Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 18 septembre 2013

Plus d'armes : moins de crimes (1/3)



Certains d'entre vous penseront peut-être que, pour une fois, je suis de près l'actualité, et que j'ai profité de la très récente affaire du bijoutier niçois ayant tué l'un de ses braqueurs pour fourbir, vite fait bien fait, un petit papier sur la question du port d'armes. Il n'en est rien. Ce billet (cette suite de billets plutôt) était dans mon congélateur depuis un certain temps déjà et sa publication programmée bien avant que ledit bijoutier ne fasse la une des journaux. Pur hasard donc. Mais parfois il est vrai que le hasard fait bien les choses, et je ne suis pas mécontent d'apporter ma pierre au débat passionné du moment. Il y a là, à mon avis, de quoi réfuter bien des affirmations péremptoires qui ont été avancées à cette occasion. Mais je vous laisse en juger par vous-mêmes.
Bonne lecture.

 
Dans bien des domaines de la vie publique les solutions les plus simples, les plus efficaces, et les plus morales, sont souvent celles qui sont les moins considérées. Pire, ce sont parfois celles qui suscitent le plus de rejet et d’incompréhension, au point que le seul fait de les évoquer suffira pour vous faire regarder comme un dangereux extrémiste, qu’il conviendrait sans doute de faire taire et en tous les cas de ne surtout pas écouter.
Ainsi, dans le débat public souvent passionné au sujet des meilleurs moyens de faire baisser la criminalité, il est sans doute une proposition qui, plus encore que la suggestion de rétablir la peine de mort, suscitera au mieux une totale incompréhension et au pire l’indignation : celle de libéraliser le port des armes à feu.
Pourtant les arguments en faveur d’une telle mesure sont fort simples, et apparemment très raisonnables.
Les criminels, comme chacun d’entre nous, prennent la plupart du temps en compte les conséquences probables de leurs actes avant d’agir. Parmi ces conséquences, l’une d’elles est que la victime se défende. Si le criminel a des raisons suffisantes de penser que sa victime potentielle pourrait être armée, il y réfléchira à deux fois avant de s’en prendre à elle, et pourra même fréquemment renoncer à le faire. Une manière très simple de faire diminuer la criminalité serait donc d’autoriser les simples citoyens, non seulement à posséder mais aussi à porter sur eux une arme à feu dissimulée. L’effet dissuasif sera maximum, en effet, si le criminel ignore si sa victime potentielle est ou non armée, car s’il le sait il pourrait simplement décider de s’en prendre à quelqu’un d’autre.
Pour que cet effet dissuasif fonctionne il n’est nul besoin que tous les citoyens adultes portent une arme sur eux. Il suffira qu’une petite fraction de la population adulte exerce ce droit, l’incertitude fera le reste.
Supposons que seul 5% de la population adulte porte une arme. Dans n’importe quel endroit public, la probabilité que quelqu’un, quelque part, ait une arme sur lui grimpera très vite. Si notre délinquant potentiel envisage, par exemple, d’attaquer un restaurant dans lequel se trouvent cent personnes, la probabilité que l’une d’elles (qu’il ne connait pas) soit armée atteindra presque 100%. De quoi, sans doute, dissuader bien des criminels de passer à l’acte. En ce sens, bon nombre d’honnêtes gens tireront profit de la liberté accordée à tous de porter une arme sans avoir jamais besoin d’en porter une eux-mêmes.

Arrivé à ce point de l’argumentation, les objections se bousculent. Ecoutons les principales.

Quoi ? Laisser les individus se défendre eux-mêmes ? Mais c’est la loi de la jungle que vous prônez ! Nous avons une police pour nous défendre, laissons-là simplement faire son travail.

Certes, l’action de la police est très importante pour combattre le crime. Elle est - ou elle devrait être - la première protection des honnêtes gens. Simplement, même la police la plus efficace du monde ne saurait être partout, et dans la plupart des cas elle doit se contenter d’agir après que le crime ait été commis. Il n’y a donc rien d’extravagant à permettre aux citoyens de se défendre efficacement par eux-mêmes, c’est-à-dire au besoin avec une arme à feu, lorsque la police ne peut pas intervenir à temps.

Comment ? Multiplier les porteurs d’arme ? Mais ne serait-il pas bien plus rationnel et efficace de retirer purement et simplement toutes les armes de la circulation ?

