Ralliez-vous à mon panache bleu

dimanche 31 janvier 2021

La tyrannie du transgenre

 


L’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche a, comme il se doit, été à peu près unanimement saluée par les médias et la classe politique française comme une sorte de bienfaisant retour à la normalité et à la raison après la « folie » supposée des quatre années de présidence Trump. 

Pour marquer ce retour à la raison, au bon sens, à la modération et à la normalité, l’une des toutes premières mesures prises par Joe Biden a été de restaurer un décret signé par Barack Obama et abrogé par Donald Trump, décret qui considère que la législation fédérale visant à combattre les discriminations sur la base du sexe doit être comprise comme s’appliquant aux « discriminations sur la base du genre », c’est-à-dire comme s’appliquant aussi aux personnes transgenres. 

Concrètement, cela signifie qu’il est illégal de traiter un homme qui prétend être une femme comme s’il était un homme, ou une femme qui prétend être un homme comme si elle était une femme. Plus concrètement encore, cela signifie que toutes les considérations d’ordre biologique, ou liée à la biologie, doivent être suspendues lorsque vous avez à faire à quelqu’un qui se déclare transgenre. Vous ne pouvez donc pas interdire à un homme qui prétend être une femme d’utiliser les toilettes, les vestiaires ou les dortoirs des femmes, ni même prévoir toilettes, vestiaires et chambre à lui spécialement destinés. Ce serait de la « discrimination ». Vous ne pouvez pas davantage interdire à un homme qui prétend être une femme de concourir dans des compétitions sportives féminines, et d’écraser les athlètes femmes de sa musculature et de ses capacités athlétiques masculines. Et ainsi de suite.

Lorsqu’il est question de transgenre, la parole des intéressés, et elle seule, fait foi. Ils sont ce qu’ils prétendent être. La nature n’existe plus. Voilà très exactement ce que signifie ce décret signé dans les premières heures de son mandat par Joe Biden, le président raisonnable qui succède à Trump le fou.

Par ailleurs, Joe Biden a nommé comme secrétaire-adjoint à la santé un certain Richard Levine, pédiatre de 63 ans qui a effectué sa « transition de genre » en 2011 et se fait désormais appeler Rachel.

Sans doute n’avons-nous pas encore bien pris la mesure de ce qu’implique le fait qu’un président des Etats-Unis nouvellement élu ne trouve rien de plus urgent que de prendre des décisions de ce type.

Bien sûr, en ce qui concerne Joe Biden lui-même, cela implique juste qu’il est un politicien opportuniste, qui s’empresse de donner des gages à « l’aile gauche » de son parti en croyant ainsi l’apaiser, alors qu’il ne fait, en réalité, que lui permettre de devenir bientôt le « centre » dudit parti. Aucune surprise en cela.

Mais les revendications liées à « l’identité de genre » ont ceci d’extraordinaires – et qui devrait nous terrifier, si nous y réfléchissons un peu – qu’elles sont ouvertement contradictoires et qu’elles nous demandent de déclarer publiquement comme vrai quelque chose que nous savons être impossible – dont l’impossibilité nous saute littéralement aux yeux. Elles nous demandent de nier les évidences de nos sens et de notre raison.

Avec le « mouvement transgenre », nous sommes sommés de croire et d’affirmer à la fois que le masculin et le féminin sont des constructions arbitraires inventées par « la société » dans une intention mauvaise, qu’il est cependant possible pour une personne d’être un homme né dans un corps de femme, ou vice-versa, et, qui plus est, qu’il possible pour un enfant d’avoir conscience dès trois ans de cette mystérieuse incohérence entre le corps et l’esprit. Comme le résume justement Anthony Esolen, « C’est à peu près comme de dire que Napoléon n’existe pas, que vous êtes Napoléon et que vous saviez que vous étiez Napoléon peu après le moment où vous avez cessé de porter des couches. »

Nous sommes aussi sommés de nous comporter comme si la personne en face de nous était une femme (ou un homme), alors que nous voyons qu’elle est un homme (ou une femme) de manière aussi claire, indubitable et inévitable que nous percevons la lumière du jour lorsque nous ouvrons les yeux.

