « enquête interne » menée dans la prestigieuse école d’ingénieur CentraleSupélec. Voici comment Le Monde présentait les résultats de cette enquête :

« Menée en ligne en juin et juillet auprès de 2 400 élèves de première et deuxième années, dont 659 ont répondu (196 femmes, 443 hommes, 20 s’identifiant comme non binaires), elle révèle que 51 femmes et 23 hommes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel, 46 femmes et 25 hommes d’une agression sexuelle et 20 femmes et 8 hommes d’un viol. (…) Dans neuf cas sur dix, l’auteur est un étudiant et l’agression a été commise dans le cadre associatif ou au sein de la résidence universitaire de Gif-sur-Yvette (Essonne), où sont logés 2 000 étudiants. »

Rien qu’en lisant cela, je me suis dit qu’on était en train de nous monter un bateau de la taille d’un paquebot transatlantique. Vérifier cette intuition n’a été ni long, ni compliqué. Mais procédons posément.

Supposons que les 659 étudiants qui ont répondu soient un échantillon représentatif à tous points de vue de l’ensemble des étudiants de Supélec. Cela nous donne un pourcentage annuel d’agression sexuelle de 10,77 et un pourcentage annuel de viol de 4,25 pour l’ensemble des étudiants. Pour les femmes, cela nous donne un pourcentage annuel d’agression sexuelle de 23,47 et un pourcentage annuel de viol de 10,2.

Oui, vous avez bien lu, si les résultats de cette enquête doivent être considérés comme représentatifs, cela signifie que presque un quart des étudiantes de Supélec sont agressées sexuellement chaque année et que plus de 10% d’entre elles sont violées. Si nous supposons une scolarité de cinq ans et une promotion unique, et si nous supposons en outre que la foudre ne s’abat jamais deux fois sur la même personne, cela signifie que plus de la moitié de l’effectif féminin de la promotion aura été violé et que la totalité aura été agressé sexuellement avant la fin de leur scolarité. Et si une étudiante a la malchance de poursuivre jusqu’au doctorat, on ne voit pas comment elle pourrait éviter, la malheureuse, de subir les derniers outrages à un moment où l’autre.

Déjà, vous commencez à tiquer. Mais poursuivons.

Selon la dernière enquête de victimation de l’ONDRP, en 2018 il y a eu 185 000 violences sexuelles hors ménage, dont 67 000 viols ou tentatives de viol. Etant donné que le champ de l’enquête ONDRP n’est pas l’ensemble de la population mais seulement les personnes âgées de 18 à 76 ans, cela signifie que 0,4% des 18-76 ans sont victimes d’agression sexuelle chaque année et 0,14% sont victimes de viol.

Ces catégories de l’ONDRP ne se superposent pas tout à fait à celles de l’enquête menée à Supélec, mais admettons qu’elles soient identiques, pour les besoins de la discussion. La conclusion est alors que le pourcentage annuel de viol sur le campus de Supélec serait PLUS DE TRENTE FOIS SUPERIEUR à ce qu’il est dans l’ensemble de la population.

Je me demande bien ce qu’ils peuvent mettre dans la nourriture à la cafétéria de Supélec. Mais poursuivons et examinons ce qu’il en est spécifiquement pour les femmes.

Toujours selon l’ONDRP, 75% des victimes de violences sexuelles hors ménage sont des femmes et cette proportion se retrouve parmi les victimes de viol. En 2018 ce seraient donc 50 250 femmes qui auraient été violées (en amalgamant viols et tentatives de viol). Il y avait grosso modo 23 millions de femmes âgées de 18 à 76 ans dans la population française, ce qui nous donne donc 0,22% de victimes de viol sur cette population chaque année.

Cela signifie donc que, en mettant le pied à Supélec, une étudiante aurait, chaque année, QUARANTE-SIX FOIS PLUS de risques de se faire violer qu’une Française quelconque âgée de 18 à 76 ans.

Toutefois, il y a un biais à ce calcul : la population étudiante de Supélec est jeune, par définition, or l’enquête de l’ONDRP révèle que les jeunes femmes sont plus touchées que les autres par les violences sexuelles hors ménage. Ces violences seraient, grosso modo, 3,25 fois plus élevées chez les femmes âgées de 18 à 29 ans que dans l’ensemble de la population. Supposons que la proportion soit la même pour les viols, cela signifie que 0,7% des femmes âgées de 18 à 29 ans seraient victimes de viol chaque année. Cela nous donne donc, pour les pauvres étudiantes de Supélec, un risque de viol « seulement » quinze fois supérieur à ce qu’il est pour l’ensemble des jeunes femmes françaises.

Mais il y a un autre biais à ce calcul, qui joue en sens inverse : les personnes les plus pauvres sont davantage victimes de violences sexuelles que les plus riches. « En effet, 0,6 % des personnes appartenant à un ménage dont le niveau de vie fait partie des 30 % les plus modestes ont déclaré avoir été victimes de telles violences sexuelles, contre 0,3 % des personnes issues de classes moyennes et 0,2 % des personnes appartenant aux catégories aisées », selon l’ONDRP. Le taux de violences sexuelles chez les CSP+ serait donc trois fois inférieur à celui des CSP-, approximativement. Or les étudiants de Supélec appartiennent sans conteste aux CSP+, au moins en ce sens que leurs études les préparent à intégrer ces CSP+.

Il faudrait donc pouvoir comparer le pourcentage annuel de viol chez les jeunes femmes CSP+ à celui des étudiantes de Supélec pour avoir une idée précise de la sur-violence sexuelle terrifiante qui est censée sévir sur le campus de Gif-sur-Yvette. Faute de données cela n’est pas possible, mais si nous supposons que les jeunes CSP+ sont deux fois moins victimes de viol que les jeunes femmes dans leur ensemble, ce qui ne parait pas extravagant, cela nous donnerait donc un risque annuel de viol trente fois supérieur pour les étudiantes de Supélec. Ce qui nous ramène à notre première estimation.