Evidemment, nous aimerions tous que les pouvoirs publics puissent retirer leurs armes aux criminels. Malheureusement, c’est impossible. Même dans les régimes les plus tyranniques les criminels parviennent à se procurer des armes, et a fortiori dans les régimes démocratiques, où la marge d’action des pouvoirs publics est, heureusement, limitée. La police, qui n’est pas capable, par exemple, d’empêcher la vente et la consommation de drogue, ne l’est pas davantage d’empêcher les délinquants de se procurer des armes à feu. Par conséquent, interdire la vente et la possession d’armes touchera essentiellement une catégorie de la population, et une seule : les honnêtes gens, ceux qui respectent la loi. Honnêtes gens qui se retrouveront désarmés face aux délinquants.
Au surplus, nous ne devons pas oublier que, à supposer qu’il soit effectivement possible de retirer toutes les armes à feu de la circulation, le résultat serait de laisser un net avantage aux délinquants - qui sont pour la plupart des hommes jeunes - sur nombre de leurs victimes - qui sont souvent des femmes et des personnes âgées. La seule vraie manière de se défendre, pour ces catégories de la population, c’est de posséder une arme à feu.

Vous dites que la libéralisation du port d’armes aura un effet dissuasif sur les délinquants. Vous supposez donc que le crime est une activité qui obéit à une certaine rationalité, que les criminels, la plupart du temps, se livrent à une sorte de calcul coût/avantage avant d’agir. Mais est-ce bien le cas ? Beaucoup de crimes ne sont-ils pas provoqués par des passions extrêmes ? Ne sont-ils pas le fait de gens incapables de se contrôler pour une raison ou une autre ?

On peut effectivement accorder que certains crimes et certains criminels répondent à cette description. Mais en faire une généralité reviendrait à considérer les délinquants comme des êtres d’une espèce fondamentalement différente de la notre. Il est certes vrai que les délinquants présentent, en moyenne, des caractéristiques un peu différentes de celles de la population générale, comme leur âge, leur sexe, leur QI ou leur personnalité. Mais supposer qu’ils ne prendraient pas en compte avant d’agir le risque d’être blessé ou tué serait les placer, non seulement en dehors de l’humanité, mais même en dehors de toute vie animale un peu évoluée. Même les chiens ou les chats réagissent à la récompense ou à la punition et sont capables d’anticiper l’une et l’autre, et nous nierions que cela puisse être le cas pour les criminels ? Cela semble une position simplement intenable. Toutefois, l’ampleur de l’effet dissuasif ne peut être évalué simplement sur la base de ces considérations abstraites. On peut penser qu’il sera grand pour tous les crimes qui impliquent un contact direct avec la victime, et moins grand, voir nul, pour les autres. Mais cela reste à confirmer par des études quantitatives.

Libéraliser le port d’armes ? Mais cela revient à faciliter l’acquisition des armes à feu aussi par les délinquants. Sachant que leurs victimes risquent d’être armées, ceux-ci vont tous acquérir une arme à feu, et ce sera une course aux armements sans fin dans laquelle les criminels auront toujours une longueur d’avance.

Effectivement, libéraliser le port d’armes aurait aussi pour conséquence de rendre celles-ci (un peu) plus faciles à acquérir pour les gens malintentionnés. La question est alors de savoir quel sera le nouvel « équilibre des forces », autrement dit de savoir si, au total, les honnêtes gens s’en trouveront mieux ou moins bien. Avant toutes choses, nous pouvons sans doute écarter le risque d’une montée aux extrêmes. Il ne semble pas réaliste d’envisager que le violeur, le voleur ou l’assassin vont se mettre à transporter un fusil d’assaut sous prétexte que leur victime pourrait avoir un pistolet sur elle. Tout ce que le délinquant pourra faire, la plupart du temps, sera de se munir lui aussi d’une arme de poing. Mais même à supposer que tous les délinquants se mettent à acquérir une arme à feu, cela ne changerait guère pour eux l’estimation du risque qu’ils courent si leur victime est armée, qui est toujours de se faire tuer. On peut donc raisonnablement penser que la libéralisation du port d’armes continuerait à avantager les honnêtes gens, mais en définitive une question de ce genre ne peut guère être tranchée que de manière empirique, par des études quantitatives.

Libéraliser le port d’armes ? Vous allez peut-être dissuader certains délinquants de passer à l’acte, mais vous allez aussi à coup sûr provoquer une multiplication des morts par arme à feu. La moindre dispute domestique pourra se transformer en carnage, des enfants se tueront accidentellement avec les armes de leurs parents, les gens sortiront leur arme à la première contrariété, et les déséquilibrés surarmés commettront des meurtres de masse, comme Anders Breivik ou Adam Lanza.

