La presse française rapporte,
avec une certaine délectation mauvaise, encore un nouveau cas d’émeutes
raciales aux Etats-Unis après la mort d’un homme noir, Keith Lamon Scott,
abattu par la police en Caroline du Nord.
Que le policier qui a abattu
Scott soit lui-même noir et que la police locale affirme que la victime était
armée et menaçante ne change strictement rien à la conviction des émeutiers, et
des médias français, que la police américaine (ou plutôt devrait-on dire les
polices américaines, car la police aux Etats-Unis est essentiellement une
affaire locale) est essentiellement raciste et se livre à une véritable chasse
aux hommes noirs, en toute impunité.
Bien évidemment les mauvais
policiers existent, de même que ce que l’on appelle les bavures. Mais une
hirondelle ne fait pas le printemps et un, ou même plusieurs, homicides
policiers injustifiés ne suffisent aucunement à prouver que les forces de
police américaines sont racistes ou que le plus grand danger que courent les
hommes noirs américains aujourd’hui serait de rentrer en contact avec la
police.
Examinons donc le phénomène dans
son ensemble.
Le Washington Post tient le
décompte des personnes tuées par la police aux Etats-Unis à partir de diverses
sources d’information, officielles et officieuses.
En 2015 ce seraient 990 personnes
qui auraient été tuées par la police. Les Blancs entraient dans ce décompte
pour 494 victimes (50%), les Noirs pour 258 (26%) et les Hispaniques pour 172 (17%).
Les Noirs représentent environ
13% de la population américaine et les Blancs 62% (laissons les Hispaniques de
côté).
Les Noirs sont donc
surreprésentés parmi les personnes tuées par la police et les Blancs
sous-représenté, par rapport à leur proportion dans la population totale.
Le problème est que les Noirs
sont aussi très fortement surreprésentés parmi les délinquants et les
criminels, et les Blancs fortement sous-représentés.
Juste quelques chiffres.
A New-York City, les Noirs sont,
grosso modo, responsables de plus de 75% des fusillades annuelles, selon les
déclarations des victimes et témoins de ces fusillades, alors qu’ils ne
représentent que 23% de la population. Ils commettent 70% de tous les vols. Par
contraste, les Blancs sont responsables de moins de 2% de toutes les fusillades
et 4% de tous les vols, bien qu’ils représentent 34% de la population de la
ville. En 2009, dans les 75 juridictions les plus vastes au niveau des comtés américains,
les Noirs représentaient 62% des accusés pour vol, 61% des contrevenants à la
législation sur les armes à feu, 57% des personnes accusées de meurtre, et 50%
des cas de contrefaçon. Ils représentaient également 53% de tous les accusés
pour trafic de drogue au niveau des Etats, en 2009, les Blancs 22%, tandis que
dans les cas de possession de drogue les Noirs représentaient 39% des accusés
et les Blancs 34%.
Pour nous en tenir à la question
des rencontres mortelles entre les Noirs et la police, de 2005 à 2014, 40% des
assassins de policiers étaient noirs…
Une catégorie attire
particulièrement l’attention des médias : celle des personnes désarmées
tués par la police. En 2015 il y en aurait eu 93 (toujours selon le Post) dont 36 hommes noirs (et deux
femmes) et 31 hommes blancs (et une femme).
Ce sont ces hommes noirs désarmés
et néanmoins tués par la police qui aliment en premier lieu les accusations de
racisme et de « chasse à l’homme. »
Pourtant, si nous acceptons sans
discuter les classifications du Washington
Post il est facile de constater que le taux de policiers tués en service
est 45 fois supérieur à celui des hommes noirs désarmés tués par la police en
2015. Et les risques pour un policier d’être tué par un agresseur noir sont
18,5 fois supérieurs au risque que court un Noir désarmé d’être tué par un
policier.
En vérité, les policiers ont bien
plus à craindre des Noirs que les Noirs des policiers.
Par ailleurs, lorsque l’on
examine de plus près la catégorie des « victimes noires désarmées »,
comme l’ont fait plusieurs journalistes américains, on découvre que nombre de
cas sont beaucoup plus ambigus qu’il n’y parait. Bien souvent, la victime noire
« désarmée » a été abattue par l’agent de police avec lequel elle se
battait, voire dont elle essayait de prendre l’arme de service. Dans toute
bagarre entre un suspect et un agent de police une arme est nécessairement
impliquée, celle que porte le policier, et elle est au premier qui mettra la
main dessus. Cela rend toute confrontation physique entre un policier et un
suspect beaucoup plus dangereuse pour les deux protagonistes qu’une bagarre
« ordinaire » entre deux civils désarmés.
En réalité, les cas de victimes noires
authentiquement désarmées et non menaçante tuées intentionnellement par la
police sont une rareté statistique, bien qu’évidemment déplorable.
Et en tout état de cause, les 258
Noirs tués par la police en 2015 sont bien peu de choses comparés aux quelques
6000 Noirs tués par d’autres Noirs annuellement aux Etats-Unis.
Le mouvement de protestation
contre le prétendu racisme policier aux Etats-Unis a pris le nom de Black Lives Matter (« Les vies
noires comptent »). Pourtant, en encourageant les émeutes et la résistance
à la police, ce mouvement met doublement en danger la vie des Noirs américains.
Il la met en danger d’une part en accroissant la probabilité que les Noirs
suspectés par la police résistent à celle-ci lors de leur arrestation et
finissent ainsi par provoquer une riposte mortelle des policiers. Il la met en
danger, surtout, en incitant la police à céder le terrain aux délinquants pour
éviter le risque d’une confrontation mortelle qui déclencherait un nouveau
cycle d’émeutes et une nouvelle campagne médiatique stigmatisant le
« racisme » éhonté des forces de l’ordre. Un peu partout aux
Etats-Unis les polices, sous la pression de Black
Lives Matter, renoncent aux méthodes proactives qui avaient permis de faire
baisser la criminalité de près de 50% ces 25 dernières années. Elles se
contentent désormais de répondre aux appels d’urgence, une fois que les
agressions, les vols, les viols ou les meurtres ont eu lieu. Une fois qu’il est
déjà trop tard.
Or, de même que les Noirs sont
surreprésentés parmi les délinquants, les Noirs sont surreprésentés parmi les
victimes de la délinquance. Dans les années à venir, on peut en être certain,
beaucoup de vies noires seront fauchées à cause de Black Lives Matter.