L’affirmation au centre de l’activisme transgenre est que le sentiment qu’une personne a de son « genre » détermine son sexe, autrement dit que ses « sentiments » déterminent la réalité de ce qu’elle est.

Bien entendu, nous savons tous qu’il n’en est pas ainsi et que se conduire comme si nos sentiments déterminaient la réalité ne peut que conduire à une mort rapide, ce qui est une sorte de réfutation en acte. Nous savons tous obscurément, même si nous ne sommes pas philosophes, que la vérité est l’adéquation entre notre pensée et la réalité et que la folie est justement de prendre ses désirs pour la réalité sans qu’il soit possible de vous convaincre de votre erreur. Et, d’ailleurs, les militants transgenres montrent bien qu’ils savent que leurs sentiments et la réalité sont deux choses très différentes, puisqu’ils exigent que la médecine intervienne pour mettre la réalité de leur corps sexué en accord avec leurs « sentiments de genre ».

Mais cette intervention de la médecine, loin de mettre les sentiments en accord avec la réalité, ne fait que rajouter un mensonge au mensonge initial. Car la médecine est incapable de transformer un homme en femme ou une femme en homme. La médecine est capable, dans une mesure limitée, de donner à un homme l’apparence d’une femme et à une femme l’apparence d’un homme. Elle peut faire pousser des seins à un homme et elle peut le castrer. Elle peut ôter ses seins à une femme, augmenter sa musculature et sa pilosité et lui bricoler un simulacre de pénis. Mais tout cela ne fait ni une femme ni un homme, car nous sommes des êtres sexués jusqu’au fond de nos cellules. Le corps d’un homme et celui d’une femme sont structurellement différents : de la tête aux pieds et des os jusqu’au cerveau nous sommes biologiquement homme ou femme, et la médecine ne peut absolument pas modifier cette structure fondamentale. Pas plus d’ailleurs qu’elle ne peut donner un vagin à un homme ou un pénis à une femme. Un vagin n’est pas un orifice situé entre les jambes, c’est un organe qui fait partie d’un ensemble reproducteur extrêmement sophistiqué ; un pénis n’est pas un appendice vaguement érectile, c’est un organe hautement complexe qui sert à la fois à la miction et à la reproduction. La médecine est incapable de « construire » l’un ou l’autre. 

Le genre d’intervention médicale censée constituer une « transition de genre » s’apparente en fait à de la chirurgie esthétique, avec cette différence que la chirurgie esthétique, elle, peut parfois donner des résultats esthétiquement convaincants.

Car le caractère intégralement sexué de notre corps a pour conséquence inévitable que les quelques « retouches » superficielles dont la médecine est capable jurent terriblement avec la myriade de détails sexués qu’elle est incapable de toucher. Ces retouches grossières sont comme une série de notes discordantes au milieu d’une symphonie harmonieuse : quelque chose qu’il est impossible de ne pas percevoir, et impossible de ne pas percevoir comme discordant. 

Nous rions de bon cœur en regardant « Madame Doubtfire » ou « Certains l’aiment chaud », et ce qui nous fait rire est précisément la différence évidente entre l’apparence féminine et la réalité masculine, mais nous sommes enjoints, sous peine de sanctions légales, de traiter le plus sérieusement du monde Richard Levine – ou n’importe quelle autre personne transgenre - comme s’il était réellement une femme, alors que nous VOYONS qu’il est juste un homme qui prétend être une femme et qui voudrait que les autres le considèrent comme une femme. 

Bref, il nous est ordonné d’affirmer que 2+2 font 5.

 


La comparaison entre « 1984 » et certains aspects de nos sociétés contemporaines a été tellement utilisée qu’elle pourrait légitimement sembler ennuyeuse et usée jusqu’à la corde, et cependant il est impossible de ne pas voir les points d’accord profonds entre les revendications du mouvement transgenre et la métaphysique de l’Angsoc, telle qu’O’Brien l’expose à Winston dans les caves du ministère de l’amour. 