Tout cela est effectivement de l’ordre du possible. Mais ce qui est simplement possible n’est pas pour autant certain, ni même probable. Plus largement, la question n’est pas de savoir si les armes à feu peuvent être utilisées à mauvais escient. Il est évident qu’elles peuvent causer des accidents et servir à commettre des crimes. Mais elles peuvent aussi aider les honnêtes gens à se défendre. La vraie question est donc de savoir si leurs avantages sont supérieurs à leurs inconvénients ; plus exactement, elle est de savoir si libéraliser le port d’armes permettrait, au total, de sauver des vies et ferait diminuer les actes de délinquance. Cette question ne peut pas être tranchée définitivement a priori.

Si vous en êtes arrivé là de votre réflexion, vous êtes mûr pour vous tourner vers les ouvrages de John Lott, un économiste américain, qui a écrit deux ouvrages de référence sur la question du port d’armes. Le premier s’intitule : More guns, less crime (« Plus d’armes, moins de crime »). Le second a pour titre : The bias against gun (« Le préjugé contre les armes ») et est sous-titré : Why almost everything you’ve heard about gun control is wrong (« Pourquoi presque tout ce que vous avez entendu au sujet du contrôle des armes est faux »). On ne saurait faire plus explicite sur leurs contenus respectifs.
Mais détaillons un peu ces contenus.
More guns, less crime est une étude très complète sur l’effet du port d’armes sur la criminalité et, comme son titre l’indique, l’auteur parvient à la conclusion que le droit pour les citoyens de porter des armes dissimulées aboutit à faire baisser spectaculairement les taux d’un certain nombre de crimes graves. More guns, less crime présente l’avantage d’en être à sa troisième édition (1998, 2000, 2010), ce qui a permis à John Lott de répondre en détails à ses principaux critiques et d’affiner sans cesse ses analyses, tout en parvenant toujours aux mêmes conclusions. La dernière édition détaille ces critiques, ainsi que les modifications et ajouts successifs fait par Lott à ses calculs. L’impression de méticulosité et d’exhaustivité qui s’en dégage est certainement impressionnante, et il est difficile de voir ce qui pourrait avoir été oublié et serait susceptible d’invalider les résultats auxquels parvient l’auteur. Cette méticulosité a cependant un prix, qui est le caractère très technique de l’ouvrage, qui le rend peu accessible pour le commun des mortels, même si ses conclusions sont on ne peut plus claires. Conscient de cela, Lott a donc rédigé The bias against gun, qui est en quelque sorte, comme il le dit lui-même, une version destinée au grand public des principaux arguments présentés dans More guns, less crime. Les amoureux de la difficulté et les spécialistes de la spécialité se tourneront donc plutôt vers More guns, less crime, tandis que ceux qui sont simplement des amateurs éclairés trouveront de quoi les contenter dans The bias against gun.

Dans un cas comme dans l’autre, ceux qui se soucient sincèrement des meilleurs moyens de combattre le crime ne pourront ignorer les arguments avancés par John Lott.
Vous qui entrez ici, abandonnez tout préjugé.

mardi 3 septembre 2013

Vous en avez rêvé, je l'ai fait !



Après Ostracisme, le blog, voici Ostracisme, le livre !