Enfin, dernier élément, il semblerait que, concernant ces viols et agressions sexuels commis à Supélec l’année passée, aucune plainte n’ait été déposée. En tout cas aucun des faits révélés par l’enquête n’a été rapporté à la direction, malgré la mise en place d’un important dispositif de lutte contre les violences sexuelles. Rappelons que, pour les violences sexuelles hors ménage, le taux de signalement aux autorités était de 16% en 2018 (plainte ou main courante) et 25% pour les viols. On peut aussi raisonnablement penser que les CSP+ portent davantage plainte que les CSP-, mais tout cela est spéculatif, faute de données.

Concluons : s’il faut en croire l’enquête menée par une association étudiante et « coordonnée avec l’association féministe Ça pèse », le campus de Supélec serait à peu près l’équivalent du château de Silling, cadre dans lequel le marquis de Sade situe ses fameuses « 120 journées de Sodome ». Vu le taux effarant de viols et d’agressions sexuelles, des gangs d’étudiants en rut, prêts à toutes les violences pour satisfaire leurs pulsions, doivent constamment écumer le campus et tous les étudiants ont dû, à un moment ou l’autre, être témoins ou victimes de ces horreurs. Cependant, le taux de plainte serait égal à zéro, ou peu s’en faut. Donc, quelque chose comme 30 fois plus de viol et en même temps 25 fois moins de signalements aux autorités.

Est-ce crédible ? Non, à l’évidence. Les résultats de cette « enquête » sont, littéralement, invraisemblables, pour ne pas dire qu’il seraient comiques si on ne parlait pas de choses si graves.

Mais alors, comment expliquer ces résultats ? A mon sens, il y a deux explications possibles, qui ne sont pas totalement exclusives l’une de l’autre.

D’une part on peut soupçonner que le recueil des témoignages a été fort peu rigoureux et guidé par certaines idées préconçues, que l’on peut résumer par la célèbre formule de Caroline de Haas, la papesse du féminisme institutionnel : « un homme sur deux ou trois est un agresseur ». En tout cas, je serais le président de Supélec, j’irais de toute urgence examiner très attentivement comment la fameuse enquête a été menée. Je serais surpris si cet examen ne donnait pas lieu à des découvertes surprenantes. Enfin, surprenantes pour ceux qui ne savent pas encore à quoi s’en tenir au sujet du féminisme contemporain.

Mais, d’autre part, il est fort probable que l’immense majorité des « agressions sexuelles » et des « viols » révélés par l’enquête se rapportent en fait à des interactions fortement alcoolisées lors de soirées étudiantes. Les « viols », en particulier, sont, plus que probablement, pour l’immense majorité d’entre eux, des rapports sexuels d’un soir entre deux partenaires au dernier ou à l’avant-dernier stade de l’ivresse ; rapports sexuels que l’un au moins des participants – en général la femme – regrette ensuite, une fois dégrisé, et qui sont alors réinterprétés comme des « viols », c’est-à-dire comme des rapports non consentis, ce qui permet d’atténuer la honte qui accompagne en général la réalisation du fait que l’on a perdu la tête au point de coucher avec un parfait inconnu pratiquement au su et au vu de tout le monde.

N’importe qui sachant à quoi s’en tenir sur le degré d’alcoolisme qui règne, hélas, dans un très grand nombre d’établissements d’enseignement supérieur comprendra immédiatement de quoi il est question.

Mais, quelle que soit la bonne explication, ou la bonne proportion entre les deux explications, la facilité avec laquelle des chiffres proprement incroyables ont été acceptés, aussi bien par les médias que par les autorités administratives et politiques, montre bien à quel point le discours néo-féministe imprègne aujourd’hui les esprits : tout le monde est tellement persuadé que tous les hommes sont des « porcs » ou des violeurs en puissance que ce genre d’enquête grotesque, non seulement est pris au sérieux, mais est même capable de mettre en mouvement l’action publique. Car, bien sûr, ce qui résultera de tout ça est connu d’avance : ce sera encore plus d’argent pour les associations féministes et encore plus de bureaucratie du ressentiment, chargée de propager la méfiance et la rancœur entre les hommes et les femmes.

Quant à ce qu’une enquête de ce genre peut révéler, en creux, de véritablement problématique, à savoir les conséquences lamentables et nocives – pour les deux sexes, mais particulièrement pour les jeunes femmes – de la prétendue « libération sexuelle », personne parmi les autorités n'en dira un mot, vous pouvez en être sûr.

2 commentaires:

  1. Cette enquête est au contraire formidable. Elle fustige les jeunes ingés, plus souvent que dans le reste de la société des jeunes hommes blancs, souvent issus des classes moyennes supérieures de la société, catégorie qui tente de palier vaille que vaille aux insuffisances de l'Educ Nat pour former les futurs cadres. Diplôme en poche, ils sauront à quoi s'en tenir pour faire carrière!
    Elle affaiblit également une Ecole Nationale Supérieure qui essaye également de former correctement des jeunes ingés en résistant au wokisme.
    Réellement, je trouve que sur ce coût, l'association "ça pèse" a été balèse!

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  2. Le premier problème de cette enquête est qu'elle a été réalisée en ligne, donc de façon anonyme, je présume. Or les interrogés peuvent parfaitement raconter n'importe quoi sans aucun contrôle. On peut en induire certaines choses sur l'état d'esprit des personnes interrogés, mais pas des faits certains.

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