L’axiome fondamental de l’Angsoc, en effet, est une forme radicale d’idéalisme, c’est-à-dire l’affirmation qu’il n’y a pas de réalité en dehors de la conscience. « Je vous dis, Winston, que la réalité n’est pas extérieure. La réalité existe dans l’esprit humaine et nulle part ailleurs », explique O’Brien. Cet axiome est EXACTEMENT le même que celui du mouvement transgenre, avec cette seule différence que les activistes transgenres n’appliquent, pour le moment, cet axiome qu’à un point précis de la réalité : la différence des sexes. Par conséquent, tout comme le parti dans « 1984 », le mouvement transgenre exige de ses adhérents la doublepensée - qui n’est finalement rien d’autre qu’une manière d’effacer le principe de non-contradiction - et il traque obsessivement le crime par la pensée partout où il le peut et ne sera satisfait que lorsque toute pensée hérétique aura disparue de la surface de la terre. Lorsque la différence entre la pensée et la réalité est annulée, la pensée devient suprêmement importante et la notion de for intérieur disparait. Winston ne sera pas détruit tant qu’il n’aura pas été entièrement remodelé, tant qu’une seule pensée « impure » subsistera en lui. Comme le dit lapidairement O’Brien, « notre commandement est : Tu es » ; c’est-à-dire, en définitive, « Tu penses ». Le commandement que nous adresse le mouvement transgenre est essentiellement identique : « Tu dois penser comme nous, ou sinon… ». 

La comparaison doit s’arrêter là. Pour le moment. Celui qui écrit ces lignes ne craint pas d’être arrêté au petit matin, torturé pendant des mois et des années, puis vaporisé, comme l’est Winston dans « 1984 ». Cela ne signifie pas que tenir ce genre de propos soit aujourd’hui sans risques, mais ces risques sont d’une autre nature, et personne ne niera de bonne foi que cela fait une différence capitale. 

Le fait demeure néanmoins : il nous est désormais demandé, depuis le plus haut sommet de l’Etat (car cela n’est pas vrai seulement aux Etats-Unis), de donner notre assentiment à une proposition qui est, littéralement, folle.

Si nous nous demandons comment cette folie a pu gagner – et aussi rapidement – un tel crédit, nous n’avons pas à chercher bien loin. Le mouvement transgenre n’est que l’ultime avatar du féminisme post-Beauvoir, ou du moins il est l’application terminale du principe selon lequel le masculin et le féminin sont de pures « constructions sociales » : on ne nait pas femme, on le devient. Le féminisme post-Beauvoir porte déjà en lui les germes de cet idéalisme radical qui est au cœur des revendications transgenres, puisqu’il sépare totalement l’esprit et le corps. Les hommes et les femmes ont, certes, des corps différents, mais, nous dit-on, ces différences n’affectent pas leur « moi profond ». Il n’existe pas de différences psychiques naturelles entre les hommes et les femmes. La féminité et la masculinité sont des mythes, dont la fonction est d’assurer l’injuste domination des êtres humains de sexe masculin sur les êtres humains de sexe féminin. D’où l’idéal de la société sexuellement neutre qui est le nôtre : partout où il y a un homme il pourrait (et il devrait) y avoir une femme, et inversement. D’où des affirmations comme « un père n’est pas nécessairement un mâle », ainsi que le dit Emmanuel Macron avec le plus grand sérieux. 

Comme le souligne justement Ryan Anderson (« When Harry became Sally »), au cœur du féminisme initié par Beauvoir se trouve l’idée que le corps des femmes, et particulièrement sa capacité à porter des enfants, est en contradiction avec leur liberté. Que par conséquent les femmes doivent résister à leurs corps afin de pouvoir « exister en tant que personne », selon les termes de Beauvoir. 