Oui, parfaitement, un livre rassemblant la plupart des textes publiés sur ce blog depuis son ouverture.
Un livre composé entièrement par votre serviteur – c’est la magie de l’auto-édition.
Un livre de 440 pages, pas une de moins, et malheureusement pas une de plus, car l’éditeur que j’ai choisi n’acceptait pas les manuscrits excédants ce volume ; ne me demandez pas pourquoi.
440 pages, et en petits caractères encore, pour essayer de tout faire rentrer dans lesdites 440 pages.
440 pages comprenant les graphiques qui ont fait la renommée (mondiale) de ce blog.
440 pages pour un résultat qui, s’il n’est pas entièrement professionnel (à cause essentiellement desdits graphiques), me semble néanmoins très acceptable – sans forfanterie.
Vous pourrez d’ailleurs en juger par vous-mêmes en allant voir les aperçus du livre.
Et puis, n’est-ce pas, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Et là vous avez de quoi vous enivrer pendant vos longues soirées d’hiver, croyez-moi.
Pourquoi donc transformer un blog en livre ? Lisez la préface et vous le saurez.
Un livre soit, mais pour quel prix (car rien n’est gratuit en ce bas monde) ?
Eh bien, vous avez le choix entre trois qualités : couverture souple, impression noir et blanc ; couverture rigide avec une jaquette, impression noir et blanc ; couverture rigide imprimée, impression couleur.
Le moins cher est la couverture souple, impression noir et blanc, et le plus cher la couverture rigide, impression couleur.
Personnellement il me semble que ce dernier choix est le meilleur, d’une part car 440 pages font un assez gros livre et qu’en ce cas la couverture rigide me parait réellement plus durable, d’autre part car les fameux graphiques me semblent un peu plus lisibles en impression couleur qu’en noir et blanc. Mais la différence n’est pas énorme – et il est vrai que l’option que je vous conseille n’est pas donnée.
Le choix vous appartient.
J’aurais souhaité vous présenter aussi une version pour ipad, malheureusement la conversion pose des problèmes que je n’ai pas pu résoudre. J’en suis sincèrement désolé.
Dans tous les cas, sachez bien que je ne touche pas plus d’argent sur les formats les plus chers, qu’il ne s’agit de toute façon que de quelques euros et que je n’ai inclus ce (petit) bénéfice dans le prix que parce que j’ai fait le pari que la vente de ce livre me permettrait de me payer le restaurant.
La question est maintenant de savoir si cela sera le kebab du coin ou bien le restaurant étoilé de la ville la plus proche.
Cela ne dépend plus que de vous, mes chers lecteurs.
Et tenez, pour vous inciter à sauter le pas de la commande, j’annonce solennellement que les publications sur le blog ne reprendront que lorsque j’aurai vendu 10 000, euh, non, 1000, enfin plutôt 100, bon alors disons 50 exemplaires du livre – dans n’importe quelle qualité, pour moi c’est égal.
Voilà, c’est dit. Vous savez ce qui vous reste à faire : cliquez sur le lien, commandez, offrez, recommandez, et que le seuil fatidique des 50 exemplaires soient promptement atteint !
(Mais bon, on pourra peut-être s’arranger, à quelques dizaines près, n’est-ce pas…).

mercredi 28 août 2013

Toc...toc...toc...



 
La semaine prochaine à la même heure, le rideau se lèvera sur une nouvelle saison d’Ostracisme.
Le programme jusqu’à l’été prochain n’est pas encore totalement défini, mais il est du moins possible d’en donner à l’avance certains éléments.
J’aurais donc le plaisir, l’honneur et l’avantage de vous présenter, mes chers lecteurs, des textes sur la question du port d’armes, sur celle de la peine de mort, sur la discrimination positive, sur Jean-Claude Michéa, sur les différences entre l’islam et le christianisme, ainsi que les traductions de plusieurs articles de Théodore Dalrymple. Et sans aucun doute bien d’autres choses encore, pourvu que le temps et l’inspiration ne me désertent pas.
Mais avant tout cela sera dévoilée la surprise que je vous avais promise en mettant le blog en vacances.
Oui, oui, la semaine prochaine, mais pas avant.
Ah, je sais, c’est dur.
Allons courage, plus que sept jours. Et pour patienter un petit cartoon de Tex Avery.
Pourquoi ?
Mais parce que j’aime à vous imaginer comme ce pauvre Lenny : « Oh, boy ! I got a present, I got a present ! »
Souhaitons que je termine mieux que l’écureuil…


jeudi 4 juillet 2013

Vacances de blog





Comme à l’habitude, mes chers lecteurs, les mois de juillet et d’août seront des mois sans publication. Reprise des hostilités début septembre, si Dieu me prête vie.

J’ai déjà quelques cartouches sous le coude et je compte bien augmenter mon stock de munitions d’ici là, mais surtout je vous prépare une surprise pour la rentrée.

Une surprise ?! Quelle surprise ?

Non, non, non, vous verrez bien.
Prenez patience, deux mois ce n’est pas si long – surtout si vous prenez quelques vacances et que le soleil consent enfin à se mettre de la partie.

D’ici là le restaurant reste ouvert et vous trouverez dans l’arrière-cuisine quantité de surgelés, pour le cas où une fringale vous prendrait. Vous pourrez même laisser un mot au patron, qui viendra relever les compteurs de temps en temps.

A bientôt !