« En suivant la trajectoire de l'idéologie féministe radicale et en l’appliquant au corps humain, on peut voir comment nous sommes arrivés au concept de « fluidité du genre » et aux dizaines « d'options de genre » parmi lesquelles les enfants sont obligés de choisir. Le genre a fini par être considéré comme une création de l’individu, un domaine dans lequel s’exerce une « volonté désincarnée », qui « choisit » une « identité » sans avoir besoin de justifier ce choix. L'idéologie du genre est fondée sur une vision du corps comme une limite problématique à la liberté, une liberté conçue comme une pure autodétermination auto-initiée. » 

Dans « La falsification du bien », Alain Besançon remarque que « La mystique obligatoire à laquelle sont soumis les habitants d’Océania n’est pas d’essence humaine, mais angélique », « Il s’agit en somme d’arracher l’homme à sa terre et à son corps. » Et c’est bien pourquoi tous les plaisirs corporels sont systématiquement traqués, pourchassés, écrasés dans ce monde infernal. « Nous abolirons l’orgasme », explique O’Brien à Winston. Les êtres humains continueront certes à avoir des rapports sexuels, mais uniquement par devoir, parce que le Parti l’exige pour perpétuer l’espèce. Le Parti s’attache d’ailleurs soigneusement à introduire l’aigreur et la méfiance entre les hommes et les femmes, à dresser les enfants contre leurs parents. 

Mais c’est par l’intermédiaire d’une femme, jeune, désirable, et que n’a pas contaminé la propagande antisexe du Parti, que Winston connaitra un court instant de bonheur, et de liberté. Le désir, puis l’amour qu’il éprouve pour Julia l’amènent à recouvrer pendant quelques semaines tout ce dont il était privé jusqu’alors : son corps, son âme, le monde extérieur. A la différence de Beauvoir et de ses épigones, qui voient le corps, le corps sexué, comme un obstacle à la liberté individuelle, Orwell a eu l’intuition profonde que la liberté humaine est intimement liée à notre condition corporelle et sexuée. Orwell a compris que le despotisme le plus achevé se présenterait sous la forme d’un spiritualisme radical prétendant libérer l’homme des servitudes de sa nature. La défense de la « common decency » pour laquelle Orwell est également resté célèbre, est d’abord une défense du quotidien, du monde normal, ordinaire, mais vrai, dans lequel sont possibles tout ce qui rend la vie désirable : les plaisirs, l’amitié, l’amour, le travail, le jeu. Au cœur de ce monde, se trouve la différence fondamentale, qui est la clef de voute de presque tous les biens humains : la différence des sexes, avec toute ses difficultés et ses joies. 

Il est difficile de prendre le mouvement transgenre entièrement au sérieux, à cause de son aspect si manifestement délirant, au sens strict du terme, de même qu’il est difficile de se convaincre qu’il y a là un véritable danger, à cause de son aspect si manifestement grotesque. Mais nous devrions prendre garde. « La liberté », écrit Winston dans son journal, avant d’être arrêté, « c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. » Pour nous, aujourd’hui, ici et maintenant, la liberté c’est la liberté de dire qu’un homme est un homme et qu’une femme est une femme. Si cela nous est ôté, tout le reste finira par l’être.

12 commentaires:

  1. un pénis n’est pas un appendice vaguement érectile, c’est un organe hautement complexe qui sert à la fois à la miction et à la reproduction.

    D'ailleurs une femme choisissant de devenir homme devrait exiger AUSSI une prostate...

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    1. D'ailleurs, les femmes vivant plus longtemps malgré toutes les discriminations patriarcales, devraient par souci d'égalité, soit se suicider à partir d'un certain age, soit cotiser beaucoup plus pour leur retraite

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  2. Un article intéressant à lire : https://ideasanddata.wordpress.com/2021/02/07/on-transgenderism/

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  3. Cher Monsieur

    merci pour la qualité de ce que vous écrivez, et l’effort que vous faites – peut-être très naturellement – à le bien écrire. L’étonnement que vous exprimez ici devant ces monstruosités me rappelle un souvenir assez précis. Je me souviens fort bien qu’il fut un temps où les grands organes de presse français s’amusaient à relever, chez leurs homologues étasuniens, les absurdités de vocabulaire dont ils étaient déjà plus victimes que friands, pour désigner des gros sans parler de gros, des maigres sans parler de maigres, de noirs sans parler de noirs, de nains sans parler de nains, etc., parce que, pour ces journalistes français, tout cela était encore grotesque et prêtait à rire. Le langage politiquement correct faisait rire alors, oui. C’est à présent oublié. Ceux qui riaient hier ont adopté ce langage, et la forma mentis qui l’accompagne. L’un et l’autre ont poursuivi depuis lors leur dérive, passant de ce qui ne paraissait être que du comique à l’irrationnel total qui en était déjà la sève. Tout se passe aujourd’hui comme si nous devions nous résoudre à vivre dans un formidable Asile de fous à ciel ouvert où les encamisolés seraient les seuls gens ayant conservé quelque sens du réel. Le Tribunal Suprême espagnol vient d’énoncer doctement que la promotion de l’euthanasie relève de la défense du droit à la vie. Le principe d'identité menace ruine. Oui, parler de 1984 paraît un peu usé, mais qu'y pouvons-nous si le monde moderne se glisse de plus en plus entre ses pages ? Bien à Patrick de P.

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  4. Orwell a eu l’intuition profonde que la liberté humaine est intimement liée à notre condition corporelle et sexuée. Orwell a compris que le despotisme le plus achevé se présenterait sous la forme d’un spiritualisme radical prétendant libérer l’homme des servitudes de sa nature.


    Orwell dans un autre livre moins connu, "Quai de Wigan" développe énormément ce que vous énoncez (chap 12), et tance les progressistes en leur disant que le résultat ultime de leur idéologie c'est le concept "un cerveau dans un bocal", celui revendiqué du transhumanisme

    https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2016/06/13/george-orwell-le-quai-de-wigan-ch-12/
    C’est pourquoi l’aboutissement logique du progrès mécanique est de réduire l’être humain à quelque chose qui tiendrait du cerveau enfermé dans un bocal. Tel est l’objectif vers lequel nous nous acheminons déjà, même si nous n’avons, bien sûr, aucunement l’intention d’y parvenir : de même qu’un homme buvant quotidiennement une bouteille de whisky ne le fait pas dans l’intention bien arrêtée d’y gagner une cirrhose du foie. La fin implicite du progrès, ce n’est peut-être pas tout à fait le cerveau dans le bocal, mais c’est à coup sûr un effroyable gouffre où l’homme – le sous-homme – s’abîmerait dans la mollesse et l’impuissance.

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    1. Merci pour la référence !
      N'oublions pas Huxley et son "Ape and Essence" peu connu de 1948 : "[...]puisque les fins idéales justifient les moyens les plus abominables, qu’il est de votre privilège et de votre devoir de voter, d’escroquer, de torturer, de réduire en esclavage et d’assassiner tous ceux qui à votre avis (lequel est par définition infaillible), font obstacle à la marche en avant vers le paradis terrestre. Souvenez-vous de cet aphorisme de Karl Marx : “La Force est l’accoucheuse du Progrès.” Il aurait pu ajouter – mais, bien entendu, Bélial n’a pas voulu qu’on vende la mèche si tôt au début des opérations – que le Progrès est l’accoucheur de la Force. Doublement l’accoucheur, car le fait du progrès technologique fournit aux gens les instruments d’une destruction sans cesse plus aveugle, cependant que le mythe du progrès politique et moral sert d’excuse à l’emploi de ces moyens jusqu’à l’extrême limite"...

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  5. L'idéologie du genre est fondée sur une vision du corps comme une limite problématique à la liberté, une liberté conçue comme une pure autodétermination auto-initiée. »

    C'est tout à fait le principe du transhumanisme qui veut se débarrasser du corps pour être des dieux

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  6. Le genre a fini par être considéré comme une création de l’individu, un domaine dans lequel s’exerce une « volonté désincarnée », qui « choisit » une « identité » sans avoir besoin de justifier ce choix.

    il y a de nos jours une volonté nombriliste de découvrir de vrai soi qui est choisi arbitrairement soit disant de manière autonome et en libérant de toutes contraintes

    par exemple ici, avec les "droits culturels" facon khmer vert
    https://www.franceculture.fr/environnement/la-revolution-culturelle-de-lecologie-politique-a-grenoble

    Il ne s’agit plus pour les citoyens de se cultiver par une quête d’objets à découvrir et maîtriser, mais d’accéder à leur propre culture, considérée comme un ensemble de pratiques et de signaux (…)

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  7. Bonsoir Aristide,

    "Se conduire comme si nos sentiments déterminaient la réalité ne peut que conduire à une mort rapide, ce qui est une sorte de réfutation en acte."

    => C'est un thème récurrent dans l'œuvre littéraire et philosophique de Ayn Rand. Comme celle-ci remonte aux années 60/70, cela nous montre que ces tendances idéalistes et narcissiques ne datent pas d'aujourd'hui.

    "Nous savons tous obscurément, même si nous ne sommes pas philosophes, que la vérité est l’adéquation entre notre pensée et la réalité."

    => Malheureusement les philosophes, ou plutôt les sophistes, ont beaucoup moins de bon sens que le commun des mortels. On a nous a ainsi expliqué que la vérité n'était qu'un discours et un effet de pouvoir au service des "dominants" (Foucault), que le réel avait été oblitéré et remplacé par une stimulation (Baudrillard). Canguilhem et Deleuze ont nié qu'une conception philosophique du monde puisse être vraie ou fausse... A la racine de toute cette philosophie post-moderne, qu'on retrouve dans les recoins les plus attendus des sciences sociales (j'étudie actuellement la géographie, vous seriez surpris de certaines publications...), il y a l'influence de l'épistémologie de Nietzsche ("Il n'y a pas de vérité, uniquement des interprétations", etc.). Heidegger a aussi joué un rôle mais je n'en sais pas beaucoup plus.

    "L’axiome fondamental de l’Angsoc, en effet, est une forme radicale d’idéalisme, c’est-à-dire l’affirmation qu’il n’y a pas de réalité en dehors de la conscience."

    => Je crains qu'une part importante de la philosophie moderne n'ait préparé cette folie. David Hume a soutenu que la causalité, la permanence du sujet et d'autres principes épistémologiques fondamentaux sont illusoires. Le kantisme prétend ensuite que nous n'accédons jamais à l'essence des choses mais uniquement à ce que les structures de notre esprit peuvent nous révéler. Et le kantisme a influencé toutes les formes de scepticismes ou d'idéalismes ultérieur (phénoménologie, pragmatisme américain, Nietzsche via Schopenhauer). Le marxisme historicise les catégories en les réduisant à des effets des structures socio-économiques, ce qui aboutit à une forme de relativisme épistémologique. Par ailleurs, tous les auteurs que j'ai mentionné rejette l'idée d'un droit naturel et de valeurs morales objectives, discernables par la Raison.

    "Si nous nous demandons comment cette folie a pu gagner – et aussi rapidement – un tel crédit, nous n’avons pas à chercher bien loin. Le mouvement transgenre n’est que l’ultime avatar du féminisme post-Beauvoir."

    => Du point de vue de la destruction des catégories philosophiques fondamentales (la substance en ontologie, tout particulièrement), l'existentialisme sartrien (influencé par Nietzsche et Heidegger) n'est pas en rupture avec le post-modernisme ultérieur, même si ses théoriciens ont fait pâlir l'étoile de Sartre dans les années 1960.

    Vu l'ancienneté historique de ces tendances philosophiques anti-réalistes, la vraie question est de savoir pourquoi elles se sont vulgarisées en phénomène culturel de masse seulement dans la deuxième moitié du vingtième siècle. On a encore rien expliqué de la popularité d'une idée en retraçant sa circulation. Mon opinion est que la clé de la réponse se trouve dans la transformation du capitalisme post-fordiste, telle que l'avait compris Michel Clouscard dans un livre hélas guère lisible (Le Capitalisme de la séduction, 1981). Il y a aussi Le Nouvel esprit du capitalisme (1999) de Boltanski et Chiapello qui montrent bien l'intégration des valeurs hédonistes contre-culturelles des années 1960 dans le capitalisme mondialisé. Dans la même veine on peut lire "Mai 68, une contre-révolution réussie" de Régis Debray.

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  8. Excellent billet comme d'habitude ! Un régal de lecture ! Merci.
    Je me permets de vous rebloguer...

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